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00:00:00Sous-titrage MFP.
00:00:30...
00:01:17Allô ?
00:01:19Le 148 à Vimereux, j'écoute.
00:01:22Allô ?
00:01:24Vous demandez le 148 ?
00:01:25Oui.
00:01:26Quoi ?
00:01:27Boulogne Radio-Maritime ?
00:01:29Oui, j'écoute.
00:01:30Le 148 à Vimereux ?
00:01:32Ne quittez pas. On vous parle du Montesquieu en mer du Nord. Ici, Radio-Relais de Boulogne-Maritime.
00:01:39Allô ? Allô, ici Bourgouin, bord Montesquieu. Allô, c'est toi, Zémi ?
00:01:46Allô ? C'est toi, Bourgain ?
00:01:49Oh, quoi ? Tu rentres ce soir ?
00:01:52Au flot ? Oui, à la pleine mer.
00:01:56Dis-donc, le gosse est reçu avec mention, bien.
00:02:01Mention, bien.
00:02:05Coupez.
00:02:12Zabelle, le patron rentre ce soir. Oui, il vient de me prévenir par phony.
00:02:16Bien, madame, je suis ravie.
00:02:18Vous irez chez le teinturier lui chercher son costume marron. C'est celui qu'il préfère. Je crois que ça
00:02:21lui fera très plaisir.
00:02:22Avec joie, madame. C'est bien de moi d'avoir pris quelques satisfactions au patron après une marée. Un homme
00:02:27qui sort des dangers.
00:02:28Ah oui. Oui, un métier plein de dangers, Lucien.
00:02:31Ah, de dangers qu'il quitte pour trouver ensuite les soucis.
00:02:35Hum, vous raisonnez bien, Zémi.
00:02:36Non, non, madame, je réfléchis simplement.
00:02:39Ah, mais dites-moi, madame, j'espère que le retour du patron ne va pas compromettre mes vacances.
00:02:43Pourquoi donc ?
00:02:43C'est que nous étions convaincus de mon départ demain. Et puis mes parents m'attendent.
00:02:47Ah, mais non, on s'est toujours entendu. On y allait changer.
00:02:49Bien, madame. Merci.
00:02:55Oh, tu m'excuseras, moi.
00:02:56Oh, bah.
00:02:58Comme tu rentres tard.
00:03:00Ben oui, je sais bien, mais tu sais, les copains sont si bavards. Ils n'en finissent pas d'expliquer
00:03:02leur échec.
00:03:03Ben oui, j'ai déjeuné sans toi. Moi, je m'aurais de faim.
00:03:05Mais tu as très bien fait.
00:03:07Tu trouveras tout ce qu'il te faut dans le frigidaire.
00:03:09Oh, bonjour.
00:03:10Non, tu sais, j'ai plus faim. J'ai pris un à compte avec quelques sandwiches.
00:03:13Ah, drôle de façon de se nourrir.
00:03:16Et puis, en rentrant, j'ai rencontré le capitaine de port. Il m'a invité à prendre une chope.
00:03:22Au dit frais ?
00:03:24Ah, je ne l'aime pas beaucoup, cet homme-là, moi.
00:03:26Ben oui, je sais bien, mais tu sais, j'ai pas refusé.
00:03:32A qui écris-tu là ?
00:03:35Ben, à Tante Cécile, pour lui annoncer ton succès.
00:03:38Tu crois que ça l'intéresse ?
00:03:39Oh, ben si ma sœur se désintéressait à des études de son neveu, ce serait le cong.
00:03:43Et ça t'étonnerait ?
00:03:44Oh, c'est une évaporée. Mais elle t'adore. Et elle a le sens de la famille.
00:03:49Parce qu'elle a le sens des situations avantageuses ?
00:03:51Oh, ne sois pas mauvaise langue.
00:03:54Ben, dis donc, à propos de vie facile, qu'est-ce que tu décides pour cette 4 chevaux ?
00:03:58Moi ?
00:04:00Ben, viens.
00:04:01Ben, il faut que je donne une réponse au garagiste.
00:04:05Ben, ça n'est pas très urgent.
00:04:10Le fils de l'électroménager est prévenu.
00:04:13Hum-hum.
00:04:14Eh ben, un amateur prévenu en vaut deux.
00:04:16Bon, il n'y a pas lieu de plaisanter, je t'assure.
00:04:18Ton père rentre ce soir. Il vient de me prévenir par fini.
00:04:21Tu t'arrangeras avec lui ?
00:04:22Bon, mon père.
00:04:23Ah, ben, ça le concerne.
00:04:24En fait, tu as quand même ton mot à dire également, non ?
00:04:27Non, je ne veux pas en aucune responsabilité dans cette affaire.
00:04:29Tu n'es tout de même pas à 350 000 francs près, quand même.
00:04:31Alors, tu me coûtes assez cher d'argent de poche, je sens l'insu.
00:04:34Oui, ben, on est riche que par son argent de poche.
00:04:36Remarque, je ne te le reproche pas, puisque j'ai accepté d'être l'accomplice de tes récréations dispendieuses, en
00:04:40quelque sorte.
00:04:41Ben, sur la mort, bon, reste pas.
00:04:43Bon, mais il y a des limites à tout.
00:04:45Depuis le temps de vous amasser dans cette maison ?
00:04:47Oh.
00:04:48Depuis le temps que ton père trime à la mer, tu veux dire ?
00:04:51Oh, mais il n'est pas le seul à l'avoir fait, de votre fortune.
00:04:54Avant lui, il y a eu son père, son grand-père et tous les autres de jadis, en remontant jusqu
00:04:59'au corsaire de la course.
00:05:00Mais ça représente un beau palmarès à l'actif des bourguins, mon garçon.
00:05:03Et puis de plus.
00:05:05Vous avez eu la pointe de ta gracieuse date, hein ?
00:05:08Et tes biens propres en provenance de ta dynastie d'Epicien-Gro et de Saint-Laurent-Cac ne sont pas
00:05:14à négliger.
00:05:15Ben, je ne rougis pas de mes origines.
00:05:16Bon, ben, j'espère bien.
00:05:18Enfin, à quoi destinez-vous vos titres de rentes ?
00:05:21Vos immeubles de la falaise, vos parts de capital au comptoir d'armement des bourgners.
00:05:25Enfin, suis-je votre office unique, oui ou non ?
00:05:27Oh, si vous étiez quatre ou cinq, tu parlais autrement.
00:05:29Mais seulement, ce n'est pas le cas.
00:05:35Je pense que dans ma position, je ne peux même pas prétendre à une malheureuse voiture de fonctionnaire ou de
00:05:39matelot à la pêche.
00:05:40En fait, tu avoueras quand même.
00:05:41Oui, ben, tu as ton scooter, non ?
00:05:42Non, tu parles.
00:05:43Mon âge, le scooter est dépassé.
00:05:45Ah, ton âge, nous avions des goûts moins ruineux.
00:05:46Nous avons été élevés dans le souci de l'épargne.
00:05:48Il faut évoluer.
00:05:49On n'en épovra pas le besoin.
00:05:51Au contraire, on m'aurait surpris.
00:05:53Nous sommes ce que nous sommes.
00:05:55Nous ne nous plaignons pas de notre condition.
00:05:57Oh, il ne manquerait plus que ça.
00:05:58Je te répète que l'incident est clos.
00:06:01Ton père appréciera.
00:06:05Comment réussir à l'entamer, papa ?
00:06:08On ne connaît si plus, je ne pratique jamais.
00:06:12Mais excellente occasion pour commencer.
00:06:1612, 15 jours, 3 semaines au large pour une marée suivant la saison.
00:06:19Et après, 48 heures à terre durant lesquelles ces hommes à part ont à peine le loisir d'aller au
00:06:23cinéma.
00:06:24Quelle existence, hein ?
00:06:25Oh, la nôtre.
00:06:27Et mon enfance, mon adolescence, on passait ainsi.
00:06:33Comment le découvrir, papa ?
00:06:35Et lui, comment aurais-tu eu la possibilité de me suivre, de me guider, jamais là ?
00:06:41Ce qu'on souhaiterait, l'appeler à soi, lui parler longuement, l'embrasser, pas là, jamais là, non, jamais.
00:06:48Il souffre autant que nous de cet état de choses, pour moi.
00:06:52Et à l'arrivée de peur de l'importuné pendant la relâche, comme ils disent, nous on se tait.
00:06:58Le sort des maritimes ?
00:07:01Ils nous ont annexés, ils ne nous ont pas absorbés, toi et moi.
00:07:05J'ai essayé de m'intégrer.
00:07:07Voilà 25 ans que j'essaie de comprendre le mot de la mer.
00:07:11En vain.
00:07:12Oui, en vain.
00:07:14Car s'il a derrière lui ses corsaires, toi, tu as tes épiciers.
00:07:19Oh, je me sens bien au choix du côté de la boutique.
00:07:23Que ça ne t'empêche pas de venir l'accueillir à la pleine mer, à la coupée du Montesquieu.
00:07:27Non, naturellement, j'irai.
00:07:29Après mon bridge, je sais le procureur.
00:07:32Je disais, mon enfant, moi j'aime bien, va pas.
00:08:14Oh, je n'aime pas.
00:08:16Oh, bonjour, comment ça va ?
00:08:18Oh, je suis contente.
00:08:19Mais tu vas voir un peu.
00:08:21Mais tu sais que tu es belle, tu sais que j'ai de la chance.
00:08:28Ah, je suis bien content d'être rentré.
00:08:30Tu veux une molle de café ?
00:08:31Oh, je veux bien.
00:08:32Il est tout chaud.
00:08:33Et cette marie-ci dure ?
00:08:34Oh, dure sans plus.
00:08:36Oh, t'agoueras pas ta misère.
00:08:38Oh.
00:08:39Ailleurs, on a eu du gros temps, tu sais, jusqu'au troisième jour environ.
00:08:41Oui, jusqu'au 60e parallèle.
00:08:43Et puis, comme de juste, ça s'est gâté.
00:08:45Ah oui, j'ai dû mettre à la carte pour étaler.
00:08:48On accusait 30 degrés, c'est-à-dire 100 à 120 km à l'heure.
00:08:51Oh là là.
00:08:53Mais après une petite hulvienne, l'église la dèche fondue,
00:08:56on a passé le cirque polaire, ça c'est bien de lire.
00:08:59Et puis même là, tout ça c'est du passé, de l'oublier.
00:09:02Alors, Hébatiste.
00:09:03Il devrait être là.
00:09:06Dis donc, il est bien reçu, hein.
00:09:08Tu me l'as bien téléphoné, j'ai bien entendu.
00:09:10Mais oui, avec mention.
00:09:12Bon, il a dû être retenu chez le procureur de la République,
00:09:14dont les enfants l'avaient invité.
00:09:16Oh, tiens, M. Bournais et son fils qui montent à bord.
00:09:19Oui, ça je sais qu'il vient de lire, il m'a mis téléphoné.
00:09:21Viens, viens, on va aller le voir.
00:09:36Bonjour, M. Bournais.
00:09:37Mes hommages, madame.
00:09:38Bonjour, Jean-Pierre.
00:09:39Bonjour, madame Bourgouin et Baptiste.
00:09:41Oh, ça va, mais nous l'attendons.
00:09:43Alors, Joseph, vieux frère, cette mare ici ?
00:09:45Coussi-coussa.
00:09:46Oh, mon mari n'est jamais content en retour de la pêche.
00:09:48Vous avez remarqué, M. Bournais ?
00:09:50Il y a malheureusement n'importe quoi ici, le grand pavois.
00:09:52Vous avez fait combien de paniers ?
00:09:54Dans les 140 ou 150 tonnes.
00:09:56Eh, ben, c'est pas si mal.
00:09:57Du gros, patron ?
00:09:58Oui, environ 80 tonnes de gros.
00:10:00Du flétan, de la lotte, de la belle rascasse.
00:10:03Et du collin noir en ombre.
00:10:04Enfin, tu verras, ça a bien.
00:10:05Pas si mal, en effet.
00:10:07Et le merle en brillant, ça a donné ?
00:10:08Oui, ces derniers jours, par le travers de Skagirac.
00:10:10Et le macro ?
00:10:11Ah, ben, ça, j'ai surtout du macro.
00:10:13Il faut dire que le macro, il pullule, cette année.
00:10:15Ah, ça, j'ai aucun mérite.
00:10:16Il est vrai que le marché succombe, écrasé sur le poids du macro.
00:10:19Ben, de quoi te plainte-tu ?
00:10:20Tu fais des concerts, non ?
00:10:21Non, mais je ne méprise pas ton macro, Joseph.
00:10:23Ah, la bonne heure !
00:10:24Et le haran, patron ?
00:10:26Je me suis fini au haran, ces derniers jours, parmi de bordée dans la Baltique.
00:10:29Merci, Bourgouin, bien bon comme ça.
00:10:31Mais enfin, qu'est-ce qu'il fait, Baptiste ?
00:10:33Oh, ben, il est toujours pas là.
00:10:34Et les cours, elle a crié.
00:10:36Ben, ce matin, le gros a bien marché, pour le reste, il y en a trop.
00:10:39Ben, tout pour l'usine.
00:10:40Il faut que je passe au comptoir demain matin, j'ai pas mal de choses à te demander.
00:10:43Entre autres, du gréement de rechange.
00:10:45Ah, du gréement, quoi, par exemple ?
00:10:47Ben, par exemple, un chalut en nylon.
00:10:48Ah, ah, ah, 800 000 francs.
00:10:50Ben, j'ai eu des avaries trois fois dans le fonds.
00:10:52Oui.
00:10:53Vous avez ramendé les filets ?
00:10:54Bien sûr, pour qu'ils me prennent tout.
00:10:55Ben, on verra ça à t'être opposé.
00:10:56Des robes ?
00:10:57Non, mais non, mais les gamènes ne sont pas sur le feu.
00:10:59Puisqu'on a décidé au comptoir de t'envoyer au chantier d'Ostente pour révision des moteurs et réparations,
00:11:04on a un mois devant soi.
00:11:05Oh, bon, ben, explique-toi.
00:11:07Comment, j'aurai mon homme pendant un mois à la maison ?
00:11:10Certainement, chère madame.
00:11:11Oh, ben, si je me doutais de ça, moi, alors.
00:11:13Faut ce qu'il faut.
00:11:15Alors, et toi, Agar, quand est-ce que tu entres au cours ?
00:11:18Oh, il faut encore une dizaine de marées pour y penser.
00:11:2118 mois de seconde, ça s'invente pas, patron.
00:11:23Son brevet est en poche, il ira au service à l'État.
00:11:25Ensuite, je lui confierai une baille dans le genre de la tienne,
00:11:27qu'il se remet d'abord de son accident.
00:11:29N'est-ce pas, Jean-Pierre ?
00:11:31Et toi, ton garçon, que vas-tu en faire ?
00:11:33Ben, quelle question, vous en êtes ?
00:11:35À votre avis, il va retourner, la pêche, bâtisse ?
00:11:37Ben, qui l'en empêchera ?
00:11:38Ah.
00:11:39Ben, pas moi, en tout cas.
00:11:40Aujourd'hui, les jeunes renacent à la mer.
00:11:43Spécialement quand ils sont bacheliers.
00:11:44Ah, tu verras, dans cinq ou six ans, la pêche n'aura plus de cadre.
00:11:48Le commerce pas davantage, d'ailleurs.
00:11:49Ça, c'est à voir.
00:11:50Il y a une grande vérité dans ce que vous dites, mon père, patron.
00:11:52Ben, j'y crois pas.
00:11:54Eh bien, je te parie un chalut en nylon.
00:11:57Alors, je l'aurai.
00:11:58Ne prends pas ça à la légère, broguin.
00:12:02Avec tout ça, qu'est-ce qu'il fabrique, Baptiste ?
00:12:04Ben, il ne savait pas que le bateau rentrait.
00:12:06Il avait un engagement.
00:12:07Nous s'étions fixé rendez-vous ici.
00:12:09Ben, il aura eu un empêchement.
00:12:10Oui, possible.
00:12:12Ça me travaille, Pierre, ce que tu me racontes.
00:12:13À la jeunesse, mon cher Joseph, ce qu'il attient, ce qu'il la possède,
00:12:16c'est ce qu'on appelle la séduction de la ville.
00:12:17Et ce n'est pas particulièrement maritime.
00:12:18Chez les paysans, c'est la même chose.
00:12:20Oui, tu comprends, la petite amie, le cinéma, le bal du samedi soir,
00:12:23les virées du dimanche, les congés payés, ça a son charme.
00:12:27Oui.
00:12:27Et pour peu, l'imagination s'en mêle.
00:12:29La progéniture de nos marins, bourguins, c'est tout ce que c'est.
00:12:32Rien, moins que rien.
00:12:33Des pieds de choux prétentieux.
00:12:34Voilà tout.
00:12:35Faut gagner quoi, Pierre ?
00:12:36Des clous, seulement ils s'en foutent.
00:12:37Des clous, ça ne mourit pas.
00:12:38Mais ils s'en foutent.
00:12:40Quand à naviguer ou à courir des risques, même à prix d'or,
00:12:43vous repasserez, vous en donneriez une nouvelle.
00:12:45C'est pas possible.
00:12:47La mer est mourante, mon vieux.
00:12:48Bon, d'un certain point de vue, ça se défend, M. Bournet.
00:12:50Oui, madame, du leurre.
00:12:52C'est pas possible.
00:12:52Mais regarde autour de toi, Joseph.
00:12:54Consacre ce séjour à observer d'un oeil lucide
00:12:57des générations montantes en principe destinées à la mer,
00:12:59et tu verras.
00:13:00Tu verras la mer qui meurt.
00:13:02Un petit feu, bourguin, mais sûrement.
00:13:04Vous êtes un disciple de bossuet, M. Bournet.
00:13:06La mer se meurt, la mer est morte.
00:13:08Je sais ce que je dis, madame, malheureusement.
00:13:10C'est pas Dieu possible.
00:13:11Au surplus, le recrutement des professeurs d'hidrographie est nul.
00:13:15Quant aux officiers de marine, eux, ils ne marchent plus.
00:13:18Alors, interroge, vérifie, rends-toi compte.
00:13:20Et conclue.
00:13:21Il se fait tard, pense à ton courrier.
00:13:23Bon, nous partons. Au revoir, mes amis. Au revoir, Joseph.
00:13:25Au revoir, Pierre.
00:13:25Une remarche, madame.
00:13:27Au revoir, madame.
00:13:28Et bonne soirée.
00:13:28Au revoir, monsieur.
00:13:29Au revoir, Pierre.
00:13:37Regarde.
00:13:39Regarde mon bateau, quel guenillard.
00:13:41Regarde.
00:14:06Tu nous mets ça, Désine.
00:14:07Non, t'as assez bu comme ça.
00:14:09On paie quand même, non ?
00:14:10Je veux pas le savoir.
00:14:11En tant qu'on n'est pas trop bu, Désine, on a le droit d'exiger qu'il nous sert.
00:14:13Non, allez vous coucher, mes enfants, soyez gentils.
00:14:15Ce soir, souper ? Vous allez bien avoir à voir, à part le fait.
00:14:18Oui, ben, souper si je veux. Vous n'allez pas me compliquer la vie, tous les deux.
00:14:20Oh, merde, alors.
00:14:21Elle ne pardonne pas d'avoir tombé à côté du tiercé dimanche dernier.
00:14:27Oui, mes enfants, il ne faudrait pas trop prolonger le plaisir.
00:14:31Pourquoi tu te mêles, ça nous regarde ?
00:14:32Laisse-moi finir, le Montesquieu est arrivé.
00:14:34Oh là là, mon père a dû en ferrer une tête en constatant que je n'étais pas là.
00:14:37Oui, ben, c'est pas très gentil, ça, Baptiste.
00:14:39Écoutez, je n'ai pas le pouvoir d'être avec Clarisse, avec mon père à la fois, je m'excuse.
00:14:42Oui, d'ailleurs, ça ne se fait pas entre gens bien élevés.
00:14:44Oui, enfin, bref, le Montesquieu est arrivé, on attend également le Courbet pour ce soir.
00:14:47Alors, presque tout l'équipage du Courbet descend chez moi.
00:14:50Enfin, c'est bien que le marin est bavard, alors.
00:14:53Vous feriez bien de ne pas trop vous faire remarquer.
00:14:55Sinon, on aurait vite fait à Vimerud de savoir de quoi il retourne en ce qui vous concerne.
00:14:58Vous êtes le bon sens même, chère Lévi.
00:15:01Merci de ta sollicité.
00:15:02Oh, ben, tu sais, Clarisse, un mois pour ce que j'en dis, hein.
00:15:05Non, mais reçuez-vous, reçuez-vous, nous n'avons pas l'intention de nous éterniser ici.
00:15:08Je viens justement proposer à Clarisse de l'emmener faire un petit tour au Casino de la Forêt.
00:15:11Ah oui, c'est une bonne idée, ça vous fera une petite diversion.
00:15:14Seulement, je crains que vous ne passiez pas davantage une aperçue au Touquet, hein.
00:15:17Le gratin boulot n'étire en presse que chaque soir pour y jouer à la roulette.
00:15:20Oh, tes commerçants en majorité n'ont pas de relation avec les maritimes.
00:15:23Donc, Clarisse a raison, nous ne les intéressons absolument pas.
00:15:25Oui, ben, c'est à vous juger, hein.
00:15:26Moi, je ne cherche pas plus à vous chambrer qu'à vous pousser que l'heure, en tout cas.
00:15:28Vive la liberté, Signe.
00:15:30T'as raison, ma fille, et profite-en.
00:15:32C'est gentil, mais je viens de bien, mais...
00:15:34Elle est tout le temps au milieu entre nous.
00:15:35Elle nous a interrompus dans nos confidences.
00:15:37Où en étions-nous ?
00:15:38Je te racontais mon coup de foudre pour toi.
00:15:41Ta conquête a été difficile, hein.
00:15:43Oh, je ne rêvais plus d'amour.
00:15:46Et à quoi rêves-tu donc ?
00:15:47Ah, rien.
00:15:49Depuis la mort de mon mari, je n'avais plus de rêve.
00:15:53Tu rendais-moi, vois-tu, Bap ?
00:15:56J'ai vécu dans une étrange absence du monde extérieur.
00:16:02Comment t'aurais-je vu, Bap ?
00:16:04De mes yeux vides.
00:16:06Et moi, pendant ce temps, Clarisse,
00:16:09je te regardais en silence.
00:16:13Mais les dieux, Clarisse, les dieux sont généreux.
00:16:15Ton sac est oublié.
00:16:17Je le retrouve, je te le rends.
00:16:19Et pas difficile d'oublier sous la banquette.
00:16:22Il n'en faut pas plus pour que s'allument les amours.
00:16:26Tu m'aurilles les étapes, mon chéri.
00:16:28Tu m'as permis de les brûler
00:16:30en acceptant de m'accompagner à Paris-Voix-en-Gaume.
00:16:34Nous avons passé là une semaine magnifique.
00:16:38Oui.
00:16:39À présent, nous sommes unis.
00:16:41Quelle délicieuse captivité.
00:16:44Je me demande parfois
00:16:46comment ça va finir.
00:16:47Tu es bête.
00:16:49Je ne peux pas m'empêcher de penser
00:16:50qu'un jour tu me quitteras.
00:16:53Demain n'est pas la veille de ce jour, maudit,
00:16:55je t'en réponds.
00:16:56Pourtant, il faudra bien...
00:16:59Oh, bien, c'est ça, ne vous gênez pas !
00:17:01Non, mais vous l'apprenez pour quoi, ma maison ?
00:17:04Tiens, je traçais ça sur la tête.
00:17:06Ce sera moins décoiffé sur le parcours.
00:17:08Le quoi, tu aurais l'air
00:17:08en arrivant au casino avec des mèches sur la vue.
00:17:10Non, mais je ne veux pas enrôler comme un fou.
00:17:11Oui, ben, le bord d'ouest, c'est fort.
00:17:13Merci, Didier.
00:17:14De rien.
00:17:14Tu viens, Paris ?
00:17:15J'arrive.
00:17:17Dis donc, tu mets ça sur ma note.
00:17:18T'es fou, c'est moi qui vous invite.
00:17:20Allez, filer.
00:17:21Soyez prudents, hein, les enfants.
00:17:22Oui.
00:17:23Au revoir, Louis.
00:17:24Au revoir.
00:17:26Au revoir.
00:17:27Au revoir.
00:17:27Au revoir.
00:17:58Enfin, le fait, t'es là.
00:18:00Baptiste a découché.
00:18:02Pour la première fois ?
00:18:03Tu trouves ça normal, toi ?
00:18:06Non.
00:18:09Mais s'il avait eu un accident ?
00:18:10Hein ?
00:18:11Mais non, mais non, c'est déjà prévenu.
00:18:13Alors, qu'est-ce qui a bien pu se passer hier soir
00:18:15après sa visite chez le procureur de la République ?
00:18:17Faut-il que je te dise ?
00:18:19Moi, j'ai l'impression que le procureur de la République en question porte un jupeau.
00:18:24Oh, ça s'en veut.
00:18:26Il aura rencontré que par hasard quelques ratasses du port
00:18:29qu'il aura offert de lui montrer son logis au cinquième sous les toits
00:18:33dont la vue sur les bassins est splendide et imprenable.
00:18:36Tes railleries ne changeront rien à la situation, bon gars.
00:18:44Alors, oui ?
00:18:45Qui est-ce ?
00:18:46Ah, c'est Olivier.
00:18:47Qu'est-ce que c'est ?
00:18:48Elle ne te tourmente pas comme ça, non.
00:18:49Excuse-moi, je parlais à ma femme.
00:18:51Non, non, mais pourvu qu'il ne soit rien à rire, il fait...
00:18:54Écoute...
00:18:54Oui.
00:18:55Bon, bon.
00:18:57Entendu.
00:18:58Je te demande une petite demi-heure, hein ?
00:19:00D'accord.
00:19:01C'est bon, mais il me convoque à son bureau.
00:19:03Oui, pour mon grément de rechange.
00:19:05Il va arriver ça dans la matinée.
00:19:06Non, non, mais c'est bien tout.
00:19:07Mais bien sûr que c'est tout.
00:19:09Écoute, je prends la voiture, je serai là vers midi, midi et demi.
00:19:11Et puis, ne te tracasse pas.
00:19:13Si tout va bien, je te le ramène par les oreilles, ton grenin de fils.
00:19:15Allez, allez, allez.
00:19:17Allez.
00:19:17...
00:19:47...
00:19:59Maman !
00:20:00Oh, ben !
00:20:02Enfin, toi !
00:20:03Ben oui, moi !
00:20:05Ça est sauf !
00:20:06Ben, comme tu vois, en pleine forme !
00:20:08Pas d'accident, alors ?
00:20:10Non, pas long !
00:20:11Ah, si, si, si, si !
00:20:12À peine un léger incident technique !
00:20:14Oh, ben, mon Dieu, je respire !
00:20:16Mais qu'est-ce que tu as ?
00:20:17Oh, j'ai cru que j'allais devenir folle !
00:20:19Et ton père, t'es furieux !
00:20:21Mais pourquoi ?
00:20:22Non, mais tu es cynique ou inconscient !
00:20:24Mais pas que je sache !
00:20:25Tu ne te rends pas compte dans quelle trance tu nous as jeté ?
00:20:27Quoi, du simple fait que je ne sois pas rentré dormir dans mon lit ?
00:20:30Ben, tu ne nous as pas habitués à de telles libertés !
00:20:31Ben, vous vous effrez !
00:20:33Mais tu ne t'excuses même pas !
00:20:34Mais de quoi ?
00:20:35Ben, tu as perdu tout sens moral !
00:20:37Ça y est, ça y est, les grands mots !
00:20:38Oh !
00:20:40Enfin, pas de fiche !
00:20:41Mais quoi encore ?
00:20:42En voilà des manières !
00:20:43Les cendriers ont été faits pour qui ?
00:20:45Pour les gens maniérés et qui sont méticuleux !
00:20:46Ah, c'est ça !
00:20:47De l'inconscience doublée de sinistre !
00:20:48Oh, écoute, mon treuve de balivernes que je t'explique mon cas !
00:20:50Voilà !
00:20:51Les copains en brusque m'ont décidé d'aller danser au casino de la forêt !
00:20:53Le casino ferme à minuit !
00:20:55Oui, mais laisse pas parler !
00:20:56Bon, en sortant, je me suis aperçu de la disparition de mon scooter !
00:20:59Ah, on t'a volé ton scooter ?
00:21:00Mais non, on m'a pas volé à un copain, me l'a emprunté pour me faire une blague, je
00:21:02l'ai récupéré, seulement j'ai été contraint de louer une chambre à l'hôtel, tu comprends ?
00:21:05Oui, ben, au téléphone, quoi !
00:21:07Oh, j'ai pas pensé !
00:21:08Oh, charmant ! Elle montait ce que j'ai pas pensé non plus !
00:21:10Je pensais, je disais que ma présence était pas de rigueur sur le cul !
00:21:14Il va bien, papa ?
00:21:15Elle était très déçue !
00:21:16Oh, vos conventions !
00:21:17Il te pardonnera difficilement de ne pas être venu l'accueillir !
00:21:20Attends-toi à une belle algarde !
00:21:22Accompagné de coups et blessures ?
00:21:25Baptiste !
00:21:25Est-ce que tu as changé, toi, mon petit, en quelques semaines ?
00:21:30Ah, la croissance, mon nom !
00:21:32La croissance !
00:21:35Je ne suis pas disposé à tolérer tes impertinences !
00:21:46Bon, alors, attendu, Pierre !
00:21:47Mais c'est bien mieux, ils sont paris à vous recevoir aujourd'hui le stand !
00:21:50Alors, j'apparie, il va, après demain matin, à la fin de mai !
00:21:52Ben, c'est parfait !
00:21:54Oui, je préfère laisser à l'équipage deux jours prendre repos !
00:21:56Oui, tu as raison !
00:21:57Est-ce que nous rallierons Boulogne pour aussitôt les formalités accomplies et le navire pris en charge ?
00:22:02C'est comme vous voudrez, l'autocar est commandé, il est à votre disposition !
00:22:04Oui, j'ai noté à l'armement, compagnie belge de tout ici !
00:22:08Ce sera une promenade !
00:22:09J'y retrouverai d'ailleurs chaque semaine, afin de surveiller la marge des travaux !
00:22:12Oui, je le souhaite, oui, c'est préférable !
00:22:14Et moi, ça m'intéresse au plus au cours !
00:22:15Ah, Joseph, pour tes rechanges de gréements, c'est d'accord !
00:22:18Merci !
00:22:19Euh, dis donc pendant que j'y pense, je voulais te demander,
00:22:22veux-tu vous confier Jean-Pierre comme seconde du Montesquieu quand j'en ferai la pêche ?
00:22:25Ouais, pourquoi pas !
00:22:26Sa convalescence a terminé, donc s'il accepte, il voit pour ma part aucun inconvénient !
00:22:30Je débarque mon adjoint actuel pour insuffisance !
00:22:33Alors, tant qu'à faire, je choisis ton fils !
00:22:35Il en sera à flatter, un patron de ta classe ?
00:22:37C'est lui, au contraire, qui me rendra un fier service !
00:22:39Ah, en quoi cela, diable !
00:22:41Je vais t'expliquer !
00:22:42J'ai formé secrètement le projet, en dehors de ma femme,
00:22:45d'embarquer Baptiste à mon bord, en qualité de matelot léger,
00:22:48après ses vacances à l'équinoxe d'automne !
00:22:50Excellente école, en effet !
00:22:51Ouais !
00:22:52À condition toutefois qu'il ne s'orbite pas du métier au premier contact !
00:22:56Ah oui ? Ce risque n'est pas à négliger !
00:22:58J'ai pensé qu'il affronterait cette nouvelle vie dans de meilleures conditions,
00:23:01au côté de son ami Jean-Pierre !
00:23:02Il est certain qu'ainsi, au début, il se sentira moins seul !
00:23:05Moins dépaysé !
00:23:07Entendu !
00:23:08Je vais m'en occuper !
00:23:12Ah, bonjour Dupré !
00:23:13Salut chef !
00:23:14Pas de nouveau dans le port !
00:23:15Pas fort, pas grand-chose !
00:23:17Pas la moindre petite anecdote !
00:23:19Apprenez que moi, ce que j'entends d'une oreille, je le chasse de l'autre !
00:23:23Manteur !
00:23:23Ça m'étonnerait !
00:23:24Mais je vous ai interrompu !
00:23:26Excusez-moi, je ne vous dérangerai pas davantage !
00:23:28Non, non, nous sommes bien terminés !
00:23:29Au revoir Joseph !
00:23:29Au revoir Pierre !
00:23:30Bonne route sur Ostend !
00:23:31Merci !
00:23:33Et n'oublie pas de parler à Jean-Pierre pour moi !
00:23:36Il ne m'entrerait pas !
00:23:37Alors Dupré !
00:23:39Qu'est-ce qui se passe à Boulogne ?
00:23:40Qu'est-ce qu'on raconte ?
00:23:41On ne parle que du succès de votre fils !
00:23:43C'est l'honneur du lycée !
00:23:44Un bruyant, un très bruyant sujet que ce garçon !
00:23:46Vous êtes bien gentil !
00:23:47Oh, mais je n'exagère pas !
00:23:48Et vous désirez le pousser dans quelle voie à présent ?
00:23:51Ah ben ça, j'aviserai !
00:23:52Oui, rien ne presse !
00:23:54Surtout que je le soupçonne, Miston, en ce moment, d'avoir d'autres idées en tête que le choix d
00:23:58'une profession !
00:23:59Et pourquoi ce soupçon ?
00:24:00Après l'effort qu'il a fourni, il a bien le droit de s'amuser un peu, Fabry !
00:24:04C'est de son âge !
00:24:05Ah ah !
00:24:10Comprenez-vous par là, s'amuser ! Soyez clair !
00:24:13Je le rencontre souvent avec une jeune personne à Califorchon sous sa machine !
00:24:17Je suppose que ce n'est pas dans l'intention de lui faire visiter le pays !
00:24:21Il a bon goût, le monstre !
00:24:23Et qui est-elle, cette femme ? De quoi est-elle l'air ?
00:24:25Ben, d'une créature que l'on chaperait avec plaisir pendant une petite heure !
00:24:29Elle est brune, gracieuse, élégante, et elle a des jambes, M. Bourgouin !
00:24:35Des jambes qui te disent qu'à quoi ? Oh que bonne mère !
00:24:38Mais à votre avis, elle est d'ici ?
00:24:40Probablement !
00:24:40De là-haut ou de la basse-ville ?
00:24:41Alors là, vous m'en demandez trop, hein !
00:24:43Ben, ça se devine à l'allure, non ?
00:24:45Je n'ai pas le coup d'œil assez exercé, M. Bourgouin !
00:24:48Moi, les femmes, je les regarde comme ça, au passage !
00:24:51Simplement, je les détaille pas !
00:24:53Allons, allons, dit frère !
00:24:54Eh non, je les détaille pas !
00:24:56À Boulogne, on est vite fixé sur ce qu'on veut t'apprendre !
00:24:59D'ailleurs, c'est pareil qu'à Dunkerque, à Quaperlet ou à Montélimar !
00:25:03Des années de chance en huit ans !
00:25:05Comment voulez-vous qu'ils ne s'occupent pas de leurs concitoyens ?
00:25:07Au revoir !
00:25:13Allez, oublions cette lamentable histoire !
00:25:15Baptiste nous a sincèrement exposé ses motifs !
00:25:18Ta contrariété est dissipée !
00:25:19Pour finir, je passe l'éponge !
00:25:21Merci, M. !
00:25:22Moi aussi, Joseph !
00:25:24Tes dissensions et les querelles ne sont pas de chez nous !
00:25:26Étonnez, pour finir sur une note agréable,
00:25:28Eh bien, je vous invite, cet après-midi, à voir un beau film !
00:25:31Ça vous va ?
00:25:33Dis-donc, Baptiste !
00:25:34Oui ?
00:25:34Tu dois être au courant des programmes, toi !
00:25:38Mal !
00:25:38Hein ?
00:25:40Oui !
00:25:41Tu veux un film ?
00:25:41Non, merci !
00:25:42Il serait préférable de consulter les journaux !
00:25:43Moi, je fréquente très peu les salles de spectacle !
00:25:45Ah !
00:25:47Et puis, cet après-midi, je suis pas libre !
00:25:49Ah !
00:25:50Oui, j'ai promis de participer à un concours de boules !
00:25:53Ah ! Alors, dans ce cas !
00:25:54Moi, tu m'en fises dans la vie !
00:25:55Le devoir le plus élémentaire de l'olatum,
00:25:58c'est de jouer la carte qu'il a annoncée !
00:26:00Alors, si tu t'es inscrit à cette compétition, il faut y aller !
00:26:02Ah, mais tu sais, je le tole ! Comment est-ce que c'est incroyable ?
00:26:04Dis-donc, n'oublie pas la partie terminée que ton couvert t'attend !
00:26:06À la maison, hein !
00:26:08Non, non !
00:26:09Et là, Baptiste !
00:26:10Oui ?
00:26:11T'as de l'argent ?
00:26:14Oui !
00:26:15Suffisamment ?
00:26:16Ben...
00:26:17Ça dépend de l'usage qu'on s'en propose !
00:26:18J'ai compris !
00:26:21Tiens !
00:26:2210 000 pour commencer, ça ira !
00:26:2410 000 !
00:26:24Oh, pas faible !
00:26:26Merci !
00:26:26Sur cette somme, j'aimerais que tu prélèves quelques menus-monnaies
00:26:29pour inviter au restaurant en tête-à-tête, en copain,
00:26:32ton ami Jean-Pierre Bournet !
00:26:34Je suis certain que ça lui fera plaisir !
00:26:35Ah, mais avec joie ! Il va bien, Jean-Pierre, il est à terre !
00:26:37Eh ben, il se remet dans l'accident qui aurait pu lui coûter cher
00:26:39si on n'avait pas stoppé le treuil !
00:26:40C'est que toi, qui s'est laissé ramasser par la fune bavore du chalut !
00:26:43Et le fil d'acier le déralé sur la poupée !
00:26:45Ah, il a échappé belle, Jean-Pierre !
00:26:47Mais, tu sais, j'irai le voir chez lui dès que j'aurai un moment !
00:26:49Tu sais qu'il était à mon accostage ?
00:26:50Que Thieriot ?
00:26:51Tu l'aies rencontré, si tu étais venu ?
00:26:53Hein ?
00:26:54Tu aggraves vers moi, copain !
00:27:01Oh, Cécile !
00:27:02Bonjour, toi !
00:27:04Oh, je te croyais à Bruxelles ! Je t'écris hier !
00:27:06Eh ben, j'en arrive ! Oh, mes enfants, quelle épreuve !
00:27:10Oh, j'en peux plus !
00:27:11Bonjour, bonjour !
00:27:16Bonjour, Bourguin !
00:27:17Bonjour, Cécile !
00:27:18Comment vous portez-vous ?
00:27:19Ça va !
00:27:20J'ai su que vous étiez dans le port !
00:27:22Et toi, ma Zélie ?
00:27:24Va dis-donc, t'as pas l'air d'être dans ton assiette !
00:27:26Oh !
00:27:27Oh, va dis-donc, t'as pas très bonne mine !
00:27:29Oh, mon petit bec !
00:27:31Oui !
00:27:32J'ai appris ta vie !
00:27:36Bravo, tous mes compliments !
00:27:38Vous êtes fiers de lui !
00:27:39Moi, je pense bien !
00:27:40Eh oui, écoute, Cécile, je t'en prie, ne t'agite pas !
00:27:42Comme ça, tu me donnes le tournis !
00:27:44Calme-toi ! Assieds-toi !
00:27:46C'est effrayant, ce que tu brasses l'atmosphère !
00:27:48Alors, c'est de santé, Cécile !
00:27:49Il est brûlable, c'est de l'âge !
00:27:51Oh, ça, grâce à Dieu, je me porte à merveille !
00:27:52Un charme, quoi !
00:27:53Mais vous pouvez pas savoir ce qu'est Bruxelles à cette saison, mes enfants !
00:27:56Oh ! Quelle chaleur !
00:27:58Et quelle cohue dans cette exposition !
00:28:01Ah, mais ça, je ne nie pas qu'il fallait l'avoir vu !
00:28:03Ça, elle valait le déplacement !
00:28:04Ça !
00:28:04Avoir l'exposition et mon livre !
00:28:07Oh, bah, tu te sois correct avec ta tête !
00:28:09Oh, bah, y'a pas de mal à ça, Zélie, voyons !
00:28:11J'ai l'habitude qu'il me taquine !
00:28:16C'est ce que je disais, donc !
00:28:17Ah, oui, j'y suis !
00:28:18Je disais qu'il faut ce qu'il faut, n'est-ce pas ?
00:28:20Mais alors, Seigneur, quelle fatigue !
00:28:23Puis la nuit, je ne dormais pas, mais non !
00:28:25Je récapitulais dans ma tête ce que j'avais découvert dans la journée !
00:28:28Ce qui provoquait mes insomnies !
00:28:30Mais oui, je voyais les manèges, les pétards, la musique !
00:28:33Genre, voyais l'effet d'artifice !
00:28:35Ah, mais c'est égal, je suis rudement contente de mon exposition !
00:28:38Ah oui, sauf, bien entendu, que vous n'étiez pas avec moi !
00:28:41Quand je pense que vous avez raté ça !
00:28:43Ah non, ça, alors, ça !
00:28:45Eh oui, eh oui, eh bien, on est bien content pour vous, ma chère Cécile, malgré vos nuits blanches !
00:28:49Après de telles vacances, il va enfin pouvoir te reposer !
00:28:52Ah oui, puis il y a le changement d'habitude qui contribue à vous détraquer !
00:28:55Mais oui, on court à droite, à gauche, on est sur les dents, tu sais, on a peur de ne
00:28:59pas voir tout ce qu'on a projeté !
00:29:01Ah, mais moi j'aime ça, c'est passionnant !
00:29:13Ah ben, Tannot, je suis bien trop contente de ma liberté !
00:29:17Quoique, plaisanterie mise à part, il ne manquerait pas de notables à Boulogne, qui ne me dédaignerait pas !
00:29:22J'en suis sûre !
00:29:24Je ferai un garçon d'honneur pas promenable, le matin !
00:29:26Oh mon Dieu !
00:29:27Bon, je me sauve voir moi !
00:29:28Ah, c'est en fait déjà ?
00:29:29Oui, au revoir !
00:29:31Bonne journée !
00:29:31Ah !
00:29:33Merci de pas pour les dix mille barres !
00:29:34Eh, va, va, va !
00:29:35Au revoir !
00:29:36Un sacré garçon, un sacré bâtisse !
00:29:40Tiens, j'ai rêvé de lui il y a huit ou dix jours, oui, il n'était pas en garçon
00:29:44d'honneur, non mais en grand avocat !
00:29:46Oh, il plaidait avec une conviction, une certitude extraordinaire !
00:29:52Ah, naturellement, il gagnait son procès !
00:29:54Et son client s'entendait acquitté, oui, cher !
00:29:56On l'applaudissait follement dans le prétoire, au point où le président devait faire évacuer le public !
00:30:01Eh ben, tu n'as perdu ni ta version ni ton imagination à Bruxelles !
00:30:04À votre âge, c'est exalté de la sorte, moi je trouve ça merveilleux, Cécile !
00:30:06À mon âge, insolent !
00:30:08Bref, pour en revenir à Baptiste, après mon rêve, au petit jour, je me suis dit, mais au fait, pourquoi
00:30:14pas ?
00:30:15Pourquoi n'en ferait-on pas un avocat de Baptiste ?
00:30:17Qu'est-ce que vous racontez ? Qu'est-ce que vous racontez, Cécile ?
00:30:19Baptiste, avocat !
00:30:20Eh ben, ce serait déshonorant !
00:30:22Ne dis pas que ce serait déshonorant, en tout cas ce serait insolite, extravagant en ce qui le concerne !
00:30:26Je crois que Bourguin a son idée là-dessus, Cécile !
00:30:29Bon, bon, bon, bon, bon, mais n'empêche que avocat, avocat député, ministre, président du conseil, on ne sait jamais
00:30:36!
00:30:36Écoutez, Cécile, ou bien vous n'êtes pas sérieuse, ou bien vous rêvez encore !
00:30:40Pour vous réveiller, moi je vais vous proposer quelque chose.
00:30:42On a décidé, cet après-midi, d'aller au cinéma. On vous emmène, ça vous va ?
00:30:45Ouh, avec joie, j'adore le cinéma !
00:30:48À Bruxelles, j'ai vu une douzaine de films de pure chaîne-oeuvre.
00:30:51Vous ne pouvez pas me faire un plus grand plaisir !
00:30:53Alors, ça tombe bien ! Tu es prête, Zélie ?
00:30:55Bon, moi, il faut que j'arrive !
00:30:56Allez, en route !
00:30:57Non, j'ai des tas de paquets dans ma voiture pour vous, des cadeaux !
00:31:00Vous allez voir !
00:31:01C'est très bien, mais je sais que c'est pas pour ça !
00:31:11Dionysse, voulez-vous appeler Madame Dampierre, je vous prie ?
00:31:13Tout de suite, Monsieur !
00:31:14Merci !
00:31:18Monsieur Bourguet désire vous poser, Madame Clarisse !
00:31:20Bon, j'y vais !
00:31:32Ah, bonjour, Madame Dampierre !
00:31:33Je vous ai pris appelé...
00:31:33Oh, Monsieur Bourguet, je vous en prie !
00:31:34Appelez-moi Clarisse !
00:31:35Depuis le temps !
00:31:36Vous avez demandé 20 fois de me donner cette preuve de sympathie et de considération
00:31:40du vivant de mon mari, qui était votre ami ?
00:31:42Bon, bon, bon ! Alors, bonjour, Clarisse !
00:31:44Qui a-t-il à votre service, Monsieur Bourguet ?
00:31:46Je voudrais vous consulter au sujet d'une décision que j'ai prise.
00:31:49L'abondance actuelle du merlant brillant, du maquereau et du harang,
00:31:52entre autres espèces, et l'apport égoutillé des nordiques en outre,
00:31:55ont comme conséquence normale d'entraîner la baisse à la crier.
00:31:57Bien, je suis au courant.
00:31:58Or, les cours d'Hydro, Colin Noir, Merluche, Moru, Flétan, etc.,
00:32:02ne réussissent pas à fournir une compensation en défi de leur niveau assez élevé,
00:32:05mais à peu près constant.
00:32:06Et vous envisageriez une prise prochaine ?
00:32:08Ah, il suffit de ne pas skier au miracle.
00:32:10Nous entrons dans la période des congés payés,
00:32:12suivra bientôt l'équinoxe et les grandes marées passer la grande saison du harang,
00:32:15à deux pas de chez nous, justifiant des sorties courtes et nombreuses
00:32:18à la fin de l'année, et par conséquent, un tonnage croissant.
00:32:21Oui, ce n'est pas nouveau la pêche ? Est-ce que la mer en décrit ?
00:32:23À nous, justement, de nous accommoder à ces fantaisies et à ces mystérieuses volontés.
00:32:28Notre industrie, vous le savez très bien, Clarisse, étale sa production de janvier à décembre
00:32:32en fonction des impératifs que lui impose la pêche, elle-même soumise aux lois de la mer.
00:32:36Les chambres froides nous sont ainsi d'un grand secours.
00:32:40Cependant, j'ai conçu une expérience attentée en défi de la période preuve où nous nous engageons.
00:32:45Quelle expérience ?
00:32:46Une expérience dont vous serez personnellement la cheville ouvrière, Clarisse.
00:32:49Si vous me faites peur, on serait-ce capable ?
00:32:51Certainement. Nous souhaiterions constituer un stock de marchandises conditionnées
00:32:55en prévision d'une crise éventuelle, afin de prendre une assurance sur l'avenir.
00:32:58La disette, c'est bien connu, succédant toujours au rendement pléthorique,
00:33:03selon la sagesse des nations.
00:33:04Il en résulte en un mot qu'il serait intéressant de traiter une tonne de plus par jour
00:33:09jusqu'à la mi-septembre. Jugez-vous cela possible et raisonnable ?
00:33:15À condition de consentir deux heures supplémentaires à la main-d'oeuvre,
00:33:18compromises par les absences ?
00:33:20Si les syndicats sont d'accord,
00:33:22à vous de juger, je ne suis pas en mesure de vous assurer que le jeu envale la chandelle.
00:33:26Bien entendu.
00:33:27Je poserai la question au délégué d'entreprise.
00:33:30D'accord, d'accord. À votre convenance, et le plus tôt possible.
00:33:33Dans l'hypothèse positive, je vous remercie, Clarisse.
00:33:36J'agirai au mieux des intérêts de la maison.
00:33:37Je n'en doute pas. Au revoir, et je vous demande une réponse à lui.
00:34:09Bonsoir, ma chérie.
00:34:12Tu es fatiguée, hein ?
00:34:14Je suis un peu là.
00:34:16Je suis sûre que tu viens contre Argueida.
00:34:19Pourquoi ?
00:34:20Viens marcher un peu, je t'expliquerai.
00:34:22Qu'est-ce qu'il y a ? Tu m'inquiètes, écoute.
00:34:26Il y a que je suis condamnée.
00:34:28Travaux forcés dans cette boîte jusqu'à l'automne.
00:34:31Alors, vos joyeuses perspectives imprudemment échafaudées...
00:34:34T'as terminé, mais c'est pas possible.
00:34:38Conseil de direction a décidé de mettre les bouchées doubles à la productivité cet été.
00:34:42Bonhomme, on l'a prévenu tout à l'heure.
00:34:43Mais tu as refusé, non ?
00:34:45J'en avais pas le droit.
00:34:47Enfin, tu as quand même le droit de tomber malade.
00:34:48Non, pas vainque d'ordre.
00:34:56Bon.
00:35:01Bien, subirons.
00:35:03Je m'incline et je te comprends.
00:35:08Et après, oui, après je te libère définitivement.
00:35:11De quoi, de l'usine ?
00:35:12Oui, de l'usine.
00:35:12Tu es fou, ben.
00:35:13Écoute, ma tante m'a suggéré la solution.
00:35:17Elle m'a mis dans la tête d'étudier le droit.
00:35:18Alors, en conséquence, je m'inscris à la faculté de Lille ou de Paris.
00:35:22Et je t'enlève.
00:35:23Ni vu, ni connu, je t'embrouille.
00:35:24Et les importants...
00:35:25En galère.
00:35:27Oh, tu te moques de moi, tu n'es pas châle.
00:35:29Tu verras.
00:35:30Je serai inflexible.
00:35:32J'ai quand même la prétention de disposer de moi-même.
00:35:34Et si toi, pareillement, tu m'accordes la permission de disposer de toi,
00:35:38eh bien...
00:35:40Je serai comblé.
00:35:42Et pour ce qui est des conserves, la Contre-Dame les salue bien.
00:35:47Je t'assure que tu es fou, chérie.
00:35:49Qu'est-ce qu'on parie?
00:35:56Une nuit d'amour?
00:35:59Imbécile, si tu fais la mer, qu'est-ce qu'il a d'un coupé?
00:36:01Moi-même, je t'assure que tu es nuitaire.
00:36:19Je t'assure que tu es proche.
00:36:21Non, je me dis, je t'assure.
00:36:25Je t'assure.
00:36:25C'est non ?
00:36:26Je t'assure, je t'assure.
00:36:30C'est non.
00:36:32Prends-le, il est dans mon secrétaire.
00:36:34Vous m'achetez la voiture ?
00:36:35Il faut croire.
00:36:36Allez, il va.
00:36:39Oh non, écoute, Baptiste, non.
00:36:42Non, tu me mets tout ça en suite, tout là, tout simplement.
00:36:46Voilà.
00:36:47Trois...
00:36:48Oh, ça, alors.
00:36:50Mais j'ai pourtant rien demandé à papa.
00:36:52Eh bien, j'ai plaidé ta cause, Nigô.
00:36:54Oh, maman, ma petite maman chérie.
00:36:56Ton père est très bon pour toi.
00:36:57Il est très bon pour nous deux.
00:36:58T'as juste de t'en souvenir à l'avenir, hein.
00:37:00Et de ne pas lui donner de sujet de déconvenu.
00:37:03Pourquoi tu m'as pas réveillé à son départ ?
00:37:05T'as peur de ne pas trouver ton lit défait, toi, absent.
00:37:07Ah, là, tu es méchant.
00:37:08Ne renouvelle pas ce genre d'exploit, sinon je te confisquerai ta voiture.
00:37:10Oh, il n'y a pas de danger.
00:37:11Oh, qui sait ?
00:37:12Je te le jure.
00:37:13Oui, ben, nous verrons.
00:37:14Allez, va.
00:37:15Va prendre ton petit déjeuner.
00:37:16Oh, non, maman, tu sais, ça descendrait pas.
00:37:18Oh, ben, tu es ridicule, mon garçon.
00:37:20Ridicule, je suis fou de joie.
00:37:21Déliré de joie est ridicule.
00:37:22Ah, ben, oui, ça, oui.
00:37:23Allez, va manger.
00:37:24Non, écoute-moi, écoute, je préfère aller au garage tout de suite afin de tout régler, hein.
00:37:28Au revoir.
00:37:30Baptiste.
00:37:33Qu'est-ce que tu comptes en faire de ta quatre chevaux ?
00:37:36Ben, promener.
00:37:41Seul ?
00:37:42Seul, seul ou avec des copains.
00:37:44Oui, des copains ou des petites amies.
00:37:46Je ne fais pas des petites amies.
00:37:47Oh, tu as bien raison.
00:37:50Si je devais une petite amie, je te le dirais.
00:37:52Qui me confiait, sinon à toi, j'ai confiance.
00:37:53Ben, au procureur de la République.
00:37:56Un magistrat aime beaucoup recevoir les confidences.
00:37:58Mais tu me reproches l'amitié de ses fils ?
00:37:59Oh, ben non, Bob.
00:38:01Dis-moi, il est...
00:38:03Il est gentil, le procureur de la République.
00:38:06Ben, il est charmant.
00:38:07C'est ce que ton père suppose.
00:38:09Ah, il a eu l'occasion de rencontrer papa ?
00:38:12Ah, ben, non, je ne pense pas.
00:38:14Mais une simple supposition, là, comme ça.
00:38:16Ah, bon, que je...
00:38:17Bon, je te laisse là.
00:38:18Oui, dis-moi.
00:38:19Au revoir, dis-moi.
00:38:20Oui, oui, ne fais pas ça, c'est faux tirage.
00:38:22Oh, regarde, regarde ma voiture, ma voiture.
00:38:25Ma voiture, on m'achète ma voiture.
00:38:27Au revoir.
00:38:27Tu m'as fait mal, ma mochante.
00:38:30Sacré...
00:38:33Oh, sacré garnement.
00:38:36Qu'est-ce qui me vaut cette visite matinale, Cécile ?
00:38:39Ton fils m'a empêchée de dormir toute la nuit.
00:38:42Eh ben, mes chers élits,
00:38:43mes visites a un objet extrêmement important.
00:38:47Ton mari est là ?
00:38:48Non, il est absent pour deux ou trois jours.
00:38:49Il a parié pour Ostende.
00:38:51Il a conduit son chalutier sur les chantiers.
00:38:53Oh, oh, ben, ça tombe mal, ça tombe mal.
00:38:57Enfin, tant pis.
00:38:58Ben, il s'agit de Baptiste, justement.
00:39:00De Baptiste ?
00:39:01Oui, oui, il me préoccupe.
00:39:03Je l'aime bien, moi, Baptiste.
00:39:05Et j'entends l'aider à trouver sa voie.
00:39:07Qu'est-ce que tu veux ?
00:39:07Ben, nous sommes là, son père et moi.
00:39:09Nous ne t'avons pas appelé en fort.
00:39:10Mais il est mon neveu, non ?
00:39:11Mon neveu germain.
00:39:13Ah ben, oui, mais néanmoins, il n'est pas orphelin.
00:39:15Oh, écoute, Zélie, ne sois pas susceptible.
00:39:17Et écoute-moi, j'ai entrepris une démarche pour son bien.
00:39:21Et je suis persuadée que tu en seras ravie
00:39:23et que tu me remercieras.
00:39:24Une démarche ?
00:39:25Oh, assieds-toi.
00:39:27Mais une démarche auprès du bâtonnier.
00:39:29Bon, assieds-toi, tu me donnes le tournil.
00:39:32Tu es une nature délicate, c'est vrai, j'oublie.
00:39:34Bon, qu'est-tu allé raconter au bâtonnier ?
00:39:36Il nous ignore, cet homme-là.
00:39:37Oh, mais détrompe-toi.
00:39:39Qui ignore les bourguins à Boulogne ?
00:39:41Nous sommes des personnalités, ma fille.
00:39:44Et lorsque je suis allée m'informer auprès du maître
00:39:47des conditions dans lesquelles Baptiste serait susceptible
00:39:50de s'inscrire au barreau,
00:39:51mais non seulement il m'a donné toute la marche à suivre,
00:39:54mais il m'a déclaré que ce serait à l'honneur
00:39:56de l'ordre qu'il préside d'accueillir le fils bourguin.
00:40:00Oh !
00:40:00Eh ben, tu t'es bien avancée.
00:40:02La conséquence de mon rêve de Bruxelles,
00:40:04les rêves ne mentent jamais.
00:40:05Oui, mais bourguin a son mot à dire là-dessus, je t'assure.
00:40:08Mais il est intelligent, il comprendra.
00:40:09Ah ! Alors, trois ans pour sa licence de droit,
00:40:12un an ou deux de stage, son doctorat,
00:40:16et puis après, avec les relations que nous avons
00:40:18dans le commerce et l'industrie.
00:40:20Mais tu vois d'ici la clientèle du gamin.
00:40:22Mais la fortune, ma chère, la fortune !
00:40:25Mais Boulogne, n'est-ce pas la cité où l'on plaide le plus ?
00:40:27Fais-moi confiance, tu l'as, ça ?
00:40:29Eh ben, tu en as des idées, toi !
00:40:30Ah, de riches idées, souvent, mais oui !
00:40:32Oh, je m'en méfie !
00:40:33Enfin, tu ne prétends tout de même pas
00:40:35acheter un fonds d'épicerie à Baptiste, non ?
00:40:38Alors ?
00:40:39Alors, je te prie de ne pas prendre d'initiative
00:40:40au sujet de mon fils sans t'en ouvrir à mon mari.
00:40:43Et ton mari l'enverra à la mère !
00:40:44Je réglerai cette affaire avec lui,
00:40:46avec eux deux, quand le moment sera venu.
00:40:49Oui, ben, il sera trop tard.
00:40:50Enfin, quand le moment sera venu,
00:40:51tu auras peut-être besoin de mon aide
00:40:53pour t'aider à lui dire.
00:40:55Au besoin, je t'appellerai.
00:40:57Mais en attendant, je te prie de rester tranquille, voyons.
00:40:59Bon, bon, bon, bon, bon.
00:41:00Tu attends quelqu'un ?
00:41:01Non.
00:41:02Mais alors, on débarque chez toi,
00:41:03comme ça, à l'imprévu.
00:41:04Oh, c'est énervant, c'est...
00:41:09Monsieur Audifouet ?
00:41:10Madame, mes hommages,
00:41:12excusez-moi de vous déranger,
00:41:13mais j'ai quelque chose à vous dire.
00:41:15Mais entrez, je vous en prie.
00:41:16Merci, madame. Pardon.
00:41:20Monsieur ?
00:41:21Madame.
00:41:23Reste, reste, tu ne nous gênes pas.
00:41:26Monsieur Audifouet, officier du port de Boulogne,
00:41:29ma sœur.
00:41:30Enchantée, madame.
00:41:32Qu'est-ce qui me vaut la joie
00:41:33de vous accueillir chez moi, monsieur Audifouet ?
00:41:35J'avais une commission à faire à Vimeureux
00:41:37et j'ai sonné à votre porte en passant,
00:41:39à tout hasard.
00:41:40Vous pensiez voir le patron, sans doute,
00:41:42mais il est en mer.
00:41:43Je sais, c'est vous que je viens voir.
00:41:46Seulement, je croyais vous trouver seul.
00:41:48Oh, mais je m'en vais, je m'en vais.
00:41:49Non, non, non, non.
00:41:50Non, mais non, est-ce que je préfère ?
00:41:53Vous pouvez parler devant ma sœur, monsieur Audifouet.
00:41:56Essayez-vous.
00:41:57Merci, madame.
00:42:01Nous vous écoutons.
00:42:03Eh bien, voilà.
00:42:03Monsieur Bourguin m'a prié de faire une petite enquête
00:42:06sur le compte de Baptiste.
00:42:09Comment une enquête ?
00:42:10C'est-à-dire, monsieur Bourguin m'a demandé
00:42:11de l'éclairer au sujet d'une liaison
00:42:13ou d'un flirt que mène le petit.
00:42:16Baptiste, une liaison ?
00:42:17Une liaison compromettante, dangereuse ?
00:42:21Madame, à 20 ans, ce n'est jamais grave.
00:42:24De qui s'agit-il ?
00:42:26Sivant ce que j'ai établi,
00:42:27cette personne serait la veuve d'un collègue
00:42:29et amie du capitaine Bourguin.
00:42:30Ah, elle est veuve, elle aussi.
00:42:32Comme je la comprends.
00:42:33Non, mais quel collègue ?
00:42:35Au part les voyants, je vous en prie son nom.
00:42:37Si je vous le disais, son nom,
00:42:38vous me remercieriez, madame,
00:42:40de vous avoir informé la première.
00:42:41Eh bien, le voilà le coup de la 4 chevaux.
00:42:44Me voyons une voiture à l'âge de Baptiste.
00:42:46Ça signifie une petite amie.
00:42:48Oui, eh bien, je me soucie peu
00:42:50de l'identité de cette femme.
00:42:51En tout cas, je vous remercie
00:42:52pour cette démarche, monsieur Audifray.
00:42:56Madame ?
00:42:56Au revoir, monsieur.
00:43:01Madame, mes hommages.
00:43:08Eh bien, alors, toi,
00:43:11tu n'es pas curieuse ?
00:43:13J'arrangerai cette affaire moi-même.
00:43:15Je n'ai pas besoin des services de cet homme.
00:43:28Il n'est pas capable, mais pourquoi ?
00:43:37Il n'est pas capable si tu as recommandé
00:43:38ce qu'il fait, là.
00:43:49Ah, que c'est beau, la pêche.
00:43:51Le chalut qu'on vit en plein crevé,
00:43:54le poisson s'affalant sur le pont,
00:43:57qu'on en a jusqu'à ras la ceinture.
00:44:00Quelle joie on éprouve à ce moment-là.
00:44:05C'est la fortune, car le poisson, c'est la fortune.
00:44:09La nôtre, celle du pauvre, celle du pays.
00:44:14Oh, je sais bien, un métier assez risque.
00:44:18Souvent, la mer est dure.
00:44:20On voit des ferlés sur le pont, des rouleaux,
00:44:22comme des maisons.
00:44:24Et on se dit qu'on ne pourra jamais monter dessus.
00:44:26Et puis, avant, on y monte.
00:44:28Et on redescend.
00:44:31Et on remonte.
00:44:34Et puis, ça recommence.
00:44:42Jusqu'au moment,
00:44:44et c'est fini.
00:44:52Alors, c'est le grand silence blanc.
00:44:56Après la menace,
00:44:58c'est l'apaisement.
00:45:01Oh, il y a des glaces,
00:45:03on n'y pense pas.
00:45:05On ne sait pas trop où on est.
00:45:13Et puis,
00:45:14tout ce qui vous entoure à ce moment-là,
00:45:17on chante une grande confiance.
00:45:23Malgré tout,
00:45:25ce qu'il y a d'important dans tout ça,
00:45:27c'est le poisson qu'on ramène.
00:45:36Donc, c'est beau.
00:45:46Je t'admire, Jean-Pierre.
00:45:49Ah, j'apèche dans le sang.
00:45:50Je suis comme ça, va.
00:45:52Oui, mais...
00:45:53l'amour dans tout ça.
00:45:56L'amour ?
00:45:57Ah oui, l'amour.
00:45:59L'amour...
00:46:01L'amour, quoi.
00:46:02Quelle place a-t-il
00:46:03dans tes aspirations professionnelles de marin ?
00:46:06Tu rigoles.
00:46:07Comment je rigole ?
00:46:09Je ne suis pas plus vertué qu'un autre.
00:46:11À terre, il m'arrive de lever une frangine
00:46:12comme ça arrive à tout le monde.
00:46:13C'est une question de circonstance.
00:46:15Non, mais ce n'est pas ça, l'amour.
00:46:16L'amour, c'est...
00:46:18Non, mais...
00:46:19Tu es amoureux, toi ?
00:46:20Pourquoi pas ?
00:46:23Ah !
00:46:23Eh ben, tu n'as qu'à embarquer.
00:46:24Va, ça te dégagera.
00:46:25Une misère, un bourguin à parler comme ça.
00:46:28Hein, Jean-Pierre ?
00:46:29Nous n'entendrons pas la même langue.
00:46:31Naturellement, tu ne me racontes que des trucs
00:46:32qui ne tiennent pas au bout.
00:46:33Allez, va.
00:46:34Bois un coup.
00:46:35Ça se passera.
00:46:39Qu'est-ce que t'as ?
00:46:44Non, rien.
00:46:47Faites bien ce qui te manque.
00:46:49Ce qui te manque,
00:46:50c'est des jours de 24 heures de lumière
00:46:52et des nuits d'autant,
00:46:53la saison d'après.
00:46:55Avec des vagues de 15 mètres de creux
00:46:56et des embruns plein la figure,
00:46:58voilà ce qu'il te faut.
00:46:58Ben, tu m'en préserves.
00:47:02Ça me fait de la peine.
00:47:05Un bourguin craché dans la soupe ?
00:47:07Tu n'es pas un bourguin.
00:47:09Tu es un épicier, Baptiste.
00:47:10Je ne t'en veux pas,
00:47:11mais tu es un épicier.
00:47:13Allez, va.
00:47:15Bonsoir, regard.
00:47:16Je préfère m'attirer sans tranquille.
00:47:17Mais enfin, Jean-Pierre...
00:47:18Non, ben, pas comme ça.
00:47:19Je n'ai pas voulu te fâcher.
00:47:20Si je l'ai fait, c'est involontairement.
00:47:21Je m'en excuse.
00:47:23Enfin, comprends qu'on a chacun
00:47:24sa façon de voir.
00:47:26Tu n'es plus des nôtres, Baptiste.
00:47:28Mais, Jean-Pierre,
00:47:30ce n'est pas parce qu'on se cherche
00:47:31avec beaucoup de difficultés
00:47:33qu'on crache dans la soupière
00:47:35qui vous nourrit, comme tu dis.
00:47:37Non, ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.
00:47:41Allez, tu es repâché.
00:47:42Mais non, pas question.
00:47:44Je ne sais pas m'exprimer comme toi, moi.
00:47:45Mais tu ne peux pas m'en vouloir
00:47:46de ne pas être un marin comme toi, moi.
00:47:49Ma mère m'a élevé
00:47:50dans une sainte horreur de la mer.
00:47:51Ce n'est pas de ma faute.
00:47:52Et tu sais, là, il a eu raison.
00:47:54Moi, je refuse de naviguer
00:47:55sous n'importe quel prétexte.
00:47:57Ça, alors ?
00:47:59Non, mais c'est le père Bourguin
00:48:00qui va en faire une tête.
00:48:01Il va en avoir une attaque.
00:48:02Mais réfléchis, mon vieux.
00:48:04Écoute, je t'en prie, Jean-Pierre,
00:48:05pas de tragédie.
00:48:06D'accord, mais tu ne me sortiras pas
00:48:07de la tête qu'un épicier,
00:48:08ce n'est pas bon dans une famille de marins.
00:48:09Non, mais dis-donc,
00:48:09s'il n'y avait pas d'épiciers
00:48:10pour les nourrir, les marins,
00:48:11il n'y en aurait pas, Jean-Pierre.
00:48:13Ah, c'est marrant.
00:48:15Évidemment, on n'y pense pas assez.
00:48:18Dis-donc,
00:48:19qu'est-ce que t'avais l'air
00:48:20de me confier tout à l'heure ?
00:48:21T'es amoureux ?
00:48:22Ah, peut-être.
00:48:24T'es qui ?
00:48:25Ah, ça, mon gars.
00:48:29Et tu...
00:48:31Tu me comprends ?
00:48:32Madame.
00:48:34Souvent ?
00:48:35Je crois que ça se présente.
00:48:37Eh ben, t'as qu'à laisser porter
00:48:38mon arrière, ben.
00:48:39Ah, ben, moi,
00:48:40j'ai pas à me plaindre,
00:48:41je suis heureux.
00:48:41Ah, il faut dire qu'à bord,
00:48:43nous, on n'y pense pas souvent.
00:48:45On n'a pas le temps.
00:48:47Ah, qu'est-ce que tu veux
00:48:47chacun son compte, hein ?
00:48:49Ah, bon, compte à moi,
00:48:51il est pas si mauvais que ça.
00:48:55Bon, tu viens, avec Jean-Pierre ?
00:48:57Oui, oui.
00:48:58Au revoir.
00:49:01Bon, Dizine.
00:49:02Bon, merci.
00:49:04Dizine.
00:49:05Salut.
00:49:06Salut.
00:49:07T'as une minute, Dizine ?
00:49:08Pourquoi t'as besoin de moi ?
00:49:09Tu voudrais pas faire un 421 avec nous, des fois ?
00:49:11Oh, ben, s'il n'y a que ça pour vous faire plaisir.
00:49:12Eh, dis-donc, dis-donc,
00:49:13cherche pas à trafiller la tournée, tu sais.
00:49:15Oh, mais dites-donc,
00:49:15les gars, vous m'avez déjà vu
00:49:16renacler pour la payer, ma tournée ?
00:49:17Ah, ça, t'as raison, Dizine.
00:49:18Pour ça, on peut pas te le reprocher.
00:49:20Ah, d'aménant, ça, la vérité,
00:49:21c'est la vérité.
00:49:22Bon, Fieu, qu'est-ce que tu bois ?
00:49:23Euh, de l'embréchi ?
00:49:27Bon, moi, de chure.
00:49:40J'arrive.
00:49:40J'arrive.
00:49:422.
00:49:444.
00:49:44Bien, à toi.
00:49:48421, c'est vrai, dis-donc.
00:49:49Oh, pas mon vieux.
00:49:52Nénette.
00:49:53Tous les as, mais ça, tu ne fais pas.
00:49:55Tiens, mon vieux, tu prends tout ça, toi.
00:49:57Bah, bon.
00:49:594, 5, 6, je laisse.
00:50:00En 2 ?
00:50:01Ben, oui.
00:50:01C'est que t'es mesquête.
00:50:02Ah, c'est 53.
00:50:074, 26, attends, tu vas voir.
00:50:11Ah, j'ai du pot.
00:50:14Ah, merde, là.
00:50:16C'est un peu de l'eau, mon frère.
00:50:18Non, non, c'est de moi, je ne fais pas.
00:50:19Ah, vas-y, vas-y.
00:50:20Ah, ben, non.
00:50:22Ah, tiens.
00:50:23Ah, oui.
00:50:25D'idant, je suis en retard.
00:50:26Baptiste vient de partir.
00:50:28Tiens, attends, je mets ça, moi, je vais le loin.
00:50:29Alors, je suis en retard.
00:50:30Non, non, pas tellement.
00:50:31Il n'était pas seul, c'est mieux, oui.
00:50:33Ah, pas seul ?
00:50:34Ah, non, il avait invité le fils Bournet à déjeuner.
00:50:37Alors, ils ont continué l'arrivée à discuter,
00:50:38alors mieux valait pas vous rencontrer.
00:50:40Oh, tu m'as fait peur.
00:50:42Ouais.
00:50:43Comme s'il serait venu ici avec une femme idiote.
00:50:46Ah, évidemment, pas qu'on ne sait jamais.
00:50:47Il m'a demandé de l'excuser auprès de toi.
00:50:49Oui, il ne te verra pas ce soir.
00:50:50Son père est rentré de Belgique par la route,
00:50:51alors il préfère rester à sa maison.
00:50:53Oh, ben, il a raison.
00:50:54Et toi, tu dis ici ?
00:50:56Ben, non, alors, je rentre chez moi,
00:50:57comme tu voudras, ma belle.
00:50:58Bonsoir, Dizzy.
00:50:59Bonsoir.
00:51:00Sous-titrage Société Radio-Canada
00:51:03Sous-titrage Société Radio-Canada
00:51:34Je suis content de cette ponade avec toi, fils.
00:51:36Et moi, d'où ?
00:51:37Oh, vieux camarades.
00:51:38Oui, qui ont rarement ce plaisir.
00:51:40Hélas.
00:51:40Ah, le charme en est d'autant plus grand.
00:51:43C'est vrai.
00:51:46Non, mais si je comprends bien,
00:51:47tu m'amènes en pèlerinage ?
00:51:49Oui et non.
00:51:50Ben, on dirait.
00:51:52Drôle d'idée.
00:51:55Tiens.
00:52:00Regarde le panorama sur la mer.
00:52:01N'est-il pas splendide ?
00:52:03Regarde le port à gauche.
00:52:05Les navires au large.
00:52:07Les falaises à droite.
00:52:08Et en face, le rivage des Anglais.
00:52:11On le distingue mal, mais on le devine.
00:52:14Tiens, tu vois ce trait bleu ?
00:52:15Ce trait bleu foncé dans cette légère brume grise.
00:52:18Ce sont les îles britanniques.
00:52:27Le royaume de nos alliés d'aujourd'hui.
00:52:30Ils furent les ennemis de nos aïeux.
00:52:32De nos aïeux à nous en particulier.
00:52:33Nous, les bourguins.
00:52:35Je sais à qui tu penses.
00:52:37À Bucay, le fameux corsaire.
00:52:39Le baron Bucay de haute mémoire.
00:52:43Mon fils, ça ne fait pas trop d'illusions sur ton ascendance.
00:52:46Tu sais, il arrive qu'au cours des âges,
00:52:47la condition humaine se dégrade.
00:52:49Nous ne donnons pas cette impression, nous autres à Boulogne.
00:52:52Les anciens savent qui nous sommes.
00:52:53Et j'ai le devoir de te le confier par respect de la vérité.
00:52:56Quand même.
00:52:57Les bourguins sont issus des Bucay.
00:52:59Peut-être.
00:53:00On le dit.
00:53:02On va en savoir, en juste.
00:53:03C'est si loin, la course.
00:53:07Enfin, moi, je peux bien.
00:53:08Encore que j'en tire aucune validée.
00:53:10Moi, pas davantage.
00:53:11Ce que je peux te dire, enfin, je peux t'assurer,
00:53:14c'est que ma grand-mère allait aux crevettes.
00:53:16Et que mon grand-père allait à cordes, avec un flobard,
00:53:20un vulgaire mouillicule lui permettant une modeste pêche à la palangrote.
00:53:23Voilà.
00:53:25Ils n'étaient pas ruisants, les braves.
00:53:27Ça ne les a pas empêchés d'acheter une petite maison,
00:53:29d'envoyer mon père à l'école,
00:53:31d'en faire un patron à la pêche.
00:53:33Et j'ai suivi leur exemple.
00:53:34Ouais, tu les as, des passes.
00:53:36Relativement.
00:53:38Appartenant à une lignée de marines, de pêcheurs,
00:53:40j'ai obtenu mon brevet comme logiste.
00:53:43Ouais.
00:53:44J'avais 23 ans.
00:53:46Et c'est alors que j'ai rencontré ta mère.
00:53:48Louis Baptiste.
00:53:49Ta mère à qui je dois tout depuis.
00:53:51Tu l'as rendue heureuse.
00:53:53Pas autant, je le crains, que si elle avait été une fille de la mère.
00:53:56Allons, allons, papa.
00:53:57Non, elle est et elle restera une taillenne.
00:53:59Et il n'empêche que comme moi, en ce qui te concerne,
00:54:01elle n'a cessé d'obéir aux principes de nos deux familles.
00:54:05Dans plus grand, dans plus loin, dans plus haut.
00:54:10Je vous en remercie, nous.
00:54:12À toi de le perpétuer, ce serait ce principe.
00:54:15Je n'y faillirais pas.
00:54:17Je m'en ai pas solide, que les armées.
00:54:20Dans deux ou trois ans,
00:54:21étant donné l'évolution technique et scientifique de mon métier,
00:54:24je leur somme en admet de sac à terre.
00:54:26Ailleurs, vois-tu, je me sens déjà un peu là.
00:54:30À toi, l'Arlève, Baptiste.
00:54:31À toi de jouer.
00:54:35Sur ton tableau ?
00:54:38Vraisemblablement, tu commanderas un charitier supérieur au Montesquieu.
00:54:42Ce sera là ma fierté légitime.
00:54:45Hé.
00:54:46Dieu merci, on n'arrête pas le progrès.
00:54:53Mes prétentions ne montent pas à ce niveau.
00:54:56Mais tu en as le droit, pourtant.
00:54:57Tiens.
00:54:59Lis les noms des épitaphes qui nous entourent aussi.
00:55:03Il y a beaucoup des nôtres parmi ces victimes qui ont consenti le suprême sacrifice des naufragés.
00:55:08Mais Baptiste,
00:55:10ils attendent que tu ailles sur leur trace invisible,
00:55:12qu'on efface le flot et le jusant,
00:55:14les vents sournois, les houls perfides.
00:55:17Par ma voix, ils t'appellent, Baptiste.
00:55:19Entends-les.
00:55:21Entends-nous.
00:55:23Non.
00:55:24Quoi ?
00:55:25J'ai dit non.
00:55:28Tu renierais la mer ?
00:55:30La mer.
00:55:33La mer jamais perd.
00:55:36Jamais.
00:55:51Vous m'embarrassez beaucoup, chère madame.
00:55:54Je voudrais un conseil, un simple conseil d'ami, monsieur Bournet.
00:55:58Que vous ne suivriez probablement pas.
00:56:00Alors, pourquoi serais-je venue vous déranger ?
00:56:03Pour vous soulager par une confidence, quant à la suite.
00:56:06Essayez de me comprendre.
00:56:08Je suis dans une situation très pénible dont je n'arrive pas à sortir toute seule.
00:56:12Aidez-moi, je vous en prie.
00:56:13D'une part, une femme qui m'a pris mon fils,
00:56:16d'autre part, un mari qui entend me le ravir également,
00:56:18en l'embarquant contre mon gré.
00:56:21Et en dépit de vingt ans d'efforts soutenus pour soustraire cet enfant à la mer.
00:56:26Si Bourguin vous entendez, enfin.
00:56:29Continuez, madame.
00:56:31Mon dilemme est donc celui-ci.
00:56:34Ou bien je gagne contre cette personne en réussissant d'une façon ou d'une autre à détacher Baptiste d
00:56:38'elle.
00:56:38Mais comme il ne pensera plus qu'à la fuir, il souscrira aux propositions de son père.
00:56:43Ou bien au contraire, il refuse de la quitter.
00:56:47Et considérant qu'elle est pour moi un moyen de le garder à terre,
00:56:52je ferme les yeux sur cette liaison.
00:56:54Mais alors, c'est la guerre avec mon mari.
00:56:56Oui. Je risque même de le perdre.
00:56:59C'est affreux, monsieur Bourguin.
00:57:00Vous noircissez à plaisir les éléments du problème.
00:57:04J'imaginais que si cette femme consentait de sa propre initiative
00:57:07à disparaître de la vie de mon garçon,
00:57:09et que, si en même temps, nous parvenions à dissuader Bourguin de son projet...
00:57:14Nous ?
00:57:15Comment cela, nous ?
00:57:16Mais vous et moi.
00:57:20À la rigueur, essayer de raisonner Bourguin est possible,
00:57:23quoique je sois mal placé pour le faire dans mon état d'arbateur.
00:57:27Mais intervenir dans l'intimité de madame d'Empire à quel titre ?
00:57:30Je n'ai pas de compte à lui demander ni d'observation à lui faire.
00:57:33Elle n'a dû reste pas détourner Baptiste, au sens juridique du terme,
00:57:37et quand cela serait.
00:57:39J'ajoute que, sur le plan professionnel,
00:57:42je n'ai qu'à me louer des services de mon employé.
00:57:44Par conséquent, je ne vois pas par quel biais il me serait permis de vous aider.
00:57:48Voyez bien qu'il n'y a pas de solution possible.
00:57:50Mais si !
00:57:52Éloigner Baptiste, sous un prétexte quelconque,
00:57:54les vacances, les bienfaits du changement de climat,
00:57:57le plaisir de découvrir des pays neufs,
00:57:59envoyer-le en Espagne, en Italie ou au Diable Vauvert.
00:58:02À son âge, l'oubli qui vous gagne vite à distance est une vertu prodigieuse.
00:58:06Je vous garantis que dans trois mois, tout sera rentré dans l'ordre.
00:58:10Oui, j'ai bien une idée.
00:58:11Ah ! Et laquelle ?
00:58:15Si je rencontrais Mme Dampierre par hasard,
00:58:18un hasard qui me permettrait de lui annoncer le départ de Baptiste
00:58:21pour un pays lointain et un très long séjour...
00:58:23Vous auriez l'audace de l'accoster dans la rue ?
00:58:25Ça n'est pas digne d'une dame de votre compagnie, cher ami.
00:58:28Non, dans la rue, non, mais je ne sais pas,
00:58:30je pensais que peut-être dans...
00:58:32Enfin, dans votre bureau et dans votre présence,
00:58:36sans que vous ayez à prendre parti entre nous
00:58:39et en restant tout à fait hors de mon propos.
00:58:42Mais encore une fois, à quel titre ?
00:58:44À quel titre justifie mon intervention ?
00:58:47Mais au titre de notre vieille amitié.
00:58:50J'ai parlé à Mme Dampierre.
00:58:52Je ne la connais pas.
00:58:52Je vous demande de nous présenter quoi de plus naturel.
00:58:55Je vous en prie, ne me refusez pas ça.
00:58:58Vous êtes une mère terrible, Mme Borguin.
00:59:00Terrible.
00:59:03Dites-moi, voulez-vous prier, Mme Dampierre,
00:59:06de monter au bureau, je vous prie.
00:59:07Merci.
00:59:09Oui, absolument terrible.
00:59:12Ah, vous me faites faire là un curieux métier.
00:59:14Je vais en avoir un rôle, moi, au milieu.
00:59:16Je n'aurais pas dû vous céder.
00:59:19En tout cas, ma chère amie,
00:59:20je vous demande instantanément de me promettre...
00:59:22Entrez.
00:59:25Entrez, Clarisse.
00:59:30Vous m'avez fait demander, M. Bourguin ?
00:59:33Madame ?
00:59:35Mme Dampierre, cher ami,
00:59:37l'une de nos précieuses collaboratrices
00:59:39grâce à laquelle cette maison ne se porte pas trop mal.
00:59:43Mme Bourguin.
00:59:44Madame, enchantée.
00:59:46Moi aussi, je suis ravie de vous connaître, madame.
00:59:49Nous parlions de vous, Clarisse.
00:59:51De moi ?
00:59:52À l'instant.
00:59:53Et à quel sujet ?
00:59:54Eh bien...
01:00:01Madame, j'ai l'habitude d'être franche,
01:00:04je serai donc avec vous.
01:00:06Je sais que vous avez un flirt assez poussé.
01:00:09Avec mon fils.
01:00:11Oui, oh, tout Boulogne est au courant, d'ailleurs.
01:00:13Et la route de société en fait des gorges chaudes.
01:00:16Pour vous, comme pour nous,
01:00:17je crois qu'il serait préférable de mettre fin à ses commérages,
01:00:20à ses propos malveillants,
01:00:21auxquels votre attitude donne lieu.
01:00:25En toute simplicité de femme à femme, je vous le demande.
01:00:31Je vous en serai très reconnaissante en tant que mère.
01:00:37Madame, je ne doute pas de la générosité des sentiments qui vous animent et qui vous ont dicté cette démarche.
01:00:43Aussi, je serai franche à mon tour.
01:00:46D'abord, je me moque éperdument des ragots dont je suis l'objet.
01:00:49Ensuite, je suis libre.
01:00:50Je suis seule, je travaille, je ne dépends de personne.
01:00:53Enfin, ce qui dans mon cas est déterminant,
01:00:56je suis amoureuse.
01:00:58Tout cela me paraît très clair,
01:01:00d'une clarté susceptible de nous épargner des commentaires déplaisants
01:01:03et d'abréger cet entretien.
01:01:04Madame, je crains que vous vous mépoignez sur le sens de mon intervention.
01:01:10Mais je comprends parfaitement que vous prétendez obtenir de moi ma rupture avec Baptiste.
01:01:13Eh bien, Madame, je vous réponds tout net.
01:01:15A aucun prix.
01:01:18Seulement, je vous ferai remarquer qu'il lui était plus normal à vous de consulter sur ce point votre fils.
01:01:21Mais voyons, chériste, ne vous formalisez pas du langage de Madame Bourguet.
01:01:24Surtout, ne vous fâchez pas.
01:01:25Permettez-vous à sa place.
01:01:26Ce langage ne m'a ni froissé ni troublé.
01:01:29Quoique je le juge un peu déplacé.
01:01:31Mais ce qui m'étonne, Monsieur Bournet,
01:01:33c'est de vous voir apporter en quelque sorte votre caution à cette rencontre.
01:01:36Oh, mais...
01:01:37Nos relations liatorisées, Madame.
01:01:40Ah, je n'en doute point.
01:01:43Je sais quelle est l'importance de Monsieur Bourguin au comptoir.
01:01:47Eh bien, je...
01:01:48Je me garderais bien d'être la cause d'un malaise entre vous par le fait de mes amours.
01:01:52Je quitterais par conséquent l'usine séance tenante.
01:01:53Monsieur Bournet, il y a l'obligence de me régler mes salaires à ce jour.
01:01:56Mais vous êtes faim, Clarisse.
01:01:57Cette décision est absurde.
01:01:58À la veille des congés payés.
01:01:59Cette décision s'impose, Monsieur Bournet.
01:02:01Elle est irrévocable.
01:02:02Bonsoir, Monsieur.
01:02:06Et voilà le résultat.
01:02:07Voilà ce que j'ai gagné à vous écouter.
01:02:09Clarisse nous quitte.
01:02:09Clarisse s'en va.
01:02:11On m'y reprendra à m'occuper de ce qui ne me regarde pas.
01:02:13Par bonté d'âme.
01:02:14Vous êtes satisfaite, Madame Bourguin.
01:02:17Oh, je vous demande pardon, Monsieur Bournet.
01:02:20Je ne sais plus ce que je fais.
01:02:25Excusez-moi.
01:02:40Qu'est-ce que c'est que cette valise ?
01:02:42Je contiens mes affaires que j'ai ramassées à l'usine.
01:02:46Quoi ? À un caprice ?
01:02:47J'ai démissionné.
01:02:49Tu déménages pas un peu, toi, non ?
01:02:50Mais qu'est-ce qu'il faut vous dire ?
01:02:51J'ai laissé tomber Bournet, ses conserves et ses amabilités.
01:02:55Il y a longtemps que tu ruminais ça ?
01:02:56Et maintenant ?
01:02:57Oh, ça n'a pas tellement d'importance.
01:02:59Si je veux demain, j'aurai une place.
01:03:00Tiens, j'ai qu'à téléphoner à la fabrique des chaluts du Portel, en particulier.
01:03:04Elle m'embranchera tout de suite.
01:03:07Mais enfin, que s'est-il passé chez Bournet ?
01:03:08Ben oui, raconte.
01:03:10Figure-toi, Zizine, que Bournet est allé jusqu'à se faire compice de sa mère.
01:03:13Faut que dans son propre bureau, celle-ci vienne me demander la liquidation de Baptiste.
01:03:18Quoi, ma mère savait ?
01:03:19Ah, la preuve.
01:03:20Et elle s'est abaissée au point de...
01:03:21Oui, d'accord avec Bournet.
01:03:22Alors, tu comprends, j'ai pris de haut poliment, mais de haut.
01:03:24J'ai donné ma démission.
01:03:26Ma mère savait ça, alors c'est...
01:03:27Oh, ben tu parles.
01:03:28On a beau s'acharner à la discrétion, les fuites, mes enfants, les fuites sont fatales dans ce pâte-là.
01:03:33Maintenant, ma petite Clarisse, du quel côté tu t'orientes ?
01:03:37En fait, du côté de Baptiste, pas du côté de Madame Bourguin et de M. Bournet-Réunis.
01:03:42Et moi, comme du temps d'où, Zizine, je me maintiens dans la zimute de Clarisse.
01:03:48N'emploie pas le vocabulaire de Marin, ça ne te va pas.
01:03:51Oui, tu as raison.
01:03:52Dis donc, en attendant le prochain épisode, si tu veux, je t'emmène danser, d'accord ?
01:03:56Oh, oui, ça !
01:03:57Ben, je ne sais pas où tu voudras.
01:03:59Oh, il paraît qu'il y a une boîte qui vient de s'ouvrir et qui serait très dynamique.
01:04:03Le Pélican.
01:04:04D'accord, mon divan, c'est Bournet, ça vaut bien ça.
01:04:22Heureux les simples d'esprit.
01:04:25Que le destin leur soit clément.
01:04:29Pour une fois qu'un amour est sincère.
01:04:33Pourvu que tu m'entends et m'exhaustes.
01:04:36Salut, Zizine.
01:04:38Un 421, je m'ennuie, je suis seule.
01:04:43Mais toujours seule en ce monde.
01:04:48Seule.
01:04:49Je n'ai pas la tête au 421, ce soir.
01:04:53Qu'est-ce que tu vois ?
01:04:54Un petit blanc.
01:05:00Dis-moi, Joseph.
01:05:03J'ai cru deviner que...
01:05:05que ta femme ne voyait pas de gaieté de cœur
01:05:08la perspective de l'entrée de son fils dans une carrière maritime.
01:05:11Elle n'en est pas encore au point de souffrir de cette perspective.
01:05:14Ah, tu as renoncé au projet que tu formais pour Baptiste ?
01:05:17Pas moi.
01:05:17Lui.
01:05:18Ah.
01:05:19Il a ses projets personnels en tête.
01:05:21En tout cas, il repousse les biens en ce qui le concerne.
01:05:25Petit Bourrien, je crois que c'est une erreur
01:05:26de vouloir toujours régler soi-même
01:05:28selon ses propres vues, l'amener de ses enfants.
01:05:30On ne voit pas les choses de la même façon.
01:05:32On n'est pas sur des longueurs d'onde correspondantes.
01:05:35Et puis, on se trompe.
01:05:36Oui.
01:05:37Je lui ai pourtant affectueusement exposé mes vues
01:05:40pendant une pointe d'un de calvaire qui l'enchantait.
01:05:42Les circonstances m'étaient très favorables.
01:05:44Je pensais le séduire et puis...
01:05:46Il s'est dérobé.
01:05:47Au pire.
01:05:48Il s'est révolté.
01:05:49Ah.
01:05:50Et contre quoi ?
01:05:51Contre quel aspect de la question ?
01:05:53Contre celui que tu incarnes.
01:05:55L'armateur.
01:05:57Qu'est-ce qu'il a à reprocher à l'armateur, ce gamin ?
01:05:59Le passé.
01:06:00Il ne manque pas de tout, pas, ton fils ?
01:06:02Non, il ne manque pas non plus de réflexion.
01:06:04Et j'ai dû me taire devant certains de ses arguments.
01:06:06Mais Pierre, l'armateur...
01:06:08Quoi, quoi, l'armateur ?
01:06:09Ou en serait-il l'imbécile s'il n'y avait pas eu des armateurs
01:06:11pour faire vivre ceux qui lui ont permis de jouer les fils de famille ?
01:06:13Car enfin, Bourguin, c'est par nous que vous avez cuit votre pain blanc.
01:06:16Mais ça ne vous délivre tout de même pas du péché d'orgueil
01:06:18et n'excuse pas non plus vos abus d'autrefois.
01:06:21Car il est vrai, Bourgne, que vous avez bien profité des hommes, jadis,
01:06:24de leur labeur, de leur dévouement, de leur misère.
01:06:27Mais de quoi vous peignez-vous ?
01:06:29Les parts du butin que vous encaissez ne vous suffisent pas ?
01:06:32Vous seriez insatiable au point que votre progéniture de riz sur tranche récrime.
01:06:35Non, non, non, regarde pas toi.
01:06:37Pas ton bachelier ou pas leur homme antique.
01:06:39Oh, des lois récentes vous ont rendu à la raison, mais les courants d'opinion dure.
01:06:42Et ils se prolongent à travers la souffrance continue des hommes qui se succèdent à la barre.
01:06:46Quoi ?
01:06:46C'est ainsi qu'on récolte la réprobation hautaine des héritiers de la prime.
01:06:50Ah oui ?
01:06:50Bien qu'ils nagent dans une prospérité lentement acquise,
01:06:54ardemment arrachée, difficilement accordée dans la contrainte.
01:06:57Ah bravo, bravo, bravo, ça c'est une belle période.
01:06:59Où es-tu allé chercher cet amas de sottise ?
01:07:01Eh bien, cet amas de sottise, c'est Baptiste qui me l'a balancé à la face,
01:07:03sur le plan du calvaire, quand j'ai essayé de lui vendre ton piano.
01:07:07Non, non, on se fera une raison.
01:07:09On se consolera aussi au comptoir de se priver de ses services.
01:07:12Mais malheureusement, vois-tu, il n'est pas le seul dans cet esprit.
01:07:16Tu avais vu juste, Pierre, la mer est mourante.
01:07:19C'est la mer qui meurt.
01:07:20Non.
01:07:21Et si les riverains de cette espèce sont en train de la tuer,
01:07:24eh bien nous, nous la défendrons, et toi, avec moi.
01:07:26Nous ferons appel aux jeunes vocations de l'intérieur du continent.
01:07:28Elles y auront leur profit, et nous le nôtre.
01:07:31Tu as peut-être raison, Pierre.
01:07:32Oui, certainement.
01:07:34Quant à toi, vieux frère de la côte, tu ferais bien de le surveiller un peu, ton Baptiste.
01:07:37Car on m'a rapporté qu'il se dissipait un peu à effeuiller la marguerite.
01:07:41Ah, je suis un peu beaucoup passionnément.
01:07:43Ah, ces anarchistes intellectuels motorisés, cousu d'or,
01:07:46qui condamnent sans argument tout ce qui représente une force vivante,
01:07:49et qui n'ont qu'un objectif, jouir de vivre, à tout prix.
01:07:51Tu me sors là la réplique du berger à la bergère.
01:07:53Mais dans quelle mesure les fautes ou les erreurs de mon fils
01:07:57excusent-elles les abus de tes aïeux, ces médecins ?
01:07:59Les temps sont changés, Joseph.
01:08:00Tu le sais bien, ceux d'autrefois avaient leur tort et leur vertu, et nous aussi.
01:08:03Oui, bien sûr, tu n'es pas responsable d'un passé dont tu n'as pas à rendre compte.
01:08:07N'empêche que c'est ça qui sert de prétexte à la jeunesse actuelle.
01:08:09Oui, pour déserter.
01:08:11C'est-elle seulement de quoi elle parle, cette jeunesse ?
01:08:12Elle n'a rien dans la tête.
01:08:13Ah, là, tu n'as pas le droit de dire ça, Baptiste.
01:08:15Ah, ça, c'est vrai.
01:08:16Lui, je lui reprochais plutôt d'en avoir trop dans la tête.
01:08:17Mais ça revient nous-mêmes.
01:08:18Allons, allons, Pierre, restons dans la queue, on ne va pas se fâcher, non ?
01:08:21Oui, je sais.
01:08:21Je sais ce que je te dois.
01:08:23Toi, tu n'ignores pas non plus.
01:08:24Alors, hein, on est quitte.
01:08:26Allez, on se va faire.
01:08:28Au revoir, mon vieux.
01:08:32Tu m'ennuies, finalement, Zélie.
01:08:34Ton fils est une maîtresse, mais quoi de plus naturel ?
01:08:38Mais la vérité, c'est que tu es jalouse.
01:08:40Je ne suis pas jalouse de ces sentiments,
01:08:42mais la liaison qu'ils ont entraînés m'est insupportable.
01:08:45Ah, tu préférerais qu'ils jouent, qu'ils boivent, qu'ils se droguent ?
01:08:49Tu n'as pas d'enfant, tu ne peux pas comprendre.
01:08:51Ah non, mais en revanche, je comprends volontiers
01:08:53cette jeune femme qui a repoussé tes objurgations sur le ton.
01:08:56Autain que tu m'as dit, et comment ?
01:08:57Toi, tu défends toujours la cause du diable.
01:08:59Ah, ma pauvre Zélie, ce que je peux te plaindre !
01:09:03Ah, mais...
01:09:07Ah, s'il te plaît, tu prépareras les bagages de Baptiste.
01:09:12Quoi ?
01:09:13Il part ?
01:09:14Oui, il part.
01:09:16Quoi ?
01:09:17À vous entendre, on croirait qu'il a commis un crime ?
01:09:20C'est vous, Zélie.
01:09:21Non, mais où veux-tu l'envoyer ?
01:09:23Hein ?
01:09:24Ah, toujours ton idée fixe, la mer.
01:09:26Oui, ben, à défaut d'un embarquement auquel je ne puis procéder de force,
01:09:29et puisqu'il faut l'isoler à tout prix,
01:09:31je l'envoie chez les bons pères de Jersey.
01:09:33Alors, au moins, l'idée de faire le mur ne lui viendra pas.
01:09:36Il y complétera ses études, ce qui ne sera pas négligeable.
01:09:39Et puis, au moins, je repartirai tranquille.
01:09:42Tu l'accompagneras ?
01:09:43Bien sûr, si je veux qu'il arrive à destination.
01:09:46Ah oui, les pères jésuites de Jersey sont d'excellents éducateurs.
01:09:50Je vous dispense de vos réflexions dénuées d'intérêt, Cécile.
01:09:54Qu'en partiez-vous ?
01:09:55Dans un délai minimum. Je vais téléphoner au directeur.
01:09:58Il nous attend.
01:10:00Ben, en manière de récompense, il est de service.
01:10:02Bon, je ne vous prie de vous taire, Cécile.
01:10:04Ah, pour la voiture, je l'ai revendue, hein ?
01:10:05Il la rapportera demain matin au garage.
01:10:07On va faire réconcler.
01:10:08Bon, tu lui annonceras toi-même ta décision.
01:10:11Mais bien sûr.
01:10:11Et je ne prendrai pas de gant.
01:10:40On va faire réconcler.
01:10:48Il venait m'attendre le soir Au débit proche de l'usine
01:10:55Et quand il m'avait dit bonsoir Me serrant contre sa poitrine
01:11:03Tout près de lui, tout près de lui, J'allais m'asseoir
01:11:11À voix basse, il me parlait doucement
01:11:19À voix basse, il disait son boniment
01:11:27Et rien n'emplit, c'est l'espace Que la voix de mon amante
01:11:35Qui me parlait tendrement À voix basse
01:11:42Qui me parlait tendrement À voix basse
01:11:56Certains soiristes avaient choisi
01:11:59Le petit bal dans une rue somme
01:12:03Et l'âme donnait à l'oisir
01:12:07Des espoirs, des rêves sans nombre
01:12:11Disant dans l'ombre Disant dans l'ombre
01:12:15Les mots qu'il faut pour m'attendre
01:12:20À voix basse, il me parlait doucement
01:12:27À voix basse, il disait son boniment
01:12:35Plus rien n'emplit, c'est l'espace Que la voix de mon amante
01:12:43Qui me parlait tendrement À voix basse
01:12:51Qui me parlait tendrement À voix basse
01:13:01Qui me parlait tendrement À voix basse
01:13:50Qui me parlait tendrement À voix basse
01:14:00Qui me parlait tendrement À voix basse
01:14:05Qui me parlait tendrement À voix basse
01:14:05Qui me parlait tendrement À voix basse
01:14:11Qui me parlait tendrement À voix basse
01:14:27Bon, mes parents sont fixés sur nous, alors parents ont plus pressé.
01:14:30C'est-à-dire ?
01:14:31C'est-à-dire ? Bon, voilà, j'ai mon plan.
01:14:33Primo, les gagnés de vitesse.
01:14:34Alors demain, je t'accompagne à la fabrique de filets, je demande du travail.
01:14:38On m'a assuré qu'on cherchait du monde.
01:14:40Oui, c'est vrai.
01:14:41Secondo, le biftec assuré, j'exigerai ma liberté.
01:14:45Tu les abandonnerais ?
01:14:46Oh, sans remords.
01:14:48Pour aller nicher, ou ?
01:14:55Chez... Chez Zizi.
01:14:58Ça ?
01:14:59Ou chez toi, si tu m'acceptes.
01:15:03Évidemment, je t'accède.
01:15:05Bon, tu veux danser ?
01:15:07Allez, viens.
01:15:22Sous-titrage ST' 501.
01:15:25Sous-titrage ST' 501.
01:16:15Sous-titrage ST' 501.
01:16:39Allô, Célie ?
01:16:41Ben dis-donc, il en a fait d'elle, le Baptiste.
01:16:44Comment ? Quoi ? Qu'est-il arrivé ?
01:16:47Quoi ? Une rixe ? Mais il n'est pas blessé, au moins.
01:16:52Mais non, mais non, mais non, voyons.
01:16:55Mais explique-moi, explique-moi tout, voyons.
01:17:00Je t'expliquerai ça à la maison.
01:17:02Reste calme.
01:17:03Oui, oui, à tout de suite, j'arrive.
01:17:40Alors, qu'est-ce qui s'est donc passé ?
01:17:41Oh, ne m'en parle pas, Zizine, c'est affreux.
01:17:44Mais non, justement, je suis venue pour t'en parler.
01:17:46Elle t'en lâchait.
01:17:47Ben, tu vois, à l'instant.
01:17:49Et les autres ?
01:17:51Oh, peu importe les autres.
01:17:54Seulement, regarde Baptiste.
01:17:57Écoute, rentre chez moi, je veux pas que tu restes seule ce soir.
01:17:59Quand t'as bâti, j'aviserai des amis s'occuperont de lui.
01:18:05De toute façon, je sens que je l'ai perdue.
01:18:10Je suis désespérée.
01:18:13Oh, quelle histoire, idiot, c'est vraiment trop bête.
01:18:16C'est la vie qui est trop bête, ma petite Clarisse.
01:18:20Elle nous joue de ses taux au moment où on s'y attend de moins.
01:18:23Il faut être courageuse, mon petit.
01:18:26Courageuse, c'est facile à dire.
01:18:29J'ai tellement de chagrin.
01:18:30Oui, on n'a jamais rien bâti sur du chagrin.
01:18:32Tu ne l'arrives jamais.
01:18:34Tu es jeune, tu es belle.
01:18:37L'avenir décidera pour toi.
01:18:38Enfin, si tu y mets du tien.
01:18:39Tu vois que tu mérites ton avenir, tu sais, comme tout le monde.
01:18:42Aujourd'hui, comme hier.
01:18:44Allez, viens.
01:18:50Tu n'imagines pas la peine et le tourment où je suis.
01:18:52Et moi, donc ?
01:18:53Il n'a pas été blessé, c'est bien vrai, tu me jures.
01:18:55Non, non, il a été arrêté, gardé à vue au commissariat
01:18:57et déterré ce matin au parquet.
01:18:59Mais pourquoi, si ça n'était pas sa faute ?
01:19:00Il a attaqué et provoqué l'esclave.
01:19:02Alors, les adversaires ont répondu, ça a dégénéré en bagarre générale.
01:19:05Le patron a appelé la police et voilà.
01:19:07Merci.
01:19:08Enfin, au début, il a bien dû se produire quelque chose pour en arriver à ça.
01:19:12D'après le rapport des agents, un matelot américain aurait fait effronter moi à la cour
01:19:16à la cavalière qui l'accompagnait.
01:19:18Oui, cette femme, madame veuve d'ampierre.
01:19:20Alors, il a vu rouge, il a frappé.
01:19:22Les adversaires ont répondu, tout le monde a été emballé.
01:19:25Oui, mais il n'y a pas eu de sang versé, vous.
01:19:26Non, non, heureusement.
01:19:32Il va être arrêté ? Condamné ?
01:19:35Non, j'ai stoppé le drame.
01:19:37Comment ?
01:19:38Je sors du cabinet du procureur de la République.
01:19:40Il a bien voulu souscrire à mes supplications.
01:19:43Tu l'as supplié, toi ?
01:19:44Et que faire ? La procédure était en route.
01:19:47Lui seul avait le pouvoir de l'arrêter.
01:19:50Et pour ça, je me suis humilié pour sauver l'honneur d'un bourguin.
01:19:54C'était mon devoir.
01:19:55J'osais.
01:19:56Mon devoir de père et mon devoir de bourguin.
01:20:00Ça n'a pas été sans mal.
01:20:03Non plus que sans contrepartie, il reste.
01:20:06Mais, quelle contrepartie ?
01:20:08Tout compte fait.
01:20:10Mon accord avec le procureur n'est pas cher.
01:20:12J'ai évoqué les risques de ce genre qu'ont tous les pères de famille, lui comme moi.
01:20:15Voilà. Et je lui ai proposé, s'il consentait à détruire le dossier,
01:20:19de remettre Baptiste dans le droit chemin en engageant ma parole de marin.
01:20:22Il a accepté, il m'a accordé cette grâce.
01:20:24Mais, pour ça, je me suis humilié.
01:20:27A quel prix ?
01:20:28Oh, j'ai payé les dégâts matériels.
01:20:31Tous les dégâts matériels.
01:20:33Et je n'ai pas voulu retenir le fait que les matelots américains étaient en absence illégale de leur bord.
01:20:38Ça ne se fait pas entre nous, Jean de Mer.
01:20:42Seulement, seulement Baptiste m'a suivi cet après-midi.
01:20:44Au recrutement maritime pour signer avec moi son acte de devance d'appel sur l'ordre du parquet.
01:20:50Un engagement dans la marine de guerre ?
01:20:53Il y accomplira son service militaire régulier et obligatoire.
01:20:57Et on lui ramènera une juste conception des choses, aussi bien que chez les bons pères de Jersey.
01:21:02Il était donc écrit qu'il n'échapperait pas à la mer.
01:21:06Probable.
01:21:09Quand partiras-tu ?
01:21:11Après demain matin.
01:21:13Appareillage 8h30.
01:21:16Vers sa feuille de route pour le premier dépôt des équipages.
01:21:21Cherbourg.
01:21:25Et ce soir ?
01:21:27Ce soir, je lui ai donné la permission de minuit pour signer ses connaissements avant le barillage.
01:21:33Pour dire adieu à ses copains et puis...
01:21:36Clarisse.
01:21:38Pauvre.
01:21:41Tu as bien agi, Bourguin.
01:21:43Comme toujours.
01:21:45Merci.
01:22:00C'est parti.
01:22:16A voix basse, je lui parlais doucement.
01:22:21Un peu l'asse, je disais mon boniment.
01:22:28Plus rien n'emplit, c'est l'espace que l'écho de mon tourment.
01:22:36Qui sanglotait follement, à voix basse.
01:22:43Qui sanglotait follement, à voix basse.
01:23:22Qui sanglotait follement, à voix basse.
01:23:52Sous-titrage MFP.
01:24:22Sous-titrage MFP.
01:24:25...
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