- il y a 10 heures
Elle est lue par des millions de lecteurs. Découverte lors de la sortie de son premier l'ouvrage « Les oubliés du dimanche » en 2015, depuis 10 ans cette romancière enchaîne les succès : « Changer l'eau des fleurs¿», adapté au théâtre et bientôt au cinéma, sans oublier « Trois » ou « Tata ». Une écriture sensible, explorant l'âme humaine à travers des personnages peu mis en avant dans notre société. Fossoyeur, gardienne de cimetière, responsable de refuge pour animaux... d'où lui vient cette curiosité pour les petites gens¿ ? Quelle place pour l'empathie, la douceur, la vulnérabilité dans un monde de performance ? Et que lui reste-t-il de son enfance passée à Gueugnon. Cette semaine, Valérie Perrin est l'invitée de Rebecca Fitoussi dans Un monde, un regard. Année de Production :
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00:05Musique
00:22Ils ne sont pas si nombreux les auteurs français qui vendent des millions d'exemplaires.
00:28Les autrices, encore moins.
00:30Notre invitée en fait partie.
00:32Elle est de cette famille des romancières dont chaque ouvrage est attendu avec une impatience folle par ses lecteurs et
00:37ses lectrices.
00:38Et l'histoire est d'autant plus marquante qu'elle n'écrit pas des romans depuis si longtemps que ça.
00:42Les Oubliés du dimanche, le premier, date de 2015, puis il y a eu Changer l'eau des fleurs, Carton
00:48absolu, adapté au théâtre et au cinéma, puis Troie, puis Tata.
00:53A chaque fois une écriture sensible qui explore l'âme humaine.
00:57A chaque fois des personnages simples que notre société du spectaculaire met peu en avant.
01:03A chaque fois des êtres à part, exceptionnels, non pas par leur statut, mais par ce qu'ils ressentent et
01:08expriment.
01:09Ils nous touchent, ils nous ressemblent, à nous, petits êtres humains bien fragiles.
01:13Est-ce que c'est cela la force de notre invité ?
01:16Regarder à l'intérieur de chacun et y voir la profondeur, la douceur, la vulnérabilité.
01:22Pour créer de tels personnages, faut-il être une amoureuse de l'humanité et lui préférer sa sensibilité à sa
01:28brutalité ?
01:29Posons-lui ces questions.
01:30Bienvenue dans Un Monde, Un Regard, bienvenue Valérie Perrin.
01:32Merci d'avoir accepté notre invitation ici au Sénat, au Dôme Tournon.
01:36Est-ce qu'il ne faut pas aimer profondément l'âme humaine pour créer les personnages que vous créez ?
01:41Si, je pense qu'effectivement, il faut aimer les autres.
01:47Pas forcément tous les aimer, mais il faut quand même y croire, croire encore en l'humanité et se dire
01:54qu'il y a des gens extraordinaires sur cette planète.
01:56Ce qui n'est pas évident vu le contexte, c'est vrai qu'on vit des périodes troubles.
02:00Réussir à voir encore, je disais, la sensibilité, la douceur plutôt que la brutalité, ce n'est pas si évident
02:05que ça ?
02:05Ce n'est pas si évident, mais en fait, quand on regarde bien autour de nous, il y a plein
02:08de belles âmes,
02:09il y a beaucoup de gens qui font du bénévolat, qui donnent du temps aux autres dans leur travail ou
02:14après le travail.
02:17Il y a des gens très généreux dans tous les sens du terme.
02:20Ça existe, et plus qu'on ne croit.
02:22Vos livres décrivent l'âme humaine et lui font du bien à celles de vos lecteurs, mais pas seulement.
02:27Je lisais que changer l'eau des fleurs servait maintenant de support au monde médical pour comprendre et mieux accompagner
02:32le burn-out, le deuil, la dépression.
02:35Vous vous y attendiez à ça ?
02:36Non, alors absolument pas. On ne peut pas s'attendre à ça, en fait, à changer l'eau des fleurs.
02:43Tout ce que ça m'a apporté, tout ce que ça nous a apporté, quand je dis nous, je pense
02:47à mes lecteurs,
02:48mais aussi, effectivement, je sais maintenant que ça sert de support à beaucoup de psychologues, même psychiatres, au monde médical,
02:57pour essayer de réparer les vivants, pour reprendre le titre d'un autre roman et d'une autre romancière.
03:04Non, c'est absolument impossible.
03:06On en vient à prescrire vos livres comme des médicaments.
03:08Oui, on me l'a déjà dit, les médecins, oui.
03:11Sur ce thème, beaucoup changer l'eau des fleurs, mais aussi les oublier du dimanche, mais plus pour les personnes
03:16âgées et pour les accompagnants.
03:18Changer l'eau des fleurs, je le précise, pour ceux qui l'ignoraient encore, pour ceux qui ne vous auraient
03:21pas lu,
03:21c'est toute une histoire autour d'une gardienne de cimetière, qui est une histoire très particulière, très apparaît et
03:27très touchante.
03:27Elle parle de la vie, elle parle de la mort, elle est gardienne de cimetière, effectivement.
03:33Et puis, parce qu'un jour, quelqu'un va débarquer chez elle pour lui poser une question,
03:38tout va vraiment basculer et on va découvrir pourquoi elle est là.
03:41Et puis, qu'est-ce que cette femme peut cacher ?
03:43En fait, c'est souvent le thème, pas récurrent, parce que c'est différent de mes romans,
03:49c'est ce qu'on donne à voir et ce qu'on ne veut pas dire, et ce qu'on
03:55tait.
03:55Et ce qu'on a au fond de soi.
03:56Oui, et ce qu'on a au fond de soi, oui.
03:58Je sais que vous enquêtez beaucoup pour écrire vos romans, vous rencontrez plein de gens pour connaître leur quotidien,
04:03leur routine, leur vie, pour changer l'eau des fleurs, typiquement.
04:06Vous avez longtemps marché dans les cimetières, échangé avec un faux soyeur et un monsieur qui tient un magasin de
04:11pompes funèbres.
04:12C'est presque une enquête policière.
04:13Oui, je fais toujours une enquête avant d'aborder des métiers. J'ai besoin de mélanger ma fiction à la
04:21réalité des gens.
04:22C'était déjà le cas pour, dès le début, dès mon premier roman, Les oubliés du dimanche,
04:27j'ai longuement travaillé avec une jeune aide-soignante qui travaillait en EHPAD.
04:32Je la voyais assez régulièrement. Je lui lisais des extraits, elle rebondissait.
04:36J'avais besoin d'avoir son quotidien à elle avec mon imaginaire à moi.
04:39Et effectivement, pour changer l'eau des fleurs, j'ai travaillé longtemps avec un faux soyeur.
04:44On se retrouvait dans des cafés à Guenion, là où j'ai grandi, ville de Bourgogne.
04:48Et puis, il me racontait son quotidien, 30 ans de tristesse, mais aussi de fou rire,
04:53parce que c'était quand même un personnage haut en couleur.
04:56Et puis, j'ai poussé la porte d'un monsieur qui s'appelle Raphaël Fatou,
05:00qui, à un magasin de pompes funèbres, a trouvé le surmer pour lui dire
05:03« Je ne connais pas, je vais écrire un deuxième roman. Parlez-moi de votre quotidien. »
05:07Il m'a parlé plus, lui, de ses recueils, ce qu'on choisit, les chansons qu'on choisit,
05:14les textes qu'on choisit, les gens qui sont présents, ces funéras, il n'y a personne.
05:21Pourquoi ? Tout ce qui est révélé, c'est un classique, c'est très étrange.
05:26La femme, et puis deux heures après, la maîtresse.
05:29Ça, c'est très...
05:30C'est très courant.
05:31Oui, assez souvent.
05:32Voilà, tout ce qui peut se passer dans les cimetières, c'est fou.
05:35Et puis moi, j'étais très...
05:37Il y a beaucoup de cimetières dans tous mes romans,
05:39parce que je trouve que c'est un lieu qui est terrible,
05:41et en même temps, où, si on sait bien regarder, il y a beaucoup d'amour.
05:46Il y a beaucoup de mots posés, il y a beaucoup de poésie.
05:48Il y a beaucoup de beauté aussi, et puis il y a des fleurs, puis il y a des animaux.
05:51Il y a toute une vie qui me fascine aussi dans le cimetière.
05:55Et puis vous mettez en avant ceux qui ne le sont jamais.
05:57Je crois que c'est ça aussi, peut-être, qui touche les lecteurs et les lectrices.
06:00Dans Les Oubliés du Dimanche, vous évoquez la réalité des EHPAD.
06:03Et vous dites, on cache beaucoup nos vieux.
06:05Et moi, je voulais dire, justement, de ne pas cacher la vieillesse.
06:08Au contraire, interrogeons-la, posons des questions à nos anciens.
06:12Qu'est-ce qu'ils ont à nous dire, les anciens ?
06:14Alors, ils ont déjà beaucoup de choses à nous dire.
06:16Et puis surtout, je pense qu'on peut juger une société dans la façon dont elle traite ses personnes âgées.
06:22Je trouve que c'est un trésor, les personnes âgées.
06:25Et je trouve qu'il faut en prendre soin.
06:26Et ce qui est révélé récemment est quelque chose qui est absolument terrifiant.
06:32Le scandale des EHPAD.
06:33Le scandale des EHPAD avec ce livre qui s'appelle Les Foussoyeurs.
06:37Et c'est insupportable.
06:39Ça m'est absolument insupportable.
06:41Qu'est-ce que ça dit de notre société, alors ?
06:42Qu'est-ce que ça dit de notre société ?
06:43Ça veut dire que ça dit tout ce qu'on entend aujourd'hui.
06:47C'est réduire les aidants, réduire les soignants, réduire le nombre de lits.
06:54Le personnel a très peu de temps.
06:56Il faut se dépêcher parce que derrière ça, il y a des actionnaires.
06:59Et puis, on se fiche des personnes qui sont allongées dans ces lits.
07:04Ce qu'il faut, c'est que ça rapporte beaucoup d'argent.
07:06Quand on pense que dans certains EHPAD, des personnes âgées meurent de faim.
07:10C'est insupportable.
07:12Dans des sociétés comme les nôtres, ça n'est pas possible.
07:13Mine de rien, vous dénoncez très tranquillement et par un roman sensible,
07:18la société du jeunisme.
07:20Je ne sais pas si je peux employer le mot de militantisme,
07:22mais un peu quand même quand on vous écoute.
07:23Oui, moi, ça me touche énormément.
07:25Les personnes âgées, quand même l'hôpital, les soignants, ça me touche beaucoup.
07:30C'est un secret pour personne.
07:31Les animaux, la condition animale, la façon dont on les traite aussi,
07:35ça raconte beaucoup de nos sociétés.
07:37Et oui, quelque part, oui, je suis quand même assez engagée.
07:41Parce que plus on creuse vos romans, plus on comprend tout ce qu'ils nous enseignent,
07:44en fait, tous les messages qu'ils nous envoient.
07:46Et effectivement, vous l'avez dit très tranquillement aussi,
07:48vous parlez de la cause animale dans tous vos romans.
07:50Dans tous mes romans.
07:50Dans trois, Nina est gardienne de refuge.
07:53Le sort réservé aux animaux dans le monde est un énorme sujet pour vous.
07:57D'ailleurs, vous admirez ceux qui portent ce combat.
07:58Oui, tout à fait.
07:58Et notamment, Brigitte Bardot, je vous entendais dire que vous aviez très envie de lui parler,
08:02d'en parler avec elle.
08:03Finalement, vous l'avez fait ou pas ?
08:04Alors, je parle avec les porte-parole de la Fondation.
08:08Je suis toujours en lien avec les gens qui travaillent pour la Fondation,
08:13parce qu'il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas le travail de la Fondation.
08:16Et notamment, j'ai fait une émission récemment où j'expliquais que la Fondation Brigitte Bardot,
08:20en France, parce qu'elle a une puissance de tir absolument mondiale,
08:24mais en France, elle sauve des animaux réformés de l'abattoir,
08:30les plage chez d'anciens agriculteurs et les aide financièrement.
08:34Il y a plein de choses qu'on ne sait pas sur la Fondation Brigitte Bardot.
08:37J'ai eu un super projet avec ma maison d'édition pour faire une sorte de recueil de nouvelles
08:41où, effectivement, tous les dons iraient pour les animaux.
08:44Et ce qu'on ne sait absolument pas aussi de la Fondation,
08:46c'est pour ça que j'y tiens beaucoup,
08:47c'est qu'elle aide énormément tous les petits refuges en difficulté.
08:50Autre message subliminal dans tous vos romans,
08:52c'est l'attachement au territoire,
08:54la mise en valeur de ce qu'on appelait avant,
08:56mais ça semble péjoratif aujourd'hui, la province,
08:59les territoires hors de Paris,
09:01dans Tata, quasiment tout se passe à Guignon,
09:03petite ville de Saône-et-Loire, en région Bourgogne,
09:05et on va en parler.
09:06Outre le fait que ce soit votre lieu d'enfance,
09:09vous êtes aussi une ardente défonceuse des territoires.
09:12C'est vrai que la Bourgogne est présente dans mes quatre romans.
09:15Ce sera peut-être différent dans le cinquième,
09:17mais en tout cas, elle est très présente
09:19parce que je la connais bien,
09:21et j'aime cette proximité qu'ont les gens,
09:23de se connaître aussi, parce que c'est très romanesque,
09:26de génération en génération.
09:27On a connu les grands-parents,
09:30on a connu les parents,
09:31on a été amis avec les enfants,
09:33maintenant on voit les petits-enfants,
09:35ça m'intéresse beaucoup du point de vue romanesque.
09:37Il y a un lien entre tous ces combats ?
09:39La province, les personnes âgées, les animaux ?
09:42En tout cas, moi, concernant les animaux,
09:45je suis marraine du refuge de Guignon.
09:47C'est ce qui m'a donné envie d'en parler,
09:49dans trois,
09:50parce que je trouvais qu'il était très intéressant
09:52de parler des gens qui y travaillent,
09:54de tous les bénévoles,
09:55qui sont de milieux différents et très différents.
09:58Et puis, il y a toujours le...
10:00Enfin, toujours, non,
10:01mais souvent le thème de l'abandon
10:02et des liens du cœur dans mes romans.
10:03C'est très présent.
10:05Et je trouvais que la métaphore a été magnifique
10:06sur l'animal abandonné
10:08et qui a une seconde chance.
10:10Et ce qui arrive souvent à mes protagonistes,
10:13à mes personnages.
10:15Comment ça se fait que l'abandon est si important ?
10:16C'est très important pour moi
10:17et j'ai beaucoup de mal à le définir,
10:20d'expliquer pourquoi.
10:21J'ai été élevée par des parents aimants,
10:24mais ça me touche énormément.
10:26Ça me bouleverse, ça aussi.
10:29L'enfant qu'on peut aimer,
10:30même s'il n'est pas le nôtre.
10:32J'aime énormément parler de cela.
10:35Qu'on puisse laisser des gens sur le côté,
10:36sur le bas-côté, ça vous touche.
10:38Oui, aussi, oui.
10:39Ce qui est assez...
10:41Excusez-moi.
10:41Comment ?
10:42Les rencontres sont partout.
10:44Les bonnes rencontres et les mauvaises rencontres.
10:45Oui.
10:46Ce qui est assez fascinant dans votre parcours,
10:48c'est qu'avant les romans,
10:49vous avez eu une vie,
10:50une toute autre vie,
10:51une première vie
10:52qui n'avait rien à voir avec celle actuelle
10:54et on va en parler.
10:55Mais d'abord, une question.
10:56Est-ce que vous pensez
10:56qu'on est meilleur romancier, romancière,
10:59écrivain, écrivaine
11:00quand on a eu une autre vie,
11:01quand on a vécu autre chose avant ?
11:03En tout cas, mon expérience,
11:05moi, comme vous le disiez tout à l'heure,
11:08les oubliés du dimanche,
11:09je vais avoir dix ans dans quelques jours.
11:12Ça a été fulgurant et très rapide.
11:16Il fallait que ça sorte ?
11:17Que depuis dix ans.
11:19Avant, je ne vivais pas de ce métier.
11:21Je ne faisais pas ce métier du tout.
11:23Et est-ce que c'est différent ?
11:25Je ne suis pas sûre que j'écrirais
11:26ce que j'écris aujourd'hui
11:27si je n'avais pas vécu
11:29tout ce que j'ai vécu précédemment.
11:30Donc, j'ai 58 ans.
11:33J'avais 48 ans
11:34quand mon premier roman est sorti.
11:37Je l'avais travaillé des années auparavant.
11:40On va dire que j'ai commencé vraiment
11:41à écrire à partir de 45 ans.
11:44Donc, c'est très tard.
11:46Mais je pense que je portais ce roman.
11:48On porte les choses en soi.
11:49Et puis, il y a les bons moments.
11:52Et j'ai eu ce bon moment.
11:54Moi, les oubliés du dimanche,
11:55je l'ai porté au moins pendant 15 ans.
11:57Je portais l'histoire de Justine,
11:59de la mouette, de ces personnes âgées,
12:00de l'histoire d'amour d'Hélène et de Lucien.
12:02Je l'ai porté très longtemps.
12:03Mais j'ai eu une opportunité,
12:05à savoir d'être à la maison.
12:07Les enfants étaient à l'école la journée.
12:08Ils étaient plus grands.
12:09Ils étaient déjà au lycée.
12:10Et j'ai pu terminer cette histoire
12:11parce que j'ai eu six mois de ma vie
12:13où j'ai pu être à la maison et travailler.
12:15Une disponibilité mentale.
12:16Absolument.
12:17Et puis, j'avais travaillé aussi
12:18comme co-auteur sur un scénario
12:21qui nous avait pris deux ans
12:23à Clos de Lelouch, mon mari et moi-même.
12:25J'ai dû écrire à peu près six scénarios avec lui.
12:27Donc, c'est comme ça que je suis arrivée dans l'écriture.
12:30Et puis, j'ai été aussi photographe de plateau.
12:32Et donc, j'ai un regard cinématographique aussi.
12:35Et tout ça m'a été la meilleure des écoles.
12:38Et vous avez appris à observer
12:39quand on est photographe.
12:40Absolument.
12:41Vous êtes né dans les Vosges,
12:42mais vous avez grandi en Bourgogne
12:43grâce à votre père, Yvan Perrin,
12:45footballeur semi-professionnel,
12:47appelé à jouer au FC Guignon,
12:49surnommé Yvan le Terrible
12:51parce qu'il marquait et driblait
12:52plus vite que son ombre.
12:53À la maison, on mettait téléfoot,
12:55à la télévision.
12:56Vous aimez toujours le foot
12:57ou ça vous a vacciné ?
12:58En fait, c'est pas que ça m'a vacciné.
13:00Ça ne m'intéressait pas vraiment
13:01quand j'étais jeune.
13:02Ce qui m'intéressait,
13:03c'était la vérité, je l'ai dit.
13:05C'était d'accompagner mon père
13:07qui a été footballeur
13:08et après correspondant
13:11pour des journaux différents.
13:13Donc, il suivait l'équipe
13:14et on était dans les tribunes de presse.
13:15Moi, ce que j'adorais,
13:16c'est regarder les footballeurs.
13:17Je les trouvais tous beaux.
13:19C'est une vérité nouvelle.
13:21Et puis, réellement,
13:22aujourd'hui,
13:23c'est quand l'équipe de France joue,
13:24je suis à fond.
13:25Mais sinon, le foot,
13:27je suis toujours impressionnée
13:29par les grands sportifs.
13:31La performance.
13:32C'est incroyable la performance.
13:33Le jeu, l'équipe,
13:35l'équipe, elle est fondamentale.
13:37Et la façon dont les joueurs s'entendent,
13:39ça, ça me fascine beaucoup.
13:41Et puis, du coup,
13:41pour écrire Tata,
13:42puisque je voulais parler de foot,
13:45j'ai beaucoup interrogé mon père
13:46et puis des amis
13:47qui connaissent très, très bien le sport.
13:50Voilà.
13:50Et ceux qui ont lu Tata
13:51sauront pourquoi,
13:52mais je ne veux pas tout dévoiler.
13:54J'ai quand même un document
13:55à vous proposer, Valérie Perrin.
13:56Je vais le mettre entre vos mains
13:57et puis je vais le décrire
13:58pour vous et pour les gens
13:59qui nous écoutent.
14:00C'est une archive des forges
14:01de Guenion.
14:02Vous les avez reconnues ?
14:03C'est une carte postale.
14:04Ce sont les forges
14:04telles qu'elles étaient en 1940.
14:06Et je vous les montre
14:07parce que votre père,
14:08il travaillait tous les matins.
14:09L'après-midi,
14:10il jouait au foot,
14:11mais le matin,
14:12il était ouvrier
14:13dans les forges de Guenion.
14:14Il y travaillait.
14:15Vous êtes un peu attachée
14:16à ces forges,
14:17elles comptent ?
14:17Oui, énormément.
14:18Je suis très attachée
14:19à cette ville,
14:20à ses habitants.
14:22Et effectivement,
14:23c'est le cœur, en fait.
14:24Cette usine,
14:25elle existe depuis 200,
14:26j'espère,
14:26je ne dis pas de bêtises,
14:28mais au moins 200 ans.
14:29Je crois qu'on a fêté
14:31le 200e anniversaire
14:32de cette usine
14:33qui a commencé.
14:34C'est de la sidérurgie.
14:35Aujourd'hui,
14:35elle appartient à Mittal.
14:37C'est Arcelor Mittal.
14:38Ça a été la capitale mondiale
14:40de l'acier dans les années 80.
14:42Et effectivement,
14:43mon père y a travaillé
14:44jusqu'à sa retraite,
14:46jusqu'en 2007 ou 2009.
14:48Voilà,
14:48si je ne dis pas de bêtises.
14:49Et il y avait aussi maman
14:51qui, elle-même,
14:52dans cette même ville,
14:53a été commerçante
14:55pendant 10 ans
14:56dans cette ville.
14:57et j'y ai encore
14:58beaucoup d'amis
14:58et mes parents
14:59qui vivent encore à Guignons.
15:01Donc,
15:01votre enfance,
15:02c'est le monde du football,
15:03le monde ouvrier.
15:04Oui,
15:04le monde ouvrier.
15:05Qu'est-ce que fait
15:05à laisser comme trace ?
15:06C'est très important
15:07parce que pour l'importance
15:10de cette usine,
15:11c'est qu'il y a eu
15:12énormément de communautés
15:13étrangères
15:14qui sont venues travailler
15:15dans cette ville.
15:15Ça veut dire
15:16que j'ai grandi
15:17avec des copines
15:19algériennes,
15:20polonaises,
15:21italiennes,
15:22qui avaient énormément de...
15:24Il y avait
15:25toutes ces communautés
15:26qui étaient présentes
15:26et en fait,
15:27on ne se rendait pas compte
15:28quand on était enfant
15:28mais je me rends compte
15:29que c'était une véritable richesse.
15:30Ça vous a nourri ?
15:31Oui, absolument.
15:32Vous,
15:33vous n'étiez pas
15:33une grande sportive
15:34contrairement à votre père,
15:35un petit peu de tennis,
15:36de hand et de gym,
15:37pas non plus très amoureuse
15:38de l'école,
15:39vous quittez le lycée
15:40en première,
15:41vous ne passez pas le bac,
15:42une romancière sans le bac,
15:44j'ai trouvé que c'était
15:44un message absolument génial
15:46et pour les jeunes
15:46qui se font traiter
15:47de cancre à l'école
15:48et pour les parents,
15:49c'est quand même
15:49un message d'espoir énorme.
15:51Oui,
15:51c'est un message
15:51d'espoir énorme.
15:52Je pense aussi
15:53que mon époque
15:54n'est plus la même époque
15:55donc j'ai super envie
15:56de dire quand même
15:57aux enfants,
15:58essayez au moins
15:58de passer le bac
15:59parce que même si après
16:00vous arrêtez vos études,
16:02vous pourrez toujours
16:02les reprendre un jour,
16:03c'est quand même
16:04le passage obligatoire
16:05aujourd'hui.
16:06Moi,
16:06j'ai arrêté très tôt
16:07parce que je ne me sentais
16:08pas bien
16:09dans cette vie d'école
16:11mais c'est vrai
16:11que la contrepartie
16:13c'est que j'ai énormément lu
16:14comme s'il y avait
16:15quelque chose
16:16qui m'avait toujours manqué
16:17et ma formation,
16:18je l'ai fait toute seule
16:19en lisant énormément
16:21de romans.
16:22Mais il fallait du caractère
16:22quand même,
16:23il fallait l'annoncer aux parents.
16:24C'est vrai,
16:24il fallait l'annoncer aux parents,
16:25il fallait partir très jeune,
16:26travailler,
16:26gagner sa vie assez jeune
16:28puisque moi,
16:29je suis arrivée en 86
16:30à Paris
16:31donc j'avais 19 ans
16:33et j'ai tout de suite travaillé,
16:34je n'ai pas fait d'études.
16:35À l'allure de celle
16:35que vous êtes aujourd'hui,
16:36quel conseil donneriez-vous
16:37à la petite fille
16:38ou à la jeune fille
16:39que vous étiez ?
16:39Qu'est-ce que vous lui diriez
16:40avant qu'elle ne se lance ?
16:41Moi, personnellement,
16:42ce que je dirais
16:42à la jeune fille
16:43que j'étais,
16:44c'est ne change rien,
16:45fais ce que tu as à faire
16:46et tout va bien se passer.
16:48Vous la rassureriez.
16:50Quand vous débarquez à Paris,
16:51les premiers temps
16:51sont difficiles.
16:52Vous parlez même
16:53d'une violence.
16:54Vous dites,
16:54on ne parle jamais
16:55ou rarement
16:56en littérature
16:57ou au cinéma
16:57de la douleur que c'est
16:58d'avoir grandi en province
16:59et de devoir partir
17:00vers des grandes villes
17:01qu'on ne connaît pas.
17:02Vous, vous êtes retrouvée
17:03dans le RER
17:04de Vitry-sur-Seine.
17:05Oui, je vivais à Vitry-sur-Seine
17:06quand je suis arrivée à Paris.
17:07Je n'avais jamais mis
17:08les pieds à Paris.
17:10Je vivais chez la sœur
17:11d'une amie
17:12et c'est vrai
17:13qu'on n'en parle jamais.
17:15On vit,
17:16on grandit en province.
17:17On vit quand même
17:18dans un cocon
17:20assez privilégié
17:21et même s'il est très modeste.
17:23Et c'est vrai
17:24que la violence
17:24de se retrouver à Paris,
17:26dans des chambres de bonne,
17:27c'est super dur
17:28la vie pour les étudiants.
17:29On en parle encore
17:29énormément aujourd'hui.
17:30C'est très dur
17:31pour les jeunes.
17:32Ils se sentent abandonnés.
17:33Ils se sentent abandonnés.
17:34On est seuls,
17:35on n'a plus nos parents
17:35et puis c'est une vie
17:38violente
17:38et très chère aussi.
17:40Qu'est-ce qui vous a semblé
17:41si violent, vous ?
17:42Moi, je trouvais
17:42que ce qui était
17:43très, très difficile,
17:44c'était de vivre
17:44dans des tunnels.
17:45C'était tout le temps
17:46le tunnel.
17:46C'était prendre
17:48les transports en commun
17:49très tôt le matin,
17:50travailler toute la journée,
17:51rentrer par les tunnels
17:52et ne presque plus voir le ciel
17:53et puis la nature.
17:55Moi, j'étais quand même
17:55très proche de la nature.
17:57Je trouvais que c'était
17:57super difficile
17:58d'être coupée de nature
17:59à ce point-là.
18:00J'ai ce souvenir-là,
18:01en tout cas.
18:01Je saute plein d'étapes,
18:03plein de petits boulots,
18:04votre spécialisation
18:04dans l'informatique
18:05jusqu'à votre recrutement
18:07à Trouville-sur-Mer
18:07pour diriger une entreprise
18:08de téléphonie mobile.
18:10Pardon, là aussi,
18:10c'est une découverte
18:11et ça paraît tellement improbable
18:12quand on connaît
18:13la romancière
18:14que vous êtes aujourd'hui.
18:16Vous étiez responsable
18:17d'un magasin
18:18de téléphonie mobile
18:19et vous dites
18:19que ça vous a appris
18:20beaucoup.
18:20C'était un centre d'appel,
18:21ce n'était pas un magasin,
18:22c'était un centre administratif,
18:23centre d'appel.
18:24Il fallait gérer
18:27toute la plateforme administrative.
18:28C'est assez complexe.
18:29Mais vous avez adoré ça ?
18:30Oui, j'ai adoré ça.
18:31J'ai adoré ça.
18:32Qu'est-ce que vous avez dit ?
18:33On a commencé à...
18:34On devait être cinq
18:36et on a fini
18:38pas loin de 40.
18:39On a recruté
18:40beaucoup de femmes
18:41et j'aimais bien l'ambiance.
18:44On avait beaucoup de travail.
18:45Pourquoi beaucoup de femmes ?
18:46Je ne sais pas,
18:46parce que je les aime,
18:47sûrement,
18:48parce qu'elles étaient courageuses,
18:49parce qu'elles comprenaient
18:49assez vite
18:50et parce qu'il n'y avait pas besoin
18:51d'être bardées de diplômes
18:52pour comprendre le travail
18:54qu'on avait à y faire.
18:55Il fallait juste avoir
18:56le sens pratique
18:58que je trouve que les mères ont
18:59et il y avait beaucoup de mères
19:01dans mes collaborateurs
19:03et dans mes collaboratrices
19:04et on est allé très loin.
19:07Vous parlez comme une experte.
19:08Oui, c'est très impressionnant.
19:09Très bien.
19:10Un poste que vous quittez vite
19:12quand vous rencontrez Claude Lelouch,
19:13un très bon réalisateur
19:14qui deviendra votre époux,
19:16vous l'avez dit.
19:16Et avec lui,
19:17vous commencez à écrire vraiment
19:18des scénarios d'abord.
19:20Dans quelle mesure
19:20il a été déterminant
19:21dans le déclenchement
19:23ou la naissance de l'autrice
19:24que vous êtes,
19:25la romancière ?
19:26Indéterminant dans le sens
19:28du dialogue.
19:29Parce que d'abord,
19:30j'ai compris lui,
19:32ce qu'il avait dans la tête,
19:33la construction d'une histoire
19:34et surtout le sens du dialogue.
19:37C'était très important
19:38puisque le premier scénario
19:41sur lequel j'ai travaillé avec Claude
19:42s'appelle Salon au thème.
19:44On a fini par le faire
19:46avec Johnny Hallyday,
19:47Edie Mitchell,
19:48Sandrine Bonner.
19:49Et en fait,
19:50ce qui était hyper important
19:51pour moi,
19:52c'était de me mettre
19:54à la place des protagonistes
19:55et de savoir
19:56la façon dont ils allaient s'exprimer,
19:58comment on les faisait parler.
19:59Et j'ai beaucoup appris
20:00parce que j'ai travaillé aussi
20:02sur un plus une
20:03pour Jean Dujardin,
20:04Elsa Zilberstein,
20:06Les plus belles années d'une vie
20:06pour Jean-Louis Trintignant
20:07et Anouk Aimé.
20:08Et comme je les connais personnellement,
20:10que j'avais leur phrasé
20:11et que j'avais leur tessiture
20:13dans la tête,
20:14je pense que ce qui m'a
20:16le plus appris
20:17de travailler avec Claude,
20:18c'est vraiment
20:19la voix des gens
20:21et d'où,
20:22je pense qu'on peut vraiment dire
20:24que mes romans
20:25sont très cinématographiques
20:28et je pose presque
20:31deux caméras,
20:32champ contre champ
20:33et je fais presque le décor
20:35et ils sont très dialogués,
20:37mes romans.
20:38Comment vous l'avez rencontré,
20:39Claude Lelouch ?
20:39Je l'ai rencontré
20:40parce qu'une amie à moi
20:41préparait l'inauguration
20:42de la place Claude Lelouch
20:45à Deauville,
20:46l'endroit où Jean-Louis Trintignant
20:47fait des appels de phare
20:48à Anouk,
20:48il y a la place Claude Lelouch
20:49à Deauville
20:50et c'est autour
20:51de cet événement
20:52que mon amie
20:54de longue date,
20:55Katia,
20:56m'a dit,
20:56qui savait que j'écrivais,
20:57m'a dit,
20:58viens avec moi,
20:59j'aimerais que tu viennes
20:59avec moi
20:59sur l'inauguration
21:01de la place,
21:02il va y avoir
21:03une conférence de presse,
21:04je voudrais que tu m'accompagnes
21:05et elle m'a demandé,
21:07à l'époque elle était journaliste
21:09pour un magazine féminin,
21:11elle m'a demandé
21:11de faire une lettre ouverte
21:12à Claude Lelouch
21:12qu'elle mettrait
21:13à la fin de son article
21:15parce qu'elle savait
21:15que j'écrivais
21:16et j'ai envoyé cette lettre
21:17et là elle m'a dit
21:18je voudrais que tu viennes
21:18avec moi
21:19et elle a fait un truc
21:20extraordinaire
21:20que je ne savais pas,
21:21elle a donné cette lettre
21:22ouverte à Claude Lelouch,
21:23ça parlait de son cinéma,
21:25c'était une lettre d'amour
21:27pour son cinéma
21:28et lui il l'a lu
21:30et avec mon prénom
21:31et il a essayé de me retrouver,
21:33il m'a retrouvé
21:34et il m'a téléphoné
21:35pour me dire
21:36qu'il avait adoré cette lettre
21:38et qu'il voulait me rencontrer,
21:39c'est comme ça
21:39que j'ai rencontré.
21:40Il a d'abord aimé
21:41votre écriture,
21:42c'est une rencontre
21:42par l'écriture d'abord.
21:44C'est incroyable.
21:44Et aujourd'hui
21:45vous dites tout
21:46sur vos projets respectifs,
21:47sur vos personnages,
21:48sur les histoires
21:49et il y a un serment
21:50entre vous,
21:51c'est qu'on ne dit
21:51rien à personne.
21:52Oui, il peut y avoir
21:53plein de choses
21:54qui me disent
21:54et on se promet
21:55de ne pas le révéler
21:57sur ce qu'on ressent
21:59par rapport
21:59à tel ou tel événement
22:00mais aussi pour le travail.
22:02On échange nos idées.
22:04Et l'un inspire l'autre
22:05peut-être ?
22:06Oui, forcément.
22:07Quand il lit vos romans
22:08et doit...
22:08Quand Tata parle
22:09d'une cinéaste,
22:10il est bien évident
22:11que je n'ai rien inventé
22:14et que c'est parce que
22:15j'ai travaillé
22:15sur les plateaux de Claude
22:16que j'ai énormément observé
22:17la façon dont il travaillait,
22:19dont il rassemblait
22:20ses équipes.
22:21Je connais ce milieu
22:23du cinéma
22:23parce que j'ai travaillé
22:24avec lui
22:24sur plusieurs films
22:26et il est évident
22:27que j'avais envie
22:29d'en parler.
22:30Pour moi,
22:31j'ai échangé encore hier
22:32avec Jean-Pierre Genet
22:33puisque c'est lui
22:33qui va adapter
22:34« Changer des fleurs »
22:35et je lui disais
22:36« Je t'admire,
22:38je vous admire,
22:39vous êtes pour moi
22:39les héros des temps modernes. »
22:41Je trouve que pour faire un film,
22:43il faut être vachement courageux,
22:44il faut être super fort
22:46et je lui dis
22:46« Moi, tu vois,
22:47je reste dans ce petit monde égoïste
22:48où j'écris dans mon petit coin. »
22:50Pas égoïste,
22:51mais c'est vrai
22:51que vous n'avez pas envie
22:52de vous lancer dans cette bataille.
22:53Je n'ai pas besoin
22:53de soulever des armées.
22:54Les armées,
22:55c'est dans ma tête.
22:56Vous dites,
22:56je ne voulais pas du tout
22:57exercer ce métier de réalisatrice.
22:59Non.
22:59Pour l'instant,
23:00en tout cas.
23:00Pour l'instant, non.
23:01Je ne sais pas si ce sera...
23:03On ne sait pas,
23:03il ne faut jamais dire jamais.
23:04Mais en tout cas,
23:05je vois bien le travail
23:06que ça représente.
23:08La préparation,
23:10trouver son casting,
23:11parler à ses comédiens,
23:13se faire comprendre,
23:14bien s'entendre.
23:15C'est un miracle.
23:16Les financements.
23:17Les financements.
23:18Moi, je ne pense pas à ça,
23:20mais les financements,
23:21évidemment.
23:21Et puis après,
23:22le tournage,
23:23et puis après,
23:24tout ce qui va se passer derrière,
23:25le montage.
23:26Et tout ce travail-là,
23:28qui reprend des années,
23:29ne dépend que de quelques heures,
23:31le mercredi de la sortie.
23:32C'est ça qui me...
23:33Ça me rend folle.
23:35Je ne connaissais pas ça.
23:36Le fameux mercredi,
23:37les fameuses entrées au hall.
23:39Comment ça se présente ?
23:40Le bouche à oreille,
23:42la bande-annonce,
23:43l'affiche, mon Dieu.
23:45Beaucoup de pression.
23:46Énormément de pression.
23:47J'ai des photos pour vous,
23:48Valérie Perrin,
23:49ça fait partie aussi
23:49des rituels de cette émission.
23:54La première, la voici.
23:55Est-ce que vous savez
23:55qui c'est ou pas ?
23:56Je vais me laisser David.
23:58Alors non,
23:58il s'appelle Boris Razon.
24:01Non, je ne connais pas Boris.
24:02Ça ne m'étonne pas,
24:03on ne parle jamais de lui.
24:04Pourtant,
24:05c'est à partir de son roman
24:06Écoute,
24:07que Jacques Audiard
24:08a tiré son chef-d'oeuvre
24:10cinématographique
24:10Emilia Pérez
24:12et qu'il a reçu
24:13plein de prix,
24:14dont le César
24:15de la meilleure adaptation
24:16à partir du roman
24:18de cet homme,
24:19Boris Razon.
24:21Ce qui veut dire
24:21que le romancier
24:22est quand même
24:23toujours condamné
24:24à être un peu
24:24toujours dans l'arrière,
24:26dans l'ombre.
24:27Toujours.
24:27Il n'est jamais vraiment
24:28mis en avant.
24:29Je crois qu'il existe encore
24:31le César
24:31de la meilleure adaptation.
24:32Absolument.
24:34quand on nomme
24:35le nom du roman
24:38et le nom
24:39de l'adaptateur,
24:40je crois qu'on ne nomme
24:40même pas
24:41le nom de l'auteur.
24:42C'est un peu ingrat,
24:43il y a un peu d'ingratitude.
24:44Donc cette personne
24:45a écrit Emilia Pérez.
24:46Exactement.
24:46L'histoire qui a inspiré
24:48Emilia Pérez.
24:49Absolument.
24:50Oui, je ne le connaissais pas du tout.
24:50C'est un peu ingrat quand même.
24:52Du coup,
24:53Jean-Pierre Genet
24:54qui va adapter
24:54« Changer l'eau des fleurs »,
24:56vous espérez quand même
24:57être un peu reconnu ?
25:00De toute façon,
25:01on est quand même
25:02des métiers de l'ombre.
25:05La semaine dernière,
25:06ce n'était pas la semaine dernière,
25:07c'était samedi,
25:07j'étais au Salon du Livre de Paris
25:10et j'entendais plein de gens
25:11qui passaient devant
25:12et qui disaient
25:13« Ah, c'est vous Valérie Perrin ? »
25:14Vous ne connaissez pas les gens.
25:16Mais j'aime autant, moi, personnellement.
25:17Vous préférez.
25:18Oui, ça m'arrange.
25:19Alors, une deuxième photo,
25:20enfin, c'est plutôt
25:21une couverture de livre encore,
25:22le livre de Nicolas Demorand,
25:24journaliste-animateur
25:25de France Inter,
25:26auteur de ce livre
25:27« Intérieur Nuit »,
25:28où il raconte
25:29son quotidien
25:29avec la bipolarité.
25:32Il l'avait dit
25:34à très peu de gens jusqu'ici
25:35et là, il en a fait
25:36une chronique d'abord
25:36sur France Inter
25:37et évidemment,
25:38ce livre qui vient de paraître.
25:40C'est un peu ce que vous disiez
25:41tout à l'heure,
25:41on croit connaître les gens
25:42et finalement,
25:43on ne les connaît jamais vraiment.
25:45Il parle tous les jours
25:45à la radio
25:46avec deux millions d'auditeurs
25:47et les gens découvrent
25:48qu'il souffre de bipolarité.
25:50C'est fou ?
25:51Oui, c'est fou.
25:52C'est fou.
25:52Ça vous parle,
25:53la maladie mentale ?
25:54Oui, ça me parle énormément
25:55parce que ça a touché...
25:56C'est plus sur l'addiction,
25:58ça a touché un proche
26:00et ça me parle vraiment
26:01parce que je sais
26:02à quel point
26:02on ne sait pas quoi faire.
26:03On le gère très mal en France.
26:05C'est très compliqué
26:07et j'en parle beaucoup
26:08dans Tata.
26:08Il y a un des personnages
26:09qui s'appelle Yes
26:11et qui a vécu
26:12l'enfer de l'addiction
26:14donc je le connais bien
26:15et pour cause,
26:16j'en ai beaucoup parlé
26:17dans Tata.
26:18Lui, il s'en sort
26:19et il y en a
26:20qui ne s'en sortent pas
26:20et les maladies mentales,
26:22on a beaucoup de mal.
26:23On a beaucoup de mal
26:24à savoir les gérer
26:25et effectivement,
26:25il y a beaucoup de gens
26:26aussi qui souffrent d'addiction
26:28et personne ne le sait forcément
26:30parce qu'il y a beaucoup de gens
26:31qui ont une vie sociale
26:32presque normale
26:33et le soir,
26:34ils s'enferment
26:35et ils boivent toute la nuit
26:36et personne ne le sait.
26:37Le mal de l'ombre.
26:38Oui, absolument.
26:39Le mal de l'ombre.
26:40J'ai une dernière question
26:41qui est en lien
26:41avec le lieu
26:42dans lequel nous sommes,
26:43Valérie Perrin.
26:43Nous sommes entourés
26:44de quatre statues
26:44qui représentent chacune
26:46une vertu.
26:46Il y a la sagesse,
26:48la prudence,
26:49la justice
26:49et l'éloquence.
26:50Est-ce qu'il y a
26:51une de ces vertus
26:51qui vous parle plus
26:52que les autres ?
26:54Je pense la sagesse
26:55parce que je trouve
26:56qu'il faut du temps
26:56pour devenir sage.
26:58C'était Picasso
26:59qui disait
27:00j'ai mis longtemps
27:01à devenir jeune.
27:02On met longtemps
27:03à devenir jeune.
27:03Je trouve qu'on met longtemps
27:04à devenir sage
27:05et pour moi,
27:05la sagesse,
27:06c'est sans doute
27:07un trésor
27:08de pouvoir...
27:11Je ne sais pas pourquoi
27:12je pense à elle,
27:13Madame Alimi.
27:14Je trouve que c'est
27:14la personne
27:15la plus extraordinaire
27:16qui soit.
27:17Gisèle Alimi,
27:17l'avocate ?
27:18Gisèle Alimi,
27:19parce que je trouve
27:20qu'elle est sage,
27:21elle est calme,
27:23elle est extraordinaire
27:25en ce moment,
27:26on voit beaucoup
27:26d'images de Lina
27:27sur les réseaux
27:28et c'est très intéressant
27:29parce qu'on voit
27:29beaucoup d'images
27:30de Gisèle Alimi
27:31et pour moi,
27:32c'est la sagesse incarnée,
27:33c'est-à-dire qu'elle est
27:34d'une intelligence absolue
27:35et qu'elle est face
27:36à des bernards pivots,
27:37des hommes incroyables
27:39qui lui disent
27:39un peu n'importe quoi
27:40et elle répond toujours
27:42avec une sagesse extraordinaire.
27:44Alors la sagesse,
27:44ce sera votre mot,
27:45votre vertu à vous.
27:46Merci infiniment,
27:47Valérie Périn,
27:48d'avoir été avec nous
27:48dans cette émission.
27:49Merci à vous de nous avoir suivis
27:50comme chaque semaine.
27:51Émission à retrouver
27:52en replay
27:53sur notre plateforme
27:54publicsena.fr
27:55mais aussi en podcast.
27:55À très vite, merci.
27:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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