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  • il y a 11 heures
Lola Cambourieu et Yann Berlier, réalisateurs du film "Mauvaise étoile" présenté en ouverture de l’ACID le mercredi 13 mai.

Retrouvez Nouvelles têtes sur le site de France Inter : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

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Transcription
00:00Il est 9h50 et pour une fois, nous ne sommes pas en direct du studio de la Grande Matinale de
00:05France Interne.
00:06Nous sommes à Cannes, au Palais des Festivals.
00:08Ce soir s'ouvre l'ACIDE, la section parallèle du festival consacré au cinéma indépendant.
00:13Et le film d'ouverture, c'est le leur.
00:16Ma nouvelle tête, elle a deux têtes.
00:18Lola Cambourieux et Yann Berlier, réalisatrice et réalisateur.
00:22Leur premier long métrage s'appelle Mauvaise étoile.
00:24C'est un film intense, c'est un film important qui raconte Kiki, une mère dépassée,
00:28humiliée dans son propre foyer.
00:30Un film sur l'emprise, sur les schémas familiaux dont il faudrait réussir à casser le système.
00:35Ma nouvelle tête, elle travaille en couple, en système D comme ils disent,
00:38avec leurs proches et même leurs propres familles dans le film.
00:41Ils ont terminé le montage là il y a quelques jours, peut-être même il y a quelques heures avant
00:44d'arriver ici.
00:45Bonjour Lola Cambourieux, bonjour Yann Berlier, bienvenue sur France Inter.
00:48Merci.
00:49Salut Yann.
00:50Comment ça va ?
00:51Ça va très bien, on est très très très très heureux d'être là.
00:54Ouais c'est intense.
00:55Je vous demande forcément comment vous vous sentez parce que là, ce soir, il me semble
00:59qu'il y a eu deux ans de gestation avant de pouvoir sortir ce film à peu près.
01:03Quatre.
01:04Ouais mais allez.
01:05On double direct.
01:06Oh mon Dieu, on multiplie par deux.
01:07En comptant l'écriture, etc.
01:09Ça a pris beaucoup de temps et on a très hâte de le montrer, mais vraiment très hâte.
01:14Ça s'est fini quand en réalité ?
01:16Le montage et tout.
01:17Il y a trois jours.
01:17Ah c'est ça.
01:19Alors je sais que c'est frustrant de parler d'un film que vous qui avez la gentillesse
01:23de nous écouter, vous ne verrez peut-être pas tout de suite, mais leur histoire à tous
01:27les deux, elle n'est vraiment pas banale.
01:28Et le sujet du film et la façon dont ils s'en sont emparés est tellement importante
01:32qu'il faut en parler à voix haute dès maintenant.
01:34Alors on va expliquer aux auditeurs pourquoi Mauvaise Étoile.
01:36Yann, vous dites que le point de départ du film, c'était quand même la figure de votre
01:39propre mère.
01:41Comment allez-vous cette histoire ?
01:42Moi, j'ai tellement vu ma mère galérer avec des relations, avec des mecs qui sont
01:48passés les uns après les autres, tous plus toxiques et plus délétères pour creuser
01:54l'abîme sans fond de son estime d'elle-même, que ça me tenait, ça nous tenait à cœur
02:01de raconter aussi et de faire éprouver la difficulté pour les femmes de sortir aussi
02:07de ces systèmes d'emprise.
02:09On voit souvent des récits d'émancipation où on donne des conseils, où on a pas mal
02:16d'un petit mode d'emploi souvent qui est bien présenté, bien expliqué.
02:20Et voilà, on voulait faire un film qui ne donne pas de leçons.
02:23Eh bien, on entend d'ailleurs un peu la musique du film.
02:26L'un des thèmes, je ne spoil rien.
02:27Pourquoi Mauvaise Étoile ?
02:29Mauvaise Étoile, c'est une expression qui est employée par la mère de Yann dans
02:34notre tout premier court-métrage documentaire qu'on a co-réalisé, qui s'appelle Panthère,
02:39qui est un portrait de la mère de Yann, un portrait haut en couleur, où elle emploie
02:44elle-même cette expression en disant « j'ai une mauvaise étoile au-dessus de ma tête »,
02:49qui est une figure très poétique pour parler d'une certaine forme de déterminisme.
02:52Et c'est sa manière à elle de ressentir la structure politique.
02:55Ce qui est fort dans ce film, c'est que vous refusez le récit classique, comme vous
03:00dites, de la libération en deux heures.
03:01Il n'y a pas de happy ending.
03:02Vous montrez la mécanique de l'emprise, les contradictions, les retours, les moments
03:06où même les proches, en fait, ils ne savent plus quoi faire.
03:09Vraiment comme dans la vraie vie.
03:10Il fallait montrer cette réalité-là.
03:12Oui, c'est très, très important.
03:14Je pense que c'est important de créer des représentations au cinéma pour qu'aussi
03:17advienne des possibilités de se reconnaître, des possibilités de récits, des possibilités
03:23d'émancipation.
03:25Parce qu'en fait, ça commence par là, l'émancipation, ça commence par le canal empathique, se dire
03:31« Ah oui, ça me ressemble ».
03:32Et en fait, à trop présenter la libération, on se sent parfois cloisonné, parfois en échec.
03:38Et je pense que ça, ça coupe de la possibilité.
03:41La double peine.
03:42Vous ne venez pas du Serail, comme on dit.
03:44Il n'y a pas de Fémis, il n'y a pas de grande école, il n'y a pas
03:47de gros réseau.
03:48Vous vous êtes construits ensemble presque en autodidacte.
03:51J'adore cette histoire.
03:52Vous vous êtes rencontrés dans un atelier théâtre.
03:54Yann, vous étiez professeur de philosophie.
03:55Lola, vous passiez par le cours Florent.
03:57Aujourd'hui, vous écrivez, vous réalisez, vous produisez, vous montez ensemble dans
04:00votre tiny house paumé en Dordogne.
04:03Vous faites tout chez vous.
04:04Est-ce que vous savez encore qui fait quoi ?
04:07C'est un gros sujet de discorde.
04:10On se bat souvent pour savoir, a posteriori, qu'est-ce qui était à qui ?
04:14Et la parentalité de chaque chose.
04:16Mais honnêtement, ce qu'on aime, c'est être perdu à l'intérieur de ça, je pense.
04:21C'est comme avec notre enfant, on la regarde, on dit, vas-y, les yeux, le nez, la bouche,
04:26ils sont acquis, c'est toi, c'est moi, ça vient d'où ?
04:29Et en réalité, ça lui appartient complètement et au bout d'un moment, ça nous dépasse,
04:33ça nous transcende.
04:34Et c'est pareil pour le film.
04:35En tout cas, votre fille, elle est tellement en place.
04:38Elle s'appelle Anouk, elle joue Malone, on l'écoute.
04:41Papa, moi je suis pas une mentheuse, avec maman, on a trouvé ça.
04:47C'est quoi ? C'est quoi ce truc ?
04:51C'est quoi ?
04:52Il s'appelle Agle Royale, c'est un oiseau.
04:56Il a le cancer ton oiseau, qu'est-ce qu'il fout là ? C'est quoi ce truc ?
04:59Pourquoi il y a ça à la maison ?
05:00Il est gentil.
05:01Il reste que ce soir ?
05:03Oui.
05:05Et c'est pas la première fois d'ailleurs que vous la faites jouer dans vos films.
05:08Vous travaillez quasiment qu'avec des proches, des acteurs non professionnels.
05:12Celui qui joue par exemple le compagnon, c'est votre voisin, dans la vraie vie.
05:16Vous, vous défendez ce qu'on appelle un réalisme viscéral.
05:20Les acteurs, par exemple, ne lisent pas forcément apparemment le scénario.
05:23Ils tourneraient dans l'ordre chronologique.
05:26Ils vivent le tournage avant même de démarrer le film.
05:29C'est vos méthodes là, pourquoi ?
05:32C'est nos méthodes évidemment.
05:33C'est aussi inspiré de plein de gens dans l'histoire qui ont beaucoup fait ça.
05:36On est très inspiré de Mike Lee qui est le premier à avoir théorisé et pratiqué beaucoup l'écriture de
05:41plateau au cinéma.
05:43Mais c'est notre manière de faire.
05:44On a toujours fait ça depuis le début.
05:46Il y a quelque chose de très ludique là-dedans.
05:47Ça ressemble à un espèce de grand jeu de rôle.
05:49À savoir qu'en fait, les acteurs, ils travaillent surtout un personnage dont ils inventent toute la psychologie,
05:56dont ils inventent un peu le cadre d'enjeux narratifs qui sont les leurs.
06:01Et après, nous, on est une sorte de maître du jeu qui leur donne une situation.
06:05On leur dit, bon, voilà ta situation, tu réagis comment, tu fais quoi ?
06:07Et eux, ils proposent, ils donnent beaucoup, ils inventent.
06:11À partir de ça, on dit, ok, si tu fais ça, il se passe ça.
06:14Mais s'il se passe ça, tu fais quoi ?
06:16Et voilà, ils ont l'un et l'autre des informations qui ne sont pas forcément toujours les mêmes.
06:19On joue beaucoup sur l'asymétrie des informations pour préserver le temps réel,
06:23pour préserver la surprise, pour qu'il soit continuellement au présent.
06:26Et voilà, pour essayer de choper quelque chose de viscéral dans leur jeu
06:30et qu'ils n'aient pas une conscience prémâchée et omnisciente de toute l'histoire
06:34qu'ils vont devoir traverser au fil du tournage.
06:36Et Lola, parfois, le réel, il déborde complètement du film.
06:39Il paraît, la légende, dit déjà de votre film,
06:42qui est encore une fois qui ouvre la compétition acide.
06:47Vos deux acteurs principaux seraient apparemment tombés amoureux pendant le tournage.
06:50Ils seraient aujourd'hui ensemble dans la vraie vie.
06:52Est-ce que, ouais, c'est vrai ?
06:54C'est vrai, ils ont entamé une relation amoureuse avant le tournage, en réalité,
06:58et c'était encore mieux pour nous, au moment de leur rencontre,
07:01parce que, évidemment, c'est ce protocole un peu de fabrication-là
07:04qui sort de l'ordinaire, ils demandent un gros travail de préparation.
07:08Donc nous, un an avant le tournage, on travaillait déjà avec les acteurs
07:11à la composition de leur rôle, à la définition du cadre
07:14dans lequel on allait travailler.
07:16Et au moment de leur rencontre, ils sont tombés amoureux.
07:17Et cette intimité-là, elle explose un peu dans le film,
07:22parce que la confiance qu'ils avaient entre eux permet d'aller très, très loin dans l'interprétation.
07:27Est-ce que vous aimez l'idée que le cinéma change complètement la vie
07:30de ceux qui regardent les œuvres, mais aussi de ceux qui les fabriquent, finalement ?
07:35Moi, je pense vraiment qu'effectivement, il y a une grosse...
07:41Enfin, je ne sais pas si c'est une catharsis, mais en tout cas,
07:43c'est très thérapeutique de faire de l'art et thérapeutique de faire des films.
07:46Nous, on dépose des dossiers, la dépendance affective, on sait ce que c'est.
07:50Le questionnement sur comment déconstruire nos normes hétéros.
07:56Et ça, je pense que c'est quelque chose aussi qui nous traverse
07:59et qu'on peut ensuite déposer dans le cinéma et qui nous soigne, clairement.
08:03Oui, bien sûr. Et moi, ce film m'a complètement changé.
08:05Et déjà, Panthère, à l'époque, quand on l'avait fait avec ma mère, mon rapport à ma mère.
08:08Parce qu'en fait, travailler cette matière d'aussi près,
08:11ça fait aussi changer ton regard que tu as sur elle.
08:13C'est vrai qu'en tant qu'enfant qui a subi un peu les dommages collatéraux
08:18des violences patriarcales, tu peux avoir tendance, tu vois, à ne pas comprendre,
08:22surtout quand tu es petit, comme le personnage de Malone dans le film,
08:25à juger quelque part.
08:26Et en fait, le film vient aussi réparer cette chose-là
08:30en recréant aussi entre nous un canal empathique.
08:33On l'a dit comme vraiment, je suis un peu en postpartum du film.
08:36Il y a ce truc où pendant quatre ans, pendant deux ans, pendant un an,
08:39tu mets toute ton énergie dans l'obsession de l'écriture
08:42et ta thématique et ça te traverse.
08:44Et puis soudain, tu sors du film et tu regardes le monde.
08:47Et des fois, c'est vrai qu'on fait des films pour changer le monde.
08:50Et des fois, c'est compliqué parce qu'il y a énormément de films à faire,
08:54du coup, dans ce monde-là, sur beaucoup d'autres sujets.
08:56Je vous ai demandé quand même dans quel état d'esprit vous étiez en ce moment.
08:59Et vous m'avez sorti un morceau qui est d'ailleurs dans le film,
09:03ce morceau de Valde.
09:04On écoute un extrait ?
09:19Pourquoi ça résume bien votre état d'esprit ?
09:23Je pense qu'on est des éternels insatisfaits avec Yann
09:26et qu'on a toujours, toujours envie d'aller plus loin,
09:31de raconter d'autres choses.
09:32À peine le film finit, il faut vraiment qu'on se freine
09:34et qu'on se contienne pour ne pas se lancer dans d'autres choses.
09:39Évidemment que ce qui compte au bout d'un moment, c'est la quête,
09:41c'est qu'on n'arrive jamais à satisfaire cette quête intérieure,
09:45cette urgence intérieure de raconter des choses
09:47et puis de se confronter à d'autres sujets.
09:52Vous êtes au début, hein ?
09:53Je peux vous dire, vous qui nous écoutez,
09:56que vous allez entendre parler de Lola Cambourieux
09:59et de Yann Berlier.
10:00Et ce film s'appelle Mauvaise étoile
10:02et j'espère qu'il va sortir très très vite.
10:04Bravo encore.
10:05Vous avez une dédicace ce matin au micro de France Inter ?
10:07Bien sûr, dédicace à nos mères.
10:09Nos mères qui nous ont supportées dans tous les sens du terme,
10:13qui ont tout sacrifié pour nous.
10:15Qui n'avaient rien et qui nous ont tout donné, je pense.
10:17Voilà.
10:18Et à notre fille aussi, sûrement.
10:20Oui, et à notre fille qui nous pousse tous les jours
10:22à être des meilleures personnes,
10:23qui elle est très très exigeante.
10:25J'aime bien cette phrase de Médine,
10:27qui dans une de ses chansons,
10:28Les enfants forts, dit
10:29« Mieux vaut faire des enfants forts que réparer des adultes cassés ».
10:33Et donc elle nous apporte beaucoup à ce sujet-là.
10:37Elle nous pousse à...
10:38Magnifique.
10:39Et je salue le travail de Yom,
10:41qui a fait la musique de votre film.
10:43Je vous souhaite une longue route à la mauvaise étoile.
10:45Merci encore.
10:46Merci à vous.
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