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  • il y a 1 jour
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Dans cet épisode de Tous Wonder, Alexia Mayer reçoit Oriane Aymard, aventurière, himalayiste et l’une des rares Françaises à avoir gravi l’Everest après qu’un neurochirurgien lui ait pourtant interdit toute pratique de l’altitude.
À seulement 25 ans, Oriane est victime d’une hémorragie cérébrale en Inde. Les médecins découvrent une malformation cérébrale et lui annoncent qu’elle ne pourra plus jamais pratiquer la montagne en altitude. Pourtant, quinze ans plus tard, elle réalise son rêve : atteindre le sommet de l’Everest.
Dans cet épisode, elle raconte son incroyable reconstruction, son ascension du Lhotse puis de l’Everest, mais aussi l’accident qui a failli lui coûter la vie lorsqu’un immense sérac s’effondre sur elle à plus de 6 000 mètres d’altitude.
Nous parlons également de dépassement de soi, de peur, de spiritualité, de résilience, de misogynie dans le milieu de l’alpinisme, de préparation mentale et de ce que signifie réellement poursuivre un rêve malgré tous les obstacles.
Un témoignage exceptionnel sur le courage, la force intérieure et la capacité de transformer l’impossible en réalité.

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Tous WONDER met en lumière ces héros du quotidien, ces personnalités inspirantes qui ont connu un tournant majeur. L’objectif est d’aller chercher l’instant charnière dans la trajectoire de personnalités issues de la société civile, du monde politique, du CAC 40, de l'entreprenariat, du sport, de la culture, du monde scientifique... Tous WONDER fait un pas de côté, un format d’interview intelligent qui révèle l’inattendu chez ses invités.

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Catégorie

😹
Amusant
Transcription
00:00On échappe rarement à la mort.
00:01T'es deux mois avec que des hommes ?
00:03Là, on m'a même pas adressé la parole.
00:05C'est mon visage qui a gonflé, mais j'avais peur de mourir.
00:08On te dit, l'altitude s'est terminée.
00:10J'aurais peut-être dû écouter le neurochirurgien.
00:12Je me suis mise en boule et puis j'ai fait une ultime prière.
00:16Bonjour à tous et bienvenue dans Tous Wander, le média qui parle de votre point de bascule.
00:20Aujourd'hui, on reçoit Oriane Emard.
00:22Elle est aventurière au sens littéral du terme, parce qu'elle est alpiniste et himalayiste.
00:27Elle fait partie des rares françaises à avoir gravi l'Everest, 8 848 mètres et le lot de C, 8
00:36516 mètres.
00:38À son actif, il y a aussi d'autres sommets de plus de 6000 et 7000 mètres.
00:43C'est juste hallucinant.
00:44Vous allez découvrir son point de bascule.
00:46Elle a fait une hémorragie cérébrale à l'âge de 25 ans.
00:48Et là, on lui a dit, l'altitude s'est interdit.
00:51Vous allez comprendre comment elle s'est reconstruite et comment elle a fini par accéder à son rêve.
00:55Elle est l'auteur de deux livres passionnants « Au cœur de l'Everest, la quête d'une femme au
01:01sommet » et « L'appel de l'Everest ».
01:04Ces deux livres ont été édités aux éditions Mareuil.
01:07Tous Wander, c'est tous les mardis.
01:09Vous nous retrouvez sur YouTube et sur toutes les plateformes de podcast Spotify, Deezer, Amazon et Apple.
01:15Vous pouvez nous regarder, nous écouter un peu partout et un peu tout le temps.
01:18Cet épisode vous est présenté avec Lucie, l'expert en santé préventive.
01:23Vous le savez, dans Tous Wander, on parle souvent de points de bascule, de déclics qui changent une vie.
01:27Eh bien, parfois, le premier déclic, c'est simplement de mieux comprendre son corps.
01:32Souvent, on se demande pourquoi on est tout le temps fatigué, tout le temps stressé.
01:35Pourquoi une femme peut perdre ses cheveux, par exemple, en pleine ménopause ?
01:39Pourquoi un homme, même jeune, peut avoir des problèmes de fertilité ?
01:42Eh bien, très souvent, la réponse, elle se trouve dans votre corps, dans notre corps.
01:47Et Lucie propose que moi, en tout cas, je cherche depuis longtemps, et c'est pour ça que je vous
01:50en parle, c'est un bilan complet.
01:52Analyse de sang, d'urine, de salive.
01:54Il y a plus de 110 marqueurs qui sont étudiés.
01:57En gros, vous l'avez compris, tout est passé au crible.
02:00Métabolisme, organes, équilibre hormonal.
02:03Et quand vos résultats arrivent, eh bien, vous avez un plan d'action à mettre en place pour avoir de
02:07nouvelles bonnes habitudes sur votre activité, votre sommeil, votre santé mentale.
02:12Et vous pouvez même échanger avec un chat, avec une IA, pour vous aider à avoir de bonnes nouvelles habitudes.
02:17Avec Touswander, vous avez un code de réduction, moins 10% avec le code Touswander10.
02:22Et évidemment, je vous mets le lien dans la description de l'épisode.
02:25Touswander, c'est maintenant avec Oriane Emar, alpiniste et himalayiste.
02:41Oriane Emar, merci d'être là avec nous.
02:43Je suis très contente de te recevoir.
02:45T'es vraiment une aventurière au sens propre du terme.
02:48On commence toujours dans Touswander avec un point de bascule.
02:50Ton point de bascule à toi, il est extrêmement précis et il est vif.
02:53C'est la nuit du 16 au 17 avril 2004.
02:57T'as 25 ans, t'es seule au nord de l'Inde et tu vas faire une hémorragie cérébrale.
03:03Est-ce que tu peux nous raconter ce qui s'est passé et en quoi ça a été un point
03:06de bascule ?
03:06J'ai eu en pleine nuit une hémorragie cérébrale alors que j'étais dans un ashram à côté d'Aridoir,
03:16un lieu qui s'appelle Kankal.
03:19Cette hémorragie cérébrale m'a frappée.
03:22Heureusement que pour une fois, je partageais ma chambre parce qu'en général, je voyage seule.
03:28Cette amie qui était en face de l'autre côté de la chambre a vu que je faisais plusieurs convulsions.
03:36Elle ne s'est pas plus inquiétée que ça parce qu'elle a pensé à sa grand-mère qui était
03:40épileptique et qui faisait également des convulsions.
03:44Sauf que moi, il se passait autre chose parce que je ne suis pas épileptique à la base.
03:48Et donc, voilà, en pleine nuit et quand on m'a retrouvée le matin, je ne savais même pas comment
03:53je m'appelais, rien du tout.
03:54Moi, j'étais partie de l'autre côté et c'est là où on m'a conduit à l'hôpital,
04:00à Deradoun, l'hôpital militaire,
04:02parce que c'était le seul endroit où ils avaient tout le scanner, les IRM et tout.
04:07Et donc là, une fois à l'hôpital, quand ils m'ont expliqué ce qui se passait, j'avais repris
04:11conscience
04:12parce qu'il y a eu plusieurs pertes de conscience entre-temps.
04:15Et là, ils m'ont expliqué ce qui se passait.
04:17Et donc, c'est à ce moment-là où j'ai dit adieu à mes parents.
04:20Enfin, je les ai demandé à appeler mes parents en France et je leur ai dit adieu.
04:23Tu pensais partir parce que tu m'as dit, quand on a préparé l'émission, que tu avais vu la
04:27lumière.
04:29Quand tu dis je suis partie de l'autre côté, c'est au sens propre du terme.
04:32Dans le sens où j'étais la lumière, j'étais devenue le tout.
04:38Il n'y avait plus de séparation, il n'y avait plus d'Oriane.
04:40J'étais un avec l'univers.
04:45C'est fou parce que tout on écrit ça.
04:46Les gens qui ont vécu des expériences similaires.
04:49Alors moi, je n'ai pas vu de tunnel.
04:51C'est peut-être pour ça que ce n'était pas mon heure.
04:53Mon heure n'était pas encore venue, mais je n'ai pas vu de tunnel.
04:56Je n'ai pas vu d'ancêtre ou quoi que ce soit.
04:58Mais voilà, cette lumière qui était là, qui était présente.
05:03Et c'est surtout qu'il n'y avait plus de temps, il n'y avait plus d'espace.
05:06Et que j'étais tout, quoi.
05:08J'étais tout.
05:09Et c'est à ce moment-là que tu te dis, je reprends connaissance, je perds connaissance,
05:13mais je ne vais pas passer la journée.
05:16En fait, comme j'étais, je n'avais jamais forcément connu une telle expérience.
05:21Et quand j'ai repris conscience, déjà j'étais toute fiévreuse.
05:25Je ne savais même pas comment je m'appelais.
05:28Je voyais bien, il y avait quelque chose.
05:30Et j'étais persuadée.
05:32Après, et ça a duré pendant plusieurs jours, parce qu'après, on m'a conduite à l'hôpital,
05:37à New Delhi, où là, je suis restée plusieurs jours.
05:39Après, j'ai été rapatriée en France, grosse opération de cerveau.
05:42Mais pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines, j'avais peur de mourir,
05:49de passer vraiment littéralement de l'autre côté.
05:51Et je me suis dit, et surtout les premiers jours, je ne pouvais même pas dormir.
05:54En fait, ils devaient me donner des cachets parce que je ne voulais pas dormir.
05:58J'avais peur de partir.
06:01Et donc, oui, c'était, alors je ne sais pas comment on peut appeler ça,
06:05mais je ne sais pas si c'était une expérience de mort imminente.
06:08Mais voilà, c'est sûr que ça marque une vie, c'est une telle expérience.
06:12En réalité, tu avais une malformation cérébrale et on t'a opéré.
06:17C'est ça qui s'est passé.
06:17En fait, ce qui s'est passé, c'est que trois ans avant, j'étais à Jakarta,
06:24donc en Indonésie, je travaillais à l'UNESCO à ce moment-là.
06:27Je faisais une mission et j'ai eu la dengue.
06:30Et donc, je me suis retrouvée à l'hôpital.
06:32Et après, il y a eu des complications.
06:35Quand je suis revenue au bureau, c'est qu'ils n'étaient pas du tout liés à la dengue.
06:39Et en fait, la dengue a provoqué des lésions cérébrales, des saignements,
06:44mais au niveau de cette malformation.
06:45Mais on ne savait pas, en fait, à l'époque, j'avais une malformation.
06:47Donc, j'ai fait mon premier IAM dans un autre hôpital militaire à Jakarta.
06:52Mais tu vois que tu es une aventurière, en fait.
06:55Sans le vouloir.
06:56Personne ne devise ce que tu as vécu.
06:57Sans le vouloir.
06:59Et c'est là où ils ont vu que j'avais quelque chose au cerveau.
07:02Mais c'est seulement en France qu'ils m'ont dit que j'avais une malformation,
07:04mais qu'a priori, on n'y touchait pas.
07:06Et que je pouvais vivre avec.
07:08Sauf que trois ans plus tard, ça s'est déclenché.
07:10Et pas dans n'importe quel endroit.
07:11Ça s'est déclenché à côté du tombeau d'une sainte indienne
07:14qui s'appelle Manandamahi.
07:16Et voilà, qui a une énorme importance dans ma vie.
07:20Après l'opération, il y a une forme de coup près.
07:23Parce qu'on te dit que tu ne peux plus faire ce que tu aimes faire.
07:26Qu'est-ce qu'on va t'annoncer à l'issue de l'opération ?
07:29Si toi aussi, tu aimes cet épisode,
07:31« Aide-moi à produire la saison 2 », je lance une campagne participative.
07:34Je te mets le lien en description.
07:36N'hésite pas à participer et à partager.
07:38Merci.
07:39Alors déjà, on me dit que j'arrête la plongée.
07:44Alors à la base, moi, j'ai fait des études de biologie marine.
07:46Alors rien à voir avec la suite.
07:49Donc on arrête la plongée et on arrête également l'altitude.
07:54Et là, quand je dis altitude, je ne parle même pas de faire des 8000.
07:57C'était même de simples treks à 4000 mètres.
08:01Alors je ne sais pas, mais j'avais l'habitude de faire des treks au Népal.
08:06Et ça me plaisait.
08:07Et donc des fois, il y a des cols même à 5000.
08:09Mais tout ça, en fait, il fallait que j'arrête.
08:12Après, je me suis dit que je suis en vie.
08:14Oui.
08:15Voilà, tant mieux.
08:17Et puis, ce n'est pas grave.
08:18Et là, on arrive au cœur du sujet quand même.
08:20Il faut qu'on comprenne comment tu fais.
08:22C'est-à-dire qu'on te dit que l'altitude s'est terminée
08:25et tu vas finir par gravir quand même l'Everest.
08:27Donc moi, je veux comprendre comment tu as fait.
08:30Parce que c'est extraordinaire.
08:31C'est-à-dire qu'à un moment, tu n'écoutes pas les médecins.
08:34Ou à un moment, tu t'es...
08:37Enfin voilà, qu'est-ce qui s'est passé ?
08:38Et ça a été quel cheminement ?
08:40Parce qu'il y a eu un long processus médical, intérieur, psychologique.
08:44Tu m'as dit que tu n'osais même plus mettre la tête en bas quand même au départ.
08:47Oui, alors...
08:48Donc, ce n'est pas venu tout de suite.
08:49Suite à un temps, je faisais beaucoup de yoga,
08:52enfin de hatha yoga.
08:53Et il y avait une des postures, c'est shirshasana.
08:55C'est la tête en bas, les pieds en l'air.
08:57Enfin, en gros, pour décrire un peu.
09:01Et donc, jusqu'au Covid, quand il y a eu le confinement,
09:05je n'avais pas refait la posture.
09:07Parce que j'avais toujours peur que ma tête s'ouvre en deux.
09:09C'est bête, mais c'est...
09:11Non, je comprends.
09:11C'est parce qu'on m'a quand même ouvert totalement le crâne.
09:14Donc, c'est...
09:15Et voilà, il y a une espèce de trauma qui est encore là.
09:18Mais pour gravir l'Everest.
09:20Alors déjà, l'Everest, c'était un rêve que j'avais bien avant mon hémorragie cérébrale.
09:24Enfin, j'ai vu l'Everest pour la première fois du côté tibétain.
09:29J'avais 23 ans, donc deux ans avant mon hémorragie cérébrale.
09:32Et là, je savais qu'un jour, j'irais au sommet.
09:35Enfin, je serais au sommet.
09:37Ouais, et...
09:38Une sorte de flash, t'as eu un...
09:39Une évidence, ouais.
09:40Un appel, c'était évident.
09:43Je savais, un jour, j'y serais...
09:44Et ça m'a jamais quittée, même malgré l'hémorragie cérébrale.
09:47Mais j'ai pas fait l'Everest immédiatement.
09:49Il m'a quand même fallu, entre l'hémorragie cérébrale et mon premier 8000,
09:55parce qu'avant l'Everest, il y a eu le Lotse,
09:57qui est la quatrième plus haute montagne au monde.
10:00Et il m'a fallu, quand même, 15 ans avant de...
10:04Mais encore avant, t'as fait le Mont-Blanc, c'est ça ?
10:05Oui, 5 ans avant.
10:07C'est ma première montagne, en fait.
10:08J'adore, oui, parce que moi, j'ai jamais fait le Mont-Blanc,
10:09ça me paraît sur mon table, ça a vraiment l'air d'un pinot.
10:12Non, mais quand même.
10:13Donc, tu fais le Mont-Blanc, il se passe 9 ans entre l'accident et le Mont-Blanc.
10:17Là, c'est peut-être une première tentative.
10:19Oui, c'est ça.
10:20Mais ça se passe pas comme prévu ?
10:22Non, j'ai fait un œdème localisé au sommet.
10:27C'est mon visage qui a gonflé, mes lèvres triplées de volume, mes mains.
10:33Et là, je me suis dit, ah mince, j'aurais peut-être dû écouter le neurochirurgien.
10:37Et en fait, il se trouve qu'ils appellent ça un œdème localisé, que c'est pas grave.
10:43Et après, j'ai fait des tests aussi d'hypoxie.
10:45Non, j'ai jamais eu ça après.
10:46Et je pense parce que la montée a été trop rapide, je pense.
10:52Donc là, c'est ta première tentative de petit sommet.
10:57Oui, c'est ça.
10:58Cette fois-ci, avec le Mont-Blanc.
11:01Et ensuite, le vrai grand sommet, le premier que tu vas faire, c'est le Lotsee, c'est ça ?
11:05C'est à l'aube de mes 40 ans.
11:07Et j'avais toujours ce projet de l'Everest en tête.
11:10Encore une fois, ça m'a jamais quittée.
11:12Et donc, j'ai fait Limlung déjà pour voir comment se comportait mon corps.
11:19Si j'aimais ça, si j'aimais la hauteur.
11:21Limlung, c'est un sommet de 7000 mètres qui se trouve dans la région du Manaslou au Népal.
11:28Et donc, j'ai gravi ce 7000 mètres.
11:30Ça m'a plu.
11:31Mon cerveau a très bien tenu le coup.
11:34Et puis, j'ai décidé de continuer.
11:36Et là, j'ai gravi, quelques mois après, le Lotsee, qui est donc le premier 8000 que j'ai gravi.
11:42Qui est 8 516 mètres et qui est situé juste à côté de l'Everest.
11:47C'est le sommet voisin de l'Everest.
11:49Et c'était une manière, c'est ce que je raconte dans le livre L'Appel de l'Everest,
11:53c'était quelque part une manière de me rapprocher de l'Everest.
11:56Parce que du sommet du Lotsee, on voit très bien l'Everest.
12:01Et c'était, oui, c'était une manière de l'approcher, mais en douceur.
12:06Et c'est la quatrième montagne la plus haute au monde.
12:09Oui, c'est ça.
12:10Après l'Everest, le K2, le Kanchenyuga et puis à l'Otsee.
12:14Et pourquoi on n'en parle pas ?
12:16Parce que c'est, en fait, tu m'as dit que c'était quand même très dur comme ascension.
12:19Oui.
12:19Est-ce que du coup, c'est pour ça qu'il y a moins de gens qui la font ?
12:21Souvent, les gens connaissent surtout l'Everest ou éventuellement le K2.
12:26Peut-être la Napurna, parce que c'était Maurice Herzog, etc., qui a gravé la Napurna.
12:31Mais c'est vrai que les autres montagnes sont moins connues.
12:36Alors que le Lotsee, oui, c'est quand même considéré comme étant plus difficile,
12:40parce que c'est plus pentu, c'est plus technique aussi.
12:44Mais voilà, les gens sont surtout à côté de l'Everest.
12:47Les gens sont focalisés sur l'Everest, parce que c'est la plus haute montagne au monde.
12:50Et le Lotsee, comment ça s'est passé, cette ascension ?
12:54Ça dure deux mois, c'est ça ?
12:56Oui, tout à fait.
12:57Comment ça s'est passé ?
12:58Alors moi, c'était mon premier 8000, donc j'étais dans la découverte, c'était un peu l'inconnu.
13:04La partie la plus difficile pour moi, ça a été d'endurer la présence négative de certains membres de mon
13:13équipe.
13:15Puisque j'étais la seule femme de l'équipe, donc 25 à 30 hommes, donc il y avait Sherpa et
13:21Grimpeur confondus.
13:22Et moi, j'étais l'unique femme et donc je ne connaissais personne à la base.
13:26Et au départ, ça se passait relativement, pas forcément bien, mais c'était neutre.
13:34Et puis, pendant la phase d'acclimatation, parce qu'on ne va pas au sommet directement, on fait des allers
13:40-retours entre les camps supérieurs pour acclimater notre corps.
13:43Pendant la phase d'acclimatation, il se trouve que j'ai été la première à toucher le camp 3 qui
13:47est à 7200 mètres.
13:49Et quand je suis revenue au camp 2, c'est là où ça a commencé un petit peu à dérailler,
13:57je dirais.
13:57C'est quoi ? C'est de la misogynie, pour bien comprendre ?
13:59Oui, c'était une forme de misogynie, mais c'était... Oui, tout simplement, on peut appeler ça de la misogynie.
14:07Je pense qu'il y avait... D'ailleurs, je l'ai dit sur le moment, je lui ai dit qu
14:10'ils avaient un problème avec les femmes.
14:12Mais est-ce que l'alpinisme, c'est un milieu qui est misogyne ?
14:16Je ne veux pas non plus rentrer dans les clichés, mais c'est vrai que c'est un milieu qui
14:20est fermé, qui est assez fermé,
14:22même si aujourd'hui, ça s'ouvre, mais ça reste quand même assez fermé.
14:28Et après, en rentrant du lot de C, parce que j'ai été écœurée par toute cette expérience, même si
14:34j'avais réussi à atteindre le sommet,
14:36j'ai commencé à lire, à me renseigner, et puis je me suis aperçue que je n'étais pas la
14:41seule femme à avoir vécu de tels comportements.
14:48Et c'est en lisant, je me suis aperçue qu'il y avait plein de femmes, que ça soit, je
14:53ne sais pas,
14:53même la première femme qui a gravité l'Everest, Junko Tabé, à l'époque, ça date des années 70,
14:59mais à l'époque déjà aussi, il fallait qu'elle s'occupe des enfants.
15:03En gros, il y en a eu plein d'autres, où Lydia Bradé, sans rentrer dans les détails, il y
15:08a eu un certain nombre de femmes,
15:10et y compris chez Sherpanie, les femmes, donc les locales, moi j'en ai rencontré aussi,
15:16qui gravissaient l'Everest pour montrer qu'elles aussi, elles avaient leur place sur le toit du monde,
15:21et que ce n'était pas seulement l'exclusivité des hommes.
15:23Donc oui, c'est un milieu qui est fermé, mais ça commence aujourd'hui à s'ouvrir, mais c'est
15:28encore très lent.
15:29Tu es deux mois avec que des hommes ?
15:30Oui.
15:31Comment tu fais pour aller aux toilettes ?
15:33Comment tu fais pour te changer ?
15:36Comment ça se passe ?
15:37Parce que c'est une question, tu vois, très basique, mais je me pose la question.
15:41Déjà, au camp 4 et au camp 3, on ne se change pas, même limite au camp 2, bref, ou
15:48au camp 1.
15:48Dans le camp de base, on a une tente individuelle, donc ça va un peu se changer, entre guillemets.
15:53De toute façon, moi j'ai eu deux douches, en gros c'est ça que j'ai eu pendant toute
15:57l'expédition,
15:58enfin des douches avec un seau, un seau d'eau chaude, donc il y a une petite tente prévue pour
16:04ça.
16:05Mais après, oui, c'est sûr, ce n'est pas la même chose que partager une expé avec des femmes,
16:14avec d'autres femmes,
16:14mais voilà, j'avais quand même un espace à moi, au camp de base.
16:18Et puis pour les toilettes, j'utilisais les mêmes toilettes que tout le monde.
16:22Et puis voilà, donc on devient un peu comme un mec à la fin.
16:27Oui, mais tu vois, je me dis, quand tu es entourée de mecs qui ne sont pas respectueux, c'est
16:29vachement difficile.
16:30Oui, bien sûr, oui, oui, oui.
16:32Et puis, mais au bout d'un moment, voilà, même pour aller aux toilettes en haut,
16:37moi quand il fallait, au camp 4 ou ailleurs, tant pis quoi, c'est...
16:42Quand il faut y aller, il faut y aller, enfin je veux dire, c'est tant pis.
16:45Ouais, c'est gentiment quoi.
16:45Ouais, c'est ça, c'est...
16:46Et tu n'as pas été aidée parce que ton corps, tu as joué des tours aussi.
16:50Oui, exactement.
16:51Et ça, c'est bien d'en parler parce que, que ce soit même dans le sport,
16:55en fait, j'ai l'impression que c'est un petit peu, c'est toujours tabou.
16:57Mais moi, j'ai eu mes règles trois fois en six semaines.
17:01Donc j'étais en plus déjà de la fatigue liée à l'expédition,
17:04mais j'étais, ça m'a totalement épuisée parce que le corps, il essaie.
17:09Alors déjà, en temps normal, trois fois ces règles, en six semaines, on est très épuisant.
17:14Oui, c'est anormal.
17:14Ouais, mais en plus, mon corps produisait parallèlement des globules rouges
17:19pour compenser le manque d'oxygène.
17:21Et moi, je perdais du sang de l'autre côté.
17:24Et même la dernière fois, ça s'est déclenché le jour de sommet,
17:27donc en condition, il n'y a pas plus extrême que ça, à plus de 8000 mètres.
17:31Et mon corps a réussi à créer ça.
17:37Et je pense que c'était une manière inconsciente, en fait, de dire je suis là,
17:44je suis une femme, de m'affirmer, en fait.
17:46À un moment donné, j'arrive au camp 2 à 6400 mètres d'altitude.
17:50Et là, on est coincé par une tempête.
17:53Et là, mes règles arrivent, débarquent.
17:55Et donc, forcément, je n'avais rien prévu parce qu'elles étaient en avance.
17:57Donc, tout mon équipement était, entre guillemets, au camp de base.
18:02Comment tu as fait ?
18:02Et donc, il a fallu que je me balade dans tout le camp 2, dans tous les campements.
18:07Bien sûr, il n'y avait quasiment que des hommes.
18:10Pour essayer de trouver des serviettes, tout simplement,
18:16parce que je n'avais rien avec moi.
18:17Et au bout, j'ai fait peut-être pendant une heure, une heure et demie.
18:21Et j'ai fini par rencontrer une Libanaise qui, elle, retournait au camp de base avant la tempête.
18:28Et qui, heureusement, elle a été équipée de serviettes.
18:32Elle s'appelle Joyce Hazam.
18:33D'ailleurs, c'est la première Libanaise à avoir fait les Seven Summits,
18:36enfin, le plus haut sommet de chaque continent.
18:38Et c'est elle, donc, qui m'a dépannée.
18:41Mais tu retournes, tu continues, tu vas encore plus loin.
18:44Et là, on arrive à l'Everest.
18:45Enfin, 4 ans plus tard, quand même.
18:46Et donc, l'Everest, tu l'avais vu en 2002, c'est ça ?
18:48Oui, c'est ça.
18:49J'avais 23 ans, ouais.
18:50J'arriverai au sommet un jour.
18:51Ouais, je serai au sommet.
18:52Comment tu t'es sentie quand tu es arrivée, quand tu as commencé cette ascension ?
18:56C'est-à-dire que ça se passe en 2023, c'est ça ?
18:59Ouais.
19:00Dès 2002, quand même, tu te dis, je vais le faire.
19:03Là, quand tu commences ce truc-là, tu as eu cette hémorragie cérébrale.
19:07On t'a interdit l'altitude.
19:08Et en fait, tu commences l'impossible.
19:10En fait, je n'avais même pas tous les sous.
19:12D'ailleurs, je suis revenue après avec mon compte en banque en négatif.
19:18Mais je me suis dit, ce n'est pas grave, j'y vais.
19:20Et j'étais heureuse d'y aller parce que c'est...
19:22Oui, mais sans savoir si, bien sûr, j'allais y arriver, mais jusqu'au dernier moment.
19:26Et je me suis dit, c'est maintenant ou jamais, en fait.
19:29Là, tu vas frôler la mort une seconde fois.
19:30Je l'ai vraiment vue en face, dans le sens où, pendant la phase d'acclimatation,
19:36je redescendais du camp 3.
19:40Et là, c'est au passage, en traversant la cascade de glace,
19:43que j'étais prise dans une chute de CERAC.
19:45Qu'est-ce que c'est pour ceux qui ne connaissent pas, qui nous regardent ou qui nous écoutent ?
19:48Oui, alors les CERAC, ce sont des énormes blocs de glace qui peuvent chuter à tout moment.
19:54Donc, qui sont sur cette cascade de glace, sur cet immense glacier, en fait.
20:00C'est plusieurs tonnes, quoi.
20:01Oui, c'est ça.
20:02Ça peut même parfois, pour ceux qui ont regardé le film d'Inox Tag, aussi, on les voit assez bien.
20:09Oui, il dit, il peut avoir même la taille d'un immeuble.
20:12Donc, c'est partout.
20:14Ils sont partout.
20:14Ils peuvent se casser la gueule à n'importe quel moment.
20:17Et c'était un peu ce que je craignais le plus.
20:19Parce que moi, je la connaissais déjà, cette cascade de glace.
20:21Parce que pour gravir le lot de C, en fait, c'est plus ou moins le même itinéraire.
20:25Sauf qu'à la fin, ça bifurque.
20:26Mais il faut traverser cette cascade de glace.
20:28Et ça avait toujours été ma hontise.
20:30Et c'est un peu comme la roulette russe.
20:34Et il se trouve qu'en traversant, à la descente, en revenant au camp de bas,
20:38pendant la phase d'acclimatation, j'ai été prise dans sa chute de Sérac.
20:42Et là, à ce moment-là, je me suis mise en boule.
20:44Et puis, j'ai fait une ultime prière.
20:46Parce que pour moi, c'était la fin.
20:48Et j'ai été violemment frappée par un des Séracs.
20:51Il m'a projeté, littéralement projeté.
20:56Et là, t'as le temps de faire une prière ?
20:59Tu comprends ce qui se passe ?
21:01Ah oui, on entend le bruit.
21:02On comprend tout à fait.
21:03Ces bruits, ça résonne partout.
21:05C'est comme des coups de tonnerre, mais puissance 10.
21:10Et là, on s'est vu le bruit.
21:12C'est justement le bruit.
21:12Parce qu'on n'a même pas le temps de regarder.
21:14En fait, ça s'est passé derrière moi.
21:17Mais on n'a même pas le temps de regarder ce qui se passe.
21:19On entend juste le bruit.
21:20Et on comprend ce que ça veut dire.
21:22C'est que là, il y a des blocs de glace.
21:23Et ce n'est pas comme une avalanche.
21:25Parce qu'une avalanche, à la rigueur, on se dit,
21:26bon, on peut peut-être s'en sortir.
21:28Parce que c'est de la neige et tout.
21:29Ça dépend de l'avalanche.
21:31Mais des blocs de glace, les chances de survie,
21:33elles sont quasi nulles.
21:33Donc, je savais exactement ce que ça voulait dire.
21:36Et deux semaines avant moi, il y avait des Sherpas qui étaient morts.
21:39Trois Sherpas au plus ou moins au même endroit.
21:42Et voilà, je savais.
21:43C'est pour ça que c'était ma crainte.
21:45Parce que ça, on échappe rarement à la mort.
21:47Et c'est pour ça que je me suis mise en boule.
21:50Alors, je ne sais pas pourquoi en boule,
21:51mais c'était l'instinct de survie.
21:54Ou comme les bébés.
21:55Enfin, je ne sais pas.
21:56Comme dans le ventre de sa mère.
21:58Je ne sais pas.
21:58Mais je me suis mise en boule.
22:00Et là, j'ai fait une ultime prière.
22:01Alors, ce n'est pas vraiment une prière,
22:04comme on peut dire à l'église ou ailleurs.
22:06Là, on n'a pas le temps de prier.
22:07Donc, j'ai juste dit, j'ai resté deux fois.
22:11Enfin, intérieurement, j'ai dit deux fois un mantra.
22:14Om Ma.
22:15Om, la syllabe, le mantra.
22:17Voilà.
22:17Syllabe sacré.
22:18Et Ma, c'est la mère.
22:20Voilà.
22:20Et Ma, c'est la mère universelle.
22:21C'est comme si c'est la Vierge Marie, quoi.
22:25Et c'est un petit peu ça.
22:27Et en fait, quand je dis Ma,
22:28je fais référence aussi à la sainte Madan Damahi,
22:32près de laquelle j'ai eu mon hémorragie cérébrale,
22:34près de son tombeau.
22:36Parce qu'elle, elle est considérée comme une incarnation de...
22:41Ils appellent ça un avatar dans l'hindouisme,
22:43un avatar de la mère divine.
22:45Donc, sur Terre, c'est comme si...
22:47Dieu s'incarnait dans le corps d'une femme.
22:49C'est ça que ça veut dire.
22:51Et donc, toute ma vie, finalement, tout mon...
22:55Le fil conducteur, c'est la mer.
22:58Et c'est...
22:58Voilà.
22:58Et c'est pour ça...
22:59Je ne peux même pas prévoir.
23:01C'est venu...
23:02C'est ce que tu as dit.
23:14C'est important aussi pour moi de gravir l'Everest.
23:16Et c'est pour ça que j'y suis retournée malgré l'accident.
23:18Parce que ce n'est pas...
23:19Pour les locaux, c'est...
23:20Ça s'appelle Chomulungma ou Sagarmata en Népalé.
23:24Chomulungma, c'est en tibétain.
23:25Et ça signifie la déesse, la déesse mère.
23:27Et pour moi, gravir l'Everest, c'était quelque part, oui, une forme d'union avec la déesse,
23:33avec la mère universelle.
23:34Donc, ce n'était pas...
23:35Il y a vraiment un cheminement.
23:36Il y a vraiment une quête intérieure.
23:38Ce n'est pas une histoire de...
23:40Ce n'est pas une histoire sportive ou de performance.
23:43C'est vraiment un cheminement, en fait.
23:45Spirituel.
23:46Oui, tout à fait.
23:47À ce moment-là, tu récites ce mantra.
23:49Tu es projetée, en fait.
23:50Tu n'as même pas le temps de...
23:51En Allemagne, j'ai dit deux fois Omar, intérieurement.
23:54Et puis là, j'ai été projetée par un des Seracs.
23:57Et puis, je ne peux même pas dire ce qui s'est passé.
24:00Mais c'est juste que quand j'ai repris conscience, j'avais une douleur.
24:04Enfin, c'était inimaginable.
24:06Je n'ai jamais eu une douleur aussi forte.
24:09Et sur le coup, je n'entendais plus rien.
24:13J'étais blessée.
24:14Je saignais, mais je ne le voyais pas.
24:16C'est mon charpa.
24:17Enfin, le charpa qui m'accompagnait quand il m'a vue.
24:19Il a vu que j'étais en vie.
24:20Moi aussi, j'ai réalisé que j'étais en vie.
24:24Et je ne savais pas dans quel état j'étais, mais j'étais en vie.
24:27Et là, il m'a dit, lève-toi, vite.
24:28Il y a d'autres Seracs qui peuvent tomber.
24:30C'est comme des dominos, en fait.
24:32Il y en a plusieurs qui tombent.
24:33Après, il y a les autres qui peuvent se casser la gueule.
24:35Et là, j'ai compris qu'il fallait vite partir.
24:39Et je me suis levée.
24:40Et ça, c'est vraiment la force de vie.
24:42Exactement.
24:42Je voulais vivre, en fait.
24:44Et peu importe dans l'état dans lequel j'étais, il fallait que je me lève.
24:47Et là, il a fallu que je reprenne la marche.
24:50Mais je ne marchais même plus droit.
24:51Je marchais.
24:52Après, j'ai vu des vidéos de l'équipe qui était bien après, en fait.
24:56Parce qu'eux, ils pensaient qu'ils allaient mourir aussi.
24:58Mais personne n'a été touché il n'y a que moi, en fait, au final.
25:00Ça aussi, ça fait partie des questionnements.
25:02Pourquoi que moi ?
25:04Pourquoi moi et pourquoi que moi ?
25:06Enfin, bref.
25:07Et ils avaient leur GoPro qui fonctionnait encore, mais qui tournait malgré les nuages de neige.
25:13Voilà, ils ont tous été aussi traumatisés.
25:15Mais quand ils me voient arriver, on voit que je suis comme ça.
25:19Je suis comme si j'étais saoule, en fait.
25:20Comme si j'avais bu et que je n'arrivais plus à marcher.
25:23Et en fait, on voit que je saigne.
25:26Mais oui, c'est cette force de vie qui est...
25:29Oui, je veux vivre.
25:29Et donc, c'est pour ça, je pense que j'ai trouvé la force à ce moment-là de me
25:32lever et d'avancer.
25:36Et tu es dans quel état physique à ce moment-là ?
25:38Donc, tu vas être hospitalisée à Katmandou ?
25:40J'ai pleuré après, un peu avant d'arriver à l'endroit où on enlève les crampons,
25:45qui est l'endroit safe, on va dire.
25:49Et là, j'ai pleuré parce que là, j'étais en sécurité, entre guillemets.
25:53T'es autorisée à pleurer.
25:54Oui, parce qu'en fait, on ne peut même pas...
25:56Je pleurais de douleur, mais je ne pleurais pas vraiment
25:59parce que j'avais vu la mort et que j'étais en vie.
26:03Mais c'est quand je suis arrivée, à ce moment-là, j'ai pleuré.
26:07Et c'est au camp de base, ils ont vu mon état.
26:09Ils ont dit, bon, allez, hôpital.
26:11Et donc, après, je ne sais pas, j'ai dû prendre trois hélicos différents.
26:14Mais au final, le lendemain, j'ai pu y arriver,
26:17parce qu'à cause de la métaux, j'ai pu y arriver à Katmandou.
26:20Et là, je suis restée, je séjournais à l'hôpital.
26:23Qu'est-ce que tu as eu physiquement, au final ?
26:25Parce que tu es miraculée, en fait.
26:26Oui, tout à fait.
26:27Mais en fait, c'est rien ce que j'ai eu.
26:28J'ai juste eu la mâchoire déplacée,
26:31qui n'est même pas cassée, même pas cassée,
26:33vu l'impact, en fait.
26:35Parce que c'est comme si, moi, j'ai toujours l'impression
26:37d'avoir été une balle de baseball qu'on avait lancée.
26:43Puis surtout, quand tu vois le CERAC,
26:44parce qu'après, le CERAC, c'est par miracle bloqué sur le chemin.
26:49Donc, il est bloqué tout le monde.
26:50Donc, ceux qui étaient au-dessus, ils devaient passer par un autre chemin.
26:54Donc, en fait, ce n'était pas un petit bloc.
26:56C'était un gros bloc.
26:59Et oui, je pense, voilà, si j'ai prié la mer, il n'y a rien de rationnel là-dedans.
27:05Mais voilà, en tout cas, oui, j'ai survécu.
27:09Et c'est un miracle que j'ai eu que la mâchoire cassée.
27:12Après, j'avais des blous un peu partout.
27:14Mais ça, voilà, c'était...
27:15Je n'ai même pas réalisé parce que je ne voyais rien, mais c'est en prenant ma douche.
27:22Après, à l'hôpital, j'ai vu...
27:24Et malgré tout ça, tu vas continuer l'ascension, tu y retournes.
27:29Oui, j'y retourne deux semaines après, après un séjour à l'hôpital.
27:33Et puis après, un peu à Katmandou, à l'hôtel, où je fais quand même des allers-retours à l
27:36'hôpital.
27:37Et là, j'y retourne, oui.
27:39Il n'y a pas un moment où tu as dit, mais stop, là ?
27:41Au départ, j'étais envahie par les doutes, par les questionnements.
27:46Parce que déjà, je me disais, mais pourquoi ça m'est arrivé ?
27:50Pourquoi que moi, seulement moi, j'ai été touchée ?
27:53Et pourquoi je suis encore en vie ?
27:56C'est aussi une question, pourquoi je suis en vie ?
27:58En fait, je ne devrais plus être là.
28:00Et qu'est-ce que j'ai à comprendre de tout ça ?
28:03Et c'est ça, c'est surtout qu'est-ce que je dois comprendre ?
28:05C'est quoi le message ?
28:07Est-ce que je dois abandonner ? Est-ce que je dois continuer ?
28:11Et puis au bout d'un moment, j'ai arrêté avec toutes les questions.
28:14Je me dis, de toute façon, je n'aurai jamais de réponse.
28:17Mais je me suis juste posé la question, qu'est-ce que je souhaite réellement ?
28:22Au-delà de la peur, au-delà de tout ça, du trauma, qu'est-ce que je souhaite réellement ?
28:27Et là, ça a été clair, mais au fond de moi-même, c'était de revenir à l'Everest,
28:32et de tenter, au camp de base, et de tenter l'ascension.
28:36Et là, c'est vraiment, c'est une question vraiment qu'on se pose en soi.
28:41Et personne ne peut vous dire.
28:42D'ailleurs, j'avais dit à personne que j'étais à l'hôpital.
28:44Enfin, même mes parents, ce moment, je finis par leur dire après.
28:48Mais ils t'auraient peut-être dissuadé, j'imagine ?
28:51Non, pas forcément.
28:53Je sais, quand j'ai eu ma mère, quand je lui ai raconté, en plus à les médecins,
28:57mais ils étaient au Japon à ce moment-là, quand je lui ai dit ce qui s'était passé,
29:01elle m'a dit continue.
29:04Elle m'a dit, c'est bien, on est avec toi, continue.
29:06Donc, ça m'a encore plus donné de la force pour revenir.
29:09Mais je ne l'avais dit à personne autour de moi parce que je ne voulais pas être influencée dans
29:15mon choix.
29:16Puis je voulais me reposer déjà aussi.
29:19Mais oui, je me suis posé la question à moi-même.
29:22et ça demande un certain travail d'introspection et vraiment d'être sincère avec soi.
29:27C'est pourquoi l'Everest ?
29:29Est-ce que vraiment, je tiens tellement à l'Everest ?
29:34Et oui, parce qu'au final, c'était plus important que la peur de la mort.
29:40Parce que j'aurais très bien pu.
29:41Après, je me suis, ce n'est pas du tout logique ce que je dis,
29:43mais c'est vrai que je me suis dit, c'est quoi la possibilité que je sois à nouveau prise
29:47dans une chute de cercle ?
29:47Oui, c'est vrai, c'est comme les crashs d'avion, nous y vont.
29:52Et à la fois, on se dit, après un tel trauma,
29:57et puis je suis retournée parce que c'était plus fort que tout.
30:00Plus fort que tout.
30:01Mais tu arrives à expliquer pourquoi ?
30:03Oui, parce que pour moi, comme je disais, l'Everest, c'est la mer.
30:06Donc, c'est un véritable...
30:10C'est comme un cheminement.
30:12C'était un rêve, mais un rêve, c'est de l'ordre du sacré, en fait.
30:16C'est un appel.
30:21C'est comme si c'était quelque part une forme de quête initiatique.
30:25Alors oui, il y a des épreuves, mais est-ce qu'il faut s'arrêter à chaque fois dès qu
30:28'il y a une épreuve ?
30:29Donc, je me suis dit...
30:31Et puis c'est là, en fait, je me suis dit, c'est là, c'est évident, j'y retourne.
30:36C'est quoi le sens de tout ça, en fait ?
30:41C'est quoi le sens de la vie ?
30:42Et je me suis dit, ben non, j'y retourne parce que c'est plus important.
30:46Parce que c'est mon histoire et parce que...
30:50Voilà, c'est mon rêve depuis toujours.
30:52C'est une communion aussi avec la mer.
30:55Et puis, en fait, il faut aussi avoir confiance, avoir confiance que...
31:00Faire confiance en la vie, avoir confiance parce qu'on n'est pas grand-chose.
31:06Et il aurait pu très bien avoir un autre problème sur la cascade de glace.
31:10Ben, il y en a eu d'autres qu'on est...
31:12Bon, après, il y a eu d'autres soucis.
31:14Ça ne s'est pas arrêté.
31:15Ben oui, c'est pour ça, ça a été difficile.
31:16Mais ce n'est pas la cascade de glace.
31:18Comment ça s'est passé quand tu es revenue, justement ?
31:22Donc, tu as eu ces 15 jours à la fois de repos, de guérison, d'introspection.
31:26Ouais.
31:27Et il fallait quand même y retourner.
31:28Donc là, il y a quand même une forme de dépassement de soi.
31:31J'avais...
31:31Alors déjà, quand je suis arrivée, je suis arrivée en hélico.
31:34Et là, en fait, à peine arrivée, alors j'avais déjà envie de vomir tout du long.
31:38Alors que je suis très bien en hélico, je n'ai pas de souci.
31:40J'avais envie de vomir et là, je n'étais pas bien.
31:43Et je me suis posée...
31:45Enfin, je ne savais pas pourquoi.
31:45Est-ce que c'est le stress qui me créait ça ?
31:49Parce qu'en fait, je pense qu'il y avait une partie de moi qui avait probablement peur,
31:52même si c'était...
31:53Voilà, je n'osais pas forcément l'exprimer.
31:56Et c'est vrai qu'en arrivant au camp de base, j'ai vomi, quoi.
31:59Donc là, c'était mon retour au camp de base.
32:03Et après, en fait, non, c'est surtout en retraversant la cascade de glace,
32:08parce qu'on ne peut pas y échapper.
32:10Il faut la retraverser pour aller jusqu'à l'Ebrecht.
32:12Tu as dû y retourner.
32:13Oui, j'ai dû y retourner.
32:14Et là, ça a été difficile.
32:19Bon, déjà, je ne dors pas beaucoup avant l'ascension finale,
32:23enfin le sommet de Pouche ou même traverser la cascade de glace.
32:25Mais là, j'ai encore moins dormi parce que je revoyais l'accident.
32:31Et pendant la traversée même de la cascade de glace,
32:34oui, il y a des moments où je me suis mise à pleurer
32:36parce qu'en fait, en plus, on traverse ça de nuit.
32:40Je vois tous ces séraques qui sont là.
32:44Ça fait peur, oui.
32:45C'est assez imposant.
32:48Et donc, je répétais le mantra que j'avais répété juste avant de penser que j'allais mourir.
32:56Et donc, je répétais ce mantra.
32:59Et puis, je me dis, écoute, voilà, quoi qu'il advienne, en tout cas.
33:03Et donc, je répétais.
33:04C'est ça qui m'a aidée à traverser la cascade de glace.
33:07Et au final, tout s'est bien passé.
33:08Et je pense qu'aussi, ça a contribué aussi à ce que je guérisse.
33:14Et quand on est arrivé au Cancad, c'était la tempête.
33:17Donc, les prévisions météo n'étaient pas du tout ce qu'on avait prévu.
33:21Et donc, on a dû rester, au final, avec le sommet inclus,
33:26trois jours dans ce qu'on appelle la zone de la mort,
33:28donc à plus de 8000 mètres d'altitude.
33:29Pourquoi est-ce qu'on l'appelle la zone de la mort ?
33:31Parce qu'il y a trois fois moins d'oxygène qu'en normal
33:33et qu'en fait, tout là-bas, toutes nos cellules se détériorent à vitesse grand V.
33:40Donc, ce n'est pas du tout un endroit où il faut rester.
33:43Et donc, je suis restée plus longtemps que prévu.
33:47Mais sauf que je n'avais pas forcément assez d'oxygène aussi pour ça,
33:51de bouteilles d'oxygène.
33:52Donc, le retour s'est fait sans oxygène.
33:54Donc, ça a été compliqué.
33:55Parce que dans cette zone-là, il faut vivre sans oxygène
33:57ou tu en prends ponctuellement ?
33:59Comment ça marche ?
34:00En fait, à partir du camp 3,
34:02on commence à utiliser l'oxygène.
34:03Mais pas tout le temps ?
34:05Bah si, tout le temps.
34:06Tout le temps.
34:07Pour dormir aussi.
34:08Alors, il y a des volumes, en fait.
34:11Après, on règle.
34:12Pendant la nuit, on en met moins.
34:15Mais on l'utilise tout le temps.
34:17Après, il y en a qui grimpent sans oxygène,
34:19mais ils sont extrêmement...
34:20Enfin, il y en a très, très, très peu.
34:24Et non, c'est gravir les vrais sans oxygène.
34:27Je crois que c'est donné à extrêmement peu de personnes.
34:30Je ne sais pas quel est le pourcentage,
34:32mais ça doit être peut-être 1%.
34:33Je ne sais pas.
34:34Et c'est très dangereux.
34:36Et c'est très dangereux.
34:37Et après tout ça, tu arrives enfin au sommet ?
34:40Oui, c'est ça.
34:41J'arrive le 17 mai.
34:42Ça aussi, 17 mai, ça, c'est une autre date.
34:45Tu peux nous décrire ce que tu as vu,
34:46ce que tu as ressenti ?
34:48C'était très long.
34:49C'est juste que ça n'en finissait pas.
34:50Je me rappelle juste qu'il faisait extrêmement froid.
34:53Ça a été d'ailleurs l'année la plus froide
34:56jamais enregistrée pour une ascension de l'Everest.
34:58Donc, il a fait particulièrement froid.
35:00Et en fait, je me souviens d'un froid.
35:01C'était plus que glacial et que c'était long.
35:04Sur ça, c'était pendant l'ascension.
35:07Et je n'en voyais pas le bout, quoi.
35:09Je n'en voyais pas le bout.
35:10Et puis, à un moment donné,
35:12quand le soleil commence à se lever,
35:14j'aperçois finalement des drapeaux tibétains.
35:17Et en général, c'est le sommet
35:19quand on voyait les drapeaux de prière tibétains.
35:22Mais même là, en fait,
35:24tout avait été tellement long
35:26que je ne voulais pas y croire.
35:29En fait, je me suis dit,
35:30mais ce n'est pas l'Everest, ce n'est pas l'Everest.
35:33Enfin, il y a comme un doute.
35:35C'est bizarre parce qu'on sait qu'on arrive.
35:37Et puis, en plus, c'est ça l'Everest.
35:41À la fois, ça a l'air très simple comme ça.
35:43Puis à la fois, c'est un rêve qui s'accomplit.
35:45Enfin, c'est un mélange.
35:46C'est très étrange.
35:48Mais j'étais juste pétrifiée par le froid.
35:51Alors, il y a eu un instant, bien sûr,
35:53en arrivant de grande joie.
35:55Mais tout de suite, on pense à la suite, en fait.
35:58Parce qu'il faisait tellement froid
35:59qu'il fallait penser tout de suite
36:02à la photo, à la vidéo, en fait.
36:06Il y avait des choses.
36:07Et puis, à redescendre, en fait.
36:09Et qu'est-ce qu'on voit là-haut ?
36:10Par contre, le paysage, il était merveilleux.
36:12En plus, c'était tout dégagé.
36:13Mais moi, c'était surtout pendant l'ascension.
36:17Je me rappelle au lever du soleil.
36:20Enfin, je suis arrivée à 6h40 du matin.
36:22Je me rappelle, je me trouvais ça tellement beau.
36:24Et je me disais, qu'est-ce que j'aimerais pouvoir capter ça ?
36:29Enfin, pouvoir le capturer en images.
36:31Mais en fait, si on sort son téléphone,
36:33après, c'est foutu.
36:35La batterie serait déchargée.
36:37Déjà, ça peut être risqué.
36:38Parce que ça veut dire qu'il faut enlever ses gants,
36:39qu'on peut en perdre.
36:40Après, on a des gelures.
36:41Et puis même après, ça veut dire
36:42qu'on n'a plus de batterie pour le téléphone.
36:44Donc, plus de photos pour le sommet.
36:47Pas de preuves non plus du coup du sommet.
36:49Donc, en fait, tout devient compliqué.
36:50Et on a juste envie de capturer ces moments.
36:53Et voilà, de rester là devant ce paysage qui est magique.
36:57Mais voilà, il y a la nature qui nous rappelle un petit peu la réalité.
37:03Et c'est vrai que j'ai dû rester peut-être 10 minutes,
37:06un quart d'heure maximum au sommet.
37:09Et après, il a fallu redescendre.
37:11Parce qu'après, il y a toute la descente à faire.
37:12Donc, c'est là, en général.
37:15Enfin, ça, c'est la partie la plus difficile.
37:16C'est la partie la plus difficile.
37:17Combien de temps durant la descente ?
37:19Je ne sais pas.
37:20J'avais perdu là totalement.
37:22Je ne sais plus après les...
37:24Là, tu es sortie de ton corps.
37:24À la descente pour le camp 4, pour redescendre le camp 4.
37:27Je ne sais plus.
37:28Sincèrement, je n'ai aucune idée combien de temps.
37:31En fait, j'étais ailleurs.
37:33J'étais ailleurs.
37:35Je n'étais pas...
37:37Je ne sais pas.
37:38Je sais juste qu'à 6h40, j'étais au sommet.
37:41C'est en descendant que j'ai eu un petit souci.
37:46Enfin, un gros souci.
37:48À 7800 mètres, en traversant la bande jaune.
37:51C'est une bande de roche, en fait.
37:55Une bande rocheuse.
37:56En fait, j'ai fait une petite chute ridicule.
37:58Et là, je me suis fracturée le pied.
38:01Voilà.
38:02Enfin, je savais que j'avais le pied cassé.
38:03Et puis, ça s'est...
38:04Après, à l'hôpital...
38:06Attends, mais sur l'ascension, tu as la chute de Serra.
38:08Que sur la descente, tu te casses de pied.
38:10Ouais.
38:10Sans compter les gelures qu'il y avait déjà.
38:12Enfin, tout le monde...
38:13Il y avait plein de gens qui ont eu des gelures.
38:14Ça, c'était...
38:14C'était la carrière.
38:15Parce que tu as perdu de la sensibilité dans un doigt, c'est ça ?
38:18Oui.
38:19Mais enfin, je suis revenue.
38:20J'avais déjà les grosses ampoules qui se formaient.
38:22J'avais...
38:24J'avais certains de mes doigts qui étaient...
38:26Bah, plus tard.
38:27Après, ça nécrose, en fait.
38:29Il y a...
38:30Ils deviennent noirs.
38:32Et donc, oui.
38:33C'est pour ça que j'ai dû ressortir après l'hôpital à Katmandou.
38:35Mais là, il y a un doigt où tu ne sens plus rien ?
38:38Oui, là, aujourd'hui, il y en a un.
38:40C'est lequel ?
38:40Oui, c'est celui du milieu.
38:41Mais il n'a pas...
38:42D'ailleurs, il n'a pas repris sa forme.
38:44Et c'est rien du tout.
38:45Parce que moi, je pensais qu'ils allaient couper.
38:46Il était noir jusqu'ici, quoi.
38:47J'ai encore les photos.
38:49C'est un serment.
38:50Donc, en fait...
38:50Puis même, même si on m'avait coupé, je me suis dit, vu ce qui s'est passé,
38:54c'est rien, quoi.
38:55C'est pas grave.
38:57Et...
38:57Enfin, c'est pas grave.
38:59Mais c'est fou ce qui se passe dans la tête des alpinistes.
39:01Parce que tu vois, nous, comme un des mortels, ça paraît incroyable.
39:06T'es prête à tout, en fait, pour réaliser cette prouesse, cette rencontre avec la nature
39:13sur le dépassement de soi.
39:14C'est incroyable.
39:15Je ne sais pas si tous...
39:16Après, moi, c'est mon expérience à moi.
39:18Je ne sais pas si tout le monde, mais...
39:20Et le pied cassé, maintenant, je n'avais pas prévu ça.
39:23Donc, je...
39:24Et là, c'est compliqué parce qu'il n'y a pas de secours en haut.
39:26Donc, il a fallu redescendre avec le pied cassé.
39:30Donc, voilà, ça a été aussi l'enfer.
39:32Comment ça s'est passé ?
39:34Ça a été très douloureux.
39:36C'est-à-dire que je marchais comme une tortue.
39:39Et puis, personne ne peut vraiment t'aider parce que...
39:42Parce que tout le monde est un peu en condition de survie.
39:45Il pense qu'à une chose, c'est de redescendre aussi.
39:47Et puis...
39:48Donc, ça a été très dur.
39:50Personne s'a aidé ?
39:51Ben non, parce que...
39:52Qu'est-ce qu'ils auraient...
39:53Psy a fini...
39:54Parce que mon cher pain, entre-temps, était parti.
39:56Enfin, voilà, il était parti devant.
39:58Donc, il ne m'a pas attendue.
39:59Donc, je me sentrais pendant des heures toute seule.
40:02Jusqu'à qu'un autre Sherpa, qui était dans mon équipe,
40:05avec un client chinois, vienne m'aider.
40:07Et ils m'ont reconnue.
40:08Voilà.
40:08Donc, ça a été...
40:09Ouais, ça a été dur.
40:10Parce qu'on se sent vraiment abandonnée, en fait.
40:12S'il ne t'avait pas reconnue, tu penses qu'il ne t'aurait pas aidée ?
40:15Ben, en fait, il a vu que je faisais partie de l'équipe.
40:17Donc, oui, ça lui paraissait normal.
40:20Et il m'a demandé où était mon Sherpa.
40:21C'est parce qu'il connaissait aussi mon Sherpa.
40:23Il est où ?
40:27Et là, on se sent abandonnée.
40:30Et heureusement, il y a eu cette lumière, ce Sherpa qui...
40:34Voilà.
40:34Et ce grimpeur chinois aussi, les deux, qui m'ont aidée.
40:38Donc, ouais, je leur en suis...
40:40J'en suis très reconnaissante, quoi.
40:42Parce que...
40:42Ben, même, je n'allais pas plus vite, forcément.
40:44Mais c'était...
40:45En tout cas, ils étaient là.
40:46Ils ne me laissaient pas, quoi.
40:47Parce qu'au final, c'était quand même à moi de marcher.
40:49Mais je n'y arrivais pas, en fait.
40:50Je faisais trois pas.
40:52Et après, je m'asseyais.
40:54Trois pas, je m'asseyais.
40:55Enfin, c'était...
40:56Combien de temps t'as pris pour redescendre avec ce petit casier ?
40:59Je ne sais pas, je suis arrivée en pleine nuit.
41:01Le matin, on a dû quitter le camp 4 vers, je ne sais pas, 8h.
41:04Quelque chose comme ça.
41:05Je dis n'importe quoi.
41:06Mais c'était au jour, quoi.
41:07Pendant le petit matin.
41:10Et je suis arrivée au camp 2 en pleine nuit, quoi.
41:14Vers 23h.
41:15Je ne sais pas, quelque chose comme ça.
41:16Camp 2 à 6400.
41:17Mais ça a été l'enfer.
41:18Et en fait, je me suis dit, au bout d'un moment, c'est...
41:20Oui, j'ai mal.
41:21Mais de toute façon, c'est extrêmement douloureux.
41:23C'est insupportable.
41:24Mais de toute façon, tu n'as pas le choix.
41:26Quitte à ce qu'on bousillait ton pied, tu n'as pas le choix.
41:29Sinon, tu y restes, quoi.
41:30Donc, il n'y avait pas de secours.
41:32Donc, c'est soit tu avances, soit tu meurs en haut.
41:35Donc, je n'avais pas le choix.
41:37Qu'est-ce que tu as appris sur toi, avec justement cette aventure, avec l'Iverest,
41:42avec tout ce que tu as vécu ?
41:44Alors, beaucoup de choses.
41:46Je pensais me connaître un peu.
41:49J'ai encore appris d'autres choses.
41:51Déjà, rien que le fait de me relever après l'impact du CERAC.
41:59Rien que ça, pour moi, je me suis dit, mais d'où j'ai cette force, en fait ?
42:05C'est cette force de vie qui m'anime.
42:07Et c'est plus tard, en parlant aussi à des spécialistes,
42:11notamment à ma psy, qui m'a fait aussi des séances de brain spotting
42:16pour rapport aux traumas, aux différents traumas.
42:20Elle m'a fait prendre conscience.
42:21Ce n'est pas tout le monde qui se lève aussi,
42:24que certaines personnes peuvent rester paralysées face aux dangers.
42:27Bien sûr.
42:29Rien que ça, déjà.
42:30Et c'est vrai, je me dis, c'est cette force.
42:32Alors que j'étais complètement chaos, quoi.
42:34J'étais blessée.
42:37Et puis, non, le fait d'y retourner,
42:40je pense que pour moi, ça a été très révélateur.
42:43C'est que, oui, j'étais sincère avec moi-même.
42:47Ce n'était pas...
42:49Oui, je n'ai pas fait ça pour la photo, pour le selfie ou autre.
42:52C'était cette sincérité, cette honneuté.
42:55Et pour ça, je m'estime, en fait, je n'aime pas forcément parler de moi,
43:00mais si, je trouve que je me suis...
43:02Je me suis trouvée très courageuse et que c'était...
43:05Bon, après, même si, au final, je n'avais pas tellement le choix,
43:07parce que quand c'est un rêve et qu'on est fidèle à soi,
43:09enfin, voilà, ce n'est même plus de question de courage, on y va.
43:12Bien sûr.
43:13En fait, c'est une forme de promesse que tu t'étais faite, en fait.
43:16Oui, à la vie, mais aussi cette confiance en la vie,
43:20parce qu'il faut avoir confiance...
43:22Alors, la vie, quand je dis la vie, quel que soit le nom qu'on lui donne,
43:25en fait, il y a différents...
43:26Voilà, certains vont dire Dieu, mais c'est...
43:31Voilà, que ce n'était pas faux, quoi.
43:33Ce n'était pas superficiel.
43:34Après, je ne me suis jamais...
43:36Donc, je n'ai jamais pensé ça de moi.
43:38Mais on est quand même testé, quand même.
43:40Il y a une forme de spiritualité, aussi, que tu as développée.
43:43On le sent, d'ailleurs, dans tout ce que tu as...
43:45Toute ma vie est tournée...
43:47Enfin, après, c'est le sens de la vie, quoi.
43:49Est-ce que tu avais déjà cette spiritualité,
43:51avant ton hémorragie cérébrale ?
43:53Ah oui, oui, bien sûr.
43:55Si j'étais à la shram de Manandamahi,
43:58ce n'était pas pour rien.
43:59Si j'ai fait mes études en sciences et religions,
44:03si mon doctorat...
44:05Si j'étais à l'Everest,
44:06j'ai vu l'Everest la première fois au Tibet.
44:09Si je n'étais pas au Tibet aussi,
44:11c'est toute ma vie, en fait.
44:13Et j'essaye d'être en cohérence avec ce que je fais.
44:18Et que ça ait du sens, quoi, tout simplement.
44:20Parce que sinon, à quoi bon...
44:24Voilà, à quoi bon gravir l'Everest ou d'autres montagnes ?
44:27Si ça ne fait pas sens,
44:28il faut que...
44:29Oui, ça répond à un appel, à un appel intérieur.
44:32Il y a toujours ce chemin intérieur.
44:33Et je pense que c'est le but d'une vie aussi.
44:35Si on n'est pas là, je ne sais pas pour profiter.
44:40On est là pour apprendre.
44:41Ça dépend, oui, oui, c'est ça.
44:43Il y en a qui vont gravir des sommets.
44:45Il y en a qui sont plus...
44:47Tu vois, qui sont moins aventuriers.
44:48Je sais qu'Inokstag, on l'a beaucoup critiqué.
44:51Voilà, je trouve qu'Inokstag...
44:53Peut-être qu'au départ, c'est vrai,
44:54c'était peut-être plus de la performance.
44:57Mais je pense que ça l'a aussi transformée.
45:00Moi, j'ai vu...
45:01Je ne le connais pas personnellement,
45:02mais dans son film, son témoignage,
45:05je le trouve sincère.
45:07Donc, non, j'ai apprécié aussi son film
45:10par rapport à ça.
45:11Il y avait une sincérité qui était présente.
45:13Mais oui, je pense que le but d'une vie,
45:15c'est de se connaître
45:17et de se connaître soi,
45:19qui on est, tout simplement.
45:21Et c'est vrai que...
45:22Alors, ce n'est pas que je cherchais
45:23la chute de Serac
45:24ou que je cherchais tous ces excitements.
45:26Mais quand ça arrive, quand c'est là,
45:27on essaye de tourner ça
45:29en quelque chose de positif.
45:31Donc, c'est sûr, ça...
45:32Comment tu expliques cette soif
45:33de sensation, quand même,
45:34que tu as ?
45:36Alors, je ne sais pas si...
45:37Ouais, sensation,
45:38ce n'est peut-être pas le mot,
45:40mais c'est vrai que...
45:43Alors, ça, c'est assez...
45:45C'est depuis...
45:46J'étais déjà comme ça avant,
45:47même jeune.
45:48C'est vrai que je peux me lasser
45:50assez rapidement.
45:51Pourtant, je suis très persévérante
45:53pour faire les longues études
45:54que j'ai faites ou d'autres.
45:55Je me connais,
45:56je ne lâche pas.
46:00Mais, voilà,
46:01il faut que je sois stimulée.
46:02Il faut qu'il y ait...
46:05Et donc, c'est vrai
46:06qu'il y a toujours une soif,
46:08en fait,
46:09une soif qu'elle a,
46:10une soif de tout, en fait.
46:12Je pense que c'est une soif de la vie.
46:13C'est toujours de...
46:15Oui, parce que je crois
46:16que j'aime la vie, fondamentalement.
46:18On arrive à la fin de cet entretien.
46:20J'aime beaucoup demander aux gens
46:21qui sont à ta place
46:23un petit mot de fin,
46:24tu vois, un petit truc.
46:25Toi, tu as une vie extraordinaire
46:27au sens littéral du terme.
46:31Finalement, tu as été miraculée deux fois.
46:33Tu as déjoué les pronostics.
46:36Tu sais te dépasser.
46:37Qu'est-ce que tu as envie de dire
46:39pour conclure ?
46:40Est-ce que tu as un message
46:41pour les gens qui nous regardent,
46:43qui nous écoutent ?
46:44Je ne veux pas être très originale.
46:47Souvent, quand on me demande,
46:48c'est toujours pareil.
46:50C'est de croire en soi,
46:51de croire en ses rêves,
46:53juste être soi.
46:56C'est simple,
46:57mais ce n'est pas si simple,
46:59au final.
46:59Parce que être soi,
47:01ça veut dire quoi ?
47:01Être soi.
47:02Quand on enlève
47:03tous les conditionnements,
47:04quand on arrête
47:05de prêter attention
47:07aux regards des autres,
47:09etc.
47:10Ça demande du courage aussi
47:12d'être soi.
47:14On enlève quelque part
47:15les couches
47:16qui nous masquent
47:17notre véritable nature.
47:20C'est tout un travail.
47:21Et des fois,
47:22c'est le travail d'une vie.
47:25Et puis,
47:26il n'y a rien d'acquis.
47:28Donc, il faut travailler constamment.
47:32Trouver l'équilibre, bien sûr.
47:34Mais être conscient
47:35et être soi.
47:36Croire en soi
47:37et croire en la vie.
47:40Merci, Auréane Hémard.
47:41Je rappelle tes livres.
47:44Je sors deux secondes du micro.
47:45Alors, nous avons
47:47Au cœur de l'Everest,
47:48La quête d'une femme
47:49au sommet
47:50et L'appel de l'Everest.
47:52Les deux livres
47:53sont édités
47:54aux éditions Mareuil.
47:56En tout cas,
47:56je vous les recommande.
47:58Tu parles de spiritualité,
48:00de dépassement de soi,
48:01de rencontre avec soi.
48:04Et merci, en tout cas,
48:05pour ton témoignage.
48:06Merci, Alexia.
48:06Merci beaucoup.
48:07Bravo à toi.
48:08Je penserai à toi
48:09la prochaine fois
48:10que je serai en vacances
48:10au bord de la mer
48:11avec mon petit bouquin.
48:13Je penserai à toi
48:14cet été
48:15quand tu seras dans le sommet.
48:17C'est ça.
48:17En tout cas,
48:18merci beaucoup
48:18d'être venu.
48:19Et puis,
48:20merci à vous
48:20qui nous regardez.
48:21Tous Fondeurs,
48:22c'est tous les mardis.
48:23Donc, je vous dis
48:23à mardi prochain.
48:24Salut.
48:25Salut.
48:25Sous-titrage Société Radio-Canada
48:25Sous-titrage Société Radio-Canada
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