- il y a 15 heures
Le magazine Society publie la deuxième partie de son enquête sur les réseaux de Jeffrey Epstein à Paris. Elle nous éclaire sur les relations qu'entretenait Jeffrey Epstein avec Caroline Lang et Jack Lang mais aussi avec l'agent de mannequins Daniel Siad. Les coauteurs de cette enquête, Emmanuelle Andreani et Anthony Mansuy sont les invités de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 21 mai 2026.
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00:03Il est 8h17, face à Fogiel, l'interview de Marc-Olivier Fogiel, on se souvient que sur l'affaire Epstein,
00:08vous aviez reçu ici même Jack Lang, interview assez marquante d'ailleurs il y a quelques semaines.
00:12Et bien il y a du nouveau, grâce à deux journalistes d'une enquête, enquête édifiante publiée par le magazine
00:17Society.
00:17Ils s'appellent Emmanuel Andréani et Anthony Mansui et ils sont donc vos invités Marc-Olivier.
00:22Bonjour à tous les deux.
00:23Bonjour.
00:24Merci d'être là. La première partie de l'enquête a été un énorme succès, Society a tiré à plus
00:28de 150 000 exemplaires.
00:29Ce matin, deuxième partie de l'enquête, elle débute l'enquête en mars 2012, quand Jeffrey Epstein atterrit à l
00:35'aéroport du Bourget.
00:36Et ce que vous racontez, c'est qu'il vient à Paris d'abord pour sauver son image après sa
00:40condamnation.
00:42Pourquoi tente-t-il d'enterrer son passé judiciaire et pas chez lui aux Etats-Unis ?
00:46Pourquoi vient-il en France chercher à tisser un réseau pour se crédibiliser ?
00:53En fait, Jeffrey Epstein a été condamné en 2008 pour l'affaire qu'on connaît sous le nom des mineurs
01:00de Palm Beach, des jeunes filles mineures qui faisaient venir chez lui et qui payaient en échange de massages et
01:04de faveurs sexuelles.
01:06Il s'en est tiré avec une condamnation assez légère, donc il a fait un an de prison, puis une
01:11période de résidence à surveiller à domicile.
01:15Et quand il revient en France, enfin quand il a cet appartement à Paris depuis longtemps, quand il revient en
01:19France,
01:21c'est déjà une de ses premières destinations après sa libération, parce qu'il a envie de se sentir libre,
01:25qu'il aime beaucoup Paris, il y a ses habitudes.
01:27Et en fait, tout son objectif, c'est de faire oublier cette condamnation, qui en réalité ne cesse de pourrir
01:34un peu son image,
01:35parce qu'il y a d'autres affaires qui sortent, etc. Donc il a besoin à tout prix d'améliorer
01:42sa réputation,
01:42et donc de se faire des nouvelles relations qui vont être des garants pour lui ouvrir des portes, etc.
01:47C'est exactement ça, nouvelle relation, et grâce à Woody Allen, puisque c'est grâce à Woody Allen qu'il
01:52rentre dans la capitale,
01:54et là, ce qu'il veut faire, c'est tisser sa toile, et notamment avec Jack Lang,
01:59et on voit bien que le système qui le lie à Jack Lang, c'est un système d'argent.
02:04C'est ça, en fait, il a toujours un peu fonctionné comme ça, c'est-à-dire de prendre une
02:08personne,
02:09de se rendre indispensable auprès de cette personne, ou de se lier d'amitié pour avoir accès à une autre,
02:13et ce que vous disiez, c'est en fait, effectivement, le contexte, c'est qu'il est tricard aux Etats
02:17-Unis,
02:17il veut venir en France, parce que là, il est beaucoup plus tranquille,
02:20il y a un contexte culturel aussi plus favorable avec ce genre de personnage,
02:23et par rapport à Jack Lang, effectivement, il y a une relation qui s'est tissée avec le temps,
02:30Epstein, lui, il a toujours eu l'obsession aussi d'accéder aux plus hautes sphères du pouvoir,
02:33notamment en France, il a essayé de se rapprocher de conseillers de Sarkozy,
02:36et avec Jack Lang, l'idée, c'est aussi de se rapprocher de François Hollande,
02:39il a essayé de voir, pas de François Hollande, mais des pouvoirs français à l'époque, en 2012,
02:43après l'élection d'Hollande, et du coup, il a essayé de voir Michel Sapin, ça n'a pas marché,
02:47il a essayé de voir Dominique Strauss-Kahn, ça n'a pas marché non plus,
02:50et la relation avec Jack...
02:51Ça a failli marcher d'ailleurs avec Strauss-Kahn, un rendez-vous est calé,
02:53et il se trouve qu'il ne vient pas en France, Epstein, mais Strauss-Kahn est prêt à le voir.
02:57Exactement, et du coup, effectivement, nous, ce qu'on a pu montrer au fur et à mesure,
03:02grâce aux Epstein Files, ou à l'enquête qu'on a faite,
03:03c'est qu'il y a cette relation qui s'est tissée à la fin,
03:07puisqu'il n'a pas réussi à accéder aux plus hautes sphères du pouvoir, via Jack Lang,
03:10par contre, il y a eu des opportunités business qui se sont créées,
03:12ils ont créé des choses en sorte.
03:13Mais avec Jack Lang, 100 000 euros pour un petit guide sur les arts qu'il lui verse,
03:1630 000 euros versés pour boucler un financement de films,
03:18j'en avais parlé avec lui à l'époque,
03:1950 000 euros pour un film sur l'œuvre de Jack Lang,
03:22est-ce qu'il y a des contreparties ?
03:24Est-ce que Jack Lang offre des contreparties à Jeffrey Epstein ?
03:28Non, je crois qu'en fait, on a retrouvé un mail assez marquant,
03:34notamment en 2018, quand Jack Lang lui demande,
03:37carrément, en fait, de contribuer à financer un documentaire à sa gloire, on va dire.
03:46Et en fait, Epstein transfère le mail à un ami à lui,
03:49et il lui dit, tu vois, il me demande encore de l'argent,
03:52je vais contribuer afin de les garder dans mon équipe.
03:55Et c'est assez marquant, parce qu'en fait, c'est vraiment,
03:57on est en 2018, là,
03:59Epstein, pour le coup, ça commence à devenir vraiment compliqué pour lui.
04:02C'est très difficile d'ignorer qu'il a fait ce qu'il a fait,
04:05qu'il y a l'histoire de Virginia Roberts-Geoffrey,
04:07qui ne cesse d'être publiée, d'être racontée dans les médias,
04:10et qui a donc cette jeune fille, très jeune fille,
04:12qui a été livrée au prince Andrew.
04:13Exactement.
04:14Et donc, il veut les garder dans son équipe,
04:17parce qu'il a besoin de gens dans son équipe.
04:19Donc, il n'y a pas de contrepartie, dans le sens très concret,
04:21c'est plus le besoin d'avoir autour de lui des gens
04:25qui sont ses garances, comme je disais tout à l'heure.
04:27Comme la banquière Ariane de Rothschild,
04:30il arrive, là aussi, par un ex-conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy,
04:34à s'approcher d'elle, et il devient son gourou, en fait.
04:37Elle ne décide quasiment rien sans lui.
04:39Elle s'enferme dans son bureau de la banque Rothschild
04:41pour lui demander son avis sur tout.
04:43En fait, c'est assez hallucinant la façon dont il approche Ariane de Rothschild.
04:49Il y a une espèce de, on va dire, presque de conspiration, en fait,
04:52entre lui, ce conseiller diplomatique,
04:55un diplomate norvégien très connu, etc.
04:58Ils se mettent tous ensemble pour l'approcher.
05:01Elle, elle commence quand même par se méfier,
05:03mais tous ces hommes la rassurent en lui disant
05:06« Non, non, mais ce type est très bien, etc. »
05:09Et en effet, ce noue une relation qui mêle quand même
05:12un peu vie privée, vie professionnelle, etc.
05:14Des salariés, effectivement, nous racontent
05:16qu'elles le consultaient sur beaucoup de choses.
05:18Je crois qu'au final, le rôle qu'il a eu,
05:20vraiment, dans les décisions effectives de Rothschild,
05:23n'a pas été non plus très, très loin.
05:24C'est-à-dire qu'elle n'a pas appliqué tous ses conseils.
05:29Mais oui, il y a eu une relation un peu étonnante
05:31qui s'est nouée à ce moment-là.
05:32Il se finit avec un contrat de 25 millions de dollars à la fin.
05:34Donc ça, c'est la toile qu'il tisse,
05:36mais quand même pour un système de prédation
05:38qui est clairement très organisé et ultra-coisonné.
05:41C'est ce qu'on découvre dans votre enquête.
05:44Il y a carrément une espèce de pyramide dans ce système.
05:47Ce sont trois niveaux, trois strates de la pyramide racontées.
05:50Ce qui nous a le plus halluciné au fur et à mesure
05:54de travailler sur cette enquête,
05:56c'est que l'image publique de l'affaire Epstein,
05:59c'est Epstein qui est un peu le macro de luxe,
06:01qui fournit tous les gens puissants de ce monde
06:03en chair fraîche, si je peux parler comme ça.
06:05C'est un peu comme ça que nous, d'ailleurs,
06:07on voyait ce truc-là au début,
06:08en commençant à enquêter.
06:10Il se trouve qu'en réalité,
06:11c'était plus ce trafic vers les autres,
06:14c'était plus l'exception que la règle, si vous voulez.
06:16C'est arrivé, il y a des faits et des témoignages
06:18qui l'en attestent, mais c'était surtout pour
06:20Jeffrey Epstein lui-même,
06:21qui recevait parfois jusqu'à trois femmes par jour.
06:25Et pour les garder dans son giron,
06:27il y avait un système d'emprise.
06:29Presque de sectes.
06:30De sectes, exactement.
06:31Et d'ailleurs, on a parlé de gourous même plusieurs fois
06:33sur Ariane de Rothschild,
06:34c'était pareil aussi avec les femmes.
06:36Et il les gardait dans son giron,
06:37il leur faisait des fausses promesses.
06:39Ça commence par ça, des promesses faites aux filles,
06:41de carrière, de voyage.
06:42En réalité, elles étaient à sa disposition
06:44quand il le souhaitait.
06:46C'est le début de la pyramide.
06:47Il avait inventé une espèce d'emploi fictif
06:49qui était l'emploi d'assistante.
06:51C'est comme ça qu'il les appelait.
06:53Et il n'y avait pas vraiment de boulot d'assistant classique
06:55que des gens de pouvoir ont.
06:57C'était surtout lui faire des massages
06:59au pied, à la tête,
07:01passer à la salle de massage avec lui
07:02quand il avait envie.
07:05Et attendre toute la journée
07:06en réalité qu'il ait besoin
07:07d'une chose ou d'une autre.
07:09Et ça, c'est des femmes qui,
07:10parfois, il va mettre 5, 6 rendez-vous,
07:12parfois 3, 4, 6 ans,
07:13avant d'arriver à ses fins
07:14et de les mettre sous emprise définitivement.
07:16C'est ça, parce qu'à un moment donné,
07:17elles sont dépendantes.
07:18Mais le troisième aspect de la pyramide,
07:20c'est de transformer ses victimes
07:21en rouage du système.
07:23Elles deviennent complices
07:23en trouvant d'autres filles, en fait.
07:25C'est un truc de dingue, en fait.
07:27En fait, ce qui est hallucinant
07:28dans la vie de Jeffrey Epstein,
07:29quand on l'étudie pendant aussi longtemps,
07:31c'est qu'en fait, on se rend compte
07:32que tout est fait presque
07:33pour aussi être présenté devant un juge.
07:36C'est-à-dire qu'en fait,
07:37dès Palm Beach,
07:38dès les années 2000,
07:40il demande aux jeunes filles
07:42de lui présenter des nouvelles filles.
07:45Parce qu'à Palm Beach,
07:46c'est vraiment des jeunes filles,
07:46elles ont 14-15 ans.
07:49Et en fait, pourquoi ?
07:50Et aussi, il les paye, systématiquement.
07:52Pourquoi ?
07:53Parce que quand vous êtes payé,
07:54c'est plus facile pour votre agresseur
07:56de faire passer ça pour de la prostitution.
07:58Et deuxièmement,
07:59quand vous devenez un peu malgré vous
08:02complice de ce phénomène,
08:04c'est plus difficile de dénoncer votre agresseur.
08:07Et donc, c'est vraiment un système
08:09hyper calculé.
08:10C'est ça qu'il faut voir avec cet homme.
08:11C'est-à-dire que nous,
08:12on a écrit que c'était le prédateur ultime
08:13parce qu'en fait,
08:14c'est quelqu'un qui calcule absolument tout.
08:17Aucun aspect de sa vie n'est laissé au hasard.
08:19Après témoin d'enquête,
08:20est-ce que vous considérez que la France
08:21est l'épicentre du système
08:22mis en place par Epstein ?
08:24C'est en tout cas pas la note de bas de page
08:26que, par exemple,
08:26le président Macron avait décrit
08:29ou même ce qu'on pouvait penser.
08:30C'est-à-dire qu'en fait,
08:31on a dans l'enquête permis
08:32de retrouver les traces d'Epstein
08:34dès les années 80 à Paris
08:35qui s'insèrent, si vous voulez,
08:37dans le milieu du mannequinat
08:38qui, à l'époque,
08:39est en train de créer
08:39une sorte de système à deux vitesses.
08:41Il y a d'un côté
08:42l'industrie du mannequinat classique
08:43avec les shootings,
08:45les défilés
08:45et de l'autre,
08:46un système parallèle
08:48où des agents de mannequins
08:49présentent des femmes
08:50à des hommes puissants.
08:52Epstein, en fait,
08:53il est à Paris déjà à ce moment-là.
08:55Déjà à ce moment-là.
08:56Exactement.
08:56C'est là où ça se passe, en fait.
08:57Ça se passe,
08:57donc il vient très souvent.
08:59Et quand il arrive à Paris,
09:00en fait,
09:00il industrialise ce système-là.
09:02Et au cœur de tout ça,
09:03quelqu'un qu'on a reçu ici
09:04à RTL,
09:05Daniel Siad,
09:06le fameux Scout,
09:07le gars qui va chercher
09:09des jeunes filles
09:09sur les trottoirs
09:11officiellement
09:11pour ces agences de mannequins,
09:13le fantôme
09:14dans votre enquête,
09:17on voit bien
09:17qu'il est au cœur
09:18du système de prédation,
09:19en fait.
09:20Alors, on va utiliser
09:21le conditionnel un petit peu
09:22parce que c'est la justice
09:23qui s'occupera
09:24de mettre des termes définitifs
09:26là-dessus.
09:27Nous, on a écouté
09:28l'interview
09:29qu'il vous a accordé.
09:30Effectivement,
09:31il a plusieurs lignes de défense.
09:33La première,
09:33c'était que des mannequins
09:35et Jeffrey Epstein
09:36se présentaient
09:36comme le patron
09:37d'une agence de mannequinat.
09:38Nous, on a plusieurs témoignages
09:39qui montrent que, en fait,
09:40M. Siad faisait d'autres promesses
09:42qui n'étaient pas que liées
09:43aux mannequinats
09:43à ses femmes
09:44et des femmes
09:44qui sont restées longtemps
09:45dans l'orbite d'Epstein.
09:47La deuxième,
09:47c'est je n'ai violé personne.
09:50Il y a deux femmes
09:50qui ont porté plainte
09:51pour agression sexuelle.
09:52On a pu discuter
09:53avec les deux.
09:53Et on sait aussi
09:54qu'il y en a une troisième
09:55qui l'accuse
09:55mais qui n'a pas encore
09:56porté plainte.
09:57Le troisième volet,
09:59c'est je suis transparent,
10:00je suis clean,
10:01je me présente à la presse
10:02et je parle à Marc-Olivier Fogiel.
10:04Il se trouve que
10:05c'est quand même quelqu'un
10:06dont on a découvert
10:07au moins quatre ou cinq noms
10:08et alias différents
10:09qui, lorsqu'il se faisait payer
10:10par Epstein,
10:11était justifié comme photographe
10:12et pas comme model scout
10:13et qui n'a laissé aucune trace
10:15sur Internet toute sa vie.
10:16Donc, ce n'est pas très transparent
10:17à mon sens.
10:17Le tout est dans l'enquête.
10:18Merci Emmanuel Andréani.
10:20Merci Anthony Mansuy
10:21chez Society.
10:22On rappelle aussi
10:23qu'un de vos confrères,
10:24un de nos confrères de Society
10:26est emprisonné en Algérie.
10:28On a une pensée ce matin
10:28pour lui,
10:29pour Christophe Gleize
10:30de Society.
10:31Donc, merci à vous.
10:32Merci beaucoup.
10:33Et on a aussi une petite pensée
10:34pour Mathias Edwards,
10:35notre collègue
10:35qui est mort récemment
10:36et on pense beaucoup
10:37à sa famille.
10:38Merci beaucoup à vous,
10:39lisez Society
10:40et puis écoutez le podcast RTL.
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