- il y a 9 heures
Avec Marine Turchi, journaliste au service enquêtes de Médiapart, et Dylan Slama, avocat au Barreau de Paris. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-debat/le-debat-de-la-grand-matinale-du-jeudi-14-mai-2026-5859913
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00:00C'est l'heure du débat du jour sur France Inter.
00:03Lui était très oppressant puisque tout le long du massage, il souhaitait des prestations sexuelles.
00:08Et plus particulièrement, il voulait des massages, on va dire, au niveau de son anus.
00:15Pour moi, c'est un choc en fait. Il y a eu un impact autant professionnel que personnel.
00:19Mon corps m'a lâché, mon mental m'a lâché.
00:23Témoignage de Julia, diffusé hier par le site Mediapart.
00:27Patrick Bruel, visé par trois enquêtes judiciaires, une trentaine de femmes ont par ailleurs accusé Patrick Bruel dans la presse
00:34de violences sexuelles.
00:36Dès lors, comment gérer les tournées de cet artiste qui se produit en ce moment au théâtre et bientôt en
00:42concert ?
00:43Doit-il être accueilli sur scène comme si de rien n'était ?
00:46Ou doit-il se retirer de la scène ?
00:49Patrick Bruel demeure évidemment présumé innocent.
00:52Les affaires n'ont pas été jugées.
00:55Alors, quelle décision prendre dans ces conditions ?
00:57France Inter, la grande matinale, Sonia De Villers.
01:02Et je vous présente mes invités. Marine Turquie, bonjour.
01:05Bonjour.
01:05Vous êtes journaliste au service enquête de Mediapart.
01:08Vous travaillez sur le recueil de témoignages autour de Patrick Bruel depuis combien de temps aujourd'hui ?
01:15Les premiers témoignages, c'était fin 2018.
01:17Donc vous voyez le temps qu'il faut pour faire ces enquêtes.
01:20La première enquête, elle a mis plus de 7 ans à aboutir.
01:21C'est ça. 8 ans de travail. Maître Slama, bonjour.
01:24Bonjour.
01:24Maître Slama, bonjour. Avocat au barreau de Paris.
01:27On va vous faire dialoguer tous les deux.
01:30Donc vous avez dit Marine Turquie, 8 ans de travail.
01:33Pourriez-nous d'abord, simplement pour poser l'affaire, nous dire où on en est, ne serait-ce qu'au
01:40niveau judiciaire ?
01:41Où est-ce qu'on en est aujourd'hui ?
01:42Au niveau judiciaire, il y a trois procédures ouvertes.
01:44Une à Paris pour tentative de viol, une à Bruxelles pour agression sexuelle et une à Saint-Malo pour viol.
01:49Hier ont été déposées deux plaintes avec constitution de partie civile à Nanterre.
01:53Donc deux plaintes supplémentaires.
01:55Voilà, deux plaintes supplémentaires.
01:56Deux femmes dont le dossier avait été classé sans suite en 2019 dans la procédure où plusieurs femmes,
02:00qui étaient notamment masseuses en institut de soins, avaient porté plainte contre Patrick Bruel à l'époque.
02:04Cette enquête, elle a été classée.
02:05Aujourd'hui, elle se constitue partie civile pour à nouveau faire examiner leur cas
02:09et demander l'ouverture d'une information judiciaire.
02:11Qu'est-ce que ça signifie de se constituer partie civile ?
02:13Ça veut dire qu'on demande au juge d'instruction de pouvoir se pencher sur les faits
02:17et décider ou non, en examinant cette plainte, ces deux plaintes,
02:20d'ouvrir une information judiciaire pour justement examiner à nouveau ces faits qui ont été dénoncés déjà en 2019.
02:27Alors évidemment, ce n'est pas le lieu pour restituer une enquête qui est très longue,
02:31vous l'avez dit, très fouillée, très précise.
02:34Mais simplement peut-être préciser que de nombreuses victimes présumées,
02:41rapportent des faits qui n'ont pas toujours eu lieu dans le cadre privé,
02:44mais aussi dans le cadre professionnel.
02:46Ça, c'est important ?
02:47Oui, c'est important parce que beaucoup, beaucoup de femmes rapportent des rendez-vous professionnels.
02:51Ou dans le cadre professionnel.
02:52C'est-à-dire en marge des concerts ?
02:55En marge des tournages de films, puisqu'il est un acteur aussi.
02:57En marge aussi du théâtre.
02:59Et un lieu qui revient beaucoup, ce sont les loges, les loges des concerts, les loges du théâtre.
03:04Certaines disaient aussi qu'elles avaient rendez-vous avec lui pour lui présenter leur maquette de chansons.
03:09C'était des jeunes chanteuses.
03:10Et elles disent que dans ce cadre-là, elles auraient été agressées ou qu'il y aurait eu des tentatives
03:14de viol.
03:14Donc c'est important de préciser qu'on est dans ce cadre professionnel
03:16et qu'un rapport qui est évidemment complètement asymétrique
03:19entre une star, Patrick Bruel, et des figurantes, des chanteuses en début de carrière,
03:24très jeunes et beaucoup plus précaires.
03:25Alors je vous pose à tous les deux la question de ce matin,
03:28c'est-à-dire monter sur scène, est-ce tenable pour Patrick Bruel ?
03:33Je précise qu'il a lancé en février sa tournée « Alors regarde 35 »
03:36pour les 35 ans de cet album culte qui va continuer à se produire
03:39dans de nombreuses villes en France, en Suisse, en Belgique, au Canada.
03:42Qu'en ce moment, il est sur la scène du théâtre Édouard VII
03:45avec une pièce écrite par Samuel Benchetrit qui cartonne ses pleins absolument tous les soirs
03:50et ça se déroule plutôt bien.
03:52Les représentations ne sont pas du tout perturbées.
03:55Marine Turquie d'abord.
03:56Pour vous, est-ce que c'est tenable pour Patrick Bruel d'être sur scène tous les soirs ?
04:01Alors je pense qu'il y a deux choses.
04:03Il y a le droit pénal et on va en parler.
04:04Il y a la présumption innocente.
04:05Il est présumé innocent, vous l'avez dit.
04:07Et c'est important, c'est une règle fondamentale de droit pénal.
04:09Mais dans le droit, il y a aussi le droit du travail.
04:11Et dans le droit du travail, il y a l'obligation légale des employeurs
04:14d'assurer la sécurité, la santé physique et mentale des employés.
04:17Les employés, c'est qui ?
04:18C'est les techniciennes, c'est les figurantes.
04:20C'est toutes ces personnes qui entourent les tournées, les tournages, les représentations...
04:24Est-ce qu'à ce jour, le personnel des théâtres et des lieux de concerts ou des festivals
04:29où se produit Patrick Bruel est en danger ?
04:31En fait, la question qui se pose aujourd'hui, c'est qu'en vertu, en raison de tous ces témoignages
04:36qu'on a révélés et qui, comme je le disais tout à l'heure, ont lieu pour certains...
04:40Elles décrivent des faits qui auraient eu lieu dans les loges, notamment, ou en marge
04:43de la tournée des enfoirés, des concerts, etc.
04:46Eh bien, évidemment que la question de l'obligation légale des employeurs se pose.
04:50Donc, les organisateurs de festivals, de celles de concerts, ils ont des choix individuels
04:54à prendre, qui sont des choix de valeur de principe, mais aussi en vertu du droit
04:58du travail.
04:58J'insiste sur ce point.
04:59Maître Sama, le droit du travail, pour vous, c'est le droit qu'on convoque, là, dans
05:03cette discussion ?
05:04Alors, non, pas forcément.
05:05Moi, je pense que c'est d'abord un dossier pénal.
05:07Maintenant, on peut invoquer le droit du travail, évidemment, mais le droit du travail,
05:09ce n'est pas l'arbitraire non plus.
05:10Le droit du travail, c'est des individus qui prennent des décisions et qui ne doivent
05:13pas les prendre sous pression.
05:14Qui prend les décisions ? Parce que c'est ça, la question qui se pose.
05:17Est-ce que c'est tenable ? Ce n'est pas Mediapart qui prend la décision, ce n'est pas
05:19moi qui prend la décision.
05:21Ceux qui sont en capacité de prendre ces décisions, ce sont des magistrats.
05:23Ce sont eux qui sont, comme le disait Montesquieu, la bouche de la loi.
05:26Donc, lorsque la loi dit quelque chose, c'est aux magistrats de mettre en exécution
05:29ce que dit la loi.
05:31Donc, ce ne sont pas les journalistes, ce ne sont pas les réseaux sociaux, ce ne sont
05:33pas les éventuels militants qui vont faire pression, y compris sur les décideurs, les
05:37directeurs de festivals.
05:38Donc, si à un moment, quelqu'un doit prendre une décision, ça doit être un magistrat.
05:41Donc, la justice n'a pas été faite, tant que procès il n'y a pas eu, il n'y
05:48a pas
05:48de décision à prendre pour vous mettre sur la main.
05:50Il y a des cas de figure assez particuliers, on appelle ça le contrôle judiciaire, où des magistrats
05:53avant toute condamnation peuvent prendre des décisions qui interdisent telle ou telle
05:57activité.
05:57Mais là encore, ce sont des magistrats qui prennent des décisions.
06:00Et je ne pense pas que quiconque, à part les magistrats, soit légitime pour prendre
06:04ce type de décision.
06:05Et je le redis, ni les journalistes, ni les réseaux sociaux, ni les militants.
06:08Question de présomption d'innocence ?
06:11Ah ben, il est complètement présumé innocent, bien évidemment.
06:13Non, mais tout ça repose sur la présomption d'innocence.
06:15Parce que, par exemple, les deux avocats qui défendent Patrick Bruel, vos deux confrères,
06:21disent que la présomption d'innocence, ce n'est pas une simple formule.
06:24C'est qu'aujourd'hui, il doit être traité comme un innocent et pas autrement.
06:28Non seulement il doit être traité comme un innocent, en plus il a été rappelé que,
06:31pour l'instant, les enquêtes judiciaires qui ont eu lieu ont contribué à l'innocenté,
06:35puisqu'elles ont été classées sans suite.
06:36Donc il a déjà été innocenté par la justice, par ces enquêtes qui ont été classées
06:39sans suite.
06:40Mais moi, je vais vous dire, j'irai encore plus loin, il est présumé innocent.
06:44Supposer qu'un jour, il soit potentiellement condamné,
06:46si les magistrats ne décident pas qu'ils doivent arrêter toute activité publique
06:51ou toute activité artistique, je ne vois pas pourquoi, y compris condamné,
06:54je ne parle pas de Patrick Bruel, mais pourquoi un individu qui serait condamné
06:57devrait arrêter son activité professionnelle.
06:59C'est encore autre chose, mais voyez, ce n'est pas seulement la présomption d'innocence qui joue,
07:02c'est aussi le droit à un individu d'exercer sa profession présumée innocent ou non, d'une certaine manière.
07:07Donc il faut bien expliquer qu'au quotidien, des mesures à titre conservatoire sont prises,
07:10que ce soit par la justice qui peut interdire d'exercer une profession,
07:13elle l'avait fait pour Jean-Luc Léa, avant même sa condamnation pour corruption de mineurs,
07:16donc il ne pouvait plus se produire en concert et être en contact avec des mineurs.
07:19Donc la justice le fait, les entreprises, les institutions doivent diligenter
07:22les enquêtes internes, disciplinaires, qui sont parallèles aux enquêtes pénales d'ailleurs,
07:26quand elle a connaissance de potentiels crimes et délits.
07:29Moi j'ai questionné le théâtre Édouard VII, où il se produit, il s'est produit à l'époque,
07:32il a invité aussi beaucoup de fans dans les loges du théâtre,
07:34je n'ai pas eu de réponse, il n'y a aucune réponse, on est face à un mur de
07:38silence aujourd'hui.
07:39Oui, parce qu'attendez, Dylan Sama, je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous,
07:42par ailleurs les patrons de théâtre et les patrons de festivals et de lieux de concerts
07:47peuvent prendre des décisions en leur âme et conscience.
07:49Je suis absolument d'accord avec ça.
07:51Il se trouve simplement que tout ça coûte des sommes absolument folles
07:54et que j'imagine que beaucoup de lieux culturels ne peuvent pas se permettre,
08:00du jour au lendemain, d'annuler une tournée.
08:02Marine Turquie, vous avez d'ailleurs parlé du casse-tête des organisateurs dans vos papiers.
08:06Oui, à Mediapart, avec mon collègue Vianney Lorrain, on a questionné les directeurs de festivals,
08:09de salles, et c'est vrai qu'il y avait l'enjeu réputationnel et d'images pour le festival,
08:13il y avait les enjeux moraux et puis leur attachement à la lutte contre la violence sexuelle,
08:17et puis il y avait les enjeux économiques.
08:18Et ça, c'est un argument qui est revenu beaucoup dans les réponses qu'on a eues.
08:21En gros, si on le déprogramme, le festival est cool, voilà ce qu'on a entendu.
08:26Et beaucoup attendent que ce soit peut-être Patrick Bruel lui-même
08:28qui décide de ne pas venir ou d'annuler tel et tel concert.
08:31Je pense que c'est assez sincère comme réponse.
08:34Il y a beaucoup de festivals qui voient leur subvention coupée.
08:38Justement, il y a quelque chose d'intéressant.
08:39Hier, il y a une proposition de loi qui a été déposée par deux députés,
08:41les deux rapporteurs de la commission d'enquête sur les violences sexuelles dans le monde culturel,
08:45Erwan Balanant et Sandrine Rousseau.
08:46Il y a un article qui est intéressant dans cette PPL.
08:49C'est une nouvelle proposition de mettre une clause obligatoire de violences sexuelles
08:53dans les contrats des producteurs d'audiovisuel et de spectacles vivants.
08:56Et cette clause permettrait qu'en cas de dépôt de plainte,
08:59en cas d'interruption d'un tournage d'une tournée, etc.,
09:03il y ait une prise en charge par l'assurance des frais d'interruption à hauteur de 500 000 euros
09:08maximum.
09:08C'est quelque chose d'intéressant, c'est un début de solution.
09:11On n'y est pas pour l'instant, Dylan Slama ?
09:13Moi, je trouve ça totalement catastrophique comme clause.
09:14Ça veut dire qu'en fait, on est en train de rentrer dans une ère post-judiciaire.
09:17Ça veut dire que finalement, la justice, ce qu'elle dit ou ce qu'elle ne dit pas, cela ne
09:20compte pas.
09:20On voit qu'il y a des individus qui sont innocentés et qui sont quand même empêchés de se produire.
09:24Et à l'inverse, il y a des individus qui n'ont pas encore été jugés
09:26et qui, là aussi, font en sorte qu'il y a des pressions qui s'exercent.
09:30Vous dites que les directeurs de festivals ne vous répondent pas et que vous êtes face à un mur.
09:33Je suis désolé, ils n'ont pas à vous répondre.
09:35Vous êtes journaliste et vous faites votre métier le plus librement et c'est totalement respectable.
09:39Mais s'ils ont à répondre à des individus, ce sont encore une fois des magistrats qui les convoqueraient
09:43parce qu'ils mettraient en danger tel ou tel individu dans leur entreprise.
09:46Alors, ils n'ont pas à répondre à la presse.
09:47Les journalistes posent des questions, ils répondent, ils ne répondent pas.
09:49Bien sûr, mais ils sont tout à fait dans leur droit de ne pas vous répondre.
09:52Je crois que ce qui est intéressant, c'est qu'en fait, les gens,
09:54que ce soit les spectateurs et spectatrices ou les organisateurs de festivals,
09:57doivent prendre leur choix en conscience et en étant informés.
10:00Et c'est le rôle de la presse d'informer.
10:01Aujourd'hui, en un mois, il y a une trentaine d'accusations de violences sexuelles et sexistes
10:04qui visent Patrick Brouel.
10:05C'est une information d'intérêt public et général.
10:08En fonction de ça, libre à chacun et chacune de se rendre au concert de Patrick Brouel ou non,
10:12de le programmer ou non dans une tournée de festival.
10:15J'explique juste que l'obligation légale de l'employeur, elle existe dans le droit du travail.
10:20Alors oui, il y a la liberté de choix, mais vous l'avez suggéré, Dylan Slama,
10:25il y a quand même une forme de pression médiatique, de pression publique.
10:30Il y a quand même là une pétition signée par une centaine de collectifs féministes
10:34qui appellent à la déprogrammation de Patrick Brouel.
10:37Donc ça, c'est quand même une forme de pression publique.
10:39Évidemment, ça veut dire en leur âme et conscience.
10:41Est-ce qu'un individu qui subit ces pressions-là, qui subit potentiellement des pétitions,
10:45qui subit potentiellement des manifestants et manifestantes
10:47qui vont venir bloquer certains concerts, bloquer certaines activités,
10:50est-ce qu'il est vraiment libre de son choix ?
10:52Est-ce que c'est vraiment un choix éclairé, en son âme et conscience, de déprogrammer ou pas ?
10:55Non. Lorsqu'il y a de telles pressions qui sont exercées, par tous les biais,
10:58ça peut être également des pressions économiques, avec les appels au boycott, etc.
11:02Il n'est pas libre. Et ce n'est pas en son âme, en conscience, qu'il prendra cette décision.
11:05C'est pourquoi, moi, je pense qu'il faut se garder de faire en sorte que ces pressions s'exercent
11:09autrement, encore une fois, que par la voie judiciaire,
11:11où des magistrats peuvent être totalement compétents.
11:13Je vous pose la question, peut-être la plus épineuse de ce type de dossier.
11:17C'est comment faire coïncider le temps de la justice,
11:19et donc le respect de la présomption d'innocence,
11:21avec le respect de la parole des victimes ?
11:24Oui, évidemment. En fait, c'est une question qui est très difficile.
11:27Parce que des femmes qui parlent, je crois, posées, d'ailleurs, à toute la société.
11:30À toute la société.
11:30Quel est le curseur qu'on met, finalement ?
11:32Au bout de combien d'enquêtes, ou de personnes qui accusent la personne mise en cause,
11:37on décide que peut-être, il faut mettre entre parenthèses une tournée, un film, etc.
11:41Parfois, il y a une voie centrale qui est possible.
11:43Je donne l'exemple de Roman Polanski,
11:45quand son film a été programmé au Festival international de la Reuchte-sur-Yon en 2019.
11:49Le film J'accuse.
11:50Eh bien, il y a des gens qui voulaient annuler,
11:51il y a des gens qui voulaient maintenir.
11:53Ils ont organisé un débat sur l'homme, l'artiste, les violences sexuelles.
11:56C'est intéressant parce qu'en fait, on a une contextualisation.
11:58On a un débat, on ne fait pas silence.
12:00Et en même temps, le film est projeté.
12:01Pour les concerts, c'est beaucoup plus difficile.
12:03Parce que comment on fait ?
12:04Est-ce qu'on fait un débat à côté d'un concert ?
12:06C'est très difficile.
12:06Donc, je crois qu'il faut agir au cas par cas.
12:09Il faut regarder aussi le nombre de témoignages,
12:11les accusations qu'ils visent,
12:13la nature des accusations,
12:14leur caractère similaire ou non.
12:16C'est tout ça qu'on doit examiner au cas par cas.
12:18Mais je crois que c'est une question qui est renvoyée à chacun
12:20et à chacune collectivement.
12:21On doit en parler, Dylan Sama.
12:23Non, enfin, moi, ce qui vous est proposé là, en fait,
12:25c'est qu'on soit tous demain magistrats et procureurs.
12:27Ça veut dire qu'en fait, on doit tous ouvrir la presse
12:29pour se faire notre propre avis
12:31et pour se dire, bon, ben voilà, j'ai vu ça, j'ai vu ça.
12:33Et j'estime qu'il est coupable, j'estime qu'il est innocent.
12:35C'est l'inverse de l'institution judiciaire.
12:36Là, je note quand même que Mediapart ne réclame pas
12:39que Patrick Burel soit déprogrammé.
12:41Mais à l'instant, il est précisé,
12:43il faut que chacun se fasse son avis.
12:44Mais il n'y a rien de plus que ça.
12:45Si vous nous lisez, on éclique que c'est un geste pour les organisations.
12:47Mais la présomption d'innocence n'empêche pas le débat.
12:50On est bien d'accord.
12:52Moi, je trouve que la présomption d'innocence
12:54empêche à chacun de se faire un avis
12:55en disant, ben, j'estime qu'il est coupable,
12:57j'estime qu'il n'est pas comme ça que fonctionne l'institution judiciaire.
12:58La présomption d'innocence, ce n'est pas un principe
13:00qui balaie tout sur son passage.
13:02Il y a la liberté d'expression, il y a le débat,
13:04il y a la contextualisation.
13:05Ce qui est proposé aujourd'hui, c'est de ne pas faire silence
13:08sur les accusations.
13:08Allez-y, Maitre Slava.
13:10On parle du temps judiciaire.
13:12Le temps judiciaire, croyez-moi, lorsqu'un individu
13:14est considéré comme extrêmement dangereux
13:15et fait du mal, l'institution est rapide,
13:18l'institution judiciaire interpelle les gens,
13:19les place en garde à vue, les place éventuellement
13:21en détention provisoire.
13:2225% des gens qui dorment en prison aujourd'hui
13:24sont des individus qui sont présumés innocents.
13:25Donc l'institution judiciaire, c'est être rapide
13:27lorsqu'il y a des individus dangereux.
13:29Ce n'est pas toujours 6 ans, 7 ans, 8 ans
13:31pour mettre en place des actions.
13:33Donc moi, je ne pense pas qu'il faille que nous nous
13:35substituions collectivement à l'institution judiciaire
13:37pour décider à la lecture de Mediapart
13:38ou de tout autre article de presse
13:40qui est coupable et qui ne l'est pas.
13:41Nous avons des magistrats, nous délégons justement
13:44l'institution judiciaire et le pouvoir de faire justice
13:46à l'institution judiciaire.
13:46Et je pense qu'il n'y aurait rien de pire
13:48que nous soyons tous arbitres finalement des élégances
13:50en disant je pense qu'il ne l'est pas,
13:51mais je pense qu'il n'est pas,
13:52votons sur Twitter et décidons.
13:53Les journalistes ne sont ni procureurs,
13:55ni magistrats, ni policiers.
13:56D'ailleurs, on ne fait que de le répéter.
13:58Nous, on n'est pas là pour dire
13:59il est coupable, il n'est pas coupable.
14:00On est là pour faire notre rail d'information
14:02sur des faits d'intérêt général.
14:03C'est ce qu'on fait.
14:04Ce n'est pas à nous de dire
14:04qu'il ne faut interdire qu'il ne faut pas interdire.
14:05Mais je pense que le débat doit avoir lieu.
14:07Et je pense qu'il ne faut pas silencier non plus
14:09ces accusations.
14:10et quand je vous écoute,
14:11j'ai l'impression qu'il ne faudrait pas parler
14:12de ces accusations qui sont nombreuses,
14:14très similaires.
14:14Le débat, il doit avoir lieu
14:15et chacun et chacune peut se faire son avis.
14:17Ça s'appelle la cour d'assises.
14:18Merci.
14:19Non, ça s'appelle aussi la liberté de la presse quand même.
14:22Quand même.
14:24Merci Marine Turki, Mediapart.
14:26Merci Maître Slama,
14:27Dylan Slama,
14:27avocat au barreau de Paris.
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