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1988-2000,
Autopsie d'une tragédie, 2ème partie / 3,
Terrorisme en Algérie
Autopsie d'une tragédie, 2ème partie / 3,
Terrorisme en Algérie
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00:12Janvier 1992, l'armée est déployée en force pour prévenir un soulèvement.
00:17Le second tour des élections législatives a été annulé.
00:20Le front islamique du salut a été privé de sa victoire.
00:24Dans les mosquées, on ne parle plus que de guerre sainte, de djihad.
00:33Avant cette époque, il n'y avait pas d'autorité de la loi.
00:37Il y avait une anarchie monstre en Algérie.
00:40Chacun se prétendait être le guide de l'Algérie.
00:44Les mosquées sont devenues des estrades où on faisait des professions, deux fois délirantes, et ainsi de suite.
00:52Cela n'existera plus.
00:53Quand il se prétend être un musulman et que ça permet d'envoyer des jeunes pour tirer d'autres jeunes
00:58de la même nationalité,
00:59ça, ce n'est pas notre islam.
01:01Le bras de fer est engagé.
01:03Incarcéré depuis l'insurrection de juin 1991,
01:06les dirigeants historiques du FIS, Abbas Simadani, Ali Belaj et Kamel Gemazi, dirigent le parti de leur prison.
01:18On nous a rendu visite en prison, pour nous demander quelle devait être la conduite à tenir.
01:26On a répondu qu'on était au diapason du peuple.
01:33Si le peuple veut défendre son droit, s'il veut défendre son choix électoral, et s'il veut le résultat
01:39des élections,
01:40alors il est de notre devoir d'être à ses côtés et de l'aider.
01:46En clair, les militants du FIS qui s'engagent dans la lutte armée ont la bénédiction de la direction historique
01:51du parti.
02:00Depuis 1989, les militants sont abreuvés de prêches décrivant le djihad comme un devoir religieux.
02:07La guerre civile est donc à présent inévitable, et des militants s'y préparent depuis longtemps.
02:19Si l'on revient au discours d'Abbas Simadani, avant son arrestation, qu'est-ce qu'il disait ?
02:26Il disait que c'est soit les élections, soit la guerre sainte, le djihad.
02:35Alors on a commencé à se préparer.
02:39Mais pas d'une manière organisée.
02:43Par petit groupe.
02:45Et cela avec la certitude de servir le FIS.
02:48On était tous convaincus qu'à un moment ou à un autre, le FIS allait appel à la guerre contre
02:52l'État.
02:57Omar Chiri est déjà dans la clandestinité.
02:59Depuis juillet 1991, il est recherché pour l'assassinat d'un policier.
03:05Dans quelques semaines, il sera l'un des huit fondateurs du GIA, le groupe islamique armé.
03:19Pour ramener le calme, le président Boudiaf décide de mettre un terme aux grandes démonstrations de force du vendredi.
03:27Priver le FIS des mosquées, c'est le coupé du cœur de son organisation.
03:38Les fidèles sont sommés de prier uniquement dans leur quartier.
03:42Les prêches politiques sont désormais interdites.
03:57Après plusieurs arrestations, les responsables du front islamique du salut proclament officiellement le djihad.
04:04La guerre sainte est alors déclarée à l'État algérien.
04:12Les gens qui étaient au FIS, que Dieu les maudisse, nous encourageaient à aller vers l'action militaire.
04:20On a dit que les jeunes qui sont devenus terroristes étaient mentalement atteints.
04:23Mais c'était juste des gens simples, très éloignés des préoccupations politiques.
04:27C'est donc qu'il y avait des gens derrière.
04:38Pour contrer la guerre sainte des islamistes, l'État algérien compte sur son armée.
04:44Elle est composée à 80% d'appelés.
04:47Ce sont de jeunes officiers formés après l'indépendance du pays qui vont conduire la guerre.
04:53Pendant dix ans, le commandant Mohamed Mouleséoul va combattre les terroristes.
05:00Personne ne songeait à préparer les unités de combat à l'éventualité d'une guerre civile.
05:08Ce qui fait que lorsque les hostilités se sont déclenchées, alors là c'était la confusion.
05:15Il n'y avait ni directives, ni formation adéquate, appropriée, ni même connaissance de la gestion de la guérilla.
05:22Alors que de l'autre côté, les gens étaient finalement beaucoup plus préparés qu'on le pensait.
05:28C'était des gens qui venaient de l'Afghanistan, qui avaient une expérience extraordinaire en matière d'attentats, de sabotages,
05:35d'embuscades, etc.
05:37Et bien sûr, tout le monde était dépassé.
05:48Quand éclatent les premiers attentats, l'état algérien n'est pas prêt.
05:52Aucun dirigeant du FIS ne condamne le terrorisme.
05:56Le premier objectif des islamistes est de récupérer des armes.
06:00Début février, dans la Casbah d'Alger, six policiers sont tués dans une embuscade.
06:08On ne pouvait même pas protéger la population à l'époque.
06:11On n'avait aucun moyen pour le faire, aucune formation pour le faire.
06:14Nous ne connaissions pas notre ennemi, donc il était toujours invisible.
06:20Ses méthodes de travail, ce qu'il avait comme moyen.
06:23Donc c'était en nageant le vide, pratiquement.
06:27C'était en naviguer à vue.
06:32Mohamed Boudiaf est le haut comité d'état.
06:34La présidence collégiale engage la procédure de dissolution du FIS.
06:39L'état d'urgence est décrété.
06:41Pour casser l'infrastructure clandestine du mouvement islamiste,
06:45des camps d'internement administratifs sont ouverts.
06:51Plus de 10 000 personnes y seront détenues sans jugement.
06:55Cette mesure, c'est quoi ?
06:57C'est une mesure provisoire où je mets quelqu'un de côté.
07:01Et dans le long, il y a sans doute des innocents.
07:04Je les mets de côté pour ramener la paix et l'ordre public.
07:10Après, on les relâche.
07:14Dans les camps d'internement, les islamistes les plus radicaux encadrent les détenus.
07:19En brigadement, constitution de réseau,
07:22les camps se transforment en université du terrorisme.
07:27Pour ne pas être internés,
07:28de nombreux militants ont déjà rejoint les maquis.
07:43La communauté internationale s'inquiète.
07:46Elle pense que si le FIS n'est pas associé à une solution politique,
07:50le pays va sombrer dans la violence.
07:52Un mois après son retour,
07:54Mohamed Boudiaf reçoit la presse étrangère.
07:58Georges Marion du Monde.
08:00Vous avez hier, en recevant la presse nationale,
08:03parlé de dialogue national.
08:05Est-ce que ce dialogue irait jusqu'à discuter avec le FIS
08:09ou certains de ses dirigeants actuellement prisonniers ?
08:12Il faut dialoguer avec les gens
08:14qui posent les problèmes de la démocratie en termes sains,
08:17en termes clairs,
08:18mais pas avec des gens qui utilisent la mitraillette et le reste.
08:21Le dialogue auquel j'appelle les Algériens,
08:23c'est ce dialogue avec la base de l'Algérie,
08:26de l'Algérie qui a été méconnue,
08:28de cette Algérie qui a été maintenue en dehors de tous les circuits,
08:30de cette jeunesse qui ne voit pas une issue à sa situation.
08:36Je crois que le problème se pose,
08:38le dialogue, c'est avec cette catégorie d'Algériens,
08:42cette catégorie d'avenir,
08:43qui aujourd'hui est en train de se poser des questions
08:45et dont une grande partie a certainement voté pour le FIS
08:48par désespoir ou pour toute autre raison.
08:52La politique de Mohamed Boudiaf est ici résumée.
08:55Fermeté pour restaurer l'autorité de l'État
08:58et ouverture vers la société.
09:00Il redonne l'espoir aux jeunes parce qu'il leur tend la main
09:03et donne le sentiment de comprendre leurs problèmes.
09:08Opposant résolu au régime depuis l'indépendance,
09:10il en connaît toute l'État.
09:12Corruption, arbitraire, bureaucratie.
09:15Il annonce aussi très rapidement sa volonté de rupture
09:18avec tout ce qui a été fait depuis 1962.
09:21Des opposants démocrates voient en lui un homme d'État.
09:26Nous avons eu très, très peu d'hommes d'État.
09:30Nous avons eu des hommes de pouvoir.
09:33C'est-à-dire que nous avons eu des gens
09:38qui ont eu le souci de gérer l'armée,
09:42de gérer la police,
09:43de gérer même le parti.
09:45C'est-à-dire de se soucier de tout ce qui peut faire un putsch,
09:50de tout ce qui peut menacer directement le pouvoir.
09:54Mais nous avons eu très peu de dirigeants
09:56qui se sont occupés de l'école,
09:58qui se sont occupés de la démographie,
10:00qui se sont occupés de la gestion du culte,
10:02qui se sont occupés de la gestion des mosquées, etc.
10:07Une école, ça ne fait pas de putsch.
10:10Ça fait des séismes, c'est des bombes à retardement.
10:13Mais la différence entre le monde de pouvoir
10:16et le monde d'État, elle est là.
10:17Il voulait se débarrasser de tous ces faux soyeurs,
10:19de tous ces gens qui vivaient sur le dos,
10:21comme il disait à lui,
10:22de ces vautours, de ces charognards,
10:26qui gravitaient autour du pouvoir,
10:29autour de tout ça.
10:30Ça, c'était l'image première de Boudiaf,
10:32se débarrasser de toute cette congrène.
10:35Mohamed Boudiaf dérange.
10:37Il refuse d'être l'otage des différents clans
10:39qui se partagent la ronde pétrolière.
10:41Il coupe avec les hommes d'influence
10:44qui, en coulisses, orientent les grandes décisions.
10:47Les conservateurs du régime,
10:49proches des thèses islamistes, sont écartés.
10:54Pour revenir à la légitimité populaire,
10:57Mohamed Boudiaf parle en privé
10:59d'organiser une élection présidentielle
11:01avant la fin de l'année 1992.
11:05C'est la première fois qu'un président
11:07veut partir à la conquête des Algériens.
11:12Nous avons enfin,
11:41nous avons une vie très grande,
11:44Quand il prononce son dernier mot, « Islam », on sent un bruit, il se retourne, c'était, bon, c
11:51'était, il pensait que c'était une lampe qui venait de déclater ou quoi,
11:56parce qu'il a légèrement soulevé la tête, alors que c'était une grenade qu'on dégoupillait, et le meurtrier
12:02a balancé cette grenade sous la table.
12:09Le meurtrier a fait son carton sur le premier rang, et il s'est enfui le plus normalement du monde,
12:15il a jeté son arme, et poursuivi par personne.
12:24Je me suis rendu compte sur le coup qu'il était mort. Je le recouvre de ma veste, et puis
12:29je reste affalé à ses côtés.
12:33C'était l'horreur, l'horreur. On ne l'a pas ramené sur le champ, une civière pour prendre le
12:39président, il a fallu attendre un bon petit moment.
12:54On avait tué Poutiev sur nos yeux, et puis on n'en pouvait rien faire, on était là, l'assassin
12:58s'était sauvé.
13:00Et c'est là, c'est le monde. Bon là, on a compris que c'était fini, quoi. C'était
13:04fini pour nous, c'était fini pour l'Algérie, c'était fini pour l'espoir qu'il avait suscité,
13:08pour sa famille, pour ses amis, pour le peuple algérien, pour cette jeunesse qu'il avait crue.
13:12C'était la fin d'une aventure extraordinaire.
13:38L'Algérie est en deuil. En 166 jours, Mohamed Boudiaf avait su redonner confiance au peuple algérien.
13:46C'est l'espoir qui a été assassiné.
13:55Pour lui rendre un dernier hommage, la population force tous les barrages, et pour la première fois, elle occupe la
14:01présidence de la République.
14:14Un million d'Algérois vont l'accompagner jusqu'à sa dernière demeure.
14:21L'opinion pense que Mohamed Boudiaf a été victime d'un complot politico-militaire.
14:27Des barons du régime se seraient ligués pour préserver le système que Mohamed Boudiaf s'apprêtait à dynamiter.
14:42Trois ans plus tard, l'assassin du président est jugé devant toute la presse.
14:47Lembarek Boumarafi est un officier d'élite de sa garde rapprochée.
14:52En se rendant à la police, il s'est présenté comme un islamiste.
14:56Il dit avoir agi seul, pour exécuter le symbole qui a empêché le fils de prendre le pouvoir.
15:09Alors qu'il risque la peine capitale, il ne reviendra jamais sur ses premières déclarations.
15:16Il réfute la justice des hommes, seul le jugement de Dieu compte à ses yeux.
15:23Condamné à mort, Lembarek Boumarafi ne sera sans doute jamais exécuté
15:28pour ne pas accréditer la thèse d'un complot interne au régime.
15:42Au sein du Haut Comité d'État, Ali Khafi succède à Mohamed Boudiaf.
15:47C'est un apparat chic du régime algérien, plutôt proche intellectuellement des islamistes.
15:53Reda Malek intègre la présidence collégiale.
15:56Diplomate de carrière, connu lui pour ses convictions anti-islamistes,
16:01il a été nommé pour faire contrepoids au président Ali Khafi.
16:06Il y a une sorte, si vous voulez, de crainte révérentielle,
16:13surtout de ceux qui ne connaissent pas bien la religion musulmane.
16:16Une sorte de crainte révérentielle de tout ce qui est musulman.
16:20On ne sait pas, on respecte ça.
16:22Il y a une sorte de conformisme vis-à-vis de la religion.
16:26Or, ces gens-là, on a beau expliquer que ce n'est pas tout à fait la religion,
16:32c'est une idéologisation de la religion qui a été faite sur le modèle totalitaire.
16:41On a essayé de copier les modèles, soit nazis, et surtout nazis, et peut-être même stalinéens.
16:50Le goût de l'efficacité, de l'organisation qui soit efficace.
16:55On s'est dit, voilà, on a l'islam, on va lui donner une organisation moderne,
17:02sur le plan, entre guillemets, c'est-à-dire sur le plan organique.
17:05Organique, quelque chose, un moyen de combat efficace.
17:10Donc c'est ce que j'appelle l'idéologisation de la religion sur un modèle totalitaire.
17:17L'Algérie est le théâtre d'une véritable guerre de civilisation.
17:21Elle oppose deux projets de société.
17:24D'un côté, ceux qui veulent moderniser l'islam,
17:27et de l'autre, ceux qui veulent, par la terreur, islamiser la modernité.
17:36Ali Khafi veut bien faire la guerre aux terroristes,
17:39mais il préférerait conclure un accord politique avec les responsables du FIS.
17:45Ali Khafi disait, après tout, ils sont là, il faut dialoguer avec eux,
17:51et c'est des Algériens comme les autres, et ils ont voix au chapitre.
17:57En trois mois, toute la démarche de Boudiaf a été remontée sur le plan économique, social, idéologique,
18:05pour être recadrée dans la matrice propre à l'aile la plus conservatrice du FLN.
18:13Les 166 jours de Mohamed Boudiaf n'auront été qu'un intermède.
18:18Avec l'arrivée d'Ali Khafi à la tête de l'État,
18:21le régime retourne à sa médiocrité.
18:24Et les islamistes ont de nouveau le champ libre.
18:48Il est déjà trop tard.
18:50C'est la fin des vacances d'été.
18:52Il y a foule dans le hall de l'aérogare.
18:55Pour la première fois, des civils sont pris pour cible.
19:10Oeil pour oeil, ces gens-là, il faut les tuer.
19:15Ce sont des innocents qui sont morts.
19:19Une femme enceinte, avec une fillette de 6 ans.
19:23Imaginez, un homme au plafond, déchiqueté, et vous pensez que ces gens ont la moindre pitié ?
19:32Arrêtés très rapidement, les auteurs de l'attentat seront jugés, condamnés à mort, exécutés.
19:38C'est aussi Nabderrahim, ancien directeur de cabinet d'Abbassi Madani, qui a coordonné l'opération.
19:44Depuis janvier 1992, il essaie en vain de fédérer les groupes terroristes sous la bannière du FIS.
19:53En octobre suivant, à Baraki, dans la proche banlieue d'Alger,
19:578 chefs de groupes terroristes se réunissent.
19:59Omar Chiri est parmi eux.
20:04La direction du FIS était divisée.
20:07Elle ne s'exprimait pas d'une seule voix.
20:11Le FIS était traversé par différents courants.
20:15C'est cela qui nous a conduits à créer le GIA par nous-mêmes.
20:22Omar Chiri est le seul survivant en liberté des 8 fondateurs du groupe islamique armé.
20:28Parmi les 8, Abdellak Laliada est désigné émir national.
20:32C'est le chef suprême.
20:33Avant son arrestation en 1993, il a codifié et organisé le fonctionnement du GIA.
20:44Et comment fonctionne le GIA ?
20:47Les gens savent ce qu'ils doivent faire dans leur zone.
20:49Il n'y a pas de plan précis.
20:51Et quand il y a une grosse opération ?
20:54Quand il y a une grosse opération, on les contacte.
20:58Et on organise une réunion pour donner les instructions.
21:06Si l'émir fait un communiqué pour nous demander plus d'opérations, le nombre d'opérations augmente.
21:12S'il donne instruction de brûler toutes les écoles, toutes les écoles seront brûlées.
21:17L'action armée se faisait contre tous les gens à casquette.
21:23C'étaient eux nos ennemis.
21:24Les symboles du pouvoir qui portent une casquette.
21:27Le policier, le gendarme, le militaire.
21:31A des fins de propagande, des groupes terroristes filment leurs actions.
21:36Cet enregistrement date de 1999.
21:39Avant le 11 septembre 2001, les attentats aux Etats-Unis,
21:44la cassette était normalement vendue et diffusée dans les mosquées de Grande-Bretagne.
21:51Avant chaque opération, des commissaires politico-religieux préparent les terroristes aux martyres.
22:07Ce sont ces mêmes commissaires qui édictent les fatwas,
22:11les indispensables décrets religieux justifiant d'après le Coran les crimes terroristes.
22:34Un guetteur est chargé par Tokiwoki de prévenir les groupes de l'arrivée du convoi militaire.
22:50Les groupes terroristes sont encadrés par ceux qu'on appelle les Afghans.
22:54Ils utilisent des techniques d'embuscade apprises en Afghanistan
22:58lorsque des centaines d'Algériens combattaient contre l'armée soviétique dans les années 80.
23:15Les groupes terroristes sont encadrés par les droits de l'arrivée de l'arrivée de l'arrivée de l'arrivée
23:33de l'arrivée de l'arrivée de l'arrivée.
23:37Pour tous les groupes terroristes, les forces de sécurité étaient insignifiantes.
23:43On avait atteint l'état d'esprit de ceux qui sont prêts à mourir.
23:47On n'en avait rien à faire de la mort.
23:49Quand tu vas mourir, tu ne penses à rien.
23:51On ne craignait ni leurs forces, ni leur niveau de préparation.
23:54On était vraiment déstabilisés par ces manœuvres qui étaient très rapides, très précises, presque chirurgicales
24:05et qui avaient un double impact sur les troupes.
24:11C'était d'abord tuer un maximum de soldats et frapper au plus profond les esprits.
24:18Dès 1993, des dizaines d'opérations terroristes sont menées tous les jours.
24:25Près de Blida, la gendarmerie est obligée de déployer une armada
24:29pour neutraliser seulement 4 terroristes dans un fièvre du GIA.
24:34L'opération va durer 3 jours, dont plus d'une journée pour évacuer les voisins.
24:50Formée à la guerre classique, l'armée algérienne est inadaptée à la lutte anti-guérilla.
25:09En 1993, un tiers des communes ne disposent même pas de postes de police ou d'une brigade de gendarmerie.
25:29Les forces de sécurité ne peuvent être partout et en même temps.
25:37L'état algérien n'a que 200 000 hommes en armes, mobilisés en permanence.
25:45Sur le terrain, c'est une question de survie.
25:51On est là ou on est là.
25:52Il n'y a pas d'autre alternative.
25:55C'est ou se faire tuer ou tuer ou se faire tuer.
25:58Parce qu'en face, on n'a pas quelqu'un qui veut dialoguer avec vous,
26:03quelqu'un qui réfléchit à autre chose que c'est quelqu'un qui veut vous nuire et nuire l'état
26:07algérien.
26:08Donc pour lui, l'action armée, c'est l'action à prise de pouvoir par l'action armée, c'est
26:12clair.
26:16En milieu urbain, les terroristes évoluent comme des poissons dans l'eau.
26:22Les policiers opèrent désormais masqués, cagoulés, pour éviter les représailles contre leur famille.
26:33Tout le monde devient suspect.
26:36Il ne faut pas oublier que les attentats les plus spectaculaires se sont déroulés dans les casernes.
26:42Il y avait des félans qui avaient planifié des agressions contre leurs propres hommes et qui ont réussi.
26:50Ça a été des coups d'éclat d'une force insoutenable qui a saqué le moral de beaucoup de gens
26:57et qui a poussé les gens, d'autres, à soupçonner le danger partout.
27:04Il y avait des connivences, même à l'intérieur de la justice algérienne,
27:08des gens qui avaient peur ou qui avaient une complaisance quelconque
27:13et qui faisaient... Lorsque les forces de sécurité amènent les terroristes,
27:20parfois ils les libéraient, ils rentraient par une porte et ils sortaient par l'autre.
27:25Il y avait... Donc, dans l'intérieur même de l'État, il y avait des contradictions,
27:32il y avait des infiltrations, il y avait de l'entrisme dans les institutions du pays.
27:36Il y avait de l'entrisme.
27:39L'État algérien est gangréné.
27:42À tous les niveaux, des islamistes sabotent et fournissent de précieuses informations aux terroristes.
27:50Chaque jour, plus de 20 policiers sont assassinés
27:53et le pouvoir politique ne sait pas comment réagir.
27:57Le sommet de la pyramide n'assumait pas la nature politique du conflit.
28:02Donc, on laissait le policier, le gendarme ou le soldat
28:06seuls face à face à un problème quotidien qui se manifestait dans la violence
28:10mais dont les origines étaient éminemment politiques.
28:13Donc, on demandait à la base de régler un problème par la répression
28:20et exclusivement la répression
28:23tout en refusant au sommet d'assumer
28:29la condamnation de la souche politique de ce qui produisait le terrorisme.
28:34Ça a amené des situations absolument impossibles.
28:36Le policier, à la limite, était amené à devoir défendre sa peau.
28:40C'était plus qu'une relation de guerre de survie
28:43qu'une opération de maintien de l'ordre.
28:46La plupart des dirigeants politiques refusent de s'engager.
28:50Ils pensent que la lutte contre le terrorisme islamiste
28:53est perçue comme une guerre contre la religion musulmane.
28:58Sans aucune directive ni contrôle politique,
29:02les forces de sécurité sont souvent laissées à elles-mêmes.
29:06Certains se livrent à de terribles excès.
29:09Torture et exécution sont pratiquées
29:12dans l'indifférence de presque toute la société.
29:17Les organisations de droits de l'homme
29:19ont bien du mal à se faire entendre
29:21dans le concert des attentats quotidiens.
29:30Après les forces de sécurité et les cadres de l'État,
29:33les intellectuels algériens sont à leur tour touchés par le terrorisme.
29:38Tous ceux qui, par l'influence qu'ils exercent dans la société,
29:41peuvent empêcher les islamistes de conquérir le pouvoir social.
29:45Ils sont des cibles faciles.
29:48Ils ne se rencontrent plus que dans des cimetières,
29:51se demandant à chaque fois qui sera le prochain.
30:05Le premier journaliste assassiné s'appelle Tahar Jaut.
30:09Il concluait son dernier article par ses mots prémonitoires.
30:12« Si tu dis, tu meurs.
30:15Si tu te tais, tu meurs.
30:18Alors dis et meurs. »
30:21C'est aujourd'hui encore la devise de la presse algérienne.
30:32Sid Ali Benadjar a obtenu à Medea 75% des voix
30:36au premier tour des élections annulées de 1991.
30:40Avant de rejoindre le GIA,
30:41il a passé neuf mois dans un camp d'internement.
30:44Il est proche du groupe d'universitaires du FIS,
30:47clandestin, chargé de l'assassinat des intellectuels.
30:53« Il ne s'agit pas de tuer un intellectuel parce qu'il est intellectuel,
30:57un journaliste parce qu'il est journaliste
30:59ou un médecin parce qu'il est médecin.
31:01Jamais ! »
31:03La guerre entre vous et votre adversaire
31:04se déroule sur un champ de bataille.
31:08Lorsqu'un tiers entre sur le champ de bataille
31:10pour soutenir votre adversaire,
31:12il devient lui aussi votre adversaire.
31:15Vous voyez ce que je veux dire ?
31:17« La paix, que la paix revienne à l'Algérie !
31:19Vive l'Algérie !
31:20Alto-terrorisme ! Vive l'Algérie !
31:22La paix, que la paix nous revienne !
31:24On en a assez !
31:25On en a assez !
31:27On veut de la paix pour cette Algérie !
31:29Pour cette Algérie !
31:30Millions, millions de chahides !
31:32On veut de la paix !
31:33C'est quand même malheureux !
31:34Bikri Al-Harbayna !
31:35Bikri Al-Harbayna, c'était un ennemi,
31:38c'était apparent !
31:39Mais donc on a affaire à Binatnaib ! »
31:42Le 22 mars 1993 marque le réveil de la société civile.
31:46« Chaque semaine, plusieurs centaines d'Algériens sont assassinés.
31:50Dans tout le pays, 3 millions de femmes et d'hommes
31:53bravent pour la première fois la peur d'être vues par des indics du GIA
31:57et des fils pour dire non au terrorisme. »
32:00« Le peuple qui a marché aujourd'hui
32:05s'est levé pour dire non à l'assassinat du savoir et de la culture.
32:11Parce que les hommes de culture représentent l'avenir de l'Algérie. »
32:17Abdellak Benhamouda, syndicaliste, ennemi des islamistes,
32:21est le principal organisateur de cette marche.
32:23Il sera assassiné en 1996.
32:25« Il fallait absolument montrer que les Algériens
32:31ne vont pas se coucher devant cette flambée de terrorisme
32:38et qu'il fallait réagir et montrer que la vie doit continuer
32:42et qu'on va faire barrage.
32:43Ça, c'était le pourquoi.
32:46On ne pouvait pas continuer à subir et rester comme ça,
32:51à attendre que les uns après les autres se fassent amètre. »
33:07Les Algériens subissent de plein fouet le terrorisme
33:09alors que les conditions de vie ne cessent de se dégrader.
33:13Les groupes armés islamistes
33:15aggravent la crise en détruisant les usines
33:17et les infrastructures du pays.
33:23En septembre 1993, nouveau changement.
33:27Reda Malek est nommée chef du gouvernement
33:29pour redresser la situation économique.
33:32« Dans une situation aussi dramatique
33:35où le terrorisme sévit.
33:38Et avec ça, alors on allait dans les magasins,
33:41les magasins étaient vides.
33:42Les sous, les bernards, tout ça.
33:44Les gens qui allaient là-bas, les ménagères,
33:46avec leurs paris, ils trouvaient les stagiaires vides.
33:48Il n'y avait rien.
33:48Il y avait le terrorisme d'un côté et la pénurie de l'autre.
33:53C'était la période où le service de la dette
33:54était à presque 9 milliards de dollars.
33:56Les recettes étaient presque à autant.
34:00Et la capacité de réserve de change du pays
34:03était dans une situation
34:06où régler un bateau de blé,
34:08et vous savez que l'Algérie est un gros importateur de blé,
34:11était une équation qui n'était pas simple.
34:14Le pays est au bord de la faillite.
34:16Il doit négocier le rééchelonnement de sa dette.
34:19Pour relancer l'économie,
34:21le gouvernement sort un nouveau code des investissements,
34:24objectif à tirer des capitaux.
34:26Mais c'est le moment que choisit le GIA
34:28pour s'en prendre aux étrangers.
34:30Le 24 octobre 1993,
34:33trois fonctionnaires du consulat de France,
34:36Alain Frécier et les époux Thévenot,
34:38sont enlevés devant leur domicile.
34:43Au départ, les ravisseurs
34:44devaient conduire les otages au Maki
34:46pour qu'ils rencontrent les chefs du GIA
34:48avant de les remettre en liberté.
34:50Mais après l'enlèvement,
34:52l'armée a lancé de vastes opérations de ratissage
34:54et a mis une très grosse pression.
34:55On ne pouvait plus bouger.
34:58La situation s'est compliquée.
35:01La direction du GIA a fait remettre un message écrit
35:03à un des otages sans pouvoir les rencontrer.
35:12Le 31 octobre,
35:13deux otages sont abandonnés par leur geôlier.
35:16Le lendemain, en fin d'après-midi,
35:19la troisième otage,
35:20Michel Thévenot,
35:21est déposée par ses ravisseurs
35:22près de la résidence de l'archevêque d'Alger.
35:25Elle avait avec elle un message
35:27qui était adressé
35:30à l'ambassadeur de France
35:32mais qui était adressé aussi
35:33à tous les étrangers vivant en Algérie.
35:36Et dans ce message,
35:38signé du responsable du GIA
35:40à l'époque,
35:41il était donc enjoint
35:43à tous les étrangers de quitter l'Algérie
35:45avant le 1er décembre
35:47sous peine
35:49d'être
35:51éliminés.
35:53Nous étions en guerre
35:54et il fallait qu'ils partent.
35:57Les étrangers devaient quitter le pays
35:59afin que nous n'ayons pas
36:00à leur porter préjudice.
36:02Ni les voir eux
36:03un jour nous faire du tort.
36:05C'était ça la requête.
36:07On voulait les empêcher de rester
36:08et d'aider les autorités algériennes.
36:12Le GIA a franchi un pas supplémentaire
36:14en s'attaquant aux étrangers.
36:16En France, le ministre de l'Intérieur,
36:18Charles Pasqua, déclenche l'opération
36:21Chrysanthème.
36:22Des dizaines d'islamistes
36:23sont interpellés.
36:25La police découvre des filières d'armes,
36:27de faux papiers,
36:28de collecte de fonds.
36:29Plusieurs réseaux de soutien
36:30aux terroristes algériens
36:32sont démantelés.
36:32Il n'est pas question pour nous
36:34d'accepter qu'un certain nombre
36:36d'organisations, d'associations
36:38qui se prétendent cultuelles,
36:40en réalité utilisent leurs associations
36:45à d'autres fins.
36:46Et notamment, pour implanter
36:48sur notre sol des bases arrières
36:52d'organisations intégristes
36:54qui peuvent se livrer ailleurs,
36:56voire même sur notre sol,
36:58à des actions terroristes.
36:59Il n'est pas de l'intérêt du peuple français
37:02que M. Pasqua se lance
37:04dans des aventures sécuritaires
37:07contre les ressortissants algériens
37:11en France.
37:13Les provocations comme celle-ci
37:17peuvent justement ouvrir les portes
37:19face à tous les dangers.
37:21Des responsables du FIS à l'étranger
37:23comme Rabat Kébir
37:24s'alignent sur les positions du GIA.
37:27Plus de 5000 Français
37:29quittent définitivement l'Algérie.
37:31des ambassades occidentales ferment.
37:34Les premiers étrangers sont assassinés.
37:38Le GIA a réussi son coup.
37:40Le pays est de plus en plus isolé.
37:50Au sommet de l'État,
37:52le général à la retraite
37:53Yamin Zeroual
37:54devient ministre de la Défense.
37:57Ne sachant comment mettre fin
37:58à la violence,
37:59il prend contact avec le chef du GIA
38:02et lui demande d'observer
38:04une trêve d'une semaine
38:05impréalable à l'ouverture
38:07de vraies négociations.
38:11Le chef du GIA a pensé
38:12que c'était peut-être une ruse
38:14pour qu'on s'arrête.
38:15Pour s'assurer de la bonne foi
38:17des autorités,
38:18il a demandé la libération
38:20des chefs du FIS emprisonné
38:21comme préalable à cette trêve.
38:24C'est à moi qu'il a demandé
38:26de rédiger la réponse
38:27et c'est ce que j'ai fait.
38:34Près à toutes les concessions,
38:37Ali Khafi,
38:38le président du Haut Comité d'État
38:39et Yamin Zeroual
38:41proposent directement
38:43aux dirigeants historiques du FIS
38:45d'appeler les groupes terroristes
38:47à déposer les armes
38:48en échange de leur libération.
38:54Le matin du 17 janvier 1994,
38:57le procureur général
38:58nous a annoncé la visite
38:59de Yamin Zeroual.
39:02Le ministre de la Défense
39:03venait à la prison militaire
39:04de Blida pour nous rencontrer.
39:06On a constitué une délégation
39:08de quatre personnes
39:09pour le recevoir.
39:09Sa visite n'a jamais été décidée
39:13par le HCE.
39:16Il a pris une initiative
39:18en tant que responsable supérieur
39:20de la sécurité.
39:21Il a suivi.
39:23Ça n'a jamais été soumis au HCE.
39:26Deuxièmement,
39:28nous n'avons jamais cru
39:30qu'une telle visite
39:34pouvait avoir des fruits quelconques.
39:37Les dirigeants du FIS
39:38qui se trouvaient en prison
39:40considéraient que,
39:41n'étant pas libres,
39:43ils n'avaient pas à adopter
39:43de position.
39:44Ils exigeaient d'être remis
39:46en liberté avant de se prononcer.
39:53Les partisans du dialogue
39:55avec les islamistes
39:56sont à nouveau au pouvoir.
39:58À la fin du mandat
39:59de la présidence collégiale,
40:01Yamin Zeroual est désigné
40:03président de l'État
40:04avec pour mission
40:05de trouver un accord
40:06avec les dirigeants du FIS.
40:07La question des négociations
40:10avec le Front islamique du salut
40:11divise l'Algérie.
40:13Elle traverse l'ensemble
40:14de la société,
40:16les institutions,
40:17les forces de sécurité.
40:19L'État est pour la première fois
40:21menacé d'implosion.
40:24On savait que la victoire
40:26de l'Algérie
40:27ne reposait pas
40:28sur une décision politique,
40:29mais sur l'engagement
40:31des hommes
40:32qui étaient sur le terrain.
40:34Et tout le monde
40:35le savait
40:36dans les maquis.
40:44Dans les maquis,
40:46les dirigeants clandestins
40:47du FIS
40:47essaient d'unifier
40:49les différents groupes terroristes
40:51pour obtenir
40:52sous leur autorité
40:53la formation
40:54d'une armée unique
40:55assez forte
40:56pour abattre l'État.
41:01À la tête du GIA,
41:03Shérif Goussmi
41:04était quelqu'un
41:05d'un peu souple
41:06et d'un peu sage.
41:08Il avait de plus
41:09la confiance des frères
41:11de la cellule de crise,
41:12la direction clandestine
41:13du FIS.
41:17Shérif Goussmi,
41:19le chef du GIA
41:20était un cadre
41:21du Front Islamique du Salut.
41:23Il était aussi imam
41:24dans la même mosquée
41:25qu'Ali Benadj,
41:26à Bab el-Wed.
41:27En décembre 1991,
41:30il animait des meetings
41:31pendant la campagne électorale
41:33comme responsable
41:34du bureau du FIS
41:35dans la banlieue d'Alger.
41:39Dans ce document,
41:41filmé par le GIA,
41:42on peut voir Shérif Goussmi
41:44recevoir dans son quartier général
41:46les dirigeants
41:48des principaux groupes terroristes.
41:50Mohamed Saïd
41:51s'exprime au nom
41:52des trois représentants
41:53de la direction clandestine
41:55du FIS.
41:56«
41:56«
41:56«
41:56«
41:56«
41:56«
41:56«
41:59«
42:26«
43:24Le Front Islamique du Salut
43:27«
43:27«
43:27«
43:27«
43:28«
43:57«
44:27«
44:28«
44:57«
45:27«
45:27«
45:57«
45:58«
46:28«
46:29«
46:30«
46:30«
46:30«
47:00«
47:01«
47:32«
47:34«
47:34«
47:35«
48:04«
48:05«
48:06«
48:06«
48:06«
48:06«
48:07«
48:36«
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49:36«
49:36«
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