00:04C'est Emmanuel Lipsic qui est avec nous ce soir, bonsoir Emmanuel, vous êtes le CEO de IPFC,
00:10vous êtes une startup qui a été fondée par deux entrepreneurs donc vous-même et Thomas Cohen et
00:16rejoint récemment par Guillaume Lacroix qui est le fondateur de Brut entre eaux et IPFC ça veut
00:21dire Intellectual Property for Creators c'est ça ? Absolument, on est la première société de gestion
00:27collective à gérer les problématiques d'IP sur IA, de propriété intellectuelle. Voilà le droit
00:34d'auteur. C'est quoi le problème aujourd'hui des droits d'auteur face à l'IA ? Alors on
00:40est dans
00:42un Far West total, il faut bien se rendre compte. Parce qu'il y a un flou juridique aussi qui
00:46est
00:46monstrueux non là dedans ? Absolument on est dans un Far West total, il faut se rendre compte déjà de
00:50l'ampleur des dégâts, il y a aujourd'hui une statistique, juste un chiffre qui est vraiment
00:56parlant. D'ici la fin de l'année 90% de tous les contenus digitaux passeront en tout ou en
01:02partie
01:02par l'IA générative. Donc c'est considérable. Alors ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l'année
01:08dernière il y avait 10 millions de contenus qui étaient produits par l'IA, donc full IA, qui étaient
01:14diffusés sur les réseaux sociaux, sur Instagram. Donc vidéos, musique, enfin voilà. Absolument.
01:20Photos aussi, j'imagine ? Photos, bien évidemment il y a des deepfakes dans tous les sens, et on est
01:25passé de 10 millions il y a un an à
01:2780 millions, ça veut dire 1000 contenus par seconde qui sont produits par l'IA, avec dedans évidemment des
01:34problématiques de deepfakes et de l'IP, ce qu'on appelle de l'IP, c'est-à-dire de la
01:37propriété
01:38intellectuelle qui est présente dans tous ces contenus, de la musique, de la photo, de la vidéo. Et donc on
01:43a
01:43aujourd'hui une problématique gigantesque avec deux mondes qui n'arrivent pas à se parler. D'un côté on a
01:48une
01:48une galaxie de créateurs, de talents, de personnalités publiques, d'industries créatives. D'humains, on va dire.
01:54Exactement, absolument, c'est notre sujet l'humain. Donc on a une galaxie de talents humains qui nourrit ces contenus,
02:04et de
02:04l'autre côté on a des IA, des modèles d'IA, d'ailleurs qui sont protéiformes, il y a évidemment
02:10les gros modèles d'IA, mais il y a des plateformes qui agrègent aussi des technologies d'IA, et qui
02:15produisent ce
02:16contenu, et qui cherchent, elles, à rentrer sur le marché régulier. On a donc le marché de la
02:21licence. Donc on a deux mondes qui veulent se rejoindre, et qui n'y arrivent pas, avec des
02:26enjeux considérables dans cinq ans, puisque le marché de l'IA dans cinq ans, il est estimé
02:32global à 1 500 milliards, et le marché de l'IP qui va être versé sur cette enveloppe de
02:401 500 milliards, c'est 100 milliards par an. Donc nous, notre objet, c'est de créer des ponts entre
02:45ces deux
02:46écosystèmes, d'un côté les créateurs, de l'autre côté les modèles d'IA qui veulent rentrer sur la
02:50licence, et de favoriser cet échange monétaire, puisque nos membres sont des créateurs, et notre
02:58objet c'est vraiment de créer les conditions favorables de la licence de demain. Mais comment
03:04faire ? C'est-à-dire que là, il faut remettre à plat en fait toutes les lois, toutes les
03:09réglementations,
03:10pour construire quelque chose où l'IA et les droits d'auteur peuvent s'entendre. Déjà, ça ne va pas
03:16être facile ça, mais vous avez une solution technologique pour ça, ou vous êtes simplement des, on va dire, des
03:21facilitateurs, des médiateurs ?
03:22En fait, c'est uniquement un changement de point de vue. Il y a un cas d'usage qu'on
03:26utilise souvent, parce qu'il est parlant, c'est le cas d'usage de Miyazaki, il y a un peu
03:30plus d'un an, le studio Ghibli Miyazaki, OpenAI pour la sortie de son modèle GPT-4, ça a l
03:36'air d'être, il y a une éternité.
03:39Il y a une éternité, et c'est vrai que tout le monde s'amusait à faire ces photos comme,
03:44ben voilà, un peu...
03:45À la façon du studio Ghibli, en fait, c'est ce qu'on mettait dans les promptes. Le prompt, c
03:49'est hyper important, parce que c'est l'endroit où se crée le contenu.
03:53Et donc, il y a eu en une semaine, à l'époque, 700 millions d'images produites en une semaine,
03:58c'est vraiment le premier tube de l'IA.
04:00Et dans chacun... Donc Miyazaki, lui, le pauvre, il n'arrivait pas à faire respecter... Tous ses films ont été
04:06absorbés, et les 700 millions de contenus ont été produits sans qu'il donne son autorisation, évidemment, sans qu'il
04:11soit rémunéré.
04:12Pourquoi ? Parce que les modèles d'IA, et c'est la spécificité de l'IA générative avec la création,
04:19c'est qu'elles transforment les oeuvres.
04:20C'est vraiment le changement majeur, c'est que l'oeuvre est transformée, elle perd son statut solide qu'elle
04:26a eu pendant si longtemps.
04:29Incarnée par un créateur, en fait, ça devient une espèce de...
04:32Ça devient un style. En fait, on extrait des oeuvres un style, et Miyazaki n'est pas protégé dans cette
04:40configuration.
04:41Pourquoi ? Parce que ce qui est rentré en input est trop différent de ce qui est en output pour
04:46être protégé par le droit d'auteur et le copyright.
04:48Donc le marqueur historique, l'oeuvre, ne fonctionne plus.
04:52Et nous, là où on intervient pour protéger et rémunérer, c'est en changeant de paradigme,
04:59on est très pragmatique, on regarde quel est le marqueur qui est utilisé systématiquement dans l'IA générative,
05:04c'est le non au moment du prompt, et c'est ça qu'on protège.
05:07Si je reviens à l'exemple de Miyazaki, 700 millions d'images, sans aucune exception dans les promptes,
05:14il a été mentionné le nom Ghibli ou Miyazaki, et c'est ce nom qu'on protège,
05:19puisque l'idée, c'est avec IPFC, on n'est pas une solution technique,
05:23on est vraiment une société de gestion collective, c'est très particulier,
05:26comme modèle, c'est un très beau modèle, c'est un modèle français historiquement,
05:31et on l'adapte aux problématiques d'aujourd'hui.
05:35Et donc, nous, notre angle, c'est d'avoir des membres des industries créatives,
05:41des créateurs, des personnalités publiques, sur des industries transversales,
05:45la musique, le cinéma, le sport, le luxe, qui ont tous en commun d'avoir leur nom
05:50qui est appelé par l'IA générative.
05:51Donc, ils inscrivent leur nom chez nous, et on leur offre des services de protection,
05:58parce que ça commence comme ça, pour ouvrir à la licence de main,
06:02il faut d'abord protéger son IP.
06:04Aujourd'hui, c'est le Far West, donc on commence par protéger l'IP.
06:06Mais comment réagissent les OpenAI, les Google, parce que c'est eux qui ont la clé ?
06:16Absolument, nous, on parle à ces deux écosystèmes,
06:19donc les créateurs d'un côté et les modèles d'IA de l'autre.
06:22Ce qui est très intéressant, c'est qu'on est dans ce qu'on appelle le moment Napster-Spotify,
06:27on a bien cette image, le premier acteur régulé prend le marché.
06:30Donc, il y a une course en réalité, l'image qu'on a aujourd'hui de l'IA qui vole,
06:35qui pille, etc.,
06:36ce n'est pas du tout ça la réalité du marché,
06:38c'est comment accéder de manière régulée à un écosystème créatif de façon simple.
06:43Et il n'y a pas de solution qui existe dans le monde entier.
06:46On est la première société de gestion collective au monde à organiser les échanges
06:51avec cette colonne vertébrale du nom dans le prompt.
06:55Et c'est très efficace, parce qu'on est contacté par des grands modèles et d'autres petits modèles,
07:00d'autres plateformes.
07:02Donc, il y a des usages B2C, des usages B2B.
07:04Donc, on observe la place stratégique que prennent chacun des modèles d'IA.
07:11Oui, mais je pense que c'est même pour les grands modèles leur intérêt de régler ce souci-là,
07:15parce qu'au bout d'un moment, ça va leur coûter très cher, je pense.
07:18Et s'ils veulent gagner une espèce de légitimité à être numéro un,
07:22il va falloir qu'ils rentrent un peu dans le rang, finalement.
07:26Oui, mais cette façon de rentrer dans le rang, c'est une façon de voir qui est un petit peu
07:32datée déjà.
07:34En fait, elles veulent être les premières à proposer de la licence.
07:38Donc, il y a des cas d'usage B2B.
07:41Je peux donner un exemple pour qu'on comprenne bien.
07:44On était à Cannes la semaine dernière, donc on était sur le sujet du cinéma.
07:49Si une IA de scénario veut utiliser des scénaristes connus,
07:54d'Aaron Sorkin, etc., comme Script Doctor,
07:58ou pour aider à réaliser un scénario,
08:02en fait, les scénaristes peuvent décider d'ouvrir à la licence.
08:04Et ce qui est très intéressant, c'est que le scénario qui en résulte
08:08devient une nouvelle œuvre dans laquelle le scénariste qui a été prompté,
08:12lui, il devient partie prenante de cette œuvre.
08:14Tout à fait, et donc il est rémunéré et il est auteur, en fait, de cette...
08:19Moi, je viens du milieu de la musique.
08:20Donc, à l'époque, il y a toujours un peu d'avance avec la musique.
08:23Donc, à l'époque, il y avait le sample dans le hip-hop
08:26et c'est un peu la version XXL du sample.
08:30Exactement.
08:31Et on se souvient qu'au début, le sample, c'était un...
08:33Enfin, tout le monde criait au scandale, parce que c'était...
08:35Exactement.
08:36Voilà, on se souvient de plein de chansons, évidemment,
08:37qui avaient marqué les esprits.
08:39Merci beaucoup, Emmanuel Ipsic, CEO, donc, de IPFC.
08:43Très intéressant comme sujet.
08:44Évidemment qu'il n'en est qu'à son début,
08:46donc on aura l'occasion d'en reparler.
08:47Et on se souvient d'en reparler.
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