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  • 6 hours ago
Pendant longtemps, nos imaginaires amoureux ont été façonnés par les romans, les films ou les comédies romantiques. Aujourd'hui, les applications de rencontre, les réseaux sociaux et l'intelligence artificielle participent à leur tour à la manière dont nous nous rencontrons, nous séduisons, nous désirons et construisons nos relations. Faut-il s'en inquiéter ? Pas forcément. À travers une réflexion aussi éclairante que décomplexée, Maïa Mazaurette explore la façon dont la technologie transforme nos vies amoureuses, et ce que ces nouveaux outils révèlent de nos désirs les plus humains.

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00:04Transcription by ESO. Translation by —
00:17Maïa, who arrives ?
00:19A little applause, please.
00:24Maïa, is your good profile here ?
00:27Je pense que c'est parfait, effectivement. Je sais pas si j'ai un meilleur profil.
00:30Je note en tout cas que toi, t'es sur une petite tablette
00:33et que moi, je suis arrivée à VivaTech avec mon carnet.
00:37Très analogique.
00:39VivaTech, technologie...
00:39Mais on va parler d'amour quand même.
00:43Bon, merci d'être avec nous.
00:45J'ai une première question qui est toute simple.
00:47Tu vois, quand on pense à l'amour,
00:49moi, j'ai l'impression que c'est quelque chose qu'on peut pas expliquer.
00:51C'est spontané.
00:52D'ailleurs, justement, c'est dur de le comprendre,
00:54par exemple, le comportement de chacun.
00:56Et j'ai le sentiment que ce qu'on peut pas théoriser,
00:59on peut peut-être pas l'apprendre par moments.
01:01Est-ce que l'amour, ça s'apprend ?
01:03Aimer ou être aimé, d'ailleurs ?
01:06Alors, c'est intéressant comme question,
01:08surtout juste après les premières épreuves du bac,
01:11parce que ça, c'est une vraie question de philo.
01:13En fait, l'amour, est-ce que c'est naturel ou est-ce que c'est culturel ?
01:16Évidemment que ça fait des siècles qu'on se pose la question.
01:20On sait effectivement qu'il y a une partie naturelle,
01:23il y a quelque chose qui se passe dans notre cerveau quand on tombe amoureux.
01:26On sait qu'il y a même des scientifiques qui l'ont comparé
01:28avec des drogues parfaitement illégales.
01:31Mais la manière dont on exprime cet amour
01:34va bien sûr dépendre de plein de codes culturels.
01:38Aujourd'hui, il y a des historiens des sensibilités,
01:41il y a des historiens qui ont recensé toutes les émotions à travers les millénaires.
01:44Et on sait que ça change.
01:46Alors, peut-être qu'il y a quelques siècles, en France,
01:48ça aurait été l'influence de l'Église,
01:51puis peut-être l'influence des libertins
01:52qui auraient influé sur la manière dont on s'aime.
01:55Et puis, plus récemment, on a quand même eu un grand bouleversement avec Hollywood,
01:59qui finalement a créé des codes qui sont partagés dans plein de pays occidentaux.
02:03Par exemple, on peut penser au fameux baiser
02:06où un homme embrasse une femme en la renversant en arrière.
02:09Ça, c'est vraiment très... autant on emporte le vent,
02:11mais ça n'existait pas particulièrement avant.
02:14Finalement, pourquoi se casser le dos
02:16et se faire un torticolis pour s'embrasser ?
02:18Et puis, évidemment, plus récemment, avec le numérique,
02:20on a encore d'autres normes qui sont venues se rajouter à tout ça.
02:24Et on peut penser, alors évidemment, à la culture du swipe.
02:28On peut penser à la manière dont les caméras
02:30qui sont parfois autour des matchs de foot
02:33et qui vont filmer dans le public certaines personnes
02:35et qu'il va y avoir à ce moment-là une déclaration,
02:37à ce moment-là une demande en mariage,
02:38ça, c'est complètement lié au fait de passer à la télévision
02:42et de pouvoir ensuite repartager sur les réseaux sociaux.
02:44C'est de la mise en scène ?
02:45Exactement, la mise en scène de soi.
02:47Et puis, encore plus récemment,
02:48on peut parler de certaines trends TikTok
02:50comme le fait de faire des blagues à son conjoint,
02:53les fameuses tranks.
02:54Ça aussi, c'est des nouveaux codes.
02:55Donc, ça change, ça se réinvente.
02:58Tant mieux, d'ailleurs,
02:58parce que ça permet de montrer que l'amour,
03:00c'est aussi un terrain de réinvention constante
03:02dans lequel, vous, moi,
03:04on va pouvoir rajouter notre petit pierre à l'édifice
03:06et faire grandir une espèce de culture amoureuse.
03:09C'est drôle parce que j'essaie de...
03:11On va faire un petit jump en arrière.
03:13Ok.
03:14On jump back.
03:1520 ans avant.
03:162006.
03:17Pleine coupe du monde, d'ailleurs.
03:18Quel hasard.
03:19Non, question toute simple.
03:21Comment on séduisait,
03:22comment on exprimait notre amour à l'époque ?
03:24Sachant qu'il n'y avait pas les réseaux sociaux.
03:26Facebook, c'est 2012, il me semble.
03:29Je ne sais pas si tu avais déjà un beau visu là-dessus,
03:31mais toi, tu en penses quoi ?
03:32Si, si, si.
03:33J'étais dessus, évidemment.
03:34Non, c'est sûr qu'on ne peut pas ignorer
03:36dans les domaines que je traite,
03:37donc vraiment le genre, la sexualité
03:39et puis les questions comme ça liées à l'amour,
03:41on ne peut pas ignorer ce qu'a fait l'irruption
03:44du smartphone dans nos vies.
03:45Pour moi, vraiment, 2007, c'est un énorme tournant
03:48et c'est peut-être le moment où il se passe un truc très spécial
03:52qui est la communication constante
03:54avec les personnes qu'on aime,
03:56à la fois dans la manière de les rencontrer,
03:58dans la manière de se mettre en scène justement,
03:59mais aussi avec le fait de commencer ces conversations non-stop,
04:03où il n'y a plus de décrochage,
04:05où la personne part au travail, elle part en vacances
04:07et on se parle un peu moins.
04:09Et moi, j'ai connu finalement ça quand j'étais plus jeune.
04:13Alors moi, pour ma première histoire d'amour,
04:15j'étais encore au pager.
04:16Donc il y avait le tam-tam où il fallait appeler une opératrice
04:20pour dire son message d'amour, qu'elle allait retaper
04:23pour envoyer sur le tam-tam de quelqu'un d'autre.
04:25Donc c'était assez embarrassant.
04:28Et là, pour moi, ce qui change à ce moment-là,
04:30c'est vraiment le fait de ne plus vraiment connaître la séparation
04:34avec l'autre, tout en sachant que dans l'amour,
04:36il y a un truc qui est très intéressant, c'est la frustration.
04:39Et on sait qu'au moment où il y a de la frustration,
04:41au moment où il y a de l'absence,
04:44évidemment, il se passe quelque chose qu'on subit
04:45et qui, des fois, va être terriblement douloureux.
04:48Mais dans ce qu'on subit,
04:49il y a aussi une capacité d'action qui est extraordinaire
04:51parce que quand l'autre n'est pas là et quand on ne peut pas lui parler,
04:54on commence à se raconter des histoires.
04:56Et les histoires, les mythologies personnelles,
04:58c'est évidemment hyper puissant.
05:00Et quand on commence à se raconter une histoire sur quelqu'un,
05:02alors là, d'un coup, le sentiment amoureux se cristallise,
05:05comme aurait dit Stendhal,
05:07prend une ampleur extraordinaire
05:10et ça...
05:11Alors, je ne sais pas si on le perd,
05:13mais en tout cas, on a un petit peu moins de place aujourd'hui
05:16et peut-être qu'on le réinvente autrement.
05:17Moi, je suis assez techno-optimiste,
05:19donc je ne vais pas dire du mal de la technologie ici.
05:21Aussi parce que j'aimerais pouvoir quitter les lieux en un seul morceau.
05:26T'inquiète, personne ne te protégerait.
05:28Non, attends, vraie question.
05:32Comment dire ?
05:32Avec la technologie, est-ce que tu trouves...
05:35Par exemple, attends, je vais te donner un exemple très concret.
05:37Ghoster.
05:38Est-ce que tu es en train de dire que ghoster ton conjoint ou ta conjointe,
05:41ça pourrait être bénéfique pour votre relation ?
05:45Alors, généralement, quand on emploie le mot ghoster,
05:47c'est pour mettre fin à une relation.
05:49C'est ne pas répondre.
05:51Mais il y a beaucoup de gens qui ne répondent pas
05:53et qui choisissent de répondre plus tard.
05:55Alors, peut-être qu'on invente dans ce cas-là un nouveau néologisme
05:58et on parle de micro-ghosting dans la journée.
06:00On peut faire un truc comme ça.
06:01Ça s'appelle bouder aussi, quelque part.
06:03Mais oui, mais en soi, prendre un petit peu de distance
06:05peut raviver la flamme aussi ou être un peu proche.
06:08Mais c'est vrai.
06:08On peut travailler des moments d'absence de différentes manières.
06:11C'est-à-dire qu'on peut travailler de la séparation qui permet de se manquer.
06:16Moi, par exemple, j'ai un conjoint qui vit la moitié de l'année aux États-Unis.
06:20Donc, je sais que c'est un truc assez efficace pour maintenir un couple
06:23où l'autre va charrier une part de mystère,
06:26où on ne sait pas ce qu'il a fait dans la journée.
06:27C'est un peu intéressant.
06:29Et puis même, nous, en solo,
06:30on peut aussi cultiver des moments de déconnexion
06:33où, à ce moment-là, dans la forme d'ennui qui va s'installer,
06:37déconnexion, c'est-à-dire également, bien sûr,
06:39pas de télé, pas de musique, éventuellement même pas être en train de lire un livre.
06:43On sait qu'à cet endroit-là peut naître un rappel du corps
06:49et le corps, il va être lié au désir assez rapidement,
06:52qui fait que moi, souvent, quand les personnes me disent
06:56qu'elles ont des problèmes de désir, que la libido est plus là,
06:58je leur propose, par exemple, de commencer par s'ennuyer pendant une demi-heure.
07:01Et à ce moment-là, en fait, le corps se rappelle à nous-mêmes qu'on le veuille ou non.
07:04Donc voilà, donc se couper de l'autre et puis peut-être aussi se couper de loisirs omniprésents
07:09qui nous interrompent à tout bout de champ.
07:11Et s'ennuyer un peu, c'est cool aussi.
07:13Mais s'ennuyer, c'est super, en fait, bien sûr.
07:15Je veux bien parler de la confiance.
07:17J'ai l'impression que la technologie a réinventé les codes de la confiance
07:21qu'on entretient avec nos potes.
07:23Tu vois, on parlait de ghosting, on peut aller plus loin.
07:25Il y a des puces, on ne va pas donner de marque ou quoi,
07:28mais maintenant, on peut traquer son ou sa conjointe.
07:31C'est quoi ton avis là-dessus ?
07:33Est-ce que ça engendre aussi une perte de confiance en soi,
07:38de ne plus avoir confiance avec ses outils dans son ou sa partenaire ?
07:43Alors, il y a une grande question, c'est de savoir si la confiance est conditionnelle ou pas.
07:48Est-ce qu'on peut dire qu'à un moment, on la mérite et puis on peut aller vivre sa
07:51vie
07:52et tout ira bien et on peut aussi se demander à quel point, effectivement,
07:57ces formes de surveillance que tu décris avec le fait de partager, par exemple,
08:01sa localisation en permanence avec la personne avec qui on vit,
08:05ou même d'ailleurs avec ses parents ou avec ses amis,
08:09est-ce qu'on ne rentre pas, à ce moment-là, dans des logiques de surveillance ?
08:12Il y a une question principale à se poser, c'est est-ce que ça va dans les deux sens
08:15?
08:16S'il y a un seul des deux partenaires qui contrôle l'autre,
08:19assez rapidement, ça devient problématique.
08:21Et on sait aujourd'hui, dans les luttes féministes notamment,
08:24qu'il y a un outil qui a été mis en place qui s'appelle le violentomètre,
08:28où c'est une espèce de grille d'échelle qui va du vert au rouge,
08:32avec des comportements de plus en plus problématiques,
08:35qui vont évidemment jusqu'aux violences physiques.
08:39Et au milieu, dans la zone orange, il commence à y avoir les choses qui sont liées au contrôle,
08:42c'est-à-dire quand on a, alors c'est généralement un homme qui va dire
08:47« Ah non, tu ne peux pas sortir avec des chaussures comme ça,
08:50ah non, tu ne mets pas de maquillage, tu ne vas pas fréquenter de telle amie,
08:54je ne supporte pas, je viens de chercher à la sortie de ton travail pour vérifier qui tu fréquentes. »
08:58J'exige d'avoir le code de ton téléphone portable,
09:01ou de pouvoir regarder avec qui tu discutes sur Instagram.
09:04À ce moment-là, on est déjà sur quelque chose dont on sait aujourd'hui
09:07que ça peut devenir un moment de la violence en va l'autre.
09:11Ce n'est pas obligatoire que ça devienne,
09:13mais ce qui est sûr, c'est que quand on commence avec le contrôle,
09:16en fait, assez rapidement, on n'arrive plus à mettre des barrières.
09:20Donc j'aurais tendance à dire qu'il ne faut jamais partager sa géolocalisation avec l'autre.
09:26Prenez conseil, je pense. Tu parles du genre, je suis un petit peu obligé de rentrer dedans.
09:31La technologie, c'est juste une expression de nos failles humaines.
09:34C'est-à-dire qu'en fait, en 2006, moi, j'y pensais, j'avais un forfait avec SMS limité.
09:40Donc je n'étais pas capable d'envoyer, comme aujourd'hui, beaucoup de textos.
09:43Je me pose la question, on parle des hommes, et j'en suis un.
09:46Est-ce qu'en 2006, on harcelait déjà ? Est-ce qu'on essaie de faire…
09:51Je ne dis pas « on », je parle des dérives du genre masculin ?
09:56Est-ce qu'il y avait déjà cette forme de contrôle ?
09:58Est-ce qu'au final, la tech, aujourd'hui, ce n'est pas juste un autre moyen pour ces gens
10:02-là d'exercer leur contrôle ?
10:03Alors, c'est évidemment un autre moyen d'exercer un contrôle qui existait déjà,
10:07qui prenait des formes entièrement différentes.
10:09Je donne un exemple, c'est les applications de rencontres.
10:13Bien sûr, les applications, elles nous frustrent, parce qu'il y a énormément de choix,
10:17parce que ça ne marche pas tout le temps, parce qu'on ne va pas forcément faire des bonnes rencontres,
10:19parce que ça ne correspond pas forcément à nos attentes.
10:21Mais pour les femmes, notamment, ce qu'on a appelé la privatisation de la rencontre,
10:26c'est-à-dire que maintenant, elle fait partie de notre vie privée,
10:28a permis d'échapper à plein de logiques de surveillance qui existaient,
10:31parce que quand on rencontrait son futur conjoint à l'église,
10:35ou au bal du village, ou dans des cercles associatifs,
10:39ou même au bar à côté de chez soi,
10:42mine de rien, il y avait une surveillance des parents, des amis,
10:45avec peut-être parfois des questions qui étaient posées le lendemain.
10:48Alors, ça s'est passé comment ? T'es rentré avec qui ?
10:50On sait qu'en tant que femme, on peut vite avoir une réputation,
10:53et que si jamais on passe la nuit avec quelqu'un,
10:56ça ne va pas forcément être la réputation la plus reluisante encore aujourd'hui.
10:59Donc, les formes de contrôle, elles existaient déjà avant.
11:03Ce qu'on appelle le « slut shaming »,
11:04c'est-à-dire la culpabilisation des femmes peu vertueuses,
11:08on va appeler ça comme ça, il n'y a pas de mineurs dans la salle, non, tout va bien.
11:12Voilà, la culpabilisation des femmes de petites vertues, on va dire ça comme ça.
11:15Ça existait déjà avant, mais ce que changent les réseaux sociaux,
11:18c'est bien sûr l'ampleur que ça prend et le fait que ça ne s'arrête pas.
11:22C'est-à-dire qu'on rentre à la maison, et si le harcèlement est en ligne, il va continuer.
11:26On va voir les notifications qui vont advenir tout le temps.
11:29Et souvent, on entend qu'il suffit de se déconnecter des réseaux sociaux
11:32pour que ça arrête de nous blesser.
11:35Mais on sait aujourd'hui que le cerveau ne fonctionne pas vraiment comme ça,
11:38et qu'on va suivre cette violence à plein.
11:42Donc voilà, l'époque est violente,
11:46parce que la violence a plus de moyens de s'exprimer,
11:48mais au niveau des affects, je pense qu'il n'y a pas de grande différence
11:51avec ce qui se pratiquait avant.
11:53Dans un grand monde d'extrêmes en ce moment,
11:56je crois que la solution n'est pas miracle, c'est de l'éducation,
11:58dis-moi si je me trompe, et de la pédagogie.
12:00Bien sûr, bien sûr, bien sûr. De la même manière qu'il faut s'informer
12:05sur la manière dont on peut sortir de ces bulles informationnelles,
12:08faire de l'information aux médias.
12:10Il va falloir apprendre à maîtriser notre consommation des téléphones,
12:15pas être accro, pas soigner indéfiniment.
12:17Et puis, bien sûr, ça se double dans le cas qui nous intéresse ici,
12:20d'une éducation à toutes les discriminations qu'on peut subir,
12:24que ce soit les discriminations de genre, les discriminations sexistes,
12:27mais aussi, bien sûr, toutes celles qui vont toucher aux LGBTphobies,
12:31et au racisme et à la grossophobie.
12:33Dans ce cas-là, on peut faire la grande liste.
12:36La liste est longue.
12:36Exactement.
12:37Ce qui est sûr, c'est que de toute façon,
12:38on ne s'en tirera pas sans éducation jamais sur aucun thème.
12:43Et merci de parler de ça en prime time à la télé.
12:46Je crois que c'est assez rare pour le souligner.
12:49On va rentrer dans le côté un peu ludique.
12:51On va parler des petits conseils.
12:53Ça ressemble à quoi, aujourd'hui, l'expression de l'amour et du désir ?
12:58Allez, je te laisse nous donner, parce qu'on va être honnêtes.
13:03Il y a des gens qui ont des choses qui leur viennent dans leur tête
13:05et ils n'oseraient pas le dire.
13:06Donc on va être les pieds dans le plat.
13:08C'est quoi les nouvelles formes de kiff perso ?
13:11Pour en parler juste de ça, par exemple.
13:13D'accord.
13:14En fait, ça va toucher toutes les étapes de la relation.
13:18On pourrait commencer par le tout début,
13:19qui est la manière dont on se montre aux autres.
13:21Les réseaux sociaux, et aujourd'hui une forme de durcissement des identités de genre,
13:29font que le rapport des femmes à leur propre corps,
13:31le rapport des hommes à leur propre corps,
13:34s'est énormément transformé et continue de se transformer aujourd'hui.
13:37Ça peut d'ailleurs avoir des conséquences positives.
13:41Je pense notamment au fait qu'avec le « looks maxi »,
13:45c'est la manière dont les hommes vont réussir à se mettre en scène,
13:50se transformer, y compris au niveau de l'ossature,
13:53pour devenir plus désirables,
13:55ou en tout cas ce qu'ils estiment être plus désirables.
13:57On a quand même des hommes qui s'emparent de techniques de production du désir,
14:01qui sont traditionnellement complètement féminines.
14:05Et moi, en tant que femme hétérosexuelle,
14:08je trouve ça super de voir que les hommes font attention à eux,
14:11qu'ils se demandent comment ils seront perçus,
14:13qu'ils se demandent comment ils seront désirés,
14:15qu'ils se demandent s'ils se sentent bon.
14:16Je trouve ça absolument génial.
14:17Ça c'est pour la première étape, celle de la séduction.
14:19Donc on a une forme de rattrapage des hommes,
14:22de normes féminines,
14:23et finalement, en créant plus de désirs,
14:26est-ce qu'on ne créera pas plus de relations,
14:28pas plus de rencontres.
14:30Souvent, on parle de ces sujets-là de manière extrêmement négative,
14:32mais je pense que ça peut aussi être très positif à terme.
14:37Ensuite, il y a la manière, évidemment, dont on va séduire.
14:40Aujourd'hui, on sait que la moitié des couples qui se forment
14:43se sont rencontrés via les applications de rencontres.
14:47C'est bien ?
14:48Ça date de quand, les apps ?
14:50Oh là là !
14:51Alors, ça date des années 90 déjà.
14:54Oui, en fait, il y a des meetings.
14:55Il y avait, voilà, exactement.
14:57Et puis OKCupid, aussi, pour les personnes
14:59qui étaient un peu plus alternatives, bien sûr.
15:01Et puis, en fait, avant ça, il y avait même les channels IRC.
15:07C'est-à-dire pas forcément des endroits qui étaient faits pour ça,
15:09mais des endroits où on allait quand même
15:11réussir à trouver des conjoints.
15:12Moi, mon tout premier petit ami,
15:13je l'ai rencontré sur Minitel.
15:15Et c'est une vraie histoire, par exemple.
15:17Tu ne te rajeunis pas en disant ça, Maya.
15:20Je ne suis pas très jeune, en fait.
15:22Alors ça, c'est pour la rencontre elle-même.
15:25Voilà, avec tout ce que ça offre de possibilités,
15:28et aussi avec, évidemment, tout ce que ça offre comme frustration,
15:31on est d'accord qu'il existe aujourd'hui une dating fatigue.
15:34Et puis ensuite, quand on commence à se mettre en couple,
15:38là, il va y avoir la manière dont on va aussi rendre public ce couple.
15:42Au début de Facebook, quand il s'agissait de changer son statut de relation
15:46en disant, voilà, on est en relation avec quelqu'un,
15:49et puis après on est fiancé, on est marié,
15:51et puis le moment où on annonce sa séparation sur Facebook,
15:53c'était des énormes dramas.
15:56Et peut-être qu'aujourd'hui, avec les influenceurs,
15:58il y a une autre version de ça,
16:00qui est que le conjoint dans le couple va faire partie de son image de marque.
16:04C'est-à-dire qu'on va avoir quelqu'un qui va soit se retrouver derrière la caméra,
16:09à nous poursuivre partout pour faire la bonne photo,
16:11la bonne vidéo, sous le bon angle,
16:12qui va refaire ça 150 fois, qui va faire le montage à notre place.
16:16Mais on va aussi avoir des comptes qui sont dédiés à des couples d'influenceurs
16:21qui vont réussir à mutualiser, finalement, une forme de capital social en travaillant ensemble.
16:28Et puis ensuite, voilà, il y a les moments où les choses vont devenir plus sexy,
16:32il y a les moments où on va se quitter.
16:34Je ne sais pas, à quel point est-ce que tu veux qu'on rentre dans les détails ?
16:36On va rentrer dans les détails.
16:38On va parler aussi de désirs juste après.
16:40Je veux juste comprendre, est-ce que tu penses que s'exposer au quotidien,
16:43est-ce que c'est quelque chose que tu recommanderais ?
16:45Je parle de ton couple, je parle de toi et d'exposer ton partenaire, ta partenaire.
16:51Je connais tes réseaux, je ne crois pas que tu l'exposes tant que ça,
16:53donc raconte-moi.
16:54Je sais que tu vas être optimiste et positive,
16:57mais est-ce qu'il n'y a pas des limites aussi à tout le temps tout montrer ?
17:01Je pense qu'on ne sera pas nécessairement toutes et tous d'accord sur la question
17:04parce qu'on n'a pas toutes et tous le même rapport à ce qu'est la vie privée.
17:09Alors effectivement, moi, je n'ai absolument jamais montré mon mari
17:13ni donné son nom sur les réseaux sociaux, alors qu'il existe, je le jure.
17:19Je sais qu'il y a des personnes, par exemple, qui ne mettent pas leurs enfants,
17:25mais qui mettent leurs conjoints. Il y a des personnes qui mentent aussi.
17:29On a l'impression que les personnes racontent énormément de leur vie
17:31et tout est évidemment filtré sous une optique de bonne humeur et de mise en scène
17:37parce qu'il y a aussi plein d'argent à gagner, de notoriété à gagner.
17:42Donc, les libertés qu'on prend, elles vont dépendre de chacun.
17:44Moi, je sais qu'en tout cas, même quand les gens déballent tout
17:47ou qu'ils ne déballent rien, j'ai tendance à ne pas juger parce que...
17:51C'est subjectif.
17:52Oui, voilà. Et parce qu'il y a aussi des formes de snobisme
17:54qui viennent s'infiltrer là-dedans, des formes de classisme aussi.
17:57On va dire, ah oui, ces personnes-là, elles en disent trop,
18:00mais peut-être qu'elles n'ont pas consommé les mêmes contenus que moi.
18:02Peut-être que c'est des personnes qui ont regardé plus de télé-réalité
18:04quand ils étaient enfants et dans ce cas-là, on n'a juste pas le même réglage.
18:07Et je ne suis pas sûre qu'il y ait un réglage qui soit juste et qui soit éthique.
18:10Je pense même que ce serait immoral que de vouloir imposer la même norme à tout le monde.
18:15Alors, je ne vais pas essayer de te demander qui est ton mari.
18:17Non, ce n'est pas le but.
18:18Non, par contre, j'aimerais comprendre pourquoi toi, tu n'en parles pas.
18:22Si c'est très subjectif et perso, à moins...
18:24Enfin, je ne sais pas si tu peux répondre, mais pourquoi toi,
18:26c'est quelque chose que tu as envie de garder pour toi, par exemple ?
18:29Alors, c'est quelque chose, effectivement, que j'ai envie de garder pour moi.
18:34Et il y a aussi, alors moi, dans les milieux que je fréquente, c'est très particulier,
18:40des logiques de couple qui fait qu'on va parfois progresser plus vite dans sa carrière
18:45parce qu'on a quelqu'un qui fait le même métier que nous.
18:48Et une fois encore, dans ce cas-là, le couple devient une forme de carte de visite.
18:52Alors, il se trouve qu'en plus, mon conjoint n'a rien à voir avec l'univers que je fréquente.
18:54Tu nous donnes des indices ou quoi, Maya ? On va se mettre à fouiller.
18:59Mais tu ne trouveras pas.
19:02Mais voilà, moi, j'ai choisi de ne pas le faire.
19:05Et par ailleurs, je lui ai demandé de temps en temps si c'était quelque chose qui le dérangeait.
19:10Et lui aurait peur de pouvoir bénéficier de ma notoriété en s'affichant comme étant mon mari.
19:15Donc, il ne préfère pas.
19:16Donc, vous évitez tous les biais, en fait ?
19:18Que les gens vous interprètent avec des biais ou vous approchent avec des biais ?
19:22Mais une fois encore, ce n'est pas une position de principe.
19:25Je veux parler de l'IA.
19:27Oui.
19:27L'IA sous toutes ses formes.
19:30Et je vais te poser une première question.
19:31On va mettre les pieds dans le plat.
19:33Aujourd'hui, on a des GPT, on a toutes sortes d'IA conversationnelles, même par la voix.
19:41J'ai l'impression qu'on est capable de remplacer et de substituer ou de recréer des émotions chez les
19:47gens,
19:48notamment les gens qui sont seuls.
19:50Tu trouves que c'est une solution positive ou tu trouves qu'au contraire, on est en train de se
19:56déshumaniser dedans ou se dénaturer ?
19:59Alors, une fois encore, je vais proposer une vision optimiste de tout ça.
20:06À mon sens, tout ce qui permet de multiplier les formes d'amour est souhaitable.
20:11Je donne un exemple qui est tiré d'un penseur qui s'appelle Paul Preciado.
20:15Lui, dans un de ses bouquins, il dit, parmi les grandes formes d'amour, il y a l'amour qu
20:19'on peut avoir pour une personne.
20:20Il y a l'amour qu'on peut avoir pour une personne de fiction ou une personnalité historique.
20:25Moi, j'ai vécu des superbes histoires d'amour avec des personnes qui n'existent pas ou qui n'existent
20:29plus, les deux.
20:31Je vois des personnages de jeux vidéo, je suis une énorme gameuse, et ça a été des relations qui étaient
20:35superbes.
20:36Et je dis relation à dessin, ce n'est pas un lapsus de ma part.
20:39Alors que c'est dans ta tête, on est bien d'accord.
20:41Alors, c'est dans ma tête et c'est sur mes enfants.
20:44Mais Paul Preciado, il rajoute les grandes histoires d'amour qu'on peut vivre avec des villes,
20:49parce qu'on peut effectivement tomber amoureux d'un paysage, d'odeurs, de parfums, d'une forme d'exotisme peut
20:56-être.
20:57Et enfin, il citait l'amour que les chiens nous portent.
21:01Alors évidemment, quand j'ai dit tout ça, je ne dis pas qu'il faut avoir de l'amour au
21:06sens humain, au sens charnel, par exemple.
21:10Ce n'est pas forcément un amour romantique tel qu'on le conçoit aujourd'hui, avec des relations sexuelles.
21:14Un mariage, deux enfants, un labrador et une Opel Vectra, c'est autre chose.
21:18Mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est que pour avoir vécu pas mal de ces formes d
21:21'amour,
21:22j'ai pu me reconnaître dans ce texte, j'ai pu reconnaître ces expériences,
21:26et je sais qu'elles ont été extrêmement constructives pour moi.
21:29Et à mon sens, l'IA, les robots, demain, assistés par l'IA,
21:35vont participer de cet élargissement des possibles de l'amour, sachant qu'on ne remplace pas, on ajoute.
21:41Et la culture, finalement, c'est comme ça qu'elle marche.
21:43Elle ne censure pas, elle se multiplie.
21:45Et j'espère qu'on pourra avoir une relation extraordinaire avec monsieur qui est ici,
21:50puis avec une IA, puis avec madame, et que notre vie comme ça s'enrichira,
21:54et que peut-être les relations avec des humains bénéficieront de ce que j'ai appris en discutant avec une
22:00IA ou un personnage de jeu vidéo.
22:02Aujourd'hui, on discute avec elle, mais tu as parlé de robots, peut-être commandés à distance,
22:06j'imagine que ça existe déjà, sur des sextoys.
22:09Ah oui, sur des sextoys, oui. On appelle ça les télédildoniques.
22:11Oui, mais nous, on n'en parle pas chez les mecs, il faut dire la vérité, donc on n'a
22:16pas toutes ces infos.
22:17Non, mais c'est fou quand même.
22:18Justement, je vais te poser la question, et je pense d'ailleurs, je ne sais pas si ça existe déjà,
22:22mais limite donc d'être capable de créer un effet de peau pour en fait se rapprocher le plus proche
22:27possible de l'humain.
22:31C'est positif ou pas encore une fois ?
22:32Et quand je dis c'est positif, c'est que j'ai bien compris que tu ne juges pas le
22:35procédé,
22:36tu checkes en fait l'émotion, ce que ça procure chez la personne, est-ce que, je reviens sur le
22:41risque,
22:42j'ai l'impression de toujours te donner l'élément négatif, je ne veux pas forcément que marteler ça,
22:48mais est-ce qu'en gros, si tu arrives à trouver un substitut, je pense à quelqu'un qui peut
22:53être victime de solitude,
22:55est-ce qu'il n'y a pas un risque qu'il s'enferme dans ça, parce qu'il n
22:58'a plus l'intérêt d'aller reconnecter avec l'humain ?
23:00Et je peux le dire dès maintenant, on en parlait en off, et moi j'ai dit à Maya, pour
23:04ma partenaire,
23:05car oui, dans l'hétérosexualité, mais passons, j'ai besoin de comprendre et de ressentir l'intérêt de mon interlocutrice.
23:13Si, bien sûr, je comprends tout à fait ce que tu veux dire, et effectivement qu'il faut pouvoir, à
23:18un moment, poser une limite,
23:20on est bien d'accord, mais c'est exactement l'information aux médias et l'information aux technologies dont on
23:25parlait tout à l'heure,
23:25c'est rien de plus que ça. Par ailleurs, avec les humains aussi, il y a des limites.
23:29On ne peut pas poursuivre quelqu'un de nos attentions, alors que la personne n'est pas d'accord,
23:33on ne peut pas insister éternellement. Donc il ne s'agit pas de rajouter sur l'IA un niveau de
23:40précaution
23:41qui serait supérieur à celui qu'on aurait pour les humains.
23:43Bien sûr qu'il y a des personnes qui aujourd'hui ne trouvent pas d'amour,
23:46bien sûr qu'il y a des personnes pour qui ça va être un substitut, et qu'il y a
23:49des risques,
23:50mais il y a aussi une possibilité, c'est que ça les sauve.
23:53La solitude, c'est aussi un danger, c'est quelque chose qui peut endommager durablement la santé,
23:59qui peut même tuer pour les cas les plus graves.
24:02Est-ce que dans ce cas-là, ce n'est pas mieux de s'enfermer plutôt que de mourir,
24:06sachant qu'à un moment ou à un autre, on vit quand même dans un monde charnel,
24:09on vit quand même dans un monde matériel, où la personne va sortir de chez elle,
24:14va peut-être un jour rencontrer quelqu'un.
24:15Et ça peut aussi être des espèces de relations tampons qui nous aident
24:19à un moment où personne n'est là.
24:21Parce que l'IA, ce qu'elle fait, en fait, c'est nous offrir une disponibilité permanente
24:26à n'importe quelle heure du jour et de la nuit.
24:28Les humains ne sont pas forcément capables de ça.
24:30Moi, je n'ai pas d'amis que je peux réveiller nécessairement à 4h du matin,
24:33aussi parce qu'ils sont en mode avion.
24:35Et des fois, j'ai besoin d'aide, bien sûr, à des heures indues.
24:39Et puis aussi, l'IA va arriver sans nous juger.
24:42Elle va nous permettre, du coup, de pouvoir trouver le vocabulaire
24:46que des fois, on n'arrive pas à trouver et on ne saurait pas se confier à un humain
24:49parce qu'on n'arrivera pas à dire des fois l'indicible.
24:53Ça peut être des violences, mais ça peut aussi être des fois des choses
24:55sur lesquelles on n'a pas de vocabulaire.
24:56Je pense notamment à toutes les utilisations qui sont faites
24:58pour remplacer les sexologues.
25:01Souvent, avant d'aller voir quelqu'un en vrai,
25:04les hommes, notamment, vont d'abord parler de leurs problèmes de tuyauterie,
25:08on va appeler ça comme ça, à une IA,
25:11parce qu'ils ne connaissent pas forcément les mots pour les dire à un médecin.
25:15Donc, ils vont pouvoir trouver un terrain d'entraînement à cet endroit-là.
25:19Et puis aussi, dans le non-jugement de l'IA...
25:22Ils n'ont pas plutôt honte aussi ?
25:24Oui, voilà. Il y a cette honte.
25:25Mais l'IA, elle va tout de suite pouvoir dire...
25:27Par exemple, moi, j'utilise Claude et Claude est assez super en sexo.
25:30Et ChatGPT est vraiment chouette aussi.
25:32Elle va pouvoir dire, voilà, ça concerne des millions d'hommes.
25:35Je crois 3 millions d'hommes en France.
25:36Donc aussi, à ce moment-là, on s'aperçoit qu'on n'est pas tout seul.
25:38Et c'est un peu un paradoxe, mais parfois, parler à une IA,
25:41c'est aussi un bon moyen de se rendre compte
25:45qu'on appartient à cette grande aventure humaine.
25:49Raconte-moi, on va terminer là-dessus.
25:52La relation 2.0, la nouvelle relation qu'on va vivre,
25:55j'ai l'impression que c'est un mix in fine
25:57entre peut-être de l'IA, de la technologie,
25:59et garder le contact humain.
26:01C'est quoi tes tips ?
26:03Comment on peut s'adapter à cette aire numérique
26:05pour en sortir le meilleur ?
26:08Être à 100% avec son partenaire,
26:10et quand il n'est pas dispo à 4h du mat',
26:12et qu'on veut quand même se faire plaisir,
26:14d'avoir accès à toutes sortes de technologies.
26:17Exactement.
26:18De toute façon, on vivra des vies hybrides.
26:20Ma première recommandation,
26:22ce serait de ne pas tomber dans une forme de nostalgie un peu stérile.
26:26De se dire que oui, effectivement, c'était mieux avant,
26:29quand on était justement en train d'aller au petit bal du village,
26:32et qu'on se rencontrait en vrai.
26:34Pour ma génération à moi, donc la génération X,
26:37on a vécu avec la génération mètre 68
26:40qui dit que tout était génial à l'époque,
26:42que tout était vachement mieux,
26:43et qu'après, tout est devenu catastrophique.
26:45Alors que quand on regarde les chiffres,
26:47quand on regarde la satisfaction des couples,
26:49la satisfaction sexuelle aussi,
26:52en fait, ça se passe si mal que ça.
26:55Tout va plutôt bien.
26:56Donc je dirais, résister à la nostalgie.
26:59Ensuite, comme on l'a dit tout à l'heure,
27:01vraiment s'informer sur ces usages,
27:03pas faire n'importe quoi,
27:05et ne pas résister à la tentation de surveiller nos partenaires.
27:09Je dirais, préserver absolument les parts de mystère.
27:12En fait, aujourd'hui, quand on s'intéresse à quelqu'un,
27:14on peut connaître énormément de choses sur sa vie.
27:17On peut savoir exactement ce que la personne écoute,
27:19ce qu'elle a regardé,
27:20avec qui elle a communiqué,
27:21quel profil elle a consulté sur les réseaux sociaux.
27:26Tout ça prend beaucoup, beaucoup de place,
27:28et je pense que c'est assez intéressant de se rappeler
27:31que non seulement on ne peut pas tout savoir de quelqu'un,
27:34mais dans une certaine mesure,
27:35on ne peut pas tout savoir de soi-même.
27:38Parce qu'il y a l'inconscient,
27:40il y a ce que parfois les rêves, la nuit, font surgir en nous.
27:43Il y a le fait que dans notre tête,
27:45la réalité psychique de la plupart d'entre nous,
27:47c'est aussi une forme de chaos avec plusieurs voix
27:49qui nous parlent dans notre tête,
27:51qu'au cours d'une vie, on va avoir des trajectoires
27:54qui vont faire qu'on va changer tout le temps,
27:55mais qu'aussi, au cours d'un mois,
27:57le cycle des femmes fait que le cerveau
27:58ne va pas complètement marcher de la même manière,
28:00et au cours d'une journée,
28:01le cycle de la testostérone chez les hommes
28:03vont faire qu'eux aussi vont avoir des humeurs.
28:07Donc vouloir connaître l'intégrité psychique de l'autre,
28:10c'est un peu un leurre,
28:12et je sais qu'aujourd'hui on vit dans une époque
28:14où la question de l'identité est majeure,
28:17et que cette identité,
28:18surtout quand elle est un peu menacée économiquement,
28:20quand elle est menacée socialement,
28:22on a tendance à la rattacher à des choses
28:24qui sont très biologiques,
28:25qui sont généralement liées au fait d'être un homme,
28:28être une femme.
28:29On voit sociologiquement, statistiquement,
28:32des jeunes hommes qui se confortent
28:34dans une identité masculine,
28:35et des filles qui sont très très filles,
28:38et qui, des fois, peuvent, post-MeToo,
28:41aussi adopter une forme de méfiance et de rejet envers les hommes.
28:43Il y a une misanderie qui se développe en parallèle de la misogynie.
28:47Là, à mon avis, il y a du lien à refaire.
28:50Ce lien, je pense que la technologie peut nous aider,
28:53très sincèrement, à le reconstruire entre nous.
28:56Oui, mais la technologie sans la pédagogie, ça ne sert à rien.
29:00Et je te lance là-dessus,
29:01parce qu'un grand merci Maya, je rigole,
29:03mais tu es quand même la personne qui nous fait parler
29:05de sujets dont on ne parlait jamais.
29:07Alors, je n'irai pas à table en famille avec nos parents,
29:10mais déjà avec nos potes, donc c'est top.
29:12J'aimerais qu'on fera une petite dernière chose.
29:15Je crois qu'on pourra te retrouver sur scène.
29:17C'est quoi la suite pour toi ?
29:18Et comment tu vas continuer de nous rassurer un petit peu plus
29:22sur l'ère du numérique ?
29:23Alors, je quitte effectivement mon travail en télévision,
29:27après six années, à parler de tous ces sujets,
29:30sur l'amour, le genre, la sexo, à heure de grande écoute,
29:33effectivement, donc ça, c'était super.
29:35Je reste au Monde.
29:37Je reprends sur scène, en spectacle, à partir de janvier,
29:41à la Nouvelle-Ève, je fais un spectacle qui s'appelle
29:42« Tendre bordel » et où on parle de manière collaborative,
29:45de fantasmes.
29:46Toutes les choses qu'on ne s'avoue pas entre amis
29:49et qu'on ne s'avoue pas forcément à nous-mêmes,
29:51on les fait advenir et on les joue sur scène.
29:54Et puis, je ne sais pas encore ce que je vais faire de mon année à venir.
29:57Je suis en recherche d'emploi puisque j'ai démissionné.
30:00Donc, si vous avez un job à me proposer, n'hésitez pas.
30:03Vous savez où me trouver.
30:03C'est pour ça que je ne voulais pas te mettre la tête à dos.
30:06Je comprends mieux.
30:07Eh bien, grand merci, Maya.
30:09Merci. On avait une petite reco, non, quand même, pour partir ?
30:12C'est vrai.
30:12Pas eu le temps de la faire.
30:13Surtout d'un point de vue…
30:15Enfin, pour essayer d'un peu mieux comprendre dans quoi on vit.
30:18Vas-y, je te laisse terminer là-dessus.
30:20Il s'agit des « Amours artificiels » d'Agnès Diar.
30:23C'est un livre qui est sorti cette année.
30:25Agnès Diar, c'est la sexperte de libération.
30:28Elle est anthropologue.
30:29Elle a énormément vécu au Japon.
30:31Elle a fait des livres sur le sexe bizarre, sur les poupées érotiques.
30:35Et son dernier livre parle de toutes les amours digitales, numériques.
30:39Alors, ça va vraiment des hologrammes aux pocket boyfriends
30:44qui font un carton en Chine et au Japon.
30:46Je vous recommande vraiment le livre.
30:48Il est superbement illustré.
30:49Et c'est vraiment intéressant de voir comment est-ce que des formes d'amour sincères
30:52peuvent naître à des endroits qui, d'habitude, sont perçus comme illégitimes.
30:56Dernier conseil.
30:57Je suis désolée, je ne quitte jamais la scène.
30:59On le prend.
30:59Ce n'est pas un expert, ce n'est pas un scientifique de vous dire
31:03ce qui est un amour légitime.
31:06Ce n'est pas quelqu'un qui peut décider à votre place.
31:08À partir du moment où vous ressentez une émission, une émotion,
31:11dans ce cas-là, elle vous appartient.
31:13Et si elle a des conséquences, si elle vous rend heureuse,
31:16si d'ailleurs elle vous rend malheureuse de temps en temps,
31:18cette émotion, elle est réelle.
31:19Donc, si vous tombez amoureux d'un personnage de jeu vidéo,
31:21d'un personnage historique ou d'une ville,
31:24ne laissez personne vous dire que ce n'est pas de l'amour
31:25parce que bien sûr que si, c'est de l'amour.
31:30Quel closing ! Un grand merci.
31:32Maya, merci pour tout.
31:34Je vous demande de la raccompagner sous des applaudissements.
31:37Merci.
31:38Applaudissements.
31:39Applaudissements.
31:39Applaudissements.
31:40...
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