Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 4 minutes
Une heure d'information, d'analyses et de débats en direct du lundi au vendredi, en codiffusion avec CNEWS.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Le plateau de Punchline sur CNews et sur Europe 1, il y a la une de l'actualité,
00:04les 10 ans de l'attentat de Nice qui a fait 86 morts, 458 blessés,
00:09un terroriste au volant d'un camion de 19 tomes a foncé délibérément sur la foule.
00:13Ce soir sur CNews, on vous propose à 21h un grand reportage inédit présenté par Eliott Deval,
00:20alors que nous vivons trois jours de commémorations qui sont prévues,
00:23qui ont commencé hier, il y a eu une marche blanche, une cérémonie interreligieuse.
00:28Aujourd'hui, on a vu des images avant la cérémonie, demain en présence d'Emmanuel Macron.
00:33Un temps de mémoire collectif qui nous rappelle que la douleur, elle reste vive,
00:38que le temps n'efface rien et qu'il ne faut jamais oublier.
00:42Ces enfants tombés sous les roues de la haine islamiste.
00:46Nous accueillons Patrick Prigent.
00:48Patrick Prigent, il est rescapé de l'attentat du 14 juillet de Nice,
00:52président de l'association Live for Nice.
00:55Merci Patrick Prigent d'avoir accepté notre invitation ce soir dans Punchline sur CNews Europe 1
01:01pour témoigner, témoigner peut-être pour démarrer ce soir du 14 juillet 2016.
01:07Vous étiez donc sur la promenade des Anglais pour fêter la fête nationale.
01:12Est-ce que vous pourriez nous raconter, si vous le souhaitez,
01:14bien évidemment ce que vous avez vécu cette nuit-là ?
01:20Oui, oui, bonsoir.
01:22Ce que j'ai vécu ce soir-là, c'était un magnifique feu d'artifice,
01:27de la joie, de la gaieté.
01:30J'étais à la Garden Party organisée par la ville de Nice
01:33avec quatre de mes copines.
01:37Et vers les 22h15, à peu près, à la fin du feu d'artifice,
01:40j'ai mon téléphone qui sonne et mon meilleur ami qui me dit de le rejoindre
01:44à une plage privée qui se trouve face au palais de la Méditerranée.
01:48Donc mes copines étant de nationalité étrangère,
01:50j'aurais demandé, c'est ma fête nationale, c'est moi qui y vais,
01:53et donc vous me suivez.
01:55Et on a déambulé sur le trottoir, on a dansé,
01:57on est passé à côté d'une marchande de bonbons,
01:59on était dans la joie.
02:01J'avais trois de mes copines qui marchaient un peu plus vite que moi
02:04et une à mes côtés.
02:06Et puis d'un seul coup, tout a basculé.
02:08J'ai senti quelque chose d'anormal dans mon dos.
02:13Une masse avec un souffle.
02:15Et c'est le dernier endroit où le camion quitte le trottoir
02:20pour aller sur la voie publique.
02:23Comme je le dis, parce que c'est des images qui restent gravées,
02:27toutes les personnes à ma droite sont vivantes,
02:29toutes les personnes à ma gauche ont été écrasées, percutées.
02:34Le souci, c'est que j'avais qu'une copine avec moi,
02:36je lui ai demandé de partir vers l'aéroport.
02:38Et après, j'ai fait les recherches macabres dans les corps
02:42et écrasées sur la voie publique pour essayer de retrouver un sac.
02:48Et après, je me suis dit, bon,
02:50ce n'est pas des championnats olympiques non plus.
02:52Donc ce qui est assez étonnant, c'est que ce soir-là,
02:55il y a une petite brise qui s'est levée, une petite pluie.
02:57Et donc j'ai donné ma veste de costume à une de mes amies.
03:01Il y avait mon portable, les clés de maison, mon argent.
03:03Et donc j'ai été, on va dire, presque nu, à gare.
03:08Et je déambulais sur la première anglaise jusqu'à revenir près de la marchande de bonbons.
03:12Et là, il y avait des corps et une jeune fille qui avait été blessée à la jambe.
03:19Et je me suis dit, je ne peux pas partir.
03:21Et je suis resté avec elle.
03:22J'ai appris qu'elle était australienne.
03:24Je suis resté toute une partie de la nuit jusqu'à 3, 4 heures du matin avec elle
03:28jusqu'à ce qu'un bon monsieur avec sa voiture personnelle ait pu l'évacuer avec son oncle et sa
03:35soeur.
03:35Mais derrière, c'était les premiers sons que j'entendais.
03:39C'était, on va le perdre, massage cardiaque.
03:42Et j'ai vu le côté humain de beaucoup de personnes en civil qui sont venues,
03:47des médecins, les urgentistes, enfin tout.
03:50Voilà.
03:51Il n'y a pas de mot assez fort pour décrire l'horreur.
03:54Après une nuit d'horreur, et vous le dites, peut-être que le mot n'est pas assez fort.
03:57Alors, comment est-ce qu'on vit dans les mois, dans les semaines qui suivent un tel attentat ?
04:09Comment on vit ? Comment moi je l'ai vécu ?
04:11Comme je n'avais pas mon portable et que mes copines avaient été enfermées dans un hangar d'une plage
04:17privée
04:17où le portable ne passant pas, mes enfants, ma fille habitait à Paris, mon fils habitait à Toulon.
04:24Donc, ils sont restés toute une partie de la nuit jusqu'à ce que je retrouve mes copines.
04:29Ils sont restés sans de mes nouvelles.
04:30Ils savaient que j'étais sur le feu d'artifice, sur la promenade des anglais.
04:34Le lendemain, alors c'est vrai que ça me faisait sourire, un peu moins maintenant.
04:39Dès qu'il y avait une catastrophe, on disait une cellule psychologique a été mise en place.
04:44Et j'ai cherché une cellule psychologique dès le lendemain.
04:48Et puis, je n'avais pas l'habitude de consulter.
04:51Et pendant un an, j'avais la tête dans le guidon.
04:54J'ai travaillé.
04:54Puis, un matin, vous n'arrivez pas à vous lever.
04:58Vous survivez.
04:59Comme je dis, extérieurement, tout est bien.
05:03J'ai été blessé psychologiquement.
05:05Mais intérieurement, tout est détruit.
05:07Et malheureusement, on arrive à se demander pourquoi je n'y suis pas resté.
05:12Et puis, dépression, tentative de suicide.
05:17Hôpital psychiatrique pendant une vingtaine de jours.
05:20Et quand je me suis aperçu qu'en fin de compte, les patients autour de moi étaient beaucoup plus touchés,
05:29là, je me suis dit, il faut faire quelque chose.
05:31J'étais déjà dans le monde associatif avant.
05:35L'armée du salut, les restos du cœur, le Téléthon, enfin, toutes ces choses-là donnaient mon temps.
05:39Mais je me suis dit, je peux peut-être apporter quelque chose à d'autres victimes
05:43pour leur expliquer qu'on peut s'en sortir et qu'ils ne font pas qu'ils nous aient une
05:47deuxième fois.
05:48Patrick, aujourd'hui, nous sommes dix ans avant.
05:51Nous commémorons cette nuit d'horreur.
05:53Comment est-ce que vous allez aujourd'hui ?
05:59Comment je vais aujourd'hui ?
06:02Déjà, aujourd'hui, hier, c'était...
06:04Je suis très heureux, très fier que la mairie puisse porter le projet qui me tenait à cœur
06:14depuis que j'avais bataillé le 18 juin pour avoir la flamme olympique en 2024.
06:19J'avais ce projet dans la tête avec mon association.
06:23On a pu le concrétiser, tout simplement, parce que depuis dix ans,
06:26qu'il y avait les commémorations, depuis neuf ans,
06:28le public n'était pas trop investi.
06:31Il y avait l'œuvre mémorielle de Jean-Marie Fonda Caro.
06:35C'était réservé aux victimes.
06:36Et là, de voir l'engouement que les Niçois, les touristes,
06:40toutes les personnes qui ont bien voulu, je ne sais pas combien en étaient,
06:44mais un calcul, c'est à peu près 1 500, 2 000 personnes,
06:48ont fait cette marche et moi, ça m'a empli le cœur
06:51de voir qu'on leur offrait également quelque chose.
06:54Parce que toutes les personnes, même si elles n'étaient pas sur place,
06:57si vous connaissez Niçois, si vous connaissez l'apprentissage anglais,
06:59c'est magnifique.
07:01Et voilà, c'est une ville qui m'a adopté, comme je tiens à le dire.
07:05Je suis un réfugié climatique, je suis d'origine bretonne.
07:07Et j'adore cette ville, mes enfants y sont nés.
07:09Et j'adore la région, j'adore tout en fin de compte.
07:15Je suis un épicurien et j'ai la chance de pouvoir avoir des rides.
07:21Et je fais avec et puis on avance chaque jour.
07:24En tout cas, votre sourire chaleureux nous fait beaucoup de bien.
07:29Et j'ai envie de vous poser cette dernière question.
07:30Si vous aviez un message à faire passer à ceux qui traversent une période traumatisante,
07:35à d'autres concitoyens qui, eux aussi, ont vécu la même chose que vous.
07:40Et peut-être aussi un message aux jeunes générations
07:42qui n'ont pas connu ce terrible 14 juillet
07:45ou ces autres attentats qui ont touché le pays.
07:49Est-ce que vous auriez un message ce soir à faire passer ?
07:55Le message, il est simple.
07:57De chaque chose négative, il faut essayer d'en tirer le positif.
08:01Et c'est vrai que c'est malheureux à dire.
08:03J'ai perdu personne, je connais beaucoup de monde.
08:04Je n'ai personne qui a été blessé physiquement.
08:07Je n'ai personne que j'ai perdu, qui soit décédé.
08:13Mais le positif que je retiens, c'est l'humain.
08:17C'est-à-dire, je rencontre des personnes formidables, extraordinaires.
08:20Et de vous dire que vous n'êtes pas tout seul ou toute seule,
08:23il ne faut pas hésiter, il ne faut pas avoir honte.
08:26Moi, j'ai été invité souvent.
08:28On a toujours peur d'être pris pour un déjeuner de cons.
08:31Et puis, on vous rappelle, on dit, on a fait passer le message.
08:33Comme quoi, on ne va souhaiter plus jamais ça.
08:35Mais surtout, de dire aux personnes, essayez et allez à votre vitesse pour en sortir.
08:40Parce qu'on peut en sortir.
08:42Jusqu'à quand, je ne sais pas, mais on peut en sortir.
08:44Merci beaucoup, Patrick Prigent, pour votre témoignage.
08:48Merci, merci d'avoir accepté notre invitation.
08:51Ce soir, à l'occasion de la commémoration des attentats du 14 juillet 1998 à Nice,
08:56témoignage très fort, Benjamin Kambouliv.
08:59Et ça me fait penser à tous ces gens aussi, parce qu'on parle de ces 86 morts,
09:03de ces 458 blessés, c'est absolument terrible.
09:06Et puis, il y a tous ceux qui sont intervenus, ces fameux héros anonymes,
09:09et puis ces forces de l'ordre, et puis ces pompiers,
09:11qui eux aussi ont des traumatismes, et eux aussi ont le droit
09:15que l'on reconnaisse ces traumatismes,
09:17et que ce devoir de mémoire indispensable contre l'oubli,
09:21nous serve aussi à cela.
09:22Oui, ce monsieur avait un discours qui était très fort,
09:26qui nous rappelle en effet ce temps atroce, ce traumatisme national,
09:3086 morts, je crois qu'il y avait 15 enfants parmi les victimes.
09:34Ce qu'on peut rappeler aussi, c'est que c'est entre autres ce drame
09:37qui a motivé l'entrée en vigueur du Code de la Sécurité intérieure,
09:40pour venir élargir les conditions légales du usage de l'arme
09:43par les policiers, par les gendarmes.
09:45Parce qu'en 2016, quand ça intervient, le seul cadre d'emploi des armes,
09:49le seul cadre légal, c'est le Code pénal, c'est le droit commun,
09:52c'est la légitime défense de monsieur Tout-le-Monde.
09:54Et depuis 2017, donc, c'est élargi, au cas du périple meurtrier,
09:58également pour tirer, pour arrêter un véhicule dangereux,
10:01donc pour montrer que les choses avancent, petit à petit,
10:04on s'adapte aux risques, légalement aussi,
10:06parce que le policier a besoin de ça, d'un cadre légal qui soit clair
10:08pour pouvoir intervenir.
10:10Maintenant, on va avoir également cette présomption d'usage légitime de l'arme
10:13pour la force de sécurité intérieure, donc voilà, ça avance.
10:15Ce qu'il faut vraiment souligner, c'est qu'on n'est pas en train de parler
10:18d'un permis de tuer, comme le disent les fils scientifiques primaires.
10:22Ce qui se passe, c'est que le policier, le gendarme,
10:24ils ont un devoir de protéger.
10:25Ce n'est pas un permis de tuer, c'est un devoir de protéger.
10:27Je vous propose de revenir sur les faits, puisque je vous le disais,
10:29grand reportage ce soir à 21h, présoté par Elliot Deval sur CNews.
10:34On va regarder cet extrait, il est 22h30.
10:3614 juillet 2016, un terroriste au volant de 19 tonnes fonce délibérément
10:40sur la foule et en seulement quelques minutes, la fête pascule dans l'horreur.
10:45Regardez.
10:47Quelques minutes après la fin du feu d'artifice, il est 22h30
10:52lorsqu'un camion de 19 tonnes s'engage sur la promenade des Anglais
10:55à hauteur de l'hôpital Lanval.
11:00Son chauffeur accélère et fonce délibérément sur la foule,
11:05renversant tous ceux qui se trouvent sur sa trajectoire.
11:08Stéphane et sa famille le croisent au début de son itinéraire.
11:13Nous, on était à Lanval, vraiment là où est parti le camion, en fait.
11:17On rentrait gentiment sur la prom, et en fait, en voyant arriver le camion,
11:22naturellement, on se dit, je suis sur la route, il y a un camion,
11:24donc je retourne sur le trottoir.
11:26Donc on est remonté sur le trottoir, et c'est là où le camion nous a fauchés.
11:32Moi, je tenais la main de mon fils, j'ai juste eu le temps de le jeter.
11:35Ma fille était devant, elle a juste eu le temps d'accélérer un petit peu,
11:37puis Rachel, elle était derrière.
11:39Moi, le camion m'a percuté, puis il m'a projeté à une quinzaine,
11:41vingtaine de mètres, je ne saurais pas dire.
11:43Et puis Rachel, elle est passée dessous.
11:46Attentat revendiqué par Daesh.
11:48D'ailleurs, c'est l'un des attentats les plus meurtris en France,
11:50Louis de Raimiel, et ce qu'on peut souligner,
11:51c'est qu'il y a eu un avant et un après.
11:53Et pendant qu'on voyait cet extrait, le sujet disait,
11:55c'était aussi la fin de l'insouciance.
11:56C'est un tournant.
11:58Et plus aucune manifestation sur la voie publique de type la 14 juillet
12:02ne s'est déroulée comme ça se déroulait jusqu'à cet attentat.
12:08Et typiquement, les premières mesures qui ont changé le quotidien des Français,
12:11c'est de voir tous ces blocs de béton, maintenant qu'on voit,
12:14qui font partie du paysage, dès lors qu'il y a une manifestation publique.
12:18Et puis, il y a un certain nombre de contrôles aussi qui ont été renforcés.
12:22Et comme le disait Paul Sujet, c'est la fin d'insouciance.
12:24Et à partir de ce moment-là, il y a aussi une prise de conscience du danger
12:30que pouvaient constituer ces armes par destination,
12:32qui étaient des poids lourds, des gros camions.
12:35Et ce qui est vrai, c'est qu'aujourd'hui, il n'y a pas un policier
12:37qui, à la veille d'un 14 juillet, qui fait des opérations de contrôle,
12:40qui n'a pas ça en tête dès lors qu'il va contrôler un camion.
12:43Il se dit, voilà, potentiellement, ça peut constituer un danger extrêmement important.
12:47Alors que jusqu'à aujourd'hui, personne ne se disait,
12:51tiens, il y a un poids lourd qui n'est pas loin.
12:53Il peut y avoir un attentat avec plus de 450 blessés et 86 morts.
12:58La fin de l'insouciance, Paul Sujet, c'est ce que vous disiez.
13:00C'est un tournant comme le marché de Noël à Strasbourg aussi.
13:03Quand j'ai écouté le témoignage à qui il vous est donné la parole,
13:06qui nous a raconté la façon dont il a vécu son 14 juillet 2016 à Nice,
13:10j'ai en tête le fait que dans l'histoire de France,
13:12on avait le souvenir des tragédies qu'on avait vécues
13:15par la présence des gueules cassées,
13:17qui était la permanence de blessures de guerre,
13:20en plus, à l'époque, pratiquement impossibles à guérir complètement, à réparer,
13:24et qui manifestait la survivance d'un traumatisme.
13:27Et je crois que tous ces grands blessés psychologiques,
13:30on n'a pas toujours été blessés physiquement,
13:31on peut l'avoir été simplement psychologiquement,
13:33nous rappellent ce traumatisme et ce danger qui continue de rôder en permanence.
13:36Et on arrive au terme de Punchline sur CNews et sur Europe 1.
13:40Je vous rappelle, ce soir, 21h, grand reportage présenté par Eliott Deval,
13:4510 ans après l'attentat, donc 10 ans après l'horreur,
13:49attentat de Nice à 21h sur CNews.
13:51Actualité qui continue sur Europe 1, c'est Hélène Rouet et Eliott Deval,
13:55justement, dans un instant sur CNews, l'heure des Pro 2.
13:59À très vite.
Commentaires

Recommandations