00:00La ville de Vierzon annule la cérémonie du 10 mai.
00:03La nouvelle municipalité d'extrême droite de Vierzon a annulé la cérémonie du 10 mai.
00:08La journée nationale de commémoration, je rappelle, nationale,
00:11de commémoration de l'abolition et de l'esclavage.
00:14Et là, il faut être très clair.
00:15Ce n'est pas une simple histoire de calendrier.
00:17Ce n'est pas juste une petite cérémonie supprimée comme cela, non.
00:21Ce n'est pas juste non plus, personne ne venait.
00:23C'est un signal politique fort.
00:24Parce que le 10 mai, en France, ce n'est pas une date inventée
00:28par des militants dans leur coin, non.
00:30Depuis le décret, je le rappelle, du 31 mars 2006,
00:33la date de commémoration annuelle de l'abolition de l'esclavage en France métropolitaine
00:38est fixée le 10 mai.
00:39Et ce décret précise aussi qu'une cérémonie est organisée chaque année à Paris.
00:44Ainsi qu'une cérémonie analogue dans l'initiative du préfet
00:48et dans les lieux de mémoire.
00:50Donc quand un élu explique que cette journée ne fera pas partie des dates officielles,
00:56c'est factuellement faux.
00:57Et l'argument est quoi ? Financier ?
01:00Le maire parle d'environ 1500 euros.
01:02Dans une ville qui évoque une dette importante, on peut toujours parler de budget.
01:07Mais la vraie question c'est quoi ?
01:08Pourquoi cette mémoire-là devient-elle soudainement trop chère ?
01:12Pourquoi la mémoire de l'esclavage est toujours celle qu'on trouve en comprenant ?
01:17Pourquoi quand il s'agit de rappeler que la France a bâti une partie de sa puissance coloniale
01:22sur la traite, la déportation, le travail forcé et la déshumanisation ?
01:26On nous répond, ça n'intéresse personne.
01:28Mais justement, si peu de gens viennent, alors il faut transmettre davantage.
01:33Si peu de gens savent, alors il faut enseigner davantage.
01:37Si peu de gens comprennent cet aspect, alors il faut commémorer davantage.
01:41On ne supprime pas une mémoire parce qu'elle dérange.
01:45On ne supprime pas une cérémonie parce qu'elle ne fait pas foule.
01:48On ne mesure pas la dignité des morts au nombre de personnes présentes devant une gerbe.
01:53Non !
01:53Le 10 mai existe aussi parce que la loi Taubira du 21 mai 2001 a reconnu la traite négrière transatlantique
02:00et la traite dans l'océan Indien ainsi que l'esclavage comme crime contre l'humanité en France.
02:04Et ce crime ne concerne pas seulement les descendants d'esclaves.
02:07Il concerne la République, il concerne les écoles, il concerne les villes, il concerne la mémoire nationale.
02:13Parce que l'esclavage n'est pas une histoire communautaire, c'est une histoire française.
02:18Elle n'est pas parallèle, c'est une histoire européenne, c'est une histoire mondiale.
02:22Et quand une mairie d'extrême droite choisit de ne plus commémorer cette histoire,
02:27elle ne fait pas une économie.
02:28Elle choisit uniquement ce qu'elle veut rendre visible et ce qu'elle préfère repousser dans le silence.
02:34Et c'est exactement pour ça qu'il faut parler du 10 mai.
02:36Pas pour culpabiliser les vivants, pas pour enfermer les descendants des personnes esclavagisées dans la douleur,
02:42mais pour empêcher que l'oubli redevienne une politique publique.
02:46Parce qu'un pays qui refuse de regarder son passé en face
02:50finit toujours par laisser les mêmes idéologies revenir par la porte de service.
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