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  • il y a 11 minutes
Membre du jury du 79ᵉ Festival de Cannes, le jeune réalisateur chilien au parcours hors du commun défend un cinéma politique qui passe par l'émotion.


Retrouvez « Nouvelles têtes » présenté par Daphné Bürki France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

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Transcription
00:00Il est 9h50 et nous sommes en effet en direct dans le studio cannois de la grande matinale de France
00:04Inter ce matin.
00:05Ma nouvelle tête s'appelle Diego Céspedes.
00:08Il est réalisateur et depuis hier l'un des plus jeunes membres d'ailleurs du jury du Festival de Cannes.
00:13Il est né en 1995, il a grandi à Penalolene qui est un quartier populaire de Santiago du Chili.
00:19Celui qui a été sacré l'an dernier au Festival de Cannes avec son premier film dans la catégorie Un
00:24certain regard
00:24n'était pas spécialement cinéphile quand il était enfant.
00:27D'ailleurs quand il avait 6 ou 7 ans, sa première vocation c'était de coiffer ses tantes.
00:31Alors que son père conduisait un bus scolaire et que sa mère était femme au foyer.
00:35Aujourd'hui, il devra juger pendant cette quinzaine les oeuvres de ses consœurs et de ses confrères.
00:40Un super pouvoir !
00:42Non, à vrai dire, s'il en avait un super pouvoir, il aimerait faire disparaître les dirigeants fascistes.
00:47Il se réveille d'une première soirée cannoise.
00:49Bonjour Diego Céspedes, bienvenue sur France Inter.
00:53Merci pour l'invitation.
00:55On est ravis que vous ayez accepté cette invitation et on entend ce son parce qu'hier soir, en effet,
00:59s'est ouvert le 79e Festival de Cannes.
01:02Vous avez monté les marches avec tout le jury pour assister à cette cérémonie d'ouverture.
01:07Comment ça va ce matin ?
01:09Je me sens très bien, un peu dépassé parce que je n'ai jamais été aussi exposé dans ma vie.
01:22Mais aujourd'hui, nous allons commencer à regarder les films et je suis ravie, je veux vraiment démarrer mon travail.
01:31Vous avez présenté tous vos films ici.
01:33Votre premier court-métrage à la Cinéfondation, puis un autre à la Semaine de la Critique, puis votre premier long
01:38-métrage à un certain regard.
01:39Et maintenant, vous voilà juré.
01:41Alors franchement, on dirait un conte de Cannes, cette histoire.
01:43Vous dites que ce festival, il a toujours été un endroit qui vous a laissé vous exprimer librement, même quand
01:48vous étiez un jeune réalisateur totalement inconnu, venu d'un milieu très populaire du Chili.
01:53L'année dernière, vous remportez donc ce prix pour le mystérieux regard du flamant rose.
01:57Qu'est-ce que ce festival ? Qu'est-ce que ce prix ? Qu'est-ce que ça a
02:00changé concrètement dans votre vie ?
02:06Ce festival m'a détecté avant même mon pays, m'a identifié en tant qu'artiste.
02:15Je suis très reconnaissant auprès du festival et toutes les personnes qui y travaillent.
02:21Je peux être moi-même à Cannes, je peux me le permettre.
02:24Et ça, en soi, c'est magnifique.
02:30Être membre du jury, je me sens chez moi. C'est incroyable.
02:35Et on entend la musique de votre film dans le fond, parce que je vais raconter un petit peu ce
02:40film pour celles et ceux qui ne l'ont pas vu.
02:41Il est sorti il y a un an tout pile.
02:43Nous sommes dans le désert chilien au début des années 80.
02:45Une petite fille grandit au milieu d'une famille queer flamboyante dans un cabaret.
02:49Et le sida arrive sans encore en porter son nom.
02:53Une rumeur se répand.
02:54La maladie se transmettrait par le regard amoureux entre deux hommes.
02:57Votre cinéma, vous le dites, il est profondément politique, mais chez vous, la politique, elle passe par l'émotion.
03:03Alors, est-ce qu'un grand film, un film réussi, un film qui a rempli sa mission,
03:08ce n'est pas un film qui donne une leçon, mais peut-être qui change notre regard sur les autres,
03:12Diego ?
03:13Oui, absolument.
03:16Je pense que je ne peux pas être aveugle par rapport à ce qui se passe aujourd'hui dans le
03:23monde.
03:24En tant que jeune réalisateur, je vois ce qui se produit dans le monde aujourd'hui.
03:29Et j'aime bien prendre une position.
03:33On n'a pas besoin de créer une sorte de lettre ou de publier un article pour être politique.
03:43Il faut simplement parler avec son cœur.
03:47Et c'est ce que je fais dans mes films.
03:51Quand on parle des gays dans mes films, on parle de comment il faudrait se regarder en face.
03:58Pour moi, c'est déjà très politique.
04:02Quand vous étiez enfant dans la banlieue de Santiago, c'était déjà vous, derrière la caméra,
04:07grâce à une caméra numérique achetée par votre tante.
04:09Vous filmez des faux shows télévision avec vos cousins.
04:12Au lycée, vous êtes devenu le gars qu'on appelle pour faire pleurer tout le monde
04:15avec vos vidéos de remise de diplôme.
04:18Et puis un jour, vous découvrez la Seignaga de Lucretia Martel.
04:24C'est un immense film argentin.
04:27Je vais raconter sur la famille aussi, qui se délite.
04:31C'est un cinéma sensoriel, étrange, politique, jamais démonstratif d'ailleurs.
04:36Et vous dites, à ce moment-là, quand vous avez vu ce film,
04:40vous avez compris qu'il existe un cinéma que les gens de votre milieu social
04:44ne sont pas censés aimer.
04:46Qu'est-ce que ça veut dire, ça ? Et qui décide de ça ?
04:52La société décide parfois.
04:56Je viens d'un milieu très populaire et je n'ai jamais regardé des films d'auteurs
05:05avant d'aller à l'école du cinéma.
05:09En fait, c'était la première ou la deuxième année.
05:12Quand j'ai assisté, j'ai commencé les cours dans cette école,
05:15je pensais que ça allait être très technique.
05:17Et puis j'ai découvert un monde incroyable.
05:20J'étais assise derrière, au fond de la salle,
05:25et ils nous ont obligés de regarder la Seignaga.
05:30Je me suis dit, mais c'est quoi ça ?
05:32Je me suis sentie transportée.
05:34À ce moment-là, j'ai su que je voudrais faire des films moi-même.
05:39Un des enseignants avait vu un de mes courts-métrages
05:43et elle m'a dit, t'es vraiment douée.
05:46Alors j'ai commencé à écrire des films.
05:50Mon premier court-métrage est arrivé à Cannes il y a 7 ou 8 ans, je crois,
05:53et c'était incroyable.
05:55Il faudra peut-être faire un film sur votre lien au Festival de Cannes.
05:58Je me suis dit, vous pourriez faire un court-métrage là-dessus.
06:02Peut-être dans le futur.
06:03À l'avenir.
06:05On compare votre cinéma à celui de Pedro Almodovar.
06:07Les familles que l'on se choisit, la communauté queer,
06:10les femmes comme socle de la vie.
06:12Cette année, vous allez vous retrouver à juger son film à Cannes.
06:16Ça représente quoi pour vous ?
06:18Et surtout, quel genre de juré allez-vous être ?
06:22Je ne crois pas.
06:24Je ne crois pas d'ailleurs.
06:26Oui, je me suis dit, je me suis très honnête.
06:29Je me suis tellement honnête.
06:31Sometimes I'm like, what I'm doing here ?
06:33C'est Almodovar.
06:34C'est incroyable.
06:36C'est le comparaison avec Almodovar.
06:38C'est le comparaison avec Almodovar.
06:39C'est le comparaison avec Almodovar.
06:40C'est le comparaison avec Almodovar.
06:40C'est le comparaison avec Almodovar.
06:40Vous le savez, pour le monde entier.
06:43Pour nous, l'ispanophone, c'est Almodovar qui nous représente dans le monde.
06:48Je me dis donc qu'il faudrait que je sois un simple spectateur et je vais juger comme un simple
06:57spectateur.
06:58Et je me sens très honoré.
07:15Bon, ça, c'est l'une des musiques qui vous aident à vivre.
07:18Des vieux chants flamencos, des boleros, des chansons qui ressemblent à un chagrin d'amour à 3h du mat, quelque
07:24part dans le monde.
07:25Cette fois-ci, c'est avec Mercedes Sosa.
07:28Dans votre film, il y a une rumeur qui dit que le regard amoureux peut transmettre la maladie.
07:32Mais au fond, moi, j'ai l'impression que votre cinéma, et c'est pour ça que je suis ravie
07:34de vous présenter aux auditeurs aujourd'hui,
07:36il raconte exactement l'inverse, que le regard peut sauver quelqu'un.
07:39Qu'être regardé autrement, ça peut quelquefois changer une vie entière.
07:43Est-ce que vous croyez encore aujourd'hui, en tant que membre du jury de ce festival,
07:46dans ce monde extrêmement violent, au pouvoir des images, au pouvoir presque salvateur d'une œuvre ?
07:53Oui, j'y crois fermement.
07:57Je ne pense pas qu'un film, un seul film, va changer ce monde devenu complètement fou aujourd'hui.
08:11Mais en tant que collectif, on apporte un message, un message en faveur de la paix, se regarder de nouveau
08:21autrement.
08:23Je pense qu'aujourd'hui, sur nos téléphones, on reçoit constamment des fake news, il y a beaucoup de violences,
08:31mais on n'arrive plus à se regarder, on n'arrive plus à créer un lien.
08:36On devient de plus en plus individualiste chaque jour qui passe.
08:41Donc c'est vrai, parler autrement de nos âmes, parler des autres, c'est plus important que jamais.
08:50Je vous souhaite un très bon festival, Diego Céspedes.
08:53Merci beaucoup.
08:53N'hésitez pas à suivre son travail, magnifique.
08:56Merci.
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