- il y a 2 jours
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00:01:35À ma droite, j'ai et j'aurai toujours André Malraux.
00:01:40L'idée que ce fait de moi, cet incomparable témoin, contribue à m'affermir.
00:01:45Je sais que dans le débat, quand le sujet est grave,
00:01:49son fulgurant jugement m'aidera à dissiper les ombres.
00:01:54Charles de Gaulle
00:02:00Votre réponse va engager le destin de la France
00:02:07parce que si je suis désavoué par une majorité d'entre vous solennellement sur ce sujet capital
00:02:25et quel que puisse être le nombre, l'ardeur de l'armée de ceux qui me soutiennent
00:02:36et qui de toute façon détiennent l'avenir de la patrie,
00:02:41Ma tâche actuelle de chef de l'État deviendra évidemment impossible
00:02:49et je cesserai aussitôt d'exercer mes fonctions.
00:03:06Le nom l'a emporté avec plus de 52% des voix.
00:03:11De Gaulle
00:03:13Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République.
00:03:17Cette décision prend effet aujourd'hui à midi.
00:04:00Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République.
00:04:27Quand je suis parti, l'âge a peut-être joué son rôle.
00:04:32C'est possible.
00:04:34Mais vous comprenez, j'avais un contrat avec la France.
00:04:38Ça pouvait aller bien ou mal.
00:04:40Elle était avec moi.
00:04:42Elle l'a été pendant toute la résistance.
00:04:46On l'a bien vu quand je suis arrivé à Paris.
00:04:51C'est parti.
00:04:56C'est parti.
00:05:21Il y avait l'énorme vague qui me soutenait sur laquelle je dirigeais mon bateau.
00:05:27A Londres, j'avais vu arriver des politiciens, des intellectuels, des militaires, des canacs,
00:05:36et puis les pauvres types, les marins de l'île de Seine.
00:05:40La France.
00:05:42Quand les Français croient à la France, oh alors, mais quand ils cessent d'y croire, vous connaissez la France
00:05:52du pape.
00:05:53Les Français n'aiment pas la France.
00:05:56Enfin.
00:05:58Le contrat a été rompu.
00:06:01Alors, ce n'est plus la peine.
00:06:04Ce contrat était capital parce qu'il n'avait pas de forme.
00:06:07Il n'en a jamais eu.
00:06:09C'est sans droit héréditaire, sans référendum, sans rien,
00:06:12que j'ai été conduit à prendre en charge la défense de la France et son destin.
00:06:18J'ai répondu à son appel impératif et muet.
00:06:22Je l'ai dit, écrit, proclamé.
00:06:27Maintenant, quoi ?
00:06:29Mais dans toutes les choses capitales que vous avez faites,
00:06:32quand n'avez-vous pas été minoritaire ?
00:06:36L'a-t-il pas été chaque fois qu'il a pris la charge de la France ?
00:06:41Et l'était-il pas le 18 juin,
00:06:44et maintes fois avec Churchill,
00:06:47et entre les parachutistes de 1958
00:06:49et les défileurs de la Bastille et la Nation,
00:06:52il acceptait tout cela allègrement.
00:06:57En comparaison, que signifiait un référendum sur les régions et le Sénat ?
00:07:03Peut-être que les Français étaient idiots à ce moment,
00:07:05mais qu'a-t-il fait toute sa vie
00:07:06sinon les contraindre à finir par reconnaître la France.
00:07:11J'étais minoritaire, j'en conviens.
00:07:13Je savais que tôt ou tard, je ne le serais plus.
00:07:33Hommes et femmes qui sommes ici,
00:07:37qui sommes ici chez nous,
00:07:39dans Paris,
00:07:41levés, debout,
00:07:42pour se libérer,
00:07:44et qui a su le faire de ses mains ?
00:07:47Non !
00:07:47Nous ne dissimulerons pas
00:07:49cette émotion profonde
00:07:51et sacrée.
00:07:53Il y a là des minutes,
00:07:55nous le sentons tous,
00:07:57qui dépassent
00:07:58chacune
00:07:59de nos pauvres vies.
00:08:03Paris,
00:08:04Paris outragé,
00:08:06Paris brisé,
00:08:08Paris martyrisé,
00:08:10mais Paris,
00:08:13libéré,
00:08:14libéré par lui-même,
00:08:17libéré par son peuple,
00:08:19avec le concours
00:08:20des armées de la France,
00:08:23avec l'appui et le concours
00:08:26de la France toute entière,
00:08:28c'est-à-dire
00:08:29de la France qui se porte,
00:08:32c'est-à-dire
00:08:32de la seule France,
00:08:34de la vraie France,
00:08:36de la France éternelle.
00:08:47Il y a longtemps
00:08:47que je me demande
00:08:48ce que les Français
00:08:49sont pour lui.
00:08:53Quelque chose de variable,
00:08:54sans doute,
00:08:55comme presque tout ce qui est profond.
00:08:58Les braves types
00:08:59de l'île de Sein,
00:09:01ils étaient à ses yeux
00:09:03les délégués de la France.
00:09:04Ils arrivaient à Londres,
00:09:05d'ailleurs,
00:09:05avec les canaques.
00:09:08Les femmes qui vugeaient naturelles
00:09:10de donner asile
00:09:10à nos postes émetteurs
00:09:11dans leurs chambres
00:09:12de couturières
00:09:13ou de dactylos
00:09:13en sachant qu'elles risquaient
00:09:14Ravensbrück.
00:09:16La foule des villages
00:09:17après le débarquement,
00:09:19celle de Bayeux
00:09:20et Champs-Elysées.
00:09:24Celle qu'il a rencontrée
00:09:25partout lors de ses voyages présidentiels.
00:09:28Son lien avec tant de siècles.
00:09:32Il appelle français
00:09:33ceux qui veulent
00:09:34que la France
00:09:35ne meure pas.
00:09:40Il m'avait dit
00:09:41quelques jours plus tôt
00:09:43le caractère
00:09:45c'est d'abord
00:09:46de négliger
00:09:47d'être outragé
00:09:48ou abandonné
00:09:49par les siens.
00:09:51Les gens croient
00:09:52que je ne sais pas
00:09:52ce que veut dire
00:09:53perdre la fraternité.
00:09:56croient-ils que je n'ai pas
00:09:58assez connu
00:09:58le goût de poison
00:10:00du mépris ?
00:10:02Ils ont beaucoup
00:10:03à apprendre.
00:10:04Mais il faut accepter
00:10:06de tout perdre.
00:10:08Sinon, quoi ?
00:10:09Le risque non plus
00:10:10ne se divise pas.
00:10:14Je revois
00:10:15le dernier conseil
00:10:16sous la présidence
00:10:17du général.
00:10:18Projet de décret
00:10:19sans importance,
00:10:19admission à la retraite
00:10:20d'un préfet
00:10:21de communication.
00:10:23Le ministre
00:10:24des Affaires étrangères
00:10:25s'était tue
00:10:26avant midi.
00:10:27Le général
00:10:27s'était levé.
00:10:30Eh bien, messieurs,
00:10:32nous avons terminé.
00:10:35Alors,
00:10:35un mercredi prochain,
00:10:37à moins que...
00:10:40Eh bien,
00:10:41dans ce cas-là,
00:10:41une page
00:10:42de l'histoire de France
00:10:43sera définitivement
00:10:44tournée.
00:10:48Elle est tournée.
00:11:23Sous-titrage Société Radio-Canada
00:11:35A la première séance
00:11:36de la Chambre,
00:11:37après votre départ,
00:11:40pendant deux ou trois minutes,
00:11:41je me suis trouvé seul
00:11:42au banc des ministres
00:11:43avec Kouv,
00:11:46chabant à la présidence,
00:11:49dans le jour blafard
00:11:50que vous connaissez.
00:11:53Aucun député
00:11:55n'osait entrer
00:11:55le premier.
00:12:15Le premier
00:12:40Vous écrivez la suite
00:12:41de vos mémoires
00:12:42et un livre idéologique.
00:12:47J'écris mes mémoires
00:12:49de 1958 à 1962.
00:12:52Ensuite,
00:12:53il y aura
00:12:53deux autres tomes.
00:12:56Pas de traversée
00:12:57du désert.
00:13:00Non.
00:13:01On vous a parlé
00:13:02d'idéologie
00:13:03parce que je n'écris
00:13:04pas un récit chronologique.
00:13:05Comme dans
00:13:06les mémoires de guerre,
00:13:07il s'agit
00:13:07d'une chose simple,
00:13:09vous savez.
00:13:09Dire ce que j'ai fait
00:13:10et pourquoi.
00:13:15Comme il est étrange
00:13:17que l'on doive
00:13:17se battre à ce point
00:13:19pour arracher de soi
00:13:20ce que l'on veut écrire,
00:13:22alors qu'il est presque facile
00:13:24de tirer de soi
00:13:25ce que l'on veut dire
00:13:25quand on parle.
00:13:27Colette disait
00:13:28C'est difficile
00:13:29la langue française,
00:13:30les adjectifs.
00:13:32Elle se trompait
00:13:33malgré son talent.
00:13:35La langue française,
00:13:37ce sont les verbes.
00:13:39On me dit
00:13:39que vous envisagez
00:13:40de publier
00:13:41tout ce que vous avez dit
00:13:42depuis le 18 juin.
00:13:44Discours
00:13:44et conférences
00:13:45de presse.
00:13:46Sauf les machins
00:13:48aux maires
00:13:48au bord de la route.
00:13:50Mais il est bon
00:13:51de donner les choses
00:13:52à leur dot.
00:13:54L'effet d'ensemble
00:13:55peut être singulier
00:13:56parce que
00:13:57vos textes de Londres
00:13:58ne sont pas des discours.
00:14:01Ce sont des monologues
00:14:04destinés à des foules invisibles.
00:14:07Et le jour
00:14:08où la radio
00:14:08nous a donné
00:14:08la masse de messages personnels
00:14:10qui annonçaient
00:14:10de toute évidence
00:14:11le débarquement,
00:14:13je pensais
00:14:14à la scène
00:14:15du soulier de Satin.
00:14:18Vous tous
00:14:19qui m'écoutaient
00:14:20dans l'obscurité.
00:14:56La bataille suprême
00:14:58est engagée.
00:14:59Bien entendu,
00:15:01c'est la bataille
00:15:02de France
00:15:03et c'est la bataille
00:15:05de la France
00:15:07pour les fils
00:15:08de France.
00:15:09Où qu'il soit,
00:15:11quel qu'il soit,
00:15:12le devoir simple
00:15:13et sacré
00:15:14est de combattre
00:15:16par tous les moyens
00:15:17dont il dispose.
00:15:19Il s'agit
00:15:20de détruire
00:15:22l'ennemi.
00:15:23L'ennemi
00:15:24qui écrase
00:15:25et souille
00:15:26la patrie,
00:15:27l'ennemi
00:15:28détesté,
00:15:29l'ennemi
00:15:30déshonoré.
00:15:33Derrière
00:15:34le nuage
00:15:34si lourd
00:15:35de notre sang
00:15:37et de nos larmes,
00:15:38voici
00:15:39que reparaît
00:15:41le soleil
00:15:42de notre grandeur.
00:16:00ce qui donne
00:16:01leur accent
00:16:01à vos allocutions,
00:16:03c'est ce qui les sépare
00:16:04des discours.
00:16:05D'ailleurs,
00:16:06la conférence de presse
00:16:07aussi a été un nouveau
00:16:07moyen d'expression.
00:16:08l'écrivain
00:16:11non plus
00:16:12ne connaît pas
00:16:13ses lecteurs
00:16:14et dans une certaine
00:16:16mesure,
00:16:16comme vous,
00:16:17il les suscite.
00:16:18Mais la différence
00:16:19me semble
00:16:20en ce que
00:16:22tout grand écrivain
00:16:23est lié
00:16:24à ceux
00:16:25qui le précèdent
00:16:27alors que vos allocutions
00:16:29n'avaient pas
00:16:29de précédent.
00:16:32sauf un.
00:16:34Vous connaissez
00:16:35Vézelay.
00:16:38Comment
00:16:38les chevaliers
00:16:39du bas
00:16:40de la colline
00:16:40auraient-ils
00:16:41entendu
00:16:41Saint Bernard
00:16:42qui parlait
00:16:42évidemment
00:16:43son micro ?
00:16:46Cependant,
00:16:46ils sont partis
00:16:47pour la croisade.
00:17:19Ce que nous avons voulu
00:17:21entre vous et moi
00:17:22pourquoi ne pas
00:17:23lui donner son vrai nom
00:17:24la grandeur
00:17:26c'est fini.
00:17:28Or la France
00:17:29peut encore étonner
00:17:31le monde
00:17:31mais
00:17:32plus tard
00:17:34elle va tout négocier
00:17:36avec les américains
00:17:38et même les russes
00:17:40avec les allemands
00:17:41et les communistes.
00:17:43C'est commencé.
00:17:45Ça peut durer
00:17:46sans grande signification
00:17:49à moins d'un événement.
00:17:51La France
00:17:52n'en attend pas
00:17:53les autres non plus.
00:17:55Je ne crois
00:17:56aucunement
00:17:57que ça dure.
00:17:59vous verrez
00:18:00les parlementaires
00:18:01peuvent paralyser
00:18:02l'action
00:18:02ils ne peuvent
00:18:03pas la déterminer.
00:18:05La France
00:18:06s'était relevé
00:18:07contre le parlementarisme
00:18:09elle va s'y ruer
00:18:10et il la défendra
00:18:13aussi intelligemment
00:18:14que lorsque
00:18:15je tentais
00:18:15de faire accepter
00:18:16les blindés.
00:18:17Mais il n'y a plus
00:18:18Hitler.
00:18:20Le pays
00:18:21a choisi
00:18:22le cancer.
00:18:24Qui pouvais-je ?
00:18:29Il n'a jamais
00:18:30accepté
00:18:30de confondre
00:18:31le pays
00:18:32et les politiciens.
00:18:34Et il vient
00:18:35de dire
00:18:35le pays
00:18:36et non
00:18:37les politiciens.
00:18:46La grandeur
00:18:48s'est finie.
00:18:51Il a rétabli
00:18:52la France
00:18:53à partir
00:18:53d'une foi.
00:18:55Et la foi
00:18:56n'a pas qu'un sens
00:18:57religieux.
00:18:58Comment
00:18:58Saint-Martin
00:18:59hongrois
00:19:00a-t-il évangélisé
00:19:01nos provinces
00:19:01de Loire ?
00:19:03Comment
00:19:04les évangélisateurs
00:19:05irlandais
00:19:06ont-ils évangélisé
00:19:07l'Allemagne ?
00:19:09Toutefois
00:19:09qui implique
00:19:10une vocation
00:19:11au service
00:19:12du Christ
00:19:12ou de la France
00:19:13est puissamment
00:19:14contagieuse.
00:19:20Il ne suffisait
00:19:21pas de sa foi
00:19:22en la France
00:19:22pour qu'il fût
00:19:23le général de Gaulle
00:19:24mais sans elle
00:19:25il n'eût été
00:19:25qu'un vainqueur
00:19:26intrus
00:19:26parmi les vrais
00:19:27ou un vaincu
00:19:29plus ou moins
00:19:29héroïque.
00:19:39Une fois de plus
00:19:41je retrouve
00:19:42dans le général
00:19:43ce que j'ai appelé
00:19:44le chef
00:19:44d'ordre religieux.
00:19:47Si la France
00:19:48l'abandonne
00:19:48il parcourt
00:19:49sa solitude
00:19:50mérovingienne
00:19:50au-dessus de Clairvaux
00:19:51il n'envisage pas
00:19:52d'aller servir
00:19:53le grand Turc.
00:19:55Pourtant
00:19:56sa relation
00:19:56avec la France
00:19:57est loin
00:19:57d'être simple
00:19:59et sa réponse
00:20:00aux journalistes
00:20:01jadis
00:20:01mais moi
00:20:02j'étais
00:20:03la France
00:20:03est au passé
00:20:06c'est la Churchill
00:20:07si je ne suis pas
00:20:08la France
00:20:08qu'est-ce que je fais
00:20:09dans votre bureau
00:20:10est au conditionnel
00:20:12apparent.
00:20:15personne
00:20:16après l'appel
00:20:16célèbre
00:20:17n'a cru
00:20:17qu'il était
00:20:17la France
00:20:18et d'abord
00:20:18pas lui
00:20:19il a décidé
00:20:20de l'être.
00:20:26Lorsqu'il a dit
00:20:26aux français
00:20:27écrasés
00:20:27au monde stupéfait
00:20:28la France
00:20:30existe
00:20:30qui
00:20:31sinon lui
00:20:32eut osé
00:20:34le dire
00:20:35les politiciens
00:20:36de la troisième
00:20:37république
00:20:37n'y croyaient plus
00:20:38le maréchal Pétain
00:20:40était alors
00:20:40un émouvant
00:20:41protecteur des ruines
00:20:42mais sa protection
00:20:43loin de signifier
00:20:44que la France
00:20:45exista
00:20:47signifiait
00:20:47que la France
00:20:48avait cessé
00:20:48d'exister
00:20:49de la France
00:21:04C'est parti !
00:21:37C'est parti !
00:22:07Le général sait, ce n'est pas assez dire, il ressent avec violence
00:22:16que l'agonie de la France n'est pas née de l'affaiblissement des raisons de croire en elle,
00:22:21des faits, démographies, industries secondaires, etc.,
00:22:24mais de l'impuissance à croire en quoi que ce soit.
00:22:31Il m'a dit autrefois, même si le communisme permet aux Russes de croire à la Russie
00:22:36pour des raisons à dormir debout, il est irremplaçable.
00:22:44On a beaucoup cité « Être grand, c'est épouser une grande querelle »
00:22:49parce qu'il a donné cette phrase de Shakespeare pour épigraphe au fil de l'épée.
00:22:52Il m'a dit
00:22:55« La grandeur est un chemin vers quelque chose qu'on ne connaît pas. »
00:23:07Et combien de fois a-t-il répété
00:23:09« Quand tout va mal et que vous cherchez votre décision, regardez vers les sommets,
00:23:14il n'y a pas d'encombrement. »
00:23:23Au contraire de ce que supposent ses amis et surtout ses ennemis,
00:23:26la grandeur n'est point un domaine qu'il croit posséder,
00:23:29mais un domaine qu'il sert,
00:23:32en sachant que ce domaine le sert.
00:23:35Ainsi, Saint Bernard était-il au service du Christ, dont il attendait beaucoup.
00:23:45Pour le général,
00:23:48la grandeur était d'abord une solitude.
00:23:53Mais c'était une solitude où il n'était pas seul.
00:24:02Autrefois, j'ai essayé de comprendre l'enthousiasme qui vous entourait au loin.
00:24:07Au Canada, la Roumanie, bien.
00:24:10L'Amérique latine à la rigueur, mais Chiraz.
00:24:13Ces gens n'auraient pas situé la France sur une carte.
00:24:16Et aucune propagande ne jouait.
00:24:18Pas même la propagande passionnelle qui a joué un si grand rôle dans le voyage de Khrouchev, par exemple.
00:24:22Je voudrais savoir
00:24:24ce que vous avez signifié pour eux.
00:24:29Certains criaient « Chainsha », d'autres, m'a dit l'ambassadeur, l'équivalent de « Vive Roustem », ce
00:24:35qui serait un peu pour nous « Vive Roland ».
00:24:39Donc, vous étiez la réincarnation d'un de leurs propres héros.
00:24:45Mais je voudrais savoir ce que cela voulait dire.
00:24:50Qui était le général de Gaulle pour ces gens qu'il acclamait ?
00:24:53Et c'était la même chose en Indonésie.
00:24:56En Amérique latine, c'est différent.
00:24:58Pourquoi les Espagnols ne m'aimeraient-ils pas ?
00:25:01Ils aiment bien Don Quichotte.
00:25:03Mais le monde aussi a remis ses pantoufles, les souris denses.
00:25:09Vous savez, même en France, dans les meilleurs jours, il est toujours étrange que les gens vous aiment.
00:25:15Enfin, je m'entends.
00:25:18Votre prédécesseur en France, sinon en Iran, ce n'est aucun politique.
00:25:23Pas même Clémenceau.
00:25:25C'est Victor Hugo.
00:25:27Au fond, vous savez, mon seul rival international, c'est Intin.
00:25:31Nous sommes les petits qui ne se laissent pas avoir parlé grand.
00:25:34On ne s'en aperçoit pas à cause de ma taille.
00:25:39Son demi-rire se prolonge dans un mouvement, là, des épaules.
00:25:49Einstein m'a dit autrefois au sujet de Gandhi,
00:25:52« L'exemple d'une vie moralement supérieure est invincible. »
00:25:59Je suis loin d'en être assuré.
00:26:01Et la vie du général de Gaulle, certainement haute, n'est pas moralement supérieure en ce sens.
00:26:08Qu'est-ce qui fait de lui un personnage légendaire ?
00:26:15Il n'est pas un grand capitaine.
00:26:18Il n'est pas un saint.
00:26:21Il n'est pas le vainqueur d'une guerre, au sens où le fut Clémenceau.
00:26:27Un grand politique.
00:26:29Les Richelieu et Bismarck ne sont pas légendaires.
00:26:31Les géants politiques ne le sont jamais.
00:26:36Je lui ai dit que sa France n'était pas rationnelle.
00:26:41Mais il ne l'est pas non plus.
00:26:46Certes, il y a dans son prestige, mais un élément rationnel.
00:26:49Il a été le libérateur, le solitaire vainqueur, l'intraitable,
00:26:53la résurrection de l'énergie nationale et par conséquent de l'espoir.
00:26:57Même en 1958.
00:26:59Le seul homme que l'on ait pu opposer au désastre,
00:27:01non parce qu'il ferait une union nationale,
00:27:03à la manière de Poincaré ou de Doumergue,
00:27:05et parce qu'il portait la France en lui.
00:27:10Un peu...
00:27:12le prophète.
00:27:17Bien entendu, il y a aussi le talent.
00:27:19Lorsqu'il parle aux assemblées de Grande-Bretagne ou des États-Unis,
00:27:22il parle comme la France.
00:27:23Les présidents de la IVe République n'auraient pas nécessairement mal parlé,
00:27:27mais on ne les eut pas écoutés.
00:27:33À Chiraz, au Mexique.
00:27:35Le général de Gaulle est sans doute un personnage de la Sixtine.
00:27:46Mahomes a longuement parlé de lui.
00:27:48Je ne crois pas qu'il m'ait parlé de la France.
00:27:54Clemenceau est Clemenceau pour la victoire.
00:27:56Churchill est Churchill pour la bataille de Londres.
00:28:00Le général n'est pas seulement de Gaulle par le 18 juin.
00:28:05Il est inséparable de moyens forts, intelligibles, volonté, fermeté, éloquence, etc.,
00:28:10comme les grands capitaines le sont du génie militaire et les artistes du génie artistique.
00:28:14Mais il est aussi de forces qui semblent moins les siennes que celles du destin.
00:28:27Et pour ses amis, pour ses ennemis, il y a du sorcier en lui.
00:28:31Et pour le tribunal de Rouen, si Jeanne d'Arc n'était pas lié au saint, comment ne l'eut
00:28:35-elle pas été au diable ?
00:28:41Et je revois le visage de Bernanos quand je lui ai dit des camps d'extermination.
00:28:46Satan a reparu sur le monde.
00:28:50Notre résistance à tout prix, parfois à quel prix, a répondu à ces camps qu'elles ne connaissaient pas.
00:28:57Le Vercors a répondu à Mauthausen.
00:29:00Et le général de Gaulle, dans ce domaine, répond à Himmler.
00:29:04Pour nous, Français, mais pour les autres.
00:29:10L'armée française, lorsqu'elle a été pulvérisée, passait pour la première armée du monde depuis 1918.
00:29:16La résurrection a-t-elle été à l'échelle du désastre ?
00:29:23Mais ce dont il s'agit ne s'exprime pas en termes militaires.
00:29:28Un type humain qui n'a pas de nom, mais qui joue peut-être dans l'histoire un rôle aussi
00:29:32singulier que celui du héros ou du saint.
00:29:35L'homme qui échappe au destin.
00:29:41Ce qui est peut-être la définition de l'homme légendaire.
00:29:45Tout a commencé lorsqu'il a répondu à René Cassin qui lui demandait à Londres,
00:29:48« En tant que juriste, dois-je considérer que nous sommes une légion étrangère ou l'armée française ? »
00:29:54Nous sommes la France.
00:29:59Et la France, c'était devant lui, deux tables en bois blanc.
00:30:07Pourquoi écrire ?
00:30:12Et pourquoi vivre ?
00:30:15Vous connaissez la phrase de la Bhagavad Gita ?
00:30:18Et à quoi sert le pouvoir ?
00:30:20À quoi sert la joie ?
00:30:21À quoi sert la vie ?
00:30:24En général, pourquoi faut-il que la vie ait un sens ?
00:30:34Il reprend, écho ironique et amer, mais je ne distingue jamais ce qui chez lui exprime l'amertume.
00:30:43Pourquoi faut-il que la vie ait un sens ?
00:30:48Il hausse imperceptiblement les épaules.
00:30:53Qu'ont répondu les philosophes depuis qu'ils pensent ?
00:30:58La réponse n'appartient-elle pas plutôt aux religions ?
00:31:03Vous connaissez la phrase d'Einstein ?
00:31:05Le plus étonnant est que le monde ait presque certainement un sens.
00:31:11Mais il ne veut pas de soi que le sens du monde soit celui de notre vie.
00:31:15Et si notre civilisation n'est certes pas la première qui nie l'immortalité de l'âme,
00:31:20c'est bien la première pour laquelle l'âme n'est pas d'importance.
00:31:30La mort, vous savez ce que c'est ?
00:31:35La déesse du sommeil.
00:31:38Le trépas ne m'a jamais intéressé.
00:31:40Vous non plus.
00:31:42Nous faisons partie des gens auxquels il est indifférent d'être tué.
00:32:00On ne meurt peut-être pas de la même façon dans la souffrance
00:32:04et hors de la souffrance.
00:32:09Sauf si tout se rejoint à l'instant décisif.
00:32:13À supposer qu'il y ait un instant décisif.
00:32:55Un des plus grands esprits que j'ai connus est mort du cancer en disant à Poulan
00:33:01Comme c'est curieux la mort.
00:33:08Reste celle de ceux que l'on aimait.
00:33:15Il s'est tourné d'instinct du côté du cimetière de Colombey.
00:33:20Il songe, je suppose, à sa fille Anne, enterrée là-haut.
00:33:28La mort de ceux que l'on aimait, on y pense après un certain temps,
00:33:33avec une inexplicable douceur.
00:33:47Il parle de la mort avec une indifférence grave,
00:33:50alors qu'il en parlait distraitement.
00:33:54Il fait ses paquets.
00:33:56M'a dit avec angoisse quelqu'un qu'il connaît bien.
00:34:00Il croit à sa retraite, pas moi.
00:34:07Ce qu'il écrit est la suite de sa vie,
00:34:10une action affrontée à la solitude.
00:34:27Si loin que ces temps de mon regard,
00:34:28il n'y a plus une maison.
00:34:30On peut se promener pendant des heures
00:34:31et ne rencontrer personne.
00:34:42Sans doute, Saint-Bernard a-t-il parcouru comme lui
00:34:44cette immensité déserte de l'hiver.
00:34:52Clairvaux est au-dessous de nous.
00:34:54Il m'a dit une phrase surprenante de sa part,
00:34:56mais qui exprime peut-être l'un de ses domaines secrets.
00:34:59Saint-Bernard était assurément un colosse.
00:35:03Était-il un homme de cœur ?
00:35:14Vers Clairvaux, un jardinier traverse la boisserie.
00:35:18Plus loin, une charrue semble abandonnée
00:35:20comme un monument à Saint-Sinatus.
00:35:28Il y a chez le général de Gaulle un domaine
00:35:30qui n'est ni celui du Romain,
00:35:31ni celui de Washington,
00:35:33ni celui des grands religieux solitaires.
00:35:39Le refus en la valeur suprême.
00:35:49Peut-être sa définition du caractère
00:35:51n'est-elle pas seulement de dire non,
00:35:56mais il n'est à l'aise que lorsqu'il dit non.
00:36:11Le général me dit, avec un peu d'ironie,
00:36:16c'est vous qui avez imposé le mot gaullisme, non ?
00:36:21Qu'entendiez-vous par là, au début ?
00:36:27Pour la plupart de ceux qui vous ont suivi,
00:36:29votre idéologie ne me paraît pas avoir été capitale.
00:36:32Son importance était ailleurs.
00:36:35Pendant la guerre, évidemment, dans la volonté nationale.
00:36:37Et ensuite, surtout depuis 1958,
00:36:41dans le sentiment que vos motifs,
00:36:44bons ou mauvais,
00:36:45n'étaient pas ceux des politiciens.
00:36:49Quand j'ai vu les politiciens rassemblés
00:36:51pour la première fois,
00:36:52j'ai senti aussitôt, sans erreur possible,
00:36:56leur hostilité à tous.
00:36:58Ils n'ont aucunement cru à mes dictatures,
00:37:01mais ils ont compris que je représentais l'État.
00:37:04C'était la même chose.
00:37:05L'État est le diable.
00:37:07Parce que s'il existe, eux n'existent plus.
00:37:10Ils perdent ce à quoi ils tiennent avant tout,
00:37:14et qui n'est point l'argent,
00:37:15mais l'exercice de leur vanité.
00:37:18De Gaulle s'en va irrévocablement.
00:37:20L'Assemblée élira demain le nouveau président du gouvernement.
00:37:23Gouin, disent les communistes.
00:37:25Auriol, répondent les socialistes.
00:37:27Sauf revirement du MRP,
00:37:29on prévoit un gouvernement socialiste communiste,
00:37:32présidé par Vincent Auriol.
00:37:34Sinon, rassemblement républicain
00:37:36sous la direction d'Edouard Hériot.
00:37:38Vincent Auriol appelé à former un cabinet tripartie.
00:37:41Thorez revendique toujours la présidence du gouvernement.
00:37:44Le MRP préfère un socialiste.
00:37:46Dans une ultime rencontre Bidot-Meyer-Duclos,
00:37:48le MRP pose ses conditions pour participer au gouvernement.
00:37:51L'accord se fera très certainement entre les trois,
00:37:54et cet après-midi,
00:37:55Félix Gouin sera élu président.
00:37:57Le président Félix Gouin
00:37:58forme un cabinet classique.
00:38:0019 ministres,
00:38:016 communistes,
00:38:026 SFIO,
00:38:036 MRP,
00:38:042 hauts commissaires aux affaires allemandes et aux sports.
00:38:35Sous-titrage Société Radio-Canada
00:39:03Vous ne leur facilitiez pas la vie.
00:39:05Ils promettaient des cadeaux.
00:39:07Vous promettiez des sacrifices.
00:39:10Il me semble que les Français n'estiment longtemps
00:39:13que les politiques vouaient à quelque chose.
00:39:16La France, la paix.
00:39:19Clémenceau,
00:39:20Briand,
00:39:20même Poincaré à cause de la guerre.
00:39:22À ceux qui ne se définissent pas par un mélange
00:39:24d'ambition et d'administration.
00:39:26Ceux qui ne sont pas des politiciens.
00:39:29Vous vous souvenez de la foule,
00:39:31de boue,
00:39:32quand j'ai répondu à je ne sais quel minable
00:39:34qui vous attaquait.
00:39:36L'homme qui, dans le terrible sommeil de notre pays,
00:39:38en maintint l'honneur
00:39:39comme un invincible songe.
00:39:44Mais il n'y avait pas là que des amis.
00:39:49Oui.
00:39:51Il en sera ainsi quand je serai mort,
00:39:53vous verrez.
00:39:54Pourquoi ?
00:40:03Vous avez fait aux Français
00:40:04un don qu'on ne leur fait guère
00:40:06et lire en eux
00:40:07leur meilleure part.
00:40:10Légitimer le sacrifice
00:40:11est peut-être la plus grande chose
00:40:12que puisse faire un homme.
00:40:19J'ai eu tout le monde contre moi
00:40:21à chaque fois que j'ai eu raison.
00:40:24Vous étiez seul le 18 juin
00:40:26et vous l'êtes aujourd'hui.
00:40:28Peut-être fallait-il qu'il en fût ainsi.
00:40:31Votre France n'a jamais été
00:40:33du domaine rationnel,
00:40:34comme celle des Croisades,
00:40:35comme celle de l'an 2.
00:40:37Pourquoi les braves types de l'île de Seine
00:40:39sont-ils venus vous rejoindre ?
00:40:43Pourquoi vous avons-nous suivi ?
00:40:47Vous dites que les soldats de l'an 2
00:40:48ne seraient pas morts
00:40:49pour le parti radical,
00:40:50mais nos morts des camps d'extermination
00:40:52ne seraient pas morts
00:40:53pour l'élection du président de la République
00:40:54au suffrage universel.
00:40:56Et je prends l'exemple le plus haut.
00:41:18Le général relève les yeux.
00:41:21Il y a dans son regard,
00:41:23comme dans sa voix,
00:41:25la pesante lenteur
00:41:27que je connais.
00:41:40Et plus tard,
00:41:41qu'adviendra-t-il de tout cela ?
00:41:47Plus tard veut dire
00:41:49quand je serai mort.
00:41:53Se demande-t-il
00:41:54ce qu'il adviendra de la France
00:41:56ou de lui-même ?
00:42:00Tantôt il pense
00:42:01qu'il se peut que ce soit fini.
00:42:04Et tantôt,
00:42:06la France étonnera encore le monde.
00:42:10Il m'a dit naguère,
00:42:11avec moins d'orgueil que d'obsession,
00:42:14si un nouveau sursaut doit se produire,
00:42:16il continuera ce que j'ai fait,
00:42:18et non ce qu'on aura fait après moi.
00:42:26Quoi qu'il advienne,
00:42:27mon général,
00:42:29s'il advenait quelque chose
00:42:30de nos adversaires
00:42:31depuis les âmes sensibles
00:42:32des deux magots
00:42:32jusqu'à vos ennemis politiques,
00:42:34Dieu serait bien étonné.
00:42:36Quels adversaires ?
00:42:38Les communistes
00:42:39qui vont de la Bastille
00:42:40à la nation,
00:42:42les socialistes
00:42:42qui ne vont nulle part,
00:42:44les syndicats
00:42:45comme s'ils pouvaient
00:42:46refaire la France.
00:42:47Tout ça et Ferdinand Lopes
00:42:49c'est la même chose
00:42:50parce que c'est la même impuissance.
00:42:53Fier en quel honneur ?
00:42:55De la force de Mao Tse-Tung
00:42:57ou de l'héroïsme de Buevara ?
00:43:02La longue marche
00:43:04pour arriver au stade charlétiste
00:43:06n'est pas sérieux.
00:43:08Je n'ai pas de successeur,
00:43:10vous le savez.
00:43:12Les communistes
00:43:13ne croient plus assez au communisme
00:43:15ni les autres à la révolution.
00:43:17c'est trop tard.
00:43:19A force de mentir
00:43:20pour revendiquer la démocratie,
00:43:22ils sont devenus démocrates.
00:43:24Ils veulent menacer le pouvoir
00:43:26et ils ne veulent plus le prendre.
00:43:28la république,
00:43:31ils veulent plus le prendre.
00:43:32C'est trop tard.
00:43:50C'est parti.
00:43:51C'est parti.
00:43:54La république.
00:43:58Il fut un temps où elle était reniée, trahie, par les partis eux-mêmes.
00:44:05Et moi, j'ai redressé ses armes, ses lois, son nom.
00:44:11La chianlisse est lui.
00:44:14La conception de la lutte des classes est une conception puissante, ce n'en disconvient pas,
00:44:21mais contraire à ce qu'il y a de plus profond en moi.
00:44:27Je ne veux pas opposer, même pour triompher.
00:44:31Je veux rassembler.
00:44:33Lors de la libération, je l'ai fait.
00:44:36C'est pour cela que je ne serai jamais monarchiste, quoi qu'en disent les agités.
00:44:40Il n'y a pas de rassemblement possible de la France autour de la famille royale.
00:44:46Il n'y a pas plus de rassemblement possible autour de la classe ouvrière en train de s'effriter.
00:44:53Déjà, les communistes n'avaient que le mot concret à la bouche.
00:44:57Alors qu'ils sont, je parle des communistes français, le parti le plus romanesque du monde.
00:45:02Très fiers d'une propagande qui leur a enseigné que l'on peut convaincre de tout en détail,
00:45:09ceux qui sont convaincus de tout en bloc.
00:45:12Ils n'oublient qu'une chose, ça n'a pas d'importance.
00:45:15L'humanité dit que j'ai rejoint Thorez dans la résistance.
00:45:21Cambrioler des mythes est inutile, parce qu'un mythe devient sans action lorsqu'il se sépare de ce qui lui
00:45:28a donné naissance.
00:45:34Chez nous, on ne peut rien fonder de durable sur le mensonge.
00:45:38C'est un fait troublant et certain.
00:45:42Mais malgré l'apparence, le communisme russe est le moins imposteur,
00:45:47parce que la résurrection de la Russie, elle, n'est pas un mensonge.
00:46:11La Russie, la Russie, la Russie, la Russie !
00:46:30La Russie, la Russie, la Russie !
00:46:56Nos hommes sensibles m'ont proclamé maurassien lorsque je rétablissais la République,
00:47:03colonialiste quand je créais la communauté,
00:47:07impérialiste quand j'allais faire la paix en Algérie.
00:47:14Vous voyez Maura se battre pour imposer l'élection du président de la République au suffrage universel.
00:47:22Vous voyez la droite ravie des nationalisations,
00:47:25de mes décisions relatives à l'Algérie, de notre sécurité sociale ?
00:47:31En 1958, vous savez bien que nous étions fascistes.
00:47:34« Vive le général de l'Algérie, de l'Algérie, de l'Algérie ! »
00:47:52« J'ai compris ! »
00:48:03Vous vous souvenez d'une phrase qu'on vous a attribuée ?
00:48:06« Quand a-t-on vu une dictature en balottage ? »
00:48:10Et j'avais dit aussi « Quand a-t-on vu un dictateur que la presse ne cesse d'attaquer
00:48:15? »
00:48:16« Si les historiens faisaient votre histoire à travers la presse, ce serait épatant. »
00:48:21« Georges Suarez, aujourd'hui... »
00:48:23« Le gaullisme n'est pas seulement le refuge des infirmités morales,
00:48:27il est aussi celui des ambitions déçues. »
00:48:29« Par histoire, ni patriotes, ni révolutionnaires,
00:48:33nos gaullistes et nos communistes ne sont que les pernicieux agents
00:48:36d'un empire britannique suranné et moribond. »
00:48:39« Le franciste, pour toucher les deniers de ses maîtres juifs,
00:48:43de Gaulle fait couler le sang français.
00:48:45Homme d'Orénaud, valet de Churchill,
00:48:48le voilà maintenant chien de David. »
00:48:50« Radio Montpellier. »
00:48:51« Vraiment, monsieur de Gaulle,
00:48:53on peut se demander à votre sujet ce qui prédomine chez vous,
00:48:56de l'inconscience ou du cynisme.
00:48:59Si de ce que vous faites vous avez claire notion,
00:49:02ou si ambitieux forcenés,
00:49:04vous n'y mêlez pas à votre vanité
00:49:05tout ce que votre position actuelle permet de sacrifier. »
00:49:08« Tracte aux soldats de l'armée du Levant. »
00:49:10« N'oubliez pas que le gaullisme, c'est la guerre civile,
00:49:12c'est-à-dire ce qui n'importe avant tout d'éviter. »
00:49:18« Alors, ne vous tirez pas ! »
00:49:19« Alte ton feu ! »
00:49:23« Alte ton feu ! »
00:49:24« Alte ton feu ! »
00:49:28« Alte ton feu ! »
00:49:31« Alte ton feu ! »
00:49:32« Bon lieutenant, de l'énergie, mon Dieu ! »
00:49:34« Alte ton feu ! »
00:49:35« Alte ton feu ! »
00:49:36« Alte ton feu ! »
00:49:37« Alte ton feu ! »
00:49:39« Mon lieutenant, criez, je vous en tire ! »
00:49:42« Alte ton feu ! »
00:49:44« Au nom de la France, alte ton feu ! »
00:49:48« Au nom de la France, alte ton feu ! »
00:49:52« Vous savez, les Français ont toujours eu du mal à se débrouiller entre leur désir des privilèges et leur
00:49:57goût de légalité. »
00:50:00« Au milieu de tout ce joli monde, mon seul adversaire, celui de la France, n'a aucunement cessé d
00:50:06'être l'argent. »
00:50:10« Il n'appartient pas à notre temps, mais à un passé millénaire auquel s'accorde si bien aujourd'hui
00:50:16sa stature massive de gisant. »
00:50:24« Dans 100 ans, ce que nous avons appelé la droite et la gauche aura rejoint les chimères et sera
00:50:29à peine intelligible, avec raison. »
00:50:33« Je sais bien que je ne suis pas méfiant des théories politiques par principe, je le suis par souvenir.
00:50:43»
00:50:43« La lutte finale, ouvrons-nous dès demain, l'internationale sera le grand humain. »
00:50:58« Le boule est dansé de la terre, le boule est dansé de la terre, le boule est dansé de
00:51:05la terre. »
00:51:05« La terre, on est dansé de la terre, les yeux dansé de la terre, les yeux dansé de la
00:51:11terre. »
00:51:13« Quand le Front populaire est arrivé au pouvoir, j'ai pensé, puisqu'ils doivent avant tout combattre le fascisme,
00:51:34ils seront obligés de défendre la France, donc de faire une armée moderne. »
00:51:39« Tout s'est-il passé, le Front populaire a fait l'armée française de 1918, de 1918, quand le
00:51:48nazisme faisait mes divisions cuirassées, et c'est ce tout cas. »
00:51:55« Salut, salut, salut, salut, salut ! »
00:52:35« Le Front populaire a fait pas mal de choses. »
00:53:09« La France reste ravagée par des mythes. »
00:53:15« L'union des travailleurs fera la paix du monde. »
00:53:24« À la Libération, la faune politicienne me prenait pour un amateur. Et moi, qui pourtant la connaissais, j'étais
00:53:33déconcerté par son incapacité de savoir ce dont elle parlait. »
00:53:38« La révolution, le seul révolutionnaire, c'était moi. »
00:53:43« Bien sûr, il y avait les communistes, pour qui le mot signifiait la prise du pouvoir par leur parti.
00:53:49»
00:53:50« Pourtant, bien des années plus tard, en mai 1968, leur chef a dit à notre ministre de l'Intérieur,
00:53:57« Ne cédez pas. »
00:53:59« Mais les autres... »
00:54:25« Staline avait raison. À la fin, il n'y a que la mort qui gagne. »
00:54:28« Staline avait raison. À la fin, il n'y a que la mort qui gagne. »
00:54:49« On dressera une grande croix de Lorraine sur la colline qui domine les autres. »
00:54:55« Tout le monde pourra la voir. Et comme il n'y a personne, personne ne la verra. »
00:55:01« Elle incitera les lapins à la résistance. »
00:55:14« Il a 78 ou 79 ans. »
00:55:18« Je ne prétends pas que l'âge n'ait pas joué dans ma décision, a-t-il dit. »
00:55:23« Il me semble maintenant beaucoup plus âgé que moi. »
00:55:28« Son autorité reste saisissante. Et il ne dialogue pas avec la vieillesse, mais avec un qu'importe stoïcien qui
00:55:36concerne parfois l'histoire qu'il a faite. »
00:55:40« La mort n'a pas d'importance, mais la vie en a-t-elle beaucoup plus. »
00:55:45« Et pourtant. »
00:55:47Il a cité dans un discours de 1940, « Homme de la plaine, pourquoi gravit-tu la montagne ? »
00:55:56« Pour mieux regarder la plaine. »
00:55:58« La guerre, lorsque je faisais allusion au sentiment religieux, il me répondait par son geste qui semblait chasser les
00:56:03mouches. »
00:56:08« Du côté de la colline, il y a seulement, si loin que porte le regard, l'ondulation de la
00:56:24forêt mérovingienne. »
00:56:34« Vous connaissez le dialogue de Moltke, 80 ans, avec Bismarck ? »
00:56:40« Lequel, mon général ? »
00:56:43« Après de tels événements, dit Bismarck, est-il encore quelque chose digne d'être vécu ? »
00:56:49« Oui, Excellence, répond Moltke, voir grandir un arbre. »
00:56:54« Vous connaissez la phrase, le frémissement d'une branche sur le ciel est plus important que Hitler ? »
00:57:01« Et que le cancer, sans doute, quand ce n'est ni le vôtre, ni celui d'un être que
00:57:05vous aimez. »
00:57:07« Elle est une race curieusement féminine. »
00:57:10« Elle est d'un homme, je crois. »
00:57:15« Je suppose que Hitler la disait à ceux qui préféraient se défendre avec des branches plutôt qu'avec des
00:57:19chats. »
00:57:21« Mais enfin, je comprends ce qu'elle veut dire. »
00:57:24« Depuis quelques mois, j'ai vu beaucoup de branches. »
00:57:32« Mais enfin, j'ai vu. »
00:57:35« Mais enfin, j'ai vu. »
00:57:39« Mais enfin, j'ai vu. »
00:58:26« Des malheureux, qui généralement n'ont rien fait, m'ont reproché mes changements. »
00:58:31« Le monde dans lequel je devais agir n'a pas changé, non ? »
00:58:36« Comme si une politique continue était une politique toujours semblable. »
00:58:41« Il s'imagine sans doute que vivre consiste à imiter son enfance et à vouloir à tout prix des
00:58:46confitures. »
00:59:06« Je ne crois pas qu'en une génération, le monde ait jamais changé à ce point. »
00:59:12« Même lors de la chute de Rome. »
00:59:31« Vous avez dit, on en met une phrase que j'approuve. »
00:59:36« Le drame des étudiants n'est aucunement un drame universitaire. »
00:59:40« C'est une crise de civilisation. »
00:59:43« Le mois de mai a créé beaucoup de romanesques, avec un mort, mais encore par accident. »
01:00:08« En quelle mesure la jeunesse française est-elle touchée ? »
01:00:16« Le drame de la jeunesse, me semble la conséquence de celui qu'on a appelé la défaillance de l
01:00:42'âme. »
01:00:45« Peut-être y a-t-il eu quelque chose de semblable à la fin de l'Empire romain. »
01:00:50« Aucune civilisation ne peut vivre sans valeur suprême, ni peut-être sans transcendance. »
01:01:08« Croyez-vous qu'une seule civilisation avant la nôtre ait connu la mauvaise conscience ? »
01:01:16« Aucune n'a été si puissante. Aucune n'a été à ce point étrangère à ses valeurs. »
01:01:22« Il ne faut pas conquérir la lune si c'est pour s'y suicider. »
01:01:27« Allemagne de l'Est, février 68. »
01:01:40« Il est étrange de vivre consciemment la fin d'une civilisation. »
01:01:46« Ce n'est pas arrivé depuis la fin de Rome. »
01:01:49« Ce qui précède la révolution française et la révolution américaine n'est pas une fin de civilisation. »
01:01:56« C'est seulement la fin d'une société. »
01:02:05« Rome, juin 68. »
01:02:14« Le problème le plus dramatique de l'Occident est-il celui de la jeunesse ? »
01:02:28« Ou celui de la démission de presque toutes les formes d'autorité ? »
01:02:36« Tchécoslovaquie, août 68. »
01:02:41« Tchécoslovaquie, août 68. »
01:03:08Applaudissements.
01:03:12Voyez-vous, il y a quelque chose qui ne peut pas durer.
01:03:16L'irresponsabilité de l'intelligence.
01:03:18Ou bien elle cessera, ou bien la civilisation occidentale cessera.
01:03:25L'intelligence pourrait s'occuper de l'âme, comme elle l'a fait si longtemps, du cosmos, de la vie
01:03:32tout court, d'elle-même, que sais-je.
01:03:34Elle s'est occupée de la vie historique, la politique au grand sens.
01:03:39Plus elle s'en occupe, plus elle devient irresponsable.
01:03:43En Russie, en Chine, elle ne l'est pas.
01:03:47Montesquieu m'eût dit des choses importantes.
01:03:49Mais quand j'ai interrogé nos intellectuels, ils m'ont dit des choses qui n'avaient pas de conséquences.
01:03:58Vous comprenez, ils jouaient un rôle, souvent avec désintéressement, parfois avec générosité, avec générosité mais sans conséquences.
01:04:10Or, la bêtise peut parler pour ne rien dire, l'intelligence, non.
01:04:17Vous verrez, il faudra en revenir à savoir ce qu'on pense.
01:04:21On peut se battre pour des passions confuses.
01:04:25On ne peut pas, vous voyez ce que je veux dire, se battre toujours pour des calembres d'aime.
01:04:31Ça finit par la vente des journaux gauchistes sur les boulevards.
01:04:35Non, certes, par manque de courage, mais parce que ce courage ne rencontre jamais son ennemi.
01:04:43Si j'avais dit à Staline que bientôt, chez nous, les adversaires proclamés de l'État, du gouvernement si vous
01:04:51voulez, ne parviendraient pas à se faire arrêter,
01:04:53il aurait pensé que je devenais fou.
01:05:22Sous-titrage Société Radio-Canada
01:05:31La voiture qui va me reconduire à Barre vient d'arriver.
01:05:36Le général me raccompagne.
01:05:38Et ajoute, comme s'il ne voulait pas mettre fin à cette hospitalité modeste et souveraine sans retrouver l'essentiel,
01:05:47On doit savoir, et je compte sur vous, que je suis étranger à ce qui se passe.
01:05:54Ça ne me concerne aucunement.
01:05:56Ce n'est pas ce que j'ai voulu.
01:05:59C'est autre chose.
01:06:01Avant dix ans, il s'agira de vous transformer en personnage romanesque.
01:06:07Il rôdera encore, je ne sais où, un vague 18 juin, une vague décolonisation.
01:06:16Une vague France.
01:06:19Une vague France.
01:06:22En face, les sages.
01:06:25Alors, chez les gaullistes encore vivants, il adviendra quelque chose d'imprévisible.
01:06:29Et chez les jeunes, au plus tard, quelque chose du même genre.
01:06:36La France a été l'âme de la chrétienté, disons aujourd'hui, de la civilisation européenne.
01:06:41J'ai tout fait pour la ressusciter.
01:06:44Le mois de mai, les histoires de politiciens ne parlons pas pour ne rien dire.
01:06:49J'ai tenté de dresser la France contre la fin d'un monde.
01:06:54Et j'ai échoué.
01:06:55D'autres verront plus tard.
01:06:58Sans doute, assistons-nous à la fin de l'Europe.
01:07:00Pourquoi la démocratie parlementaire, la distribution du bureau de tabac, qui agonise partout, créerait-elle l'Europe ?
01:07:12Bonne chance à cette fédération sans fédérateur.
01:07:15Mais enfin, faut-il qu'il soit bête.
01:07:18Pourquoi la vocation de la France serait-elle celle de ses voisins ?
01:07:22Et pourquoi un type de démocratie dont nous avons failli mourir, et qui n'est pas même capable d'assurer
01:07:29le développement de l'Europe,
01:07:30serait-il sacré, quand il s'agit de surmonter les obstacles énormes de la création de l'Europe ?
01:07:38Je n'ai jamais cru bon de confier le destin d'un pays à ce qui s'évanouit quand ce
01:07:43pays est menacé.
01:07:45Confions-lui l'Europe.
01:07:48Ils sont obsédés par la démocratie depuis qu'il n'y en a plus.
01:07:53L'antifascisme a bon dos.
01:07:55Quelle démocratie ?
01:07:58Staline, Gomulka, Tito, hier Perron, Mao, les Etats-Unis ont eu leur monarque, Roosevelt, et le regrette.
01:08:09Les illusés sont condamnés.
01:08:11L'Europe, vous le savez comme moi, sera un accord entre les Etats, ou rien.
01:08:18Donc, nous sommes les derniers Européens de l'Europe qui fut la chrétienté.
01:08:26Une Europe déchirée qui existait tout de même.
01:08:30L'Europe dont les nations se haïssaient avait plus de réalité que celle d'aujourd'hui.
01:08:35Oui.
01:08:37Oui, il ne s'agit plus de savoir si la France fera l'Europe.
01:08:41Il s'agit de comprendre qu'elle est menacée de mort par la mort de l'Europe.
01:08:48Bien sûr, rien n'est définitif.
01:08:50Dans le domaine de l'esprit, que se passerait-il si la France redevenait la France ?
01:08:57Je suis payé pour savoir que le Rassemblement des Français est toujours à refaire.
01:09:02Tout de même, cette fois-ci, il se peut que l'enjeu la concerne à peine.
01:09:08Enfin, j'aurai fait ce que j'aurais pu.
01:09:12S'il faut regarder mourir l'Europe, regardons.
01:09:18Ça n'arrive pas tous les matins.
01:09:33Sous-titrage Société Radio-Canada
01:10:09Alors, la civilisation atlantique arrivera.
01:10:14La France en a vu d'autres.
01:10:17Je vous ai dit autrefois, ça n'allait pas très bien le jour du 18 juin.
01:10:24Appel aux Français, le 18 juin.
01:10:29Les chefs, qui depuis de nombreuses années sont à la tête des armées françaises, ont formé.
01:10:39Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec CEC le combat.
01:10:49Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique terrestre et aérienne de l'ennemi.
01:10:57Infiniment plus que leur nombre.
01:10:58Ce sont les chars, les avions, la tactique des allemands qui nous font reculer.
01:11:06Ce sont les chars, les avions, la tactique des allemands qui ont surpris nos chefs, au point de les amener
01:11:15là où ils sont aujourd'hui.
01:11:18Mais, le dernier mot est-il dit, l'espérance doit-elle disparaître ?
01:11:26La défaite est-elle définitive ?
01:11:30Non.
01:11:31Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause, et qui vous dit que rien n'est perdu pour
01:11:39la France.
01:11:54C'est parti.
01:12:28Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de la France.
01:12:47Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de la France.
01:13:20Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de la France.
01:13:33Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de la France.
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