00:00Jusqu'au bout, il s'est marré de sa mort.
00:02Si vous me demandez si votre mari va vivre 30 ans, je vous réponds tout de suite que non.
00:05Mais c'était insupportable pour moi de me dire que mes enfants allaient perdre leur père.
00:09Ce qui est assez surprenant aussi, et tu l'as touché du doigt, c'est qu'il y a une
00:14forme de double secret.
00:16Tu vas demander au médecin s'il est condamné.
00:19Il va te répondre, tu vas me le raconter.
00:21Et Marc et toi avaient choisi, je crois surtout Marc, de ne pas le dire à vos proches.
00:25Donc en fait, tu ne dis pas à ton conjoint que tu sais que ça va très mal se baisser.
00:30Tu ne dis pas à ton entourage que tu vis un drame personnel.
00:33C'est extrêmement difficile.
00:35Oui, mais je pense que ça m'a sauvée, ce deuxième secret.
00:38En fait, le premier, je l'accompagne chez l'oncologue au premier rendez-vous.
00:43Et je sais que Marc me dit tout de suite, puisqu'il sait que je veux poser mille questions, de
00:47me taire.
00:49Je lui laisse poser ses questions.
00:50Et à un moment, le médecin lui demande d'aller faire des examens dans une pièce mitoyenne.
00:54Je me retrouve seule avec l'oncologue, ce que je n'avais pas du tout anticipé, envisagé.
01:00Et je lui demande combien c'est grave.
01:02Je ne lui demande pas s'il est condamné.
01:04Je lui demande où est-ce qu'on en est et ce qu'on peut espérer.
01:08Il me dit si vous me demandez si votre mari va vivre 30 ans, je vous réponds tout de suite
01:12que non.
01:13Et je lui dis mais combien ?
01:14Deux, trois ans, il fait un signe de la tête.
01:18Et je lui dis ça peut aller très vite.
01:19Il me dit oui.
01:20Et je sais, je sais que ça va aller très vite.
01:23J'en suis convaincue, mais je décide de ne pas lui dire parce que je respecte son choix.
01:28Et c'était important pour moi de ne pas lui dire.
01:30Et alors qu'on se disait tout, je n'avais aucun secret pour Marc, je l'ai gardé jusqu'au
01:35bout.
01:35Et jusqu'au bout, il savait qu'il était très mal engagé, mais qu'il pouvait guérir si le traitement
01:42fonctionnait.
01:42Et le deuxième secret, pendant le confinement, il était relativement facile à garder.
01:49Marc était avocat et il considérait que c'était une mort professionnelle que de dire qu'il avait un cancer.
01:54Et puis, il ne voulait pas qu'on le regarde comme un malade.
01:56Donc, il ne voulait pas qu'on le dise.
01:58Donc, j'ai joué Docteur Jekyll et Mister Hyde pendant huit mois parce que je devais me tenir droite et
02:05faire semblant que tout allait bien.
02:07Alors que je me souviens que j'allais fumer des clopes sur le balcon et je n'avais personne à
02:13appeler parce que je ne pouvais me confier à personne.
02:15Il y avait seulement nos familles qui étaient au courant.
02:17Tu n'as même pas traité le secret auprès d'une meilleure copine ?
02:20Non, il m'avait autorisé une copine qui était psy.
02:23Donc, il voulait presque que je lui paye une séance pour qu'elle garde le secret.
02:28Et elle m'a beaucoup aidée.
02:29Elle a été très importante pour moi.
02:31Mais non, j'ai vraiment respecté son choix, tous ses choix jusqu'au bout.
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03:18Comment ça s'est passé quand tu as compris que ça allait aller vite, que vous avez deux enfants ?
03:22Vos enfants avaient 3 et 5 ans ?
03:24Ils avaient 3 et 5 ans quand il est mort.
03:26Quand j'ai appris qu'il était condamné, c'est là où ça a été le plus dur parce que
03:33j'ai eu du mal à l'accepter.
03:35Et donc, je hurlais en me réveillant dans ma douche quand j'étais seule.
03:40Je hurlais dans ma voiture et en me couchant, je priais pour que ce soit un cauchemar et que je
03:46me réveille le lendemain.
03:48Donc, ça a été évidemment très difficile à accepter.
03:51Et après, quand j'ai compris que je n'avais pas le choix et qu'il fallait que je traite
03:55ce sujet du mieux possible, surtout pour mes enfants.
03:59Mais ce qui était horrible, je me suis dit que moi, je m'en sortirais.
04:02Mais c'était insupportable pour moi de me dire que mes enfants allaient perdre leur père.
04:06C'est ça qui était insupportable.
04:08Qu'est-ce qui t'a le plus peiné ?
04:10Tu t'es listé les choses qu'il ferait avec lui, la vie qui passait sans lui.
04:14Qu'est-ce qui t'a le plus peiné pour tes enfants ?
04:17On vivait vraiment tout le temps ensemble.
04:19Ils travaillaient à la maison, on était fusionnels tous les deux, mais aussi avec les enfants.
04:22C'était un père qui était très présent.
04:25Et puis surtout, je ne pouvais pas imaginer ma vie sans lui.
04:28C'était impensable.
04:30Je me souviens que le soir, à mon dormant, je pensais à son oraison funèbre.
04:35Je ne pouvais pas imaginer.
04:37Je me demandais ce que j'allais pouvoir devenir sans lui.
04:40Et pour mes enfants, pour moi, c'était une très lourde responsabilité.
04:44Est-ce que je serais capable de jouer les deux rôles, de faire en sorte de préserver son souvenir, sa
04:52mémoire,
04:52que les enfants n'oublient pas, puisque c'était une vraie angoisse pour lui.
04:58Ils étaient tellement petits et naïfs et innocents que c'est insupportable de confronter leur innocence à une telle violence.
05:08C'est ça qui était insupportable.
05:09Pendant des mois, tu es aussi complètement partagée entre l'hôpital, tu l'accompagnes, la vie, les enfants.
05:16Dans le livre, tu raconterais bien l'anniversaire de ta fille, les parents des copains qui n'arrêtent pas de
05:22te parler, tu n'en peux plus.
05:24Comment t'as géré ? Comment t'as appréhendé cette période ?
05:29C'était une période terrible.
05:30Et puis, évidemment, ça a duré, le cancer a duré huit mois.
05:35Donc, plus on avançait dans le temps et plus il souffrait.
05:39C'était un cauchemar.
05:41Et il y a des choses, effectivement, qui étaient trop difficiles à gérer.
05:44Et l'anniversaire de ma fille, c'est un vrai traumatisme pour moi, d'ailleurs.
05:47Donc, toutes ces dates sont liées aujourd'hui.
05:50Ma fille est née le 29 décembre, mon fils le 17 janvier, Marc est mort le 19 janvier.
05:55Donc, cette période, ce tunnel entre fin décembre et le 20 janvier, c'est pour moi, tous les ans, un
06:01cauchemar.
06:02Encore aujourd'hui ?
06:03Encore aujourd'hui.
06:03Alors, ça commence de plus en plus tard, ça c'est bien.
06:06Mais c'est quand même un cauchemar.
06:08Et c'est horrible parce que j'ai envie que mes enfants soient heureux pour leur anniversaire.
06:11Et je ne veux pas montrer que je suis vitrice.
06:13Donc, j'essaye de...
06:14Mais je le dis quand même parce que c'est important pour moi d'être honnête.
06:19On a un vrai rapport de confiance parce qu'ils savent que je n'aurais jamais menti.
06:23Je n'aurais jamais rien caché.
06:24Donc, ils savent que c'est difficile.
06:26Mais c'est vrai que je me souviendrai toute ma vie de cet anniversaire.
06:30Et à chaque fois, je ne peux pas m'empêcher consciemment ou inconsciemment de faire le lien.
06:35Et tes enfants ont quel âge ?
06:37Ils ont 8 et 10 ans.
06:398 et 10 ans.
06:40Tu l'as dit aussi, tu as dû faire le deuil de Marc, de ton conjoint, de son vivant.
06:45C'est inimaginable.
06:48Tu pensais à ce que tu allais dire, à son enterrement.
06:53Comment on fait ?
06:54C'est très naïf comme question, tu vois.
06:55Mais comment on fait ?
06:56Enfin, comment t'as fait ?
06:57J'ai fait comme j'ai pu.
06:58Je ne me suis même pas demandé ce que j'ai.
07:00C'était comme ça, quoi.
07:01C'était comme ça.
07:02Je me suis rendue compte, a posteriori, que j'avais fait mon deuil de son vivant
07:05puisqu'il souffrait tellement.
07:06Et puis, à un moment, il n'en pouvait plus.
07:08Il voulait être libéré.
07:09Il a attendu l'anniversaire de notre fils.
07:11Il le disait pour repartir.
07:12Et il disait, mais il voyait les choses d'une manière.
07:15C'est ça qui m'a transmis tellement.
07:17Jusqu'au bout, il s'est marré de sa mort.
07:19Et il faisait des blagues.
07:21Alors, pas tous les jours, mais beaucoup quand même.
07:24Et il disait que c'était mieux que ça lui arrive.
07:26Heureusement que ça lui arrive à lui et pas à nous.
07:29Donc, il était très positif.
07:31Il disait qu'il avait kiffé toute sa vie, qu'il avait fait tout ce qu'il avait voulu.
07:36Et que, bon, c'était comme ça.
07:38Donc, je vivais aussi avec quelqu'un qui avait une philosophie de vie très particulière.
07:44Incroyable.
07:44Vraiment très particulière.
07:46Et puis, je crois aussi que ce qui a fait que j'ai tenu,
07:52parce que tout le monde me disait, t'es courageuse, t'es courageuse.
07:55Mais d'abord, ça m'énervait quand on disait, j'étais pas courageuse, j'avais pas le choix.
07:58Mais j'ai réalisé après que la force que j'avais, finalement,
08:04j'avais de la chance parce que je la tenais de l'amour que j'avais reçu.
08:08À la fois de mes parents dans mon enfance, mais aussi et beaucoup de marques.
08:12Et que, oui, j'allais perdre mon mari très jeune,
08:16mais que j'avais cette chance que peu de gens ont
08:20d'avoir connu une telle histoire d'amour.
08:23Voilà.
08:23Tu vois, t'es solaire, tu le racontes d'une tellement jolie façon.
08:27Parce que vous étiez très, très amoureux.
08:28C'est ça que tu racontes aussi.
08:30C'était un coup de foudre, en fait, quasiment.
08:33C'était...
08:34Je peux pas dire que c'était un coup de foudre,
08:35mais on travaillait ensemble.
08:36J'étais avocate dans une précédente vie.
08:38Et donc, j'étais la collaboratrice de son associé.
08:42Et j'étais mariée à l'époque.
08:43Il a d'ailleurs assisté à mon premier mariage.
08:46Et on est tombés amoureux progressivement.
08:48Et il était aussi malheureux dans son couple.
08:51Et en fait, on a trouvé un refuge l'un dans l'autre.
08:54Et on était d'abord amis avant d'être amoureux.
08:58Et c'est vrai qu'on était vraiment un binôme.
09:01En fusion, quoi.
09:03Après, tu as dû vivre ce moment terrible pour une mère,
09:07enfin pour tout humain, mais pour une mère en particulier,
09:09où t'as dû annoncer à tes enfants
09:12que leur papa allait mourir.
09:14Et tu vas réaliser, en voulant que tes enfants aillent lui dire au revoir,
09:18qu'il est déjà parti.
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