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  • há 4 dias
Durant la première semaine, Moscou minimise la catastrophe. Tandis que le KGB filtre les communications, près de 50 000 habitants de la ville de Pripiat sont évacués dans l'urgence. Pendant ce temps, le nuage radioactif commence sa course à travers l'Europe. Mais hors de question qu'il traverse Moscou. L'armée de l'air soviétique provoque des pluies radioactives au-dessus d'autres régions, sans que personne ne soit averti. Le silence tient. Mais une alarme se déclenche dans une centrale suédoise. Le mur de mensonge se fissure. Pour faire bonne figure, Moscou maintient les festivités du 1er mai. La population défile exposée aux radiations. Mais le pire est ailleurs. Une seconde tragédie couve : sous la centrale, le magma en fusion s'enfonce dans le sol.
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00:01...
00:13Au matin du 26 avril, à 3 km de la centrale, la ville de Pripyat se réveille.
00:22Alors que les radiations se répandent, la plupart des habitants commencent leur journée dans l'insouciance.
00:32Au moment de l'accident à la centrale de Tchernobyl, j'étais DJ à la discothèque Dyson 2.
00:39C'était l'une des meilleures de la région de Kiev et de toutes les crènes.
00:47Les écoles, les jardins d'enfants, les parcs, les salles de sport, tout était ouvert.
00:52C'était une journée ordinaire.
00:55Mais on racontait que quelque chose s'était passé à la centrale.
00:59Il y avait des mères qui promenaient leurs enfants en poussette.
01:03On ne savait pas quoi dire.
01:06Beaucoup de gens ne savaient même pas ce qui s'était passé.
01:14À aucun moment, ce samedi 26 avril, on a eu d'informations objectives sur ce qui était en train de
01:22se produire.
01:24C'est pour ça qu'on est tous sortis vers 14 heures.
01:29On a pris les voitures et on est allés se marier.
01:56On a pris les voitures et on a pris les voitures.
02:01Pour mesurer la radioactivité.
02:04Des camions nettoyeurs s'activent.
02:08Les radiations invisibles envahissent la ville.
02:12Sur la pellicule d'un caméraman amateur, elle laisse de brèves éclats blancs.
02:18Trace d'un danger que personne ne voit encore.
02:28Dans la matinée, la ville a été encerclée.
02:31Des centaines de policiers ont été amenés de toute l'Ukraine.
02:36Ils ont bouclé la ville et ils n'ont laissé personne entrer ni sortir.
02:44On a demandé aux soldats qui surveillaient les barrages ce qu'il y avait.
02:49Pourquoi on ne pouvait pas passer ?
02:51Ils ont haussé les épaules.
02:53Personne n'était vraiment au courant de quoi que ce soit.
02:56La ville était sous blocus complet.
02:58Les communications internationales avaient déjà été coupées.
03:05Impossible de téléphoner depuis l'endroit où on était.
03:09J'ai envoyé un télégramme à ma femme, Leningrad.
03:12Elle était enceinte et elle prévoyait de venir à Pripyat avec une amie pour le 1er mai.
03:19Dans le télégramme, j'ai écrit « Il faut remettre ton voyage à plus tard ».
03:24Je ne pouvais pas écrire que le réacteur avait explosé, c'était interdit.
03:29Le télégramme ne serait pas parti.
03:35Tandis que Pripyat s'empoisonne à petit feu,
03:38à Moscou, le secrétaire général du parti, Mikhail Gorbachev, est averti.
03:43On évoque un simple accident.
03:47Le rapport rassurant de Viktor Brioukanov, le directeur de la centrale, fait encore autorité.
03:53Mais Gorbachev n'est pas convaincu.
03:55Il ordonne la création d'une commission gouvernementale pour évaluer la situation.
04:02Boris Cherbina, le vice-premier ministre, prend immédiatement un avion depuis l'Oural.
04:08Il est rejoint par un chimiste nucléaire de réputation mondiale, Valéry Légassov.
04:15Leur mission, déterminer l'ampleur réelle de l'accident et régler le problème.
04:31Entourés de responsables russes et ukrainiens,
04:34Légassov et Cherbina prennent rapidement la mesure de la catastrophe.
04:38Une réaction nucléaire est en cours.
04:43La radioactivité se propage à un rythme vertigineux.
04:48La population est en danger immédiat.
04:53Que faire ?
04:55Certains espèrent que le réacteur va se stabiliser et que les radiations vont retomber.
05:03Cherbina, lui, craint qu'une mauvaise décision ne déclenche dans la population une panique impossible à contenir.
05:11Légassov plaide.
05:13Je vous supplie d'évacuer les populations, car je ne sais pas comment réagira le réacteur demain.
05:18Et en tant que scientifique, je ne peux pas prédire aujourd'hui quelles en seront les conséquences.
05:31Cherbina se laisse convaincre.
05:33Il alerte Moscou.
05:36Le temps n'est plus à l'hésitation.
05:4136 heures après l'accident, les hauts-parleurs de la ville de Pripyat diffusent enfin un message d'information.
05:58Le temps n'est plus à l'évacuation.
06:21En quelques heures, plus de 1000 autobus, autocars, transports scolaires sont mobilisés.
06:29Des dizaines de milliers d'habitants s'apprêtent à évacuer.
06:34On ne partait pas pour toujours.
06:37On partait avec l'idée qu'on reviendrait dans trois jours, ou peut-être dans une semaine.
06:43On pensait qu'il n'existait aucun accident que le peuple soviétique ne puisse surmonter.
06:56Il y avait beaucoup de gens en ville qui ne pouvaient pas partir par eux-mêmes.
07:00Il fallait les aider.
07:02Les personnes à mobilité réduite, les malades.
07:07Certains ne voulaient pas partir.
07:10Donc notre travail, c'était de dire à la population, si, si, il le faut, il le faut.
07:18Moralement, c'était très difficile.
07:30Les gens étaient calmes.
07:32On est partis tranquillement.
07:34S'il n'y a pas eu de panique, c'est aussi parce qu'on ne connaissait ni le fond
07:37du problème, ni l'ampleur de l'accident.
07:43Certains avaient des montres électroniques.
07:46L'un d'entre eux a demandé, mais qu'est-ce qui lui arrive à ma montre ?
07:51Qu'est-ce qui se passe ?
07:53Elle indique 53 heures et 78 minutes.
07:58Quand on est physicien de formation, on sait que ce sont les rayonnements ionisants qui dérèglent l'électronique.
08:06C'est pourquoi la montre s'est détraquée et affichée une heure fantaisiste.
08:17Près de 50 000 habitants sont évacués.
08:21Ils ignorent qu'ils ne reviendront jamais.
08:26La ville à Thôme est devenue une ville fantôme.
08:39J'ai vu des bus arriver à Kiev depuis Pripyat.
08:46Ils étaient très contaminés.
08:52Ils ont déchargé leurs passagers dans le centre-ville.
08:58Et puis des gens sont arrivés avec des tuyaux pour nettoyer les autobus.
09:04Et il y avait beaucoup d'enfants qui s'amusaient et qui jouaient dans cette eau radioactive.
09:16Les civils sont partis, place aux militaires.
09:21Des troupes de toute l'URSS sont appelées en renfort.
09:26Il faut décontaminer des milliers de kilomètres carrés.
09:30Toutes les républiques soviétiques participent à cette guerre contre l'atome.
09:38L'Ubomir Mimka est chef d'escadron d'hélicoptères, basé à Kiev.
09:48Dans la nuit, nous avons reçu énormément d'appels de plusieurs districts militaires.
09:55Le premier à nous contacter, je m'en souviens comme si c'était hier,
10:00ça a été l'aérodrome Kagan de Turkestan.
10:04Et puis ça a été la Biélorussie, Odessa, la Ciscarpatie, l'Héningrad, la Transbaïkali, et même l'Extrême-Orient.
10:19Ils ne savaient pas ce qui les attendait.
10:22Et à vrai dire, nous non plus.
10:27On se demandait pourquoi ils avaient besoin d'un si grand nombre d'hélicoptères.
10:30Ils ne savaient pas ici.
10:41J'ai compréhé des ponts de l' Koren-Orient.
10:42S'lyme d'une de 320 mètres,
10:46on est rentré à l'équipe.
10:48...
10:56...
10:58...
10:59...
11:00...
11:00...
11:22Les centaines de pilotes d'hélicoptère mobilisés
11:25sont envoyés pour survoler le cœur en fusion
11:28du réacteur numéro 4.
11:30Pour contenir le brasier radioactif, il a été décidé de larguer des tonnes de matériaux.
11:37Du sable, pour étouffer la combustion.
11:41Du plomb, pour absorber la chaleur et faire baisser la température, qui culmine à 2000 degrés.
11:48Et du carbure de bord, pour neutraliser les neutrons et stopper la fission de l'uranium.
11:55Au total, plus de 5000 tonnes de matériaux seront larguées.
12:00Dans l'espoir de maîtriser la réaction nucléaire, toujours en cours.
12:07C'était un balai ininterrompu d'hélicoptères.
12:10Toutes les deux ou trois minutes, on chargeait et on repartait pour larguer la cargaison.
12:17Les hélicoptères étaient sur tous les fronts.
12:19Quand il y a, pardon pour le mot, une merde quelque part, c'est pour nous.
12:23Parce que les hélicoptères vont où personne d'autre ne peut aller.
12:26Et les pilotes font ce que personne d'autre ne peut faire.
12:38À chaque passage, les pilotes absorbent une dose de radiation.
12:43Conscients du danger, ils en indiquent ton.
12:46Si tu veux pouvoir être père, couvre tes couilles de plomb.
12:54Nous, on se débrouillait tout seuls pour se protéger.
12:57Pour ça, on avait retiré nos parachutes.
13:01Normalement, on s'assoit dans un parachute, comme dans une coque.
13:05Donc là, on avait retiré le parachute pour le remplacer par des plaques de plomb flexibles,
13:10qu'on pliait pour faire un siège.
13:14Il fallait bien qu'on se protège.
13:36Des bataillons entiers se métamorphosent en une armée de nettoyeurs.
13:40Ils seront appelés les liquidateurs de Tchernobyl.
13:47Notre bataillon a été envoyé en renfort dans la zone de Tchernobyl.
13:54Il y avait beaucoup de choses très différentes à faire.
13:59Mon unité a décontaminé plusieurs villages.
14:04Impossible de me souvenir de tous leurs noms.
14:20En tant que chef de compagnie, j'avais toujours un dosimètre autour du cou.
14:25Je l'avais toujours sur moi.
14:27L'aiguille voulait sortir de l'appareil.
14:29Je n'en croyais pas mes yeux.
14:34L'unité du commandant Kulich est chargée de décontaminer une partie de la forêt,
14:38dans un périmètre de 10 kilomètres autour de la centrale.
14:43Les poussières radioactives se sont déposées sur la végétation,
14:47rendant ces bois hautement contaminés.
14:52C'était l'horreur là-bas.
14:55Les radiations étaient tellement fortes que nos pelleteuses tombaient en panne.
15:01Nos techniciens ont démonté les batteries
15:04pour essayer de trouver pourquoi les moteurs ne marchaient plus.
15:10Et puis, on a compris que dans les batteries,
15:14l'électrolyte qui était sous forme de pattes se désagrégeait.
15:17Il se délittait sous l'effet des radiations.
15:23On ne pouvait pas travailler plus d'une heure.
15:25Une heure maximum.
15:31L'intensité des radiations a foudroyé la végétation,
15:35qui a viré à l'écarlate.
15:38Cette forêt sera jamais connue sous le nom de forêt rousse.
15:47Au même moment, ce 27 avril, Moscou est en alerte.
15:5224 heures après l'accident,
15:54les capteurs météo détectent que les nuages au-dessus de la région
15:57sont désormais chargés, en particules radioactives.
16:02Ils dérivent lentement vers le nord-est.
16:06Sur leur route, plusieurs grandes villes.
16:12L'armée de l'air est mobilisée.
16:15Objectif, provoquer la pluie,
16:17avant que le nuage n'atteigne Moscou.
16:20Hors de question que la capitale de l'Union soviétique
16:23subisse le sort de la forêt rousse.
16:27Les pilotes dispersent dans les nuages
16:29un agent chimique,
16:31capable de déclencher artificiellement les précipitations.
16:37Un orage éclate.
16:40Les nuages se délestent de leur radioactivité
16:42et des métaux lourds qu'ils contenaient.
16:46Mission accomplie.
16:49Si Moscou est épargnée,
16:51on sacrifie les populations de l'Est
16:53et du Sud de la Biélorussie.
16:56Elles ne savent rien.
16:59Comme Pripyat,
17:00leur terre est polluée
17:01pour plusieurs millénaires.
17:14Alors que la centrale crache toujours sa radioactivité,
17:18le gouvernement estime que la panique
17:20est plus dangereuse que les radiations.
17:26On savait déjà par différentes sources
17:28qu'il y avait des morts.
17:31On savait que le réacteur rejetait massivement
17:33de la radioactivité.
17:36On savait tout ça,
17:37mais officiellement, il n'y avait rien.
17:40À l'époque, tout a été étouffé.
17:44Comme d'habitude, ils ont dit,
17:46il y a eu un petit incendie
17:47quelque part en URSS
17:48et tout a été éteint.
17:50Rien de plus.
17:56Pour éviter la propagation
17:57de nouvelles inquiétantes,
17:59des agents du KGB
18:00confisquent les dosimètres
18:02et verrouillent tous les accès
18:04à l'information.
18:09Mon supérieur m'a demandé
18:11d'aller à la bibliothèque
18:13pour préparer une présentation
18:14destinée au personnel médical
18:16de l'hôpital.
18:19Rien de très approfondi,
18:21juste des notions de base
18:22sur les radiations.
18:25Donc j'y suis allée,
18:27mais j'ai vu que les rayonnages
18:29étaient vides.
18:32La bibliothécaire m'a dit
18:34très clairement que tous les livres
18:36et journaux contenant le mot
18:38radiation avaient été retirés
18:40des étagères.
18:44Sa hiérarchie lui avait donné
18:46l'ordre de tout enlever.
18:55Le silence des autorités,
18:57la censure et les évacuations
18:59provoquent l'inquiétude
19:00dans la population.
19:03Privé d'information,
19:05les habitants des environs
19:06s'en remettent à la rumeur.
19:08Cette radio fantôme,
19:09bien connue des soviétiques.
19:12Certains évoquent
19:13des milliers de morts.
19:15Personne ne sait vraiment
19:16ce qui se passe.
19:18A tel point que lorsque
19:19les personnes évacuées
19:20arrivent dans leur centre d'accueil,
19:22elles font figure de pestiférés.
19:27A l'époque,
19:28si tu venais de Pripyat,
19:29on ne te laissait pas entrer
19:30dans les bains publics.
19:31Et il était difficile
19:33de louer une chambre d'hôtel.
19:35Les gens venaient m'observer.
19:37Ils ouvraient la porte
19:38et ils regardaient.
19:39C'est qui ?
19:42Parce qu'ils savaient
19:43que je venais de Pripyat.
19:45J'étais normale.
19:46J'avais une tête,
19:47deux bras.
19:48Mais oui,
19:49au début,
19:49les gens venaient m'observer.
19:58La médecin m'a demandé
19:59« Vous venez pourquoi ? »
20:01J'ai répondu « Pas grand-chose.
20:03Ma mère m'a amené
20:04parce que je viens de Pripyat. »
20:06« De Pripyat ? »
20:07« Mettez-vous dans le fauteuil là-bas. »
20:09J'imagine qu'après m'avoir écouté,
20:11je dis bien écouté
20:12parce qu'elle ne s'est pas
20:13approché de moi.
20:14Ils ont dû jeter le fauteuil.
20:24Quand notre groupe entrait dans un magasin
20:26pour acheter quelque chose,
20:27les gens disparaissaient aussitôt.
20:30Ils se volatilisaient,
20:31comme balayés par le vent.
20:34Je me souviens à la caisse un jour,
20:36j'ai donné trois roubles à la caissière
20:38et elle les a pris comme ça.
20:40Elle reposait l'argent sur le comptoir
20:42et les gens qui étaient là
20:44dans un coin murmuraient en nous regardant.
20:46Ce sont les condamnés à mort.
20:49On était radioactifs.
20:55On en souriait.
20:57En même temps,
20:58il y avait des gestes de respect.
21:00Les grands-mères qui passaient près de nous
21:01faisaient le signe de croix.
21:03Elles s'inclinaient,
21:04comme pour nous accompagner
21:05d'une bénédiction silencieuse.
21:13Les structures hospitalières régionales
21:15sont saturées.
21:18De nombreux médecins
21:19recommandent l'avortement
21:21aux femmes enceintes.
21:23La plupart s'y résignent.
21:27Lors de la visite médicale,
21:30j'ai appris que j'étais enceinte
21:32de trois mois.
21:33À ce moment-là,
21:35les médecins proposaient
21:36systématiquement aux femmes
21:37d'interrompre leur grossesse.
21:42mais pas la médecin que j'ai vue.
21:44Elle m'a regardée et m'a dit
21:46« Je ne vous le proposerai pas
21:47parce qu'à ce stade,
21:49le fœtus est déjà formé.
21:50Il a des mains,
21:52des jambes.
21:53Il faut mener cette grosse à sa terme. »
22:02On a reçu le premier groupe
22:04d'enfants de Pripyat
22:06trois ou quatre jours
22:07après l'accident.
22:10« Le seul symptôme lié aux radiations
22:14était, chez certains,
22:16mais pas chez tous,
22:17une toux persistante
22:19due à l'inhalation
22:21de particules radioactives.
22:26Par la suite,
22:27la plupart de ces enfants
22:29ont développé un cancer
22:30de la thyroïde. »
22:37« On nous contrôlait tous les jours.
22:40Au début,
22:41on nous faisait
22:41deux prises de sang par jour.
22:45Les dosimétristes passaient.
22:46Nous, on était allongés.
22:48Ils effectuaient des mesures
22:50au niveau de la tête,
22:51de la thyroïde,
22:52de la poitrine,
22:53des bras,
22:53des jambes,
22:54de laine,
22:54de partout.
22:57« Lève-toi,
22:58je me lève,
22:59mesure sur le matelas,
23:00on change le matelas.
23:04On était devenus
23:05des sources de radiation.
23:06On en avait absorbé
23:08tellement qu'on en émettait.
23:09On m'a changé
23:10quatre fois le matelas. »
23:17Autour de la centrale,
23:18les équipes d'urgence
23:20et l'armée
23:20luttent encore
23:21pour tenter
23:21de contenir
23:22l'incontrôlable.
23:24À Moscou,
23:25on se tait.
23:30Mikhail Gorbatchev
23:31comprend désormais
23:32que l'accident est grave,
23:34mais il n'en mesure pas
23:35encore le danger réel,
23:36car le cloisonnement
23:37obsessionnel
23:38de l'information
23:39du système soviétique
23:40se retourne contre lui.
23:43Plus tard,
23:44il écrira
23:44dans ses mémoires
23:45« Personne ne m'a dit
23:47la vérité.
23:48Même le KGB
23:49me mentait. »
23:55Pendant ce temps,
23:56le nuage radioactif
23:57se propage.
23:59Les autorités soviétiques
24:00n'informent
24:01ni leur population
24:02ni le reste du monde.
24:05Mais la vérité,
24:06elle,
24:06est déjà en marche.
24:22de la vérité.
24:30les mondiaux de la centrale nucléaire de force marc en suède
24:36détecte un taux de radiation 40% superior à la normale
24:42aussitôt ils procèdent à des vérifications de leur propre installation
24:48très vite le verdict tombe la radioactivité vient d'extérieur
24:54ce sont les employés qui la rapportent sous leurs chaussures
25:01les experts en sont alors convaincus un accident nucléaire majeur vient de se
25:05produire quelque part en europe et vu la direction des vents c'est certainement en
25:10urss en quelques heures le secret de moscou se fissure
25:20conscient du scandale qui s'annonce gorbatchev et ses conseillers ne peuvent
25:25garder le silence ils hésitent faut-il préserver l'image du
25:29régime ou protéger les citoyens soviétiques
25:34finalement le soir même des révélations suédoises moscou se
25:40résout à un communiqué minimaliste
25:58dans la foulée les rédactions du monde entier s'emparent de la nouvelle
26:03pour la première fois l'URSS reconnaît un problème autant dire que la
26:07situation est grave
26:20la unión soviétique a reconocido esta tarde oficialmente que a ocurrido un accidente
26:25nucléaire en una de sus centrales
26:27accident dans une centrale nucléaire soviétique il y a des victimes annonce l'agence tas sans
26:33plus de précision le monde entier découvre stupéfait l'image du toit
26:41arraché au dessus du réacteur
26:46mais des doutes subsistent encore combien de victimes jusqu'où se répand la
26:51radioactivité l'europe serait-elle menacée personne ne le sait
27:04si dans le monde entier on s'inquiète les principaux intéressés sont tenus dans
27:08l'ignorance le régime maintient les festivités du 1er mai
27:16dans les rues de kiev la capitale ukrainienne des milliers de familles
27:20paradent pour célébrer la fête des travailleurs il faut faire bonne figure
27:26moscou ne doit rien laisser paraître malgré la consigne de venir au défilé en
27:32famille certains cadres du parti ont déjà envoyé leurs enfants ou leurs
27:36petits-enfants loin de la capitale
27:41ce défilé sera plus tard baptisé la parade de la mort
27:48le gouvernement a encouragé la population à se rendre au défilé
27:54personne n'a dit que c'était dangereux qu'il fallait annuler ou conseiller à tout
27:59monde surtout aux enfants de rester à la maison au contraire on nous a
28:05encouragé à assister à cette parade du 1er mai ma fille m'a dit qu'elle
28:12voulait y aller mais je lui ai répondu non c'est pas possible mais tu peux la
28:18regarder donc je l'ai installé sur le rebord de la fenêtre pour qu'elle puisse
28:25suivre le défilé je me suis dit que c'était un acte criminel de la part du
28:31gouvernement soviétique
28:46vendredi de mai 1986 l'expert nucléaire valérie légassov retient son souffle
28:54les tonnes de matières déversées n'ont pas su étouffer le monstre elles l'ont nourri car si le
29:02cratère a bien été fermé la température continue d'augmenter la réaction nucléaire
29:08est toujours en cours les ingénieurs s'inquiètent si le magma s'enfonce une
29:16gigantesque explosion thermo hydraulique pourrait se produire
29:24sous le réacteur il y avait 4000 mètres cubes d'eau radioactive
29:30imaginez que vous versez une louche de métal en fusion dans de l'eau froide
29:35qu'est ce qui va se produire une ébullition et une explosion thermique on aurait contaminé la moitié
29:45de l'or si le magma touche le réservoir des villes comme minsk situé à plus de 300
29:53kilomètres serait inhabitable tout comme une bonne partie de l'europe
30:00désormais tchernobyl n'est plus un problème ukrainien ou soviétique c'est un problème qui
30:06concerne le monde entier
30:07le monde entier
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