- il y a 2 mois
Chères lectrices, chers lecteurs,
Jeudi 28 mai 2026, nous avons eu le plaisir d'accueillir Denis Gombert pour une soirée autour du nouvel opus de la collection les Archives du crime des éditions de l'INA et consacrée à l'affaire Christian Ranucci.
🎙️ Discussion animée par M. Emmanuel Clerc, éditeur de l'ouvrage.
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
-
📖 La Quatrième : Le 3 juin 1973, Maria-Dolorès Rambla, huit ans, est enlevée dans un faubourg de Marseille. On retrouve son corps le lendemain sur les hauteurs de la ville lardé de coups de couteau. Ce crime ignoble crée l'émoi. La population réclame la tête du meurtrier. De suite, un suspect est identifié. Il s'agit de Christian Ranucci, un jeune homme sans histoire, qui avoue son crime. Au terme de son procès, Ranucci est déclaré coupable et exécuté. Mais la parution d'un livre, Le Pull-over rouge, va relancer l'affaire. Et si Ranucci était innocent ? Derrière la tempête médiatique que suscite le livre couve une tragédie…
Et si on vous proposait de redécouvrir des faits divers extraordinaires par une plongée dans les archives de l'époque ? « Les Archives du crime » de l'INA vous racontent les plus grandes affaires criminelles, à la lumière des témoignages de ceux qui les ont vécues.
Jeudi 28 mai 2026, nous avons eu le plaisir d'accueillir Denis Gombert pour une soirée autour du nouvel opus de la collection les Archives du crime des éditions de l'INA et consacrée à l'affaire Christian Ranucci.
🎙️ Discussion animée par M. Emmanuel Clerc, éditeur de l'ouvrage.
Vous souhaitant de belles lectures,
L'écume 🌊
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📖 La Quatrième : Le 3 juin 1973, Maria-Dolorès Rambla, huit ans, est enlevée dans un faubourg de Marseille. On retrouve son corps le lendemain sur les hauteurs de la ville lardé de coups de couteau. Ce crime ignoble crée l'émoi. La population réclame la tête du meurtrier. De suite, un suspect est identifié. Il s'agit de Christian Ranucci, un jeune homme sans histoire, qui avoue son crime. Au terme de son procès, Ranucci est déclaré coupable et exécuté. Mais la parution d'un livre, Le Pull-over rouge, va relancer l'affaire. Et si Ranucci était innocent ? Derrière la tempête médiatique que suscite le livre couve une tragédie…
Et si on vous proposait de redécouvrir des faits divers extraordinaires par une plongée dans les archives de l'époque ? « Les Archives du crime » de l'INA vous racontent les plus grandes affaires criminelles, à la lumière des témoignages de ceux qui les ont vécues.
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Art et designTranscription
00:03Merci à l'écume des pages de son accueil. C'est la deuxième rencontre qu'on fait en
00:102026 et c'est toujours un plaisir d'être ici et d'être reçu par des libraires aussi compétents.
00:17Je m'appelle Emmanuel Clerc, je suis responsable des éditions de l'INA puisque l'INA est notre
00:23institut à tous qui archive, préserve, numérise les ressources de l'audiovisuel public mais c'est
00:29aussi un média qui se propose de faire connaître toutes les archives que nous avons, à la fois sous
00:37forme de films, de documentaires, de podcasts et maintenant de livres. Le patrimoine c'est un mot
00:46important, nous valorisons ce patrimoine, nous valorisons toutes ces archives et impente ce
00:52patrimoine, ça paraît ironique de le signifier comme ça mais c'est pourtant la réalité, une partie de
00:58notre patrimoine commun, c'est précisément ce dont on va parler ce soir à savoir les archives criminelles,
01:03les affaires criminelles, les grandes affaires criminelles du 20ème siècle qui ont forgé à un
01:09moment l'actualité, qui ont ordonné aux médias de devoir les traiter d'une certaine façon, ce sera
01:17un sujet qu'on abordera et qui ont peut-être aussi à un moment façonné la société dans laquelle on
01:24vit et
01:24précisément l'affaire dont on va parler, qui est l'affaire Ranucci, qui a un sujet très connexe, qui est
01:34celui des grands débats sur l'abolition de la peine de mort au cours des années Giscard d'Estan.
01:41Ce livre, l'affaire Christian Ranucci, qui est relaté ici par Denis Bombert, fait partie d'une collection dans laquelle
01:49on en trouve deux autres, l'affaire Guy Georges et l'affaire Simone Weber, qui sont deux affaires extrêmement différentes
01:55et complémentaires, je crois, si j'ose dire.
01:58L'affaire Simone Weber, on est vraiment au cœur du mal, à la campagne, sur les bords de la Marne,
02:06on parle très franchement de corps découpés à la meuleuse, c'est vraiment une affaire qui a défrayé la chronique
02:13et qui a été une suite, qui se décrit comme une suite d'escalade dans l'horreur.
02:24L'affaire Guy Georges est une affaire un petit peu plus proche de nous, dans la mesure où c'est
02:30au cœur de Paris, entre Bastille et République, c'est à la fin des années 90, et c'était un
02:37Paris qu'on connaît, et franchement, là encore, on était au cœur de l'horreur, au cœur de la criminalité.
02:46Et l'affaire Ranucci était complémentaire des deux autres, pourquoi ? Parce que quand on parle de cette affaire, qui
02:53commence avec la mort d'une jeune fille de 8 ans, Maria Dolores, à Marseille,
02:58On parle aussi de la société, puisque c'est le talent de Denis Gombert que je remercie d'avoir accepté
03:09cette proposition, de nous avoir fait confiance, d'avoir accepté de se plonger vraiment dans ses archives,
03:15puisque pour l'écriture de ce livre, il y a tout un travail de documentation qui est à la fois
03:20passionnant, mais quand même relativement étouffant, dans la mesure où ses archives sont précisément très sombres.
03:28Et c'est un point sur lequel Denis porte l'attention, c'est que tout de suite, la société française
03:35se passionne pour cette affaire qui va diviser très franchement la France,
03:41entre ceux qui pensent que Christian Ranucci est coupable et ceux qui pensent qu'il existe encore un doute, et
03:47plus exactement, la France est divisée entre ceux qui pensent qu'il doit être condamné à mort
03:52et ceux qui estiment que l'abolition de la peine de mort est un progrès de société.
03:59Merci Denis, que je présente en un mot. Tu as commencé ta carrière à la BNF, tu as fait des
04:06études de lettres et de philosophie,
04:08tu as été pendant plus de 15 ans un des principaux éditeurs de la maison d'édition Robert Laffont,
04:14tu te consacres depuis quelques années à l'enseignement, à l'accompagnement de certains projets, à l'édition,
04:28en tant qu'éditeur extérieur et à une carrière d'auteur qui est variée, réussie, je pense notamment à tes
04:37merveilleux romans sur la Corse,
04:39écrits avec ton petit frère, et à celui qui est plus récemment paru sur la boxe, puisque c'est l
04:45'une de tes autres passions,
04:46ce monsieur enseigne la boxe.
04:50Revenons-en à Ranucci.
04:54Toi qui viens du Sud, qui as fait tes études à Nice, est-ce que tu connaissais l'affaire Christian
04:58Ranucci ?
04:59Alors je connaissais l'affaire Christian Ranucci, merci l'écume des pages de nous recevoir,
05:03merci Emmanuel de la confiance que tu m'as accordée pour ce projet.
05:07L'affaire Ranucci a touché toutes les personnes qui sont nées dans les années 70,
05:10et c'est mon cas, on a tous entendu parler de l'affaire Ranucci, et aussi par la suite de
05:16l'affaire du pullover rouge,
05:17donc on aura l'occasion de revenir là-dessus.
05:20Ce qui est intéressant dans votre, et c'est pour ça que j'ai dit oui, tel que vous me
05:23l'avez présenté,
05:24les archives, effectivement, la patrimonialisation, c'est quelque chose qui fiche toujours un peu l'état du texte,
05:30l'art du roman, c'est de le faire vivre, et je trouve que c'était une très bonne idée,
05:33en fait,
05:34de confier des archives à des auteurs, pour comme ça remettre un petit peu en scène.
05:38Ça, c'est une chose. L'autre chose, c'est qu'on voit bien qu'il y a une appétence,
05:42en fait,
05:43du monde audiovisuel pour tous les crime stories et autres, et moi, je crois à la valeur de l'écrit,
05:48et là aussi, c'était une chance de pouvoir, tu l'as dit, plonger dans l'affaire,
05:53et s'imprégner aussi de ce qu'a été cette affaire et cette époque.
05:56Alors, juste en un point, on est à la Pentecôte de 1974, dans une cité,
06:01Sainte-Agnès, à Marseille, cité ouvrière, pas du tout misérabiliste,
06:05c'est les années 70, c'est un progrès, à l'époque, les cités,
06:10et il y a une petite fille qui joue de 8 ans et qui va disparaître.
06:14Voilà, des parents d'origine espagnole, et au départ, c'est ça qui est très intéressant,
06:21c'est qu'au départ, personne n'y croit.
06:22On dit, mais non, elle a dû s'éloigner, elle doit être un peu plus loin, etc.
06:27On ne suspecte pas le mal, en fait, et c'est ça peut-être le fait divers,
06:31le propre du fait divers, c'est l'irruption tout d'un coup du mal.
06:34En fait, elle a été enlevée, elle a été enlevée,
06:37et son corps sera retrouvé trois jours plus tard, une enquête, deux jours plus tard.
06:41Une enquête va démarrer, on va arrêter un jeune homme, Christian Ramouchi,
06:45qui a à peine 20 ans, et qui est un jeune commercial de Nice,
06:48a priori bon teint, sans antécédent, gentil garçon, en tout cas décrit comme un gentil garçon,
06:56mais, mais, mais, mais, voilà, où se niche le mal.
06:59Il faut dire un mot de la famille Rambla, dont est issue Maria Dolores,
07:05ou Marie Dolores, on a voulu faire exister les deux orthographes dans le livre,
07:10famille espagnole.
07:11Oui, famille espagnole, lui c'est un ouvrier boulanger, en fait, très, très, très travailleur.
07:18Il y a quatre enfants, sa femme travaille à la maison.
07:23C'est vraiment, ce sont des immigrés complètement intégrés,
07:27même s'ils ne manient pas très bien la langue française, on le verra.
07:29Il va y avoir aussi des incompréhensions, parfois, avec lui,
07:33et les journalistes, et des humeurs.
07:35On ne saurait à moins, puisque sa fille a quand même été enlevée et trucidée.
07:40Et en fait, j'allais dire aussi, c'est ce qui est terrible,
07:43c'est qu'on est dans les années 70, et c'est peut-être la première histoire,
07:46en fait, d'effets divers, où tout d'un coup, les journalistes se disent,
07:48il y a un bon client.
07:49Il y a toute une story et il y a un bon client.
07:51Et donc, ça va être hyper médiatisé.
07:54C'est ce qu'on a oublié, c'est que c'est hyper médiatisé,
07:56ça va faire la une des journaux pendant des années.
07:59Et puis, c'est une histoire qui est à tiroir,
08:00où il y a aussi tout un déroulé.
08:06Alors moi, en plongeant dans les archives de l'INA,
08:08et c'est ce qui est intéressant, c'est de voir, en fait,
08:11qu'est-ce que c'est qu'un processus, en fait.
08:15Il y a un véritable processus à l'œuvre.
08:17Et ça, on le voit en lisant, ne serait-ce que de manière sèche,
08:21vos archives.
08:24Archives audiovisuelles, archives télé, archives de la presse,
08:28c'est la sidération.
08:29Une enfant qui est enlevé, c'est l'accablement.
08:32Et puis après, c'est surtout la colère.
08:34Il va y avoir une énorme colère,
08:36parce que derrière, il y a peine de mort pour Ramouchi.
08:40Et c'est ce que raconte le procès Ramouchi.
08:43Un mot du procès, comment se passe-t-il ?
08:44Le procès, il va être expédié, en fait.
08:46Il va être expédié parce que, alors là aussi,
08:49on a essayé de le faire vivre un peu dans le livre.
08:52Il faut imaginer que, c'est à la cour d'Aix-en-Provence,
08:56il y a des pancartes, des gens qui hurlent,
08:58il y a des gens qui saisissent, en fait,
09:01les grilles du palais de justice
09:03et qui les font trembler.
09:04Il y a les forces de l'ordre qui sont là.
09:06Il faut qu'il y ait une justice immédiate.
09:08Le procès va durer deux jours.
09:10Aujourd'hui, ça n'existe pas.
09:11Le procès d'Assise qui dure deux jours, c'est impossible.
09:14Il va être exécuté.
09:15Enfin, la peine va être prononcée
09:16et il va être exécuté deux ans après.
09:19Nous sommes en 1976.
09:2176.
09:22Mais, voilà.
09:24Première affaire à Ramouchi.
09:25Ce livre est en fait l'histoire de trois parties,
09:28enfin, il est structuré en trois parties
09:29qui correspondent à trois affaires, à trois moments.
09:32L'affaire et le procès Ramouchi.
09:35Et à la suite de cette médiatisation,
09:40il va y avoir un véritable phénomène d'édition.
09:42Un livre qui va paraître de Gilles Perrault
09:46qui s'appelle Le pulau vert rouge,
09:48qui relate une découverte,
09:49qui relance l'enquête,
09:52qui sème le doute dans toute la société.
09:55Et il y a des moments où le succès des livres
09:57disent quelque chose de la société
10:00puisque Perrault va en vendre quasiment deux millions d'exemplaires.
10:04Et c'est énorme.
10:05Les Français continuent de se passionner.
10:07800 000 en un mois.
10:07800 000 en un mois, ce qui n'existe pas.
10:10Non.
10:10Ce qui n'existe plus aujourd'hui.
10:13Et que dit-il, ce livre ?
10:15Alors, en fait, ce qui se passe,
10:16c'est que Ramouchi est décapité.
10:19Et la justice a été expéditive.
10:21Mais il y a 2 000 pièces dans le dossier.
10:23Il y a 2 000 pièces dans le dossier.
10:25Et évidemment, on est en 1974.
10:28Et Giscard d'Estaing a fait campagne.
10:31Il est président.
10:32Mais il se profile déjà les années mitterrandiennes.
10:35Et il y a en fait tout un débat sur la peine de mort.
10:38Et tous les gens progressistes, en fait,
10:40sont ce qu'on appelle des abolitionnistes.
10:43Ils veulent l'abolition de la peine de mort.
10:44Gilles Perrault, qui fait clairement partie,
10:46journaliste, auteur,
10:47qui fait clairement partie des abolitionnistes.
10:49En fait, il reprend les pièces du dossier
10:52de l'affaire Ramouchi, de Christian Ramouchi.
10:56Et qu'est-ce qu'il trouve ?
10:56Il trouve une pièce, parmi les 2 000 pièces,
10:58qu'on appelle le pullover rouge.
11:00Un pullover rouge a été retrouvé
11:01à peut-être 100 ou 200 mètres
11:04du corps de Maria Dolores Rambla
11:06dans la garrigue marseillaise,
11:09quand même très éloignée.
11:11Que fait ce pullover ?
11:12A qui appartient-il ?
11:13Or, il a été attesté, en fait,
11:17que plusieurs personnes ont vu quelqu'un
11:21avec un pullover rouge
11:22s'en prendre à des enfants,
11:23en tout cas essayer d'approcher des enfants.
11:25Et c'est quelque chose qui est connu à Marseille.
11:27Et cette personne a déjà été, en fait, désignée.
11:30Il y a quelqu'un qui a un pullover rouge
11:31qui a un pullover rouge.
11:32Or, c'est certainement pas Christian Ramouchi,
11:34parce que Christian Ramouchi, il vient de Nice.
11:37Donc, le jour où il a enlevé
11:38ou il a enlevé Maria Dolores,
11:40il est venu à Marseille.
11:41Il n'est pas du tout...
11:43Voilà.
11:43Et de toute façon, il n'est pas venu.
11:45Ce n'est pas lui qui a le pullover rouge.
11:47Donc, à qui appartient ce pullover rouge ?
11:49Est-ce qu'il y a un lien, en fait,
11:50connexe entre le meurtre de Maria Dolores
11:53et ce pullover retrouvé sur la scène du crime
11:56ou non loin ?
11:58C'est à partir de cet élément, en fait,
12:02que Gilles Perrault va faire monter,
12:04en fait, toute l'histoire.
12:06Et là, il faut dire que la situation est insoutenable
12:08pour la pauvre famille Rambla,
12:09qui est exposée injustement,
12:13qui doit composer déjà avec la peine immense,
12:16incommensurable, d'avoir perdu Maria Dolores.
12:19Et cette affaire du pullover rouge
12:21va détruire littéralement
12:24la sérénité de la famille Rambla.
12:26Oui, il n'y a plus de sérénité.
12:28De toute façon, quand on a perdu un enfant,
12:29je pense qu'il y a quelque chose qui est...
12:30C'était déjà hors norme.
12:33Mais là, en fait, c'est un cauchemar.
12:34Cette histoire est un cauchemar, en fait.
12:36C'est un cauchemar parce qu'au départ,
12:37c'est un drame, mais c'est un drame
12:38qui va tourner à la tragédie.
12:40Parce que, tout d'un coup,
12:42ceux qui étaient dans la peine
12:43vont se retrouver limite accusés.
12:46C'est-à-dire que les Ramblairs
12:47vont les stigmatiser en disant
12:48« Mais non, vous avez eu tout un groupe autour de vous
12:51qui demandait la peine de mort, etc. »
12:53Donc, c'est très troublant.
12:54C'est pour ça que je disais que c'est intéressant
12:56dans les archives et de voir
12:57comment elles se juxtaposent, en fait.
13:01En voyant le déroulé de vos archives, Alina,
13:04on comprend, en fait,
13:06ce qui traverse, en fait, une opinion.
13:08L'opinion peut se renverser.
13:10En fait, on peut changer de point de vue.
13:12Et c'est ce qui se passe, en fait,
13:14dans l'affaire Hanouchi.
13:14Donc là, on est dans la deuxième affaire Hanouchi
13:16qu'on pourrait appeler l'affaire du pullover rouge.
13:19Alors, c'est incroyable parce que tu disais
13:22effectivement 2 millions d'exemplaires, c'est dingue.
13:23Mais autre fait qui est quand même assez cocasse,
13:27c'est que c'est le seul livre qui a bénéficié tout de suite
13:32d'une transcription audiovisuelle.
13:35Le film est sorti l'année d'après.
13:36Il y a eu un film qui a fait des millions de téléspectateurs.
13:41Donc, il y a eu des empoignades sur les plateaux télévisés.
13:45Et encore une fois, je vous dis, c'est le moment où le fait divers
13:50accède, en fait, à la médiatisation.
13:52Et même à l'hyper-médiatisation.
13:55Les pour-Perrault, les contre-Perrault, etc.
13:58Ça, c'est la deuxième affaire.
14:00En réalité, qu'est-ce qu'il se passe ?
14:0281 Mitterrand au pouvoir.
14:03Et c'est l'abduction de la peine de mort.
14:06Évidemment, ce qui ressort, c'est est-ce que Christian Hanouchi était coupable ou pas ?
14:10Parce que c'est ça, la grande question.
14:13Juste pour revenir sur les...
14:14Il a fait des aveux.
14:16En fait, il a fait des aveux.
14:17Il a fait des aveux aux gendarmes.
14:19Il a fait des aveux.
14:19Il a complètement craqué.
14:20Il a été désigné, en fait, par deux personnes qui l'ont reconnu.
14:24Donc, a priori, c'est plié.
14:26Sauf que sa défense, au moment du procès, lui fait faire marche arrière.
14:31Et dénégation des aveux.
14:32On m'a forcé à faire des aveux.
14:35Je n'ai rien à voir, etc.
14:36En réalité, tout l'incrimine.
14:38Moi, je ne suis pas juge.
14:40Ce qu'il faut comprendre, c'est comment l'opinion, en fait, s'est renversée.
14:46Mais quelles sont les motivations de Perrault, alors ?
14:48Les motivations de Perrault, elles sont clairement politiques.
14:52Elles sont politiques.
14:53Il veut faire de l'affaire Hanouchi une dénonciation d'une justice trop expéditive.
15:02Et il est du côté des progressistes et des libéraux qui sont abolitionnistes.
15:06Ce qui est une bonne chose aussi.
15:10Maintenant, voilà, on ne peut pas refaire l'histoire.
15:12On ne peut pas refaire l'histoire.
15:12Il y a un premier drame, en fait.
15:14Le premier drame, c'est la mort de Maria Dolores.
15:16Il y a finalement une tourmente.
15:22Une tempête.
15:23Une tempête journalistique.
15:25Et puis, il va y avoir un troisième drame.
15:28Un troisième drame.
15:30C'est pour cette raison que je disais que la famille était détruite.
15:32C'est incroyable.
15:33Et incapable de se reconstruire.
15:36Et c'est quand même sur ce terreau que va arriver le troisième drame.
15:41Qui est très récent, en fait.
15:42Alors, il est récent, enfin, par rapport à la fin des années 90.
15:47Ce qui va se passer, c'est que quand elle a été enlevée, Maria Dolores, elle a huit ans.
15:51Elle a huit ans.
15:52Elle est enlevée.
15:53En fait, une voiture s'arrête.
15:54Quelqu'un lui propose de monter dans la voiture parce qu'il a perdu son chien, etc.
15:58Voilà ce prétexte.
16:00Maria a huit ans.
16:01Son petit frère Jean-Baptiste assiste à la scène.
16:05Et il voit sa sœur partir.
16:07D'accord ?
16:07Il est le témoin de l'enlèvement.
16:09Ce qui est fou, c'est qu'il n'a pas réussi à reconnaître.
16:13Il a six ans.
16:14Il n'a pas réussi à reconnaître.
16:15Quand il y a le tapissage, il ne le reconnaît pas.
16:17Ranucci.
16:18Le tapissage, c'est quand on fait passer des profils.
16:23Devant un écran.
16:24Il vitre au centaine.
16:25Oui.
16:25Il ne le reconnaît pas.
16:26Donc, ce n'est pas lui qui va le désigner.
16:29Et peut-être qu'il porte la culpabilité.
16:30C'est incroyable.
16:31Il porte la culpabilité de la mort de sa sœur tout le temps.
16:36Autre chose, c'est que dans la quête des Ramblas, dans l'affaire du Puy-Lauvin-Rouge,
16:41le deuxième acte, le père Ramblas organise des manifestations.
16:47Il trouve honteux qu'il convoye une révision du procès.
16:50Et à chaque fois, il amène son fils.
16:52Et son fils est un porte-étendard du malheur.
16:54C'est vraiment ça.
16:55Mais ce qui s'est passé, c'est que 20 ans plus tard,
16:59même un peu plus de 20 ans plus tard,
17:00ce jeune homme, Jean-Baptiste, est devenu toxicomane.
17:02Et en fait, il a assassiné deux personnes.
17:06Une jeune fille qu'il a assassinée.
17:07Et par la suite, il a assassiné une deuxième personne.
17:10Alors là, j'allais dire, on rentre dans le registre à la fois des attrides,
17:14de la tragédie, mais aussi peut-être de la psychanalyse.
17:16C'est qu'il y a un renversement, en fait, dans cette histoire qui est incroyable.
17:21Celui qui a été l'innocent devient le bourreau.
17:24C'est assez fou.
17:26Et on a parlé d'une malédiction des Ramblas.
17:28En fait, il y a quelque chose qui est assez hors norme.
17:31C'est une histoire hors norme, en fait, l'affaire Anucci.
17:37Deux dernières questions, avant de céder la parole.
17:39Tu parlais, tu disais très justement que le fait divers,
17:42ce qu'on appelle le true crime, connaît un certain succès aujourd'hui.
17:46Il y a des émissions de télévision, il y a des films, il y a des podcasts.
17:51Qu'est-ce qu'un livre, qu'est-ce que l'écrit, qu'est-ce que l'écriture peut t
17:54'apporter de plus
17:56dans la façon de raconter, dans le récit, dans l'analyse, toi,
18:00qui vient vraiment des livres, qui est un auteur et un lecteur.
18:06Qu'est-ce qu'un livre comme celui que nous avons édité peut faire de plus
18:10qu'en fait entrer l'accusé, par exemple, qui connaît un succès incroyable ?
18:14Qui sont de très bonnes émissions.
18:15Je les ai écoutées aussi pour recomposer Anucci.
18:19J'allais dire que peut-être notre force encore à nous, dans le graphène, dans l'écrit,
18:23c'est de suspendre notre plume avant de la tremper.
18:26C'est-à-dire qu'on est en responsabilité des mots qu'on écrit.
18:28J'ai l'impression que dans une société qui va très vite,
18:31et notamment la société de l'écran, en fait, on occupe de l'espace.
18:35Bon, ben, l'écrit, il a encore cette valeur.
18:37Il a encore cette valeur de faire attention à ce qu'on écrit,
18:39parce que ce qui est écrit est attesté.
18:42Et ça, ça me plaît beaucoup.
18:44C'est bien que vous ayez pensé à redonner cette dimension écrite à ces affaires.
18:51À l'écrit, on peut se référer.
18:53C'est ça, en fait, ce que je pense.
18:55Juste une chose, ce qui est intéressant, sur l'effet divers,
18:57lisez ce que disait Roland Barthes en 1964.
19:03Il a écrit sur l'effet divers.
19:05Le mystère du fait divers, c'est passionnant.
19:08L'effet divers, c'est quelque chose d'anormal, on l'a vu, d'inattendu,
19:11quelque chose qui surgit, et quelque chose qui nous trouble.
19:15C'est quelque chose qui nous trouble, le fait divers.
19:17Parce qu'il y a à la fois quelque chose qui pourrait, c'est un conditionnel,
19:21qui pourrait arriver et qui nous effraie.
19:23On joue, en fait, beaucoup avec nos émotions dans l'effet divers.
19:27Ce qui explique pour partie, je crois, son succès.
19:29Et en tant qu'auteur, c'était éprouvant de te plonger dans ces archives,
19:33de rendre compte, éventuellement d'aller questionner les pensées,
19:38les sentiments des protagonistes de l'affaire ?
19:42L'auteur, il fonctionne avec ses émotions et sa raison.
19:46Il a deux cerveaux.
19:47Il a un cerveau analytique, il a un cerveau émotif,
19:49où il faut avoir les deux.
19:50Il ne faut pas se laisser embarquer.
19:53Et il faut réussir à plonger.
19:56En fait, cette histoire, pour plonger, je peux vous dire qu'elle est sacrée.
20:01Et pour autant, je disais, c'était mon point,
20:03on est en responsabilité quand on écrit.
20:06Donc, peut-être que c'est l'alliance un petit peu des deux.
20:10Retémoigner de quelque chose avec la vivacité,
20:12c'est ce que tu m'avais demandé au plus à l'époque.
20:14Tu m'avais dit, il faut que tu t'en empares.
20:16Et effectivement, parce qu'après, la fonction des livres, c'est de toucher un public,
20:21c'est de trouver le public.
20:24Ça me semble une bonne conclusion.
20:25Oui.
20:28On parle d'affaires qui ont 40 ans, d'une affaire en l'occurrence qui a une cinquantaine d'années.
20:33Est-ce que tu crois que dans 50 ans, je ne serai plus éditeur, tu serais sûrement encore auteur,
20:39est-ce que nous raconterons la même chose des grandes affaires que nous traversons aujourd'hui ?
20:44Je pense en particulier à l'affaire des viols de Mazan ou à l'affaire du petit Émile,
20:50des affaires qui ont vraiment fait l'actualité.
20:52Oui, parce qu'en réalité, c'est terrible, c'est terrible.
20:54Il se trouve que j'ai, dans ma famille, des gens qui sont juges d'instruction
20:59et d'autres qui sont inspecteurs, il y en a beaucoup, des meurtres.
21:05Il y en a beaucoup, beaucoup, beaucoup d'effets divers.
21:06Il y en a beaucoup.
21:07Ce qui est intéressant, c'est de voir, en fait, pourquoi Laetitia ?
21:11Pourquoi l'affaire Laetitia ?
21:15Pourquoi Simone Weber, dont tu parlais ?
21:17Il y a des faits divers qui disent plus, en fait.
21:21Et ce sont ceux-là, je pense, qui restent dans ma mémoire collective
21:24parce qu'ils disent quelque chose de ce qu'attend l'opinion, en fait.
21:30Ça traverse, en fait, l'opinion.
21:32C'est comme une pastille, en fait, sur l'opinion.
21:37Et je pense que, d'ailleurs, c'est un excellent territoire d'observation pour les historiens.
21:41C'est vrai, c'est vrai.
21:42Oui.
21:43Merci, Denis.
21:44Merci.
21:45Merci.
21:45Certains ont de propos des questions.
21:46Merci.
21:47On est gentil.
21:49Des questions, si vous voulez.
21:50Si vous avez une question sur l'affaire Ramouchi.
21:52En fait, je ne me souvenais plus vraiment.
21:54Enfin, excusez-moi.
21:55Oui.
21:56Peut-être qu'il y a quelqu'un.
21:56Non, non, vas-y.
21:58En fait, ces deux affaires-là que vous avez décrites, en fait, je les avais connues.
22:07Oui.
22:07Il y avait, notamment, je me souviens, pour l'affaire Weber.
22:10Oui.
22:10Il y avait, d'ailleurs, même j'ai lu aussi des articles, etc.
22:15On en a beaucoup parlé aussi.
22:17C'est un sujet qui est revenu assez souvent.
22:21Et c'est vrai que c'était, mais c'est bien aussi d'en reparler.
22:25Parce que cette femme-là qui avait...
22:28Ziguillé son.
22:29Ziguillé, c'est ce que j'allais dire.
22:32La tronçonneuse, là, c'était franchement costaud, quoi.
22:35Et, en fait, quand on la regardait, elle avait l'air de m'aimer tout à fait tranquille et tout,
22:41quoi.
22:41Et, à mon avis, elle devait quand même avoir, dans sa folie, un gros problème psychologique, quoi.
22:48Oui.
22:48Parce qu'à mon avis, elle mentait et elle ne mentait pas.
22:51Oui.
22:52Vous voyez ?
22:52Donc, moi, c'est comme ça que j'avais interprété.
22:55Alors, je me souviens de ce que j'avais interprété, vous m'excuserez.
22:58Mais, je me disais, mais quand elle parlait aux gens et tout, on n'aurait pas dit...
23:04Apparemment, elle ne se souvenait pas de ce qu'elle avait fait.
23:06Vous avez tout à fait défini et compris, en fait, ce qu'étaient ces histoires.
23:10C'est le banal, c'est le banal qui rencontre l'extraordinaire.
23:14Parce que Christian Ranucci, c'est pareil.
23:16Christian Ranucci, il passe pour un enfant de cœur, en fait.
23:19Oui, mais même, il y a aussi des gens qui sont vraiment indépendants de l'assassinat dont on les accuse.
23:27Et donc, il y a aussi cette partie-là.
23:29Ils ne peuvent pas se défendre.
23:31Ils sont tout seuls.
23:33Et il y a des choses qui font qu'on n'arrive pas, où personne n'arrive vraiment à distinguer
23:39qui a tué réellement.
23:41Et puis, finalement, il y en a qui sont pris comme ça.
23:45Ben non, comme ils n'ont personne sous la main, mais ils disent, ben tiens, lui, il va bien faire
23:49l'affaire, etc.
23:51Donc, c'est...
23:51Là, il y a quand même beaucoup de faisceaux, plus que des faisceaux.
23:53Oui, mais il y a aussi une affaire antérieure, je ne sais plus comment c'était le nom, justement, une
24:01affaire un peu similaire, mais enfin, c'est aussi une grosse affaire, où une personne a été accusée.
24:07Donc, il y avait, je ne sais plus le nom, c'était une grande famille aussi.
24:12Et donc, il y en a un dans cette famille qui a été accusé.
24:17Et finalement, on ne sait pas si vraiment il était innocent, ou à mon avis...
24:22Mais ce qui est intéressant, c'est qu'effectivement, il y a les faits sociétaux.
24:26Il y a la justice à l'œuvre, à chaque fois, quand il y a une...
24:30Et puis, il y a l'histoire, c'est-à-dire le champ, en fait, ce qui va nous permettre
24:34de décorréler.
24:35Et je trouve que c'est intéressant que vous le fassiez maintenant, parce qu'effectivement, je crois qu'on ne
24:39peut pas traiter à chaud.
24:43Il faut laisser le temps faire son œuvre, parce que la société se recompose.
24:50Et puis, tout d'un coup, c'est quelque chose qu'on peut peut-être accueillir ou voir avec plus
24:57de calme.
24:57Il faut du calme, en fait, pour ça.
24:59Je me suis rendu compte de ça, sinon vous êtes emporté par les passions.
25:02Et puis, je rebondis juste simplement là-dessus, c'est que le livre contient des extraits d'archives
25:07que nous avons laissés comme vraiment tel quel.
25:10Et ça rend hommage, je crois, à un métier sous-estimé qui est celui de la presse quotidienne régionale.
25:19Les journalistes, en l'occurrence de Nice-Matin, je ne sais pas, ou de la Provence déjà.
25:23Oui, c'est la Provence, la Marseillaise aussi, à l'époque encore.
25:26La Marseillaise.
25:27Ils ont une connaissance de Marseille, une connaissance des différents quartiers, de cette ambiance, de cette violence parfois,
25:35et qui est assez bien retranscrite, je crois, qu'on n'aurait pas pu inventer, encore moins 50 ans.
25:41Oui, l'enterrement de la petite Maria Dolorès, c'est juste dingue.
25:46Il y a des milliers de personnes qui vont se déplacer.
25:49Le père Ramblas, la mère n'a même pas pu venir.
25:52Le père s'évanouit.
25:54Le cercueil est porté.
25:56Il y a une cohorte d'enfants.
25:59C'est complètement délirant.
26:00L'approche épisodique de la presse quotidienne régionale est une force quand on relate ces faits divers.
26:06Et quand vous les lisez bout à bout, moi je pense qu'un lecteur, la fonction d'un lecteur, c
26:12'est de fabriquer des images.
26:13Et c'est ce qui différencie en fait tout l'audiovisuel où on nous donne des images,
26:17et nous dans le processus de lecture où nous fabriquons nous en tant que lecteur des images.
26:21Eh bien oui, le lecteur est co-auteur.
26:25Il participe et c'est vrai que quand j'ai lu toute la presse, j'ai commencé à voir.
26:32J'ai commencé à voir les scènes.
26:34Vous pensez qu'il y a une dernière question ?
26:36Une dame qui voulait poser une question ?
26:38Madame, vous vouliez poser une question ?
26:40Excusez-moi, je reviens sur le nom que je cherchais, c'est l'affaire de Minici.
26:44Ah ben l'affaire de Minici, alors ça c'est...
26:46Je me souviens plus du nom qui...
26:46Ben bien sûr, ah ben oui, oui, c'est la fusillade.
26:49C'est ça que je parlais tout à l'heure, et voilà.
26:51Donc merci.
26:52Est-ce que ça vous va pour l'écu ?
26:54Je ne sais pas.
26:55Heureux de passer ce moment avec vous, merci.
26:57C'est bien de faire vivre comme ça les livres aussi un petit peu en direct.
27:00C'est chouette.
27:02En plaisir.
27:02Merci.
27:04Merci à vous.
27:04Merci.
27:05Merci.
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