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  • il y a 2 jours

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00:00Sous-titrage MFP.
00:30Voilà. Je suis entré au journal il y a six semaines.
00:34Pour commencer, on m'a donné à faire des reportages secondaires, des interviews minuscules.
00:39C'était en quelque sorte les chiens écrasés, mais écrasés par des gens connus.
00:43Et puis j'ai été envoyé au palais pour faire le courrieriste judiciaire.
00:47Cela consiste à traîner dans les couloirs des cabinets d'instruction, à faire la tournée des chambres correctionnelles,
00:52à bavarder dans la salle des pas perdus pour récolter des informations.
00:56Car le courrieriste judiciaire, ce n'est pas le chroniqueur judiciaire.
01:00Celui qui fait les comptes rendus et, à l'occasion, les avant-premières des grandes affaires criminelles.
01:05Non, l'un est par rapport à l'autre ce que la figuration intelligente est aux jeunes premiers.
01:11Et voici qu'aujourd'hui, le chroniqueur judiciaire du journal a dû partir en province et c'est moi qui
01:16le remplace.
01:18L'affaire qui doit passer aux assises n'est pas de celles que l'on commente à la une.
01:22Mais elle est dans la bonne moyenne, m'a-t-il dit, et cela sera pour toi une épreuve intéressante.
01:26L'important, c'est l'interrogatoire de l'accusé et l'audition des témoins.
01:30Après cela, tu n'as qu'à partir faire ton travail de courrieriste au galop pendant le réquisitoire et la
01:34plaidoirie qui ne sortiront pas de l'ordinaire.
01:36Et puis, tu reviens naturellement pour le verdict.
01:39S'il y a eu des incidents, les copains te le diront.
01:40Tu n'as qu'à t'arranger avec eux.
01:44Et voilà.
01:48Maintenant, je suis ici dans la salle des assises et j'attends que cela commence.
02:07Les acteurs du drame, comme nous disons aux lecteurs, ne sont pas encore là.
02:13Pas d'accusé.
02:15Aujourd'hui, c'est une femme qui a tué son amant plus âgée qu'elle.
02:24Pas de magistrat.
02:31Pas de juré.
02:34Seulement le public et la critique, dont par une promotion inattendue, je me trouve aujourd'hui faire partie.
02:40Ah, Mathilde, fais attention à l'entrée de l'accusé, c'est important, cela peut te faire un bon début
02:44pour le papier.
02:46J'attends.
02:50La voici.
02:52La voici.
03:18Messieurs, la cour.
03:29L'audience est ouverte.
03:37Accusé, levez-vous.
03:41Vous vous appelez Dumail Yvonne Louise Eugénie.
03:46Oui.
03:47Vous êtes né au Bourget le 11 juin 1928.
03:52Oui.
03:53Bien.
03:54Soyez maintenant attentif à ce que vous allez entendre.
03:57Monsieur le greffier va donner lecture de l'arrêt par lequel vous avez été renvoyé devant la cour d'assises
04:02pour y être jugé.
04:04Vous pouvez vous asseoir.
04:08Monsieur le greffier.
04:11La chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris a rendu l'arrêt suivant.
04:15Considérant que des pièces et de l'instruction résultent les faits suivants.
04:18Le 14 juillet écoulé, Dumail Yvonne Louise Eugénie s'est rendue coupable d'homicide volontaire sur la personne de son
04:24concubin Valmont.
04:25L'accusé était âgé de 30 ans, divorcé et mère de deux fillettes dont elle avait la garde.
04:30Après son divorce, elle avait accueilli Valmont sensiblement plus âgé.
04:33Yvonne Dumail n'avait plus de relation avec son concubin Valmont, mais celui-ci continuait à demeurer chez elle.
04:38C'est alors qu'elle s'est pris d'Henri Planchon qui devint son amant.
04:41Elle eut le désir de partager son logement avec lui et la mauvaise volonté de Valmont à quitter les lieux
04:45finit par la désespérer.
04:46C'est dans ces conditions qu'elle fut amenée à étrangler Valmont.
04:49En conséquence, considérant que des pièces et de l'instruction résultent charge suffisante contre Dumail Yvonne
04:55d'avoir volontairement et avec préméditation donné la mort à Valmont, crime prévu par les articles 295, 296 et 297
05:03du Code pénal,
05:03renonce la mise en accusation de Dumail Yvonne et la renvoie devant la cour d'assises de la Seine pour
05:08y être jugée.
05:11Accusé devez-vous.
05:16Voilà les faits qui vous sont reprochés.
05:19Mais, avant de les examiner, et pour que messieurs les jurés vous connaissent,
05:23pour qu'ils ne jugent pas seulement le crime dont vous êtes accusé,
05:27je vais entreprendre de retracer ce que fut votre existence.
05:33Vous êtes né dans une famille de travailleurs.
05:36Votre père était ouvrier en usine.
05:38Votre mère, pour augmenter la paye, comme elle l'a dit elle-même, faisait des ménages.
05:43Et vous, qui étiez l'aîné,
05:46vous occupiez pendant les absences de votre mère, des soins du foyer,
05:50de la surveillance de vos deux jeunes sœurs et de votre frère.
05:55Votre mère dit que vous la secondiez parfaitement.
06:00Naturellement, ce régime ne favorisait pas votre scolarité.
06:03Et cependant, vous avez eu votre certificat d'études à l'âge habituel.
06:08On n'a pas d'autres renseignements sur votre passage à l'école.
06:12À 14 ans, vous êtes placé comme petite commise dans une crèmerie,
06:17puis dans une épicerie.
06:19Vos employeurs disent qu'ils ont été satisfaits de votre travail,
06:23que vous étiez actifs,
06:26actifs et enjoués.
06:29C'est exact.
06:35Voyons, vous n'allez pas croire que je vous tendais de piège.
06:38Ce n'est pas mon habitude.
06:41Je veux faire un tableau véridique de la situation.
06:45Rien dans votre passé n'annoncez l'acte dont vous avez à répondre aujourd'hui.
06:49Alors il faut s'expliquer cet acte.
06:52Et pour cela, il faut que je fasse connaître votre dossier.
06:57N'est-ce pas ?
07:00Mais, M. le Président,
07:02si vous croyez qu'il faut parler de tout ça,
07:06mais moi, un dossier, je n'y comprends rien.
07:09Au moins, toute cette affaire-là, elle est là.
07:14Elle est là et n'est nulle part.
07:16Eh bien, nous allons essayer de vous aider à comprendre
07:19et vous en ferez autant pour nous.
07:23Je vous le répète, nous sommes tous ici pour vous juger.
07:27Et pour vous juger, il faut d'abord vous comprendre
07:31et même avant cela, vous connaître.
07:37À 19 ans, vous avez fait la connaissance d'Étienne Dubost,
07:40qui était livreur dans une entreprise d'épicerie en gros.
07:44Et vous vous êtes mariée.
07:46Oui.
07:48Oui, M. le Président.
07:50Vous avez eu deux enfants, deux filles.
07:52Oui, M. le Président, Annick et Joël.
07:55Et aussitôt après votre mariage,
07:57vous êtes entrée comme manutentionnaire
07:59dans cette épicerie en gros
08:01où travaillait votre mari
08:02et où vous n'avez cessé d'être employée.
08:04Oui.
08:05On y est particulièrement satisfait de vos services
08:08et votre patron, qui est cité comme témoin,
08:12viendra tout à l'heure dire
08:13vos qualités de travail et d'honnêteté.
08:18Mais, au bout de quelques années,
08:21vous et votre mari ne vous aimiez plus.
08:24M. le Président,
08:26quand on a 19 ans
08:27et qu'on ne connaît pas la vie
08:28et qu'un beau garçon vous dit qu'il vous aime,
08:31alors on ne doit pas chercher beaucoup plus loin.
08:34On se marie
08:35et on croit qu'on a le bonheur.
08:38Mais la vie,
08:40la vie qui s'attaque toujours à l'amour,
08:42au bonheur,
08:44qui les use, qui les pourrit,
08:46la vie a fait son travail de tous les jours.
08:49Ce sont les disputes,
08:50les méchancetés, les yeux qui s'ouvrent.
08:52Mon mari, sûrement, je l'ai aimé,
08:54mais il était coureur et menteur
08:56et buveur aussi.
08:58À la fin, j'en ai eu assez.
09:01Oui, il était trop content
09:02de refaire sa vie avec une autre imbécile.
09:04On a divorcé.
09:06Et comme il me laissait les enfants
09:08et que je ne demandais pas de pension pour moi,
09:10ça a été à la mienne.
09:13Oui, vous avez divorcé.
09:16Mais, en même temps,
09:17vous continuez votre travail
09:18et on vous confie des responsabilités
09:20de plus en plus importantes.
09:22Si bien qu'avec vos appointements
09:23et la pension que votre mari versait
09:25pour vos deux filles,
09:27vous arriviez à vivre convenablement.
09:29Ça, monsieur le président,
09:31personne ne pourra dire
09:31que je n'ai pas bien élevé mes enfants.
09:33Mais, en effet,
09:34personne ne le dit, au contraire.
09:36Les voisins sont unanimes
09:38à reconnaître que votre intérieur
09:40était merveilleusement tenu,
09:43que vos filles recevaient de vous
09:44les soins les plus maternels.
09:46Et les renseignements
09:47que la police a recueillis sur vous
09:49dans le quartier,
09:50non seulement ne sont pas défavorables,
09:52mais sont même élogés.
09:56Après votre divorce,
09:59vous avez fait la connaissance
10:00de Valmont,
10:03celui qui allait être votre victime.
10:09Voyons, je crois qu'il vaut mieux
10:11que je vous laisse parler.
10:23Et bien, voyons,
10:24expliquez les choses simplement
10:25comme vous les avez ressenties.
10:42Justement,
10:44ce n'est pas si simple,
10:45monsieur le président.
10:47C'était simple,
10:48s'il vous plaît,
10:49quand ça s'est passé.
10:51Mais,
10:52le raconter, voyez-vous,
10:55j'ai l'impression
10:56que je me mets à nu
10:57devant tout le monde.
10:58C'est une confession
11:00et la confession soulage.
11:02Mais non, justement,
11:03j'ai de la religion,
11:04je suis croyante
11:05et jamais je n'ai aimé
11:06me confesser
11:07et je ne le faisais
11:08que le plus rarement possible.
11:11Alors, voilà pourquoi
11:12j'ai du mal.
11:14C'est votre intérêt, madame.
11:15Moi qui suis chargée
11:16de vous défendre,
11:17je vous conjure
11:18de faire un effort
11:18et d'expliquer à la cour
11:20et au jury
11:20votre épouvantable,
11:21mais aussi
11:22votre douloureuse aventure.
11:38Voilà.
11:41J'avais divorcé.
11:43J'étais jeune encore.
11:45J'avais bien moins de 30 ans.
11:47Et vous savez,
11:48vivre seule pour une femme
11:49à cet âge-là,
11:50c'est pénible.
11:51Le travail,
11:52les ménages,
11:53les enfants,
11:54vous comprenez,
11:57il y a autre chose.
12:03Gaston tournait autour de moi.
12:05Il avait des attentions,
12:06il était même assez délicat.
12:08Sûrement,
12:09il avait 15 ans
12:09de plus que moi,
12:11mais justement,
12:12je crois qu'il ne m'en désirait
12:13que davantage.
12:14Et puis,
12:15vis-à-vis des enfants,
12:16il faisait sérieux.
12:16je sentais qu'il ne leur déplairait pas
12:19et qu'il s'occuperait d'elle
12:20comme il faut.
12:24Alors,
12:26pour finir,
12:27j'ai cédé.
12:29Il est devenu votre amant.
12:31Amant?
12:32Non.
12:33Ce n'est pas le mot
12:35qui convient.
12:36On ne s'est pas marié
12:37à la mairie,
12:38bien sûr,
12:38mais c'était pour moi
12:40comme pour mes enfants,
12:42un mari,
12:42pas un amant.
12:43Mais enfin,
12:44vous vous êtes donnée à lui.
12:46Par affection,
12:47par confiance,
12:49comme les filles
12:50qui se marient par raison.
12:52Mais amant,
12:54non,
12:55ce n'était pas un amant.
12:57Soit.
13:00Alors?
13:03Alors,
13:04il est venu s'installer
13:05à la maison,
13:06il me donnait sa paye,
13:08il faisait les gros travaux,
13:10il s'occupait des gosses
13:11et les aidait même
13:11à l'occasion
13:12pour leur devoir.
13:14Car pour un simple employé,
13:15il avait de l'instruction.
13:18Et puis enfin,
13:20nous avions le même lit.
13:22Cela a duré?
13:24Quatre ou cinq ans.
13:27Y a-t-il eu des projets
13:28de mariage?
13:30De sa part, oui.
13:33Mais moi,
13:34je ne voulais pas
13:34à cause de la différence d'âge.
13:36Pour le moment,
13:37ça ne jouait pas,
13:38bien sûr,
13:39mais...
13:41mais plus tard,
13:43du reste,
13:45c'est ce qui est arrivé.
13:49Il n'y avait pas
13:50de véritable amour.
13:52Il n'y avait pas...
13:54Comment vous dire?
13:56Il n'y avait pas...
13:58l'élan d'essence.
14:01Oui.
14:04Le soir,
14:05quand il rentrait,
14:06il ne demandait qu'à manger,
14:07à dormir.
14:08Et moi,
14:09je ne voyais plus que ses défauts.
14:11Et puis un beau jour,
14:12il n'y a plus rien eu entre nous.
14:16C'est à ce moment-là
14:17que j'ai fait la connaissance
14:18d'Henri.
14:22Henri Planchon,
14:2333 ans,
14:24qui travaillait
14:25dans une entreprise
14:26de bâtiment
14:26proche de votre propre
14:27lieu de travail
14:28et que vous rencontriez
14:30fréquemment.
14:32Oui.
14:37Ça n'a pas été
14:38le coup de poudre,
14:39si vous voulez.
14:41Et très vite,
14:42je l'ai aimé.
14:44Je l'aime.
14:46Je l'aime.
14:48Je l'aime!
14:53Silence.
15:11Henri.
15:14À un moment,
15:16j'ai eu envie de lui
15:17comme une folle.
15:20Et alors là,
15:21oui,
15:21je me suis donné à lui.
15:25Et pourtant,
15:26vous savez,
15:28le cadre n'y était pas.
15:30Un de ces hôtels meublés
15:32où on ne peut pas
15:32ne pas penser
15:33à tous les couples
15:34qui en ont usé les draps.
15:35La saleté,
15:36la promiscuité.
15:38Enfin,
15:38on en a vite
15:39de la nausée.
15:44C'est à ce moment-là
15:45que je me suis prise
15:46à haïr,
15:46Gaston.
15:50Déjà depuis des mois,
15:51je lui avais dit
15:51que je ne voulais plus
15:52vivre avec lui.
15:54Oui,
15:54il faisait semblant
15:55de ne pas m'entendre.
15:56Il disait que c'était
15:57une saute d'humeur,
15:58que l'affection reviendrait,
16:01qu'il ne trouvait pas
16:02à se loger.
16:04Au fond,
16:05c'était ça la vérité.
16:06Je m'en rendais bien compte.
16:07Il se trouvait bien chez moi
16:09et il voulait y rester.
16:10Il s'incrustait.
16:11Moi,
16:12je ne voulais plus rien
16:12avoir à faire avec lui.
16:14Pour commencer,
16:16j'ai déménagé.
16:17Je me suis installée
16:17dans la pièce des petites
16:19et je lui interdis
16:20l'entrée ainsi
16:20que celle de la cuisine.
16:21Je ne lui faisais plus
16:22à manger.
16:23Mais ça ne faisait rien.
16:24Il s'incrustait toujours.
16:27Là,
16:28ça me retournait.
16:29Je sentais
16:29que je bouillonnais.
16:31Oui.
16:34Je désirais follement
16:35le bonheur
16:36que j'apercevais enfin.
16:41Une union complète,
16:42paisible,
16:43profonde
16:44avec Henri.
16:45Et il y avait
16:46un obstacle,
16:46un seul.
16:47C'était Gaston.
16:49C'était Gaston
16:51qui ne voulait pas partir.
16:54C'était
16:55un fardeau insupportable.
16:59Empêchement stupide
17:00de connaître le bonheur.
17:02Qu'est-ce que c'était
17:03pour lui,
17:03cette chambre ?
17:04puisque j'ai refusé
17:05de le voir,
17:06de le nourrir.
17:07Il aurait pu trouver
17:08tout aussi bien
17:09dans n'importe quel hôtel
17:10meublé.
17:11Seulement, voilà,
17:12ça ne lui coûtait rien.
17:14Et moi,
17:15ça me coûtait mon bonheur.
17:18Alors,
17:19qu'avez-vous fait
17:19dans cette situation ?
17:21Eh bien,
17:24je me rongeais.
17:29Et puis un jour,
17:30j'ai eu un espoir.
17:33Notre propriétaire,
17:35enfin,
17:35le propriétaire
17:36de là où je logeais
17:37est venu.
17:41Comment vous expliquez ça ?
17:43Oui,
17:44il faut que messieurs
17:45les jurés
17:45soient informés
17:46de la situation
17:47de votre logement.
17:49C'est une espèce
17:50de hangar
17:51au mur de ciment
17:52qui fut pendant un temps
17:54un garage
17:55et qui avait été
17:56transformé
17:57pour l'habitation.
17:58Mais il n'y avait
17:59qu'un rez-de-chaussée
18:00sans étage.
18:02Or,
18:03et c'est à cela
18:04que l'accusé
18:04veut faire allusion,
18:06le propriétaire
18:07s'avisa un jour
18:08de surélever
18:09ce bâtiment
18:09dont les murs en ciment
18:10pouvaient apparemment
18:11supporter sans difficulté
18:13un étage ou deux.
18:16C'est pour cela,
18:17n'est-ce pas,
18:18que votre propriétaire
18:19est venu ?
18:21Oui.
18:23Il est venu
18:24avec un entrepreneur
18:24ou un architecte.
18:26Ils ont regardé
18:27les murs,
18:27les piliers de chaque côté
18:28et ils ont parlé
18:29de faire un étage.
18:31Là-dessus,
18:31Gaston m'a dit
18:32que ça lui irait bien.
18:33Mais c'était un rêve.
18:35La construction
18:35pouvait durer
18:36six mois,
18:37un an,
18:37plus peut-être.
18:38Et moi,
18:39je ne lui ai dit
18:39que je n'allais pas
18:40attendre tout ce temps-là.
18:41Lui,
18:42il m'a insulté.
18:42Il m'a dit
18:43« Tu l'as donc
18:44tellement dans la peau
18:44le mec que tu veux
18:45mettre à ma place. »
18:46Je ne lui ai rien répondu.
18:47Je me suis contenu.
18:48Je lui ai simplement dit
18:49« Pour la dernière fois,
18:51je ne te donne qu'un jour.
18:52Pour la dernière fois,
18:53je lui ai dit
18:53et si tu ne me débarrasses
18:55pas le plancher,
18:56alors tu le regretteras. »
18:58Qu'un jour après,
18:59il était toujours là.
19:00Et quand je lui ai demandé
19:02s'il avait trouvé
19:02quelque chose,
19:04il a haussé
19:05les épaules.
19:11Il y a eu
19:11une dispute épouvantable.
19:18C'est à ce moment-là
19:19que dans ma rage
19:21ou dans mon désespoir,
19:28j'ai pris mon parti.
19:33Et alors ?
19:51Je comprends
19:52que vous n'ayez pas
19:53le courage
19:54de nous faire ce récit.
19:57Je vais donc vous relayer.
20:01Vous vous êtes mis
20:02dans la tête
20:02de tuer Valmont.
20:10Et vous avez fixé
20:12la date
20:12le samedi 14 juillet.
20:16N'est-ce pas ?
20:22En même temps,
20:23vous vous êtes arrangé
20:24avec une de vos sœurs
20:25pour lui confier
20:27vos deux enfants
20:27pendant deux jours,
20:30le samedi 14
20:31et le dimanche 15.
20:35C'est bien cela,
20:35n'est-ce pas ?
20:40Écoutez,
20:41je pense que vous
20:41pourriez prendre sur vous
20:42de ne pas rester
20:43la tête enfouie
20:44dans vos mains.
20:46Je vous ménage.
20:48Je raconte les choses
20:49comme elles se sont passées
20:50pour vous épargner
20:52ce récit
20:52dont je comprends
20:53combien il doit
20:53vous étouffer.
20:55Mais au moins,
20:56secondez mon effort.
21:03vous êtes allé le matin
21:04avant votre travail
21:06ramasser des briques
21:06sur un chantier voisin
21:09où vous êtes procuré
21:10du sable,
21:11du ciment.
21:13Et le samedi soir,
21:15quand vous vous êtes
21:16trouvé tout seul,
21:18vous avez attendu.
21:38oui,
21:43je t'en ai.
21:55J'ai attendu.
22:02J'étais toute seule dans cette maison isolée malgré tout.
22:10J'entendais au loin la musique d'un balle public, des cris de joie, des rires, des pétards et les
22:19demi-heures passées.
22:25Je savais qu'il serait allé à la fête et qu'il rentrerait plus tard que d'habitude.
22:29Et je vous assure, c'était dur d'attendre tout ce temps-là.
22:32Et je me disais, parce que je le croyais follement, que c'était mon bonheur qui était au bout.
22:44J'ai entendu sonner dix heures, puis onze heures.
22:58Enfin, à minuit, moins le quart, j'ai entendu son pas.
23:04Il est entré.
23:07J'ai remarqué qu'il marchait droit ailleurs.
23:10Il n'avait pas l'habitude de boire.
23:14Il est allé à sa chambre.
23:17Il s'est couché.
23:20Et alors,
23:22j'ai attendu.
23:25Alors ?
23:28J'ai attendu que sa respiration soit celle qu'il y avait en dormant.
23:33Régulière.
23:34Un peu forte.
23:36Donnant l'impression de couvrir un sommeil profond.
23:42Quand j'étais sûre qu'il dormait à poing fermé, comme on dit,
23:46j'ai tourné la poignée de la porte sans faire de bruit.
23:49Je suis entrée pieds nus.
23:51Je me suis approchée du lit.
23:54Je tenais à la main un cache-colle dessous.
23:58Je l'ai passé rapidement sous la tête.
24:01Et puis, j'ai fait un nœud.
24:02Pendant qu'il reprenait vaguement conscience,
24:04et aussitôt, j'ai serré, j'ai serré, j'ai serré.
24:07C'était une folie, une folie, une folie !
24:27Il s'est débattu.
24:31Et puis, j'ai serré encore plus fort,
24:37malgré ses mains qui s'accrochaient à moi.
24:42Et puis, ça a été fini.
24:57La folie était faite.
25:01C'est incroyable.
25:03Ce que l'amour fait faire.
25:06Oui.
25:07C'est incroyable.
25:09Mais ce qui est incroyable, surtout,
25:11c'est que vous ayez commis ce crime de sang-froid
25:14après deux heures d'attente.
25:17Avec votre permission, M. le Président,
25:19l'accusation dont je suis ici le représentant
25:21voudrait faire plus complètement la lumière.
25:24Voyons, nous avons devant nous l'accusé.
25:26Alors, je lui demande,
25:28comment pouvez-vous prétendre être venu toute seule
25:30à bout de cet homme de 80 kilos ?
25:33M. le Président,
25:34puisque M. l'Avocat Général anticipe sur son réquisitoire,
25:38j'anticiperai sur ma plaidoirie.
25:39Mais non, Maître.
25:40M. l'Avocat Général ne fait que poser une question.
25:43Ne changeons pas l'ordre des débats
25:45et laissez-moi continuer l'interrogatoire
25:46en prenant la question à mon compte.
25:50Vous affirmez que vous étiez seule.
25:53Ah oui, je le jure, M. le Président,
25:55toute seule.
25:56Toute seule pour y penser,
25:58toute seule pour m'y préparer,
25:59toute seule pour le faire.
26:02Malheureusement, pas toute seule devant le désastre.
26:04Eh oui,
26:05car nous n'avons pas fini, hélas, avec l'horrible.
26:09Il nous faut maintenant venir à la scène du matin suivant.
26:12Vous aviez dit à Henri Planchon de venir le dimanche matin.
26:16Oui.
26:17Mais que lui aviez-vous dit exactement ?
26:21Je lui avais dit que j'allais envoyer mes enfants chez ma sœur,
26:25que Valmont partirait de bonne heure,
26:27comme il faisait tous les dimanches,
26:29pour aller s'occuper d'un club d'espoir,
26:31que la journée serait à nous,
26:34que nous serions tous seuls.
26:37C'est cela.
26:39Et tout à l'heure, nous entendrons la déposition d'Henri Planchon.
26:43Mais il nous faut savoir dès maintenant ce qui s'est passé.
26:47Il était joyeux en arrivant, Planchon.
26:52Insouciant.
26:54À mille lieues de se douter de ce que vous alliez lui demander.
27:01M. le Président,
27:03ça a été affreux.
27:09Moi, j'étais là,
27:11avec cet homme mort,
27:12depuis des heures.
27:16Lui, Henri, quand il est arrivé,
27:19il venait
27:20pour être avec moi,
27:22chez moi,
27:24pour que nous soyons heureux.
27:29Au lieu de ça,
27:32quand il m'a vu,
27:33il a bien compris que quelque chose s'était passé.
27:35Il m'a dit,
27:37« Tu es verte. »
27:42Alors,
27:45mes nerfs ont cédé.
27:46J'ai pleuré.
27:47J'ai dû me laisser tomber sur la lit.
27:49Je ne me souviens plus.
27:54Et puis,
27:58au bout d'un moment,
28:02j'ai ouvert la porte de la chambre de Balmont
28:05et je lui ai dit,
28:09« Voilà. »
28:15« Mais lui,
28:17il n'en réalisait pas. »
28:19« Non. »
28:21« Il n'en réalisait pas. »
28:24« Il a d'abord cru à un accident,
28:26à une mort subite. »
28:28« Et quand je lui ai dit la vérité,
28:31j'ai bien senti que je lui faisais horreur. »
28:35« Et c'était fait. »
28:38« Alors ? »
28:40« Alors, son premier mouvement a été d'aller à la police. »
28:44« Et je l'ai supplié. »
28:44« Je lui ai dit qu'il n'allait tout de même pas me dénoncer, »
28:46« alors que j'avais fait ça pour notre bonheur. »
28:51« Non, vraiment, j'ai eu une crise de désespoir affreuse. »
28:57« Il a eu putier de moi. »
29:01Et ici se place une scène
29:03qui est une des plus diaboliques qu'on puisse imaginer.
29:08Vous aviez prévu qu'il faudrait bien se débarrasser du cadavre
29:12et vous aviez tout préparé à cet effet.
29:15À cet égard, il est difficile de nier l'après-méditation.
29:20Je dois dire tout de suite et au passage,
29:23messieurs les jurés,
29:24que la préméditation est une circonstance aggravante,
29:29entraînant, sauf s'il est reconnu par ailleurs
29:31des circonstances atténuantes,
29:34la peine capitale.
29:38Eh bien, dans le cas qui nous est soumis,
29:43tout était préparé pour les heures qui suivraient le crime.
29:47Vous aviez des briques,
29:50du ciment,
29:52et vous aviez même emprunté des outils de maçon.
29:57N'est-ce pas ?
30:02Je sais, monsieur le président.
30:07On peut dire que j'avais tout préparé, c'est vrai.
30:12On peut dire que j'avais prémédité,
30:14c'est peut-être vrai du point de vue légal.
30:18Et pour moi, ce n'était pas comme ça.
30:22C'était tout autrement.
30:26J'avais une maison, j'avais un foyer,
30:29j'avais un bonheur qui s'offrait à moi
30:31et que je ne voulais pas laisser échapper.
30:33Et il y avait cet homme qui, pour rien,
30:36par paresse de trouver un autre logement,
30:38me gâchait tout, mon bonheur, mon repos,
30:41et qui, avec sa lourdeur, son inertie,
30:44sa volonté de s'incruster, piétinait mon avenir.
30:47Alors,
30:50toute ma volonté,
30:53toute mon obsession,
30:55ça a été de ne plus laisser les choses aller plus loin,
30:59de faire place nette.
31:02Admettons cela.
31:03Mais quand votre crime a été accompli,
31:06quand vous avez vu inerte à jamais
31:08le corps de cet homme qui avait été votre compagnon,
31:10malgré tout...
31:11Mais qui détruissait toute ma vie, maintenant.
31:13Enfin, tout de même, le corps d'un homme
31:14que vous aviez tué par surprise dans son sommeil,
31:18vous n'avez pas eu de remords.
31:20Vous ne vous êtes pas dit, j'ai été folle,
31:22je vais maintenant me constituer prisonnière.
31:27J'aurais peut-être mieux fait.
31:32Mais non.
31:34Pour moi, ce n'était pas comme ça.
31:39Monsieur le Président,
31:41en ce moment, comme je l'ai toujours fait,
31:43je vous dis la vérité.
31:46Elle peut vous paraître difficile à croire,
31:48parce que ces choses dont on parle,
31:51on ne fait qu'en parler,
31:52tandis que moi, à ce moment-là, je les vivais.
31:55Aujourd'hui, c'est un procès.
31:57Demain, ce sera des articles de journaux,
31:59l'affaire du Maï.
32:01Mais hier,
32:02c'était mon drame.
32:08Personne ne peut vivre le drame des autres.
32:14Oui, j'avais cru que j'allais pouvoir faire disparaître ce corps.
32:17Les difficultés, je ne les avais même pas vues.
32:19Je m'étais dit, Henri m'aidera.
32:21On le mettra dans le renfoncement entre deux piliers de ciment,
32:23on montera un mur de briques devant,
32:25et puis voilà, c'est tout.
32:27C'était fou, c'était sûrement fou.
32:29Mais j'étais folle.
32:32Alors la police, non, je vous assure,
32:34même si ça doit se tourner contre moi,
32:36je n'ai pas pensé à aller à la police.
32:37Bien au contraire.
32:39À ce moment-là,
32:41il y a quelque chose qui a joué en moi
32:43que vous ne comprendrez peut-être pas, monsieur le président,
32:45mais que les femmes qui ont un ménage
32:47trouveront moins extraordinaire.
32:50J'avais fait mon plan.
32:52Je m'étais dit, on le mettra dans le renfoncement.
32:55Et quand je me suis retrouvée dans la chambre,
32:56dans la lumière du matin, avec Henri,
32:58que j'ai vu le lit des fées, les vêtements en désordre,
33:00ce cache-col qui pendait sur le sol,
33:02ça a été plus fort que moi.
33:03Le besoin de remettre de l'ordre,
33:05c'est ajouté à ce que j'avais prémédité, comme vous dites.
33:11Oui, j'avais voulu faire place nette,
33:14place nette pour mon bonheur,
33:15et maintenant, en plus,
33:16je voulais faire place nette pour mon intérieur.
33:21Bien sûr, je n'ai pas réalisé tout de suite
33:23ce que je vous dis là,
33:25mais à force de repenser,
33:27de chercher à me comprendre moi-même,
33:31que j'ai fini par comprendre toutes ces choses
33:34qui peuvent paraître incroyables,
33:37mais qui sont pourtant vraies.
33:39Vous n'étiez plus vous-même, en somme.
33:42Est-ce que je sais qui je suis ?
33:44Est-ce que je suis une mère de famille ?
33:46Est-ce que je suis une femme qui veut bâtir son bonheur même sur la mort ?
33:49Est-ce que je suis une maniaque de la propreté ?
33:52Est-ce que je...
33:58Bref, vous avez réussi à persuader Henri Planchon de vous aider.
34:02Il a commencé à mûrer le renfoncement dont vous avez parlé,
34:06puis vous y avez porté le corps à vous deux,
34:08et pendant que vous reteniez le buste
34:10pour l'empêcher de tomber en avant,
34:12Planchon continuait de monter le mur jusqu'au plafond.
34:16C'est bien cela.
34:18C'est bien cela.
34:30Ensuite, j'ai tout...
34:32tout balayé, tout nettoyé,
34:35tout lavé.
34:39Il était une heure.
34:45C'est à ce moment-là qu'Henri est parti.
34:50J'ai bien compris qu'il n'en reviendrait pas.
34:53En effet, il n'est pas revenu.
34:55Et même, il a aussitôt libéré sa conscience.
34:59Nous verrons cela tout à l'heure
35:01quand nous l'entendrons à la barre des témoins.
35:04Mais enfin, en ce qui concerne les faits,
35:07nous en avons terminé.
35:11Avez-vous autre chose à dire ?
35:16Sur ce qui s'est passé ?
35:17Sur ce qui s'est passé
35:19ou sur ce que vous croiriez devoir faire valoir
35:21pour votre défense ?
35:25Monsieur le Président,
35:30ce que j'ai fait,
35:31je sais bien que ça ne se défend pas.
35:38Que voulez-vous ?
35:39Ça a été plus fort que moi.
35:46Et aujourd'hui, tout est fini pour moi.
35:49Tout.
35:52Le bonheur, l'avenir.
35:54Tout.
35:58Il n'y a plus que mes enfants.
36:01Annick et Joël.
36:05C'est pour elles que je ne me suis pas tuée.
36:08Vous ne pensez tout de même pas
36:09qu'on va vous laisser les élever ?
36:12Il faut bien vous dire en tout état de cause
36:14qu'au contraire, elles sont perdues pour moi.
36:20Asseyez-vous.
36:27Nous allons entendre les témoins.
36:29Mais au préalable,
36:31il faut que je vois
36:32si l'on a des questions à vous poser.
36:34Messieurs les jurés,
36:35l'un de vous veut-il poser une question ?
36:38L'accusé a dit qu'elle avait voulu se suicider.
36:41Y a-t-il eu quelques commencements d'exécution ?
36:45Vous entendez la question ?
36:50Si j'avais commencé,
36:51croyez-moi, j'aurais fini.
36:54Mais quand cette idée m'est venue,
36:56je l'ai chassée à cause des enfants encore une fois.
37:00Bien.
37:02Monsieur l'avocat général,
37:04question ?
37:05Je n'ai pas de questions à poser,
37:07monsieur le président.
37:08Mais,
37:09sans préjuger de ce que seront tout à l'heure mes réquisitions,
37:13je crois qu'on doit faire une remarque,
37:14tragique ou lamentable comme on voudra.
37:17En somme,
37:18s'il n'y avait pas eu de crise du logement,
37:21rien de tout cela ne serait arrivé.
37:23Je remercie, monsieur l'avocat général,
37:25de son objectivité.
37:26En effet,
37:28le destin a sa part dans cette terrible aventure.
37:30N'anticipons pas.
37:32Avant de tirer la moralité des faits,
37:34il faut les connaître.
37:36Nous allons donc maintenant entendre les témoins.
37:38Monsieur l'huissier ou diancier,
37:41veuillez appeler le premier témoin.
37:43Blanchon Henri !
37:58Veuillez dire vos noms,
37:59prénoms, âges et qualités.
38:01Blanchon Henri, 34 ans, ouvrier maçon.
38:03Vous n'êtes ni parent ni allié de l'accusé,
38:05vous n'êtes pas à son service ni à nos vôtres.
38:07Non.
38:08Vous jurez de parler sans haine et sans crainte,
38:09de dire toute la vérité, rien que la vérité.
38:12Levez la main droite et dites,
38:13je le jure.
38:14Je le jure.
38:15Avant que vous ne déposiez,
38:17il faut que j'explique à messieurs les jurés
38:18votre situation.
38:20Étant donné l'assistance que Blanchon
38:23a apportée à l'accusé,
38:24une fois le crime accompli,
38:26il a d'abord été inculpé comme complice.
38:29Mais, compte tenu de ce qu'il a fait
38:31et qu'il va vous dire,
38:33il a bénéficié d'un non-lieu.
38:37Maintenant, je vous en prie,
38:38faites votre déposition.
38:40Vous voulez que je raconte à partir de quand ?
38:42Eh bien, à partir du moment
38:44où vous avez fait la connaissance de l'accusé.
38:47Pour commencer, il n'y a rien eu de bien net.
38:50C'est moi qui l'ai remarqué d'abord
38:51en sortant du travail.
38:52On prenait le même bus.
38:54Une fois, je l'ai aidé à porter un paquet.
38:58Elle avait sûrement observé
38:59que je m'intéressais à elle.
39:00Comme ça, on a fait connaissance
39:02et puis on s'est retrouvés.
39:03Et très vite, on ne s'est plus beaucoup.
39:05Moi comme elle, la même chose.
39:08Alors, elle est devenue ma maîtresse
39:09et, je dois dire la vérité,
39:11je l'ai aimée comme je n'avais jamais aimé avant.
39:16On se voyait souvent, mais
39:18dans des conditions, comment dirais-je,
39:21déprimantes, sordides, si vous voulez.
39:23Des hôtels meublés en banlieue,
39:24vous voyez ce que ça peut être.
39:26Moi, je ne pouvais pas l'emmener chez moi
39:28à cause de mon frère
39:28avec qui je partageais ma chambre.
39:31Et elle, non pas à cause de ses gosses
39:33parce qu'on était décidé à se marier,
39:36mais à cause de l'autre, enfin.
39:40Bien sûr, quand elle lui disait de partir,
39:41il répondait toujours oui.
39:42Mais il restait là.
39:44Ça l'a rendu folle à la fin.
39:47Et puis comme ça, un jour, elle m'a dit
39:48« S'il ne veut pas comprendre,
39:51on lui fera son affaire. »
39:53Moi, je ne lui ai pas fait attention,
39:54mais deux, trois jours après,
39:55elle a remis ça.
39:56Il y en a marre qu'elle disait.
39:58« Marre, marre ! »
40:00Mais moi, alors, j'essayais
40:01de lui changer les idées.
40:04Même une fois qu'elle me disait
40:05« Il faut trouver le moyen de le supprimer. »
40:07Je lui ai crié « T'es folle ! »
40:10Monsieur, elle m'a répliqué
40:11« C'est ça, tu te dégonfles ? »
40:14Oui, je lui ai dit
40:15« Si c'est pour aller à la guillotine,
40:16je me dégonfles. »
40:19Après ça, elle ne m'en a plus parlé.
40:21Et puis le 14 juillet est arrivé.
40:27Continuez.
40:29Elle m'avait dit que les gosses
40:30seraient à la campagne,
40:31que Valmont partirait de bonheur
40:32et que nous aurions toute la journée
40:33à nous pour nous aimer.
40:35Alors, vous comprenez
40:36dans quel état d'esprit
40:37j'étais en arrivant.
40:39Mais aussitôt qu'elle m'a eu
40:39ouvert la porte,
40:41elle était bien en robe de chambre
40:42comme je m'y attendais,
40:43mais quelle figure.
40:45J'ai tout de suite compris
40:45qu'il y avait eu un malheur.
40:48Alors, elle m'a expliqué.
40:51Moi, j'étais atterré.
40:53D'abord, vous comprenez,
40:55ce Valmont dont elle me parlait
40:56tout le temps,
40:57moi, je ne l'avais jamais vu.
40:59Et voilà que pour la première fois
41:00où je le voyais,
41:02il était mort,
41:04étranglé.
41:06Ça m'a quand même fait quelque chose.
41:09Ensuite, quand elle m'a dit
41:10qu'elle avait tout préparé
41:11pour le cacher,
41:12que je devais l'aider,
41:13j'ai commencé par refuser.
41:17Et puis, je ne peux pas vous expliquer,
41:18mais elle m'a dit
41:20« Tu ne vas pas me donner
41:22à la police tout de même. »
41:24Je l'ai vue désemparé.
41:27J'ai pensé à notre amour.
41:28Enfin, je ne peux pas vous expliquer.
41:30J'ai pris la trouelle
41:30et j'ai fait le boulot.
41:33C'est le boulot,
41:34vous pouvez me croire.
41:35Et ça me donnait la nausée.
41:38Quand ça a été fini,
41:39je n'en pouvais plus.
41:42Alors, je lui ai dit
41:44« Maintenant, au revoir. »
41:47« À quand » qu'elle m'a dit.
41:49Alors, ça, je lui ai répondu
41:50et vous savez,
41:51je n'en pouvais plus.
41:54Je suis rentré.
41:58Mon frère,
41:58qui était au courant
41:59de ma liaison,
41:59n'a d'abord rien compris.
42:01Alors, je lui ai tout raconté.
42:04Mais lui,
42:05qui n'avait pas perdu son sang-froid,
42:07m'a dit qu'il n'avait pas hésité
42:08et il m'a accompagné
42:09jusqu'au commissariat.
42:09Bien.
42:13Bon.
42:15C'est tout ce que vous avez à dire.
42:17Oui.
42:20Monsieur l'avocat général,
42:23maître,
42:25bien.
42:28Accusé,
42:29avez-vous quelque chose à dire
42:31sur la déposition du témoin ?
42:45Écoute, Henri.
42:49C'est la dernière fois
42:50que je te vois sûrement.
42:53Alors,
42:53il faut que je te dise deux choses.
42:57Je sais bien,
42:58nous ne sommes pas seuls.
43:00C'est même la première fois
43:02que pour nous parler,
43:02nous ne sommes pas seuls.
43:04Ça ne fait rien.
43:05Si je ne te disais pas
43:05ces deux choses-là,
43:06ça m'est tout près.
43:10D'abord,
43:10je te demande pardon.
43:12Je n'aurais pas dû
43:13te demander
43:13ce que je t'ai demandé.
43:15Tu m'aimais, bien sûr,
43:17mais
43:18n'es pas comme moi.
43:21Et la seconde,
43:24c'est que, justement,
43:27je t'aimais
43:28au-delà de la raison.
43:33Tu vas vivre libre maintenant.
43:37Mais c'est tant mieux.
43:41Moi, je vais payer.
43:44Je vais payer
43:45de t'avoir
43:46trop aimé.
43:48Trop.
43:51Trop.
43:55Eh bien,
43:56la déposition
43:57est terminée.
43:58le témoin
43:59peut se retirer.
44:07Henri !
44:16Le témoin suivant.
44:20Vincent-Y-Émile.
44:26Monsieur, veuillez décliner
44:27vos noms,
44:27prénoms, âge et qualité.
44:30Vincent-Y-Émile,
44:3147 ans,
44:32directeur de société.
44:34Comme vous étiez
44:35l'employeur de l'accusé
44:36et comme, au fond,
44:37vous ne savez pas
44:38grand-chose des faits,
44:39je ne vous ferai pas
44:40prêter serment.
44:42dites-nous ce que vous pensez
44:44de l'accusé.
44:46Madame Dumail,
44:48c'était, si vous voulez,
44:49ma meilleure employée.
44:50Elle était à la manutention
44:51depuis 10 ans.
44:52J'avais une confiance aveugle
44:54en elle.
44:55Jamais un manque,
44:56jamais un retard,
44:56jamais une erreur,
44:57au contraire même.
44:58Si le travail n'était pas fini,
45:00elle restait ce qu'il fallait.
45:01Et tous les camarades de travail
45:02vous diraient la même chose.
45:04Bien sûr,
45:04je ne connaissais pas
45:05sa vie privée,
45:06mais tout de même,
45:07elle m'avait souvent
45:08parlé de ses enfants.
45:10Et j'avais été au courant
45:11de son divorce
45:12et après de sa liaison.
45:14Plus tard,
45:16j'essuie dans le quartier
45:17et tout le monde
45:17vantait la façon
45:18dont elle tenait son intérieur.
45:21Elle a été condamnée
45:22à 20 ans de travaux forcés.
45:26En somme,
45:27il s'en est fallu de quoi ?
45:29D'un rien.
45:30D'une chambre meublée.
45:32Et cette femme,
45:33au lieu d'être condamnée,
45:34aurait reçu la médaille du travail.
45:37Et qui sait ?
45:38Peut-être aussi
45:39celle des familles nombreuses.
45:42Voilà.
45:44C'est ce qu'on appelle
45:44le destin.
45:51Vous n'avez rien à ajouter ?
45:53Rien, monsieur le président.
45:55Je vous remercie.
45:56Vous pouvez m'en tirer.
45:58Le témoin suivant.
46:07Monsieur,
46:08veuillez décliner vos noms,
46:09prénoms, âge et qualité.
46:11Corbin, Camus.
46:15Je vais parler sans haine et sans crainte,
46:17c'est-à-dire que la vérité
46:18est la vérité.
46:19Vous avez la main droite et les cheveux.
46:20est-ce que vous avez la main droite ?
46:23Je vous remercie.
46:25Je vous remercie.
46:26Et le monde, c'est-à-dire que la vérité.
46:28Sous-titrage FR ?
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