00:00Avec Annalisa Capellini, nous recevons Thierry Kovil, chercheur à l'IRIS, spécialiste de l'Iran.
00:04On pourrait parler évidemment de la nécessité et de l'utilité de ces G7,
00:09mais là c'est vrai qu'on voit des résultats quand même, Thierry Kovil,
00:12avec ce protocole d'accord signé cette nuit par les présidents américains et iraniens
00:16pour tenter de mettre fin à ce conflit au Moyen-Orient.
00:20Signature à distance pour le moment, mais c'est fait.
00:22Alors on entend beaucoup dire que c'est un accord à l'avantage des Iraniens.
00:26Est-ce que vous êtes d'accord avec ça ?
00:27Pas vraiment, parce que c'est souvent dit par ceux qui ne pensent qu'avec l'Iran,
00:31il faut utiliser la manière forte, c'est-à-dire la guerre.
00:33Donc je me méfie un petit peu de ce type de propos.
00:36Ce qui est clair, c'est qu'entre les objectifs affichés par Donald Trump,
00:39rappelez-vous, le premier jour de la guerre et ce à quoi il est arrivé,
00:43ma première réaction c'était tout ça pour ça.
00:45Finalement, il revient à négocier sur le nucléaire iranien ce qu'il était en train de faire avant cette guerre,
00:49même ce qu'ils avaient fait avant les deux guerres que Israël et les États-Unis ont commencé.
00:53Donc effectivement, il n'a atteint aucun de ces objectifs.
00:55Il faut quand même lui reconnaître la capacité de voir qu'il s'était trompé
00:58et de rentrer dans des négociations sérieuses avec l'Iran.
01:01C'est ça le fait principal.
01:02Tout à l'heure, Antoine Ellard disait depuis Washington que ses détracteurs à Trump
01:06disaient qu'on était revenu à la situation d'avant-conflit,
01:09en pire, avec des fonds en plus pour l'Iran.
01:12Est-ce que c'est juste de dire ça ?
01:14Des fonds en plus, de l'argent en plus ?
01:16Oui, non mais c'est ce que je vous dis.
01:18Effectivement, il était sur une logique quand même largement, on le sait maintenant,
01:22conseillée par Netanyahou et les néo-conservateurs américains,
01:26notamment le sénateur républicain Lince Graham.
01:30L'idée, c'est qu'avec l'Iran, ils sont dans une position de faiblesse,
01:33c'est le moment de les attaquer et on va atteindre tous nos objectifs,
01:36le changement de régime, l'arrêt du programme balistique, l'arrêt du programme nucléaire.
01:39C'est une sorte de fantaisie, de fantaisie complète
01:42et je pense qu'il a compris qu'il s'était engagé, il s'était fourvoyé.
01:46Alors, il y a l'histoire de la fermeture des Trois-Dormous,
01:48là je pense qu'il n'avait vraiment pas écouté ses conseillers,
01:51donc il s'est quand même rendu compte assez rapidement qu'il était dans une impasse
01:55et effectivement, on peut toujours le critiquer sur le fait qu'il engage dans des vraies négociations éclairantes,
02:01mais je pense que c'est la bonne méthode.
02:03Il veut dire que la méthode forte n'a pas marché,
02:06donc au moins il faut le reconnaître, cette capacité à comprendre s'est trompé
02:09et il s'engage dans des vraies négociations,
02:12dans des vraies négociations, parce qu'avant il parlait de capitulation Donald Trump,
02:15dans des vraies négociations, vous donnez, vous prenez,
02:18on va voir ce qui va se passer, parce que ce n'est pas fini.
02:21Dans 60 jours, on va voir, chaque pays, chaque parti devra faire des concessions
02:25pour obtenir des avantages, ça s'appelle des négociations.
02:29Annalisa.
02:29Thierry Coville, au cours du conflit, le régime iranien a quand même souffert par moments
02:33parce qu'il était ciblé directement par les frappes.
02:35Aujourd'hui, on a l'impression qu'il s'est plutôt stabilisé.
02:38Est-ce qu'il est quand même affaibli ?
02:41Oui, alors je pense que le régime iranien, et ça se dit en Iran,
02:44mais je pense que tous les observateurs le voient,
02:46c'est qu'ils ont quand même résisté à une attaque surprise,
02:49en dehors de tout respect du droit international,
02:53par la première puissance militaire mondiale et la première puissance militaire du Moyen-Orient.
02:56Donc ils ont résisté, beaucoup mieux ce que l'on pensait,
02:59ils ne sont pas effondrés, et par certains côtés,
03:02par exemple sur le plan politique, il y a quand même une remontée d'un nationalisme en Iran.
03:07Beaucoup d'Iraniens, certains Iraniens demandaient ces attaques au début de la guerre,
03:11mais devant l'ampleur des destructions,
03:14les propos de Donald Trump quand il dit « je vais détruire la civilisation iranienne »,
03:17donc je pense qu'il y a une prise de conscience en Iran que c'est le pays qui est
03:20en jeu,
03:20c'est l'Iran, c'est pas la république islamique d'Iran.
03:22Donc je pense qu'il y a une sorte de resurgence d'une nationalisme dont le régime bénéficie.
03:26Donc de ce point de vue-là, on peut dire qu'il s'en reforce.
03:28D'un autre côté, les destructions économiques,
03:31les destructions des infrastructures sont telles,
03:33je parle de 25 000 bombes qui sont tombées sur l'Iran en deux mois,
03:37les dirigeants iraniens parlent de 300 milliards de dollars de dégâts,
03:41donc l'économie dans un état catastrophique,
03:44donc c'est difficile de parler de victoire de l'Iran,
03:47mais c'est sûr qu'ils ont beaucoup mieux résisté que certains pensaient.
03:49On parlait de ces 60 jours de négociations,
03:52il y a plusieurs dossiers sur la table, plusieurs choses à défendre.
03:55Qu'est-ce qui est le plus important en Iran ?
03:57Parce que tout le monde ne va pas avoir tout ce qu'il veut.
03:59Est-ce que c'est cette levée des sanctions ?
04:01Est-ce que c'est un accord favorable sur le nucléaire ?
04:03Est-ce que c'est ce fonds, justement, de 300 milliards débloqué pour la reconstruction ?
04:07Écoutez, c'est ça qu'aussi...
04:08Bon, c'est vrai, je vous dis tout ça pour ça,
04:11mais c'est quand même les deux points sur lesquels on négocie quand même...
04:14Il y a eu déjà des négociations sur ces sujets, si vous voulez,
04:17avant la guerre des 12 jours et avant cette guerre des 40 jours.
04:20Donc, les deux points principaux, du côté américain,
04:23ils veulent des garanties que le programme nucléaire iranien reste civil.
04:26Alors, la question des capacités d'enrichissement d'uranium de l'Iran,
04:30parce que c'est ça qui donne l'accès à la bombe atomique,
04:32du côté iranien, ils veulent, en échange,
04:34s'ils font des concessions dans ce domaine-là,
04:36avoir une levée la plus globale possible des sanctions.
04:40Il y a la question de la population civile iranienne aussi,
04:42qui a beaucoup souffert pendant le conflit.
04:44C'est encore difficile aujourd'hui d'avoir des informations précises,
04:46puisque le régime maintient une pression stricte sur les informations,
04:50sur tout ce qui sort.
04:51Quelle est aujourd'hui la situation des civils en Iran ?
04:53Alors, il commence à y avoir une réouverture d'Internet,
04:56donc on commence à avoir plus d'informations.
04:59On n'aura sans doute jamais toutes les informations sur ce qui s'est passé.
05:01On va savoir ce qui s'est passé.
05:02C'est sûr qu'il y a un mélange de...
05:05Certains Iraniens sont quand même contents,
05:06parce que ça leur donne une perspective.
05:08Là, ils étaient dans une impasse, une attaque militaire.
05:11Alors, il y a eu un réflexe nationaliste,
05:13mais l'idée, l'économie va très très mal.
05:15On parle de 2 millions de personnes qui auraient perdu leur emploi
05:17pendant ce conflit.
05:19L'inflation, les derniers chiffres, je crois que c'est carrément 80%.
05:22Les chiffres d'avril-mai en Iran,
05:26parce qu'il y a un décalage avec les mois,
05:28donc 80% d'inflation.
05:29Donc là, on rentre...
05:30Le FMI prévoit 70% d'inflation pour l'Iran en 2026.
05:33Donc la situation économique catastrophique.
05:36Beaucoup d'Iraniens n'arrivent pas à avoir assez de calories par jour.
05:40Donc il y a un peu d'optimisme.
05:43Dans le sens, on voit une sortie de crise.
05:45Je pense qu'ils attendent de voir,
05:47je pense après, si l'Iran peut vendre tout son pétrole,
05:50et ça c'est très important,
05:51avec une suspension des sanctions,
05:53d'après ce que j'ai compris,
05:54même dans le protocole d'accord.
05:56Donc l'Iran va avoir plus de rentrées de devises,
05:58donc a priori, ça devrait permettre de stabiliser le taux de change,
06:00d'avoir un déficit budgétaire moins important,
06:03ce qui veut dire moins de création monétaire et moins d'inflation.
06:05Donc ça devrait donner un petit répit à la population iranienne.
06:07Mais d'un autre côté, on en revient aux questions principales.
06:11On va voir l'accord final.
06:12S'il y a un accord final et des vrais levées des sanctions
06:15qui soient définitives,
06:16là ça peut être une excellente nouvelle pour l'économie iranienne,
06:19notamment qu'elle puisse plus s'intégrer à l'économie mondiale.
06:22On peut estimer de combien d'années
06:23elle a reculé pendant ces 40 jours,
06:25cette économie iranienne ?
06:27C'est difficile à dire,
06:28mais si vous voulez,
06:29le FMI prévoit en 2026
06:31une récession de près de 7%.
06:34Donc c'est quand même une récession de 7%,
06:36c'est énorme.
06:37Il y avait déjà une petite récession en 2025
06:40à cause déjà de la guerre.
06:42Donc il faut voir que l'Iran,
06:42l'économie iranienne,
06:43vient d'encaisser le choc externe de deux guerres.
06:47Donc il y a ça,
06:48qui a un impact sur le chômage,
06:49mais le principal problème c'est l'inflation.
06:51Déjà du fait des sanctions,
06:53il y avait quasiment 15 ans d'inflation à 40%.
06:55Donc on sait qu'on parle d'un taux de pauvreté
06:58qui atteindrait déjà 40% si ce n'est plus.
07:00Alors là vous imaginez,
07:01l'inflation passe de 40% à 80%.
07:03Donc effectivement, là il y a,
07:05on va dire,
07:06une partie de la population iranienne
07:07à la tête sous l'eau du fait de l'inflation.
07:10Merci beaucoup Thierry Coville
07:12d'être venu nous voir ce matin,
07:13chercheur avériste et spécialiste de l'Iran.
Commentaires