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  • il y a 8 minutes
Michel Rocard, premier ministre socialiste sous François Mitterrand, théoricien de la politique, disparaissait il y a 10 ans. Hommage et portrait.

Retrouvez « L'édito politique de Patrick Cohen » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique

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Transcription
00:00C'est l'édito politique, bonjour Patrick Cohen.
00:02Bonjour Florent.
00:03Ce matin, un hommage à Michel Rocard.
00:06Pour tout vous dire, j'avais prévu de parler du parti socialiste dont le Conseil National devait décider non pas
00:11de son candidat présidentiel,
00:12mais de la méthode pour le choisir, et qui n'a décidé que des options qui seront soumises aux militants
00:18la semaine prochaine.
00:19Alors j'ai pensé que ça ne ferait pas un très bon édito, et que 2 minutes 30 de Michel
00:23Rocard ne pouvait pas faire de mal,
00:24en présence de surcroît d'un autre ancien Premier ministre.
00:27Michel Rocard disparu il y a 10 ans.
00:29Le 2 juillet 2016, et qui comme aucun autre n'a cessé de théoriser sur la bonne manière de gouverner,
00:35sur l'art du compromis, ce qu'il appelait la démocratie de tous les jours.
00:38Parce que Rocard a toujours pensé que la méthode d'action était aussi importante que le fond.
00:42L'un de ses premiers actes, en arrivant à Matignon en 88, a été d'adresser à ses ministres une
00:47longue lettre circulaire
00:49contenant ses instructions, une sorte de code de déontologie.
00:52Respect de l'état de droit, respect du parlement, respect de la société civile.
00:56Nous devons préférer écrire Rocard, chaque fois que c'est possible, aux arguments d'autorité, des négociations réelles,
01:02loyales, méthodiques, et s'il y a lieu, formalisées par les conventions.
01:06Il vous faudra également dissiper l'illusion qui voit dans l'intervention de l'État la solution de tous les
01:11maux.
01:11Au fur et à mesure que les acteurs sociaux, économiques et culturels se révèlent aptes à se saisir de tâches
01:16d'intérêt général,
01:17l'action de l'État doit passer de la gestion directe au faire-faire, du faire-faire à l'incitation
01:23et de l'incitation à la définition des règles du jeu.
01:26Jean Castex, ici présent, écoute avec attention.
01:28Mais la leçon, Patrick, vaut-elle encore aujourd'hui quand le divorce paraît consommé entre le peuple et ses représentants
01:33?
01:33Mais il y a 40 ans, on parlait déjà de divorce.
01:36Et la réforme irritante, Rocard encore.
01:38Les mesures difficiles ne sont pas forcément des mesures impopulaires, mais les mesures impopulaires sont forcément de mauvaises mesures,
01:45soit en elles-mêmes, soit parce qu'on n'a pas su en expliquer les vertus.
01:48Mais Patrick, vous pensez vraiment que la démocratie à l'âge du numérique et des réseaux sociaux peut être comparée
01:53à celle du temps de Michel Rocard ?
01:54Alors je vous livre un extrait de son discours de politique générale le 29 juin 88, il y a 36
01:58ans.
01:58Une image chasse l'autre, un événement chasse l'autre.
02:01Le rythme politique auquel nous vivons tous, passant de l'élection au sondage, de la petite phrase au coup médiatique,
02:08érigera, si nous n'y prenons garde, la myopie en art de gouvernement et rabaissera la responsabilité du citoyen à
02:14l'opinion passagère à la mode.
02:16Une telle paupérisation intellectuelle de la société politique et de l'État produit des effets graves dans la conduite de
02:22politique et de décision qui exige une vision à long terme.
02:26Tous ces textes qui continuent de nous parler sont issus d'un recueil qui vient de paraître chez Armand Collin.
02:30Je rêve d'un pays où l'on se parle à nouveau.
02:34C'était la conclusion du discours de 88.
02:36Rocard visionnaire, merci Patrick Cohen.

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