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  • il y a 6 semaines
Eye Haïdara, maîtresse de cérémonie au festival de Cannes : "Je voulais faire quelque chose qui me ressemblait"

Au lendemain de la cérémonie d'ouverture qu'elle a orchestrée à Cannes, la comédienne revient au micro de Sonia Devillers sur son hommage intime au cinéma et présente ses deux prochains films, "L’Objet du délit" d’Agnès Jaoui et "Mata" de Rachel Lang, en salles le 27 mai.

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Transcription
00:00Vous écoutez France Inter, il est 9h passé de 6 minutes à Cannes et à la maison de la radio.
00:16Allez, je déclare ouvert un mag 100% cinéma en direct du palais des festivals à Cannes.
00:22Vers 9h30, Thierry Frémaux, l'homme qui fait trembler le cinéma mondial puisqu'il sélectionne les films en compétition,
00:28nous dira pourquoi la Seconde Guerre mondiale est s'y présente à Cannes cette année et pourquoi les Américains sont
00:35si absents.
00:37Daphné Burki nous présentera Diego Cespedes, réalisateur chilien et membre du jury.
00:42Évidemment, il y en a une qui joue les rebelles, c'est Charline Vanhoenacker, elle est restée à Paris.
00:48Madame va jouer le duplex à 9h45. Mais tout de suite, le grand port.
01:01Ehye et Aïdara jouaient Adèle dans le sens de la fête. Elle tenait tête fort en gueule à Jean-Pierre
01:07Bacry.
01:08Sur le divan, elle jouait Inès en thérapie. Dans la vie, elle a 43 ans. Elle est maman, mais elle
01:14parle volontiers de ses parents.
01:16Elle vient des planches, des trois coups, du rideau rouge, de l'entrée jardin. Elle vient du théâtre.
01:20Hier soir, c'est en jouant sur scène qu'elle a rendu hommage au cinéma. Le monde entier avait les
01:26yeux rivés sur elle, maîtresse de cérémonie à Cannes.
01:30Elle a donné la main à Peter Jackson, palme d'honneur, à Theodora, chantant les Beatles, à Demi Moore, même
01:37membre du jury, à Jane Fonda, qui a déclaré le 79e festival ouvert.
01:43Le lendemain matin, comment on se sent ? Généralement, quand on sait d'où l'on vient, on sait où
01:48on va. Portrait numéro 140.
01:54Au cinéma, j'ai vu...
02:00Marcello, come here.
02:05J'ai vu...
02:07I am so...
02:09Just a girl
02:11Standing in front of a boy
02:14Asking him
02:15To love her
02:16J'ai vu
02:19Alfredo
02:21Pafanculo
02:25Are you talking to me ?
02:28Bonjour, Iaïdara.
02:29Bonjour.
02:30Qu'est-ce que c'était beau, ce moment-là. Qu'est-ce que c'était beau de rejouer les
02:34répliques cultes du cinéma sur la scène.
02:37Du palais des festivals.
02:39Ouais, mais j'ai tellement eu l'habitude de le faire dans ma chambre que je me suis dit, allez.
02:44C'est vrai ? Are you talking to me ? Vous l'avez fait ?
02:47Are you talking to me ?
02:49Are you talking to me ?
02:50Ah, tout est dans le... Nami ?
02:52Nami ?
02:53Nami ?
02:53Are you talking to me ?
02:54All right, all right.
02:55Et Vafanculo ?
02:57Ah, ça c'est cultissime, ça.
02:59Alors, d'où ça va ?
03:00C'est un truc avec mes sœurs et tout, cette réplique, on l'a tellement dite, mais Vafanculo, Alfredo !
03:07Donc c'est des souvenirs d'enfance ?
03:09C'est des souvenirs d'enfance, il y en a beaucoup.
03:10Qui ressurgissaient ?
03:11Ouais.
03:11Ouais ?
03:12Ouais, ouais.
03:12Et c'était important de mettre de soi quelque chose de très intime, quelque chose qui surgit de l'enfance,
03:17quand on est devant 2300 perdus, quand on est devant les plus hauts représentants du cinéma mondial, quand la Terre
03:25entière vous regarde.
03:27Moi, je me suis dit, vraiment, cette chance, elle est là, je la prends, et je voulais faire quelque chose
03:34qui me ressemblait, de sincère, je voulais être au plus honnête de ce que j'étais, donc je me suis
03:39dit, allez, quitte à y aller, autant en profiter, autant me faire plaisir, et autant raviver les choses qui m
03:49'ont donné envie de faire ce métier.
03:50Et vous avez glissé quelque chose de très joli, vous avez dit, au cinéma, j'ai vu mon père pleurer,
03:55j'ai vu ma mère rire aux éclats.
03:57J'ai beaucoup aimé que vous l'écriviez dans ce sens-là, parce qu'on n'a pas vu beaucoup
04:01nos papas pleurer.
04:03Vous avez vu le vôtre pleurer devant des films ?
04:06Il m'est arrivé, oui, et puis je l'ai vu ému devant Django, je me souviens.
04:09Devant Django ?
04:10Ouais, et puis surtout, mon père, il raconte souvent cette anecdote qu'il a racontée à mon fils, il n
04:14'y a pas si longtemps, que lui, quand il était petit, il voyait que l'intérêt de gagner des sous,
04:20pour aller au cinéma, et un jour, on lui a piqué ses sous pour aller au cinéma, et aujourd'hui,
04:25il me fait, non, mais je ne pense pas à ça,
04:26parce que j'ai tellement pleuré ce jour-là, quand j'étais petite, et il racontait ça à mon fils,
04:30et...
04:30La rage d'aller au cinéma, absolument, absolument, absolument, et le film qui a fait éclater de rire votre mère
04:37?
04:37Je crois qu'elle a ri sur le sens de la fête, ma mère, elle est plus difficile, elle est...
04:42C'est-à-dire ?
04:44Elle a un petit peu plus de mal à l'embarquer, mais le sens de la fête, les mariages, tout
04:48ça, ça lui parle.
04:49Ça lui parle. Donc, le sens de la fête, c'est le film qui vous a révélé, c'est le
04:54Nakache et Toledano, en 2018,
04:563 millions d'entrées, et du grand Jean-Pierre Bacry, du début à la fin.
05:01Mais quel blaireau, sinon !
05:02Quoi qu'il y a le blaireau ? Qu'est-ce qu'il y a encore, toi ?
05:03Mais pourquoi tu te sens obligé de parler à chaque fois que j'ai un truc ?
05:05Parce que tu dis de la merde !
05:06Mais quoi, tu dis de la merde ? Stop !
05:07C'est une bonne idée !
05:08Stop !
05:09Là, maintenant, vous allez faire une trêve.
05:11Il y en a marre.
05:13Vous allez vous serrer la main.
05:15Mais ouais, mais ouais, vous allez vous serrer la main maintenant.
05:18Non, j'attends.
05:20J'ai pas la soirée, hein ?
05:21Non.
05:22Vous allez vous serrer la main, putain.
05:24Allez-y.
05:25Vas-y, viens.
05:27Je suis pas convaincu, là, ça peut être mieux, hein ?
05:29Non, mais ça va, là.
05:30Je vais déjà serrer la main, ça va, c'est bon.
05:32Et Yaïdara, c'était trois ans avant la mort de Bacri.
05:36C'est aussi ce qui rend, quand on revoit ce film aujourd'hui, ce qui rend ce film extrêmement puissant.
05:43Donc vous, vous étiez Adèle, vous étiez le bras droit de Bacri.
05:46Vous étiez une fille qui ne se laisse pas marcher sur les pieds.
05:48Qu'est-ce qu'on apprend quand on joue face à lui ?
05:50On apprend tellement, on le regarde beaucoup.
05:54Oui, parce que c'est un masque, Bacri.
05:56Oui et non.
05:58Non, c'est quelqu'un d'accessible et très généreux.
06:01Je pense que nous, sur ce tournage, je dois dire que, surtout avec le recul, il est parti trois ans
06:08après.
06:08Je me dis qu'il a eu un acte de transmission envers nous.
06:11On était beaucoup de jeunes.
06:12Oui, vraiment, c'était ça.
06:14C'était ça.
06:14Il nous a transmis énormément de choses.
06:18Et je crois que c'était...
06:20Je ne sais pas si c'était calculé de sa part, mais en tout cas, il l'a fait et
06:24on a reçu énormément.
06:26Parce que quand je dis que c'est un masque, oui, c'est un visage du cinéma français qu'on
06:30imagine toujours impassible,
06:32mais en même temps tendre, mais en même temps impatient, mais en même temps excédé.
06:36C'est-à-dire qu'il y a une mimique à la Bacri et qu'en même temps, jamais caricaturale.
06:41Non, mais je pense qu'il avait aussi, j'appelle ça les clowns, il avait aussi un clown qui maîtrisait
06:48parfaitement celui-là, le bon.
06:52Mais à côté de ça, vraiment, j'avais des leçons de cinéma avec lui.
06:59Il était d'une générosité.
07:01Et je pense que la complicité que Max et Adèle ont, elle a un peu transpiré chez nous dans notre
07:09façon de travailler.
07:10Alors Max, c'était son personnage.
07:12Et alors là, ce qui est très joli, c'est que la semaine prochaine, vous allez monter les marches, cette
07:16fois, avant la cérémonie de clôture.
07:19Parce que le nouveau film d'Agnès Jaoui sera projeté, l'objet du délit.
07:23Il sera projeté hors compétition.
07:25Ça sera le dernier film projeté à Cannes, hors compétition.
07:28Ça raconte les répétitions d'un opéra perturbé par des accusations d'agression sexuelle.
07:35C'est une très, très, très, très jolie comédie dans laquelle vous jouez.
07:39Et le film est dédié à Jean-Pierre.
07:41Oui.
07:42Et on ne s'attend pas à ce que ça surgisse à Jean-Pierre.
07:45Et c'est très émouvant.
07:46Ah ben oui, non, bien sûr.
07:48Moi, déjà, j'ai été émue quand j'ai lu le scénario la première fois.
07:51Et j'étais extrêmement fière d'Agnès parce que c'est le premier qu'elle écrit sans Jean-Pierre.
07:56Et forcément, on s'imagine où est-ce qu'il aurait pu être, à quel endroit.
08:02Et on se dit aussi, qu'est-ce qu'il aurait pensé de ça, de ce qu'on vit aujourd
08:06'hui ?
08:07Qu'est-ce qu'il aurait pensé de ce sujet-là ?
08:09Et puis Agnès, je crois que c'était là une des personnes idéales pour traiter ce sujet
08:15parce qu'elle a l'intelligence, elle a la pertinence.
08:17Et elle a su le faire seule, sans lui, même si je sais qu'il était là, à quelque part.
08:23Sa couleur était là, son ton était là.
08:26Bande annonce l'objet du délit.
08:29C'est les noces.
08:30C'est joyeux.
08:31Ça doit être léger, ça doit chuchouter.
08:34Et puis après, ça explose.
08:36Vraiment toute nouvelle aventure.
08:38Pour moi, parce que c'est ma première mise en scène.
08:40Non mais on ne peut pas continuer comme ça.
08:41Il faut qu'il soit remplacé, c'est tout.
08:42Il y a quelques jours de la première.
08:44Moi, j'ai les yeux fixés sur mon conducteur.
08:46Donc, je n'ai rien vu.
08:48Ça se dit, il ne s'agit pas de toi, Igor.
08:49Je vais te ramener, d'accord ?
08:50C'est à cause de MeToo que les mecs n'osent plus conclure.
08:53À cause de qui ?
08:55Le vieux monde est mort, il faut s'y faire, voilà.
09:00T'as quelque chose à te reprocher ?
09:02Non, non, non, pas du tout, non.
09:04Non, enfin.
09:08Enfin, enfin, voilà.
09:09Voici une jeune cantatrice, donc c'est vous,
09:11recrutée pour jouer les noces de Figaro,
09:14pour interpréter les noces de Figaro.
09:15Donc, c'est une femme qui va jouer un rôle d'homme,
09:18qui va jouer chez Rubin, surprise numéro un.
09:21C'est une femme noire dans une distribution d'opéra,
09:24surprise numéro deux,
09:25parce que diversité quasi inexistante dans l'art lyrique,
09:29qui demeure quand même un milieu très rigide
09:32et très élitiste.
09:35Et donc, évidemment, Agnès Jaoui en fait une situation de comédie.
09:41Et elle se sert de votre personnage pour en faire une situation de comédie.
09:45Et ça vient se surajouter avec les accusations d'agression sexuelle
09:51qui perturbent les répétitions.
09:52Donc, tout le film est là-dessus, sur où est la limite,
09:55où est la conscience, qu'est-ce qui a changé entre les générations.
09:58Oui, oui, c'est complètement ça.
10:00Pour moi, c'est un espèce de tableau de cette société aujourd'hui,
10:02avec toutes les voix qui résonnent.
10:04Et Cora, c'est vraiment la voix,
10:07c'est une voix qu'on connaît aujourd'hui, bien sûr,
10:10et c'est les voix qui font ouvrir les débats.
10:12C'est les voix qui font ouvrir les débats.
10:13Alors, vous, vous avez fait ouvrir le débat il y a quelques années à Cannes,
10:16vous aviez monté les marches.
10:18C'était en 2018, c'est ça ?
10:20C'était en 2018, vous aviez monté les marches
10:22avec d'autres actrices françaises noires.
10:25Vous aviez participé à un texte collectif,
10:28enfin, un recueil de textes collectifs
10:29qui s'intitulait « Noir n'est pas mon métier ».
10:32Et ce qui est assez étonnant,
10:33c'est qu'Agnès Jaoui fait d'une situation de comédie
10:35quelque chose que vous écriviez très simplement
10:38noir sur blanc à l'époque, en 2018.
10:40C'est-à-dire, vous disiez à l'époque
10:42« Je voudrais être une actrice banale,
10:44j'en ai marre d'être un geste militant,
10:46j'en ai marre d'être un geste politique
10:48quand je suis dans un casting,
10:50quand je suis dans une distribution ».
10:52Qu'est-ce que ça voulait dire à l'époque ?
10:54Ça voulait dire, surtout,
10:55ça me renvoie encore à quand j'étais plus jeune.
10:58Pour moi, il n'y avait pas de limite.
10:59Justement, le jeu, c'est ça.
11:00C'est que je peux tout jouer, que ce soit...
11:02Quand j'étais petite, je pensais qu'on pouvait vraiment tout jouer.
11:05J'ai joué des hommes, des femmes, des grands-pères,
11:08des plus jeunes.
11:09Enfin, un lion, j'ai joué.
11:11Je ne savais pas qu'il fallait se limiter
11:13au fait de jouer uniquement une femme.
11:16En plus, après, une femme de mon âge.
11:18Et puis après, il faut justifier le fait que tu sois noire.
11:21Je veux dire, ça cassait un peu tout le truc.
11:25Ce pourquoi j'avais envie de faire ce métier,
11:27de m'abandonner et de me mettre dans n'importe quel point.
11:30Et à l'époque, vous écriviez,
11:31j'ai conscience que quand j'interprète un personnage
11:33de Corneille, de Racine, de Molière,
11:34je précise que vous avez beaucoup joué
11:36Racine, Molière et surtout Corneille.
11:38Vous avez énormément joué Corneille.
11:41Ça brouille les coudes des spectateurs.
11:42Ça la noie.
11:43On se demande toujours pourquoi je suis là.
11:45Mais c'était à l'époque.
11:45C'était à l'époque.
11:46Ça a changé ?
11:47Ou c'est votre statut qui a changé ?
11:49Non, je pense que vraiment, ça a changé.
11:51On ne peut pas nier...
11:54En huit ans ?
11:55En huit ans, en dix ans, en vingt ans.
11:57Vraiment, on n'est pas du tout au même endroit.
11:59Il y a énormément...
12:00Je ne sais même pas si je peux dire que c'est de l'audace.
12:02C'est juste qu'on prend conscience, en fait,
12:04de la société dans laquelle on est.
12:06Et puis, on n'a plus à justifier le fait
12:08de pourquoi on choisit quelqu'un de non-blanc
12:11pour tel ou tel rôle.
12:12On n'a plus à le justifier.
12:13Et puis, ça se passe aussi,
12:14même pour l'orientation sexuelle.
12:16Je vois, il y a des rôles,
12:17il y a des histoires qui sont écrites
12:19ou avec un gay.
12:22On n'explique pas pourquoi la personne est gay
12:24dans le film.
12:26Et ça, je trouve ça fantastique
12:28parce que c'est la vie.
12:29Toute petite, vous avez joué un lion.
12:32Ouais.
12:34Et d'où vous est venu le goût du jeu,
12:36toute petite ?
12:38C'était à l'école.
12:39C'est mon instituteur
12:40qui nous a mis très vite sur la scène.
12:43Et moi, j'ai adoré.
12:44C'était ma cour de récréation préférée.
12:46Ouais.
12:47La scène ?
12:48À la scène, j'étais intouchable.
12:51Je pouvais faire ce que je voulais.
12:52Je pouvais dire ce que je voulais.
12:54On était à égalité
12:55avec tout le monde,
12:57avec le prof.
12:58On était constamment dans la recherche.
13:00Moi, j'aimais beaucoup chercher.
13:01J'aimais beaucoup voir son regard
13:02de professeur qui me disait
13:04« Non, vas-y, cherche un peu plus.
13:06Non, je ne sais pas,
13:07c'est peut-être pas ça. »
13:08J'aimais bien quand il me disait
13:09« Je ne sais pas. »
13:10Ça veut dire que lui,
13:10il n'avait pas la réponse.
13:11Et je me disais
13:12« Ah oui, il n'a pas la réponse comme moi.
13:14Donc, on cherche ensemble. »
13:16Et quand on est petit,
13:17on aime bien être avec les adultes,
13:18on aime bien être au même niveau.
13:20Et je trouvais que cet endroit-là,
13:21il nous permettait ça.
13:23Et ouais, c'était coup de cœur.
13:24Et le goût du cinéma ?
13:26Le goût du cinéma,
13:27ce n'est pas l'école.
13:29Non, ce n'est pas l'école.
13:30Ça, c'est à la maison.
13:31Ça, c'est les VHS de mon père.
13:33Les VHS ?
13:34Ah bah oui.
13:36Retour dans les années 80.
13:3890.
13:39Partout, il y avait des VHS ?
13:40Tu pouvais faire une table basse.
13:42Vous en avez fait une table basse, d'ailleurs.
13:44Bon, il y en avait plein sous la table basse.
13:46Il y avait quoi comme VHS ?
13:48Mon père, il était très…
13:49Qu'est-ce qu'il faisait comme métier, votre père ?
13:51Mon père, il est cariste.
13:52Il était cariste.
13:52Il est à la retraite, maintenant.
13:54Mais il faisait plein de…
13:55Donc, un métier qui n'avait rien à voir.
13:56Rien à voir.
13:57Rien à voir.
13:59Mais il aimait beaucoup les péplums.
14:04On n'avait pas trop les mêmes goûts.
14:06Mais comme il aimait bien ramasser au marché plein de VHS
14:10et puis en acheter partout,
14:12il y avait des petites pépites comme ça.
14:13Moi, j'ai vu les 400 coups chez les Goonies,
14:17Un prince à New York,
14:21Cinéma paradisio,
14:22Les Frontées.
14:24J'ai trouvé plein de pépites dans tout ce qui ramenait.
14:26Les répliques qui sont remontées sur scène hier soir à Cannes.
14:31Votre mère, elle aime le chant lyrique.
14:33Je dis ça puisque vous vous retrouvez à chanter…
14:37D'ailleurs, est-ce que vous chantez dans le film d'Agnès Jaoui ?
14:39Oh là là !
14:40Oh là là !
14:42J'ai appris !
14:43Est-ce que vous chantez Les Noces de Figaro dans le film d'Agnès Jaoui ?
14:46Bien sûr, quelque part, je les chante.
14:48Oui, oui, oui, c'est moi.
14:50Non, je suis aidée.
14:54Vous aviez une culture du chant lyrique ?
14:56Moi, j'écoute beaucoup de l'opéra.
14:58Je préfère aller à l'opéra, mais j'en écoute beaucoup.
15:01Je crois que c'est un souvenir de petite fille où j'étais dans l'avion et j'avais peur.
15:06Et on m'a mis de l'opéra et ça m'a…
15:08Ah, ok.
15:09Vous aviez peur en avion ?
15:10Oui, j'ai toujours un peu peur.
15:11C'est vrai ?
15:13Et l'opéra, ça calme et ça rassure ?
15:15Ou alors ça embarque totalement ailleurs ?
15:18Je crois que c'est parce que ça embarque totalement que finalement, on oublie un petit
15:23peu sa peur, sa crainte.
15:24On oublie un petit peu où on est et on s'en va.
15:28Je me suis demandé quelle part occupait le Mali, qui est le pays d'origine de vos
15:32parents, dans l'éducation que vous avez reçue et dans ce que vos parents vous ont
15:37transmis.
15:38Parce que quand on a des parents nés ailleurs, c'est mon cas aussi, il y a vraiment deux
15:42configurations.
15:43Où on est élevé dans un lien très fort, ou on est élevé dans un non-lien absolu
15:48en disant maintenant regarde devant et pas derrière.
15:50Ah non, moi je pense que mes parents quand même, leur culture a toujours été là, présente.
15:56Je pense que j'ai été élevée avec leur bagage à eux.
16:01Et puis, avec une ouverture aussi sur là où je suis, là où j'ai grandi.
16:08Mais non, non, non, j'ai beaucoup baigné dans la culture de mes parents.
16:12Dans la culture malienne.
16:14Dans Mata, film qui sort le 27 mai au cinéma.
16:17Vous êtes une espionne et il y a Aïdara.
16:21Nous sommes allés faire cette visite.
16:23Antoine ne voulait pas, il ne le sentait pas.
16:25J'ai insisté pour qu'on y aille.
16:32Capitaine, votre condition physique vous éloigne de l'action.
16:36Vous êtes versé aux effectifs de l'ADG assis.
16:39Est-ce qu'Antoine a subi le même sort que les autres ?
16:42Ne fais pas de soucis.
16:43Ton papa, bientôt, je vais le libérer.
16:48Je suis là dans un bureau pendant qu'on torture mon camarade en Afrique.
16:58Ça envoie, hein ?
17:00Et il y a Aïdara dans Mata, thriller avec Joséphine Japi, Raphaël Personas, Mélanie Laurent
17:05qui sort le 27 mai, qui sort le même jour en France que le film d'Agnès Jaoui.
17:11Donc vraiment deux films à l'opposé.
17:12Ce qui dit quand même que vous avez une palette et qu'aujourd'hui, on pense à vous
17:16pour des films qui sont vraiment dans des répertoires extrêmement variés.
17:20D'ailleurs, c'est très drôle.
17:21Voilà un film dans lequel vous pourriez être noire, blanche, métisse.
17:25On s'en fiche complètement.
17:26Ça n'est jamais questionné.
17:28Ça n'est jamais évoqué.
17:29Rien.
17:29Jamais.
17:30Ça n'existe même pas dans le scénario.
17:31Donc c'est drôle de voir les deux films sortir en même temps.
17:36Bah ouais.
17:37Moi, ça me plaît parce que c'est vraiment quelque chose qui m'importe beaucoup.
17:41C'est de ne pas faire la même chose.
17:43Et là, de voir ces deux films où vous allez dans une salle ou dans l'autre,
17:47vous allez voir deux personnes complètement opposées.
17:49Complètement opposées.
17:50C'est à cet endroit-là que je voulais être.
17:52Donc vous êtes une espionne.
17:53Vous êtes une agente de la DGSE.
17:55Vous perdez la trace de votre binôme en opération.
17:58Vous êtes blessée en opération clandestine au Niger.
18:01Vous êtes blessée.
18:02Lui, il est capturé sur place.
18:04Et à votre retour, vous êtes recyclée dans le contre-espionnage français.
18:07Vous jouez un rôle très classique de flic ou d'agent obsédé par une opération et par la mort ou
18:15par la disparition d'un binôme.
18:18Mais obsédé jusqu'à la dérive, jusqu'à la hantise.
18:22Et je me suis demandé, quand on a regardé autant de VHS avec son papa dans les années 80 et
18:2690,
18:27on n'a pas l'impression d'être rembarqué dans les films d'action de son enfance ?
18:33En plus, c'était la première fois pour moi de faire ce genre-là, d'être dans ce genre-là.
18:38Donc ouais, sûrement, oui, oui, oui.
18:43Parce que là, ce n'est pas les répliques cultes qu'on retrouve, c'est les gestes.
18:46Non, c'est les gestes.
18:47C'est Bruce Willis.
18:49C'est Sylvester Stallone.
18:51Vous connaissez toute la gestuelle de Sylvester Stallone, avouez.
18:55Oui, j'aime bien danser comme lui.
18:58Vous dansez comme Sylvester Stallone ?
19:00Sur le ring.
19:00Sur le ring.
19:01Ah oui, il a quand même un truc spécial.
19:04Enfin, il danse sur le ring.
19:05Il y a plein de roquis où on lui apprend à danser avec les ficelles et tout ça.
19:08C'est ça.
19:08Donc, la petite danse de roquis, vous l'avez faite dans votre chambre, devant le miroir ?
19:12Tellement.
19:12Tellement.
19:13Et pourquoi vous ne l'avez pas faite hier soir sur scène ?
19:15J'aurais pu, j'aurais pu, mais j'ai dû faire des choix à un moment donné, ça.
19:19Allez, il y a Thierry Prémeau qui vient d'entrer dans le studio de France Inter.
19:23Merci.
19:24Et il y a Ida Ra.
19:25Bon festival.
19:26Vous revenez pour monter les marches avec Agnès Jaoui pour l'objet du délit.
19:29Vous revenez pour la cérémonie de clôture, évidemment.
19:32Qu'est-ce que vous nous réservez comme surprise ?
19:34Surprise.
19:35Vous ne pouvez rien dire.
19:36Vous ne pouvez rien dire, évidemment.
19:38Et non.
19:38Et donc, les deux films dont on a parlé, Mata et l'objet du délit, seront en salle le 27
19:42mai.
19:42Merci.
19:43Merci beaucoup.
19:44Avec plaisir.
19:44Merci.
19:45Merci.
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