00:00Emmanuel Macron qui présentait son dernier discours aux armées, le traditionnel discours aux armées,
00:08vous savez c'est à la veille du 14 juillet, c'est le dernier avant qu'il ne quitte l
00:12'Elysée
00:13et c'est peut-être l'un des plus importants parce que souvent ces détracteurs ont pu dire
00:19qu'Emmanuel Macron avait un discours « va-t'en-guerre ».
00:22Est-ce qu'en l'écoutant dans quelques instants, vous allez vous dire,
00:25il plonge un peu plus, il pousse un peu plus la France dans ce discours « va-t'en-guerre
00:31belliciste »
00:32pour ne pas dire belliqueux, ou alors justement Emmanuel Macron est conscient des dangers dans les prochaines années
00:40et que la France a besoin de se réarmer.
00:44En ayant écouté Emmanuel Macron, j'ai plus l'impression qu'il parlait en européen, pour ne pas dire en
00:50européiste,
00:51qu'en chef des armées de la France, il faut rappeler que c'est une compétence nationale
00:57et c'est une souveraineté nationale, c'est peut-être la seule souveraineté et puissance qui nous reste en quelque
01:04sorte.
01:04Gérard Longuet, ancien ministre de la Défense, est avec nous.
01:07Bonjour Monsieur le Ministre.
01:09Oui, bonjour.
01:10Avant de vous donner la parole, je voudrais qu'on écoute Emmanuel Macron qui a parlé de la liberté et
01:16du droit
01:17et au prix du sang, c'est-à-dire qu'il dit que les Français sont prêts, la France est
01:21prête,
01:22à défendre le droit et la liberté jusqu'au prix du sang. Écoutez.
01:26Une Europe qui ne sera pas celle des nationalismes qui l'ont longtemps consumée,
01:32mais qui en conjuguant les patriotismes de leurs membres, en agissant unis, nous rend tous plus forts.
01:41Le message que nous envoyons au monde est le suivant.
01:45Oui, la paix est notre but.
01:48Oui, nous chérissons la liberté et le droit.
01:51Et oui, nous nous tenons prêts à combattre pour les défendre.
01:55Toujours.
01:56Et au prix du sang, s'il le faut.
01:59Au prix du sang, s'il le faut.
02:02Comment vous réagissez après la déclaration du président de la République, Gérard Longuet ?
02:09Et je rappelle que vous êtes ancien ministre de la Défense.
02:11Il y a deux leçons qui sont assez différentes.
02:15La première, c'est qu'en effet, souhaiter que tous les pays européens s'organisent pour se défendre solidairement
02:25et ne comptent plus sur le voisin d'outre-Atlantique, les États-Unis, pour prendre en charge leur protection.
02:35Ça, c'est une certitude.
02:36Et de ce point de vue, je la partage, même si je constate que nous n'avons pas pour autant
02:45réglé les différences
02:48qui nous distinguent de nos grands voisins, les Allemands, les Pays-Baltes, la Pologne, par exemple, et nous-mêmes.
02:57Et puis, alors, la deuxième observation, bon, Emmanuel Macron parle bien, chacun le sait.
03:04Il aime, je crois qu'il a un certain plaisir à s'écouter.
03:08Et dire que nous allons nous défendre au prix du sang, c'est le lot de notre armée de métiers
03:16qui combat chaque jour
03:17et qui a enregistré, hélas, un terrain d'opération, après terrain d'opération, des blessures.
03:30Je l'ai vu moi-même en afghanistan en particulier.
03:35Donc, nous rappeler, veut-il nous dire autre chose ?
03:40Veut-il nous dire que le sang, c'est pas simplement pour l'armée de métiers, c'est pour tous
03:46les Français ?
03:47Il ne le clarifie pas.
03:48Et moi, personnellement, lorsque je l'entends parler de défense,
03:53je souhaiterais qu'on ait les moyens financiers, budgétaires de cette défense
03:59et qu'on ait aussi une présence de l'armée dans la nation qui facilite son recrutement
04:07et la mobilisation d'une armée qui est une armée de volontaires, il faut le préciser.
04:13Et au fond, ce que le président Macron ne nous dit pas,
04:17c'est qu'il demande, il évoque le sacrifice du sang sans préciser qui est concerné, article 1.
04:24Et article 2, si on se contentait simplement, nous, Français,
04:30de travailler autant que les Européens tout au long de notre vie,
04:35on reste en vue de financer cet effort de défense qui n'est pas encore le cas.
04:39Mais M. le ministre, d'ailleurs, dans ce discours, on l'a vu,
04:44se féliciter du doublement du budget de l'armée sur cette décennie
04:50où Emmanuel Macron était le chef de l'État et donc le chef des armées.
04:55Il ne mentionne pas ses premiers mois à l'Élysée
05:00qui commencent avec un tournant à la tête des armées
05:04puisque le général de Villiers, en commission, donc sous serment,
05:10va alerter en disant, attention, on est en train d'imaginer
05:14une réduction du budget des armées.
05:18Or, nous rentrons dans une ère où il faut, au contraire, se réarmer,
05:26devenir plus fort pour être souverain.
05:29Et ça, c'est ce moment de l'histoire.
05:31Il l'oublie, surtout qu'il n'a pas supporté cette séquence-là
05:34à tel point que le général de Villiers a dû quitter ses fonctions
05:37quelques jours après cette déclaration.
05:40Et je me souviens que son premier discours aux armées,
05:42et il y a cette formule d'Emmanuel Macron qui dit
05:44« je suis votre chef », en rappelant qu'il était le chef des armées.
05:48Oui, oui, oui, moi j'ai beaucoup d'estime pour le général Pierre de Villiers
05:52qui a fait son devoir de chef d'état-major des armées
05:57qui était de rappeler à la représentation parlementaire
06:00que la vie n'était pas un long fleuve tranquille
06:03et qu'il fallait avoir les moyens de se défendre.
06:06Soyons honnêtes, après cette réaction d'humeur excessive,
06:10le président a engagé les budgets successifs sous son autorité
06:16lorsqu'il l'a pu, jusqu'en 2022 en tous les cas,
06:21avec un effort qui n'est pas un effort, je ne conteste pas.
06:27On est arrivé à 2,5%.
06:29J'arrive à 2,5% du PIB.
06:33Il se propose de passer en 2030 à 3,5%.
06:39Je crois que ni son premier ministre, ni le Parlement
06:46ne lui en donneront les moyens,
06:48parce qu'annoncer des dépenses, c'est bien.
06:52Encore faut-il pouvoir équilibrer le budget de l'État,
06:55ce qui est une autre contrainte qui pèse
06:58et, quand je dis équilibrer le budget de l'État,
07:02limiter le déficit,
07:03ce qui manifestement aujourd'hui est à peu près impossible.
07:06Je pense que le président Macron aurait plus d'autorité
07:09si son premier ministre n'avait pas été obligé
07:12de concéder au Parti Socialiste
07:15l'abandon de la réforme du régime de retraite
07:18qui permettait de dégager une meilleure solution
07:21pour notre équilibre budgétaire.
07:24Gérard Longuet est avec nous,
07:27ancien ministre de la Défense.
07:29Je vous propose d'écouter également Emmanuel Macron,
07:31où là, et c'est la forme,
07:35mais également le fond,
07:36que je vais vous soumettre,
07:38parce qu'il est rare
07:42qu'Emmanuel Macron s'emporte, quoique.
07:45Et là, on a l'impression que lorsqu'il va parler,
07:49il va faire une différence entre le patriotisme
07:51et le nationalisme, et il va peut-être pas perdre ses nerfs,
07:55faut pas exagérer, mais tout de même,
07:57on l'a senti parfois plus serein.
08:00Partout où on flatte les nationalismes,
08:03en France ou ailleurs,
08:05on se trompe sur l'histoire qui est la nôtre.
08:08Le patriotisme, oui,
08:10le nationalisme, jamais.
08:11Et au moment où l'Europe se réarme,
08:13penser qu'accumuler chacun séparément des capacités
08:17et le sens de l'histoire, c'est une absurdité.
08:20Nous devons bâtir en Européens
08:22et garder nos spécificités propres,
08:25nos modes de décision,
08:26nos forces d'intervention,
08:27notre crédibilité.
08:29Mais ne faisons pas bégayer l'histoire.
08:32Alors, quand il différencie
08:34les nationalismes et le patriotisme,
08:39là, j'ai besoin d'un éclairage du ministre.
08:43C'est un exercice sémantique
08:45pour avoir bonne conscience,
08:47pour pas cher.
08:48Parce que lorsque l'on est patriote,
08:52on s'intéresse à sa nation
08:54et on s'efforce de lui donner
08:56les conditions de sa liberté,
08:58de son indépendance,
08:59et j'ajoute, de sa paix.
09:01Et la meilleure façon de vivre en paix,
09:03c'est de commencer par respecter les autres
09:06et en entendant soi-même être respecté.
09:09Or, là, je crois que le président Macron
09:14épouse une posture
09:17qui n'apporte rien au débat.
09:20Nous savons parfaitement,
09:21depuis 1814,
09:23depuis l'abdication de Napoléon Ier,
09:26que nous n'avons jamais envahi
09:28aucun pays en Europe.
09:30À ma connaissance,
09:31ce sont bien les Prussiens
09:32qui nous ont envahi en août 1914.
09:35Bon, l'Empire a déclaré la guerre
09:40à la Prusse en 1970.
09:42C'était une erreur funeste
09:43et fatale pour l'Empire.
09:46Mais la France républicaine
09:49n'a jamais déclaré la guerre
09:51à personne,
09:52sauf en 1939,
09:54lorsque l'Angleterre et la France
09:56ont déclaré la guerre
09:59à l'Allemagne nazie
10:00après l'invasion de Napoléon Ier.
10:02Bon, on est donc dans un exercice
10:05un exercice de style.
10:07Un exercice de style
10:07qui est, alors là, pour le coup,
10:10récurrent chez Emmanuel Macron.
10:13Et d'ailleurs,
10:14j'ai récupéré le discours
10:15« Seul le prononcé fait foi ».
10:17Bien évidemment,
10:18vous en avez eu l'habitude
10:19de nous envoyer,
10:20lorsque vous étiez ministre,
10:21aux journalistes,
10:22les discours,
10:23avec marqué
10:24« Seul le prononcé fait foi ».
10:25En italique.
10:26En italique,
10:26dit Jules Torres.
10:27Mais je suis quand même,
10:29vous savez,
10:30les détails,
10:31je suis attaché aux détails,
10:33je regardais,
10:33j'ai fait dans la barre de recherche,
10:35j'ai voulu mettre le mot « France ».
10:37Il a potentiellement été prononcé
10:3919 fois.
10:40Le mot « Europe »,
10:4119 fois également.
10:43Vous voyez,
10:43on est très attaché.
10:4511 fois le mot « guerre »,
10:47une seule fois le mot « paix ».
10:48Intéressant de voir aussi
10:50ce détail-là.
10:51Mais on va revenir
10:52sur cette déclaration
10:54d'Emmanuel Macron
10:54et puis ce rapport
10:55aux armées.
10:57On interrogera aussi
10:57les auditeurs d'Europe 1.
10:59Merci Gérard Longuet,
11:00ministre de la Défense,
11:01ancien ministre de la Défense
11:02d'avoir réagi
11:03et de nous avoir apporté
11:04votre éclairage
11:05sur ce discours
11:07aux armées.
11:08Dernier discours.
11:08Moi, je vous remercie
11:09d'avoir l'occasion
11:11de donner des convictions.
11:12Eh bien, revenez,
11:13revenez quand vous voulez.
11:15On le défend
11:15et on lui donne
11:16les moyens
11:17de la sorte d'intendance
11:18quand on est un vrai patriote.
11:20C'est-à-dire
11:21qu'on ne le rend pas
11:22dépendant
11:22de ses créanciers.
11:23Je me demande
11:24si ce n'est pas un discours
11:25un peu nationaliste
11:26que vous avez là,
11:27monsieur Longuet.
11:27Il l'est clairement,
11:29si vous voulez.
11:30La nation française
11:32est notre bien commun
11:33et il faut le préserver.
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