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Enquête sur les commanditaire..
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00:00L'enquête que vous allez voir maintenant est plutôt terrifiante.
00:03Tout le mois d'octobre, la cour d'assises de Paris a fait le procès des attentats de Paris de
00:061995.
00:07Il y avait à l'époque en France une vague terroriste qui était dirigée contre notre pays,
00:11à la fois sur le territoire mais aussi à l'étranger, notamment en Algérie.
00:14Oui, il y avait le RER Saint-Michel et l'histoire de l'Airbus Paris-Alger.
00:18Oui, et puis les moines de Tibirine assassinés, des gendarmes assassinés à Alger.
00:21Enfin, en tout, il y avait eu 23 morts et une centaine de blessés.
00:23C'était une vague d'attentats qu'on avait attribuée au GIA, le groupe islamique armé de Jamel Zitouni.
00:28En tout cas, ça, c'était la version officielle.
00:30Oui, parce que ce que révèle Jean-Baptiste Rivoire, journaliste de 90 minutes qui travaille sur ces questions depuis des
00:35années,
00:36c'est que ce groupe-là, et Jamel Zitouni en particulier, était en fait contrôlé par les services secrets algériens.
00:42Alors la question suivante à laquelle il essaie de répondre, c'est quel intérêt pouvaient avoir les services secrets algériens
00:48à tenir dans leurs mains un terroriste de cette nature ?
00:51Jean-Baptiste, qu'est-ce qui fait que tu as des doutes, toi, sur la version officielle et que tu
00:55te mets à enquêter ?
00:57En fait, ça commence en 97, tu sais, il y a eu des gros massacres de civils en Algérie
01:00qui ont beaucoup choqué tout le monde parce que c'était fait aux portes des casernes.
01:03Alors Alger disait, c'est les islamistes, mais on avait un peu des doutes.
01:06Et à ce moment-là, il y a des officiers des services secrets algériens un peu dégoûtés
01:09qui balancent dans la presse européenne que les massacres, l'armée est impliquée
01:12et que les bombes à Paris avaient été commanditées par les services secrets algériens.
01:15Donc ça, c'est novembre 97.
01:17Donc là, on commence à se dire, qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
01:19Mais c'était la presse anglaise à l'époque qui avait sorti ça.
01:21C'était d'abord la presse anglaise, puis le monde à Paris quelques jours plus tard.
01:24Donc deux officiers qui disent, c'est les services algériens,
01:26c'est nos services qui ont commandité les attentats de Paris.
01:28Et au printemps de cette année, il y a eu un truc assez déterminant,
01:30c'est qu'il y a un militaire algérien qui sort du pays, qui s'enfuit
01:33et qui dit, la hiérarchie m'a demandé de devenir l'adjoint de Zitouni.
01:36Voyez le reportage de Jean-Baptiste Rivoir avec l'aide de Romain Icard et de Laurent Coja.
01:41Voilà, on a fait le cas parler.
01:43Voilà, mais je rentre avec le radio.
01:44Ça va.
01:55Je vais pas lui par là, s'il vous plaît.
02:08Juillet 1995.
02:10C'est la troisième fois en un an que le GIA, groupe islamique armé,
02:14frappe la France de façon spectaculaire, cette fois au cœur de Paris.
02:18Le premier attentat remonte au 3 août 1994, avec cinq Français tués par balle à Alger.
02:25Le 24 décembre de la même année, un Airbus d'Air France est détourné en Algérie
02:29avant d'être pris d'assaut à Marseille.
02:34En juillet 1995, ce sont les bombes dans le RER,
02:37puis en 1996, l'assassinat des moines de Tibérine.
02:41Point commun de tous ces attentats,
02:43ils sont attribués à un certain Jamel Zitouni, chef du GIA.
02:50Mais aujourd'hui, d'anciens officiers des services secrets algériens
02:54affirment que derrière le terroriste Zitouni
02:56se cachaient en fait des intérêts beaucoup plus importants.
03:00Voici l'histoire d'une incroyable manipulation.
03:13Il y a cinq ans, un ex-officier des services algériens
03:16écoeuré par la seule guerre qu'on lui a fait mener
03:18se confie à la presse britannique.
03:20Ce qu'il dit est d'abord politique.
03:22Il révèle que les militaires algériens,
03:24effrayés par la victoire électorale des islamistes en 1992,
03:27ont mis en place une stratégie radicale
03:29pour les empêcher d'accéder au pouvoir.
03:32Une stratégie meurtrière dont l'instrument était Jamel Zitouni.
03:40Quelques semaines après les révélations de l'observeur,
03:42nous retrouvons l'officier en Angleterre.
03:46C'est un capitaine.
03:48Méfiant, il nous soupçonne de renseigner les services français.
03:51Puis au fil des rencontres, la confiance s'installe.
03:54Dans un hôtel de Londres,
03:56il nous explique dans un français mal maîtrisé
03:58comment son service a recruté Zitouni.
03:59Zitouni a été recruté quand il était dans un camp au Sahara,
04:02quand ils avaient ramassé tous les islamistes.
04:04Et il a été surpris dans des conditions très, très gênantes,
04:11enfin, avec des mœurs homosexuelles.
04:14Le chef de sécurité du centre lui a dit,
04:17voilà, soit tu travailles avec nous,
04:19soit on balance ça au niveau du centre,
04:20au niveau du camp de concentration.
04:22Et puis, c'est sûr qu'il aurait été dans de très, très graves problèmes.
04:28Dans un centre, il y a des milliers d'islamistes
04:30en train de parler un truc comme ça, c'est ouf.
04:33Les services secrets algériens auraient donc forcé Zitouni
04:36à collaborer avec eux.
04:38Et le jeune islamiste n'aurait pas été choisi par hasard.
04:42Parmi les islamistes, il y avait des médecins,
04:44il y avait des docteurs, il y avait des universitaires.
04:47Pourquoi ne pas prendre un universitaire et faire ça ?
04:49Pourquoi le prendre avec un vendeur de poulet
04:51qui a à peine le niveau de sixième ou de cinquième ?
04:56C'est uniquement pour pouvoir le manipuler,
04:58pour pouvoir faire de lui ce qu'on veut.
05:00Après l'Observeur, Le Monde publie le témoignage d'un autre officier.
05:04Il confirme que les services secrets algériens manipulent Zitouni
05:07et qu'ils sont impliqués dans les attentats de Paris.
05:10Il nous faudra un an et demi pour convaincre cet officier menacé de mort
05:14de nous accorder une interview, même à visage masqué.
05:17Pour lui, il y a une vraie guérilla islamiste en Algérie,
05:19mais elle est parfois manipulée.
05:21Celui qui nie l'existence des groupes islamiques ou islamistes,
05:26c'est quelqu'un de mauvaise foi,
05:28ou quelqu'un qui est très très mal renseigné,
05:30ou sinon c'est quelqu'un qui est vraiment manipulé.
05:33Mais le noyau central,
05:35ceux qui étaient dans la région centre et la région ouest,
05:39ils étaient dès le départ infiltrés et manipulés.
05:43Zitouni, c'était un agent, ce qu'on appelle le Mouton-Mohara,
05:45un agent noir,
05:47il est islamiste, réellement convaincu,
05:50mais il donne des informations stratégiques au service.
05:55Jamal Zitouni, futur chef du groupe islamique armé,
05:58aurait donc commencé sa carrière en renseignant les services secrets algériens.
06:03À la publication de ces révélations,
06:05l'ambassade d'Algérie à Paris monte au créneau.
06:08C'est quelque chose de tout à fait fantaisiste et tout à fait farfelu,
06:14et je suis indigné par le fait qu'on utilise de telles méthodes
06:20pour porter atteinte à l'intérêt du pays que je représente,
06:26et aussi, de mon point de vue, à ses intérêts diplomatiques,
06:29et dans une certaine mesure, aux relations entre la France et l'Algérie.
06:33Mais derrière les civils, ce sont en fait les militaires qui dirigent l'Algérie.
06:38Le patron de l'armée en 1992, c'est le général Nezhar,
06:41un homme de l'ombre qui n'avait pas hésité à faire tirer sur la foule
06:45lors des émeutes de 1988.
06:48Il y a quelques semaines, il passait à Paris pour un procès en diffamation,
06:52une occasion exceptionnelle de le rencontrer.
07:12Devant notre caméra, un jeune Algérien tente de nous empêcher de poser des questions.
07:20Les attentats de Paris, c'est quoi ?
07:22Les attentats de Paris, en fait, on a clair.
07:26Bon, c'est les agents, là.
07:27Ce monsieur, vous dites, qu'il reste tranquille, là.
07:30Les journalistes, là.
07:31Je leur ai parlé gentiment, ils ont été pris comment ça peut le mettre.
07:34C'est bon, monsieur le général Nezhar, c'est ce que vous m'avez dit.
07:36Non, non, je vous parle, là.
07:37C'est une étincelle comme ça, et vous portez des jugements sur les gens.
07:46Ça, je vous l'ai dit.
07:48Vous savez que l'armée a un type de déjeuner.
07:50Je vous l'ai dit.
07:54En dix ans de guerre, Nezhar et ses généraux n'ont jamais apprécié qu'on questionne leur méthode.
08:00Voici leur ganigramme secret des vrais patrons de l'Algérie.
08:03À droite, les forces militaires proprement dites.
08:07À gauche, les services secrets du DRS, la redoutable sécurité militaire, avec le capitaine Huguenoun.
08:14Au cours de notre enquête, un troisième officier a accepté de nous parler.
08:19Longtemps bras droit du patron du contre-espionnage, il a déserté l'armée en 96.
08:24À l'époque, ses chefs lui avaient demandé d'organiser en Allemagne l'assassinat de Rabakébir, porte-parole du fils
08:29pour l'Europe.
08:34L'affaire Zitouni, notre officier connaît.
08:37Un de ses lieutenants l'a lui à confirmer en 1994.
08:43On m'avait dit, et je connais le lieutenant, parce qu'il a été sous mes ordres, il est même...
08:47Il m'a dit, je ne comprends pas.
08:50Il a... comment ça m'a dit ?
08:52Jamais du tout dit.
08:53Il rôde à la caserne.
08:54Qu'est-ce qui se passe ?
08:56Il rôde, donc il est convoqué, il vient, il rôde.
08:59Il n'est normalement comme un officier.
09:02Qu'est-ce que ça veut dire ?
09:03Ça veut dire que c'est un agent qui recevait ses instructions de la part de nos chefs.
09:11Zitouni circule librement, en effet.
09:14En juillet 1994, il est même aperçu au siège des services secrets dans la banlieue d'Alger.
09:20Abbas Aroua est universitaire.
09:22Il a coordonné l'une des meilleures enquêtes sur le GIA.
09:25Selon lui, les services algériens cherchaient à l'époque à renforcer la crédibilité de l'islamiste Zitouni
09:30pour le placer ensuite au sommet du GIA.
09:32Il fallait d'abord le valider comme un insurgé islamiste
09:37aux yeux de l'opposition armée et aux yeux de la population en général.
09:42Les médias algériens, contrôlés par le pouvoir militaire,
09:46ont tout fait pour gonfler le personnage.
09:49Ce qu'on a toujours fait, c'est entretenir une image,
09:52une image d'un Zitouni sanguinaire
09:56que les médias malheureusement ont amplifié à l'époque.
09:59qu'on fait un compte...
10:00Ça vous aînait ?
10:03Ça nous a aidé en tant que service secret, oui.
10:06Ça nous a aidé en tant que service secret.
10:08Le 3 août 1994, 5 Français sont donc tués à Alger.
10:13En France, l'émotion est considérable.
10:15Les services algériens mettent alors l'attentat sur le dos de Zitouni.
10:19Relayé par l'agence France Presse,
10:20l'un des seuls médias étrangers autorisés en Algérie,
10:23cette version officielle est reprise par tous les journaux télévisés.
10:28Dans l'enquête sur l'attentat d'Alger maintenant,
10:30la semaine dernière donc,
10:31les services secrets algériens affirment
10:33qu'ils ont identifié le responsable du commando de la cité Ainalla.
10:38Il s'agirait du numéro 2 du groupe islamique armé,
10:40la faction la plus radicale des intégristes algériens, Valérie Gaché.
10:45Djamal Zitouni était-il dans l'une des deux voitures
10:48qui, mercredi dernier, sont entrées par surprise
10:50dans la cité d'Aïnalla, près d'Alger ?
10:53C'est ce qu'affirment aujourd'hui les services de sécurité algériens.
10:56C'est vrai que la version officielle,
10:58c'est Zitouni, un islamiste pur et dur,
11:00qui est une 5 Français.
11:01En fait, c'est tout à fait autre que ça,
11:03puisque Zitouni était déjà manipulé,
11:05recruté par un des chefs des services opérationnels
11:09de la sécurité militaire,
11:11enfin ce qu'on appelait la sécurité militaire,
11:13mais c'est en fait la DRS.
11:15Ce chef-là s'appelle le colonel Tartak Bachir.
11:18Et donc, c'est ce colonel Tartak Bachir
11:21qui avait en fait monté toute cette opération
11:22de Ainalla, où des gendarmes ont été tués.
11:26Il s'agit désormais de crédibiliser Zitouni
11:29sur la scène internationale,
11:30de renforcer son image d'islamiste sanguinaire
11:33et hostile à la France.
11:35Après avoir validé sa loyauté islamiste,
11:38et après en avoir fait un chef médiatiquement,
11:43la phase suivante, ou l'étape suivante,
11:45consistait à lui faciliter un coup d'État
11:48sur le GIA.
11:51L'armée tend donc une embuscade
11:52au chef du GIA et à ses principaux lieutenants.
11:55Ils sont tous tués, sauf Zitouni.
11:57Il est épargné par les militaires.
12:02Plutôt content de l'opération,
12:04le patron du contre-espionnage algérien
12:05la raconte à ses homologues
12:06des services secrets français.
12:09Témoignage d'un haut fonctionnaire
12:10du ministère de la Défense
12:11qui préfère garder l'anonymat,
12:13mais qui s'en souvient parfaitement.
12:14C'est une anecdote qui m'avait quand même frappé.
12:17C'est effectivement qu'ils l'ont épargné.
12:19Ils l'ont épargné volontairement.
12:21Alors que tout avait été conçu,
12:23enfin tout avait été fait pour l'embuscade
12:25et qu'ils tuaient, enfin ils tuaient tout le monde
12:26s'ils voulaient quoi.
12:27Et ceux-là n'avaient pas été tués exprès.
12:29Mais moi, quand on m'a raconté ça,
12:30ça m'a pas paru surprenant.
12:32On a épargné un type parce que soit
12:33on avait des contacts déjà avec lui,
12:35qu'on pensait qu'après il pourrait prendre la relève
12:37ce qui s'apparemment passait,
12:39ce qui l'a passé et qui serait plus accommodant,
12:41ça me paraissait dans l'ordre des choses,
12:44franchement.
12:45Ce type d'anecdote, c'est susceptible d'être raconté ou pas ?
12:47Ah non.
12:49Ah non, ça c'est...
12:50Ne me citez pas parce que là, c'est...
12:51C'est emmerdé là.
12:54Protégé par l'armée,
12:55Zitouni va prendre la tête des GIA en octobre 94.
12:59Pour cet ancien numéro 2
13:00de l'ambassade d'Algérie en Libye,
13:02les services secrets algériens ont réussi ce jour-là
13:04un coup de maître.
13:06Avant Zitouni, c'était l'infiltration.
13:08À partir de l'arrivée de Zitouni,
13:10c'est la même mise totale des généraux sur les GIA.
13:15À partir de cette date,
13:16le GIA, qui est censé combattre le régime,
13:19retourne sa violence contre la population.
13:21Les Algériens ne comprennent plus ce qui se passe.
13:24Vous ne pouvez pas expliquer
13:25pourquoi on tue une religieuse de 15 ans.
13:31Vous ne pouvez pas comprendre
13:32pourquoi on met dans le goudron un bébé de 4 ans.
13:35de 2 ans.
13:37Vous ne pouvez pas, en tant que musulmans,
13:39en tant qu'un être humain,
13:40je dirais en tant qu'indébidus,
13:41tout simplement,
13:43comprendre pourquoi on est votre femme enceinte.
13:47C'est de la barbarie pure.
13:50Il n'y a pas autre chose.
13:52C'est pour frapper l'imaginaire.
13:54Ce n'est pas autre chose.
13:55Donc, il y avait une stratégie,
13:57il fallait les gens les frapper dans leurs émotions,
14:00dans leurs...
14:00Il fallait les choquer.
14:02Vous voulez le faire,
14:02voilà ce qu'ils sont en train de faire.
14:05L'effet escompté,
14:06c'était que la population divorce
14:07totalement avec les biologies islamistes.
14:20Quand il s'autoproclame chef du GIA,
14:23la première chose qu'il fait,
14:25c'est qu'il fait exécuter tous les chefs du maquis,
14:27donc,
14:29pour les remplacer
14:30par ses complices
14:32des services de la DRS.
14:35Donc, il met à la tête des maquis,
14:37des gens qui lui sont fidèles
14:40et qui collaborent avec lui.
14:42Après avoir placé ces hommes,
14:44Zidouni commence à éliminer les vrais islamistes.
14:47Les chefs du fils étant en prison,
14:49ils se contentent de les exclure symboliquement.
14:51Mais d'autres dirigeants,
14:53comme Rabakébir,
14:53le porte-parole du fils en Europe,
14:55ou le chèque Sahrawi,
14:56qui dirige la mosquée de la rue Mira à Paris,
14:58sont inscrits sur une liste d'opposants à assassiner.
15:01Une liste qui n'aurait pas été établie par Zidouni.
15:06Lorsqu'il y a eu cette fameuse liste
15:07des dirigeants du fils à exécuter à l'étranger en Algérie,
15:10elle était faite à Benakloum,
15:12tous les locaux de la DRS,
15:14parce que, tout simplement,
15:15il fallait éliminer ce qu'on appelle,
15:17entre guillemets,
15:17les intellectuels du fils.
15:19Jamel Zidouni a fait la besogne
15:21qu'on n'a pas pu faire directement
15:23les services de sécurité algériens,
15:24à savoir s'attaquer à ces cadres
15:26du franc islamique du Salih
15:27et de les assassiner.
15:31Zidouni et ses lieutenants font le travail,
15:33puis des communiqués portant le tampon du GIA
15:35sont publiés à Londres.
15:38Faire un tampon avec un sigle du GIA
15:41ou l'envoyer à l'Hayat
15:43ou à n'importe quelle agence,
15:46ça ne veut rien dire, en fait.
15:49El Hayat,
15:50le plus grand quotidien en langue arabe de Londres.
15:53Depuis dix ans,
15:54ce journal publie régulièrement
15:56les communiqués du GIA
15:57en affirmant qu'ils émanent des islamistes.
15:59En fait, le journaliste chargé de l'Algérie
16:01les recevait par fax.
16:02Il n'a jamais pu en vérifier la provenance.
16:05À l'époque,
16:09le GIA sortait deux ou trois communiqués par semaine.
16:13Comment voulez-vous
16:14qu'on en vérifie l'authenticité ?
16:17C'était impossible.
16:21Pendant dix ans,
16:22le monde entier a donc cru
16:23à des revendications du GIA
16:25dont aucun journaliste
16:26n'a jamais vérifié l'authenticité.
16:28Et les services secrets algériens
16:29ne se seraient pas contentés
16:30de rédiger eux-mêmes
16:32certains de ces communiqués.
16:36Ce monsieur est le capitain Chouchen.
16:38C'est la dernière preuve vivante
16:40que le GIA est une pure invention
16:41des services secrets
16:42puisqu'on lui a donné l'ordre
16:44d'aller seconder
16:45Jamal Zitouni en 1995.
16:48D'accord, la donnée en militaire
16:50d'Edé Zitouni ?
16:50Oui, on a demandé à cet officier
16:52qui est un officier des services spéciaux
16:54d'aller pour devenir
16:57le bras droit de Jamal Zitouni
16:59dans le mari.
17:00Depuis que le capitaine Chouchen
17:02a confirmé publiquement
17:03son incroyable histoire,
17:04le général Nezard
17:05a trouvé un argument imparable
17:06pour le discréditer.
17:09Chouchen est un islamiste convaincu
17:12et je le respecte
17:14parce que c'est un islamiste convaincu.
17:15C'est un officier des forces spéciales algériennes
17:17à qui on a demandé,
17:18le commandant Abdelrahman
17:19a demandé en 1995
17:19de devenir le numéro 2
17:20de Jamal Zitouni
17:21à la tête du GIA.
17:23Ça c'est faux.
17:24Ça c'est à lui de le confirmer.
17:31Soldat d'élite,
17:32instructeur des forces spéciales
17:33de l'armée,
17:34le capitaine Chouchen
17:35fut longtemps un officier modèle.
17:42Mais dans les années 90,
17:44comme beaucoup de jeunes Algériens,
17:45il devient sympathisant du fils.
17:49En janvier 1992,
17:51les islamistes gagnent les élections
17:52mais l'armée interrompt
17:54le processus électoral.
18:01Choqué par le coup d'État,
18:02le capitaine Chouchen
18:03refuse de tirer sur la foule.
18:05Il est jeté en prison.
18:08Trois ans plus tard,
18:10la direction de l'armée
18:11vient le chercher dans sa cellule
18:12et lui propose une mission
18:14très spéciale.
18:17Au cours de notre enquête,
18:18nous l'avons retrouvée
18:19dans le nord de l'Angleterre.
18:21Pour la première fois
18:22devant une caméra,
18:23il a accepté de nous raconter
18:24ce qui lui était arrivé.
18:27Il m'a amené
18:28au centre de torture
18:30de Ben Aknoun
18:31et là,
18:33le général Kamal Abdelrahman
18:35est venu me voir
18:36et il m'a proposé
18:38de travailler avec lui.
18:44Le colonel Tartag
18:46était avec lui.
18:47Premièrement,
18:48au début,
18:49ils m'ont proposé
18:50de liquider
18:51le chef du fils
18:53qui avait pris le maquis.
18:56Je leur ai dit
18:57que je croyais
18:58que vous allez me proposer
19:00de liquider
19:00les étounes
19:01ou les gens
19:02qui ont reconnu
19:05les crimes
19:06contre les enfants,
19:07les femmes
19:08et ainsi de suite.
19:10Là,
19:12Bachar Tartag
19:15était énervé.
19:16Il m'a dit
19:17« Laisse Zitouni tranquille,
19:18c'est notre homme
19:20et c'est avec lui
19:21qu'il va travailler. »
19:24Le colonel Bachar Tartag
19:25et le général Abdelrahman,
19:27deux des plus hauts
19:27responsables
19:28des services secrets algériens
19:29qui ont refusé
19:30notre demande d'interview,
19:32auraient donc ordonné
19:32au capitaine Chouchen
19:33d'encadrer
19:34Djamal Zitouni.
19:37C'est mettre
19:38l'un des meilleurs instructeurs
19:40de l'armée
19:40au service
19:41du chef du GIA.
20:08Chouchen accepte,
20:09il cherche à gagner du temps.
20:10Quelques semaines plus tard,
20:12l'armée lui fixe
20:13effectivement un rendez-vous
20:14dans un hôtel d'Alger.
20:15Il se rend sur place,
20:17aperçoit l'émissaire
20:18de Zitouni
20:18puis s'éclipse
20:19et parvient finalement
20:20à rallier l'Angleterre.
20:23Six ans d'exil.
20:28Quelle honte.
20:31Les vrais terroristes,
20:32c'est ceux-là.
20:34Voilà,
20:35le général est
20:35comme Abdelrahman.
20:37C'est lui qui décidait
20:38pour la majorité
20:39de ce qu'il fallait faire
20:41avec
20:41Djamal Zitouni.
20:43Et les généraux
20:44vont bientôt confier
20:45à Zitouni
20:45une nouvelle mission,
20:46frapper l'Europe.
20:48Fin 1994,
20:49le régime est de plus en plus
20:51contesté
20:51sur la scène internationale.
20:53À Rome,
20:54des opposants algériens
20:55convoquent une conférence
20:55de presse.
20:57Du FLN
20:57au Front Islamique du Salut,
20:59tous les partis
20:59envisagent un processus
21:00de paix prévoyant
21:01le retour à la démocratie
21:02et le départ des militaires.
21:04Le monde entier
21:05comprend alors
21:06que l'Algérie
21:06peut fonctionner
21:07sans que l'armée
21:08soit au pouvoir.
21:08les généraux s'inquiètent.
21:10Ils ont bâti leur camp
21:13sur la lutte
21:15contre les intégristes,
21:16sur la lutte
21:16contre les islamistes.
21:18Mais une fois
21:18que les islamistes
21:19sont acceptés
21:20par la société démocratique,
21:22donc,
21:22tout ce qu'ils ont construit
21:23tombe comme
21:25un château de cartes.
21:26Ces gens-là,
21:27à chaque camp d'occasion,
21:31il faut que
21:32des attentats,
21:33le terrorisme
21:34ressurgissent
21:35pour crédibiliser
21:37leurs théories,
21:39leurs discours.
21:42À partir de 14h30,
21:45quatre terroristes,
21:48ceux que nous
21:48croyons être,
21:51ont pu s'infiltrer,
21:53passer
21:53les différents barrages
21:56de contrôle
21:57et ils prennent
21:59depuis cette heure-là
22:01en otage
22:01232 passagers.
22:05Nous sommes un mois seulement
22:06après la réunion
22:07des opposants algériens
22:08à Rome.
22:09Les hommes de Djemel Zitouni
22:11viennent de prendre en otage
22:12un Airbus d'Air France.
22:15Ce jour-là,
22:16les services de sécurité
22:17de l'aéroport
22:17n'ont pas fait leur travail.
22:19Certains bagages
22:20n'ont pas été fouillés
22:21et 63 passagers
22:22se sont montés dans l'avion
22:23sans que leur biais
22:24ne soit contrôlé,
22:25une négligence impensable
22:26dans un pays soumis
22:27à une guerre terroriste.
22:29Pendant ce temps,
22:30les hommes de Zitouni
22:31introduisent tranquillement
22:32dans l'Airbus
22:32des armées des explosifs.
22:34Il était impensable
22:35de faire passer
22:37une arme,
22:37même une arme de poing,
22:39au niveau de l'arbre.
22:40Or, ces gens-là
22:41se sont passés avec...
22:42Ils avaient même
22:43des explosifs.
22:45C'est louche.
22:46Est-ce que les terroristes
22:47rebondiquent
22:48d'une organisation ?
22:51Ce sont des terroristes.
22:54Islamistes, les gars.
22:55Ce sont des terroristes.
22:58À Paris,
22:59on commence à s'interroger
23:01sur l'attitude
23:01des autorités algériennes.
23:03Après l'assassinat
23:04de deux passagers,
23:06Édouard Balladur
23:06propose que des gendarmes
23:07français interviennent.
23:09Alger refuse.
23:10Au bout d'une trentaine
23:11d'heures d'angoisse,
23:12les preneurs d'otages
23:13abattent un troisième passager
23:15d'une balle dans la tête.
23:16Il a 23 ans,
23:17il est cuisinier
23:18à l'ambassade de France.
23:22Le premier ministre,
23:23Édouard Balladur,
23:24téléphone alors
23:25au président Zerwal.
23:28J'ai dit notamment
23:29au président Zerwal
23:30que je le tenais
23:32pour responsable
23:33de l'avis des Français
23:34qui étaient dans cet avion.
23:36Et que faute de quoi,
23:37je prendrais l'opinion
23:39et la communauté internationale
23:40à témoin
23:40du comportement
23:42du gouvernement algérien
23:44et qui aurait empêché
23:46la France
23:46de sauvegarder
23:48l'avis de ses ressortissants.
23:51Ça a été assez difficile
23:53et peu diplomatique
23:54comme conversation.
23:55Après ce coup de téléphone,
23:57l'Airbus décolle
23:58enfin pour Marseille.
23:59Le GIGN intervient.
24:258 ans après ce détournement,
24:27l'Algérie n'a toujours pas répondu
24:29aux questions du juge antiterroriste
24:31Jean-Louis Bruguère
24:31sur les circonstances exactes
24:33de l'affaire.
24:35Pour la veuve
24:36du jeune cuisinier abattu,
24:37ce silence
24:38est difficile à comprendre.
24:40Je ne vois pas l'intérêt
24:41du gouvernement algérien
24:42de faire obstruction
24:44à la justice.
24:46Pourquoi ils le font ?
24:47Pourquoi ils n'ont pas
24:47laissé accéder
24:48aux bandes enregistrées
24:49de la tour de contrôle ?
24:50Pourquoi le juge Bruguère
24:53n'arrive pas à avancer
24:54plus dans l'affaire ?
24:55Ou alors,
24:56bon, il nous a réunis
24:57une fois ou deux depuis,
24:59mais c'est tout quoi.
25:01Moi, je veux quelque chose,
25:02je veux des résultats,
25:03parce que les personnes
25:05qui ont vraiment
25:05commandité cet attentat
25:06sont vivantes,
25:07elles sont quelque part.
25:09Malgré le détournement
25:10de l'Airbus,
25:11la paix progresse.
25:13Début 95,
25:14réunis à nouveau à Rome,
25:16les partis algériens
25:17signent enfin
25:17un accord historique.
25:18Ils s'entendent
25:19pour gouverner l'Algérie
25:20ensemble,
25:21sans les militaires.
25:24Seul le peuple
25:25peut désigner
25:27l'autorité
25:27et toutes les institutions
25:29qui doivent désigner
25:30le pays.
25:31A Paris,
25:33des hommes politiques
25:33comme Valéry Giscard d'Estaing
25:35ou François Léotard
25:35se déclarent favorables
25:36aux accords de Rome.
25:38François Mitterrand
25:39lui-même
25:39tente de rallier
25:40Helmut Kohl
25:41au processus de paix.
25:43En mars 95,
25:44même l'administration Clinton
25:46considère que le régime
25:47militaire algérien
25:48a échoué.
25:49Les généraux
25:49se sentent lâchés
25:50par la communauté internationale.
25:52Le GIA va frapper Paris.
25:56À leur arrivée au pouvoir,
25:58Jacques Chirac
25:59et Alain Juppé
25:59seront salués
26:00par l'une des plus importantes
26:01campagnes d'attentats terroristes
26:03jamais organisées en France.
26:06Le 15 juin,
26:07un quotidien algérien
26:08proche des services de sécurité
26:09annonce l'arrivée en France
26:10d'un commando
26:11chargé de commettre
26:11des attentats.
26:13Le 11 juillet,
26:14le Sheikh Saharaoui,
26:15un des dirigeants du FIS
26:16qui figurait sur la liste
26:17des hommes à abattre
26:18par Zitouni,
26:19est mitraillé à Paris.
26:20Le 25,
26:21c'est la bombe de Saint-Michel.
26:23L'affaire sent la manip,
26:24d'autant que les vrais islamistes,
26:26eux,
26:26condamnent ces attentats
26:27qui les discréditent
26:28auprès de la communauté internationale.
26:29Stratégiquement,
26:30le FIS n'avait aucun intérêt
26:33à se priver
26:34de la base islamiste
26:35s'il y a une base islamiste
26:37en France.
26:37Il n'avait aucun intérêt
26:39à se couper
26:40des pseudo-aides financières
26:43qu'il pouvait recevoir
26:44de la France.
26:45En août,
26:47comble de la provocation,
26:48un communiqué
26:49signé Zitouni
26:50ordonne au président Chirac
26:51de se convertir
26:52à l'islam.
26:54Infantilisme
26:55ou coup monté
26:56des services algériens
26:57pour discréditer
26:57les islamistes.
26:59La question se pose
27:00d'autant plus
27:00que l'organisateur
27:01des attentats de Paris,
27:02un certain Ali Touchent,
27:04est un personnage
27:05bien étrange.
27:06Depuis le début
27:07des années 90,
27:08ce lieutenant de Zitouni
27:09recrute des jeunes
27:10dans les banlieues françaises
27:11et les pousse
27:11à commettre des attentats
27:12au nom du GIA.
27:14Exemple,
27:15Khaled Kalkal,
27:16recruté par Touchent
27:17et abattu par les gendarmes
27:18en septembre 95.
27:21Attention !
27:23Ok, c'est bon !
27:25C'est bon, c'est bon ?
27:26Attends,
27:28c'est quoi ?
27:28Quand ils ne se font
27:30pas tuer par balle,
27:31les jeunes recrutés
27:32par Touchent
27:33sont tous interpellés.
27:39Les arrestations
27:40sont spectaculaires,
27:41mais quand les policiers
27:42interrogent les jeunes,
27:43ils sont souvent déçus.
27:45Confidence d'un policier
27:46des renseignements généraux
27:47qui était en fonction
27:48au moment des attentats
27:49de Paris.
27:49Il a été mis sur la touche
27:50après avoir dénoncé
27:51des dysfonctionnements
27:52dans son service.
27:53Ce qui était étonnant,
27:55c'est que quand on voyait
27:55ces jeunes passer
27:56alors qu'ils venaient
27:58d'être arrêtés
27:58par la DNAT
27:59ou bien par la brigade
28:00criminelle,
28:01pour avoir fait
28:02un peu de PJ avant,
28:03je m'étonnais
28:04du comportement
28:05de ces jeunes.
28:05C'est-à-dire ?
28:06C'est un comportement
28:07assez enfantin.
28:09On n'aurait jamais cru
28:10que c'était des gens
28:11vraiment qui faisaient
28:11partie d'un réseau dur
28:12du GIA.
28:13Je pense qu'au sein
28:14du GIA,
28:14ça demande des gens
28:15plus durs.
28:16Ces gens plus durs,
28:17c'est notamment
28:18Ali Touchent,
28:18mais il n'est jamais
28:19inquiété par la police.
28:21En 93,
28:22lors de l'opération
28:22Chrysanthème,
28:23puis en 94,
28:24en Belgique,
28:25et enfin en 95,
28:26après les attentats
28:27de Paris,
28:27les réseaux montés
28:28par Touchent
28:29tombent les uns
28:29après les autres,
28:30mais lui échappe
28:31aux arrestations
28:32systématiquement.
28:36Quelqu'un qui,
28:37une fois,
28:38deux fois,
28:38trois fois,
28:40parvient à passer
28:40au travers des mailles
28:41du filet,
28:42soit il est extrêmement
28:44habile,
28:45soit il est prévenu
28:45avant.
28:46Et il est prévenu
28:46avant par des gens
28:48qui savent
28:48qu'il y a des interpellations
28:49qui vont avoir lieu,
28:51qu'il y a des opérations
28:52de police
28:52et des opérations
28:53de justice
28:53qui sont montées.
28:55Et pour réussir
28:55à échapper trois fois,
28:56il faut peut-être
28:57être prévenu avant.
28:59Lors du procès
29:00des attentats de Paris
29:01en octobre,
29:02Jean-François Clair,
29:03numéro 2 de la DST,
29:05a dû venir démentir
29:06que ses services
29:06aient pu entretenir
29:07des contacts
29:08avec Ali Touchent.
29:09Mais pour beaucoup
29:10de spécialistes
29:11du terrorisme,
29:12Touchent était au minimum
29:13un agent secret algérien.
29:16C'est fatalement un agent.
29:18En France,
29:19on a connu aussi
29:19des agents comme ça
29:20qui faisaient partie
29:21de réseaux d'ailleurs.
29:22Et puis,
29:23qui sont toujours sortis,
29:25c'est-à-dire qu'ils ont remonté
29:25un autre réseau après.
29:26Donc pour moi,
29:27c'est un agent.
29:29C'est difficile
29:30de comprendre autrement.
29:35Touchent,
29:35agent des services secrets
29:36algériens,
29:38après les attentats
29:39de Paris en tout cas,
29:40il part se réfugier
29:41à Alger.
29:43Trois ans plus tard,
29:44les autorités algériennes
29:45déclarent qu'il est mort
29:46et qu'il ne peut donc
29:46pas être jugé.
29:48Une affirmation
29:49que la justice française
29:50n'a jamais pu vérifier.
29:51En fait,
29:52la DST aurait compris
29:53dès 1995
29:54que Touchent travaillait
29:55pour les services secrets
29:56algériens.
29:57Témoignage du juge
29:58Alain Marceau,
29:59ancien patron
29:59de la lutte antiterroriste.
30:01On nous dit
30:02la DST en août 1995
30:03comprend que derrière
30:04Kalkal et derrière
30:05tous ces petits gars,
30:06il y a des gens
30:06de la sécurité militaire,
30:07Alain Touchent,
30:08qui ensuite a été
30:08expulsé vers Algé.
30:09Ça a été effectivement
30:11une réflexion de la DST
30:12en disant finalement
30:13que plus on avance
30:14sur les réseaux Kalkal
30:15et plus on trouve
30:15des gens,
30:16des Algériens,
30:17des services officiels.
30:18Donc on avait tous
30:20de bonnes raisons
30:21d'être extrêmement prudents.
30:23Un an après les attentats,
30:25le colonel Sam Raoui
30:26que l'on aperçoit ici
30:27avec le général Nezard
30:28évoque l'affaire Touchent
30:30avec l'un de ses collègues
30:31et amis responsables
30:32de la sécurité militaire
30:34à l'ambassade d'Algérie
30:35à Paris.
30:37Il m'a dit que Touchent
30:39leur appartenait,
30:40donc c'était quelqu'un,
30:41grosso modo,
30:42c'était un agent
30:43des services
30:44qui est activé en France.
30:47Reste la question centrale,
30:49pourquoi l'Algérie
30:50aurait-elle décidé
30:51d'organiser des attentats
30:53en France ?
30:56En faisant des attentats
30:57en France,
30:58on mobilise l'opinion
31:00publique française.
31:01Donc les gens vont dire
31:01« Oh, l'islamisme,
31:03c'est un danger,
31:04donc on va couper. »
31:06Voilà, c'est ce qui a été fait
31:07en Algérie,
31:08déjà contre eux.
31:10« Oh, les islamistes
31:12et des terroristes
31:12vont lui couper la tête. »
31:14Et cette peur
31:15a contribué
31:17à cet état d'esprit
31:19d'obliger
31:20les gouvernants français
31:22à agir
31:24et à expulser
31:25pratiquement
31:25tous les supports
31:28des islamistes.
31:33Quand on a vécu
31:34les années 83-90,
31:37on se rend compte
31:38que le terrorisme d'État
31:39c'est quelque chose
31:39d'assez particulier,
31:41que d'abord
31:41il utilise
31:42des organisations écranes.
31:43Dans l'espèce,
31:44on peut considérer
31:45qu'à un moment ou à un autre,
31:46le GIA a été
31:47une organisation écranes
31:49utilisée pour porter
31:50le feu en France.
31:50Pour prendre la France
31:51en otage ?
32:02Les attentats de Paris
32:03n'auraient donc pas été
32:04du terrorisme aveugle,
32:05mais des messages
32:06envoyés par l'Algérie
32:07à la France.
32:08En 1995,
32:10le gouvernement Juppé
32:11comprend-il
32:12que notre pays
32:12est probablement victime
32:13d'un terrorisme d'État ?
32:14Le bilan s'élève
32:16à 24 blessés.
32:17D'après notre enquête,
32:19la DST en avait averti
32:20Jean-Louis Debré,
32:21alors ministre de l'Intérieur,
32:22dès le mois d'août,
32:23soit un mois après
32:23la bombe de Saint-Michel.
32:27C'était qu'un certain nombre
32:28de fonctionnaires de la DST
32:29ont eu l'occasion
32:29de faire connaître
32:30au gouvernement
32:31leurs doutes
32:32sur l'origine exacte
32:34des attentats.
32:34Et donc il ne fallait pas
32:35être manichéen
32:36en disant
32:36qu'il y a les bons Algériens
32:37qui gouvernent
32:38et les mauvais
32:39qui commettent
32:39des attentats en France.
32:40C'était plus compliqué.
32:42Le 15 septembre 1995,
32:44Jean-Louis Debré
32:45invite des journalistes
32:46à déjeuner
32:47au ministère de l'Intérieur.
32:48Très rapidement,
32:49il se met à parler
32:50des attentats.
32:51Il a manifestement
32:52un message à faire passer.
32:54Il nous a donc
32:55dit une chose
32:56qui a surpris
32:58un certain nombre
32:59d'entre nous
33:00et notamment
33:01qu'il avait des doutes
33:02sur la responsabilité
33:04des auteurs
33:05des attentats
33:06et qu'il se demandait
33:08si éventuellement
33:10une manipulation
33:11des autorités
33:13algériennes,
33:14de la police algérienne
33:15était possible.
33:17Ça m'a semblé
33:18être une information
33:19de première importance,
33:21en tout cas
33:21une information nouvelle.
33:24Le lendemain,
33:25à la Une du Monde,
33:26les propos
33:27de Jean-Louis Debré
33:27selon lesquels
33:28la sécurité militaire algérienne
33:30voulait que l'on parte
33:30sur de fausses pistes
33:31pour qu'on élimine
33:32des gens qui les gênent
33:33vont provoquer
33:34la colère d'Alger.
33:36Le ministre de l'Intérieur
33:37va alors faire semblant
33:38de ne pas avoir dit
33:39ce qu'il a dit.
33:40Dans son entourage,
33:41on dément formellement
33:42l'existence de l'interview
33:43et on se réserve
33:44d'examiner
33:44toutes les suites judiciaires
33:45que mérite cette affaire.
33:47Mais quelques temps plus tard,
33:49Debré confirme ses propos
33:50à un journaliste
33:51préparant un livre
33:51sur Chirac.
33:52Dans une rencontre
33:53avec lui
33:54quelques semaines plus tard,
33:55il m'avoue
33:56qu'il l'a fait sciemment.
33:58Quel est son but ?
34:00Son but,
34:01c'est d'envoyer un signal
34:02au régime algérien.
34:04On n'a pas la preuve
34:05qu'il y ait eu
34:07orchestration,
34:08manipulation
34:09des attentats de Paris.
34:11Officiellement,
34:12on attribue ça
34:13aux islamistes,
34:15mais il y a des doutes
34:16un peu partout
34:18dans toutes les sphères
34:18du pouvoir.
34:20Et donc,
34:21on ne va pas
34:23balancer une bombe atomique
34:24sur Alger,
34:25mais on fait passer
34:27des messages
34:27par des canaux
34:29discrets,
34:30par les services,
34:31et là,
34:32officiellement,
34:33par la presse.
34:35Tout en disant
34:36qu'on ne l'a pas dit.
34:37Mais le message
34:37est passé.
34:40Président,
34:41bonsoir.
34:41Est-ce qu'on peut vous
34:42poser une question
34:42pour qu'on appelle
34:42tout ça ?
34:46Vous avez déclaré
34:47à l'époque
34:47que la sécurité militaire
34:48voulait emmener
34:49les services français
34:49sur de fausses pistes.
34:50Est-ce que vous vous en souvenez ?
34:51On ne peut pas parler
34:52des attentats de Paris,
34:52monsieur Debré ?
34:56Jean-Louis Debré
34:57préfère ne pas nous parler
34:58et pourtant,
34:59à l'époque,
35:00même Alain Juppé
35:01se méfie
35:01des services secrets algériens.
35:03Selon le canard enchaîné,
35:04il aurait ordonné
35:05aux enquêteurs français
35:06de limiter à l'extrême,
35:08voire de cesser
35:08tout contact
35:09avec les services algériens
35:10de renseignement.
35:12À l'époque,
35:13notre policier
35:14des renseignements généraux
35:15apprend qu'un Algérien
35:16qui informe
35:16un de ses collègues
35:17semble bien au courant
35:19des attentats
35:19qui vont avoir lieu.
35:23Cet Algérien,
35:24avant chaque attentat,
35:25appelait le collègue
35:26des RG
35:26pour lui dire
35:27qu'il allait se passer
35:27quelque chose.
35:29Et donc,
35:29même dans le bureau
35:30de ce collègue,
35:31on trouvait ça à la fin
35:32particulier,
35:33parce que quand on a
35:34recevait un coup de téléphone
35:34de cet individu,
35:35il se disait même
35:36que ça allait péter.
35:38Vous voyez ?
35:38Et alors là,
35:39évidemment,
35:40avec mon camarade,
35:40on se regardait en disant
35:41« mais c'est quand même étonnant ».
35:42J'ai compris par la suite
35:43que, évidemment,
35:45cet individu
35:45qui était venu tamponner
35:46l'officier français
35:47au cinquième étage
35:48était un officier algérien.
35:51Ça, c'est clair,
35:52puisque pour moi,
35:53il avait la méthodologie
35:55et puis il avait la volonté.
35:56Donc, ça ne pouvait être
35:57que ça.
35:58Il n'a jamais été arrêté.
36:00C'est un individu
36:00qui n'a jamais été arrêté,
36:01qui n'a jamais été ennuyé.
36:02On n'en a jamais parlé.
36:03Donc, c'est fatalement
36:04un type qui était couvert
36:04par notre hiérarchie.
36:05Donc, il faisait partie
36:07de l'entente
36:07entre les services algériens
36:08et nous-mêmes.
36:10Un officier algérien
36:11aurait donc prévenu Paris
36:12la veille de chaque attentat.
36:14À peine croyable,
36:15ce scénario ne surprend pas
36:16le juge Marceau.
36:21Ça ne sert à rien
36:22de commettre des attentats
36:23si vous ne faites pas
36:24passer le message
36:24et si vous n'arrivez pas
36:25à contraindre la victime
36:28à céder.
36:28Donc, après,
36:29se met en place
36:30une diplomatie
36:31plus ou moins parallèle.
36:32Il faut bien faire comprendre
36:32d'où vient la menace
36:33et comment on peut
36:34y mettre fin
36:35en contrepartie
36:35de certains avantages.
36:38Le régime algérien
36:40se serait donc servi
36:41du terrorisme
36:41pour forcer la France
36:42à le soutenir
36:43et l'affaire serait
36:45un secret de polichinelle.
37:05Et le général Nezard
37:06n'est pas le seul
37:07à dire que Paris savait.
37:09Quelques temps
37:09après les attentats,
37:10l'ancien premier ministre
37:11algérien,
37:12Abdelhamid Brahimi,
37:13que l'on aperçoit ici
37:14à l'époque
37:14où il était au pouvoir,
37:15recueille les confidences
37:16d'un proche
37:17du président Jacques Chirac.
37:18Il m'a dit en 1995
37:21après que Zerouel
37:23était élu président
37:25algérien
37:27en novembre 1995.
37:28Le président Chirac
37:29lui avait un message
37:32en particulier sur deux points.
37:33Un,
37:34il lui dit
37:35que nous n'accepterons
37:36jamais à l'avenir
37:37que la sécurité militaire
37:37organise des attentats
37:38comme il en fait en 1995.
37:41Alors je lui dis
37:42bon, vous savez
37:42pourquoi vous ne le dites pas
37:43ça ?
37:43C'est une autre histoire.
37:46Donc les autorités françaises
37:48savent
37:48que c'est la sécurité militaire
37:50qui a fait ces attentats.
37:53Après 1995 en tout cas,
37:55plus aucun responsable politique français
37:57ne prendra le risque
37:58de critiquer le pouvoir algérien.
38:00Même Lionel Jospin,
38:01pourtant peu favorable
38:02au régime des généraux,
38:03se retrouve coincé
38:04une fois devenu premier ministre.
38:06Dans le cas de l'Algérie,
38:07la très grande difficulté
38:08c'est que
38:10nous ne savons pas
38:13comprendre
38:13ce qui se passe
38:14véritablement en Algérie.
38:15Nous sommes contre
38:16une opposition fanatique
38:17et violente
38:18qui lutte contre un pouvoir
38:19qui lui-même
38:19utilise d'une certaine façon
38:21la violence
38:22et la force de l'État.
38:23Alors nous sommes obligés
38:25d'être effectivement
38:25assez prudents.
38:27Je dois aussi penser
38:28quand même aux Français.
38:30Nous avons déjà été frappés
38:32et je dois veiller
38:33à ces questions.
38:34Je suis pour que nous prenions
38:35nos responsabilités
38:36mais en pensant
38:38que la population française
38:40doit aussi être préservée.
38:42c'est lourd de dire cela
38:44mais vous comprendrez aussi
38:45pourquoi il est ma responsabilité
38:47de le dire.
38:48Ça veut dire
38:48que les politiques français
38:49ne peuvent pas dire
38:50ce qu'ils ont à dire
38:51sur le pouvoir algérien
38:51parce qu'ils ont peur des bombes.
38:53C'est ce que j'ai compris
38:55et ce que tous les observateurs
38:56ont compris.
38:59Quand Zitouni est tué
39:00dans le Maquis
39:01en juillet 1996,
39:02il a rempli sa mission.
39:04Forcer la France
39:05à soutenir le régime,
39:06assassiner une bonne partie
39:07des intellectuels islamistes
39:09et terroriser la population algérienne.
39:12Aujourd'hui,
39:13les massacres de civils
39:15continuent
39:15et la plupart des généraux
39:16sont toujours au pouvoir.
39:20Ils ont besoin
39:21de la violence
39:21pour gérer l'Algérie.
39:23Un minimum de violence.
39:24Comme ça,
39:25les Algériens,
39:25ils pensent à une seule chose,
39:27leur vie et leur sécurité.
39:28On ne demande pas
39:29où aller partir
39:30à l'aussi du pétrole
39:31ni ce qu'on fait
39:33avec l'argent des Algériens
39:34ni quoi que ce soit.
39:35C'est un pays
39:35qui fait 2 millions
39:36de kilomètres carrés.
39:37qu'est-ce qu'ils ont fait
39:39depuis par rapport
39:40à ce qu'elle a fait la France ?
39:41Est-ce qu'ils ont construit
39:42une ville nouvelle ?
39:42Il n'y en a pas.
39:43Est-ce qu'ils ont construit
39:44des routes,
39:45des entournettes ?
39:45Il n'y en a pas.
39:46Mais on ne se révolte pas
39:46parce que c'est dangereux.
39:47C'est très dangereux.
39:49Qui soutient ces gens-là ?
39:52À part la France,
39:54la France
39:54est leur principal soutien.
39:56Je ne dis pas la France.
39:58Mais certains services français,
40:00certains services spéciaux français,
40:03certaines sphères
40:04politiques françaises
40:05bien connues,
40:06aident ces gens-là.
40:08Et
40:10la vente
40:11de matériel militaire,
40:13c'est
40:13une aide supplémentaire
40:15pour permettre
40:16la survie
40:17de ces gens-là,
40:18de ces généraux-là.
40:21Ce régime
40:22que la France soutient
40:23depuis 1992
40:24pour des raisons
40:24commerciales,
40:26stratégiques
40:26ou par peur du terrorisme,
40:27a aujourd'hui
40:28du plomb dans l'aile.
40:32Depuis les massacres
40:33de 1997,
40:35beaucoup d'Algériens
40:36ont compris
40:36que le GIA
40:37avait souvent servi
40:38de couverture
40:39aux services secrets
40:39pour commettre
40:40massacres
40:40et attentats.
40:43Le gouvernement français,
40:44lui,
40:44fait comme s'il n'avait rien vu.
40:46En 2003,
40:47notre pays célébrera
40:48l'année de l'Algérie
40:49en France.
41:01Alors moi,
41:02il y a un truc
41:02qui m'a énervé
41:03dans ton sujet,
41:04c'est que
41:06Jean-Louis Debré
41:07déclare à des journalistes
41:08à multiples reprises
41:09et écrit dans des livres
41:10qui s'est douté
41:11à ce moment-là
41:12parce que les enquêtes,
41:13parce que machin,
41:14que les services
41:16secrets algériens
41:16étaient peut-être pas
41:18étrangers
41:18aux attentats de 1995.
41:20Et là,
41:21c'est le no comment absolu.
41:23On te voit dans le film,
41:24tu vas le voir,
41:25il ne répond rien.
41:26Comment on peut
41:26ne pas répondre
41:27à des questions
41:28dont je paraite ?
41:29Je ne sais pas
41:29si tu n'as pas énervé
41:30sur le coup.
41:31C'est d'autant plus énervant
41:32que moi,
41:33je lui ai envoyé
41:33des lettres,
41:34une demande d'interview
41:35par écrit
41:35pendant deux mois.
41:36Il ne m'a jamais
41:37pris au téléphone.
41:38Il fait répondre
41:39par ses services
41:40qu'il ne veut pas répondre.
41:41C'est un truc
41:42inimaginable
41:43dans un pays anglo-saxon.
41:44Inimaginable.
41:45Inimaginable aux Etats-Unis,
41:47inimaginable en Angleterre.
41:48Tu es obligé quand même,
41:49tu es occupé
41:50d'une fonction,
41:51tu es obligé
41:51de répondre au public.
41:52Ce n'est pas possible.
41:53Tu ne peux pas
41:54laisser entendre
41:54à la population
41:55que les services secrets
41:55ont foutu des bons à Paris
41:56et ne rien faire.
41:58Comme ils n'ont pas
41:58envie de faire quelque chose,
41:59ils font semblant
42:00qu'ils n'ont pas vu.
42:00faire quelque chose.
42:00Sous-titrage Société Radio-Canada
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