00:01Tout pour investir, le placement à suivre.
00:05Julien Nebenzal, Ditoro qui est avec nous. Bonjour Julien.
00:09Bonjour Antoine.
00:10Bon, c'est vrai qu'on est dans une thématique de réexamen de tout ce qui nous est arrivé au
00:16premier semestre.
00:18Beaucoup de choses, beaucoup de biais psychologiques.
00:21Alors c'est vrai qu'on a beaucoup parlé de l'IA qui nous a un petit peu mis des
00:26œillères sur tout ce qui se passait ailleurs.
00:28Mais il n'y a pas que ça. Il s'est passé énormément de choses qui ont vraiment touché nos
00:33biais comportementaux vis-à-vis des marchés.
00:35Est-ce qu'on peut reprendre un petit peu les principaux dossiers qu'on a nommés ce premier semestre ?
00:40Parce qu'il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup à dire.
00:44Alors oui, au niveau Macron, les biais qu'on peut avoir collectivement.
00:51Il y a un sujet qui a été un peu un fil rouge de notre émission, je pense, au moins
00:56une fois sur trois, d'une manière ou d'une autre, on a dû en parler.
00:59On avait commencé en septembre à définir ce qui se passait dans un environnement de volatilité basse.
01:06Parce que c'est un peu un classique des marchés aussi, évidemment.
01:09Puis la volatilité était en général plus basse, on va dire de fin octobre jusqu'à courant avril.
01:16Donc on était devant ce moment-là.
01:19Et la volatilité basse, ça nous pose toujours la question de la complaisance.
01:23Quand la volatilité est basse, est-ce que ça génère un des biais les plus dangereux, en fait, collectivement, qui
01:29est le biais de complaisance ?
01:30On était revenu là-dessus à l'occasion de la séquence du Venezuela en tout début d'année,
01:34pour plutôt décrire la situation comme une accoutumance plutôt qu'une complaisance.
01:40L'accoutumance par rapport à des événements géopolitiques, par rapport à des surprises.
01:44Et puis surtout, on avait pu voir à ce moment-là que la notion de complaisance, on l'a vu
01:49dans deux, trois émissions,
01:50en fait, ce n'est pas quelque chose qui arrive spontanément, c'est quelque chose qui se construit.
01:55La complaisance ne vient pas en une semaine ou en deux semaines.
01:58Elle prend toujours, si on regarde l'histoire du sentiment boursier,
02:02elle prend toujours plusieurs mois, plusieurs trimestres à se construire.
02:06Et pour qu'elle se construise, il faut qu'il se passe un peu ce que nous avons vu au
02:10cours de cette année,
02:11c'est-à-dire une succession de nouvelles qui, a priori, sont un peu préoccupantes.
02:16Et puis, régulièrement, les marchés d'action, les marchés à risque, se tiennent bien
02:21et arrivent, dans la plupart des cas, à faire de nouveaux sommets.
02:25On a pu voir au mois de juin qu'on avait peut-être un signal, cette fois-ci, de complaisance
02:31qui se mettait en place,
02:32puisque quand on observe les constructions des bulles financières au cours des, on va dire, deux, trois siècles passés,
02:39il y a beaucoup de littérature là-dessus, on a, avec l'intelligence artificielle, à peu près 80% de
02:46ce qui se passe dans une bulle.
02:47Donc, c'est pour ça qu'on peut dire aujourd'hui, non pas que nous avons fait un sommet quelque
02:51part,
02:52que ce soit sur les valorisations en général des actifs risqués ou de l'IA en particulier,
02:56puisque le principe de la bulle, c'est qu'on ne connaît pas le niveau de prix là où s
03:01'arrête la dynamique,
03:02mais c'est que les déterminants d'une bulle sont quand même bien présents autour de ce concept.
03:07Voilà ce qui nous a, je pense, mené essentiellement.
03:10Après, je dirais qu'il y a eu deux événements importants, ça a été évidemment la guerre au Moyen-Orient,
03:16et puis le surgissement en termes de performance, pas en termes de concept,
03:21le surgissement en termes de performance à partir d'avril-mai,
03:24de tout ce qui était relié à l'intelligence artificielle, pas uniquement les entreprises qui produisent l'Illm,
03:30mais tout l'environnement qui va avec.
03:31On a eu une performance d'une Nasdaq de l'heure de 20%,
03:34mais qui n'était pas liée au traditionnel GAFAM,
03:39auquel on avait été habitué pendant 3 ans, 5 ans, 7 ans, 10 ans.
03:42Donc, quelque chose qui a été véritablement ici un contre-pied,
03:46ce qui rend les choses plus difficiles à lire d'une certaine manière.
03:50Le choc pétrolier qui, finalement, n'a pas beaucoup d'impact sur les économies,
03:54et puis la survenance de l'IA en tant que nouveau vecteur de développement économique.
04:00Là-dedans, on peut juste faire la synthèse en disant que, finalement, sur un an,
04:04si on repart en juillet de l'an dernier et qu'on est aujourd'hui,
04:08les actions ont gagné entre 10 et 20% en Occident,
04:11selon qu'on regarde l'Europe ou les USA, évidemment plus aux USA,
04:14du fait de la composante technologique, et un peu plus dans certaines zones.
04:18Alors, je ne vais pas qualifier d'émergentes,
04:20mais des zones qui recevaient moins l'attention des investisseurs,
04:24c'est valable pour la périphérie de l'Europe, c'est valable pour l'Asie aussi.
04:28Et donc, on a, en fait, une forme de diffusion qui s'est passée cette année
04:32au travers de différentes rotations sectorielles,
04:35de la performance des marchés à risque, donc les marchés d'action,
04:38alors que, dans le même temps, les marchés taux restaient certes élevés, mais stables.
04:42Ça, c'est important à retenir.
04:44Ils sont à des niveaux élevés qui, normalement, je ne vais pas dire bloquent
04:48la progression de la valorisation, mais interrogent la question de la valorisation
04:51quand les taux restent élevés.
04:53Et de l'autre côté, on a eu le retour en arrière,
04:56la correction à la fois du bitcoin pour la partie évaluation du sentiment monétaire,
05:02et puis le retour en arrière aussi de l'or après un parcours qui a été phénoménal.
05:07Donc voilà ce qu'on peut donner comme tableau.
05:09Je crois qu'on a construit quelque chose qui est un peu classique dans un marché haussier,
05:13une succession de rotations sectorielles,
05:15une accoutumance à des événements extérieurs,
05:17et probablement le début, on peut le dire maintenant,
05:19en tout cas moi, j'avance cette idée,
05:21le début d'une forme de complaisance avec, notamment,
05:24l'idéterminant peut-être d'une bulle autour de l'intelligence artificielle.
05:29Oui, on a l'impression que c'est quelque chose de lancinant qui nous poursuit.
05:33On en a parfaitement conscience et on travaille avec.
05:36Et c'est assez fou.
05:38Sur la deuxième partie de l'année,
05:40alors vous n'avez pas de boule de cristal,
05:42mais vous avez quand même à l'esprit certains biais comportementaux
05:45par rapport à ce qui nous est arrivé sur le premier semestre.
05:49Quels seront les sujets, à votre avis,
05:50qui seront sur la table en matière de dynamique ?
05:56Il y a deux points qu'on peut dire en termes de comportement collectif.
06:00Le premier, c'est que la deuxième année de l'élection américaine
06:03n'est pas la meilleure des quatre années.
06:05Ce n'est pas des moments particulièrement enthousiasmants historiquement.
06:09Alors, ça ne signifie pas que chaque deuxième année du mandat présidentiel est mauvaise,
06:12mais on sait qu'on regarde les performances depuis,
06:15je crois que c'est un peu plus de 100 ans maintenant qu'on a cette observation
06:18du mandat présidentiel et de la bourse.
06:20On sait qu'on n'est pas très bons.
06:22On sait aussi que la période, alors toujours se méfier l'été,
06:27les petits problèmes de liquidité qu'il peut y avoir,
06:30qui peuvent générer juste des petits trous d'air de la volatilité,
06:34mais surtout, on se rappelle, de septembre-octobre qui,
06:37en tout cas du 1er septembre jusqu'au 15 octobre,
06:40ce n'est pas tout le mois d'octobre,
06:42le 1er septembre au 15 octobre, on a parfois des manifestations d'humeur.
06:46Donc, on va regarder ça attentivement.
06:48En général, quand ça se produit, ça, on a déjà des premiers signaux en juillet.
06:52Donc, il faudra regarder en juillet si on est dans cette,
06:55je ne vais pas dire de complaisance, mais dans cette volatilité très basse,
06:58cette très bonne organisation des marchés avec les rotations sectorielles,
07:02ou si on commence à avoir un accident.
07:03Je pense que si on a un accident ou deux en juillet,
07:05ça voudra dire d'être attentif pour la période septembre-octobre.
07:09Après, sinon, le contexte global, c'est toujours le contexte géopolitique qui prime.
07:15Je pense que tout le monde l'a bien vu,
07:16que ce soit la guerre au Moyen-Orient, la guerre en Europe,
07:19les attitudes successives de Trump,
07:22à peu près tout concourt à une sorte de conflit global et multipolaire.
07:28C'est un conflit multipolaire, ce qui le rend encore plus compliqué à comprendre.
07:32Et il n'y a absolument aucune raison pour que ça s'arrête naturellement.
07:35Il n'y a pas de retour à la moyenne dans ces cas-là.
07:37La direction est toujours la même,
07:39et ça ne fait que s'amplifier et prendre de nouvelles formes.
07:41Donc, on ne sera pas surpris si on voit dans la deuxième partie de l'année
07:45le développement de ce sujet.
07:47Maintenant, on a eu aussi en fil rouge de ces émissions au cours de l'année passée,
07:53l'importance de connaître les biens individuels.
07:56Je parlais beaucoup de collectifs des biens individuels,
07:59c'est-à-dire l'excès de confiance que l'AMF a décrit au troisième trimestre l'an dernier,
08:05dans un rapport, on avait pu faire une émission là-dessus.
08:08Mais là, l'excès de confiance, évidemment, on peut s'en préoccuper aujourd'hui.
08:11Mais il y a aussi, ce que j'avais dit, le biais de statu quo,
08:14la procrastination, c'est-à-dire, je ne sais pas trop ce qui se passe,
08:17alors je ne fais pas grand-chose.
08:18Alors, entre ne rien faire et se dire que tout va très, très bien
08:21et investir tout ce qu'on peut, il y a évidemment le bon mi-chemin
08:25qui est celui qu'on peut prendre en utilisant la finance comportementale.
08:30Je l'ai abordé notamment au travers des PER,
08:33pour toutes les personnes qui ont moins de 55 ans,
08:36moins de 45 ans, c'est encore plus évident,
08:38alors moins de 35 ans, c'est une appanissade.
08:41Il est très important d'ouvrir des plans d'épargne retraite
08:45et de commencer avec des petites sommes,
08:47mais surtout en commençant les versements programmés,
08:49c'est-à-dire de verser chaque mois une petite fraction.
08:52J'avais dit que si on versait pendant 30 ans, c'était un exemple,
08:5510 % de son salaire net dans un PER,
08:58on avait à la retraite l'équivalent d'un salaire plein à 100 %.
09:03C'était une illustration du sujet,
09:06mais sans aller jusqu'à 10 %,
09:08déjà de commencer à mettre en place ces systèmes d'épargne retraite,
09:12d'utiliser pour certains la fiscalité,
09:14pour l'autre le côté contraignant du PBR,
09:17c'est-à-dire l'argent, une fois qu'il est versé,
09:18on ne peut le toucher qu'à la retraite.
09:19C'est un mécanisme là aussi comportemental qui est intéressant,
09:22d'utiliser tout ça pour se préoccuper de ce sujet
09:25qui est central, très important,
09:28qui va sans doute être développé au niveau politique aussi l'an prochain.
09:33Mais voilà, indépendamment,
09:36en parallèle de tout ce qui se passe dans l'information et du macro,
09:42utiliser la connaissance qu'on a des biais de comportement
09:44pour justement bien organiser son patrimoine et son avenir financier.
09:47Merci infiniment d'avoir décodé tout ça avec nous,
09:51Julien Desbenzal, 10 euros ce premier semestre
09:54et ce second semestre, toujours la retraite.
09:57Comme investissement de long terme, on ne le dira jamais assez,
09:59il n'est jamais trop tôt.