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  • il y a 29 minutes
Florent Thebault, vice-président Europe du Sud chez Synopsys, était l'invité de François Sorel dans Tech & Co, la quotidienne, ce mercredi 27 mai. Il s'est penché sur l'envoi d'un jumeau numérique sur la Lune sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au jeudi et réécoutez-la en podcast.

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Transcription
00:01Tech & Co, la quotidienne, l'invité.
00:05Florent Thébaud est avec nous, bonsoir Florent.
00:07Bonsoir.
00:07Vous êtes le vice-président Europe du Sud de chez Synopsys.
00:11Synopsys qui va envoyer des jumeaux numériques sur la Lune.
00:17En fait, vous allez nous expliquer ce qu'est Synopsys.
00:20Vous allez travailler avec la mission Artemis de la NASA.
00:25Prestigieux, bravo, félicitations,
00:27parce que j'imagine que la concurrence est rude dans ce type de partenariat.
00:31Est-ce que vous pouvez nous présenter Synopsys, déjà ?
00:34Alors, tout à fait. Synopsys, historiquement, c'est le leader mondial du design,
00:38de la conception de microprocesseurs, de semi-conducteurs.
00:42À l'été 2025, Synopsys a intégré la société Ansys,
00:47qui était le leader mondial de la simulation numérique physique.
00:50D'accord.
00:50On va y venir à la Lune, du coup.
00:53Et pourquoi tout ça ?
00:54Parce qu'en fait, on s'aperçoit qu'il y a des grandes tendances de marché
00:56qui sont comment les concepteurs de microprocesseurs
00:59prennent en compte les phénomènes physiques,
01:01mais également les industries plus lourdes,
01:04dont par exemple l'industrie spatiale,
01:05comment elle va, elle, modéliser les phénomènes physiques,
01:09mais également de plus en plus intégrer des microprocesseurs
01:11dans ces systèmes,
01:13et du coup pouvoir avoir une chaîne complète
01:15qui va du microprocesseur jusqu'au phénomène physique.
01:18D'accord.
01:18Pour en revenir au spatial,
01:21en fait, on n'en est pas notre galo d'essai
01:22sur la partie simulation physique et système de chez Synopsys.
01:28En fait, on avait déjà collaboré sur la DART Mission,
01:30je ne sais pas si ça vous parle.
01:31Oui.
01:31C'est quand, pour la première fois,
01:32l'humanité a dévié la trajectoire d'astéroïdes,
01:36qui était un événement assez unique.
01:38On avait également contribué...
01:39C'est un espèce d'entraînement au cas où,
01:41un jour, on se retrouve avec une météoïde
01:42qui nous fonce dessus.
01:44Exactement.
01:45Et donc, en fait, Synopsys va représenter virtuellement
01:47l'environnement spatial ou les conditions physiques
01:50qui vont être trouvées dans l'environnement spatial.
01:51Parce que vous vous doutez bien,
01:52c'est très compliqué de faire du prototypage.
01:53Oui.
01:54Et encore plus de reproduire ces conditions ici, sur Terre.
01:57Donc, on ne peut pas se permettre quelque part de le faire.
01:59Donc, on est obligé d'utiliser la modélisation numérique.
02:00Alors, donc là, ça nécessite énormément de puissance de calcul, j'imagine ?
02:04Oui, tout à fait.
02:05Mais également des modèles physiques,
02:06des modèles physiques avancés.
02:08Et donc, si on en revient à Artemis, Artemis 2,
02:11en fait, on travaille avec la NASA sur trois sujets principaux.
02:14Le premier, vous savez, aller sur la Lune,
02:16c'est pour que les cosmonautes puissent faire des missions.
02:18Ces cosmonautes, ils ont une combinaison.
02:20Cette combinaison, elle est soumise à des rayonnements,
02:22à du plasma spatial,
02:23qui peuvent provoquer des décharges électrostatiques,
02:26des batteries, des combinaisons.
02:27Et vous doutez bien qu'avoir un cosmonaute
02:28qui n'a plus de batterie au milieu d'un champ lunaire,
02:32ça fait des ordres.
02:33Ça fait penser un peu à Gravity, ça s'est mal passé à la fin.
02:35Exactement.
02:36Donc, l'idée, c'est de pouvoir le modéliser
02:37et s'assurer que cette batterie
02:38va tenir la charge dans les conditions lunaires.
02:41On peut parler des températures aussi,
02:42où on sait quand on est face soleil ou face ombre,
02:45on a des amplitudes thermiques complètement différentes.
02:47C'est là ce que vous faites, si j'ai bien compris, c'est génial.
02:50C'est-à-dire que vous arrivez à recréer un jumeau
02:53de toutes ces pièces sensibles, c'est ça ?
02:56Exactement.
02:56C'est-à-dire qu'on va modéliser ces pièces
02:58et on va recréer l'environnement physique
03:00auquel elles vont être soumises.
03:01Contraintes de température, champs de plasma, radiation, etc.
03:04Et voir si elles tiennent le coup, le choc en fait.
03:08Exactement, parce qu'on pourra difficilement
03:09envoyer un courageux cosmonaute et lui dire
03:11« Bon courage, on va voir si ça marche ou pas. »
03:14Exactement.
03:15Donc l'idée, c'est ça, c'est de s'assurer
03:16que quand le cosmonaut va partir en mission,
03:18sur sa batterie, il est tranquille,
03:21il peut y aller les yeux fermés,
03:22ça va fonctionner.
03:23Le deuxième sujet, là on a un partenariat
03:25avec la société Césium.
03:27Cette société, elle a modélisé la topologie de la Lune.
03:29Parce que l'objectif de la NASA,
03:30c'est de créer un réseau de communication sur la Lune
03:32pour permettre aux véhicules lunaires,
03:34aux cosmonautes, à la station ou à la base lunaire,
03:37j'ai entendu, vous l'aviez mentionné tout à l'heure
03:38dans votre émission,
03:39de pouvoir assurer la communication.
03:42Parce que là encore, perdre le lien
03:44avec un astronaute ou avec un véhicule,
03:46ça fait désordre.
03:46Et ce ne serait pas possible,
03:47et c'est très complexe.
03:47C'est sûr.
03:48Donc là, avec des modèles électromagnétiques
03:50et également cette topologie lunaire,
03:51donc prendre en compte les cratères,
03:52les roches, etc.,
03:53on est capable d'avoir des modèles
03:55qui vont nous permettre de s'assurer
03:56que ce réseau de communication,
03:57je veux dire un jumeau numérique
03:58de ce réseau de communication,
03:59va être fonctionnel.
04:00Et là, c'est quoi ?
04:01C'est la 4G ?
04:01C'est du Wi-Fi ?
04:02Ils bossent sur quoi, là ?
04:04Alors, on parle de réseau Internet,
04:06de réseau de communication.
04:08Je pense qu'ils testent plusieurs hypothèses.
04:10On n'est pas forcément dans tout le secret des dieux.
04:11D'accord.
04:12Nous, on vient avec...
04:13Oui, mais si vous simulez tout ça,
04:13vous le savez, en fait, plus ou moins, non ?
04:15Oui, tout à fait,
04:16mais on peut simuler plusieurs hypothèses
04:17parce qu'il peut y avoir des notions
04:18est-ce que le véhicule va avoir
04:20le même système de communication,
04:21par exemple, pour son guidage,
04:22il est autonome ?
04:23Est-ce que le cosmonaute,
04:24son réseau de communication
04:24va peut-être être différent
04:25de sa géolocalisation ?
04:26Enfin, il peut y avoir plusieurs degrés.
04:29Et le troisième point,
04:30c'est que tous ces dispositifs
04:32vont avoir des antennes.
04:33Et là, on vient aussi aider la NASA
04:34à faire des jumeaux numériques
04:36de ces antennes
04:36pour optimiser leur fonctionnement.
04:38On peut parler de consommation d'énergie,
04:40on peut parler...
04:40s'assurer que la communication
04:41se passe bien,
04:42y compris avec des contraintes
04:44qu'on ne connaît pas réellement
04:45ou qu'on ne peut pas reproduire
04:46physiquement sur Terre.
04:47D'accord.
04:48Et vous arrivez à avoir
04:50une précision, on va dire,
04:51un taux de réalisme
04:54qui est hyper élevé.
04:56Est-ce que vous arrivez à chiffrer ça ?
04:57Très, très proche de la réalité
04:58parce qu'en réalité,
04:59la modélisation numérique,
05:00elle est partout autour de vous.
05:01Je vois que devant vous,
05:02vous avez un ordinateur portable,
05:03vous avez probablement
05:03un smartphone dans la poche.
05:05Mais quand vous prenez l'avion,
05:06quand vous prenez le train
05:07ou quand vous allumez
05:08à l'électricité chez vous,
05:10la centrale nucléaire
05:11qui produit l'énergie,
05:12elle a des jumeaux numériques
05:15virtuels
05:15qui ont été utilisés
05:17avec nos outils
05:17pour assurer de la fiabilité
05:19et de la sécurité
05:21de ces équipements-là.
05:22Parce que là encore,
05:22il y a des prototypes
05:23qui sont très complexes à faire.
05:24On peut difficilement dire
05:25tiens, on va prendre un avion,
05:26on va le crasher
05:27et on va voir ce qui se passe.
05:29Tiens, notre centrale nucléaire,
05:30on va la pousser hors des limites
05:32et ça a mal se passé.
05:34Donc finalement,
05:35la simulation numérique
05:36a démarré dans les années 80,
05:37donc ce n'est pas quelque chose
05:37de récent, 70-80.
05:39Et elle a pris une ampleur
05:40avec la puissance de calcul
05:42qui suit
05:42parce que plus la puissance
05:43de calcul augmente,
05:44plus on est capable
05:45de reproduire l'environnement,
05:46plus on est capable
05:46de traiter des phénomènes complexes.
05:48Donc grâce à vous,
05:49ça évite des accidents,
05:51ça évite des pannes,
05:53des dysfonctionnements,
05:54on est d'accord ?
05:55Exactement.
05:55Ou on vient même optimiser
05:57les équipements
05:57qu'on a aujourd'hui.
05:58Ce qui est incroyable,
05:59c'est qu'il y a 50 ans,
06:00lors des premières missions lunaires,
06:01il n'y avait pas tout ça.
06:02Non.
06:03C'est dingue ?
06:03C'est dingue,
06:04mais aujourd'hui,
06:05les missions lunaires
06:06de l'époque étaient une prouesse,
06:07mais aujourd'hui,
06:08on parle quand même
06:09d'installer une station lunaire
06:10avec des gens à résidence.
06:12Ça rentrera un peu
06:13dans la banalité
06:14dans quelques années finalement.
06:15Tout à fait,
06:15mais l'utilisation
06:16de la modélisation numérique
06:17est déjà dans la vie
06:18de tous les jours.
06:18Parce que j'essaye
06:19de vous passer comme message
06:20sans s'en rendre compte,
06:22tous nos concitoyens,
06:23sans le savoir.
06:25Sans le savoir.
06:27On parle beaucoup
06:28de jumonumérique
06:29dans le domaine de la santé.
06:30Oui.
06:30Est-ce que c'est un sujet
06:31que vous traitez aussi ?
06:33Alors,
06:34c'est un sujet qu'on traite.
06:35Dans le domaine de la santé,
06:36on peut parler des équipements,
06:38il peut y avoir des scanners,
06:39des machines opératoires,
06:40etc.
06:40Donc là,
06:40on est sur de l'équipement,
06:41donc on sait plutôt
06:42sur notre cœur de métier.
06:43C'est-à-dire que là,
06:44vous allez vérifier
06:44qu'une machine
06:45va bien fonctionner
06:45dans des conditions extrêmes,
06:47etc.
06:48Exactement.
06:48Moi,
06:49je parlais plutôt
06:49des jumeaux numériques,
06:50on va dire,
06:51pour reproduire un organe,
06:54des cellules,
06:54des choses comme ça.
06:55On travaille dessus,
06:56on a beaucoup de partenariats
06:56avec des universités,
06:57avec des centres hospitaliers.
06:58Donc là,
06:59c'est mondial,
06:59c'est à travers le monde,
07:00ça peut être local.
07:02L'idée,
07:03la clé de tout ça,
07:04c'est de pouvoir faire
07:05du patient spécifique.
07:06Si demain,
07:06on est capable
07:08de dire,
07:08je prends un patient lambda,
07:10je suis capable
07:11de reproduire
07:12ces conditions biologiques
07:13et de pouvoir anticiper
07:15ce qui va se passer
07:16si j'applique
07:17tel ou tel traitement
07:18ou telle chirurgie.
07:19C'est-à-dire que là,
07:19le traitement sera virtuel,
07:20c'est-à-dire qu'on saura
07:23numériquement
07:23s'il y aura un résultat
07:24ou pas.
07:25Mais on l'a déjà fait,
07:25en fait.
07:26Il faut savoir
07:27que quand on déploie
07:27un stent,
07:28on est capable aujourd'hui
07:29de prendre
07:31votre système sanguin
07:32et d'aller chercher
07:33le bon stent
07:34qui va venir corriger
07:35parce qu'en fonction
07:36de votre topologie
07:38artérielle.
07:38D'accord.
07:39Par exemple,
07:39vous et moi,
07:39on ne va peut-être pas
07:40avoir besoin
07:40d'un même dispositif.
07:41Et plutôt que d'essayer
07:42un premier dispositif,
07:43ah,
07:43ce n'est pas le bon,
07:44on en remet un deuxième.
07:45Oui,
07:45c'est embêtant.
07:46On vient scanner
07:46et on se dit
07:47on va essayer
07:48d'avoir le bon dispositif
07:48du premier coup.
07:49Et ça,
07:49c'est rentré dans le quotidien
07:50des cardiologues
07:51ou des chirurgiens
07:52cardiologues ?
07:53Ça y vient de plus en plus.
07:54Ça y vient de plus en plus
07:55parce que pour eux,
07:56c'est aussi un gain
07:57de temps.
07:58C'est un gain financier
08:00aussi pour notre système
08:01de santé
08:01puisqu'on s'assure
08:01d'un seul dispositif.
08:03Et puis,
08:03c'est aussi un gain
08:04de pouvoir anticiper
08:05des imprévus.
08:06Parce que si on a modélisé
08:07le patient
08:07avant de venir intervenir,
08:10on s'évite quelque part
08:11des mauvaises surprises.
08:12C'est clair.
08:13Qu'est-ce qu'il reste
08:15à numériser,
08:16à créer en jumeaux numériques ?
08:18Vous avez,
08:18il y a un objectif,
08:20il y a quelque chose
08:20qui est très compliqué
08:21à reproduire numériquement
08:23que vous aimeriez
08:24réussir à faire ?
08:25Aujourd'hui,
08:26vous savez,
08:26toutes les sociétés
08:27repoussent un peu
08:28leur R&D
08:29au-delà des limites
08:31parce que la compétition
08:32est féroce.
08:33Donc finalement,
08:34la complexité
08:35vient du couplage
08:36des phénomènes physiques.
08:37Ça ne veut pas dire
08:37qu'on n'est pas capable
08:38de le faire.
08:38Mais plus la puissance
08:39de calcul augmente,
08:41plus on est capable
08:43de traiter
08:43des phénomènes complexes.
08:44Le point qui peut être
08:45un peu,
08:46on va dire,
08:47très novateur,
08:48ça va être
08:48quel rôle va jouer
08:49l'intelligence artificielle
08:51dans ces processus R&D
08:53et dans ces modélisations
08:54numériques.
08:55Et là,
08:56on essaye d'être
08:56un petit peu précurseur.
08:57Le premier point,
08:58c'est pour avoir
08:59des modèles
09:00d'intelligence artificielle
09:00qui optimisent
09:01nos algorithmes,
09:02donc qui rendent
09:03quelque part
09:04l'interface utilisateur
09:05et l'outil
09:06plus performant.
09:07Mais demain aussi,
09:08comment on aimerait
09:09être les premiers
09:10à pouvoir mettre
09:10sur le marché
09:11ce qu'on appelle
09:12l'agentic AI,
09:13donc des agents virtuels
09:14qui vont pouvoir venir
09:15faire tourner
09:16des modèles numériques
09:17pour permettre à l'ingénieur
09:18d'être plutôt
09:19en prise de décision,
09:20on va dire qu'être
09:21en opération.
09:23Et là,
09:23c'est sur la bonne voie aussi ?
09:24Sur la bonne voie.
09:26Ça fait partie
09:27de notre plan stratégique.
09:28On avance très vite.
09:29Il y a des choses
09:29qui vont arriver
09:30dans les prochains mois,
09:31les prochaines années,
09:31très rapidement.
09:33Passionnant tout ça.
09:34Merci beaucoup,
09:36Florent Rappleront,
09:37vous êtes le vice-président
09:38Europe du Sud
09:38chez Synopsis.
09:40Florent Thébault,
09:40donc.
09:41Merci beaucoup.
09:42Merci à vous.
09:42Sous-titrage Société Radio-Canada
09:42Sous-titrage Société Radio-Canada
09:42Sous-titrage Société Radio-Canada
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