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  • 6 hours ago
Nous avons construit des technologies pour nous faire gagner du temps, nous éviter les erreurs et simplifier nos vies. Itinéraires optimisés, recommandations personnalisées, assistants intelligents : jamais il n'a été aussi facile de choisir. Pourtant, à mesure que les décisions deviennent plus fluides, une autre question apparaît : que devient notre capacité à décider par nous-mêmes ? Car la liberté n'est pas seulement le droit de choisir. C'est aussi l'effort, l'incertitude et parfois même l'inconfort qui accompagnent le choix. Une conversation avec Gaspard Koenig sur ce que nous sommes prêts à abandonner — ou à préserver — à l'ère des algorithmes.

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00:02Transcription by ESO. Transcription by ESO. Transcription by —
00:30— On se tutoie ou on se voit ? — On se voit. On est dans l'ancien monde. On
00:35s'adapte. Pourquoi choisissons-nous de ne plus choisir ?
00:41— Vous voyez, d'abord, avant de préparer cet entretien, je ne l'ai pas préparé. Et alors on m
00:46'a révélé dans les coulisses que j'étais le premier de l'histoire de Vivatec à ne pas vouloir voir
00:52les questions.
00:53Et ça commence déjà là, le choix. C'est de laisser une forme d'aléa, d'ouverture. Ça sert à
01:00quoi d'avoir une conversation humaine, au fond, si on a déjà anticipé les réponses les uns des autres,
01:05si on sait ce qu'on va dire, si on est certain de ne pas changer d'opinion ? Et
01:09au fond, cette démarche, pour moi, elle est anti-bureaucratique.
01:12La bureaucratie, elle commence là. Elle commence quand on se fixe un chemin, qu'on a peur et que donc
01:20on sait d'emblée où on va arriver.
01:23Alors que dans une conversation philosophique qui méandre, regardez par exemple Socrate et Phèdre, quand ils se baladent le long
01:30du ruisseau et qu'ils ont cette conversation.
01:32Vous parliez de l'amour il y a deux secondes, qu'ils ont cette conversation justement sur l'amour. C
01:36'est une conversation complètement improvisée.
01:38Ils s'arrêtent de temps en temps. À un moment donné, Socrate fait la sieste, il dit je vais m
01:42'endormir.
01:43Ils repartent. Et en fait, c'est ça non seulement le sel, mais plus que le sel, ce n'est
01:48pas juste, je veux dire, un supplément d'âme.
01:50C'est vraiment ce qu'il y a de plus profond à aller rechercher dans les relations humaines.
01:56C'est cette forme de spontanéité.
01:59Si on fait lien avec la tech.
02:01Et donc si on choisit de ne pas choisir, pour répondre à votre question, c'est parce qu'on a
02:03peur.
02:04Parce qu'on a peur et qu'on est faible.
02:07Et que quelque part, on est soumis.
02:09Et qu'on se prépare politiquement à être soumis.
02:12Plus on accepte d'être nudgé.
02:15Parce que c'est quand même ça le grand truc.
02:18Pas le truc exclusif, bien sûr.
02:20Mais le grand truc de la technologie, telle qu'elle est aujourd'hui sur notre smartphone.
02:24Telle qu'elle est répandue dans le grand public.
02:27Je ne pense pas que la technologie ait une intention politique.
02:29Je pense qu'elle est neutre en soi.
02:30Mais telle qu'elle est aujourd'hui commercialisée et universalisée.
02:35Je pense qu'elle nous prépare à une forme de soumission.
02:38Parce que comme on a peur, on suit le nudge.
02:40On se dit que le nudge, c'est le petit coup de coude.
02:43Et tout ça ne vient pas de nulle part.
02:45Kahneman, qui théorise...
02:47Pardon, Thaler, qui théorise le nudge, c'est le grand copain de Kahneman.
02:52Et Kahneman, c'est celui qui nous dit...
02:54Au fond, vous avez tellement de biais cognitifs en vous, que votre libre arbitre est une illusion, que vous êtes
03:01dirigé par des choix statistiques que vous ne formulez même pas vous-même.
03:06Donc, finalement, vous agissez contre vous-même.
03:10Donc, laissez-nous vous prendre en main.
03:13Et cette soumission, elle se retrouve aujourd'hui en politique.
03:17C'est-à-dire que moins...
03:19Plus on perd l'habitude d'exercer son jugement et de prendre le risque de l'aléa, plus ensuite on
03:27se soumet à la foule.
03:30Et les réseaux sociaux, pour une grande partie, c'est la foule.
03:33C'est la moyenne de la foule.
03:34L'IA générative, c'est la foule.
03:36C'est l'idée de renoncer, d'accepter de renoncer à être une singularité, de s'exprimer avec son langage,
03:43sa manière de voir les choses, y compris si on se trompe.
03:47Et pour assumer d'être une singularité, eh bien, il faut accepter de faire des mauvais choix.
03:54Parce que le nudge va toujours vous donner quelque chose d'à peu près correct.
03:57C'est correct. Accepter de prendre une mauvaise route ou de suivre une mauvaise pensée et donc formuler cette illusion
04:06que je suis une singularité, que je peux penser contre les autres, c'est la condition sine qua non pour
04:10y arriver in fine ou pour s'en rapprocher.
04:14Quand j'avais fait mon reportage, donc moi, j'ai découvert un peu ces histoires d'IA il y a
04:18déjà un moment, puisque j'avais fait un très long reportage dans Le Monde en 2018,
04:23qui avait donné lieu à un livre qui résume un peu ces thèses-là, qui s'appelle La fin de
04:26l'individu.
04:27Et je me rappelle qu'à l'époque, j'avais échangé avec un prof de Stanford qui me disait, mais
04:32moi, je bats Google Maps pour aller au travail tous les matins.
04:36Pourquoi il bat Google Maps ? Parce que l'algorithme de Google Maps vous donne un chemin pas mal pour
04:41vous, mais pas le meilleur.
04:43C'est le chemin pas mal pour vous, qui permet aussi qu'il n'y ait pas d'embouteillage pour
04:46les autres.
04:48Quand vous connaissez très très bien un endroit, que vous exercez votre jugement, que vous en avez l'expérience, vous
04:54allez prendre la route la plus rapide, mais c'est la route égoïste.
04:57C'est la route que vous propose pas Google Maps, parce que c'est celle qui n'est pas favorable
05:00à la communauté.
05:02Mais seulement là, l'algorithme a fait un choix en vertu de valeurs que je n'ai pas choisi.
05:07C'est un algorithme qui reste d'ailleurs secret.
05:09Et si moi, je veux faire le choix égoïste ?
05:12Est-ce que vous, Gaspard, vous utilisez, que ce soit les réseaux sociaux, l'intelligence artificielle, et je vais aller
05:18plus loin, vous êtes venu avec Google Maps ou pas ?
05:21J'ai pas eu besoin de Google Maps pour venir, parce que je suis venu en vélo et j'ai
05:24descendu toute la rue de Vosgira, donc c'était plus facile.
05:25Ça va, c'est simple, porte de Versailles, mais...
05:27Ce que je fais souvent quand j'utilise Google Maps, c'est que je l'utilise en enlevant la géolocalisation,
05:32de sorte que j'ai le trajet,
05:34mais qu'ensuite je suis obligé quand même d'aller reconnaître les rues et d'anticiper les tournants.
05:39Justement pour pas juste suivre la boule bleue, mais pour qu'il me donne une indication que je trouve utile,
05:44et pour ensuite exercer mon cerveau à la suivre, ou pas d'ailleurs, et éventuellement avant de détourner.
05:50Après, moi je pense que chacun, alors chacun a ses contraintes, son métier,
05:55et c'est plus ou moins facile de se déconnecter ou d'échapper à cette pression,
06:00mais je pense que chacun doit se concevoir sa propre discipline.
06:05Les stoïciens, ils parlaient de ça, de la discipline morale,
06:07c'est des petits trucs que chacun s'imagine et se fixe,
06:11et qui permet de devenir soi-même.
06:15Et donc, en l'occurrence, moi d'abord, je boycotte totalement les agents conversationnels.
06:20Ça, c'est un choix politique.
06:21Je comprends qu'il puisse être de temps en temps intéressant ou utile.
06:24Quand vous dites que c'est un choix politique, je me permets d'interrompre,
06:27c'est justement à cause des créateurs qui sont derrière cette tech,
06:30qui nous biaisent totalement, du coup ?
06:32Il y a d'abord les créateurs qui sont aliénés par cette tech,
06:34c'est-à-dire que les gens qui, comme moi, produisent des textes ou des musiques
06:38sont simplement pillés.
06:40Quand copilote s'affiche sur le document Word,
06:43quand je suis en train d'écrire mes livres,
06:45que j'ai finalement réussi à désactiver,
06:46mais ça m'a pris du temps et ça m'a énormément irrité,
06:49ce petit papillon qui vous dit à chaque fois,
06:52qui vous dit deux choses,
06:53qui vous dit d'abord,
06:54mais t'es fatigué, Gaspard ?
06:56Cette phrase, je vais la finir pour toi.
06:58T'en fais pas.
06:59Et là, on est exactement dans la question du confort.
07:02Et donc, on se laisse aller, on se dit,
07:04ah bah oui, tiens, donne-moi quelques adjectifs,
07:06parce que là, j'en peux plus.
07:07Et à la fin, qu'est-ce qu'on perd ?
07:08Parce qu'il y a ce mythe que l'IA va faire le ménage,
07:14les basses tâches,
07:15va servir d'esclave,
07:16et que vous, vous allez pouvoir être très créatif.
07:19Et donc, vous, vous avez les grandes idées,
07:21vous imaginez les personnages,
07:22vous imaginez la structure d'un essai,
07:24les concepts,
07:25et puis l'IA peut remplir les trous.
07:27Mais ça, c'est une vision complètement obsolète,
07:31romantique, 19e siècle de la créativité.
07:33Comme s'il y avait des idées dans l'air,
07:36et que, ensuite, la matière était insignifiante.
07:39Mais quand on écrit, on est comme un artisan,
07:41on travaille la matière.
07:43Et en fait, c'est en travaillant l'adjectif,
07:45l'adverbe, le rythme de la phrase,
07:47la répétition,
07:49et Dieu sait que c'est laborieux,
07:50que naissent les meilleures idées.
07:52Et en fait, les meilleures idées,
07:53elles naissent, ou les meilleurs personnages,
07:54ils naissent quand on sort du plan.
07:56Si on finit un livre,
07:57comme c'est une conversation,
08:00exactement comme on l'avait prévu,
08:01en ayant suivi tout son déroulé,
08:03c'est qu'on a écrit un mauvais livre.
08:04On n'a rien prévu, après.
08:06Justement, c'est l'intérêt.
08:07C'est qu'à un moment donné,
08:08on n'a pas réussi à se laisser dériver.
08:12Donc la première chose dont nous prive copilote,
08:13c'est ça, et c'est très grave.
08:15Et c'est pour ça que, d'ailleurs,
08:18j'écris d'abord des livres sans IA,
08:20et en plus que ça,
08:21ma maison d'édition va créer un tampon,
08:24livre sanctuaire, livre écrit sans IA,
08:25qui est aussi une forme d'honnêteté
08:27avec le lecteur et avec l'éditeur,
08:29en disant la phrase que tu lis
08:30est portée par une intention humaine
08:32et un être humain qui l'a conçu
08:34et qui s'adresse à toi.
08:35Parce que pourquoi on lit des livres
08:36avec des noms d'auteurs ?
08:37Parce que c'est un dialogue, un livre.
08:39C'est aussi un dialogue intersubjectif
08:41avec l'être humain futile mort
08:43qui l'a écrit.
08:44Mais la deuxième chose que fait copilote,
08:46ce qui est encore plus tordu,
08:47c'est qu'évidemment,
08:48il vient pomper mon texte en temps réel,
08:52violer mon droit d'auteur
08:53dans mon ordinateur
08:55pour alimenter évidemment ces databases
08:58et pour faire son mining.
09:02Il faut se rendre compte
09:03qu'en autorisant ce genre de choses,
09:07on s'est énormément éloigné
09:08de la structure libérale classique
09:10de nos sociétés
09:11qui assure le droit de propriété,
09:13le droit de propriété intellectuelle,
09:16la concurrence, la protection des mineurs.
09:18Et tout ça a complètement volé en éclats,
09:21défoncé par les barbares
09:22qui s'immiscent partout.
09:24Et c'est pour ça que je dis
09:25que le boycott est au fond un acte politique.
09:27C'est que bien sûr qu'il y a des bons usages,
09:28il y a des possibilités de le faire intelligent,
09:30que ça permet des programmes en médecine.
09:32Mais tel que s'y diffusait aujourd'hui,
09:34c'est une attaque très, très violente
09:37contre le tissu même de nos sociétés
09:39et ce qui fait notre individualité,
09:41notre singularité
09:42et notre conception occidentale de l'individu.
09:45Quand j'avais fait mon reportage en Chine,
09:46en Chine, ils n'avaient pas de problème avec l'IA
09:49parce que l'individu n'existe pas.
09:51Quand nous, on avait Socrate
09:52qui se battait contre la cité,
09:53eux avaient Confucius
09:54qui aidait le ministre de la Justice.
09:55En Chine, et c'est une forme de morale
09:57tout à fait respectable,
09:59il faut participer au bien-être
10:01du groupe, du collectif.
10:03Et donc, si la police utilise
10:06les datas de la ville intelligente
10:07pour retrouver les criminels,
10:09tant mieux, personne ne va s'en plaindre.
10:11Mais ce n'est pas nos valeurs à nous.
10:12Et nous avons le droit
10:16de soumettre la technologie
10:17à nos valeurs politiques.
10:19On a oublié ça.
10:20On a l'impression que la technologie,
10:22c'est une espèce de ligne droite
10:23qui nous emporte
10:23et qu'il ne faut surtout pas être dépassé.
10:26Mais dire ça, c'est déjà être dépassé.
10:28Parce que l'usage anthropologique
10:30de la technologie depuis l'invention
10:32de la charrue ou la domestication des bêtes,
10:34c'est précisément que chaque société
10:36s'est emparée des nouvelles techniques
10:39de manière très singulière.
10:40Certaines les ont adoptées,
10:42certaines les ont refusées,
10:43certaines les ont ajustées,
10:44certaines les ont essayées,
10:45puis rejetées,
10:46certaines les ont embrassées.
10:47Il y a eu mille usages possibles
10:49des technologies.
10:51Et là, tout d'un coup,
10:51il faudrait que tout le monde
10:52soit dans le même paradigme uniforme.
10:56On a standardisé le confort
10:58à ce moment-là, pour vous ?
10:59C'est-à-dire qu'on standardise
11:00la pensée humaine.
11:03Une IA générative
11:04qui vient pomper des données partout
11:05pour vous donner
11:06ce que vous devez penser.
11:07J'ai parlé avec un chef d'entreprise
11:08récemment qui utilise l'IA au quotidien
11:10et il s'est rendu compte
11:11qu'il n'arrivait plus
11:12à formuler un argument
11:15de lui-même.
11:16Parce que ça lui goûtait maintenant
11:17trop d'efforts.
11:18Parce qu'il y a eu une étude
11:19du MIT qui l'a bien montré.
11:20Ce n'est pas seulement
11:21que vous êtes un peu paresseux
11:23et que vous vous dites
11:23que je ferai l'effort plus tard.
11:24C'est que vous changez la manière
11:27de manière irréversible.
11:30Ils appelaient ça
11:30la dette cognitive dans cet article.
11:32Vous changez la manière
11:33dont votre cerveau fonctionne.
11:34Et vous avez ensuite
11:35beaucoup de mal
11:36à le remettre au point
11:37où vous êtes capable
11:38d'exercer une pensée critique
11:40et de formuler un raisonnement.
11:42Et donc, c'est ça
11:42qui standardise.
11:43Quand vous écrivez
11:44avec ChatGPT,
11:45vous écrivez un message
11:47qui n'est un message
11:47de personne,
11:48adressé à personne.
11:49Vous savez,
11:49c'est comme quand un train
11:50a du retard
11:51et que vous entendez
11:52dans le micro
11:53« Veuillez nous excuser
11:54pour la jeune occasionnée. »
11:56Franchement,
11:56est-ce que ça vous console ?
11:58Est-ce que vous vous excusez ?
12:00Jamais.
12:00Pourquoi ?
12:01Parce que c'est une voie enregistrée.
12:02Maintenant,
12:03si vous avez le conducteur
12:04du train
12:04qui vient vous voir,
12:05qui vous regarde dans les yeux
12:06et qui vous dit
12:07« Je suis vraiment désolé,
12:08ce n'était pas de notre faute,
12:09il y a eu un animal sur la voie. »
12:10Et là,
12:11vous l'excusez réellement.
12:12Parce qu'il y a de la sincérité.
12:14Sincèrement,
12:14parce qu'il y a une intention,
12:15parce que vous parlez
12:16à un être humain.
12:16Quand vous avez une voie standard,
12:18vous n'excusez rien du tout.
12:19C'est juste une information,
12:20en fait.
12:20L'information,
12:21c'est qu'il y a eu du retard
12:22et éventuellement,
12:22je peux réclamer un remboursement.
12:24C'est une pure information.
12:25Mais ce n'est pas ça le langage.
12:26Il n'est pas avant tout
12:27fait pour transmettre
12:27des informations.
12:28Il est fait pour créer
12:30un dialogue.
12:31Et donc,
12:31c'est tout à fait pareil
12:32avec les IA.
12:32Si je reçois un texto,
12:33ne serait-ce qu'un texto
12:35écrit par une IA,
12:36je trouve que c'est une offense
12:37à ma dignité.
12:38Vraiment une offense.
12:39Parce qu'on me considère
12:39tout d'un coup
12:40comme diré Kant,
12:41comme un moyen
12:41et non plus comme un sujet,
12:43non plus comme une fin en soi.
12:46On parle de plein de sujets
12:47et j'ai l'impression
12:48qu'il y a un truc sous-jacent.
12:49C'est vraiment
12:50quand on était...
12:52Je veux dire à l'époque
12:53des Silex quand on faisait
12:54encore du feu.
12:55J'ai l'impression
12:55que l'objectif,
12:57c'était de le confort.
12:59C'était de tendre vers ça
13:00et j'ai l'impression
13:01que tout le monde
13:01travaillait collectivement
13:02pour ça.
13:03Peut-être que je me trompe
13:04mais aujourd'hui,
13:06j'ai l'impression
13:06que vous luttez
13:09pour l'inconfort.
13:10Et j'ai l'impression
13:10que c'est dans l'inconfort
13:11qu'on vient regagner
13:12notre liberté.
13:14Je n'ai pas vraiment
13:15de question.
13:15En fait,
13:15c'est à quel moment
13:16on est passé de le confort,
13:18c'est très important
13:19pour l'humanité,
13:20à aujourd'hui,
13:21dans votre quotidien,
13:22je reprends l'histoire
13:23du GPS ou copilote.
13:25Je lutte
13:26alors que tous les autres
13:27sont dans cette mouvance
13:28de confort.
13:29Alors d'abord,
13:30je pense que c'est vrai
13:30qu'il y a une forme
13:31de résistance.
13:33J'ai l'impression
13:34que maintenant,
13:34lire un livre
13:35sur un bon public,
13:35c'est presque...
13:37C'est fou.
13:38C'est presque,
13:39je veux dire,
13:40signaler quelque chose.
13:43Et effectivement,
13:44une société libre,
13:46mais moi,
13:46je pense que c'est vraiment
13:47le but ultime
13:48de notre organisation sociale,
13:50c'est de créer
13:50des sociétés libres
13:51et des individus
13:51les plus singuliers possibles
13:52les uns que les autres.
13:53Voilà,
13:53ça,
13:53c'est mon point de départ.
13:55Une société libre
13:56n'est pas forcément
13:56une société heureuse.
13:59Une société qui accepte
14:00une liberté d'expression
14:01très extensive,
14:02par exemple,
14:03c'est une société
14:03où on est constamment
14:04confronté à des choses
14:05extrêmement pénibles.
14:06C'est beaucoup plus facile,
14:07en fait,
14:07de vivre en régime totalitaire.
14:09On se pose moins de questions.
14:10Et bien voilà.
14:11Et aujourd'hui,
14:12quand vous dites,
14:12oui, mais le confort,
14:13le confort,
14:14c'est parce qu'on accepte
14:15une forme,
14:15comme disait Tocqueville,
14:16de despotisme démocratique,
14:17alors qu'il n'est plus
14:19le fait d'un gouvernement,
14:21mais encore plus insidieux
14:21au fond de nous-mêmes
14:22par la collection des datas.
14:23On se dit,
14:24le confort est tellement agréable
14:25et c'était vraiment
14:26tout l'objet de ce livre.
14:28Dans un raisonnement
14:29purement utilitariste,
14:30je m'abandonne,
14:31je me laisse glisser.
14:32Mais à la fin,
14:33vous avez vraiment perdu
14:34ce qui fait l'intérêt
14:34de vivre au fond.
14:36Pour revenir à votre silex,
14:39je pense qu'on n'a pas toujours
14:40cherché le confort,
14:40pas du tout.
14:42Descolas,
14:43quand il décrit
14:43les différentes sociétés humaines,
14:47les différentes ontologies,
14:49il montre bien qu'en fait,
14:51ou David Greber
14:52et David Wengro aussi,
14:54toujours des anthropologues.
14:55Aujourd'hui,
14:55les anthropologues
14:55qui relisent l'histoire
14:56de l'humanité
14:57comprennent qu'en fait,
14:59par exemple,
14:59quand certaines sociétés
15:01connaissaient la domestication,
15:03admettaient que ça avait
15:04domestiqué les animaux,
15:05les apprivoisés,
15:06mais simplement,
15:07ça ne correspondait pas
15:08à leur ontologie.
15:08Alors, en technologie,
15:09c'était la chasse.
15:10La chasse,
15:11c'est plus compliqué
15:11que de domestiquer
15:12et ensuite d'abattre.
15:15Et pourtant,
15:15ils ont conservé la chasse.
15:16Ils ont dit,
15:17oui, merci,
15:17la domestication,
15:18on connaît,
15:18mais on n'en veut pas.
15:18En revanche,
15:19on veut bien vous prendre,
15:19par exemple,
15:20la scie électrique
15:21ou le moteur à explosion.
15:23C'est-à-dire,
15:23certaines technologies
15:24sont conformes
15:24à nos valeurs,
15:25je les adopte.
15:26D'autres non,
15:27je les rejette.
15:28Et c'est un peu
15:29ce travail-là
15:30de partition,
15:31on a oublié.
15:31On l'a déjà fait,
15:32le clonage humain.
15:33Il est possible aujourd'hui,
15:35techniquement.
15:35On l'a interdit.
15:36On a eu un petit exemple
15:37aussi, juste avant.
15:38On l'a interdit.
15:38Les gaz CFC,
15:40on les a interdits
15:41pour ne pas défoncer
15:41le trou de la couche d'ozone.
15:42C'était plutôt une bonne idée.
15:44Donc, je veux dire,
15:44ce n'est pas être régressif
15:47que de refuser
15:47certaines technologies.
15:49C'est faire le tri
15:50en fonction de valeurs
15:51qui sont des valeurs politiques
15:53et qui,
15:53si on reste dans une société
15:55libre et démocratique,
15:56devraient être l'objet
15:56d'une discussion.
15:57Aujourd'hui,
15:58il n'y a pas de discussion.
15:58Le fait qu'on invite
15:59les leaders,
16:01les tycoons,
16:03les oligopoles de la tech
16:04à la table du G7
16:06montre qu'il n'y a pas
16:07de discussion géographique,
16:08démocratique.
16:09C'est eux qui font la loi.
16:11C'est le capitalisme
16:12qui règne à ce moment-là ?
16:14Mais ce n'est pas du capitalisme,
16:15c'est du féodalisme.
16:18À une époque,
16:19je défendais la patrimonialisation
16:20des données personnelles.
16:21Il fallait mettre
16:22un droit de propriété
16:24sur les données
16:26pour retrouver un échange
16:27de marché classique
16:28avec les plateformes.
16:29De souveraineté.
16:30Plutôt de souveraineté individuelle,
16:32en tout cas.
16:33Plutôt que ce système
16:34assez pervers
16:34où, de toute façon,
16:36c'est gratuit
16:37parce que, évidemment,
16:38la plateforme se rémunère
16:39par la captation
16:40de notre cerveau.
16:42Je ne sais pas
16:42si je défendrais
16:43cette option aujourd'hui
16:43parce que je crois
16:44qu'elle est techniquement
16:45maintenant presque
16:46trop compliquée.
16:47Mais néanmoins,
16:48c'est le même raisonnement.
16:50C'est que le fait
16:50de capter comme ça
16:51de la data
16:52en échange d'un service gratuit,
16:53c'est la définition
16:54du féodalisme.
16:55Féodalisme,
16:56on donne finalement
16:57toute notre production,
16:58en l'occurrence,
16:59notre production de data
17:00en échange d'un service
17:01par le seigneur,
17:02la protection contre la guerre
17:03ou l'usage du four
17:06ou du moulin communal.
17:07Dans un régime,
17:08dans un vrai régime
17:09d'économie de marché,
17:10il n'y aurait pas
17:10trois, quatre ou cinq
17:12big tech.
17:12Il y en aurait des milliers
17:14avec énormément
17:15d'usages différenciés.
17:16Moi, je trouve ça incroyable
17:17qu'ayant certains besoins
17:20spécifiques
17:22de protection
17:23de ma vie privée,
17:24je ne trouve quasiment pas
17:25sur le marché
17:26d'outils simples à utiliser.
17:27Il y en a,
17:28mais c'est compliqué,
17:29d'outils simples à utiliser
17:30qui répondent à ma demande.
17:32Ils sont standardisés ?
17:33Parce qu'en fait,
17:35ces boîtes sont trop puissantes
17:36pour avoir encore
17:37le moindre intérêt
17:38de répondre à un consommateur.
17:40Et donc,
17:40ce que je veux dire,
17:42c'est que la logique capitaliste
17:42de marché classique,
17:43ce n'est plus du tout
17:44la logique de la tech,
17:45une logique de préhension,
17:46de pillage.
17:47Quand on vole
17:48le droit d'auteur
17:49à l'origine
17:50sur l'ordinateur,
17:51c'est bien qu'on n'est pas
17:51dans une logique
17:52justement de marché.
17:55On a dit des choses
17:56qui peuvent être inquiétantes
17:57pour certaines personnes,
17:58mais Gaspard,
17:59rassurez-nous.
18:00Est-ce que vous avez
18:01des solutions
18:01pour justement essayer
18:02de naviguer,
18:03parce qu'on ne va pas
18:03se mentir,
18:05ces personnes
18:06qui sont à l'origine
18:07de ces techs,
18:08je ne suis pas sûr
18:08qu'elles disparaissent demain,
18:10peut-être même au contraire,
18:11qu'elles auraient
18:11plus de pouvoir.
18:12Comment nous,
18:13qui sommes l'utilisateur final,
18:14vous voulez le dire,
18:15tout ce qui est gratuit,
18:16c'est que c'est,
18:17vous ne l'avez pas dit comme ça,
18:18mais c'est nous
18:19et notre attention,
18:20le produit,
18:21qu'est-ce qu'on peut faire
18:22pour se réemparer
18:23de notre liberté in fine ?
18:25D'abord,
18:26je parlais
18:26de la discipline stoïcienne.
18:27Chacun doit pouvoir
18:28s'accommoder
18:29dans son existence,
18:30se dire,
18:30voilà,
18:31je me débranche
18:32à tel moment,
18:32je n'utilise pas
18:33mon portable
18:33à tel moment,
18:34j'enlève,
18:35mais je...
18:35Il faut faire violence
18:36quand même,
18:36il faut être conscient.
18:37OK.
18:38Mais il faut avoir cette...
18:38Moi, j'ai une discipline,
18:39je ne dis pas
18:40qu'elle est facile
18:40à respecter.
18:41Par exemple,
18:42le matin,
18:42quand je commence à écrire,
18:44je débranche tout,
18:46c'est-à-dire
18:46je ne peux plus être contacté
18:47par l'extérieur,
18:47ni mail,
18:48ni téléphone.
18:49Je regarde l'Internet
18:50pour mes recherches
18:50et c'est tout.
18:52Le moment
18:53où on se met
18:54sur mode avion
18:54et où on enlève son mail,
18:57tous les matins,
18:57c'est une petite violence.
18:59Parce que c'est tellement agréable
19:00d'avoir ce flux d'informations
19:01qui vous distrait à l'infini.
19:03Et alors,
19:03les gens disent,
19:03oh oui,
19:04la taxe,
19:04c'est une rupture anthropologique.
19:05Mais que nenni !
19:06Montaigne,
19:07au XVIe siècle,
19:08raconte
19:09qu'il est très agacé
19:10parce que
19:12ces interlocuteurs
19:12parfois
19:14ouvrent
19:15les lettres
19:16qu'on leur apporte
19:17au milieu d'une conversation.
19:19Et ils parlent
19:20de notre passion
19:21avide et gourmande
19:22de nouvelles.
19:22C'est exactement
19:23la même passion
19:24avide et gourmande
19:25de nouvelles.
19:25Nous n'avons pas
19:26du tout changé.
19:27Ce qui a changé,
19:28c'est les moyens techniques
19:29de la capter,
19:30de perturber,
19:32de solliciter
19:33de plus en plus
19:33cette passion
19:35gourmande et avide.
19:36Donc,
19:36il faut avoir ce stoïcisme,
19:38c'est un peu
19:38se faire violence à soi-même.
19:39Il faut créer aussi
19:40des espaces sanctuaires.
19:42J'emprunte ce terme
19:43à Abel Quentin
19:43qui a publié un livre
19:44très,
19:45un pamphlet,
19:45très vigoureux,
19:47très radical
19:47contre l'IA générative
19:49en tant qu'auteur aussi
19:50et qui dit
19:51voilà,
19:51il faut créer
19:52des espaces
19:52où on s'engage
19:54à ne pas utiliser
19:55l'IA générative
19:57en particulier,
19:58c'est-à-dire
19:58l'IA générative
19:59grand public
19:59avec les grands modèles
20:00de langage.
20:01Ça peut être
20:02des écoles sanctuaires,
20:03ça peut être
20:03des livres sanctuaires,
20:04ça peut être
20:04des films sanctuaires,
20:05ça peut être
20:05des musiques sanctuaires,
20:06ça peut être
20:07pourquoi pas
20:07des villages sanctuaires
20:08ou des quartiers sanctuaires
20:09ou des appartements sanctuaires
20:10ou une chambre sanctuaire
20:11chez vous,
20:12mais je pense
20:13qu'il faut avoir
20:13ces espaces
20:14que ce soit dans sa tête
20:15ou même physiquement
20:16où on sait s'extirper
20:18de cet univers
20:19de la sollicitation permanente
20:20et regagner un peu
20:21son cerveau.
20:23Et ensuite,
20:23en termes de politique publique,
20:25moi je ne suis pas
20:25pour le bannissement,
20:28l'interdiction,
20:28tout ça ne marche pas,
20:29mais je suis pour rétablir
20:30des logiques libérales
20:31classiques
20:32de protection
20:32du droit d'auteur,
20:34de droit de la concurrence
20:36aussi,
20:36s'il faut démanteler
20:38des plateformes
20:38parce qu'elles sont
20:38illogopolistiques,
20:39mais c'est ce qu'on avait fait
20:40avec les big oil
20:42il y a un siècle
20:43aux Etats-Unis.
20:46donc je pense
20:47qu'il y a aujourd'hui,
20:48Elon Musk a une fortune
20:49qui dépasse sa fortune
20:50de Rockefeller
20:51il y a un siècle.
20:52Donc nous avons
20:53les moyens intellectuels,
20:55législatifs
20:55d'agir,
20:57non pas contre la tech,
20:58mais pour la soumettre
20:59à nos valeurs
21:01classiques,
21:02libérales,
21:02pour retrouver
21:03des sociétés dignes.
21:05Et puis je dirais
21:06que de toute façon,
21:09moi je pense
21:10que l'effondrement
21:11énergétique probable
21:12va de toute façon
21:13calmer totalement
21:14les ardeurs.
21:16Parce que quand il faudra
21:17prioritiser le fait
21:18d'avoir de l'eau
21:20ou de l'alimentation
21:22au fait
21:23de pouvoir créer
21:24des nouveaux
21:25émoticônes
21:25avec le LGBT,
21:26je pense que les gens
21:27vont très vite retrouver
21:28le sens des besoins
21:29essentiels.
21:30Et que si on part tant
21:31dans la gadgetisation
21:32de la vie,
21:33c'est aussi parce qu'on
21:33est déconnecté
21:34de notre milieu
21:35et de nos besoins
21:35essentiels.
21:37On va terminer là-dessus.
21:38Moi j'ai cette dernière
21:39question vous concernant
21:40Gaspard.
21:40Est-ce que vous avez
21:41l'impression auprès
21:41de la société
21:43que vous êtes un ovni
21:44sur ces questions
21:45ou est-ce qu'au contraire
21:46les gens ont envie
21:48d'en parler
21:49mais clairement
21:50ce n'est pas assez populaire
21:51dans les grands médias
21:52par exemple ?
21:52Mais vous savez,
21:53je pense qu'il y a
21:54une très forte différence
21:56entre l'adoption
21:57et l'acceptation.
21:59Quand je me trouve
22:00dans un...
22:00Là j'ai fait
22:01deux mois et demi
22:01de promo pour un livre,
22:02j'étais dans un train
22:03tous les jours.
22:04J'ai peur,
22:05j'ai l'impression
22:05d'être avec des zombies
22:07qui sont tous
22:07qui scrollent
22:08pendant des heures.
22:09Téléphone.
22:10Des vidéos,
22:11vous voyez le truc.
22:13Ils sortent de là
22:13à bout de trois heures
22:14donc évidemment
22:14plus personne n'achète
22:15deux livres,
22:15les librairies ferment
22:16les unes après les autres.
22:17Ce n'est quand même
22:18pas la société
22:19dont on a rêvé.
22:19Ce n'est pas la société
22:20qu'on a voulu construire
22:21avec toute notre culture,
22:22avec toute notre civilisation,
22:23avec toute notre éducation.
22:25Il y a un problème
22:25maintenant
22:26de désalphabétisation.
22:28C'est le terme
22:29à la mode aux Etats-Unis,
22:30c'est la société illiterate.
22:32Qu'est-ce qu'on fait
22:32avec une société
22:33qui redevient illiterate ?
22:35Là, c'est vraiment
22:35quand même
22:35une régression très forte.
22:38J'étais d'ailleurs au point
22:39où je me suis renseigné
22:40sur les brouilleurs d'ondes.
22:42Je me suis dit
22:43je vais mettre
22:43un brouilleur d'ondes.
22:44C'est assez petit,
22:46ça a une autonomie
22:47de trois heures
22:48et un range
22:48de 15 mètres.
22:49Je me suis dit
22:50je mets un brouilleur d'ondes
22:51dans mon sac
22:51quand je prends le train.
22:53Quand je monte,
22:54tac,
22:55je me décelage.
22:55C'est solida
22:57et je ne suis pas sûr
22:57que ce soit légal
22:58tout ça, Gaspard.
22:59Alors voilà,
22:59c'est ça le problème,
23:00c'est que non seulement
23:01c'est illégal,
23:01mais c'est quasiment considéré
23:02comme un acte terroriste.
23:04Donc j'avoue
23:05que j'ai renoncé.
23:06C'est une vraie question.
23:08Est-ce que ce serait presque
23:09moral que de forcer
23:10la discipline
23:11à ces gens-là ?
23:12J'aimerais bien voir
23:13ce qui se passe en tout cas.
23:14Ça m'amuserait.
23:15Si on enlève le téléphone
23:17et moi le premier,
23:18enlevez le moi
23:19pour rentrer tout à l'heure,
23:20je le connais le chemin.
23:21Mais ne pas avoir ma musique
23:22et ne pas catch up
23:23sur tout ce que j'ai loupé.
23:24Regardez dans un avion de train
23:25par exemple,
23:25ça serait très intéressant
23:26de faire cette expérience
23:27de manière un peu plus cadrée
23:28et de voir que tout d'un coup
23:29les gens se remettent à se parler
23:30et finalement on passe
23:31un très bon voyage.
23:32Et c'est peut-être
23:33cette expérience
23:34qui remettrait le débat là-dessus.
23:36Juste, j'en reviens
23:36parce que je pense que les mêmes...
23:37En fait, maintenant,
23:38ma conclusion,
23:38c'est que les mêmes gens
23:39dans le train
23:40qui ont donc un taux d'adoption
23:41de la technologie très forte
23:43ont un taux d'acceptation
23:45très faible
23:46et que si on leur posait
23:47la question politiquement,
23:49démocratiquement,
23:51en fait,
23:51leur moi de citoyen
23:53viendrait s'opposer
23:54au moi du consommateur.
23:56Un peu comme Ulysse demande
23:57à ce qu'on l'attache sur un mât.
23:59Ulysse, il sait
23:59qu'il ne va pas résister
24:00au champ des sirènes.
24:01Donc il dit
24:01attachez-moi s'il vous plaît,
24:03ligotez-moi.
24:04Et je pense qu'aujourd'hui
24:05les gens disent
24:05ligotez-nous, ligotez-nous.
24:08Les sondages sont absolument frappants.
24:118% des Français considèrent
24:12que l'isia générative
24:13sont une bonne chose.
24:15Je ne sais plus
24:16si c'est 55 ou 60%
24:18considèrent qu'elle doit être régulée
24:19selon des motifs éthiques,
24:20de sécurité, etc.
24:23Et les sondages aux Etats-Unis
24:24aussi montrent
24:25que c'est très intéressant
24:26qu'on dit aux jeunes gens
24:27est-ce que vous seriez
24:28prêt à payer ou être payé
24:30pour abandonner les réseaux sociaux ?
24:31Et là, il faut être payé.
24:33Donc, je ne sais pas,
24:3320 dollars.
24:34Vous payez 20 dollars par mois
24:35et j'abandonne les réseaux sociaux
24:36ou 25.
24:38En revanche,
24:38si on leur pose la question
24:39est-ce que vous êtes prêt
24:40à abandonner les réseaux sociaux
24:41si tous les autres
24:42les abandonnent ?
24:43Alors là,
24:43ils sont prêts à payer.
24:46Et c'est ça,
24:46le ligoté-moi.
24:49Le faire tout seul,
24:50c'est très dur.
24:51Mais en revanche,
24:52le faire ensemble,
24:53après une discussion démocratique,
24:56ça, c'est vertueux.
24:58En tout cas,
24:58ça se discute.
25:00C'est des questions
25:00qui devraient être posées
25:01dans l'espace public.
25:02Et je remarque
25:02que les partis politiques
25:04s'embringuent dans les trucs d'IA.
25:05Alors maintenant,
25:05pour être moderne,
25:06ils disent,
25:06je vais financer l'IA.
25:07Ils sont tous venus vous dire ça,
25:08j'imagine,
25:09ces derniers jours.
25:11Mais ils sont complètement ringards.
25:12D'abord,
25:12ça fait 10 ans ou 15 ans
25:14que ça existe,
25:14le machine learning.
25:15Et aujourd'hui,
25:16justement,
25:16la discussion mondiale,
25:17elle a changé.
25:18Elle est critique.
25:19Eric Schmidt,
25:19quand il s'adresse aux étudiants
25:21de l'université,
25:22je crois,
25:22du Texas,
25:23dans les cérémonies de graduation
25:24et qu'il leur parle de l'IA,
25:26il fait des petits discours
25:27habituels sur l'IA,
25:28il se fait siffler.
25:29Il faut voir sa tête.
25:32Je pense que la conversation
25:34est en train de changer.
25:35Et que quand l'humanité
25:36fait des erreurs,
25:37elle se corrige.
25:39C'est pour ça
25:39que j'ai l'impression
25:40d'être plutôt
25:40une avant-garde
25:41qu'une arrière-garde.
25:44Gaspard,
25:44merci d'éveiller nos consciences.
25:46Je ne sais pas
25:47si je peux résumer comme ça,
25:48mais j'ai quand même
25:49le sentiment
25:49qu'on plante des graines
25:50et que c'est aussi
25:51notre rôle,
25:52tous ici,
25:53d'aller en parler
25:54autour de nous,
25:55d'y penser
25:56et potentiellement
25:57de se faire violence.
25:58Ça, je le retiens.
26:00Le confort a un coût.
26:01La liberté aussi,
26:02au final.
26:03Donc voilà,
26:04je m'adresse
26:04à tout le monde ici.
26:05Soyez bien conscients
26:06et je sais qu'il y a
26:07des entrepreneurs
26:08et des créateurs.
26:09Si vous développez
26:10des tech,
26:11faites-le
26:12avec une bonne conscience
26:13pour être utile
26:14et faire du bien
26:15à la société.
26:16Et c'est là-dessus
26:17que je remercie
26:18sous un tonnerre
26:19d'applaudissements.
26:20Gaspard.
26:24Merci.
26:24Sous-titrage Société Radio-Canada
26:25Sous-titrage Société Radio-Canada
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