00:00Le 10 juin 1848, la Guyane se souvient.
00:03Aujourd'hui en Guyane, ce n'est pas seulement un jour férié, c'est une date de mémoire.
00:08Une date, même je dirais, de rupture.
00:10Une date qui rappelle qu'avant la liberté proclamée, il y a eu l'arrachement, la colonisation, la servitude et
00:16la résistance.
00:17Le 10 juin, la Guyane commémore la proclamation de l'abolition de l'esclavage en 1848.
00:24Mais pour comprendre la force de cette date, il faut revenir en arrière.
00:28Parce que la Guyane n'a pas été simplement découverte.
00:32Elle a été convoitée, occupée, intégrée dans un projet colonial européen bien précis.
00:38Et l'ouvrage que j'aime beaucoup, qui s'appelle Libre de couleur, de l'historien Frédéric Réjean, que vous
00:42voyez juste ici, parle très clairement des libres de couleur.
00:45Il dit ceci à la page 64, je cite.
00:47À partir des années 1620, Français, Anglais et Hollandais commencent à coloniser les Antilles et la Guyane.
00:53Et derrière cette colonisation, il y a vite un système en place.
00:58Celui de la traite, celui de l'esclavage, celui de l'exploitation des corps africains et afro-descendants.
01:04Et dans un autre ouvrage, que j'aime beaucoup, qui s'appelle Le grand livre de l'esclavage de Gérard
01:08Tellier, que vous voyez juste ici.
01:09Il est écrit cela à la page 85, je cite.
01:11En 1642, le roi Louis XIII a autorisé la traite.
01:15Donc non, l'esclavage colonial, vous le voyez, n'est pas une erreur de parcours.
01:19Non, c'est un système autorisé, organisé, légalisé.
01:23Et le 10 juin 1848, quand l'abolition est proclamée en Guyane, ce n'est pas un cadeau tombé du
01:31ciel comme beaucoup le proclament.
01:32Non, c'est l'effondrement officiel d'un ordre colonial violent.
01:37Un ordre que les personnes esclavagisées ont contesté par les fuites, le marronnage, le refus, les résistances quotidiennes,
01:43et par leur volonté de rester humains dans un système qui voulait les réduire à des biens, et cela dès
01:50le début.
01:51Alors aujourd'hui, le 10 juin, on ne dit pas seulement bonne commémoration, on dit, on se souvient,
01:57ou plutôt, souvenons-nous des noms, des vies, des familles brisées, des résistances et des libertés arrachées.
02:04Parce qu'une abolition ne commence jamais seulement dans un décret.
02:08Elle commence dans la lutte de celles et ceux qui ont refusé d'être possédés.
Commentaires