00:00Les leaders occidentaux sont réunis à Evian au G7, mais Annalisa Capellini, il y a un sommet similaire, parallèle, qui
00:06se passe autour de Vladimir Poutine et de l'ASEAN.
00:10Oui, ça faisait cinq ans que ce sommet n'avait pas eu lieu, et ce n'est pas par hasard
00:14que cette semaine a été choisie.
00:15On a parlé de l'anti-G7, en tout cas, ça envoie un message très clair aux occidentaux, c'est
00:20qu'ils ne sont pas le centre du monde,
00:22il y a tout un monde alternatif qui évolue de l'autre côté de la planète, et la Russie en
00:26est au centre.
00:27D'ailleurs, c'est une édition particulièrement symbolique, parce qu'elle marque le 35e anniversaire des relations entre la Russie
00:33et l'ASEAN.
00:35On rappelle que l'ASEAN, c'est le bloc de pays du sud-est de l'Asie.
00:39Il y a 11 pays, les Philippines, l'Indonésie, la Thaïlande, entre autres, ça représente plus de 6% du
00:44PIB mondial, avec 700 millions d'habitants.
00:47D'ailleurs, ça se déroule en Russie, ce n'est pas un hasard, alors que ça devait se dérouler normalement
00:52aux Philippines,
00:53puisque ce sont les Philippines qui assurent la présidence tournante.
00:56En réalité, on sait que Vladimir Poutine a insisté pour organiser ce sommet chez lui, et ça se déroule à
01:03Kazan.
01:03Ce n'est pas un hasard non plus, ce n'est pas dans les palais de Moscou ou de Saint
01:08-Pétersbourg,
01:08mais c'est dans la capitale du Tatarstan, donc c'est dans le sud de la Russie.
01:12C'est tout un symbole, parce que c'est une ville eurasiatique, musulmane, multiculturelle.
01:17Donc, parmi les multiples facettes de la Russie, Moscou a choisi de privilégier celle qui projette l'idée d'une
01:24Russie
01:25moins occidentale, en tout cas, qui fait le pont entre l'Asie et l'Europe.
01:29Évidemment, c'est une manière de dire aux Occidentaux, qui, eux, ont invité les Ukrainiens en G7,
01:33et qui discutent en même temps des sanctions contre la Russie,
01:35que la Russie n'est pas du tout isolée, et qu'au fur et à mesure qu'elle délaisse le
01:39flanc européen,
01:40eh bien, elle se tourne, évidemment, vers le flanc asiatique.
01:43Et de quoi on va parler dans celui-là, Nalisa ?
01:45Alors, officiellement, on va parler du partenariat stratégique, de la coopération dans des domaines clés,
01:50je vous cite, notamment la connectivité, l'éducation et la culture.
01:54Vous notez, bien sûr, que l'Ukraine n'est pas à l'ordre du jour.
01:57En réalité, ce sommet va être surtout énergétique,
02:00puisque plusieurs pays de l'ASEAN ont été obligés de se tourner vers le pétrole russe,
02:04pour combler le manque de pétrole en provenance du Moyen-Orient.
02:07Évidemment, c'est une bonne nouvelle pour Moscou, qui a saisi l'occasion pour renouveler son message.
02:13C'est que la Russie, malgré toutes les sanctions, reste un partenaire économique très solide,
02:17et surtout très fiable, contrairement au Moyen-Orient,
02:20qui désormais dépend de la contrainte géographique d'Hormuz.
02:22Donc, pour Moscou, c'est le moment de capitaliser cette position de force,
02:26de concrétiser et de resserrer ses liens économiques.
02:28C'est pour ça qu'à 15 ans, il y aura tous les grands chefs d'entreprise pour des rencontres
02:32en marge du sommet.
02:33Qu'est-ce qu'il faudra regarder pour savoir si ce sommet est un succès pour les Russes, Nalisa ?
02:37Il faudra surveiller les Philippines. Pourquoi ?
02:39Parce que les Philippines se sentent un allié clé des États-Unis.
02:42Ils sont liés par un traité de défense mutuel.
02:45En gros, c'est un pays qui a toujours été une assurance de stabilité pour les Américains dans la région.
02:50Et en même temps, les Philippines sont très dépendantes du pétrole importé,
02:54en particulier du Moyen-Orient.
02:56Vous imaginez bien qui a sauvé les Philippines de l'état d'urgence énergétique
03:00qui a été déclaré juste après le début de la crise.
03:03Eh bien, ce sont les Russes qui ont envoyé leur pétrolier aux Philippines très très vite.
03:08Donc, c'est une position très compliquée, celle des Philippines.
03:10Pour l'instant, ils refusent de parler de pivots stratégiques.
03:14Ils préfèrent parler d'une diversification de la chaîne énergétique.
03:17Mais il faut surveiller les prises des paroles des Philippines
03:19pour voir s'il y a effectivement cette bascule vers la Russie.
03:22Parce que parfois, les besoins énergétiques pèsent beaucoup plus lourds que les choix diplomatiques.
03:26C'est peut-être ce qui risque de se passer là, à Cazan.
03:29Merci beaucoup, Annalisa Capellini.