00:00On les voit rire, pleurer, exulter, on les trouve parfois déraisonnables ou excessifs.
00:04Docteur, vous allez nous dire ce qu'il se passe dans la tête d'un supporter.
00:08Alors on parle des vrais supporters, pas des casseurs docteur.
00:10Oui, alors il y a une véritable tempête chimique dans le cerveau d'un supporter et ça commence avant le
00:14coup d'envoi.
00:15L'excitation va libérer de la dopamine et cette dopamine va être liée à l'anticipation de la récompense.
00:20Le match n'a pas commencé quand on a déjà une joie qui est très intense et les émotions sont
00:24très importantes.
00:25Vous allez vous identifier à un groupe, en fait vous ne supportez pas une équipe, vous appartenez à un clan.
00:30Et vous allez activer des zones dans le cerveau qui sont appliquées dans la définition du soi,
00:34ce qui veut dire que votre cerveau intègre littéralement votre équipe comme une extension de votre propre identité.
00:39Alors vous dites une tempête chimique dans le cerveau d'un supporter, mais il se passe quoi exactement durant le
00:44match ?
00:44En fait un supporter ne regarde pas un match de foot, il fusionne avec son équipe.
00:47Et ce n'est pas une vue de l'esprit.
00:49Lorsque vous regardez un joueur jouer, tirer, vous allez activer ce qu'on appelle des neurones miroirs.
00:53C'est des neurones qui s'activent en voyant quelqu'un faire quelque chose.
00:56Donc quand un attaquant tire et marque, vous avez votre cortex moteur qui s'active
01:01et vous avez l'impression que c'est vous qui avez tiré et que c'est vous qui avez marqué.
01:05Raison pour laquelle la joie est extrêmement intense et la testostérone varie au cours d'un match.
01:10Des chercheurs ont fait...
01:11Donc c'est un truc de mec, pardon ?
01:12Alors les femmes produisent également de la testostérone, mais en tout cas dans l'étude que je vais vous citer,
01:15ça a été fait chez des hommes.
01:17Coupe du Monde, 1994, Brésil-Italie, c'est la finale.
01:20Les chercheurs ont dosé la testostérone chez les Brésiliens et les Italiens.
01:24Et ils se sont rendus compte qu'en cas de victoire des Brésiliens, plus 20% de testostérone produit chez
01:29les supporters.
01:29Et en cas de défaite, moins 20%.
01:31Donc vous avez une variation chimique et hormonale.
01:34Et puis plus un match est à suspense, plus vous avez créé de cortisol l'hormone du stress.
01:38Ce qui fait qu'à la fin d'un match, on est tous au bout de notre vie parce que
01:41notre organisme est véritablement en état de stress.
01:44Bon, d'où les sentiments de joie ou de tristesse qui sont souvent très très intenses en cas de victoire
01:49ou de défaite.
01:49Des fois, ceux qui sont extérieurs à ça ne comprennent pas.
01:51Oui, ils sont parfois hermétiques, ils ne comprennent pas, mais c'est chimique.
01:54Ce n'est pas quelque chose de bizarre, c'est qu'en réalité la joie est très intense et immense
01:58puisque vous allez produire une très grande quantité de dopamine
02:00qui est d'autant plus importante que l'incertitude a été immense.
02:05Donc un match, c'est toujours à suspense, vous produisez beaucoup de dopamine.
02:08Et puis en cas de défaite, vous avez l'amidale cérébrale qui va s'activer.
02:12L'amidale cérébrale ?
02:12Oui, c'est une zone du cerveau qui est responsable de la douleur sociale, du rejet, de la perte.
02:16Donc quand votre équipe perd, c'est comme si vous littéralement, vous avez échoué à quelque chose de très important
02:22et vous avez une baisse brutale de la dopamine, ce qui fait qu'on a presque la gueule de bois
02:26après une défaite.
02:26Et puis paradoxalement, on ne comprend pas pourquoi certains supporters continuent de supporter une équipe qui perd.
02:31Alors certainement, il y a de l'attachement, il y a des valeurs.
02:33Mais on a également montré que plus l'incertitude était importante liée à une victoire, plus vous allez produire de
02:38la dopamine.
02:39C'est un peu le principe de la machine à sous.
02:41Et donc en réalité, un supporter vit littéralement un match avec des émotions très intenses.
02:45Et je vous l'ai dit au tout début, une tempête chimique dans son cerveau.
02:48Est-ce que vous pensez que c'est ça qui peut expliquer ?
02:49Vous avez vu le député Karl Olive qui a pété un plomb, qui est monté sur une voiture.
02:53Il s'en excusait d'ailleurs depuis.
02:55Il est monté sur le capot de la voiture.
02:56C'est ça, c'est le...
02:58Très certainement.
02:59Alors attention, parfois, vous savez, il y a la consommation d'alcool.
03:01Alors je ne dis pas de Karl Olive, mais la consommation d'alcool, vous savez, elle endort le cerveau.
03:05Et notamment, la première zone du cerveau qui est anesthésiée, c'est le cortex frontal à l'avant.
03:08C'est celui qui est responsable des décisions logiques, qui fait que vous n'allez pas courir tout nu dehors.
03:12Et que lorsque vous consommez de l'alcool, ce cortex, tout d'un coup, il s'éteint et vous vous
03:16mettez en quelque sorte à faire des choses déraisonnables.
03:18Ce n'est pas pour trouver une excuse au casseur, mais peut-être aussi interdire l'alcool dans les stades
03:23de foot.
03:23Vous avez fait quoi, vous, Louis Baudin et Jimmy Mohamed ? Vous êtes deux supporters du PSG.
03:27Moi, j'étais dans la rue à Montparnasse en train de prier et chanter avec les supporters.
03:31Moi, j'étais chez moi dans mon jardin à courir en rond.
03:33Vous avez des tours d'honneur de votre pelouse.
03:34Oui, voilà, exactement.
03:36On est bien, on est bien.
03:37Allez, merci.
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