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00:17Enfin j'ai revu Clémence, mais une Clémence ironique, troublée, apeurée même par les
00:24conséquences que pourrait avoir mon éruption dans sa vie conjugale.
00:30Pendant ce temps, au village, Maria courtisait Mademoiselle Reine, fille de nos aubergistes,
00:36faisant d'elle jour et nuit portrait sur portrait.
00:41Hélas, Maria, qui est curieux comme une belette, bavard comme une pie et jaloux comme un chat,
00:47essayait par tous les moyens de découvrir mon secret et d'être la raison de notre randonnée imprévue.
00:51Le soir, à la veillée, il m'a bien fallu tout lui avouer, car j'avais besoin de ses services
00:58pour atteindre mon but.
01:00Mon ami, par un heureux hasard, connaissait intimement le baron de Belgenheim.
01:07Mieux, il avait eu le bonheur de lui sauver la vie pendant la révolution.
01:13Lui seul pouvait me permettre d'être officiellement reçu au château, malgré la résistance de Clémence.
01:21Vexé d'avoir été trompé sur le but du voyage et mortifié d'avoir été tenu à l'écart de
01:25mes secrets,
01:26il se fit tirer l'oreille avant d'accepter d'arranger mes affaires.
01:29Il promit d'imaginer le scénario de notre réception au château.
01:34Réception qui serait sans aucun doute suivie d'un délicieux séjour
01:38où je vivrai dans la réalité constante de mon rêve.
01:57Elle est encore loin, votre sacrée forteresse de Belgenheim.
02:02Qu'est-ce qu'il ne faut pas faire pour éviter de contrarier me fou furieux ?
02:06Je vois monsieur est médecin et le soi-disant ami est un traitement.
02:10Mais il n'y a pas de son métier. Comptez sur moi pour garder le secret.
02:14Vous avez de finesse et cela m'aime.
02:26Je comprends enfin la signification du terme valet de pied.
02:31Un valet de pied, c'est un valet exclusivement engagé pour tenir la jambe ou le pied
02:36des femmes de chambre les jours de brouche.
02:56Mlle, il y en a une personne qui demande M. le baron.
02:59M. de Belgenheim n'est pas chez lui ?
03:02Mlle, M. le baron vient de sortir à cheval avec Mlle Aline.
03:05Quelle est-ce, cette personne ?
03:07C'est un monsieur, Mlle, mais je ne lui ai pas demandé son nom.
03:10Conduisez-le, ici.
03:18Mesdames, j'espère que vous me pardonnerez de vous rendre visite sans avoir eu l'honneur de vous être présenté.
03:26Mais je pense à M. de Belgenheim, avec qui je suis fort lié.
03:29Les amis de mon mari n'ont pas besoin de présentation chez lui.
03:32M. de Belgenheim ne tardera pas à rentrer.
03:35Votre nom ne m'est pas inconnu, monsieur.
03:38Je l'ai souvent entendu prononcer par M. de Belgenheim.
03:41Oui, nous avons été au collège Henri IV ensemble.
03:43Mais il y a entre vous plus qu'un souvenir de collège.
03:46N'est-ce pas, il y a mon mari en 1830 ?
03:48Oui.
03:49Mon mari, qui n'aime pas beaucoup parler de lui, n'a jamais voulu nous donner les détails de l
03:52'aventure
03:52dans laquelle vous avez couru à si grand danger.
03:56Eh bien, c'était le 28 juillet.
03:59Les déplorables ordonnances de juillet avaient fait leur effet.
04:02Le volcan quoi.
04:02Monsieur, pardonnez-moi de vous interrompre.
04:05Pour moi, les ordonnances de sa majesté étaient excellentes et indisibles.
04:09Je ne suis qu'une femme, monsieur.
04:10Mais si j'avais eu sous mes ordres 20 canons sur les quais et autant sur les boulevards,
04:15je vous promets que jamais votre drapeau tricole sur les tuileries.
04:19Oh, mademoiselle, j'appelais les ordonnances désastreuses en pensant à leurs résultats.
04:26Maintenant, monsieur, nous voici un monde d'accord.
04:31Donc, à la suite de ces ordonnances, le peuple bouillait de colère.
04:36Plusieurs lieux en différents points.
04:37Je me trouvais boulevard Poissonnière et je contemplais en artiste la scène dramatique dont il était le théâtre.
04:44Imaginez la scène.
04:46Des hommes à bras nus, des femmes pantelantes, arracher des pavés ou renverser des arbres.
04:50Quelle heure !
04:51C'est alors que je me suis engagé au Royal Canadess.
04:53Et pour siroter ma solde à la terrasse des boulevards.
04:56Secondo pour avoir un bel habit et plaire à ces dames de Parisienne.
04:59Mais non, laisse-moi terminer.
05:00Secondo pour faire bisquer mon frère.
05:02Ce bougre de fainé maison avec les vaches à travers.
05:04Un omnibus venait d'être renversé.
05:06La populace chantait la Marseillaise.
05:08La Marseillaise ?
05:08Oui. On entassait des cabriolets, des meubles, des tonneaux.
05:11Tout devenait rempart et projecte.
05:14Moi, à la terrasse d'un café, j'écoutais dans un recueillement solennel
05:19ce rugissement du peuple mordant sa chaîne et prêt à la briser.
05:22Quand tout à coup, une commotion de terreur parcourt la foule.
05:27On se rue, on se précipite. En un instant, le boulevard se vide.
05:32Des plumes ondulant sur d'énormes chacaux, des flammes rouges et blanches
05:35au bout de piques d'acier que j'entrevis à travers les arbres
05:38m'apprirent la raison de cette panique.
05:40La foule en délire, comme dit, avait arraché tous les pavés des rues
05:43pour faire des murets qu'ils appellent des barricades.
05:46Ils ne poussent que des pavés à Paris.
05:48Laisse-moi finir.
05:49On n'y cultive que des pavés.
05:51Il n'y a pas de vaches à Paris. Il n'y a que des omnibus.
05:55Des omnibus ? Qu'est-ce que ça mange les omnibus ?
05:57Un escadron de lanciers chargés.
06:02Avez-vous déjà vu, mesdames, une charge de lanciers ?
06:06Non, jamais.
06:08C'est un tableau d'un ragoût fort épicé, je vous assure.
06:12Imaginez, mesdames, une légion de démons courant au triple galop de leurs chevaux,
06:15pointant à droite, à gauche, devant, derrière, avec leurs piques.
06:18Voilà une charge de lanciers.
06:20Je n'ai eu que le temps de me précipiter sous un escalier
06:22à l'extérieur d'une maison, toutes les portes étant fermées.
06:25La charge passée, la foule revint plus exaltée, plus rugissante.
06:29Mon Dieu.
06:30Les barricades s'élevaient avec une rapidité prodigieuse.
06:33Il y en avait deux près de l'endroit où je me trouvais.
06:35Et tout à coup, je vis bondir par-dessus la première un cavalier,
06:38dont le chapeau portait un panache de plumes de coque rouge et blanc.
06:42Je reconnus un officier d'ordonnance chargé de quelques plis d'état-major.
06:45Au milieu des vociférations de la foule, des pierres dont on le lapidait,
06:49et des bâtons que l'on lançait aux jambes de son cheval, il avançait.
06:53Fier, calme. On aurait dit qu'il était à la parade, au carousel.
06:56Mais alors, ils ne dorment jamais, les Parisiens ?
06:58C'est une telle que fois belle-espoir.
07:00Terminé.
07:00Tu m'as déjà raconté.
07:01Mais tu connais pas la suite ?
07:02Si, tu me l'as raconté aussi, la suite.
07:05Oui, mais si tu m'embrasses, tu dirais la suite, la suite.
07:10Il rassemble à Serène pour franchir la seconde barricade,
07:13quand une balle vint frapper son cheval.
07:15C'était ce pauvre fidèle que j'avais donné.
07:18Il méritait son nom, madame, car la pauvre bête paya pour son maître
07:21à qui le coup était destiné.
07:24J'accourus, et je reconnus Christian, qui essayait de se dégager.
07:29Des bâtons étaient levés sur lui, des cris menaçants s'élevés à l'entour.
07:32Alors je compris que seule une blague patriotique pouvait le tirer d'affaires.
07:35Je pondis sur le ventre, vive la liberté !
07:38Et je poursuis, citoyen, je suis républicain.
07:41Comment ?
07:41Vous avez pu dire une chose pareille sans en mourir de honte ?
07:45Le temps était de sauver Christian.
07:48Tout de même.
07:50Aïe, aïe, aïe, attention.
07:51Voilà la collégienne qui a dû avoir des malheurs avec sa jument.
07:53Qu'est-ce qu'on l'a ?
07:54Qu'est-ce qu'on l'a ?
07:56La frousse de sa vieille tante l'occupe bien plus que ses bottes.
08:01Le premier qui s'avance, je l'éventre comme un chien âgé.
08:03En moulinée avec son épée.
08:06Vous étiez donc armée ?
08:09Madame, on nous avait appelé au barricade.
08:11Comment ? Au barricade ?
08:12Oui, j'étais du bon côté, madame, du bon côté.
08:16Donc, la canaille, comme vous dites si bien, recule.
08:20Il est même des gens pour m'approuver.
08:22Je prends Christian par la main pour l'entraîner dans un café.
08:25Ne me serrez pas si fort, me dit-il.
08:27Je crois bien que j'ai le bras droit cassé.
08:30Sinon, je vous demanderai de me donner mon sabre
08:32pour montrer à cette racaille qu'on ne tue pas un Bergenheim comme un poulet de presse.
08:35Tant mari est réellement très brave.
08:41Clémence !
08:45Clémence !
08:46Clémence !
08:49Clémence !
08:49Qu'est-ce que vous êtes-il arrivée ?
08:51Viens.
08:51C'est Titania qui a voulu me jeter à l'eau.
08:54Savez-vous où est Rousselet ?
08:55Rousselet, que lui voulez-vous ?
08:56Pour le saigner.
08:57Il n'y a que lui qui sache donner une saignée.
08:59Christian est blessé ?
09:00Non, pas Christian.
09:01Quel monsieur ?
09:02Sans lui, j'étais noyée.
09:05Rousselet !
09:05Rousselet !
09:07Rousselet !
09:07Rousselet !
09:15Rousselet !
09:16Que se passe-t-il donc ?
09:17Cette petite ne sait pas...
09:18Ce suivant du diable a jeté monsieur contre un arbre
09:20et lui s'est heurté bien avant la tête.
09:22Voyez-vous loin qu'il s'abonne le saigné ?
09:23Je pense que l'on pourra en effet lui dégager un excès de sang
09:26dans la région frontale.
09:28Est-vous bien sûr de faire cette saignée ?
09:30J'ai signé le mois dernier Azor et Phinex
09:32sans qu'ils m'en soient revenus le moindre reproche de leur part.
09:36Monsieur...
09:36Cet écorchiot ne mérite pas l'attention que vous lui accordez.
09:40Je ne souffre pas le moins du moins.
09:42Je vous demanderai seulement une serviette et un peu d'eau.
09:44C'est monsieur de Gerfaux !
09:45Maria !
09:46Quelle bonne surprise, mon cher !
09:47Je voyage dans le pays avec mon ami Gerfaux.
09:49Eh bien, puisque vous êtes amis de monsieur de Gerfaux,
09:51accompagnez-le.
09:52Oui, je me suis permis de vous rendre visite.
09:53Hostel !
09:54Hostel !
09:54Vas-y m'en laisser mes yeux à la chambre de chez Malphe.
09:56Oui, c'est mon père qui m'a fait ainsi en souvenir de son oncle qui est mort.
10:19Nous apprendrons enfin ce que cela signifie.
10:22Puis d'abord, cela fout à Christian.
10:24Nous galopions le long de la rivière quand Titania a été fouillée par une branche d'arbre.
10:28Christian.
10:28Christian m'a crié de ne pas avoir peur, mais quand j'ai vu Titania s'emballer encore
10:31un endroit vers la rivière à avoir un peu peur, j'ai essayé de dégager mon pied
10:34de l'étrier pour sauter à terre.
10:36C'est alors que Titania s'est abattue sur un tronc d'arbre et nous avons roulé toutes
10:40les deux dans la boue.
10:41Notre costume est dans un bel état.
10:43Je ne comprends pas encore comment M. de Gerfusse.
10:45Ben voilà, un homme que je n'avais pas aperçu, à croire qu'il est sorti de terre,
10:49m'a enlevé de sur la selle où j'étais retenue par je ne sais quoi.
10:53Mais cette maudite Titania l'a jetée contre un arbre et quand j'ai pu le regarder, son
10:57visage était couvert de sang.
10:59Et ta jument.
11:00Christian.
11:01Et quand il a vu que je n'avais pas de mal, il a couru après et il l'a
11:05battu, battu, battu.
11:06C'était... c'était horrible.
11:09Mon dieu que les hommes sont dus.
11:11Anglottir si vous ne pouviez pas faire autrement.
11:13Mais ne soyez jamais ni laide ni ridicule.
11:16Que diable avais-tu besoin de m'envoyer en ambassade puisque tu préparais une si belle entrée en scène ?
11:20Ma force, s'il te plaît, nous ne sommes plus à l'auberge et les murs...
11:22Oui, je sais, je sais.
11:24Bon, enfin maintenant que tu es dans la place, j'espère que tu vas mener roubement dans l'affaire.
11:28Oh, qu'est-ce que tu me fais dire là ?
11:31Oh, c'est trop père Guenheim.
11:33Il n'est pas encore à plaindre.
11:35Clémence même, j'en suis sûr, c'est même pour cela qu'elle m'a fui.
11:40Mais elle est vertueuse.
11:41Comment arranger cela ?
11:44En tout cas, je compte sur toi, sinon pour me servir, du moins pour ne pas me porter le moindre
11:49tort.
11:50Tu devras te surveiller.
11:51Pas de jurons, pas de mots d'argot et surtout pas de profession de phare républicaine.
11:57Entrez.
12:00Alors, c'est convenu.
12:01Vous me faites le sacrifice des plaisirs de la femme sans tête ainsi que l'avabilité de mademoiselle Gobilio.
12:05Et vous êtes impulsé ici votre quartier général.
12:09Vous serez tout aussi bien pour vous décrire vos études pittoresques ou romantiques.
12:12Car je suppose, mon cher Marillac, que vous êtes toujours un fanatique barbouilleur de papier.
12:16Pour dire la vérité, l'art absorbe toute ma vie.
12:19Quant à moi, je n'ai jamais pu dessiner une oreille qui ne ressemble pas à un nez et réciproquement.
12:24D'ailleurs, quand vous serez fatigué de croquer des serpents et des collines, je vous ferai tirer quelques sangliers de
12:27premier calibre.
12:28Ha, ha, ha.
12:29Êtes-vous chasseur, M. Tchervo ?
12:31Je suis fou de la chance.
12:42Fermez la fenêtre.
12:43Tu vas apprendre froid.
12:46Non, madame.
12:49La nuit est presque tiède.
12:51C'est pour ça que mon frère s'attarde dans le parc avec ses invités.
12:54Je vais le rejoindre.
12:55Voyons à lui, ce sera inconvénant.
12:57D'ailleurs, la conversation de ces messieurs ne vous intéresse pas.
12:59Mais vous, je pense au contraire que j'aurais grand plaisir à écouter M. Tchervo.
13:03Je n'ai lu aucun de ses romans.
13:05Heureusement.
13:06Ils sont trop immoraux.
13:07Vous exagérez certainement.
13:09Je ne puis croire qu'un homme aussi charmant puisse écrire des livres humoraux.
13:12Charmant.
13:13Ils ont jugé ainsi sur sa mine.
13:15Et vous ne le connaissiez pas.
13:16Qu'as-tu eu de rencontre M. Tchervo, ma pauvre Clémence ?
13:19Moi aussi, je le trouve charmant.
13:22Je sais d'ailleurs qu'il est mon cousin.
13:24Un cousin assez éloigné.
13:26Puisqu'il faut monter à Henri IV pour trouver une Gervo et pousser un corps en deuil.
13:30Il est donc aussi votre cousin ?
13:32Vous n'avez pas le droit de dire du mal de lui.
13:34Je n'en pense ni du bien ni du mal.
13:37Et voilà.
13:40Je vous attendais, messieurs, pour cette partie de mystes que vous m'avez remise.
13:45Moi non plus, je ne joue pas aux cartes.
13:47Je trouve que c'est un pas de temps futile pour un artiste.
13:51Parce que je suis artiste.
13:53Ah oui ?
13:54Peindre et écrire, voilà toute ma vie.
13:57Vous avez dit, jouez pas de coeur, mademoiselle.
14:00Je sollicitez votre indulgence, ne vous quisez pas.
14:08Épier les mouvements de l'âme en psychologue, comme Benjamin Constant.
14:13Ou bien encore, décrire les beautés de la nature dans tout ce qu'elle a de grandiose, déchevelée.
14:17Frère Victor Hugo.
14:19Votre confrère Victor Hugo ?
14:20Oui, bien sûr.
14:21Car il écrit comme moi.
14:23Ah oui ?
14:25Delacroix aussi est mon confrère.
14:27Car je peins également.
14:30Tiens, tiens.
14:32Vous aimez le Moyen-Âge ?
14:35Le Moyen-Âge ?
14:36Oui, le gothique.
14:38Ah oui, j'en ai l'impression.
14:41Vous permettez que j'allume un cigare ?
14:44Allumé, monsieur.
14:51Vous avez dit jouer le roi de pique, mademoiselle.
14:53Ne me croyez pas, vous me décourageriez.
14:58Mon excellent confrère, le vicomte de Chateaubriand, a écrit d'excellentes choses sur les cathédrales gothiques.
15:04Oui, le gothique a son charme.
15:06Je crois que c'est à vous de jouer, mon cher cousin.
15:09Pardon.
15:10Mon jeu est trop mauvais, vous allez gagner.
15:13Vous aussi, monsieur.
15:15M'autoriserez-vous à prendre le congé ?
15:17Bien volontiers.
15:19Après les émotions de cet après-midi, nous n'aurions pas dû vous obliger à veiller.
15:26Vous n'êtes pas vaché contre moi.
15:28Si vous voulez bien me donner quelques leçons de ouïste, je vous promets de faire des progrès très rapides.
15:32Mais je vous donnerai toutes les leçons que vous désirez, mademoiselle.
15:35Alors, demain matin, c'est promis.
15:36Non, non, demain matin, j'en mets à la chasse.
15:38À la chasse ?
15:39Mais c'est que...
15:40Je ne m'en fousais pas ce plaisir.
15:41Une bonne nuit de sa mêle là-dessus.
15:43Et vous, c'est tout à fait agaillardie.
15:45Une nuit, vous...
15:46Mais moi, demain.
15:47Demain matin, à la première heure, j'irai frapper à votre porte
15:50et je vous mènerai au bois de la Bondrée, à une lieue d'ici.
15:52Une lieue ?
15:53Je ne suis certainement pas pour effoyer un marcheur de votre train,
15:55enfin, quand on a parcouru à pied tout à Palais du Rhin.
15:57Mais peut-être Marillac nous accompagnera-t-il ?
15:59Ah, non, non, non, moi je suis pour la grâce pétinée.
16:01Mais moi, je viendrai, n'est-ce pas Christian ?
16:03Et au retour, M. de Gerpont vous donnera même son lit.
16:29...
16:40Vous ne m'échapperez pas toujours.
16:42Vous savez bien que vous êtes ici malgré moi.
16:44Je resterai ici malgré vous et je vous aimerai malgré vous.
16:47Vous faites ce que vous voudrez.
16:49J'ai autant d'indifférences pour votre amour que de mépris pour votre présomption.
16:53Bonsoir.
16:59Bonsoir.
17:01...
17:08Vous n'allez pas dormir ?
17:09Je n'ai pas sommeil.
17:10Mais pourtant, vous avez l'air fatigué.
17:13Un peu de migraine cela passe.
17:14Je m'excudrais de vous laisser seul, mais je tombe de sommeil.
17:17Eh oui, je me suis levé avec le jour.
17:19J'ai poursuivi un sanglier sur une demi-lieue.
17:22J'ai visité trois coupes de bois.
17:24Je suis allé surveiller les d'ouvriers qui curent le fossé de la Louvandière.
17:27J'ai repris le fusil pour tirer quelques lièvres.
17:30Deux heures de cheval là-dessus sans compter l'aventure d'Aline.
17:35Mais, vous m'écoutez ?
17:37Eh oui.
17:39Et demain, je repars à l'aube avec M. Djerfaux.
17:47Avez-vous remarqué la discrétion de ce monsieur ?
17:50Il craignait de m'opportuner en m'accompagnant à la chasse.
17:53Non, cela m'a échappé.
17:55Bonsoir.
18:16Qu'est-ce que tu fais là, ma petite chauve-souris ?
18:18Tu n'as pas l'air très inquiétant.
18:20Je me suis mortellement ennuyé.
18:22C'est parti de Louis, ça va sous l'affiche, merci.
18:25Avec cette petite Aline qui ne sait même pas tenir une carte.
18:27Et moi, tu crois que je me suis amusé ?
18:28J'ai essayé de faire la conversation à ta Clémence, mais c'est un mur, cette femme-là.
18:32D'ailleurs, entre nous, elle n'est pas très intelligente.
18:35Je préfère sans foire Anne Gobi, ou d'ailleurs, j'irai faire un petit tour de ce côté-là demain.
18:39Il n'y a que Bergenheim qui soit sympathique.
18:40Il n'y a que la vieille tante qui m'amuse ici.
18:43Je vais d'ailleurs la faire enrager avec une bonne profession de foire républicaine.
18:47Je n'ai plus de tenir ta langue.
18:49Quand tu t'as volant à ta faconde, tu dis des sottises.
18:52Qu'as-tu raconté à Clémence pendant que nous jouions au Rist ?
18:56Je parie que tu as été assez maladroit pour lui faire comprendre que tu es au courant de notre aventure.
19:00Pas du tout. Je lui ai parlé d'art.
19:04Elle ne semble n'y entendre rien du tout, d'ailleurs.
19:07Bon, maintenant, tu vas aller dans ta chambre.
19:09Tu travailleras ou tu te coucheras. Je m'en fiche. Je veux être seul.
19:11Oui, mais tu as besoin de dormir, toi aussi.
19:13N'oublie pas que Bergenheim vient te tirer du lit des potrons minés demain.
19:18Bonne chasse, monsieur le vicomte de Gerteau.
19:23Je me suis beaucoup aiméître millionement.
19:31Oui.
19:32Oui.
19:42Faites le bonjour à Madame la Présidente, Justine.
19:57Madame la Baronne, gardera-t-elle la chambre aujourd'hui ?
20:00Oui, Justine, j'ai passé une nuit pour mon temps.
20:01Laissez-moi.
20:03Non, venez pas dans la chambre avant midi, je veux être seule.
20:06Mais, Madame, laissez-moi.
20:08Si Monsieur me questionne, que répondrais-je ?
20:11La vérité, bien sûr.
20:13Oui, Madame, mais c'est que la vérité, justement, je ne la connais pas.
20:18Je vous supplie, Justine, laissez-moi.
20:19Je vous laissez-moi.
20:26Je vous ai dit, je ne la connais pas.
20:28Je vous ai dit.
20:30Je vous ai dit, c'est bon.
20:30Mais, je vous ai dit que le fait, c'est bon.
20:31Je vous ai dit, c'est bon.
20:43C'est bon.
20:45C'est bon.
22:05Quel enfant ! Ne serez-vous pas un jour maîtresse de maison vous aussi ? Il faut commencer à vous
22:10exercer. Je vous offre une excellente occasion. Je suis d'ailleurs sûre que vous en tirez à merveille.
22:16Je vous en supplie, ne soyez pas malade aujourd'hui. C'est encore votre migraine d'hier.
22:21Levez-vous et venez faire un tour dans le parc avec moi. C'est sûr que l'un vous guérira
22:24et vous ne serez pas obligé de vous occuper de vos invités. C'est là ce que vous voulez dire,
22:28petite égoïste.
22:29J'ai peur de M. Djerfaux.
22:33Que vous a donc fait M. Djerfaux ? Vous ne devriez pas avoir peur de lui après le service qu
22:39'il vous a rendu.
22:40Oh, ne me croyez pas ingrate. Je n'oublierai jamais que je lui dois la vie. Car certainement sans lui,
22:45j'étais traînée jusque dans la rivière.
22:47Mais il a des yeux si noirs et si perçants qu'il semble lire jusqu'au fond de votre âme.
22:52Vous le prenez pour le diable.
22:56Puis c'est un homme de tant d'esprit. J'ai toujours peur de dire quelques sottises dont il se
23:02moque.
23:03On trouve que je parle trop. Bien devant lui, j'ose à peine ouvrir la bouche.
23:09Pourquoi donc y a-t-il des hommes dont le regard fait cette impression-là ?
23:14Son ami M. Marillac ne m'assume pas du tout, lui, avec ses grands yeux carrés.
23:20Dites-moi, est-ce que M. Djerfaux ne vous fait pas aussi un peu peur ?
23:25Non, pas du tout, je vous assure.
23:29Oh, mais comme vous êtes belles !
23:32Vous avez certainement quelques projets de conquête.
23:35Quoi, en grande tenue, dès 9h du matin, coiffée comme si vous alliez au bas ?
23:38Votre tante m'a déjà fait la même réflexion.
23:41Mais elle, avec malveillance. Vous savez qu'elle me déteste.
23:45Elle ne vous déteste pas, mais elle adore vous contrarier.
23:47Elle prétend que j'ai de vil à cheveux.
23:50Rassurez-vous, ils sont très jolis.
23:53Seulement, Justine vous les plaque trop.
23:54Elle vous coiffe aussi trop haut.
23:57Cela vous irait certainement mieux de les gonfler un peu sur le front.
24:01Tenez, approchez-vous.
24:04Vous voyez, ils sont raides comme des baguettes de tambour.
24:07Passez-moi la brosse.
24:12Au Sacré-Cœur, cela fait mon désespoir.
24:15Ces dames veulent toujours que nous soyons coiffées en bandeau.
24:17Et j'ai mille peine à empêcher ces maudits cheveux de se révolter.
24:21Ah ben, et puis d'ailleurs, ça m'est égal.
24:22Djafo m'a dit hier que je ressemblais à la vierge de Carlo Dolchi,
24:25qui est dans votre petit salon.
24:27M. Djafo, vous avez cela ?
24:29Faites attention, vous m'en avez.
24:34Est-ce que vous trouvez que j'ai des yeux aussi bleus que ceux de cette vierge ?
24:37Je n'avais pas remarqué.
24:40Ah, vous me faites mal !
24:42M. Djafo sait faire de très jolis compliments.
24:44Et vous êtes sans doute très contente de ressembler à la madone de Carlo Dolchi.
24:48Elle est si jolie.
24:58Il est allant de faire une grande promenade, car ils sont très crottés tous les deux.
25:03Il faudrait viser le joli petit chapeau qui porte nous les diapos.
25:11Décidément, il vous a tourné la tête.
25:12Laissez-moi dormir.
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