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00:17La lettre que Clémence m'avait fait passer la première soirée au château
00:20me signifiait de m'éloigner sur le champ.
00:24J'étais au désespoir, et Mariac m'abandonnait au moment où j'avais le plomb.
00:29Le gredin passait ses journées à flâner en compagnie de Rennes,
00:33qui pour le suivre s'échappait de l'auberge familiale.
00:37Était tâché de Clémence et m'aider à retrouver la paix,
00:40ou par simple curiosité, que Mariac m'informa d'un rendez-vous
00:44qu'il avait pris avec l'horrible menuisier,
00:46qui est en preuve d'infinalité de Clémence envers son mari.
00:51Cependant, la petite Aline, insistant dans ses puérils exercices de chambre,
00:56me donna l'idée d'essayer sur l'irréductible Clémence l'arme de la jalousie.
01:03Il me fallait savoir aimant,
01:05et j'avoue qu'il ne m'était pas désagréable de la faire souffrir à mon tour
01:09pour me venger un peu de ces mauvais traitements.
01:35Paline, vous n'êtes pas à des curies.
01:38Posez cette cravache.
01:40Il n'est pas plus haut de jouer avec sa cravache que de battre des cartes.
01:43Faites allusion à mes parties de ouiste.
01:45Oui, votre assement ouiste insolente.
01:48Montez dans votre chambre.
01:50Avec joie et bonheur, mademoiselle.
01:55Voilà les jeunes filles d'aujourd'hui,
01:57fruits de l'éducation moderne.
01:59De mon temps ?
02:00En 1780.
02:01Avant la Révolution, parfaitement.
02:03D'abord, on ne lisait que des ouvrages classiques.
02:07Racine, Corneille.
02:09Ah, c'était une autre littérature que celle de nos faiseurs romantiques,
02:13les Victor Hugo, les Alexandre Dumas.
02:16T'as de farceur.
02:18Quand Dieu m'en préserve.
02:20Et Racine et Corneille, vous les avez lus ?
02:22Oui, je les ai feuilletés.
02:24Mais j'en possède trois éditions.
02:26Vous pouvez les voir dans ma bibliothèque.
02:28Vous avez beau dire, mon cher Christian,
02:30votre opposition à la littérature moderne ne prévaudra pas contre l'esprit du siècle.
02:34L'avenir est à nous, sachez le bien.
02:36Nouvelle religion.
02:37N'est-ce pas, Gervaux ?
02:39Votre religion, c'est le matérialisme pur et simple.
02:42Vous ne croyez ni à Dieu, ni à l'amour.
02:46Toutes les femmes que vous mettez en scène dans vos romans
02:48sont des créatures vulgaires auxquelles un homme d'autrefois aurait rougi
02:52d'adresser un regard ou d'offrir un soupir.
02:56Vous pouvez en prendre pour votre gratte, M. Zerfaux,
03:00car je pourrais invoquer vos œuvres à l'appui de mon opinion.
03:04Si je vous accusais, mon amour, que pourriez-vous me répondre ?
03:07Je ne démentirai pas une pareille accusation.
03:10Nous avions placé la femme sur un piédestal.
03:13Elle était notre idole.
03:15Nous ne demandions qu'à l'adorer comme une divinité.
03:19Et puis un jour, nous avons compris notre folie.
03:23Cet être que nous chérissions comme un ange descendu du ciel
03:28n'était qu'une simple créature de chair et de sang,
03:31autrement dit de boue.
03:34Ainsi donc, vous prétendez que si la passion d'aujourd'hui
03:37est peinte sous des couleurs fausses ou vulgaires,
03:40la faute en est aux modèles et non aux artistes.
03:44Vous exprimez ma pensée beaucoup mieux que je ne l'aurais fait moi-même.
03:48Et où sont les anges dont vous nous demandez le portrait ?
03:50Dans nos rêves, à nos autres, prêtes !
03:53Eh bien, dites-moi alors vos rêves, au lieu de copier la réalité,
03:56puisque vous la voyez sans illusion.
03:59Mes rêves, je les raconterai mal.
04:01Car le premier bienfait du réveil, c'est aujourd'hui je suis éveillé.
04:07Mais je me souviens pourtant qu'un jour,
04:09je me suis laissé surprendre par un songe maintenant évanoui.
04:13Sous une belle et séduisante apparence,
04:16j'avais entrevu le plus riche trésor
04:20que la Terre puisse offrir au cœur de l'homme.
04:23Ce n'était qu'un mirage.
04:28Et vous ne vous êtes jamais remis de cette désillusion ?
04:32Il ne plaît pas fort d'être désormais condamné à vivre dans le désespoir.
04:35Non, non, non, non.
05:06Encore ces bruits barbares.
05:08Quel sauvage que je verrais.
05:19Clémence, Clémence, venez, je voudrais vous montrer quelque chose.
05:25Vite, Clémence, j'ai un secret à vous confier.
05:41Regardez donc, Clémence,
05:42les jolies verts que M. Djerfaux a pris dans mon album.
05:48Lisez les dons, ils sont charmants.
05:59Parfois je me demande...
06:00Que vous demandez-vous ?
06:01Si M. Djerfaux n'est pas amoureux de moi.
06:05Vous êtes folle.
06:06M. Djerfaux se moque de vous
06:08comme il se moque de toutes les femmes qui le courtisent.
06:10Et vous le prenez au sérieux.
06:13La petite pensionnaire joue les coquettes.
06:15Elle fait sa grande personne et sa charmante.
06:18Pas du tout.
06:19Et M. Djerfaux est à peine poli avec moi.
06:22Il devrait pourtant se rappeler
06:23que je suis la maîtresse de maison
06:24et qu'il est chez moi.
06:25Je me demande quel plaisir il peut trouver
06:27à la conversation d'une vie.
06:35Clémence !
06:37Clémence !
06:38J. Djerfaux est vraiment plein d'obligences.
06:40Il trouve étrange que je n'ai pas fait faire
06:42un arbre généalogique pour mettre dans le salon.
06:44Il prétend que cet arbre complètera admirablement
06:48et il veut absolument dresser lui-même cette généalogie.
06:50Imaginez-vous qu'il veut s'enfermer dans la bibliothèque
06:53pour compulser des liasses...
06:55Vous m'annoncez cela comme si c'était une nouvelle d'importance.
06:58Mais c'est une merveilleuse nouvelle.
07:03M. Djerfaux prolongera ainsi son séjour à Bergenheim.
07:06Quel charmant garçon.
07:09Libéral en politique soit,
07:10mais un cœur de gentilhomme.
07:14Entre nous, ma bonne amie,
07:15vous n'êtes pas très aimable avec lui.
07:17Je vous en supplie,
07:18ne me rebattez pas les oreilles avec votre Djerfaux.
07:19M. Djerfaux, M. Djerfaux, ce n'est pas M. Djerfaux.
07:23Vous êtes nerveuse aujourd'hui.
07:24M. Djerfaux, M. Djerfaux, ce n'est pas B.
08:07Pas un mot depuis deux jours, pas un regard, j'en deviendrai folle.
08:14Demain, je lui parlerai.
08:19Elle voulait la guerre, elle l'a eu.
08:21Ces caprices qu'elle prenait pour des élans vertueux ont fini par me rendre cruelle, mais je sens que la
08:26victoire approche.
08:28Demain, elle est à généalogie.
08:33Où es-tu cette porte ?
08:35Elle donne sur une bibliothèque, où son enfant caline ne doit pas lire.
08:40Mais je vais la clé.
08:43Et après, où veux-tu revenir ?
08:46Un escalier s'amorce dans cette bibliothèque.
08:49Et je suis à peu près sûr qu'il mène entre le petit salon et la chambre à couper de
08:55Clémence.
09:06Alors tu pars en expédition.
09:09En reconnaissance, d'abord.
09:26Clémence.
09:27Clémence.
09:40Clémence.
09:44Je voudrais toujours s'en frapper, vous m'avez fait peur.
09:46Je vous apporte des fleurs.
09:47Je n'ai que faire de vos fleurs.
09:51Comme vous êtes méchante depuis quelques minutes comme tante, que vous ai-je donc fait ?
09:57Est-ce que vous ne m'aimez plus ?
10:01Qu'est-ce que vous lisez là ?
10:02Notre-Dame de Paris.
10:03Cela doit être intéressant.
10:05Vous voulez bien me le laisser lire ?
10:06Vous savez bien que ma tante ne veut pas que vous lisiez des romans.
10:09C'est pour me chagriner et pas pour autre chose.
10:11Je voudrais tant lire un roman de M. Gervaux.
10:14Croyez-vous qu'il accepterait de m'en prêter un ?
10:16Vous n'avez qu'à le lui demander ?
10:19Il a certainement trop envie de vous diser.
10:21Vous croyez ?
10:22Je n'oserai jamais.
10:25Il vous fait donc toujours peur ?
10:27Encore un peu.
10:29Votre cousin Alphonse vous a-t-il écrit ?
10:32Je ne sais pas.
10:34Comment, vous ne savez pas si vous avez reçu une lettre de votre cousin ?
10:38Une lettre d'Alphonse ?
10:39Ah oui, ça fait déjà longtemps.
10:42Et cette grande passion que vous éprouviez pour lui ?
10:44J'étais sotte, alors Alphonse n'a qu'un an de plus que moi.
10:47Vous le trouvez trop jeune pour être votre mari ?
10:51Quel âge voudriez-vous donc qu'il ait ce mari dont vous rêvez ?
10:55Mais, trente ans ?
10:58L'âge de M. Gervaux.
11:02Je vous raconterai bien quelque chose si vous voulez me promettre de ne le répéter à personne.
11:06Vous savez bien que je suis discrète pour vos petits secrets.
11:09C'est que ce serait peut-être un grand secret.
11:12Vous savez que Christian m'a promis une montre comme la vôtre.
11:15Hier, en nous promenant, je le lui ai rappelé.
11:18Savez-vous ce qu'il m'a répondu ?
11:20Il aimerait qu'il riait un peu.
11:22Ce n'est pas la peine que je t'en achète une.
11:24Quand tu seras vicomtesse de Gervaux, ton mari te la donnera.
11:29Christian a voulu se divertir à vos dépens.
11:31Comment êtes-vous à ses enfants pour ne pas vous en apercevoir ?
11:34Enfant, je sais ce que j'ai vu hier soir.
11:40Ils ont longtemps parlé ensemble au salon.
11:42Je suis sûre que c'était de moi.
11:44Au vrai livre, il parlait d'un document généalogique.
11:47Comment pouvez-vous le savoir ?
11:49Vous étiez...
11:49Alors, j'ai tort et vous avez raison.
11:53Quand devrons-nous saluer, Mme la Vécomtesse de Gervaux ?
11:57Je vous dis seulement tout ce que je pense et après, vous vous moquez de moi.
12:00Est-ce ma faute à moi si mon frère m'a parlé de cela ?
12:03Je crois que vous n'avez pas besoin qu'il vous en parle pour y penser.
12:07Eh bien, ne faut-il pas penser à quelque chose ?
12:10Sans doute.
12:11Mais il n'est pas convenable pour une demoiselle de votre âge de penser à un homme.
12:14Je croyais que c'était plutôt permis à une demoiselle qu'à une dame.
12:18Vous êtes trop méchante aujourd'hui.
12:20Adieu.
12:39Emmanuel !
12:40Emmanuel !
12:41Tout ça va mal finir.
12:43Emmanuel !
12:44Crée-moi un fort idiot.
12:46Tu vas ameuter toute la maison.
12:47Christian vient de rentrer, son sanglier s'est échappé, il est furieux.
12:51En ce cas, je regrette, moi, d'avoir été frustré du charmant tête-à-tête que je m'étais promis
12:55avec ma divinité.
12:57Figure-toi que j'étais sur le point d'entrer dans sa chambre quand la petite Aline est venue tout
13:00gâcher.
13:00Bon, ben, ça vaut peut-être mieux.
13:02Méfie-toi.
13:03Vous me méfiez de qui, de Berenheim ?
13:05Viens.
13:18Tu as eu un fameux secret que je devais te révéler ?
13:20Ma foi, je l'avais oublié.
13:22Et quel est-il ?
13:23Bon, quoi bon te le dire, puisque tu es tellement sûr de Clémence.
13:28Encore plus sûr d'elle que de ma vie éternelle.
13:31Mais je veux savoir ce qu'il y a dans ta tête.
13:34Eh bien, le bruit court dans le pays que Madame de Bergenheim trompe son mari.
13:37Or, il ne peut s'agir de toi, primo, parce que tu n'es pas l'amant de Clémence.
13:42Hélas !
13:42Et secondo, le serais-tu ?
13:45Personne ne pourrait le soupçonner.
13:47Donc, il faut conclure que tu n'es pas le premier braconnier qui chasse sur les terres du baron.
13:51Rago d'auberge.
13:54Et si je t'apportais la preuve ?
13:56Et t'es infidèle à son mari ?
13:58J'en serais un peu déconcerté.
14:00À tout de même.
14:01Il me semble en effet que si Clémence avait déjà jeté son bonnet par-dessus les moulins,
14:05difficulté pour devenir ma maîtresse.
14:07Sauf si elle aime encore son premier amant.
14:48Comment peut-on dormir quand vous jouez ?
14:51J'ai un talent particulier pour me refaire la sieste à maintenant.
14:56Si je voulais dormir ainsi jusqu'à ce soir,
14:59quand je cesserai de jouer,
15:02le silence la réveillera.
15:22Il faut s'oublier, Aline.
15:40Ah, vous ne comptiez pas sur cette partie d'accompagnement ?
15:44Eh bien, M. Gervaux,
15:47est-ce qu'il y en a l'article de Paris que vous aviez à écrire ?
15:50Et vous croyez que je vais vous laisser jouer à quatre mains
15:52pendant que je cours les boires ?
15:53Mais vous me prenez pour un mari de part trop complaisant, mon cher du con.
16:00Alors, faites-moi le plaisir de prendre la fusille.
16:03Avant de souper, nous allons lever un arbre au bois de la bonderie.
16:06M. Bergalin,
16:08votre conduite est d'une inconvenance,
16:10d'une grossirteuse.
16:11C'est digne d'un soldat,
16:13un cannibale.
16:16J'ai le cerveau briseuse.
16:18Je sens bien avoir la migraine avant d'un...
16:20Ne touchez pas à votre migraine, ma tante.
16:22C'est pas moi qui le faut gronder,
16:23mais le loup qui est venu se faire plier sous vos fenêtres.
16:27Allô ?
16:27Allô, mon cher du con.
16:29Deux chroups.
16:29Attends, je vais changer.
16:30Mets-toi.
16:33Mets-toi.
16:35Mets-toi.
16:39Mets-toi.
16:41Mets-toi.
17:11Mets-toi.
17:41Vite terminé.
17:42Quelle affaire ?
17:43C'est une seule affaire, mon cher,
17:44qui ne regarde ni vous, ni M. Dejarfaux,
17:46ni moi-même, j'espère.
17:47Quoi que je sois dans la catégorie exposée.
17:50Nous parlons à un fortune conjugale.
17:53Ah, il ne sera jamais chassé, celui-là.
17:55Donne, tire.
17:59C'est malin de parler de ça.
18:00Mais c'est lui, le premier.
18:02C'est lui qui a mis l'affaire.
18:04Que disiez-vous ?
18:05Eh bien, nous disions
18:07qu'il y aurait des volumes
18:09à écrire sur les maris trompés.
18:11Quant à la manière de voir individuel,
18:13chacun a son système
18:13et son plan de conduite.
18:15Et quel serait le vôtre, scélérat ?
18:17Serez-vous marié aussi cruel
18:19que vous êtes célibataire immoral ?
18:20Non, non, non, c'est pas.
18:21Plus on a été braconnier effronté,
18:23plus on devient garde-chasse un thomataire.
18:24Oui, ben, mon Dieu,
18:25moi, je crois que si j'étais mari
18:26et si ma femme me trompait,
18:27eh bien, je prendrais mon parti en galant homme
18:30vu l'extrême faiblesse
18:31de ce sexe enchanteur.
18:33Ouais.
18:34Propos de garçon, mon cher.
18:36Et vous, Gérfaux ?
18:37Oh, moi, je vous avouerai que...
18:39que je...
18:40ce chapitre.
18:42D'ailleurs, je croise
18:43à la vertu des femmes.
18:44Ben, songez que ces dames
18:46ne sont pas là
18:46et que votre galanterie est perdue.
18:48En cas de malheur,
18:50que feriez-vous ?
18:52Je crois que je dirais
18:53avec Lanoue,
18:53qui fut poète à ses heures,
18:55l'honnête trompée s'éloigne
18:57et ne dit mot.
18:58Je suis en partie
18:59de la vie de Lanoue,
19:00seulement je...
19:00je mettrais une petite variante.
19:02Et à la place de s'éloigne,
19:05je mettrais se venge
19:06et ne dit mot.
19:07M. Bacquot,
19:08vous êtes un castillant
19:09ou vénitien.
19:10Eh bien, je suppose
19:11que je tuerai
19:12ma femme,
19:14Lucky Dame...
19:15Et allez donc !
19:15Et moi-même,
19:17peut-être après.
19:17Le tout sans crier gare,
19:18évidemment.
19:19Oh là là !
19:19La flèche !
19:20Faites attention !
19:20Tambour, c'est découplé !
19:22Oh !
19:22La flèche !
19:25Qu'est-ce que tu redis ?
19:26Je m'en moque.
19:27Messieurs,
19:27je crois que le renard
19:28est débusqué.
19:29Venez !
19:40Êtes-vous blessés ?
19:43Je crois que je me suis foulé le pied.
19:44Ah, diable,
19:46une foulée à montée à cheval.
19:47Oui,
19:48mais je crains que la chasse
19:50ne me fatigue.
19:50Je vais rentrer.
19:51Voulez-vous qu'on vous raccompagne ?
19:53Oh, vous...
19:55Vous manquez de moi.
19:56Vous voyez trop douillet.
19:57Non.
19:58Je vais rentrer tout doucement.
20:00Je prendrai un bannepied salé.
20:01Non, non, non, non,
20:02je te raccompagne au château
20:03avec la voiture.
20:03Je n'ai pas besoin de toi, merci.
20:04Attends, diable !
20:05Ne vous en faites pas,
20:06Bergenheim.
20:07Je me charge de lui.
20:08Continuez la chasse.
20:09Ces messieurs vous attendent.
20:10Nous nous retrouverons pour souper
20:11ce soir au château.
20:12J'ai l'impression qu'on vient
20:13de lever à un second heure.
20:15Cours.
20:15Faites venir, Rousselet.
20:16Il s'entend fort bien, foulure.
20:18Bonne chasse.
20:24Eh ben,
20:25enfoncer le militaire.
20:27Mais comment peut-on être aussi naïf ?
20:28Le chasseur qui fait semblant
20:29de se blesser pour aller rejoindre
20:31sa maîtresse,
20:31on voit ça dans tous les feuilletons.
20:32Écoute,
20:33ne me quittez
20:34dès que nous serons dans la vallée.
20:36Tu iras droit devant toi.
20:37Tu prendras à gauche,
20:38à ton choix.
20:39Le côté droit est interdit.
20:40Ah,
20:41entendu.
20:41Ne rentre pas au château
20:42puisque nous sommes 160.
20:44Si tu rejoins les chasseurs,
20:45dis bien à Bergenheim
20:46que je me suis assis
20:47au pied d'un arbre
20:48et que la douleur
20:49de mon entorse
20:50va beaucoup bien.
20:51Bien.
20:52Pas vouloir m'accompagner
20:53comme je t'en priais.
20:55C'est que j'avais aussi
20:56de bonnes raisons,
20:56moi,
20:57de vouloir me tirer
20:57des griffes de Christian.
20:59Nous sommes lundi
21:00et j'ai à 4 heures
21:01un rendez-vous dans lequel
21:02tu es plus intéressé que moi.
21:04Et avec qui ?
21:05Un certain Lambernier.
21:07Lambernier,
21:07qui est-ce ?
21:08Oh,
21:09un menuisier
21:09qui a travaillé autrefois
21:10au Château.
21:10Si je comprends quoi
21:11que ce soit
21:12à tes intrigues.
21:13Bon,
21:13tu veux écouter un conseil,
21:14un bon conseil ?
21:15L'écouter,
21:16oui,
21:16mais le sûr,
21:17c'est moins sûr.
21:18Oh,
21:18tu es complètement fou.
21:19Et après,
21:21tout cela va se terminer
21:21par des poignards.
21:22Il n'y a plus de poignards.
21:24Est-ce que tu sais
21:25que Bergenheim,
21:26avec son air de bon vivant,
21:27a dit qu'il était au service
21:29à propos de billard
21:30ou pour les bonnes grâces
21:31d'une grisette ?
21:35Écoute,
21:35prends garde
21:36qu'il ne fasse même.
21:37Il passait
21:38pour le meilleur tireur
21:39de Saint-Cyr.
21:40Il avait un diable de coup,
21:42un dégagement,
21:42en froid sans le faire,
21:43que je suis bien incapable
21:44de t'expliquer
21:44car je n'y ai jamais rien
21:45qu'au sabre.
21:46Il tire avec la même dextérité.
21:48Quant au pistolet,
21:49je l'ai vu casser
21:50neuf poupées de suite
21:51chez le sage.
21:53Eh bien,
21:55pour avoir une affaire,
21:56nous nous battrons
21:57à l'arsenic.
22:03Mais c'est un véritable lion de sang.
22:05Enfin,
22:05il faut être complètement fou
22:06pour venir le houspiller
22:07dans sa cage
22:08et lui tirer les moustaches
22:09à travers les barreaux.
22:10Sois l'amant de sa femme
22:11quand elle est à Paris
22:12et lui s'y attraquer les loups.
22:13Bravo !
22:14Mais t'installer chez lui
22:15à portée de ses griffes.
22:16Non,
22:17mais ce n'est pas de l'amour,
22:17c'est de la démence.
22:19Non,
22:19mais il n'y a pas de quoi rire.
22:20Tout cela aura un dénouement
22:21tragique.
22:22Non,
22:23mais tu l'as entendu tout à l'heure
22:24parler.
22:24La femme,
22:25l'amant,
22:26comme s'il s'agissait
22:27de boire un simple verre
22:28de schnapps.
22:29Et je le connais,
22:30il fera comme il l'a dit,
22:31sans sourciller.
22:33À vous,
22:33Dieu,
22:34que ce serait un trépas
22:35pittoresque
22:36et qu'il n'aurait rien
22:37de bourgeois.
22:38Ah non,
22:38bien du plaisir.
22:40Dieu sait que je me vante
22:41de détester les bourgeois,
22:42de mourir
22:43en bonnet de laine,
22:45en gilet de coton,
22:46en robe de chambre
22:47matelassée
22:47plutôt que d'avoir
22:48Bergenheim
22:48pour m'aider
22:49dans cette petite opération.
22:50Tiens,
22:50regarde-le.
22:51Regarde-le là-haut
22:52près du rocher.
22:53On dirait Goliath.
22:54Et moi,
22:55tu ne trouves pas
22:56que je ressemble
22:56à David aujourd'hui ?
22:58Oui, oui,
22:59comme moi,
22:59Sainte-Blandine.
23:00Dire qu'à une époque,
23:01on gagnait le cœur
23:02des femmes
23:02à coups des stocks
23:03dans les tournois.
23:05Heureusement que ces mœurs
23:06de boucher
23:06sont passées de mate.
23:07Oui,
23:07et cela n'empêchera pas
23:08de te tuer.
23:09Tu ne comprendras
23:10donc jamais rien,
23:11danger.
23:12Et à l'attrait
23:13que le péril ajoute
23:14au plaisir.
23:15Christian a de la force
23:17et de l'honneur.
23:19Je l'estime
23:19en l'outrage
23:20et je sens que
23:22j'en aime Clémence davantage.
23:23Écoute,
23:24ou tu te moques de moi
23:24ou tu es complètement idiot.
23:26Alors toi,
23:26l'artiste,
23:27le viveur,
23:28le matérialiste,
23:28tu veux me faire croire
23:29que tu es amoureux
23:30du danger.
23:31Enfin,
23:31je me sens vivre.
23:32Eh bien,
23:33en tout cas,
23:33en ce qui me concerne,
23:34je rêve d'amour
23:35à la papa,
23:36un séducteur dégénéré.
23:51Sous-titrage Société Radio-Canada
24:21Sous-titrage Société Radio-Canada
24:28« Je suis folle d'être venue ici
24:31et surtout d'espérer
24:32qu'il me rejoigne.
24:35Foll et coupable.
24:58Croyez-vous indigne de vous aimer.
25:08Tu m'aimeras toujours ainsi.
25:12Toujours.
25:13Tu seras l'âme de mon âme.
25:16Je serai votre sœur.
25:18Toujours.
25:21À quoi pensez-vous ?
25:24Dites-moi quelque chose,
25:25répondez-moi.
25:27« Je veux que vous me parliez.
25:29Ne me regardez pas ainsi
25:30où je n'aimerais plus vos yeux.
25:37Comme votre cœur bat fort.
25:41C'est un bon lointain,
25:42mais trop cruel.
25:44Dites-moi de mourir
25:45si vous ne pouvez m'aimer.
25:51Je veux garder cette boucle
25:53en souvenir de cette heure merveilleuse.
25:56Vous avez besoin de quelques cheveux
25:58pour vous souvenir de moi.
26:05Vous me faites peur ainsi armée ?
26:14Vous ne craignez rien.
26:16Laissez-moi partir, Emmanuel.
26:19Adieu.
26:48Sous-titrage Société Radio-Canada
27:01Sous-titrage Société Radio-Canada
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