- il y a 3 mois
Jérôme Monceaux, directeur et fondateur d'Enchanted Tools, était l'invité de François Sorel dans Tech & Co, la quotidienne, depuis VivaTech, ce lundi 22 juin. Il s'est penché sur la robotique de service avec Mirokaï, les robots français prêts à l'emploi, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez-la en podcast.
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00:01Tech & Co, la quotidienne sur BFM Business.
00:05Voilà Tech & Co, la quotidienne depuis VivaTech.
00:08On va terminer cette suite d'émissions, encore une fois en parlant de robotique,
00:13avec mon invité Jérôme Monceau.
00:16Bonsoir Jérôme.
00:17Bonsoir François.
00:18Directeur et fondateur de Enchantil Tools,
00:20qui est l'un des spécialistes français de la robotique de service.
00:25Comme quoi on a de belles pépites bien évidemment.
00:27Et si vous êtes avec nous à la télé, vous pouvez voir Mirokai qui nous fait des petits coucous.
00:31Voilà ce robot tout mignon, Jérôme, dont vous êtes fier bien sûr.
00:36Parce que ça fait des années qu'on suit ensemble sur BFM Business dans Tech & Co,
00:40les avancées de Mirokai.
00:42Et on le voit, qui se perfectionne de génération en génération.
00:46Ah oui, là c'est un moment un peu particulier,
00:49parce qu'on est en train de passer d'une version prototype pré-industrielle
00:52à la version officielle qui va être certifiée.
00:57Donc là on vient de l'annoncer, on a la V1 qui est arrivée.
01:00C'est un gros soulagement pour toute l'équipe et un travail énorme qui vient d'être abouti.
01:04Ça fait depuis combien d'années que vous travaillez sur ce robot ?
01:07Alors ça fait 4 ans qu'on est dessus, on a lancé l'entreprise en fin 2021.
01:10On est parti très très vite.
01:12On a levé un total de 50 millions.
01:14On a constitué une équipe quand même un peu solide derrière tout ça,
01:18sur l'héritage français dans cette forme de robotique d'ailleurs.
01:20Oui, pour que vous êtes un ancien d'Aldébaran.
01:22Voilà, c'est ça.
01:23Et donc moi, mais aussi plein d'ingénieurs, plein d'écoles, plein de laboratoires de recherche,
01:28on s'est mobilisés autour de ce projet et qu'il a aujourd'hui atteint la V1
01:31et donc la certification et donc le scale.
01:354 ans pour faire un robot.
01:37C'est court mais long finalement, on ne se rend pas trop compte.
01:39On n'a pas de l'échelle, bien sûr.
01:42C'est compliqué d'arriver à faire ça aujourd'hui.
01:45Quels ont été les moments les plus difficiles ?
01:48Alors le proto, ça va très très vite au début, surtout quand on sait ce qu'on veut faire.
01:51En 12 mois, on a réussi à avoir le premier proto.
01:53Après, il faut reprendre l'architecture parce qu'il ne suffit pas d'avoir un proto,
01:56il faut faire un produit.
01:57Et donc ça, ça nous a pris 18 mois.
01:59Et puis après, on a eu une autre itération par-dessus ça pour aller toucher ce qu'on appelle
02:03le design for manufacturing.
02:04C'est réduire les coûts de production, réduire facilité la production.
02:09Et puis maintenant, reste la phase de la certification.
02:11Donc vous savez, la compatibilité électromagnétique et la sécurité des gens
02:14qui était une étape importante.
02:16Donc on ne peut pas faire l'économie de ça.
02:17Il a été homologué, ça y est, ce robot ?
02:19Non, non, bientôt, cette année, oui.
02:21Donc cette année, l'homologation va vous apporter quoi ?
02:23C'est-à-dire que vous allez pouvoir librement le déployer ?
02:26En Europe particulièrement.
02:28En Europe.
02:28On peut déjà le vendre à l'étranger, aux Etats-Unis, en Asie, sans cette certification.
02:37Mais en Europe, du coup, il faut cette certification pour pouvoir le vendre à plus grande échelle.
02:40Et cette certification apporte quoi en fait ?
02:43Elle apporte la garantie aux utilisateurs que le robot satisfait aux contraintes de sécurité
02:47et d'usage standard en Europe.
02:52Donc ça, ça permet d'avoir des assurances plus optimisées
02:57et puis une sécurité d'usage, une confiance.
03:00C'est un produit européen.
03:01Évidemment.
03:02Et ça, ça arrive donc cette année ?
03:04Ça arrive cette année, oui.
03:05Parfait.
03:07Quand on s'intéresse un peu au monde de la robotique,
03:10on est impressionné par les progrès qui ont été faits en électromécanique.
03:14Quand on voit aujourd'hui ce qu'arrive à faire, par exemple, la Chine avec Unichui, c'est dingue.
03:20On a une dextérité des mouvements qui sont presque organiques de ces robots.
03:26Mais ils sont bêtes.
03:28Ils ne comprennent rien.
03:29Il faut les télécommander pour qu'ils fassent des choses
03:31ou alors les synchroniser pour des danses, pour des manifestations, etc.
03:37Est-ce qu'il y a de l'intelligence dans Mirokai ?
03:40Alors, c'est exactement le sujet.
03:42C'est exactement le combat.
03:44Ce que je rappelais il y a peu de temps, c'est que mon objectif,
03:46ce n'est pas de vendre des robots, c'est que les robots soient utilisés.
03:48C'est le nombre de minutes d'usage qui nous intéresse.
03:52Aujourd'hui, on en cumule 600 000 minutes d'usage.
03:55Donc ça représente 416 jours continus d'utilisation.
04:01de la plateforme, c'est énorme.
04:03Et surtout, ce que ça veut dire, c'est qu'il y a des gens qui l'utilisent.
04:05Je veux dire, ce n'est pas juste de la danse ou des passages télé.
04:09C'est vraiment des gens dans des hôpitaux,
04:11dans des institutions qui accompagnent des personnes handicapées,
04:16dans des maisons de retraite,
04:17dans des hôpitaux pour le traitement du cancer chez l'enfant,
04:22qui utilisent de manière quotidienne cette plateforme.
04:26Et pour ça, il faut de l'intelligence.
04:27Il faut de l'intelligence de la maniabilité,
04:30de l'utilisabilité,
04:32mais il faut aussi de la pertinence du robot,
04:34qu'il réponde au bon moment, qu'il aille au bon endroit
04:36et qu'il prenne les bonnes choses.
04:38Ça veut dire que votre robot a un petit cerveau quand même.
04:41C'est-à-dire qu'il peut être autonome,
04:43ou est-ce qu'il faut encore que quelqu'un soit derrière lui pour le piloter ?
04:49Oui, donc l'autonomie ultime,
04:52c'est l'autonomie où le robot se débrouille tout seul,
04:54il n'y a plus personne autour et il fait son job.
04:55On le branche, il sait ce qu'il doit faire, il répond aux simulations qu'on peut lui apporter.
05:00Voilà.
05:00Alors, l'autonomie ultime, ce n'est pas encore disponible nulle part dans le monde.
05:06Et ce n'est pas près de l'être, visiblement.
05:08Ça demande un énorme travail.
05:10Surtout, il faut aussi travailler sur nous,
05:12changer nos habitudes de fonctionnement pour accepter cette autonomie.
05:16Nous, ce qu'on fait, c'est de l'autonomie collaborative.
05:18Et honnêtement, moi, je la trouve plus intéressante.
05:20C'est-à-dire que mon sujet, ce n'est pas forcément de décider tout seul ce que je dois
05:23faire.
05:23Mon sujet, c'est d'aller voir les aides-soignants,
05:26d'aller voir le personnel sur place,
05:28de poser des questions et de déterminer avec eux quelle est la bonne chose à faire.
05:33Ça, c'est de la collaboration.
05:34Et ça s'inscrit dans une logique de non-substitution et de non-remplacement des humains,
05:39mais plutôt d'augmentation de leur efficacité et de leur impact sur leur environnement.
05:44Mais aujourd'hui, par exemple, les premiers tests que vous faites,
05:48avant l'homologation en Europe, aux Etats-Unis, par exemple,
05:51qu'est-ce que fait Mirocaille dans un hôpital ou les aéroports ?
05:56Alors, c'est variable en fonction des endroits où on les déploie.
05:59On a des endroits, donc l'ICM, on en parle souvent,
06:02où le robot, il rentre dans le bunker de radiothérapie.
06:04Et donc là, il est avec l'enfant au moment du traitement,
06:07ce qui permet d'éviter la sédation,
06:09et donc de faire au final que, un, il y ait moins de traumatismes,
06:12et deux, beaucoup plus d'enfants qui profitent de la machine.
06:16Après, c'est un institut de...
06:18Et là, il a des... Excusez-moi, je vous coupe,
06:20mais il a des interactions autonomes avec l'enfant.
06:23Ou est-ce qu'il faut quand même quelqu'un derrière,
06:26je ne sais pas, moi, une porte, une fenêtre,
06:27qui le pilote le robot ?
06:28Alors, il y a un peu des deux dans ce cas précis-là.
06:31C'est-à-dire, avant de rentrer dans le bunker,
06:33on est en interaction libre avec l'enfant,
06:36mais à travers des promptes qui ont été faites avec des psychologues,
06:40et avec toute l'équipe spécialisée dans l'accompagnement de l'enfant.
06:44Nous, notre boulot, ce n'est pas de se substituer à l'intelligence des médecins,
06:48donc c'est au contraire de l'amplifier.
06:50Et puis, une fois qu'on est dans le bunker,
06:51c'est un endroit qui est tellement maîtrisé, tellement codifié,
06:54que là, c'est un opérateur, depuis le poste de contrôle,
06:58qui reprend la main pour accompagner l'enfant.
07:00Et puis, il y a plein de scénarios en tout genre.
07:02C'est un milieu vraiment très extrême.
07:04L'idée, c'est que, petit à petit,
07:06Mirocaille gagne en autonomie, c'est ça ?
07:08Oui.
07:09Votre objectif, c'est quoi, à 5-10 ans, par exemple ?
07:12Là, déjà, en ce moment, on est en train de rassembler trois grandes fonctions.
07:15Donc, la fonction d'être en interaction libre avec l'utilisateur,
07:19la fonction de se déplacer en environnement social,
07:22c'est-à-dire avec des gens qui le prennent, qui le poussent,
07:24qui l'amènent à un endroit, qui lui disent d'aller là-bas, etc.
07:26Et de manipuler des objets en environnement social.
07:29Ça veut dire, je lui donne un objet, il prend l'objet,
07:32je prends un objet de sa main, je déplace un objet qu'il va prendre, enfin voilà.
07:37Et donc, on est en train de combiner tout ça dans la plateforme,
07:39ce qui va lui donner un premier niveau d'autonomie.
07:42Alors, on a volontairement simplifié des problèmes.
07:45On ne monte pas les escaliers parce que c'est trop dangereux.
07:47On ne prend pas tous les objets parce que les couteaux, c'est dangereux dans les mains des robots.
07:50On est dans des endroits safe.
07:52On veut garantir la sécurité des personnes.
07:54Donc, on est dans ce premier niveau d'usage.
07:57Et là, aujourd'hui, on est capable de démontrer une traction qui est incroyable.
08:00On a 2500 robots qui sont réservés par des lettres d'intention par nos clients.
08:05Et là, on vient de faire les pré-orders de la V1 et ça part très vite.
08:09Donc, on est très fiers de ça.
08:11Maintenant, à 10 ans, il y a pas mal de choses qui vont évoluer.
08:14On voit bien le grasping et la dextérité évoluent à une vitesse incroyable.
08:18Alors, on atteint des pourcentages du genre 87% de réussite.
08:22C'est très bien 87% de réussite, mais c'est pas suffisant.
08:24Parce que quand on se plante 13% du temps avec un couteau dans la main, ça pose un problème.
08:30Donc, nous, on a besoin que cette techno gagne en maturité.
08:33On accélère aussi de notre côté de manière à pouvoir aller sur un deuxième niveau de manipulation et d'usage
08:41de la plateforme.
08:42Est-ce qu'on arrivera un jour à avoir une interaction totale avec un robot autonome comme Irokay
08:46qui pourrait peut-être changer d'aspect, d'ailleurs, dans 10 ans ou 15 ans,
08:50qui soit à la maison, que je lui dise, bah tiens, est-ce que tu peux aller me préparer un
08:53café,
08:55me faire des pâtes à la carbonara, est-ce que tu peux me nettoyer le canapé, etc.
09:00Est-ce que c'est un fantasme ou est-ce que vous y pensez ?
09:05Ah ben non, mais plus qu'on y pense, on y est là.
09:07On va vers ça.
09:08Le sujet, c'est consumer.
09:09C'est un des sujets.
09:10Nous, notre niche, c'est healthcare.
09:11On commence par s'occuper des gens, accompagner tout ça, et progressivement, on va sortir de l'hôpital.
09:17Par contre, il ne faut pas vendre tout de suite tout type d'usage.
09:20Il faut essayer de cadrer ça, en particulier vers les personnes qui en ont besoin.
09:23Donc moi, ma cible, c'est les familles et les familles qui en ont besoin.
09:26Une personne âgée à la maison, un enfant handicapé à la maison, une personne qui a besoin d'assistance.
09:32C'est la priorité, on va dire ça.
09:34Oui, c'est la priorité, c'est la pertinence.
09:36Parce que ramener une bière à quelqu'un, c'est cool, on a envie de le faire, etc.
09:40Mais est-ce que ça fait vraiment un business ?
09:42Nous, on a besoin d'asseoir notre business, de le fonder sur quelque chose qui est essentiel pour les clients.
09:48Et c'est pour ça qu'on a cette attaque famille qui en a besoin.
09:52C'est l'IA génératif qui va tout changer, qui va faire que le robot va comprendre ce qu'on
09:55lui dit.
09:56Mais c'est déjà le cas.
09:57C'est déjà le cas.
09:57Aujourd'hui, on a un super partenariat avec Google DeepMind.
10:01On est trusted partners.
10:01On fait tourner les algos qui sont des algos non accessibles au public.
10:05Et ce qu'on voit, c'est fabuleux.
10:06Le robot, il est capable de comprendre son environnement.
10:09Il est pertinent dans le contexte.
10:10En fait, avec Google DeepMind, il arrive à quoi ?
10:12À voir son environnement ?
10:14À comprendre ce qui se passe autour de lui ?
10:16Oui, à le verbaliser et à comprendre la situation.
10:20Et à articuler les fonctions du robot.
10:22Se déplacer, prendre un objet, dire quelque chose.
10:25En fonction du contexte dans lequel il se trouve.
10:27Donc ce qu'on a de plus en plus accès, et là on en a besoin,
10:30c'est de la planification.
10:31Donc pour atteindre tel objectif, je dois faire telle action,
10:34puis telle autre, puis telle autre.
10:35Et ça, ce n'était pas accessible il y a un an.
10:37Mais en un an, il s'est passé une révolution.
10:40Et puis il y a une deuxième chose qui est ultra importante.
10:43C'est ce qu'on appelle le vibe coding.
10:44Vous avez entendu parler.
10:46Oui, bien sûr.
10:46Je vais interagir avec un ordinateur pour lui faire générer un programme.
10:49Eh bien, le robot apparaît comme une ressource pour ce programme.
10:52Donc la personne qui va vibe coder, elle va pouvoir non seulement faire des programmes,
10:56mais des programmes qui s'exécutent dans le monde réel, par l'intermédiaire d'interfaces,
11:01sécurisées, avec des guidelines éthiques qui sont quand même là,
11:04mais qui vont permettre d'amplifier le rôle des programmes qu'on génère.
11:08Alors Google DeepMind est une boîte américaine, bien évidemment.
11:10Est-ce que la notion de souveraineté, le fait de se dire
11:14est-ce qu'on peut donner une intelligence européenne ou française à votre robot,
11:18c'est quelque chose d'important ?
11:19Alors c'est ultra important, mais ce qu'il faut voir,
11:21c'est que quand on parle d'IA, ce n'est pas une IA.
11:24Des IA, il y en a plein.
11:25Déjà, rien que quand vous regardez dans le robot, il y en a qui tournent en embarquée.
11:28Aujourd'hui, on est très dépendant d'un cloud.
11:30Et quand on fait une machine qui se déplace comme ça,
11:32eh bien, on a des problèmes de temps latence, on a des problèmes de connectivité.
11:35De réseau, etc.
11:36Et donc du coup, ça casse l'usage.
11:37Et il y a des endroits où on ne peut pas se permettre d'avoir ça.
11:39Donc on doit viser de l'embarquer.
11:41Et pour avoir de l'embarquer, il faut spécialiser les modèles.
11:44Donc ça veut dire que nous faisons des modèles
11:46et on appelle tous nos partenaires européens à produire des modèles.
11:50Et d'ailleurs, je pense qu'on aura des annonces d'ici la fin de l'année.
11:53Et peut-être même au CES.
11:54Et peut-être même au CES.
11:56Merci beaucoup Jérôme.
11:57Merci d'être passé par le plateau de Taquelco.
11:59Ici à Vivatec.
12:01Et un petit salut à Mirocaille qui est toujours aussi mignon.
12:05Il nous fait craquer.
12:06Merci beaucoup.
12:07Merci.
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