00:00Robben Island, une île froide que l'on pourrait qualifier de battue par le vent au large même du Cap
00:07en Afrique du Sud.
00:07Pendant des décennies, pendant des années, Nelson Mandela casse des pierres sous le soleil, dort dans une cellule minuscule,
00:15reçoit peu de visites, lit sous surveillance et écrit sous contrôle.
00:18À ce moment-là précisément, il n'est pas encore l'icône souriante qu'on affiche aujourd'hui dans les
00:23écoles, les institutions et les campagnes de communication.
00:26Non, il est un prisonnier politique, un homme que le régime de l'apartheid veut briser.
00:32Et surtout même, je dirais, un homme que beaucoup de puissances occidentales regardent avec méfiance.
00:37Parce que Mandela ne demande pas seulement qu'on soit beaucoup plus gentil avec les noirs sud-africains.
00:42Non, il combat un système.
00:43L'apartheid, ce n'est pas seulement la ségrégation noire blanche, c'est une organisation totale de la société.
00:50C'est-à-dire où les noirs sont déplacés, contrôlés, privés de droits politiques, exploités économiquement, enfermés dans des territoires
00:59ségrégés, séparés.
01:00Ils sont aussi réprimés quand ils résistent.
01:02Donc Mandela rejoint l'ANC, l'ANC pour combattre cette machine.
01:07Et au départ, la lutte passe par les campagnes politiques, bien évidemment, les boycotts, la désobéissance, les mobilisations populaires.
01:14Mais quand les manifestations sont écrasées, quand les organisations sont maintenant interdites, quand l'État même répond par les balles,
01:23Mandela franchit un seuil.
01:24Il participe à la création Doomkoto Wessizwe, c'est-à-dire la branche armée de l'ANC.
01:29Et c'est là que l'histoire qu'on raconte aujourd'hui devient souvent plus silencieuse.
01:34Parce que Mandela, célébré partout, n'est presque jamais présenté comme un homme qui a pensé la lutte armée, vous
01:40comprenez ?
01:40On préfère le Mandela joyeux, le Mandela du pardon, le Mandela qui sourit, le Mandela même qui rassure.
01:47Mais Mandela n'a jamais été seulement un symbole de paix.
01:50Il a été un adversaire de l'ordre colonial et racial en Afrique du Sud.
01:53Un homme qui disait clairement qu'un régime construit sur la violence ne pouvait pas exiger des opprimés qu'il
01:59reste éternellement docile.
02:01Puis, il est condamné.
02:0227 ans de prison, je le rappelle, 27 ans de prison pendant lesquelles son nom devient un cri.
02:07Dans les rues, dans les universités, dans les manifestations, dans les syndicats, dans les mouvements anti-apartheid du monde entier.
02:15Et quand il sort enfin de prison, le monde découvre un homme qui refuse la vengeance.
02:19Mais attention, soyons très clairs.
02:21Refuser la vengeance ne veut pas dire oublier le système.
02:24C'est là que Mandela a été progressivement transformé.
02:27On a gardé la réconciliation.
02:29On a atténué sa colère politique.
02:32On a même gardé le sourire.
02:33On a, je dirais même, souvent effacé la critique de l'exploitation, de la terre, des inégalités, du pouvoir économique
02:40blanc.
02:40Mais un monument, parfois, ça ne parle plus.
02:44Alors, le 18 juillet, il y a quelques jours, nous ne devions pas célébrer seulement une icône.
02:49Rappelons-nous l'homme que l'apartheid voulait enterrer vivant.
02:52Rappelons-nous le militant que certains traitaient comme une menace.
02:56Une réelle menace.
02:57Rappelons-nous le militant que certains traitaient comme une menace.
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