00:00Affaire Crépole, est-ce que la justice a-t-elle enfin reconnu le racisme anti-blanc ?
00:05Un adolescent est mort et certains ont déjà transformé son meurtre en victoire idéologique.
00:11Depuis que la circonstance aggravante de racisme a été retenue dans l'instruction
00:16sur le meurtre du jeune Thomas Perretto à Crépole,
00:20une phrase, j'ai l'impression, tourne partout.
00:22La justice reconnaît enfin le racisme anti-blanc.
00:25Sauf que cette conclusion ne découle pas de la décision.
00:29Pour rappel, Thomas avait 16 ans lorsqu'il a été tué en novembre 2023 à la sortie d'un bal.
00:35Des témoins affirment avoir entendu des propos visant explicitement les blancs.
00:40Notamment en disant ceci, on est là pour planter des blancs.
00:44Les personnes mises en examen contestent ce mobile raciste
00:48et aucun procès n'a encore établi leur culpabilité.
00:51Mais soyons très clairs et limpides.
00:54Si des personnes ont été attaquées parce qu'elles étaient perçues comme blanches,
01:00ce mobile doit être effectivement examiné et s'il est prouvé, sanctionné.
01:04Personne ne doit être agressé, je l'ai toujours rappelé,
01:08en raison de sa couleur de peau, de sa race sociale.
01:12Le problème, ce n'est donc pas de protéger une victime blanche.
01:16Non, le problème, c'est le glissement idéologique qui se construit
01:20et qui consiste surtout à passer de
01:22une personne a peut-être été ciblée parce qu'elle était blanche.
01:26Ah, et c'est là que c'est très important.
01:28Les blancs sont désormais victimes d'une domination raciale en France.
01:32Ces deux phrases, pour être très clair, ne veulent absolument pas dire la même chose.
01:36Parce que le racisme n'est pas toujours utilisé de la même manière par le droit,
01:44dans le langage courant et dans les sciences sociales.
01:47Le droit, par exemple, cherche notamment à déterminer si un acte a été commis
01:51en raison de l'origine, de la religion, de la nationalité ou de l'appartenance réelle
01:56ou supposée de la victime à une prétendue race.
02:00Les sciences sociales, elles, ne s'arrêtent pas seulement à la haine entre deux individus.
02:05Elles interrogent aussi les rapports de pouvoir qui permettent à certains préjugés
02:11de produire des discriminations répétées dans l'emploi,
02:14dans le logement, j'en ai déjà parlé, dans l'école, dans la police et les institutions.
02:20Dans, par exemple, l'ouvrage que j'aime beaucoup de Keown West,
02:22qui s'appelle « Je ne suis pas raciste, mais »
02:25qui est lui professeur de psychologie à l'université de Londres et diplômé d'Oxford,
02:29ce dernier cite le fameux Stockley Carmichael.
02:32À la page 198, il dit ceci, je cite.
02:35Le racisme n'est pas une question d'attitude, mais de pouvoir.
02:38Cela ne signifie pas que les insultes ou sinon les violences visant des personnes blanches
02:44seraient acceptables.
02:45Non, du tout.
02:46Il ne faut pas méprendre ce que je dis.
02:48Cela signifie qu'une hostilité individuelle et un système de domination
02:53ne sont pas deux phénomènes équivalents.
02:55Vous comprenez ?
02:56Par exemple, dans un autre ouvrage que j'aime beaucoup, qui s'appelle « La domination blanche »
02:59de Solène Brun et Claire Kosker, que vous voyez juste ici,
03:03ces dernières citent Joao Gabriel à la page 125, qui écrit ceci, je cite.
03:07Parler de racisme anti-blanc, c'est confondre ce qui relève des émotions, de la colère
03:12et de ce qui a trait aux discriminations.
03:14En d'autres termes, c'est confondre les relations interpersonnelles et les rapports sociaux.
03:19Disons-le autrement maintenant.
03:21Une personne non-blanche peut éprouver de la haine envers les blancs, bien sûr.
03:27Elle peut les insulter.
03:28Elle peut commettre de la violence en les ciblant pour leur couleur de peau.
03:31Mais cela ne prouve pas l'existence, pour être très cru avec vous, en France,
03:36d'un système qui désavantagerait structurellement les personnes blanches
03:41parce qu'elles sont blanches.
03:43Vous comprenez ?
03:43Et l'expression « racisme anti-blanc » n'est pas politiquement neutre.
03:47Toujours dans l'ouvrage « La domination blanche »,
03:49Solène Brun et Claire Kosker retracent de la page 123 à la page 125
03:55sa trajectoire dans le débat public français.
03:58On parle d'abord d'un sujet qui est porté et popularisé par des milieux d'extrême droite,
04:04puis ensuite elle s'est progressivement banalisée jusqu'à être présentée comme
04:08le miroir parfaitement symétrique du racisme subi par les minorités.
04:13Mais tous les phénomènes ne deviennent pas des « symétriques »
04:18simplement parce qu'on utilise le même mot, vous comprenez ?
04:20Et puis il y a cette formulation rapportée dans l'affaire.
04:23« La race blanche et la nation française ».
04:25Depuis quand être blanc et être français seraient-ils synonymes ?
04:29Une personne noire peut être française ?
04:31Une personne arabe peut être française ?
04:34Une personne asiatique peut être française ?
04:37La nation française n'est pas une catégorie raciale.
04:40Combien de fois je vais le dire ?
04:41Les catégories raciales ne correspondent pas à des groupes biologiques humains clairement séparés.
04:47Pour rappeler encore les races sociales, ce sont tout simplement des catégories sociales
04:51produites par une histoire, puis utilisées pour classer, hiérarchiser et traiter différemment
04:57des populations.
04:58Alors oui, si le jeune Thomas qui a été tué et d'autres victimes ont été visés
05:02parce qu'ils étaient perçus comme blancs, la justice doit l'établir et le sanctionner.
05:07Mais non, cela ne démontre absolument pas que les blancs seraient maintenant devenus
05:11un groupe racialement dominé en France.
05:14Le meurtre de Thomas, vous l'avez compris, mérite bien sûr une enquête rigoureuse.
05:18Elle mérite la vérité, elle mérite la justice et elle ne mérite pas d'être transformée
05:22en carburant pour transformer une guerre raciale.
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