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  • il y a 18 minutes
Donald Trump quitte Pékin après deux jours de visite en grande pompe, où il a multiplié les marques d'amitié envers son homologue chinois Xi Jinping. La chercheuse Alice Ekman et l'ancien ambassadeur en Chine Philippe Étienne analysent les enjeux de cette visite.

Retrouvez "L'invité de 8h20" sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien

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Transcription
00:00Et un grand entretien ce matin alors que le voyage en Chine du président américain s'achève, vous le savez,
00:05on vous le disait dans le journal,
00:07Donald Trump s'apprête dans les minutes qui viennent à monter dans Air Force One et à faire le voyage
00:13retour vers les Etats-Unis.
00:15Une visite d'Etat de deux jours, intense, où le fast côtoyait la fermeté du président chinois et sur lesquels
00:23nous voulions revenir pour en comprendre les enjeux.
00:27Question, réaction, amis auditeurs, au 0145 24 7000 ou l'application Radio France.
00:34C'est deux invités dans le studio de France Inter avec nous ce matin. Alice Ekman, bonjour.
00:39Bonjour.
00:40Alice Ekman, directrice de la recherche de l'Institut des études de sécurité de l'Union Européenne, spécialiste de la
00:47Chine, autrice de dernier vol pour Pékin réédité en poche chez Flammarion en 2024.
00:53C'était le premier vol pourtant d'un président américain en Chine depuis 2017, comme le rappelait Pierre Aski.
01:01Philippe Etienne, bonjour.
01:03Bonjour.
01:03Bonjour.
01:04Ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis, auteur de Sherpa, publié aux éditions Talendier en janvier 2026.
01:10Vous avez travaillé sur les relations avec la Chine, côté d'Emmanuel Macron, à l'Elysée et vous en parlez
01:17dans votre livre.
01:19Vous présidez également le Forum de Paris sur la paix et c'est aussi une dimension essentielle de la relation
01:25entre ces deux superpuissances sur laquelle nous allons revenir.
01:29C'était donc mercredi avant-hier, le président américain arrivait à Pékin à bord d'Air Force One accompagné de
01:3617 grands patrons des plus grandes entreprises américaines,
01:40Boeing, Apple, Tesla ou du géant des puces électroniques Nvidia.
01:45Mais on va, avant de commenter les déclarations, de mesurer les rapports de force, essayer de comprendre pour commencer une
01:55visite d'Etat.
01:56Pourquoi faire ? Philippe Etienne.
01:59Le président Trump, vous le savez, veut avoir des relations directes avec les hommes forts de la planète et pour
02:08lui, la priorité était effectivement de rendre visite à Xi Jinping.
02:14D'ailleurs, ce n'est pas la dernière fois qu'ils vont se voir. Il y a toute une séquence
02:20qui a été confirmée puisque Trump a invité Xi Jinping à revenir en septembre à la Maison Blanche.
02:25Le 24.
02:26La grande question, et sans revenir sur ce que Pierre Aski a dit très brillamment, c'est quel équilibre trouver
02:34dans cette relation ?
02:35Parce que Donald Trump est prêt, il l'a dit aux Etats-Unis avant de partir, à faire des pas
02:40importants.
02:40Il a même parlé de l'invitation à la Chine à investir aux Etats-Unis alors qu'autour de lui,
02:45il y a beaucoup de gens, on les appelle les faucons, les China Hawks,
02:49qui au contraire veulent continuer la politique d'endiguement de la Chine.
02:54Du rapport de force ?
02:55Le rapport de force, c'est aussi ce que Donald Trump a en tête, mais pas le même genre de
02:59rapport de force, c'est-à-dire la poursuite des contrôles notamment sur l'exportation de technologies.
03:03Et donc, ce qui a complètement changé malgré tout l'équilibre de cette visite, c'est l'Iran.
03:10C'est la fermeture du détroit d'Hormuz et qui donne à la Chine une main plus forte dans cette
03:16visite.
03:16On va en parler évidemment, Alice Ekman, même question, une visite pour quoi faire ?
03:21Et du point de vue chinois, pour le coup, à quoi a servi cette réception fastueuse, mais où on a
03:28entendu de sévères mises en garde de la part du président chinois à Donald Trump ?
03:33Alors, ça a servi comme toujours pour les visites officielles dans le système politique chinois, où Xi Jinping est le
03:40grand leader de toute façon.
03:42Le simple fait que Donald Trump se rende en Chine avec certains qualificatifs, justement, comme Pierre Aski l'a mentionné
03:49en parlant de grands leaders.
03:50Tout ça, c'est très exploité par la communication chinoise vis-à-vis de la population interne pour glorifier ce
03:57grand leader.
03:57Donc, à la fois, il y a une communication interne, pas uniquement au service du dirigeant, mais aussi au service
04:04d'un rééquilibrage de la relation.
04:06Parce que ça fait très longtemps que les dirigeants chinois essayent d'établir ce qu'ils appellent une relation d
04:10'égal à égal.
04:11Alors, justement, ce sont des égaux ou pas ? Les Chinois et les Américains, la Chine et les Etats-Unis
04:16d'aujourd'hui.
04:17Lorsque vous regardez le monde, la Chine se perçoit comme l'égal des Etats-Unis qui étaient, il y a
04:22quelques années encore, la seule hyperpuissance ?
04:27La Chine, comme vous le savez, économiquement, reste sa deuxième puissance économique mondiale.
04:31Parce qu'on entend parfois maintenant que la Chine espère dépasser les Etats-Unis à l'horizon 2049 pour les
04:36centaines de la République populaire de Chine,
04:37dans tous les domaines, pas uniquement économiquement, mais aussi technologiquement, militairement, diplomatiquement, et aussi idéologiquement.
04:45Parce qu'on note un renouveau idéologique en Chine de Pérez-Vestimé au pouvoir en 2012.
04:49La Chine est loin des Etats-Unis encore au niveau à la fois économique et militaire.
04:53Et ça, c'est important de le rappeler, mais c'est vrai que le rattrapage est assez rapide, y compris
04:56un rattrapage asymétrique.
04:58Ce qui est intéressant de noter aujourd'hui, c'est que la Chine considère qu'il faut dépasser les Etats
05:02-Unis,
05:03mais pour le faire, elle doit initier une dynamique de coalition.
05:07Alors ça paraît un peu bizarre, mais si elle se rapproche autant de la Russie,
05:12si elle déroule le tapis rouge à Vladimir Poutine, qui se rendra en Chine d'ailleurs avant la fin du
05:16mois,
05:16donc il y a aussi une séquence intéressante, parce qu'on est quand même dans une situation de tension prolongée
05:21avec les Etats-Unis,
05:21en parallèle à un rapprochement prolongé avec la Russie, mais aussi avec un soutien relativement manifeste de la Chine vis
05:29-à-vis de l'Iran.
05:29Et c'est pour ça que le sujet est si difficile.
05:32On va en parler, on va y venir. Mais en tout cas sur la question de l'égalité du rapport
05:35de force, Philippe Etienne.
05:37Oui, alors ce qui s'est passé du côté des Etats-Unis, c'est que les Etats-Unis ont longtemps
05:41cru les républicains comme les démocrates,
05:43un peu dans la philosophie de la fameuse visite de Nixon en 1972,
05:47que Kissinger, jusqu'à sa mort, a été reçu à Pékin, toujours comme le grand conseiller.
05:55Les Etats-Unis ont toujours vu, jusque dans les années 2010, l'ascension de la Chine comme un fait qui
06:03pouvait être positif.
06:04Et puis dans les années 2010, ils se sont aperçus qu'il y avait un vrai risque, d'où le
06:10piège de Thucydide et son image,
06:14que la Chine rattrape et dépasse les Etats-Unis.
06:17Et c'est devenu aux Etats-Unis comme une obsession sur la place de numéro un dans le monde.
06:22Évidemment, la vision de Xi Jinping, qu'Ali s'a rappelé qu'en 2049, notamment dans le domaine de toutes
06:31les technologies qui conditionnent la puissance,
06:34la Chine devient la première puissance pour le centenaire de l'arrivée du Parti communiste chino au pouvoir,
06:39ça a confirmé ce qui est devenu une méfiance croissante du côté américain et même une obsession.
06:45Et aujourd'hui, ça se joue donc beaucoup sur le plan des technologies et notamment sur le plan de l
06:51'intelligence artificielle.
06:53Et comme vous l'avez dit, ce qui est très paradoxal, c'est cette présence de grands chefs d'entreprise
07:00qui ont des intérêts en Chine,
07:02notamment Elon Musk avec sa grande usine, mais aussi Apple qui fabriquait ses iPhones en Chine.
07:08Et en même temps, le souhait du côté des durs, du côté américain, de limiter ce transfert de technologies.
07:14Et là, les Etats-Unis sont dans un vrai dilemme.
07:17Il y a un lobby qui pousse à faire des affaires en Chine.
07:20Et puis, il y a ceux qui disent non, au contraire, il faut vraiment restreindre la coopération technologique avec la
07:26Chine
07:26afin qu'elle ne nous dépasse pas, notamment dans l'intelligence artificielle.
07:30Alors justement, ce que Philippe Etienne a évoqué, Alice Ekman, c'est le moment tussidide dont parlait Pierre Aski.
07:36Le fait qu'une puissance montante qui croise en quelque sorte une puissance descendante risque de se retrouver en conflit
07:43avec elle.
07:44Et Xi Jinping a évoqué, a cité cet historien et chef militaire de la Grèce antique qui a théorisé ce
07:52moment tussidide.
07:53Il a été question de guerre dans cette visite.
07:57Il y a eu des superlatifs pour dire que les discussions étaient positives, productives, pour dire qu'il y avait
08:02des accords fantastiques.
08:03Mais il y a aussi eu le mot conflit qui a été prononcé.
08:07Est-ce qu'il y a une menace de guerre quelque part ?
08:11Oui, conflit ou sous la traduction, ce serait plutôt choc.
08:15C'est Xi Jinping qui l'a dit.
08:16Oui, mais c'est plutôt dans le sens géopolitique du terme.
08:20On a l'impression d'échanges pacifiques et en fait il y a cette...
08:24En réalité vous avez raison, la relation est très tendue avant tout sur Taïwan.
08:29Puisque Xi Jinping de son point de vue, Taïwan est le dossier le plus sensible et le plus important aussi
08:34pour la Chine et au cœur des relations bilatérales.
08:37Et là-dessus la Chine est prête à une ligne rouge extrêmement forte.
08:42Et ce qui est intéressant de rappeler, c'est que des différences sur Taïwan, même symboliques, peuvent vraiment mettre entre
08:48parenthèses des avancées dans le domaine de l'économie et du business.
08:52Et plus généralement, au-delà de la question de Taïwan, qui est très préominente, il y a une affirmation de
08:57la Chine visite à visite des États-Unis.
08:58Ça répond aussi à votre première question, c'est-à-dire deux exemples.
09:01Vous vous souvenez, en préparation de cette visite, mais bien en amont, il y a eu une rencontre à Busan,
09:05en Corée du Sud, en octobre.
09:07En octobre, en amont de cette visite dans une dynamique de négociation, la Chine a menacé de restreindre ses exportations
09:12de terres rares.
09:13Mais c'était de manière beaucoup plus, on va dire, elle joue une carte de négociation beaucoup plus offensive.
09:18Mais ce qui est nouveau aujourd'hui, il y a dix jours, Donald Trump a sanctionné des entreprises pétrolières chinoises
09:25qui coopèrent, qui continuent à importer du pétrole iranien.
09:28Et d'habitude, la Chine ne dit rien, mais essaye de contourner les sanctions, de faire avec.
09:33Là, elle a dit, en substance, on s'en fout, elle n'a pas dit comme ça, mais elle a
09:37dit, peu importe, nous, on va continuer à faire ce qu'on fait.
09:40Et ça, ça montre aussi que la Chine, je pense, aujourd'hui, accélère l'intensité de l'affirmation vis-à
09:47-vis des États-Unis.
09:48Et c'est à suivre parce que, réellement, ça peut avoir des conséquences sur les rapports de force,
09:54si, encore une fois, elle arrive à jouer sur cette coalition informelle de pays avec la Russie.
10:00Philippe Etienne, on l'a bien compris, le nœud, c'est Taïwan. En tout cas, c'est comme ça que
10:03Xi Jinping l'a présenté.
10:06Donald Trump doit s'exprimer dans les prochains jours, ça c'est ce que dit le ministre américain des Finances,
10:10sur cette question de Taïwan.
10:12Est-ce qu'on peut imaginer, est-ce que c'est imaginable que les États-Unis interrompent leur livraison d
10:19'armes prévues, promises à Taïwan,
10:22quand même 9,5 milliards encore annoncés récemment, en décembre dernier, en échange d'un appui plus fort de Pékin
10:31pour réouvrir le détroit d'Hormoz ?
10:34Ce que les dirigeants chinois attendent des Américains, c'est effectivement, fut un léger réfléchissement sur Taïwan,
10:46mais c'est aussi, comme on le disait tout à l'heure, la levée des interdictions de transfert de technologie.
10:51Taïwan n'est pas le seul point offensif des Chinois dans cette visite.
10:55Sur Taïwan, effectivement, vous l'avez dit dans votre question, pour moi, sous votre contrôle,
11:01le point à la fois le plus opérationnel et le plus sensible, ce sont les ventes d'armes.
11:05Parce qu'aujourd'hui, le pays qui assure en fait la défense de Taïwan par l'équipement militaire, c'est
11:10les États-Unis.
11:11D'autres pays le faisaient.
11:12La France, dans les années 90, vous savez, avait pris des engagements vis-à-vis de Pékin,
11:17alors que la France vendait des armements importants à Taïwan.
11:21De manière un peu similaire, je pense que la stratégie du gouvernement chinois,
11:27c'est de pousser de plus en plus les États-Unis à limiter d'une manière ou d'une autre
11:33leur soutien à Taïwan,
11:35à la fois dans le symbolisme des déclarations, mais aussi dans les échanges, dans les visites,
11:40et donc dans les livraisons militaires.
11:43Parce que l'idée, je pense, c'est de faire apparaître de plus en plus inéluctable un rattachement de Taïwan,
11:51en montrant que les soutiens vont diminuer.
11:54Et là, le gouvernement chinois joue aussi sur la politique intérieure à Taïwan.
11:59Vous savez que la présidente du Kuomintang a été reçue récemment avec le tapis rouge à Pékin.
12:05C'est le parti qui est actuellement dans l'opposition, mais qui contrôle le Parlement quand même à Taïwan.
12:11Mais Mme Chen Liwong a été reçue par Xi Jinping, justement, et c'est un moment extrêmement important avec Alice,
12:18cette présence, cette insistance chinoise du retour de Taïwan dans ce qu'elle appelle la Chine la mère patrie.
12:26Ce qui est assez fascinant, c'est qu'on se focalise sur le détroit d'Hormuz,
12:29et c'est vrai que la Chine dépend des exportations et du passage des pétroliers par ce détroit,
12:36mais il y a un autre détroit, dont parlait Pierre Aski hier, c'est le détroit de Formose.
12:41Et là, pour le coup, c'est une partie considérable du commerce maritime mondial.
12:46Et il ne s'agit pas simplement de pétrole, là il s'agit de la production mondiale de puces électroniques
12:52qui est géographiquement concentrée sur une rive, celle de Taïwan.
12:56Et la différence entre Hormuz, c'est que c'est un verrou énergétique, Formose, c'est un verrou commercial, technologique,
13:04militaire.
13:05C'est ça au fond dont il était question, Hormuz contre Formose ?
13:11Je ne peux pas rentrer sur ce que ça, mais vous avez raison.
13:13En fait, chaque détroit a sa forte force et ses faibles.
13:17La Chine dépend grandement, bien sûr, de la liberté de navigation, comme on dit, y est attachée.
13:24Par rapport à Hormuz, la situation l'embête à l'évidence.
13:27En même temps, elle a des stocks de pétrole très importants.
13:29Elle peut tenir six mois si aucun des pays du Moyen-Orient lui exportait le pétrole qu'elle exporte aujourd
13:36'hui.
13:36Donc ça aussi, elle peut voir, elle a le temps de venir.
13:39Elle a beaucoup plus condamné le blocage quand il était initié ou redéployé par les Etats-Unis que quand c
13:45'était par l'Iran.
13:46Donc c'est aussi pas uniquement ce qui se passe, mais qui le fait.
13:48Encore une fois, elle a des préférences et des partenariats qui sont assez clairs aujourd'hui.
13:56Le détroit de Taïwan, Formose, si vous préférez dire cela, mais pour les auditeurs qui comprennent bien, c'est le
14:01détroit de Taïwan dont on parle.
14:02Donc ce détroit de 120 kilomètres qui sépare l'île de Taïwan du continent et de la Chine.
14:08Bien sûr, c'est très important parce que beaucoup d'exportations, la Chine reste une puissance tournée vers l'export,
14:13une puissance d'exportation.
14:14Son modèle de croissance dépend des exportations, donc elle a tout intérêt à ce que la liberté de circulation continue
14:20à être assurée.
14:21Taïwan, bien sûr, est une... beaucoup d'entreprises en premier, le TSMC, sont leaders dans le domaine des puces semi
14:28-conducteurs.
14:28Mais pour la Chine, pour Pékin, pour le parti communiste chinois, la question de Taïwan est une question nationale, de
14:34réunification, qui est patriotique, historique.
14:38Et elle a bien existé avant même la question des semi-conducteurs.
14:41Qu'est-ce qu'ils attendent de la déclaration de Trump sur Taïwan ? Qu'est-ce qu'ils peuvent
14:46espérer ?
14:47Non, ils avaient espéré au cours des six derniers mois que les Etats-Unis condamnent, s'opposent à toute indépendance
14:54de Taïwan.
14:55Donc c'est-à-dire marquent plus fortement des lignes claires.
14:58Alors que les Etats-Unis soutiennent Taïwan par l'envoi d'équipements militaires, traditionnellement, depuis 1982, les Etats-Unis ne
15:08consultent pas la Chine pour l'exportation d'armes à Taïwan.
15:13Et puis il y a ce Taiwan Relation Act, depuis 1978, qui indique que les Etats-Unis soutiennent Taïwan, même
15:24s'il n'y a pas d'alliance, bien sûr, et de relation diplomatique officielle, compte tenu de l'évolution
15:28des relations avec la République populaire de Chine.
15:30Mais ce qui est important de noter aujourd'hui, c'est que pour la Chine, Taïwan est une ligne rouge.
15:36C'est-à-dire que dans les déclarations, réellement, je pense qu'ils vont marteler cette communication et ses attentes
15:42vis-à-vis des Etats-Unis dans les prochains mois.
15:45Et si les Etats-Unis ne bougent pas, ils pourraient prendre des mesures, à la fois dans l'omène technologique
15:51ou économique, contre les Etats-Unis.
15:52Alors il y a les questions de la guerre et de la paix, et d'autres formes de rapports de
15:55force. Bonjour Corinne.
15:57Bonjour.
15:58Merci d'être avec nous sur France Inter ce matin. Vous avez une question sur nos invités, sur le soft
16:05power ?
16:05Oui, effectivement. Donc, étant donné la mondialisation de TikTok, les séries télévisées chinoises qui cartonnent en Afrique, et leur réussite
16:18sportive, sans parler des instituts Confucius,
16:21est-ce que le soft power chinois n'est pas sous-estimé par les experts ? Merci.
16:27Merci Corinne pour votre excellente question.
16:29Oui, il se trouve que j'ai été chargé du soft power français comme directeur général de la coopération culturelle
16:35il y a quelques années,
16:36et je suis tout à fait d'accord avec votre auditrice.
16:40D'ailleurs, le mot soft power est trompeur, parce que ce n'est pas si soft que ça.
16:46Ça fait partie du cœur du pouvoir d'influence d'un grand pays comme l'Amérique ou comme la Chine.
16:53Et on sous-estime l'importance de ce pouvoir, d'autant plus qu'actuellement, et c'est aussi le sens
16:58de l'image de cette visite de Trump en Chine,
17:02c'est quand même la Chine qui se présente au monde comme la grande puissance responsable,
17:07par rapport à une autre grande puissance qui a commencé une guerre dont elle ne sait pas trop comment se
17:11sortir.
17:12Et dans cette responsabilité, l'image est importante.
17:15Et moi, j'avais été très frappé quand j'étais ambassadeur aux Etats-Unis.
17:18C'était l'époque où en Chine, on avait les loups diplomates, c'est-à-dire des ambassadeurs chinois très
17:23agressifs.
17:24On en a eu, y compris en France d'ailleurs.
17:26Et ça a changé depuis.
17:27La Chine joue maintenant l'image de la puissance responsable utilisant ce soft power.
17:34Et l'auditrice a cité plusieurs exemples.
17:36C'est intéressant d'ailleurs, parce que TikTok, comme les films, ça évoque quoi ?
17:42Ça évoque aussi le soft power américain.
17:44Et donc là aussi, il y a une concurrence qui se joue.
17:46Et l'image de la Chine, quand on regarde les sondages aujourd'hui, y compris dans les pays d'Europe,
17:51et l'actuelle politique américaine n'y est pas pour rien,
17:54est plus positive que l'image des Etats-Unis, même en Europe.
17:56Et pour l'anecdote, d'ailleurs, hier au banquet, il y avait de la nourriture, du concombre de mer, spécialité
18:03chinoise.
18:04Et les YMCA, la chanson des Village People, qui est l'un des hymnes que revendiquent aujourd'hui Donald Trump,
18:12Alice Elkman.
18:14Qu'est-ce qui, aujourd'hui, est à regarder de près dans les relations entre les deux pays ?
18:21Est-ce que, pour vous, c'est une question, par exemple, qui va se jouer sur la question technologique, d
18:27'abord ?
18:28Ou sur la question militaire ?
18:30Ou sur la question culturelle ?
18:32Il y a à peu près un million d'étudiants chinois qui vont aux Etats-Unis chaque année.
18:37Un million d'étudiants chinois pour deux pays qui sont en situation de rivalité.
18:41C'est absolument considérable.
18:44Oui.
18:45Pour répondre à votre question, je pense, bien sûr, qu'il reste encore des échanges entre populations.
18:50Mais, progressivement, on voit bien que la Chine cherche à limiter sa dépendance aux Etats-Unis.
18:55Donc, c'est la question technologique et la question militaire, en premier lieu, actuellement, l'Iran.
19:00Donc, technologique, on voit bien, à l'étude du plan quinquennal qui vient de sortir,
19:03donc, en mars dernier, le 15e plan qui couvre la période 2026-2030,
19:07que la Chine cherche vraiment l'autosuffisance technologique.
19:10Il y a des quotas dans ce plan qui appellent les entreprises chinoises
19:14à, donc, pour une grande partie, s'approvisionner en composants chinois.
19:18Donc, c'est être autosuffisant sur toute la chaîne de production technologique.
19:21On le voit depuis longtemps, mais maintenant, il y a des chances qu'ils y arrivent,
19:25progressifment, ça va prendre du temps.
19:26Mais ça, c'est intéressant, parce que les Etats-Unis parlent de découplage,
19:29l'Europe parle de dérisquage ou de dérisking.
19:31Les Etats-Unis, la Chine, pardon, parle aussi, elle, de limitation des dépendances.
19:35Dans tous les sens, en fait, tout le monde essaye de limiter ses dépendances
19:38dans les secteurs stratégiques, en premier, dans les technologies.
19:40Et la Chine, on peut dire, dans ce contexte-là, un peu un temps d'avance,
19:43compte tenu des barrières de la censure, du fonctionnement même,
19:48on va dire, du contrôle même des technologies en Chine.
19:51Et sur le plan militaire, on voit que la Chine exporte de plus en plus d'armes
19:56et soutient, plus indirectement que certains pays,
19:59mais soutient indirectement ses partenaires.
20:03Les Etats-Unis regardent de très près si la Chine envoie...
20:05L'Iran, la Russie, l'Iran...
20:08Voilà, il n'y a pas...
20:10La Corée du Nord ou l'Iran ont soutenu directement la Russie
20:13par l'envoi d'armes, et même dans le cas de la Corée du Nord,
20:16le soldat, la Chine ne fait pas ça,
20:17mais elle exporte des composants duals, à usage duals, qui...
20:20Elle dit, je ne livre pas d'armes.
20:22Je ne livre pas d'armes, mais en fait...
20:23Mais les Américains comptent sur les Chinois pour jouer le rôle de médiateur
20:26ou de peser sur l'Iran, vraiment ?
20:28Non.
20:29Philippe Etienne, c'est la fin de notre entretien.
20:31Je pense que les Etats-Unis, le président Trump l'a dit,
20:35ont mis sur la table les trois dormous,
20:37parce qu'ils sont forcés de le faire,
20:39parce qu'aujourd'hui, ils sont dans une phase de blocage avec l'Iran,
20:42alors que l'Iran est beaucoup plus faible.
20:45Mais l'Iran a trouvé ce levier.
20:47Et donc, la Chine ne va pas être un médiateur,
20:50mais le médiateur actuel, le Pakistan, est très proche de la Chine.
20:54Et la Chine a énormément de cartes dans ce conflit.
20:57Rappelez-vous que c'est la Chine qui a rapproché l'Arabie saoudite et l'Iran,
21:00il y a quelques...
21:01Ce qui était impensable.
21:03Donc, le rôle politique et stratégique de la Chine dans la région
21:06a déjà augmenté, et il est en train peut-être encore d'augmenter,
21:10à la faveur de la guerre déclenchée par Israël et les Etats-Unis.
21:12Mais juste, Alice Ekman, si on grossit le trait,
21:14en fait, on a entendu les superlatifs,
21:16on a envie de dire qui a gagné, qui a perdu,
21:18à l'issue de cette rencontre.
21:21Je resterai nuancée, parce qu'on n'a pas aussi toutes les informations.
21:24On a les premières dépêches, mais j'aimerais bien voir qu'on nous voit exactement...
21:27Les accords fantastiques et leur contenu ?
21:29Voilà, pour l'instant, on n'a pas le détail des accords dits fantastiques.
21:32Ce qui est sûr, c'est que la Chine installe un nouveau rapport de force
21:38et sort, de mon point de vue, de l'ambiguïté stratégique.
21:41C'est-à-dire, comme on l'a dit, sur les conflits en cours,
21:44notamment en Ukraine, mais aussi au Moyen-Orient,
21:46elle a pris partie de manière assez claire.
21:49Et ces partenariats informels résistent, entre guillemets, aux tests des guerres.
21:54Et si l'Iran a pu durer aussi longtemps, entre guillemets,
21:56le régime iranien actuel, c'est en partie parce qu'il est soutenu par la Chine
22:00qui continue à coopérer de manière très concrète avec l'Iran.
22:04On imagine en tout cas que les sherpas des deux présidents
22:06vont avoir beaucoup, beaucoup de travail dans les temps qui viennent,
22:09Philippe Etienne, et ce sera le dernier mot.
22:11Et n'oublions pas les autres, et notamment les Européens,
22:13qui doivent quand même tirer les conséquences de tout ce qui se passe.
22:16Un dernier mot aussi sur la Chine et les Etats-Unis.
22:20ont aussi des responsabilités communes.
22:22Et un des aspects qu'il faut examiner après cette visite,
22:25c'est s'il y a un accord pour examiner
22:28comment limiter les risques de la diffusion de l'intelligence artificielle,
22:31y compris dans l'omène militaire.
22:33C'est une vieille idée qu'avait Henry Kissinger d'ailleurs.
22:35Bon, n'oublions pas qu'il y a aussi des sujets de coopération dans tout ça
22:38pour l'avenir du monde.
22:39Merci infiniment à tous les deux d'avoir été les invités de France Inter
22:42et de nous avoir aidés à mesurer les enjeux de cette visite d'Etat.
22:47Le grand entretien s'achève alors qu'Air Force One vient tout juste de décoller de Pékin.
22:52Merci Alice Ekman.
22:54Dernier vol pour Pékin, c'est réédité en poche chez Flammarayon.
22:57Philippe Etienne, Sherpa, c'est publié chez Talendier.
23:00Merci infiniment à tous les deux.
23:01Merci beaucoup.
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