- il y a 11 heures
La joie comme remède à la mélancolie. C'est ainsi que l'on pourrait décrire les chansons de cet auteur à succès. Avec près de 20 albums et après 50 ans de carrière, il a créé son propre univers. Poète de nos quotidiens, ce guitariste autodidacte nous parle dans ses textes d'amour, d'absence, avec une pointe de mélancolie mais toujours avec le même désir de vie. Un nom à lui seul devenu un symbole de la musique française. Que peut la poésie face au désordre du monde ? Quelles sensations ressent-il quand il joue aux côtés de ses enfants ? Cette semaine, Louis Chedid est l'invité de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard. Année de Production :
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TVTranscription
00:05Musique
00:22Si vous avez envie de retrouver le moral ou simplement le sourire,
00:26je vous invite à mettre ses disques, à écouter ses chansons, un remède à la mélancolie.
00:32Il y célèbre la vie, comme lorsqu'il nous invite à danser sur les décombres
00:36ou encore à dépasser le blues du dimanche soir.
00:38Des notes pour traverser l'existence de façon plus légère.
00:43Mais derrière son sourire et ses moustaches se dissimulent aussi un auteur
00:46qui sait être la vigie de nos époques et de leurs travers.
00:50Un guitariste autodidacte, poète de nos quotidiens depuis 50 ans.
00:54Près de 20 albums avec lesquels il a créé un univers et prolongé une dynastie d'artistes.
01:00Son nom est presque devenu une marque de la chanson française.
01:04Dans la famille, il y a lui, le père, mais aussi Mathieu, Joseph et Anna.
01:07Et c'est souvent en bande qu'ils écrivent, qu'ils enregistrent et qu'ils partent en tournée.
01:12Un joyeux clan dont on a un peu envie de faire partie, même quand on n'est pas musicien.
01:17Aurait-il eu d'ailleurs autant de plaisir durant sa carrière si ses enfants n'avaient pas fait partie de
01:21l'aventure ?
01:22Ça fait quoi de jouer ou de chanter à côté de son fils ou de sa fille ?
01:26Et qu'est-ce que ce musicien bien vivant veut nous transmettre ?
01:29Que peut sa poésie face au désordre du monde ?
01:33Posons-lui toutes ces questions.
01:34Bienvenue dans Un Monde, un Regard.
01:36Bienvenue Louis Chédide.
01:36Merci d'avoir accepté notre invitation ici au Sénat.
01:39En tournée dans toute la France avec un album intitulé Rêveur, Rêveur, le 11 octobre aux Folies Bergères,
01:45notamment parmi d'autres dates.
01:47De quoi êtes-vous le plus fier finalement de vos albums ou d'avoir su transmettre l'amour de la
01:52musique à vos enfants ?
01:55Je pense que moi je suis fier, si vous voulez, de la longévité.
02:02Parce que c'est quelque chose qui est très rare, je crois, dans ces métiers.
02:08Et vraiment, ça s'est fait d'une manière complètement naturelle, sans du tout y penser,
02:14sans aucune stratégie, sans aucun plan de carrière ou quoi que ce soit.
02:19Et je m'étonne de pouvoir encore intéresser les gens aujourd'hui.
02:24À ce point-là ? Mais ce public vous est fidèle, pourquoi ?
02:27Parce qu'il fait un peu partie de votre famille, ce que je disais en présentation ?
02:30Je ne sais pas, je ne sais pas.
02:30Non, parce qu'ils se renouvellent en fait dans les concerts.
02:33Il y a vraiment des trentenaires, des quadragénaires, jusqu'à des gens de mon âge, etc.
02:41Mais donc c'est assez mélangé, donc ça veut dire que ça se renouvelle et tout.
02:43Mais non, je crois qu'en fait, c'est le plaisir de faire des choses, d'écrire des chansons
02:51et qui est à chaque fois renouvelée.
02:54Et je me disais au départ, bon, peut-être qu'un jour j'en aurais marre ou j'aurais plus
03:00le...
03:00Le plaisir ?
03:01Oui, oui, oui.
03:02Et ça se renouvelle.
03:03Ou l'intuition ou machin, etc.
03:05Et en fait, je me suis rendu compte au fil des ans que plus ça allait,
03:09et plus c'était intéressant à faire, et plus je prenais du plaisir.
03:13En préparant cette émission, j'ai revu des images de vous sur scène, notamment avec vos enfants.
03:17Qu'est-ce que ça fait pour un père de chanter ou de faire de la musique à côté de
03:21ses enfants sur scène ?
03:22Il y a une émotion particulière ?
03:24Oui, bien sûr, il y a une émotion, parce que c'est sûr qu'on s'est...
03:27Quand on a commencé à travailler ensemble sur la tournée familiale, qui date maintenant d'il y a dix ans,
03:33mais on s'est aperçu qu'on était vraiment très complémentaires.
03:40On était vraiment connectés au niveau des voix.
03:44De temps en temps, on avait fait des choses comme ça, mais si vous voulez, très, très furtives.
03:51Et là, on a vraiment commencé à répéter, à chanter ensemble et tout.
03:54On s'est aperçu qu'on était vraiment harmoniquement dans le même état d'esprit, même parenté.
04:03Oui, évidemment, mais...
04:04Avec vous, un peu en chef de tribu ou pas ?
04:06Non, pas du tout.
04:07C'est un peu vertical ou tout détendant ?
04:08Non, non, alors là, il ne faut surtout pas faire des prérogatives ou des choses comme ça.
04:15Non, non, il faut...
04:16Tout le monde était au même niveau et tout le monde avait les mêmes droits.
04:21Tout le monde...
04:21Ça, c'est très important.
04:23Un jour, on vous a demandé si ça vous titillait, qu'on vous présente parfois comme le père de Mathieu
04:27Chédille.
04:28Et vous avez répondu, non seulement ça ne me titille pas,
04:31mais ce qui m'aurait titillé, ça aurait été que mes enfants ne réussissent pas.
04:33Et alors, non seulement ils réussissent, mais ce qui est frappant, c'est qu'ils ont chacun un style vraiment
04:38à eux, un style propre.
04:39Comment avez-vous fait pour qu'ils ne se sentent pas écrasés par votre succès ou qu'ils n'essaient
04:43pas de vous imiter ?
04:44Mais parce que, si vous voulez, en fait, j'ai pas du tout...
04:49Comment dire ?
04:50Je veux dire, il y a une part de mimétisme.
04:53Ils me voyaient dans mon studio en train d'enregistrer les choses, sur scène, etc., de jouer et tout ça.
04:58Donc, évidemment, quand vous avez un parent, un père ou une mère qui est artiste, comme moi, ma mère était
05:07écrivain, etc.,
05:08ça vous donne une autre vision de ce que pourrait être votre vie professionnelle, si vous voulez.
05:14Bien sûr.
05:15Quand vous avez des copains dont les parents sont avocats ou médecins, etc.,
05:19je veux dire, des métiers, je ne dis pas traditionnels.
05:21Classiques, en tout cas.
05:22Plus classiques, en tout cas.
05:24Donc, ça vous donne une espèce d'ouverture différente.
05:29Et c'est vrai que c'est tentant, quoi.
05:36Et ça peut être complètement ébarbatif.
05:38Il y a des enfants d'artistes qui disent, moi, jamais, je ferai ce métier.
05:43Et eux, bizarrement, ils ont tous eu envie de faire ça.
05:48Mais je ne les ai jamais influencés.
05:50Je n'aurais jamais dit, tiens, voilà une guitare, joue, je veux que tu apprennes.
05:54Pas du tout.
05:55Non, non.
05:56Vous revendiquez le fait d'être un chanteur populaire.
05:59Je n'imagine pas être un chanteur sans public, dites-vous.
06:01Il vous ajoutait, un artiste doit surtout trouver ce qui le rend unique.
06:06Benabar, Clou ou Mon Fils possèdent ce truc reconnaissable, une façon d'écrire une voix.
06:10Est-ce que ça demande du courage, aujourd'hui, de garder sa singularité,
06:14de résister aux modes, aux tendances ou aux pressions des maisons de disques ?
06:17Non, parce que moi, je ne me suis jamais posé ce genre de questions.
06:24J'ai choisi de faire ce métier-là pour être libre, en fait.
06:27C'est très simple.
06:28Je voulais être artiste, parce que pour moi, artiste, ça voulait dire,
06:31je suis indépendant, je me lève alors que je veux, je me couche alors que je veux,
06:35je fais ce que je veux, et voilà.
06:38Et en fait, c'est plus compliqué que ça, quand même.
06:40Oui, parce que l'époque a changé aussi.
06:41Est-ce qu'on est vraiment libre quand on est artiste,
06:43alors qu'on nous demande de vendre, on nous demande de plaire ?
06:46Oui, mais non, ce n'est pas comme ça que ça se passe.
06:49Là, je ne crois pas que ce soit du tout comme ça.
06:51Alors, pour certains artistes, oui, parce que, je veux dire,
06:53ils ne sont qu'interprètes parfois,
06:56et qu'il faut qu'ils trouvent des chansons à droite, à gauche.
06:59Et donc, voilà.
07:01Mais quand on est auteur-compositeur, on a quand même notre bagage, quoi.
07:07On se déplace avec notre sac à dos et nos chansons et nos idées qui sont plus ou moins bonnes.
07:17Parce que, je veux dire, parfois, on fait des très mauvaises chansons.
07:20Enfin, moi, ça m'arrive de faire des très, très mauvaises chansons.
07:22Mais non, mais c'est vrai.
07:23Mais c'est les mauvaises chansons, parfois, qui rebondissent
07:26et qui font que vous finissez par en faire une à peu près correcte.
07:31Moi, j'ai passé une scolarité assez pénible.
07:34Et d'ailleurs, pas loin d'ici, à l'école Bossuet, école de curé, là.
07:39Et je n'ai pas eu de toute l'école.
07:43Et donc, mon échappatoire, c'était lire.
07:47On parlait de ça tout à l'heure.
07:48Lire beaucoup, beaucoup.
07:49J'avais la chance d'avoir des parents qui avaient une bibliothèque,
07:51avec plein de livres, etc.
07:53Et puis, m'évader dans ma tête, quoi.
07:56Et quand je m'évadais dans ma tête,
07:58et quand j'imaginais ma vie libérée, quoi.
08:02Je veux dire, je n'ai plus être prisonnier de ça.
08:07Je me voyais d'abord et avant tout libre.
08:11C'était ça, mon truc.
08:12Et alors, justement, on va reprendre les choses depuis le début.
08:14Louis Chédide, la musique, vous y venez très tranquillement,
08:18très naturellement, sans y voir une carrière,
08:19en admirant d'abord les artistes de Salut les Copains.
08:22Un jour, vous tombez par hasard sur votre première guitare dans la cave familiale.
08:26Mon père, très curieux de nature, dites-vous,
08:28en avait acheté une, mais je crois que ça l'avait vite dégoûté.
08:31J'ai commencé à jouer n'importe quoi à l'oreille.
08:34Et puis, il y a eu ce surveillant de colonie de vacances,
08:36fan de Django Reinhardt, qui vous apprend quelques accords.
08:39Est-ce qu'apprendre en dehors des clous, en dehors des conservatoires,
08:43en dehors d'un chemin tracé comme ça, ça a été un atout ?
08:47Oui, je pense que ça a été un atout, parce que j'ai une sœur plus âgée que moi,
08:52qui a trois ans de plus que moi,
08:53et qui, à l'époque, suivait des cours de piano.
08:58Elle est tombée sur une prof de piano, mais vraiment extrêmement scolaire,
09:01très technique, très pénible.
09:04Et donc, il voulait qu'elle apprenne le solfège, le solfège,
09:08mais pas trop de pratiques, etc., qui lui tapait sur les doigts, etc.
09:11Et ma sœur sortait de ce cours de piano en pleurs, vraiment en pleurs.
09:15Et donc, les parents se sont dit, on ne va pas imposer ça aux petits.
09:19Et c'est vrai que si j'étais passé par les fourches de cette professeure,
09:27à mon avis, peut-être que ça m'aurait dégoûté définitivement de la musique.
09:30À quoi ça tient ?
09:30À quoi ça tient ?
09:31À quoi ça tient ?
09:32Donc, non, je suis un autodidacte complet,
09:34et je me suis débrouillé comme ça.
09:36Et c'est vrai que je suis tombé aussi dans une période où,
09:39maintenant, si vous voulez,
09:41vous faites de la musique avec,
09:44évidemment, en jouant des choses,
09:46avec guitare, piano, etc.
09:47J'ai appris tout ça, mais en autodidacte.
09:51Et puis, la musique vous a aidé à être moins timide ?
09:53Je crois que vous étiez quelqu'un d'assez timide.
09:55Elle vous a aidé à vous exprimer, peut-être ?
09:57Mais tous les artistes sont des gens extrêmement,
09:59dans la vie privée,
10:01enfin, tous les artistes que je connais
10:03sont des gens, quand même, extrêmement réservés.
10:06Et ils ne trouvent rien de mieux comme thérapie
10:08que d'aller sur une scène devant des milliers de personnes.
10:12Ce qui paraît fou.
10:13Ça paraît complètement dingue,
10:15mais c'est une thérapie, c'est comme ça.
10:16C'est leur thérapie.
10:17Pour ceux qui l'ignoreraient encore,
10:19vous êtes le fils de René Chédide,
10:20grande poétesse reconnue...
10:22André Chédide, pardon.
10:23Grande poétesse reconnue et admirée.
10:26Votre père, Louis-Sélim Chédide,
10:28était, lui, un grand biologiste de renommée internationale.
10:31Et alors, c'est intéressant,
10:32parce qu'entre l'artistique et le scientifique,
10:34vous avez choisi l'artistique, vous ?
10:35Oui.
10:36Et en fait, j'ai choisi un peu les deux,
10:38parce que je me suis...
10:39Ah, quand même ?
10:39Qu'est-ce qu'il y a de scientifique en vous ?
10:41Oui, il y a un côté, pas scientifique, mais technique.
10:43C'est-à-dire que j'adore manipuler
10:46les logiciels de musique,
10:51être au courant du dernier instrument virtuel qui existe.
10:55Enfin, vous voyez, toutes ces choses-là.
10:57Quand j'ai commencé à travailler dans un studio d'enregistrement,
11:00je me suis intéressé aux équalisations des réverbes,
11:04des choses comme ça.
11:05Et ça, c'est le côté père, ça, paternel.
11:11Mais parce qu'il y a des musiciens
11:13qui détestent toucher à tout ce qui est technique, quoi.
11:18Et moi, j'aime bien les deux.
11:20Ah, donc il y a un vrai mélange des deux.
11:21Ce qui vous a vite fasciné chez votre mère,
11:23en revanche, c'est son quotidien tranquille,
11:24isolé dans sa création.
11:26Elle était dans son lit,
11:27avec sa table un peu inclinée, son texte,
11:29et puis elle corrigeait ses manuscrits.
11:31Je voyais plein de couleurs, des feutres différents,
11:33et je me suis dit,
11:34c'est ça que je veux faire plus tard,
11:35je veux rester chez moi, dans mon lit, être libre.
11:38C'est drôle d'imaginer la liberté dans un lit
11:40quand d'autres la voient dans le voyage ou dans le mouvement.
11:42Non, mais en fait, c'était dans un lit
11:43parce qu'elle se levait,
11:46elle prenait son petit-déj ou je ne sais pas quoi,
11:48et puis après, elle revenait dans son lit,
11:50elle avait une espèce de table,
11:52comme ça, vous savez,
11:54qui passait sous le machin.
11:55Oui, je vois, sous le lit.
11:56Vous voyez ?
11:57Et puis elle mettait sa machine à écrire,
11:59et elle tapait,
12:00et je ne comprenais rien, moi, j'étais petit,
12:02je ne comprenais pas du tout ce qu'elle faisait.
12:05Mais ce que je trouvais formidable,
12:07c'est qu'au moment où je partais à l'école,
12:12elle était retournée dans son lit,
12:15je vous disais,
12:16c'est quoi ce métier-là, c'est quoi ce truc ?
12:18Et voilà, ça m'a ouvert l'envie
12:23de disposer de son temps, quoi.
12:25Parce que la vie est courte,
12:27et il faut profiter.
12:32Alors, on n'y arrive pas toujours,
12:34et puis il y a des moments où c'est beaucoup plus difficile que d'autres,
12:36mais disons, il faut essayer d'en profiter, quoi.
12:40Justement, à la lueur de celui que vous êtes aujourd'hui,
12:42quel conseil donneriez-vous au petit garçon que vous étiez ?
12:44Qu'est-ce que vous lui diriez avant qu'il ne se lance dans la vie ?
12:49De moi ?
12:49Oui.
12:51Je lui dirais...
12:52Non, non, mais ce que je lui ai dit,
12:54c'est-à-dire...
12:58Fais ce que tu as envie de faire,
13:00fais ce que tu ressens.
13:02Après, bon, c'est pas aussi simple que ça.
13:04Je veux dire, c'est plus...
13:05Il faut pouvoir, bien sûr.
13:06Hein ?
13:06Il faut pouvoir.
13:07Il faut pouvoir.
13:08Mais on peut toujours, moi, je crois vraiment,
13:10à part dans des cas absolument dramatiques,
13:13et voilà.
13:15Mais sinon, c'est vraiment...
13:18On peut, on peut, quoi.
13:20On peut choisir sa vie, on peut...
13:24Enfin, moi, je crois ça.
13:25Mais voilà, mais c'est suivre son instinct.
13:29Et puis alors, il y a deux choses aussi.
13:31On vous apprend à l'école,
13:33on vous apprend à suivre la voie tracée, quoi.
13:38On vous apprend la raison d'être raisonnable.
13:41Il faut être raisonnable, il faut être gentil,
13:43il faut être...
13:44Toutes ces choses.
13:45Et en fait, je crois qu'il ne faut pas être raisonnable du tout.
13:49Il est là, le conseil, au petit garçon,
13:50alors qu'il ne soit pas raisonnable.
13:51Soit pas raisonnable.
13:53J'ai un document à vous proposer, Louis Chédite.
13:55C'est un de nos rituels dans cette émission.
13:57C'est un document délivré par nos partenaires,
13:59les Archives Nationales.
13:59Il s'agit de l'extrait d'un discours de De Gaulle.
14:02Un toast adressé à Monseigneur Meouchi,
14:04patriarche maronite d'Antioche et de tout l'Orient,
14:07le 11 décembre 1963.
14:08C'est sa première version à noter.
14:10Et il y écrit notamment ceci.
14:12Il est passé beaucoup de siècles
14:14depuis que la France et les chrétiens d'Orient
14:16ont établi entre eux des rapports particuliers,
14:18ont toujours duré, durent encore
14:19et sont aujourd'hui aussi présents que jamais
14:21à l'esprit et au cœur de nos compatriotes.
14:24Et je vous en parle parce que vous êtes issus
14:26d'une lignée de chrétiens maronites.
14:28Absolument.
14:28Ce lien dont parle De Gaulle avec la France,
14:31il vous parle ?
14:32Bien sûr, évidemment.
14:35Évidemment, évidemment.
14:36Évidemment.
14:36De toute façon, nous...
14:38Enfin, moi, j'étais...
14:40C'était dans la fin du 19e siècle.
14:44Les maronites chrétiens...
14:47Ce qui se passe encore...
14:49Les chrétiens d'Orient ?
14:50Voilà.
14:52Fuyaient le Liban
14:53parce qu'ils se faisaient taper dessus
14:54et massacrer et tout ça, machin.
14:57Ils sont partis en Égypte.
14:58Enfin, ma famille, c'est ça,
15:00c'est des migrants.
15:01C'est vraiment les migrants d'aujourd'hui
15:05à cette époque-là.
15:06Et ils sont arrivés en Égypte.
15:08Et puis, ils ont récupéré...
15:12Mon arrière-arrière-grand-père
15:15était un petit ouvrier agricole
15:19qui cultivait...
15:20À l'époque, en Égypte,
15:21il y avait la cueillette du coton.
15:23Et la cueillette du coton,
15:25ça faisait travailler beaucoup de gens.
15:26C'était un peu la ruée vers l'or.
15:28D'accord.
15:28C'est lui qui a fui le Liban à 17 ans
15:30à pied et à Daudan ?
15:32Exactement.
15:32Et sa mère, sur l'âne.
15:35Ils ont fait 1000 kilomètres comme ça à pied
15:37pour arriver en Égypte.
15:38Et il a commencé à cultiver.
15:41Dès qu'il gagnait un petit peu d'argent,
15:43il achetait un lopin de terre.
15:44Un lopin, c'est une toute petite surface de terre.
15:48Et puis une autre, et puis une autre.
15:49Et puis à la fin de sa vie,
15:50il était très riche.
15:52C'était un propriétaire terrien important.
15:57Et voilà, c'est un peu la légende de la famille.
16:00Mais le Liban est un pays qui nous...
16:05On est très attaché à ce pays.
16:07Je vais peut-être d'ailleurs aller jouer
16:11si les circonstances sont...
16:12Si c'est possible, si le contexte le permet.
16:13Je vais peut-être y aller cet été.
16:15Ça a construit quoi chez vous ?
16:17Qu'est-ce que ça a structuré ?
16:18Je vous en parle parce que dans votre album
16:19Rêveur, Rêveur,
16:21il y a ces premiers mots du titre
16:23« Dans la réalité, je me sens en exil ».
16:25Le thème de l'exil,
16:27et même de la migration,
16:28fait partie de votre œuvre.
16:29Il en reste quelque chose de cette histoire familiale ?
16:33Oui, oui.
16:35Non, mais ça voulait dire...
16:37Enfin, cette phrase, ça veut dire que...
16:38Moi, j'aime le trop réel,
16:41le trop...
16:42Concret.
16:43Oui, oui.
16:44C'est-à-dire que toutes ces nouvelles
16:46qu'on vous balance toute la journée,
16:48qu'on vous intoxique,
16:50on vous fait peur,
16:53et puis on vous intoxique,
16:54on vous rend addict
16:56à savoir
16:58les dernières choses bien pourries.
17:02Vous voyez ce que je veux dire ?
17:04C'est une espèce de surenchère
17:06sans arrêt
17:07de mauvaises nouvelles,
17:09de trucs dramatiques,
17:10dramatiques, dramatiques tout le temps,
17:12qui nous concernent
17:14et puis parfois qui ne nous concernent pas du tout.
17:15C'est-à-dire qu'ils sont très loin de nous,
17:18etc.,
17:18mais on vous en met une couche
17:21et encore une couche et il faut...
17:22Et c'est beaucoup dans le négatif.
17:26Et c'est ça que j'appelle le trop réel.
17:29Et moi, si je peux,
17:32j'essaye d'éteindre mon téléphone.
17:35C'est difficile, hein ?
17:38Je sais combien c'est difficile.
17:39Mais je crois que c'est important.
17:42C'est vraiment un outil très toxique.
17:45L'exil, c'est aussi le thème de votre titre
17:48« Comme vous »,
17:49où là, vous vous mettez dans la peau d'un migrant,
17:51carrément,
17:52et vous nous appelez à nous mettre aussi à sa place.
17:54Je lis juste une strophe.
17:56« Du sang dans les veines comme vous,
17:58des joies et des peines comme vous,
17:59la soif et la faim,
18:00peur du lendemain,
18:02envie d'être bien comme vous ».
18:03Cette chanson, c'est quoi ?
18:04C'est un appel à avoir de l'empathie
18:06pour ces gens qui...
18:07Mais oui, bien sûr,
18:08parce qu'en fait,
18:09on parle maintenant aujourd'hui,
18:10enfin,
18:11toutes les classes politiques maintenant confondues,
18:13même, je veux dire,
18:14parce que il y avait quasiment
18:16toutes les classes politiques confondues
18:19se servent de ces histoires d'immigration,
18:23etc.,
18:23comme des outils pour être élus,
18:28pour conquérir un électorat qui a peur,
18:31etc.
18:33et parle des migrants
18:34comme si c'était tous des sauvages
18:36et des gangsters
18:38et des...
18:39Mais ce n'est pas ça du tout.
18:41Nous, on vient de...
18:43On a vécu...
18:45Enfin, mes arrières et grands-parents
18:47ont vécu ça.
18:49Ils ont été obligés de partir de leur pays,
18:50etc.
18:51Ils ne sont pas partis
18:52parce qu'ils étaient contents de partir.
18:53Ils sont partis parce que sinon,
18:55ils mourraient, quoi.
18:56Les gens qui...
18:58On parle de Gaza en ce moment, etc.
19:00Mais ce qui se passe à Gaza,
19:02c'est absolument terrible.
19:08Et les gens, quand ils s'en vont,
19:09c'est parce que...
19:11Soit ils meurent,
19:12soit ils s'en vont.
19:15Et ils s'en vont en pleurant.
19:17Ce n'est pas un choix, quoi.
19:18Ce n'est pas un choix.
19:20Et donc, il y en a marre d'entendre
19:22toute cette classe politique
19:26qui se sert de ça
19:29pour attiser le feu
19:30et pour faire penser
19:32à des gens un peu faibles
19:35du ciboulot
19:37que...
19:39que tous les migrants
19:40sont des profiteurs, quoi.
19:42Je veux dire,
19:42c'est affreux
19:43d'avoir tourné le truc
19:45à ce point-là
19:46et de l'avoir rendu
19:47aussi négatif.
19:49Parce que c'est faux, quoi.
19:51Et puis, en plus de ça,
19:53c'est vrai que la France
19:54était une terre d'accueil.
19:55Nous, elle nous a accueillis.
19:57Vous parlez au passé.
19:58Était-ce une terre d'accueil ?
20:00Ouais, ouais.
20:01Là, aujourd'hui,
20:02c'est plus compliqué
20:03pour un gouvernement français
20:06d'accueillir les migrants
20:09comme on nous accueillait à l'époque.
20:11Nous, on a été naturalisés français.
20:14On l'a attendu longtemps.
20:15Mais on est arrivés en 48
20:18en France.
20:20Enfin...
20:20Et on a été naturalisés
20:22en 62.
20:24Mais...
20:25Mais...
20:25Et puis,
20:27c'est quand même
20:28très, très...
20:29très, très rigolo
20:31de se dire
20:31que les personnalités
20:33préférées des Français,
20:34c'est que des gens
20:36qui viennent d'ailleurs, quoi.
20:38C'est Omar Sy,
20:39c'est Goldman,
20:40c'est...
20:40Enfin, vous voyez,
20:41c'est beaucoup de...
20:42C'est Jamel,
20:43c'est...
20:44C'est des gens
20:44dont les familles ont migré.
20:46Oui.
20:46Oui, oui, oui.
20:48Donc, la mixité,
20:49c'est...
20:49Enfin, la...
20:51Melting Pot,
20:52c'est quand même...
20:53C'est bien.
20:55Vos chansons ont parfois
20:56et même assez souvent
20:57un arrière-plan politique.
20:58Je ne pouvais évidemment
20:59pas vous recevoir
21:00sans revenir sur l'un
21:00de vos plus grands succès.
21:01Anne Masseran,
21:03sortie en 85.
21:04Anne, c'est Anne Franck
21:06et vous lui dites
21:07que l'extrême droite
21:08est de retour
21:09avec ses croix gammées.
21:10Elle ressort de sa tanière
21:12la nazie nostalgie.
21:13L'explosion de l'antisémitisme,
21:15aujourd'hui
21:16et de la défiance
21:17entre les communautés
21:19en général
21:19et ce retour
21:20de la détestation
21:21comme ça
21:22dans nos sociétés,
21:22ça vous inquiète ou pas ?
21:24Oui, évidemment.
21:25Bien sûr, évidemment.
21:27Je veux dire,
21:27mais non,
21:27mais toutes les xénophobies,
21:31tous les racismes
21:33sont plus qu'inquiétants.
21:35À une époque,
21:37quand j'étais ado,
21:38etc.,
21:39l'extrême droite
21:40représentait 0,1%.
21:43C'était un pauvre avocat
21:44qui s'appelait
21:45Tixivignan Court.
21:46Enfin, un pauvre avocat.
21:47Il ne devait pas être pauvre,
21:48mais il était avocat.
21:52Et voilà,
21:53c'était que dalle.
21:54Je veux dire,
21:54et puis personne n'en parlait.
21:55Moi, j'ai découvert
21:58l'Holocauste
21:59et la Shoah
22:01et tout ça
22:01parce que je suis tombé
22:03un jour
22:04sur un film
22:05qui s'appelle
22:05Nuit et brouillard
22:06de Alain Renné.
22:07Je ne sais pas
22:07si vous avez vu ce film.
22:08Il y a un film là-dessus.
22:10Et j'avais 12 ans,
22:1213 ans
22:12et je n'en revenais pas
22:14de ce que je voyais
22:16parce que personne
22:16n'en parlait en fait.
22:17C'était tabou
22:19de parler de ça
22:20après la guerre.
22:22Et puis après,
22:23j'ai lu le journal
22:24d'Anne Franck
22:24et je me suis dit
22:25mais ce n'est pas possible.
22:26Ça existe.
22:27Dans la vie,
22:28il y a des choses
22:29comme ça qui se passent.
22:30C'est la stupeur
22:30qui vous a fait...
22:32Et tout d'un coup,
22:33des années,
22:35des décennies plus tard,
22:36dans les années 80,
22:38ça a correspondu
22:39à l'arrivée de Mitterrand
22:41et tout ça
22:42et tout d'un coup,
22:45le FN reprend
22:47du poil de la bête,
22:48le Pen,
22:49les machins,
22:49les trucs comme ça.
22:52Et voilà.
22:52Et donc,
22:53c'est dégoûtant.
22:55Pour moi,
22:55c'est dégoûtant.
22:57J'ai des photos
22:57à vous proposer,
22:58Louis Chédide.
23:02La voici,
23:03la première.
23:04Ce n'est pas vraiment
23:05une photo,
23:05c'est la pochette
23:06d'un album
23:08sorti par plus
23:08de 1000 artistes
23:10dont des gens
23:10comme Kate Bush,
23:11Jamie Roquois,
23:12Annie Lennox,
23:13un album de silence,
23:15un album muet,
23:1647 minutes
23:17de quasi-silence
23:18qui en fait
23:19est un cri d'alarme
23:20contre un projet
23:21de la loi britannique
23:22qui favoriserait
23:23l'intelligence artificielle.
23:24Le gouvernement britannique
23:26ne doit pas légaliser
23:27le pillage musical
23:28pour le bénéfice
23:29des entreprises
23:29de l'intelligence artificielle,
23:31disent ces artistes.
23:32Et là,
23:32je pose la question
23:33à un artiste
23:33qui a été curieux
23:34des nouvelles technologies,
23:35vous le disiez vous-même,
23:36synthétiseur,
23:37boîte à rythme.
23:38Est-ce que l'intelligence artificielle
23:39suscite de la curiosité
23:40ou de l'inquiétude au contraire
23:42comme ces artistes ?
23:43Non, vous savez,
23:44je crois que de toute façon,
23:45à chaque fois qu'il y a eu
23:46une avancée,
23:49une nouvelle avancée technologique
23:52d'importance comme ça,
23:55il y a du pour, du contre.
23:57Le téléphone,
23:58c'est extraordinaire.
24:00Le smartphone,
24:01c'est un outil inouï.
24:03Je veux dire,
24:03on peut parler,
24:05mes copains indiens,
24:07je les appelle
24:08tous les jours
24:08comme ça.
24:09et avant,
24:11c'était,
24:12vous cassiez votre tirelire
24:13définitivement,
24:14vous voyez,
24:15c'est-à-dire aujourd'hui,
24:15WhatsApp et boum.
24:17Donc ça,
24:18c'est génial.
24:18Et puis à la fois,
24:19vous êtes accro
24:20et addict à des trucs,
24:22vous scrollez
24:23comme un crétin.
24:24Voilà,
24:25et l'intelligence artificielle,
24:27c'est la même chose.
24:28Ça va être utilisé
24:30par des gens
24:31à des fins,
24:32parfois même
24:36presque gangsters,
24:37mais à la fois,
24:39ça va créer
24:40des choses inouïes.
24:41Je pense que voilà,
24:42c'est-à-dire qu'on est,
24:43c'est comme les plateformes
24:45de téléchargement.
24:46Au début,
24:47évidemment que ça a ruiné
24:50une partie
24:51de l'industrie musicale
24:52et surtout d'ailleurs
24:53les gens qui travaillaient
24:54dans l'industrie musicale,
24:56qui se sont retrouvés
24:57au chômage,
24:57etc.
24:58Ça,
24:58c'est très négatif.
25:00Et d'une autre manière,
25:02les plateformes musicales,
25:03ça a ouvert
25:04une espèce de curiosité
25:05à des tas de gens
25:06qui se disaient
25:07« Tiens,
25:08c'est quoi Mozart ? »
25:10« C'est quoi Kate Bush ? »
25:12« C'est quoi... »
25:13Et boum, boum,
25:14vous pouvez l'entendre
25:15et donc vous cultivez là-dessus.
25:18Donc,
25:19voilà,
25:19il y a du pour et du contre
25:20à chaque fois.
25:21Une deuxième photo
25:22qui là non plus
25:23n'est pas une photo d'ailleurs,
25:24c'est une liste de mots
25:25« Femmes, racisme, égalité, genre ».
25:29Celle des quelques 200 mots
25:31déconseillés
25:32par l'administration Trump
25:33dans les recherches universitaires
25:35ou les documents gouvernementaux.
25:37Je vois à votre visage
25:38que vous le découvrez
25:39une langue tronquée
25:40qui sert au pouvoir
25:42à limiter la pensée.
25:44Ça rappelle un peu
25:45le roman de George Orwell
25:46de 1984.
25:47De toute façon,
25:48il est complètement à la rue.
25:51Bannir des mots comme ça,
25:52vous pensez que c'était possible ?
25:55Non, mais enfin,
25:57lui, il ne dit que des conneries.
25:58Je veux dire,
25:59c'est terrible
26:00comment il est électron
26:03plus que libre.
26:05Même son camp
26:06est en train de se dire
26:09mais qu'est-ce qu'on a fait
26:10de mettre ce type là-haut ?
26:11Alors comment on résiste
26:12quand on est artiste ?
26:13On écrit une chanson
26:13avec justement tous ses mots
26:14ou pas ?
26:15Je crois que
26:16je n'ai même pas envie
26:17de parler de ce mec
26:20et de tout ce qu'il y a autour
26:23du mec de Tesla
26:24et tout ça
26:24parce que franchement,
26:26c'est des gens
26:26qui sont tellement
26:28dans un cynisme pur
26:30et dans une espèce
26:31d'égo-centrisme
26:34mais ça dépasse tout.
26:36Donc,
26:39moi, personnellement,
26:40tant qu'ils ne font pas...
26:44Enfin, ils font du mal
26:46mais...
26:47Moi, je pense que c'est bien
26:49d'ignorer ces gens-là.
26:50C'est bien de ne pas trop
26:52se regarder ce qu'ils font.
26:56vous voyez ?
26:57Je veux dire,
26:57le type,
26:58il met des taxes
26:59et puis le lendemain,
27:00il se dit,
27:00là, j'ai fait une connerie
27:01et il les enlève.
27:03C'est grave quand même.
27:04C'est très, très grave.
27:07Et puis voilà,
27:08je pense qu'aussi,
27:09c'est une puissance,
27:11l'Amérique,
27:12qui est en train de...
27:13Moi, je pense qu'il faut
27:13se désaméricaniser.
27:16Voilà.
27:16Je pense qu'il faut vraiment...
27:17On a été tellement
27:19influencés par l'Amérique
27:20et à juste titre
27:22parce qu'il y a
27:22des choses extraordinaires.
27:24Ils nous ont donné
27:24la musique,
27:26le cinéma,
27:27la littérature,
27:28enfin, plein de choses.
27:29Mais là,
27:30l'Amérique telle qu'elle est
27:31aujourd'hui,
27:32gouvernée, etc.,
27:33je pense qu'il faut la...
27:36L'éloigner.
27:37Et j'ai une dernière question
27:38qui est en lien
27:39avec le lieu
27:39dans lequel nous sommes,
27:40Lou Chédide.
27:40Nous sommes entourés
27:41de quatre statues
27:42qui représentent
27:43chacune une vertu.
27:44Il y a la sagesse,
27:46la prudence,
27:46la justice
27:47et l'éloquence.
27:48Laquelle de ces vertus
27:49avez-vous envie
27:50de défendre
27:51ou celle qui vous caractérise
27:52peut-être ?
27:53Sagesse, prudence,
27:55justice, éloquence ?
27:58Moi, je pense que
27:59la sagesse, c'est bien.
28:01Parce que ça vous éloigne
28:04des cinglés.
28:05La sagesse,
28:06ce sera votre mot.
28:06Merci beaucoup
28:07d'avoir été avec nous
28:08dans ce rendez-vous.
28:09Merci, Lou Chédide.
28:10Et merci à vous
28:10de nous avoir suivis
28:11comme chaque semaine.
28:12Émission à retrouver
28:12sur notre plateforme
28:14publicsena.fr
28:15et bien sûr en podcast.
28:15À très vite.
28:16Merci.
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