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  • il y a 26 minutes

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00:19Sous le fallacieux prétexte de visiter la Franche-Comté, j'avais entraîné mon ami
00:25mariac dans une folle randonnée à travers les maux et les balais d'une province désertée.
00:31Je voulais de toutes mes forces revoir Clémence, que j'avais rencontré et tout de suite aimé
00:37l'année dernière à mon temps vert. Ma bien-aimée vivait quasiment cloîtrée au château
00:43de Berenheim, avec son mari, ancien officier retiré dans ses terres, et sa tante, vieille
00:49acariâtre et bavarde. Pour atteindre le nid d'aigle de Clémence, j'avais imaginé de
00:57me déguiser en compagnon charpé afin de passer inaperçu dans le domaine du farouche baron
01:01de Berenheim. Ayant auparavant signalé discrètement mes mariacs à l'auberge, j'entreprenais
01:09l'assaut, si j'ose dire, de la forteresse qui me ravissait l'objet de mes rêves.
01:16Je fis la connaissance de Lambernier, inquiétant personnage qui rôdait dans la forêt à la
01:21recherche d'un moyen de se venger du baron qu'il avait, paraît-il, renvoyé du château
01:26où il travaillait comme menuisier. Une petite scène entre Lambernier et son maître me donna
01:33l'occasion de situer ce terrible cavalier que le destin c'est pour rival, et de mesurer
01:37la haine du menuisier pour son ancien maître. Le climat n'était guère encourageant.
01:44Bah, on verrait bien. Rien n'aurait pu m'empêcher de poursuivre mes dessins et de grimper dans
01:51l'instant même jusqu'aux ruines de la vieille citadelle où, m'avait-on dit, la belle baronne
01:56avait coutume d'aller se promener pour dissiper son ennui.
02:51C'est vous, vous aussi longtemps perdu que je retrouve enfin. On m'avait bien
02:57dit que vous aviez coutume de venir vous proposer. Quelle folie, monsieur.
03:00De grâce. Ne me regardez pas ainsi. Laissez-moi vous contempler, m'assurer que c'est bien
03:07vous. Et il y a si longtemps que je rêve de cet instant, n'ai-je pas assez souffert ?
03:13Deux
03:14mois loin de vous. Deux mois de tristesse, de chagrin, de douleur. Comme vous n'êtes pas,
03:22vous avez donc souffert vous aussi. Oui, monsieur. Beaucoup en ce moment.
03:28Clémence. Que craignez-vous ? Mon mari est sorti à cheval avec sa sœur.
03:36Ah, pardon ?
03:38Et après vous m'obéirez ? Quelques minutes seulement. Et ensuite je ferai tout ce que vous voudrez.
03:52Je pense que vous allez en Allemagne ou en Suisse. Vous vouliez m'honorer de votre visite.
03:59Je dois être fière d'un tel témoignage de la part d'un homme aussi célèbre que vous.
04:06A la campagne, nous ne sommes pas très sévères sur le costume, mais le vôtre est tout à fait original.
04:14Dites-moi, où allez-vous dénicher ce chapeau ?
04:20Je ne vais ni en Allemagne ni en Suisse. Bergenheim est le terme de mon voyage comme il en a
04:25été le but.
04:27Vous êtes fous.
04:30Pardonnez-moi.
04:37Je suis venu
04:39parce que je ne pouvais plus vivre sans voir vos yeux,
04:42sans entendre votre...
04:44parce que je vous aime.
04:48Je ne peux pas vous croire.
04:51Quelle opinion avez-vous et moi pour penser que je puisse autoriser une telle conduite ?
04:57Et quand bien même je serais assez folle pour cela, que deviendrait-il ?
05:02Vous savez bien qu'il vous est impossible de venir au château puisque vous ne connaissez pas mon mari.
05:07Et ce n'est pas moi qui vous présenterai.
05:11Et ma tante qui se mêle de tout et me persécute jour et nuit de ces questions.
05:15Mais votre tante ne sort jamais.
05:18Elle ne pourra donc me voir.
05:21à moins que je sois reçu officiellement au château.
05:29Oui, vous êtes fous, décidément.
05:32Tant à amener mon cocher qui vous a vu chez elle,
05:36vous me ferez mourir de peur et de chagrin.
05:39Admettons que l'un d'eux me rend compte.
05:40Par hasard, comment voulez-vous qu'il me reconnaisse sous ce...
05:43Soyez sans crainte, je serai prudent.
05:46Pour le bonheur de vous apercevoir quelquefois,
05:48je vivrai s'il le faut dans une cabane de bûcherons.
05:54C'est vraiment touchant.
05:56Je croyais qu'on ne voyait plus ces déguisements qu'au théâtre.
06:00Si c'est une scène de tragique comédie que vous voulez expérimenter sur moi,
06:03vous avez manqué votre effet.
06:04Car je trouve votre scène tout à fait inconvenante et ridicule.
06:10D'ailleurs, pour un homme de talent, pour un poète qui se dit romantique,
06:14vous n'avez pas fait grand frais d'imagination.
06:18Apollon déguisé en berger,
06:20on a déjà vu cela dans l'arctoire le plus éculé.
06:32Cette fois, au lieu de loger dans une cabane,
06:34le dieu de la poésie est descendu au cabaret.
06:36Mais, n'est-ce pas à la femme sans tête que vous avez établi votre quartier général ?
06:39Comment ça...
06:39Par le singulier billet de visite que vous avez écrit sur la mode,
06:42ne connais-je pas les armes de votre blason ?
06:45Arme parlante, dirait ma tante.
06:47Je loge en effet à la femme sans tête.
06:50Mais je ne puis y rester,
06:51car je crois que vos domestiques ont fait de cette auberge leur maison de plaisance.
06:56Il me faut donc prendre un parti.
06:59Mais, premièrement,
07:01vous me permettez de vous voir ici quelques fois.
07:03Voyons le second.
07:05Si vous ne m'accordez pas la première demande,
07:07c'est de votre tante qu'elle est malade.
07:09Et vous l'emmenez à Plombière ou à Bâle.
07:11La saison n'est pas trop avancée.
07:14Et là, Clémence,
07:15je pourrai vous voir.
07:16Finissons ces feuilles.
07:24Je vous ai écouté avec patience.
07:25À votre tour, écoutez-moi.
07:28Vous serez raisonnable, n'est-ce pas ?
07:31Vous allez me quitter et partir.
07:34Vous irez en Suisse où vous retournerez à Montanvers,
07:37où nous nous sommes vus pour la première fois.
07:41Souvenir que je n'oublierai jamais
07:42si vous ne cherchez pas à me le rendre amère.
07:46Obéissez-moi, Emmanuel.
07:49Donnez-moi cette preuve d'amour.
07:52Puisque vous savez bien qu'il m'est impossible
07:53de vous accorder ce que vous me demandez.
07:57Et croyez bien qu'il m'en coûte de vous refuser.
08:02Alors que faire ?
08:05Dites-moi adieu.
08:07Et cet hiver, à Paris, nous nous reverrons
08:11comme tout le monde,
08:13avec tout le monde.
08:16Adieu.
08:19Non.
08:20Je n'attendrai pas jusqu'à cet hiver.
08:23Si vous me repoussez, Clémence,
08:26je serai demain chez vous,
08:27assis à votre table,
08:29admis dans votre salon.
08:31Demain ?
08:32Demain.
08:33Et comment ferez-vous, je vous prie ?
08:35C'est mon secret, madame.
08:38Eh bien, puisque j'aurai le plaisir
08:39de vous revoir demain,
08:40permettez-moi de vous quitter aujourd'hui.
08:42Vous savez que je suis souffrante
08:43et c'est montrer peu d'attention
08:44que de me laisser ainsi dans l'herbe mouillée.
08:46Voyez ?
08:52Nous sommes grotesques, Emmanuel.
08:55Rendez-moi mon soulier.
08:57Vous le rendrez à condition
08:58que vous me permettez de le remettre.
08:59Pour cela, non.
09:00Je préférerais vous le laisser
09:01et m'en aller ainsi.
09:04C'est bon.
09:05Je m'en vais à Cloche-Pied.
09:17Puisque je suis à votre merci,
09:19à genoux, monsieur.
09:20Et chaussez-moi.
09:23C'est moi qui mettrai face à cette...
09:25Je vous croyais trop orgueilleux
09:27pour considérer comme une faveur
09:28un privilège de soubrette.
09:29Mais c'est une faveur
09:30que m'enviraient tous les rois, madame.
09:52M. Clampin, franchement, qu'en pensez-vous ?
09:54Quoi donc ?
09:55Un berganem, me faire ça à moi.
09:56Je ne sais pas, moi,
09:57je ne pense plus, c'est-à-dire mes joies.
09:59Mais je n'ai pas de cura.
10:01Oh, tiens, quand je vois ces harangs en sort,
10:03tout bargueuliste,
10:04que là, ça me donne la nausée.
10:06Allez, buvez un coup, ça passera.
10:08Mes renseurs, c'est toujours salé.
10:09Mais jouez !
10:10Vous savez, M. Lambernier,
10:11dans la vie, il y a toujours des eaux et des bains.
10:13Pas vrai, M. Clampin ?
10:14Oh, voilà autre chose.
10:15Oh, pardon, je vois,
10:16je me mêle de la conversation.
10:17Excusez-moi, monsieur.
10:19Allez, jouez.
10:20Ah, c'est un beau jeu.
10:21Le berganem n'a qu'à bien se tenir.
10:38Merci, madame.
10:40C'est fini ?
10:41Oui.
10:47Oh, M. Marillac,
10:48les gens vont nous voir ?
10:50Préférez-vous que je dise à tout le monde
10:51que vous volez des roses
10:52ou que je vous embrasse ?
10:54Non, ni l'autre.
10:55Vous êtes venu pour dessiner ?
10:56Eh bien, dessinez.
10:57Ma mère m'appelle,
10:58je suis votre servante.
11:25Non, mademoiselle reine,
11:26je vous ai demandé
11:27de ne pas faire votre bouche en chœur.
11:28Cela vous donne un air vâteau,
11:30radicalement bourgeois.
11:32Quel air est-ce que cela me donne ?
11:33Un air vâteau.
11:35Régence, pompadour.
11:36Oui, ça ne fait rien.
11:37Vous avez une grande bouche,
11:39mais c'est lui son naturel.
11:40Une grande bouche, moi ?
11:41Comme c'est poli pour un monsieur de Paris.
11:43Mademoiselle reine,
11:45débarrassez-vous de ces préjugés de pintade
11:47beaucoup plus affriolants.
11:50Bouches en chœur et boutons de roses,
11:51flétrices, vite.
11:53Les grandes bouches sont à la mode.
11:55Bouches vermeilles,
11:56bouches à baisse d'huile.
11:59Pourquoi n'avez-vous pas voulu
12:00me s'y mettre mon collier d'or ?
12:02Ça aurait donné à mon portrait
12:03un air plus cossu.
12:04Mademoiselle reine,
12:05laissez-moi vous croquer à ma fantaisie.
12:09Apprenez qu'un artiste
12:10est un être d'inspiration.
12:13Et inutile de gonfler votre poitrine
12:14comme si vous aviez avalé
12:15toutes les baleines de votre corset.
12:17Vous êtes assez luxuriante,
12:20comme ça, épanouie.
12:21Il emploie de ces mots.
12:24Luxuriante.
12:24Je suis sûre que c'est une inconvenance.
12:27Luxuriante veut dire
12:28qu'il pousse avec abondance.
12:29Un vrai poison que ce mot-là
12:31est beaucoup plus dangereux
12:32pour Rennes que le langage de Chartier.
12:34J'ai bien envie de lui
12:35rabattre son caquet à l'artiste.
12:36C'est pas folle.
12:37Un client qui dépense
12:38jusqu'à 10 francs par jour
12:39t'envoie souvent des clients
12:40pareils chez toi.
12:41Et les clients qui dépensent
12:43que 5 francs par jour
12:44ont laissé à quelle heure ?
12:45Mais comment vous voudrez ?
12:46C'est tout d'Antoinette.
12:47Qu'est-ce que vous attendez
12:48pour finir votre vaisselle ?
12:50Allez, allez !
12:51Vous vous croyez au spectacle ?
12:57Toilette, pourquoi n'avez-vous pas
12:59mis le service en métal d'Alger ?
13:00Ces messieurs adorent manger
13:02dans l'argenterie.
13:04Oh, c'est pas une honte.
13:06Faut me rincer ça mieux que ça.
13:07Non, non, non, laissez-y.
13:08Je vais le faire.
13:09C'est vrai, vous avez peur de l'eau
13:10que c'est pire.
13:12C'est un chien enragé.
13:16Je pense que j'ai faim.
13:20Où est-ce que j'ai faim ?
13:22Il se fiche de moi, celui-là.
13:24Je veux bien être académicien
13:25si je sais où je veux.
13:30Madame Gobillou.
13:34Êtes-vous certaine
13:35qu'un voyageur
13:36se promenant dans vos montagnes
13:37ne court pas le danger
13:39d'être dévoré par les loups
13:40ou dévalisé par les voleurs ?
13:41Oh non, monsieur.
13:42Nos montagnes sont sûres.
13:44Excepté le colporteur
13:45qu'on a assassiné il y a 6 mois
13:46et dont on a retrouvé le corps
13:47dans la combe renard.
13:48Et le voiturier
13:49qu'on a attaqué
13:49il y a 3 semaines à la fosse.
13:51Les voleurs ne l'ont pas tué
13:52tout à fait
13:53mais l'ont tellement roué de coups
13:54qu'il est encore
13:54à l'hôpital Sainte-Cécile.
13:56C'est donc pire
13:56que la forêt de bondies.
13:57Si j'avais su
13:58dans quelle direction
13:59mon ami était parti,
14:00je serais allé à sa rencontre
14:01avec une paire de pistolets.
14:04Il y a aussi
14:05le petit frère à tranches.
14:06Taisez-vous, Toinette.
14:07Et allez travailler.
14:08Monsieur,
14:09votre monsieur
14:10ne serait-il pas le monsieur
14:11que j'ai rencontré tantôt
14:12en revenant du roc des ombres ?
14:14Même qui m'a demandé
14:16le château de Bergenheim.
14:20Bergenheim ?
14:22Il y a dans les environs
14:24un village qui s'appelle Bergenheim ?
14:26C'est un château
14:26et une lieu d'ici
14:27en remontant la rivière.
14:28Et il existe un baron de Bergenheim ?
14:31Un grand brun
14:32avec des moustaches
14:33et un collier de barbe ?
14:34C'est bien cela.
14:35Excepté que monsieur le baron
14:37n'est pas brun.
14:38Son poil est clairsemé
14:39de quelques touffes argentées,
14:41il n'a pas de moustache
14:42et il abandonna son collier de barbe
14:44en quittant le service.
14:45Mais parbleu,
14:46si je le connais,
14:47à propos de service,
14:48j'en ai rendu infameux.
14:51Et il habite au château.
14:52Ah oui, monsieur,
14:53et sa femme aussi.
14:54Ah oui, c'est vrai
14:55qu'il est marié
14:56avec une demoiselle de Corandeuil,
14:58une provençale.
14:59Ah, provençale,
14:59ça, j'ignore.
15:00Tout ce que je sais,
15:01c'est qu'elle est blonde,
15:04transparente,
15:04meste.
15:05Est-ce qu'elle est jolie ?
15:07Jolie, tout.
15:08Cela dépend des goûts.
15:09Pour les gens
15:10qui aiment les figures pâles
15:11comme un cierge,
15:11je ne dis pas.
15:12Puis elle est maigre.
15:14Il n'est pas difficile
15:14d'avoir la taille mince
15:15et de paraître bien faite
15:16quand on est déguisé en squelette.
15:17Peut-être a-t-il épousé
15:18le fantôme du château
15:20pour éviter les frais.
15:21Toilette.
15:22Le monde peut paraître
15:22aussi joli que vous.
15:24N'est-ce pas, monsieur,
15:25monsieur...
15:25Bridell.
15:26Il paraît que la soeur de monsieur
15:27est plus jolie que madame.
15:29Allons-donc.
15:30Cette gamine de mademoiselle Aline.
15:33Une gamine de 15 ans.
15:34Pour sûr,
15:35elle ne manque pas de couleur,
15:36mais elle a les cheveux
15:37si blonds,
15:38si blonds
15:38que les ont l'air rouges.
15:39On dirait qu'ils brûlent.
15:40Ah, ne dites pas du mâle
15:41des cheveux rouges.
15:42Je pense divine.
15:44Divine ?
15:44Oui.
15:45Le rouge est la couleur du diable.
15:48Et mon portrait ?
15:49Oh, quand je fais le portrait
15:51de sonne que vous,
15:52je ne peux jamais le terminer
15:53le premier jour.
15:54Mais si vous m'accordez
15:55une séance demain matin
15:56quand votre maman dormira encore
15:58ou demain soir
15:59quand votre papa sera couché,
16:01je vous promets
16:02de terminer ce portrait
16:03d'une manière
16:04qui ne vous déplaira pas du tout.
16:07Ah, le voilà, cet ami.
16:09J'espère que tu ne m'as pas attendu
16:10pour souper.
16:11Eh bien, justement, si.
16:12Monsieur, votre repas est prêt.
16:14Si vous voulez entrer,
16:16entre-toi nul.
16:17Un peu de soupe,
16:18du fromage et une poire,
16:19ça me suffira.
16:20Vous pouvez m'en tirer
16:21si toutefois
16:21il est dans vos intentions
16:22d'aller vous rouger.
16:23Merci, monsieur.
16:25Voici votre souper, monsieur.
16:29Bonsoir, madame.
16:30Bonsoir, monsieur.
16:31Bonsoir, mes seigneurs.
16:32Bonsoir, mademoiselle reine.
16:35Bonsoir, reine de mon cœur.
16:40Alors, que faisais-tu
16:41dans les vallons
16:42et les montagnes
16:42à cette heure-ci ?
16:44Est-ce que tu pensais
16:45à notre scénario ?
16:46Quel scénario ?
16:47Mais enfin,
16:47à la chaste Suzanne.
16:49Drame lyrique
16:50en trois actes
16:51sur une musique
16:51de Meyerberg.
16:54Te souviens-tu
16:55de mon voyage
16:56en Suisse
16:56il y a deux ans ?
16:57Tu parles si je m'en souviens.
16:59C'était pour fuir
17:00de justesse
17:00la catastrophe
17:01de ta pièce
17:02à la porte Saint-Martin.
17:03Tu pourrais préciser
17:04notre pièce.
17:06Elle ne soit pas
17:06de mauvaise foi.
17:07Tu sais très bien
17:08que la pièce
17:08n'a pas été
17:09jusqu'au deuxième acte
17:10et je n'ai pas écrit
17:11un mot du premier.
17:12Et guerre plus
17:12dans le second.
17:13Ah, tu vois.
17:14Je prends donc
17:15la catastrophe
17:16sur mon compte.
17:17Bien.
17:18Ajoutons
17:18l'infâme trahison de Mélanie,
17:20l'écrasante chaleur
17:21du mois d'août.
17:22Bref,
17:22je pars pour la Suisse.
17:24Un montant vert
17:25pour être précis.
17:27Dès le premier matin
17:28je vais dans la montagne.
17:29Je te fais grâce
17:30de la beauté
17:31du paysage.
17:32Et tout à coup
17:32que vois-je ?
17:33Que vois-tu ?
17:34Sur le sentier étroit
17:35qui longe le rocher
17:36la tête d'un mulet.
17:37Tu lui dis bonjour ?
17:38Je lui fais peur.
17:39Il recule.
17:40J'entends un cri de femme.
17:41Je bondis.
17:41Je retrouve le mulet
17:43qui avait disparu
17:43derrière le rocher.
17:45Mais tu m'écoutes ou quoi ?
17:47Ah oui, oui, bien sûr.
17:48Mais oui,
17:48alors tu retrouves la dame
17:49et le mulet aussi,
17:50sans doute.
17:51Et au moment
17:51où elle te tombe
17:52dans les bras,
17:53tu te réveilles en sursaut
17:54couvert de sueur.
17:54Voilà.
17:55Non, monsieur,
17:55je ne dormais pas.
17:57Et même que la dame
17:58était admis morte de frayeur.
18:00Je prends le mulet
18:00par la bride.
18:01Et la dame par le bras ?
18:02Elle était jeune et belle.
18:04Comme dans la chanson.
18:05On écoute,
18:05cesse de plaisanter
18:06ou je ne dis plus rien.
18:07Ah non, non,
18:07je t'écoute.
18:08Continue.
18:09Alors, alors,
18:10comment était la dame ?
18:13Son chapeau de paille
18:16était attaché à la selle.
18:18De longs cheveux
18:20débouclés par le vent
18:21lui couvraient le visage.
18:23J'apercevais ses yeux.
18:25Ses yeux, oui,
18:26ni les plus beaux yeux
18:26que tu aies jamais vus,
18:27je le sais déjà.
18:28Ce ne sont ni les premiers
18:29ni les derniers
18:30que tu as déjà vus ainsi.
18:31Malheureusement,
18:32elle était accompagnée
18:32par son chaperon,
18:33un certain monsieur de Moléon,
18:35dont le mulet avait renaclé
18:37pour franchir le passage difficile
18:38et qui m'a paru plus mort que vif.
18:40Son chaperon,
18:41tu en es sûr.
18:42Il suffisait de voir
18:43ses 100 kilos de graisse
18:44et sa tête de lévrier
18:45trop bien nourrie.
18:47N'importe,
18:47la présence de ce personnage
18:48me gênait considérablement.
18:51Elle devait gêner aussi
18:52cette charmante personne
18:53qui m'adressa à peine la parole
18:55tandis que nous revenions
18:56vers l'hôtel.
18:57Et il a même fallu
18:58que je consulte
18:59le livre des voyageurs
19:00pour connaître son nom.
19:02La baronne de Bergenheim.
19:07La baronne de Bergenheim.
19:12Ah, mais je comprends tout maintenant.
19:14Et il est inutile
19:15que tu me racontes
19:16la fin de ton histoire.
19:18Alors voilà,
19:18au lieu d'aller visiter
19:19la Franche-Comté
19:20comme nous l'avions prévu à Paris,
19:22tu m'as fait traverser
19:24vingt montagnes
19:25sous prétexte
19:25d'aller admirer ensemble
19:26des paysages
19:27dont tu rêvais
19:28depuis ton enfance.
19:29Eh bien, c'est indigne
19:30d'abuser ainsi
19:31de la confiance d'un ami.
19:32Et moi,
19:33qui me laissais mener
19:34par le bout du nez
19:35à deux lieux de Bergenheim.
19:38Attends, je n'ai pas fini.
19:40Écoute-moi.
19:43Je t'écoute,
19:44mais fais vite.
19:45Alors, tu as fait la cour
19:46à madame...
19:48D'abord en Suisse.
19:50Et puis à Paris.
19:53Parce que je l'aimais.
19:54Parfaitement, je l'aimais.
19:56Et je l'aime plus encore aujourd'hui.
19:58Il est bien évident
19:59que tu ne l'aimerais plus
20:00si elle t'avait dédaignée.
20:01Tu n'es pas un homme
20:03à soupirer longtemps en vain.
20:06Madame de Bergenheim,
20:08n'est pas sa majesté
20:09la reine Gobillot.
20:10Je ne te permets pas
20:11de manquer de respect
20:13à ma reine.
20:14Excuse-moi.
20:16La mode,
20:17jolie,
20:19assez spirituelle,
20:20fort aimable.
20:22C'est une de nos coquettes
20:24à 16 quartiers de noblesse
20:26et à 36 carats de vertu.
20:29Comme te voilà fiévreux.
20:33Allez, allons faire un tour
20:34dans le jardin.
20:35Nous prendrons l'air
20:36au clair de lune.
20:52Depuis la révolution de juillet,
20:54son mari vit sur ses terres,
20:56coupe ses bois
20:57et tue ses sangliers,
20:58sans s'inquiéter
20:59particulièrement d'elle.
21:01Aussi,
21:01Madame de Bergenheim
21:02passe-t-elle l'hiver
21:03et le printemps
21:03chez sa tante,
21:04mademoiselle de Corandelle,
21:06revêche, soupçonneuse,
21:07une vraie sorcière.
21:08J'ai réussi à me faire
21:09le mettre dans son salon.
21:10Pourtant,
21:10Pierre-Romand et toi,
21:11vous êtes très mal vus
21:11au Faubourg Saint-Germain.
21:13C'est exact.
21:14Par ailleurs,
21:15j'ai repoussé
21:16certaines avances
21:17des gouvernements actuels
21:18et refusé la Croix d'Honneur
21:19l'an dernier.
21:20Cela me lave
21:21à moitié de mes crimes.
21:22De plus,
21:23je passe pour
21:24en généalogie,
21:24ce qui m'attire
21:25quelques considérations.
21:26Et tu n'oublies pas
21:27qu'au noble Faubourg,
21:29je ne suis plus
21:29gerfaux du théâtre
21:30de la Porte Saint-Martin
21:31ou du libraire à la mode.
21:33Oui,
21:34avec tes idées de bourgeois,
21:36tu ne comprends peut-être pas.
21:37Un bourgeois, moi ?
21:38Je suis un artiste,
21:39entends-tu ?
21:41Ne se fâche pas.
21:42Je voulais dire simplement
21:43qu'en certains lieux,
21:45le titre de Vicomte
21:46a conservé
21:47une puissance de séduction
21:48que tu ne soupçonnes
21:49peut-être pas
21:50avec tes idées
21:50de l'an de grâce 1832.
21:52Je préfère ça.
21:53Continue.
21:55Vicomte, te disais-je,
21:57est une recommandation
21:57auprès de toutes les femmes.
21:59un je-ne-sais-quoi
22:00de cavalier
22:02qui convient bien
22:03à un célibataire.
22:04Oui, mais enfin,
22:04tout ça ne me dit pas
22:05où on sent les affaires
22:06avec la dame,
22:07mon cher Vicomte.
22:08Elle me suit.
22:10Elle s'est enterrée ici
22:11pour me fuir.
22:12Alors je suis venu.
22:15Voilà où est mon drame.
22:17Ici, tu ne peux pas
22:18me refuser
22:18ce que je vais te demander.
22:21Toi, je te vois venir.
22:23Tu connais Bergenheim.
22:25Tu iras le voir demain,
22:26quelques jours chez lui.
22:28Écoute-moi.
22:30Tu resteras dîner.
22:32Tu y verras
22:33mademoiselle de Corandeuil
22:34devant qui tu prononceras
22:35mon voyage pittoresque.
22:36Et avant le soir,
22:38elle m'aura invité
22:39à aller la voir.
22:41Écoute-moi,
22:42j'aimerais mieux te rendre
22:44tout service sauf celui-là.
22:46Non, je sais bien
22:46que les célibataires
22:48doivent se soutenir
22:48contre les maris,
22:49mais ça me donne
22:51des remords de conscience.
22:52Mais pourquoi, diable ?
22:53Enfin, tu n'ignores pas
22:54que j'ai jadis la vie
22:54de Bergenheim.
22:56Ben, je sais.
22:58Mais rassure-toi.
23:01Il ne court malheureusement pas
23:03de grands dangers
23:04jusqu'à présent.
23:09Alors, es-tu d'accord ?
23:14Ben, puisque tu le veux.
23:21Mais tu me jures
23:22que nous écrirons
23:23la chasse de Suzanne
23:23trois actes et quatorze tableaux.
23:25Car enfin,
23:26depuis ta nouvelle liaison,
23:27tu négliges furieusement
23:28ton art.
23:29Autant de tableaux
23:30que tu voudras.
23:32Alors, dans ce cas,
23:33je te promets
23:33de te suivre
23:34jusqu'au plus profond
23:35de l'abîme
23:36de tes imbécilités.
23:37Je me sacrifie
23:38à la chasse de Suzanne.
23:39C'est un escl pope.
24:09Sous-titrage MFP.
24:12Sous-titrage MFP.
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