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  • il y a 3 semaines
Face à la dégradation des relations transatlantiques et aux recompositions géopolitiques récentes, de quelles options l’Europe dispose-t-elle pour se protéger ? Seule puissance nucléaire indépendante du continent, la France se retrouve au cœur des réflexions stratégiques à l'heure où se pose la question d’une dissuasion commune.

Depuis près de quatre-vingts ans, la sécurité européenne repose en grande partie sur le parapluie nucléaire américain, mis en place lors de la création de l’Otan. Mais ce modèle de dissuasion se retrouve aujourd’hui fragilisé par la guerre en Ukraine, déclenchée par la Russie en 2022, et par la dégradation des relations transatlantiques, notamment depuis la réélection de Donald Trump. Face à ces incertitudes, la question d’une autonomie nucléaire européenne revient au premier plan. Seule puissance du continent à disposer d’un arsenal entièrement indépendant, la France apparaît comme un acteur central. À l’été 2025, le président Emmanuel Macron et le Premier ministre britannique Keir Starmer ont signé un accord visant à renforcer la coopération nucléaire entre Paris et Londres. En mars 2026, la France a par ailleurs annoncé une évolution de sa doctrine, ouvrant la voie à une collaboration accrue avec ses partenaires européens. Dans le même temps, des débats émergent en Allemagne et en Pologne autour de programmes nationaux, tandis que progresse l’idée d’un arsenal nucléaire européen commun. Mais une telle stratégie peut-elle devenir pérenne sans le soutien des États-Unis ?

Autonomie et dépendance
Nourri d’images d’archives et de témoignages d’experts, ce documentaire retrace l’évolution des équilibres géopolitiques entre les puissances, du lendemain de la Seconde Guerre mondiale aux crises actuelles en passant par la guerre froide. Il met en lumière les fondements du système de dissuasion qui a structuré la seconde moitié du XXe siècle, tout en montrant une Europe aujourd’hui en quête de repositionnement stratégique, confrontée à ses propres limites. Cet état des lieux fait ainsi apparaître les tensions entre volonté d’autonomie et dépendance persistante, laissant entrevoir une recomposition encore inachevée.

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00:00...
00:07En Europe, le nucléaire militaire entre dans une nouvelle ère.
00:12Deux chocs ont récemment fait vaciller les certitudes du vieux continent en matière de sécurité.
00:17La guerre d'agression russe en Ukraine, qui s'accompagne de menaces nucléaires,
00:22et le retour aux affaires de Donald Trump,
00:24dont la politique de rupture secoue violemment l'architecture de sécurité commune.
00:36La donne a changé.
00:38Entre chantage au retrait de l'OTAN, le dénigrement de l'Europe
00:42et la tentative d'intimidation des Etats-Unis sur le Groenland.
00:48Avant tout cela, les Européens pouvaient compter sur les garanties de sécurité américaines.
00:54Aujourd'hui, ils se rendent compte qu'elles sont de plus en plus fragiles
00:57et se sentent pris de court.
01:00Du point de vue de la politique de sécurité, rien de pire ne pouvait nous arriver.
01:06La Russie n'aurait pas osé attaquer une Ukraine dotée de larmes atomiques.
01:12Les Etats-Unis s'étaient engagés à protéger l'Europe contre toute agression nucléaire.
01:18La dissuasion nucléaire ne fonctionne que si la promesse américaine
01:22de défendre l'Europe en cas de besoin est crédible.
01:27Dès lors que ce n'est plus le cas, l'effet dissuasif diminue.
01:31S'ils le font, qu'est-ce qu'il se passe ?
01:33Comment est-ce qu'on reste crédible face à la Russie ?
01:36Comment est-ce qu'on continue à dissuader la Russie ?
01:56Février 2022, la Russie agresse l'Ukraine voisine.
02:04Très vite, Vladimir Poutine brandit le spectre de l'arme nucléaire
02:08pour dissuader l'Occident de soutenir militairement l'Ukraine.
02:12C'est à dire que la Russie, la Russie, la Russie, la Russie, l'Ukraine,
02:17c'est que notre pays aussi s'étudie avec différents moyens de défendre,
02:22et avec un autre component, et plus modernes, qu'il y a des pays de l'Ukraine.
02:27Et à l'invite de notre pays, pour la защite de la Russie et de notre pays,
02:34nous, sans doute, utilisons tous les moyens de défendre.
02:39Ce n'est pas une blève.
02:49Le chef de l'État réitère ses menaces à une vingtaine de reprises
02:53dans les trois premiers mois de la guerre.
02:55Un message qui s'adresse autant à son peuple qu'à ses adversaires étrangers.
03:00La télévision russe diffuse même une simulation d'attaque nucléaire sur le Royaume-Uni.
03:16Ça s'inscrit dans un contexte où le Kremlin veut montrer avant tout aux Russes
03:21que leur pays est une grande puissance qui a encore beaucoup de force en réserve.
03:26et qu'il triomphera de l'Occident, même si ses troupes ne sont pas en très bonne posture sur le
03:32terrain en Ukraine.
03:36Mais Vladimir Poutine s'est trompé en misant sur une chute rapide de Kiev.
03:45La Russie semble avoir sérieusement envisagé de recourir au nucléaire à l'automne 2022,
03:51quelques mois après le début de l'offensive,
03:53quand l'Ukraine paraissait sur le point de l'emporter.
03:58C'est du moins l'analyse des services de renseignement occidentaux.
04:04La doctrine nucléaire russe prévoit la possibilité de frappes limitées,
04:08notamment en cas d'effondrement des forces conventionnelles.
04:13À l'automne 2022, on en était sans doute plus près qu'on ne l'avait jamais été depuis la
04:17crise des missiles cubains.
04:22Voilà près de 80 ans que l'Europe vit sous ce que l'on appelle le parapluie nucléaire américain,
04:27l'assurance d'une riposte des États-Unis si leurs alliés sont victimes d'une attaque nucléaire.
04:33As Ukraine succeeds on the battlefield,
04:36Vladimir Putin is becoming embarrassed and pushed into a corner.
04:41And I wonder, Mr. President, what you would say to him
04:45if he is considering using chemical or tactical nuclear weapons.
04:50Don't.
04:52Don't.
04:54Don't.
04:55It will change the face of war unlike anything since World War II.
05:01And the consequences of that would be what?
05:03Do you think I would tell you if I knew exactly what it would be?
05:12Face à cette éventualité, des messages très clairs ont été adressés à la Russie.
05:19Si elle venait à employer l'arme nucléaire,
05:22on ne répondrait pas par une contre-frappe nucléaire au risque d'être entraîné dans une escalade.
05:28À la place, on enverrait par le fond l'intégralité de la flotte russe de la mer Noire en une
05:34heure.
05:38Actuellement, neuf pays sont dotés de l'arme nucléaire.
05:42La Russie détiendrait 5459 ogives.
05:45Les États-Unis, 5177.
05:48La Chine, 600.
05:51La France, 290.
05:53Le Royaume-Uni, 225.
05:55L'Inde, 180.
05:57Le Pakistan, 170.
05:59Israël, 90.
06:01Et la Corée du Nord, 50.
06:04Certains chiffres sont des estimations dans un domaine où la transparence n'est pas la norme.
06:11Les menaces répétées de la Russie inquiètent les autres puissances nucléaires.
06:15A l'automne 2022, les pays membres du G20 se réunissent à Bali.
06:23En marge de ce sommet, différents acteurs ont communiqué en direction du Kremlin.
06:27Washington, Pékin ou encore Delhi.
06:31Les Chinois et les Indiens n'ont pas intérêt, eux non plus, à voir le conflit se nucléariser.
06:36Ils ne souhaitent pas l'abaissement du seuil nucléaire.
06:42Autrement dit, on a assisté à une forme de dissuasion qui a fonctionné.
06:46Reste à voir comment va évoluer la situation, s'agissant de notre sécurité en Europe et de cette composante nucléaire.
07:02Avec Trump, l'administration américaine a redéfinie ses priorités.
07:07Elle accorde moins de valeur à ses alliances et aux pays amis, c'est-à-dire moins d'importance à
07:13l'Europe.
07:14Mais en continuant à assurer la dissuasion nucléaire de l'Europe, les Etats-Unis conservent aussi un excellent moyen de
07:21pression sur elle.
07:24Ils n'hésitent pas à semer le doute sur la fiabilité de leur engagement pour obtenir des décisions favorables à
07:29leurs intérêts.
07:31Et ils pèsent ainsi sur le choix des Européens.
07:48Steadfast Noon est notre exercice de dissuasion nucléaire annuelle, réalisé en conditions réelles.
07:54Des vols d'entraînement qui visent à tester les capacités de commandement et de contrôle nécessaires pour réussir une telle
07:59opération.
08:00Il faut des semaines de préparation pour tout mener à bien.
08:03Avec nos différents moyens.
08:09Cette année, nous mobilisons 60 aéronefs de 30 pays et environ 2000 militaires qui vont faire équipe.
08:21L'Allemagne, la Belgique, l'Italie, les Pays-Bas et la Turquie ont tous des bombes atomiques américaines stationnées sur
08:28leur territoire.
08:29Une centaine au total.
08:37En cas de réponse à une attaque nucléaire, ces engins explosifs devraient être acheminés jusqu'à leur cible par des
08:44avions européens.
08:45Les pays de l'OTAN concernés mettraient donc à disposition leurs bases militaires, leurs aéronefs et leurs personnels.
08:51C'est ce que l'on appelle le partage nucléaire, une façon d'associer les États non dotés du nucléaire
08:57à la dissuasion américaine.
09:06Depuis 1949, la dissuasion nucléaire est centrale dans la défense et les engagements de sécurité de l'OTAN.
09:12Et tant qu'il y aura des armes nucléaires, l'Alliance restera nucléaire.
09:16Le réarmement de l'Europe s'amorce dès les années 1950.
09:20Les États-Unis stockent des ogives nucléaires à l'Ouest pour décourager toute attaque soviétique.
09:31Ces images de 1954 montrent une simulation de tir au canon atomique américain sur le sol allemand.
09:46Cette pièce d'artillerie fera l'objet d'un seul essai en condition réelle, dans le désert du Nevada.
09:52C'est à cette occasion qu'est filmé le nuage en champignons qu'on voit ici.
10:00Au début des années 1960, l'Allemagne accueille une grande manœuvre de l'OTAN, une simulation d'attaque nucléaire.
10:07Les nations qui acceptent le stationnement d'armes atomiques sur leur territoire bénéficient d'une garantie de sécurité.
10:14Les États-Unis les défendront, y compris au besoin, par des moyens nucléaires.
10:19En échange, ces pays s'engagent à ne pas acquérir eux-mêmes la bombe.
10:27Le partage nucléaire sert les intérêts des États-Unis, puisqu'il nous empêche de développer nos propres armes atomiques.
10:35Pour les Américains, ce système a toujours été aussi un instrument de maintien de l'ordre mondial et de non
10:40-prolifération.
10:46Au fil du temps, les États-Unis améliorent les armes nucléaires stockées en Europe.
10:51Leur puissance maximale peut désormais atteindre trois fois celle de l'explosion d'Hiroshima.
10:56Il s'agit de bombes non guidées ou gravitaires, c'est-à-dire larguées depuis des avions, avec un changement
11:03pour la dernière génération entrée en service il y a peu.
11:09La modernisation la plus récente a été extrêmement onéreuse.
11:13La grande nouveauté de la bombe B-61-12, c'est qu'elle dispose d'un guidage de fin de
11:19trajectoire.
11:20Autrement dit, elle ne tombe pas simplement au sol, elle peut être dirigée avec une certaine précision vers sa cible.
11:37En complément, de nombreux États membres de l'OTAN s'équipent de F-35.
11:41Des avions furtifs américains à la pointe de la technologie, capables de dépasser la vitesse du son.
11:47Ils échappent en outre au radar grâce à leur forme et à leur revêtement.
11:58Grâce aux améliorations apportées au F-35, qui peut désormais intervenir plus facilement dans les espaces aériens interdits,
12:05la capacité opérationnelle de la mission de partage nucléaire a été sérieusement renforcée.
12:12Le siège de l'OTAN à Bruxelles.
12:14C'est ici que le groupe des plans nucléaires réunit une ou deux fois par an les ministres de la
12:19Défense des États membres
12:20pour débattre de la politique à suivre.
12:24Même si les pays européens ont un droit de regard, c'est Washington qui détient le pouvoir de décision sur
12:30l'emploi de l'arme nucléaire.
12:32L'Europe est donc tributaire de la crédibilité américaine.
12:38Dès lors qu'un État donne des garanties de sécurité à d'autres États,
12:42on peut se demander s'il respectera sa promesse dans un contexte de crise.
12:48Pour les Européens, l'enjeu est de savoir, peut-on faire confiance aux Américains ?
12:54Pour les Américains, la question est, en cas de problème, est-ce qu'on troquera New York contre Berlin ?
12:59Et il faut aussi se demander si Moscou juge cette alliance fiable.
13:03Pour construire une crédibilité, il faut être prêt à risquer la guerre.
13:11Du point de vue des Européens, l'administration Trump est disruptive, inconstante et imprévisible.
13:20Mais son comportement est tout aussi déroutant pour la Russie.
13:24Autrement dit, quand les Européens doutent de la fiabilité de leurs partenaires américains,
13:29les Russes s'interrogent aussi.
13:33La Russie est obligée d'envisager l'éventualité que les États-Unis puissent venir malgré tout au secours de l
13:39'Europe.
13:40Et tant que cette incertitude subsiste, on peut dire que les structures de sécurité fonctionnent.
13:48Après la Seconde Guerre mondiale, l'arme atomique devient vite un facteur de puissance.
13:52La création de l'OTAN, puis la conclusion du pacte de Varsovie,
13:56enterrine la division du monde en deux camps, déterminés à développer leur arsenal.
14:13C'est une époque où l'on ne mesure pas encore tout à fait le péril que représente le nucléaire,
14:19considéré simplement comme une sorte d'artillerie surpuissante.
14:291962, sous la houlette de Nikita Khrushchev,
14:32l'Union soviétique déploie des missiles nucléaires à moyenne portée sur l'île de Cuba,
14:37susceptibles d'atteindre le territoire américain.
14:40C'est une provocation et un danger immédiat.
14:58En réponse, le président John Kennedy envoie des vaisseaux de guerre dont plusieurs porte-avions
15:03et agite la menace d'une riposte atomique.
15:07Pendant 13 jours, la planète retient son souffle au bord du gouffre nucléaire.
15:16Avec la crise de Cuba, on comprend qu'on ne parle pas d'une bombe unique comme à Hiroshima,
15:22mais qu'on risque la destruction du monde.
15:25C'est ce qui distingue la dissuasion nucléaire des autres formes de dissuasion.
15:30Elle implique potentiellement l'anéantissement de l'espèce humaine.
15:37Il n'y a pas de vainqueur dans une guerre atomique, mais que des perdants.
15:41La dissuasion repose sur un paradoxe.
15:44Pour qu'elle soit efficace, le risque d'un recours au nucléaire doit être bien réel.
15:49Autrement dit, il faut maintenir des ogives en état d'alerte
15:52afin de ne surtout pas avoir à les utiliser.
16:04Washington et Moscou en tirent les conséquences.
16:07Et le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires est conclu en 1968.
16:12Les pays déjà dotés de ces armes s'engagent à lutter contre leur diffusion
16:17et à œuvrer au désarmement, tandis que les autres renoncent à en acquérir.
16:23191 États ont adhéré à ce traité.
16:25Parmi les non-signataires figurent Israël, l'Inde et le Pakistan,
16:29qui sont aujourd'hui dotés d'un arsenal nucléaire.
16:33Malgré ce traité, la course à l'armement continue dans les décennies suivantes
16:37en Union soviétique et aux États-Unis, ainsi qu'en Europe.
16:48Au plus fort de la guerre froide, il y avait entre 7 à 8 000 armes nucléaires en tout genre
16:53stationnées en Europe.
16:54On envisageait de retourner la moitié du territoire ouest allemand pour poser des mines atomiques.
16:59On avait des missiles et des bombes, sans oublier l'artillerie,
17:04les canons qui devaient servir à tirer ces projectiles.
17:06Un arsenal considérable au total, dont on peut se féliciter qu'il n'est jamais servi.
17:13La réunification allemande, puis la dislocation de l'Union soviétique au début des années 1990,
17:19marquent la fin de la guerre froide.
17:21Une phase de désarmement s'amorce, qui passe par différents accords internationaux.
17:28En 1994, l'Ukraine renonce ainsi à son stock d'armes nucléaires, le troisième au monde à l'époque.
17:36En échange, la Russie et les États-Unis lui accordent des garanties d'intégrité territoriale et de sécurité.
17:43Un temps, la menace nucléaire semble maîtrisée.
17:49Aujourd'hui, elle est de retour sur le sol européen.
17:59Moscou a stationné des armes nucléaires dans l'esclave russe de Kaliningrad et en Biélorussie.
18:04Elle pourrait atteindre la Pologne, les Pays-Baltes, la Scandinavie et l'Allemagne.
18:09Ces missiles de moyenne portée et de croisière s'inscrivent dans une guerre psychologique menée contre l'Occident.
18:23Les missiles de croisière volent dans l'atmosphère.
18:26Ils peuvent effectuer des virages, un peu comme les avions.
18:29Et ils permettent de frapper en profondeur pour atteindre une cible.
18:32On les voit à l'œuvre en Ukraine presque tous les jours, avec des charges conventionnelles.
18:37Mais ils pourraient être équipés de têtes nucléaires et toucher Berlin en quelques minutes, par exemple.
18:51Ces systèmes de missiles sont restés interdits pendant plusieurs décennies.
18:59Fin 1987, Mirail Gorbatchev et Ronald Reagan signent l'un des accords les plus importants en matière de contrôle de
19:07l'armement.
19:08Le traité sur les forces nucléaires a porté intermédiaire.
19:15C'est une catégorie entière de missiles qui est ainsi prohibée, sans limitation dans le temps.
19:21Tous les projectiles concernés doivent être détruits.
19:26En 2019, sous le premier mandat de Donald Trump, les États-Unis annoncent leur sortie du traité.
19:33Decades ago, the United States entered into a treaty with Russia.
19:39While we followed the agreement and the rules to the letter, Russia repeatedly violated its terms.
19:49It's been going on for many years.
19:51That is why I announced that the United States is officially withdrawing from the Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty, or
20:02INF Treaty.
20:11Quelques semaines plus tard, la Russie enterrine la mort du traité à l'ONU.
20:20On voit bien ce qui se profile.
20:22Une recrudescence des armes, de nouveaux vecteurs de missiles,
20:25et le retour d'une menace qu'on croyait disparue depuis les années 1980.
20:32Autre sujet d'inquiétude, la Chine, troisième puissance nucléaire mondiale,
20:37a elle aussi entrepris d'accroître son arsenal.
20:40On estime que d'ici à 2035, elle disposera de plus de 1500 ogives nucléaires.
20:51Les Chinois ont revu en profondeur leur politique en matière de nucléaire.
20:56Il semble évident qu'ils veulent renforcer leur contrôle dans leur région
21:00et déloger les Américains de l'Asie-Pacifique.
21:04Pour ça, il leur faut un plus vaste arsenal nucléaire,
21:07avec une meilleure survivabilité.
21:12Les États-Unis ne pourront pas se contenter d'agiter la menace nucléaire
21:15pour gagner cette guerre.
21:21L'Europe a de quoi s'alarmer.
21:25Les États-Unis sont obligés de modifier leurs dispositifs stratégiques
21:28pour se recentrer sur l'Asie
21:30et potentiellement de transférer certains moyens nucléaires vers ce continent.
21:42Et c'est le parapluie nucléaire censé tranquilliser l'Europe
21:46qui risque de s'en trouver affaiblie.
21:48D'autant que la crise du Groenland début 2026
21:51souligne la fragilité de l'Alliance de l'Atlantique Nord.
21:55Impossible de savoir combien de temps encore les États-Unis tiendront leurs engagements.
22:01Alors que faire ?
22:02La question est à l'ordre du jour de la conférence annuelle de Munich sur la sécurité.
22:08Et même si Donald Trump et le secrétaire de la guerre disent toujours
22:14« ne va pas retirer les armes nucléaires américaines d'Europe »,
22:18la question se pose toujours « what if ».
22:20Et s'ils le font, qu'est-ce qui se passe ?
22:22Comment est-ce qu'on reste crédible face à la Russie ?
22:25Comment est-ce qu'on continue à dissuader la Russie ?
22:27Et ça, c'est encore une question assez inconfortable
22:30dont nous, chercheurs, on doit s'emparer
22:33pour ensuite faciliter la prise de décision au niveau bioéthique.
22:41Attention au risque de dissuasion insuffisante,
22:44alertent plusieurs experts du nucléaire.
22:48Héloïse Fayet est co-signataire d'un rapport à ce sujet,
22:51présenté à la conférence de Munich, tout comme Claudia Mayer.
22:57Le temps de l'insouciance est révolu pour les Européens
23:00qui ne peuvent plus déléguer leurs réflexions stratégiques aux États-Unis.
23:04Nous voulons jeter les bases d'un débat
23:06en vue d'évaluer systématiquement les options qui s'offrent à nous,
23:09leur viabilité, leur crédibilité et leur faisabilité financière.
23:13Et ce, pour que les experts et les décideurs politiques
23:16puissent échanger et faire des choix éclairés.
23:22L'Europe s'est largement détournée des armes atomiques
23:25depuis la fin de la guerre froide.
23:27Le résultat est aussi une perte de savoir dans ce domaine.
23:30Il faut aujourd'hui reconstruire ces connaissances,
23:33au sein de la population et surtout dans la classe politique.
23:39Frank Zauer donne des conférences destinées au grand public
23:42et conseille des dirigeants sur les questions nucléaires.
23:48Il faut réapprendre à parler de ces sujets pour mieux les comprendre.
23:53C'est le meilleur remède contre la peur.
23:57Voilà pour ce qui concerne le débat public.
24:03Ensuite, il y a les décideurs et les décideuses politiques.
24:06On se rend compte que dans les ministères,
24:08au gouvernement et même dans les universités,
24:10plus grand monde ne s'empare du sujet.
24:16Seuls deux pays en Europe
24:18conservent une expertise en matière de stratégie nucléaire.
24:21Le Royaume-Uni
24:22et surtout la France.
24:30La France dispose aujourd'hui
24:32d'environ 290 ogives nucléaires
24:34qui lui appartiennent.
24:36Bien que membre fondateur de l'OTAN,
24:38elle prend ses distances avec l'Alliance
24:40dès les années 1960
24:42et reste en dehors du partage nucléaire.
24:46Car le président Charles de Gaulle
24:48voit d'un oeil sceptique
24:49les garanties de sécurité des Etats-Unis.
24:51Il s'en ouvre à son homologue John Kennedy
24:53en lui demandant si les Américains
24:55seraient prêts à échanger New York contre Paris.
25:02La France choisit donc
25:03de produire ses propres armes nucléaires.
25:05Elle mise d'emblée sur une double composante,
25:08sous-marine et aéroportée.
25:17Au point de vue de la sécurité,
25:20notre indépendance exige,
25:22à l'ère atomique où nous sommes,
25:25que nous ayons les moyens
25:27de dissuader nous-mêmes
25:30un éventuel agresseur
25:33sans préjudice de nos alliances,
25:37mais sans que nos alliés
25:38tiennent notre destin dans leurs mains.
25:49Depuis, le programme d'armement français
25:52se poursuit en totale indépendance,
25:54y compris vis-à-vis de l'OTAN.
25:56Le pays a choisi de ne pas faire partie
25:58du groupe des plans nucléaires
25:59et reste très discret sur son arsenal.
26:13Tout ce qui touche à l'armement nucléaire français
26:16est produit en France
26:17avec des financements exclusivement français.
26:20Et ça ne changera pas.
26:22Bien sûr, la France aimerait étendre son rôle
26:24dans la défense européenne
26:25par le biais de son arsenal conventionnel
26:27et nucléaire.
26:30Mais elle n'a nullement l'intention
26:32de demander à ses partenaires européens
26:33de financer la dissuasion française.
26:41Les Français maîtrisent
26:42l'ensemble de la technologie.
26:44Ils possèdent leurs propres ogives,
26:46leurs propres vecteurs.
26:47Ils ont des missiles de croisière
26:49sur des avions de combat.
26:56Ils embarquent des missiles balistiques
26:58en immersion sur des sous-marins.
26:59C'est à eux.
27:00On ne peut pas les leur retirer.
27:02Ils ne dépendent de personne.
27:03Ils disposent d'un armement suffisant
27:05pour leur usage,
27:06mais sans excès,
27:07parce que ce sont des équipements
27:08onéreux et complexes.
27:10C'est une approche judicieuse.
27:13La France compte
27:14quatre sous-marins nucléaires
27:16lanceurs d'engins,
27:17ou SNLE,
27:18basés dans la rate de Brest
27:20et conçus pour emporter
27:21des missiles balistiques.
27:22Il y en a toujours un en mission
27:24quelque part dans le monde.
27:28Les sous-marins nucléaires
27:29sont au cœur
27:30de notre dissuasion nucléaire
27:32puisque ce sont eux
27:33qui assurent en permanence
27:35la capacité à riposter
27:37à une attaque brutale
27:40contre nos pays.
27:42Si c'était le cas,
27:43un adversaire doit savoir
27:45qu'il y aurait toujours,
27:46en permanence,
27:47un ou plusieurs SNLE français
27:48prêt à faire une frappe
27:51de rétention en second.
27:55Une capacité crédible
27:56de seconde frappe
27:57permet de convaincre l'adversaire
27:59que s'il décide un beau jour
28:00de lancer une attaque nucléaire
28:01contre moi,
28:02je suis tout à fait capable
28:03de répliquer
28:04et de lui infliger
28:05des dégâts au moins équivalents.
28:07Pour faire simple,
28:08si tu tires en premier,
28:10tu meurs en deuxième.
28:12Et le plus efficace pour ça,
28:13ce sont des sous-marins
28:14parce que le camp d'en face
28:16n'a aucun moyen
28:17de les localiser.
28:22C'est pourquoi
28:23les grandes puissances atomiques
28:24ont en permanence
28:25un sous-marin nucléaire
28:26à la mer,
28:27voire plusieurs,
28:29comme les Etats-Unis.
28:36Ancien vice-amiral d'escadre
28:38dans la marine française,
28:40Jean-Louis Losier
28:40a commandé des sous-marins nucléaires
28:42et dirigé la division
28:43forces nucléaires
28:44de l'état-major des armées.
28:47Un sous-marin nucléaire,
28:48c'est un anzin extrêmement complexe
28:51puisque vous avez à la fois
28:5416 pas de tir
28:55pour lancer des fusées,
28:57vous avez un réacteur nucléaire,
28:59vous avez des têtes nucléaires
29:00et puis vous vivez
29:02pendant plusieurs semaines
29:04de façon complètement autonome
29:06et donc il faut que vous ayez
29:08un équipage qui puisse vivre
29:09dans ces conditions.
29:11Les équipages passent
29:13une dizaine de semaines
29:13en patrouille,
29:14coupées du reste du monde
29:15afin que leurs bâtiments
29:16ne puissent pas être localisés.
29:22À bord,
29:23une centaine d'hommes
29:24et de femmes
29:25qui n'ont le droit
29:26de contacter leurs proches
29:27qu'une fois par semaine.
29:30Jean-Louis Losier
29:31aborde ouvertement
29:32les questions éthiques
29:33que pose le nucléaire militaire.
29:36posséder des armes
29:37qui sont capables
29:38de faire des millions de morts,
29:39bien évidemment,
29:40c'est une responsabilité morale.
29:43Oui, je sais
29:44qu'une arme nucléaire,
29:46comme toute arme,
29:47dans l'absolu,
29:49c'est mal.
29:50Et effectivement,
29:51le bien est plutôt
29:52de se débarrasser
29:53de nos armes.
29:54Supposons que la France
29:55aujourd'hui abandonne
29:56ses armes nucléaires.
29:58Demain.
29:59Que se passerait-il ?
30:01Je crois que nous sommes
30:02en permanence
30:03dans cette discussion
30:04entre le bien et le mal
30:05et l'approche
30:06sur les conséquences
30:08de ce que l'on fait
30:09et aujourd'hui,
30:11aller vers
30:12une dénucléarisation
30:16solitaire de la France
30:17aurait des conséquences
30:19dramatiques
30:19et qui seraient pour moi
30:20totalement immorales.
30:23Pour la France,
30:24le nucléaire est traditionnellement
30:26une arme de dernier recours
30:27et strictement défensive.
30:33C'est au chef de l'État
30:35que revient la décision
30:36de l'activer.
30:37Donc ça passe par un ordre
30:40qui est envoyé directement
30:41par le président de la République
30:44et envoyé directement
30:46vers les SNLE.
30:48Et puis,
30:49dans le code
30:50qui ordonne le tir,
30:51il y a les éléments
30:53qui permettent
30:55de débloquer
30:55l'ensemble des systèmes
30:56et notamment
30:57des missiles
30:58pour le tir.
30:59Puis vous avez
31:00à voir
31:01les missiles
31:02les uns après les autres
31:03qui vont quitter
31:04leur silo
31:05puis sortir
31:06de la surface du loup
31:09et puis à ce moment-là
31:11mettre leur moteur
31:12de propulsion
31:13en fonction
31:14pour faire leur mission.
31:23La doctrine nucléaire française
31:25n'a guère changé
31:26depuis Charles de Gaulle.
31:27Officiellement,
31:28elle vise à protéger
31:30les intérêts vitaux
31:31du pays.
31:32Un terme délibérément flou
31:33qui pourrait inclure
31:34les partenaires européens
31:35en cas de crise
31:36mais pas obligatoirement.
31:39L'arsenal nucléaire français
31:41est destiné
31:42à protéger
31:42les intérêts vitaux
31:43de la France.
31:45Mais il y a aujourd'hui
31:46un débat
31:46autour de cette formule.
31:47Est-ce que ces intérêts vitaux
31:49ont une dimension européenne ?
31:51Si un jour
31:51la moitié de la Pologne
31:52était envahie,
31:53la France pourrait-elle
31:54la défendre
31:55avec des missiles nucléaires ?
31:59Chercheuse,
32:00spécialiste
32:01de la dissuasion,
32:02Héloïse Fayet
32:03échange constamment
32:04avec des experts
32:04et des responsables politiques
32:06dans toute l'Europe.
32:11Depuis 2022
32:12et surtout
32:13depuis la réélection
32:14de Donald Trump
32:15en 2024,
32:16beaucoup de partenaires
32:17européens souhaitent
32:18engager le dialogue
32:19avec la France.
32:21Principalement l'Allemagne,
32:22la Pologne,
32:23les États baltes,
32:23les Pays-Bas
32:24et la Suède.
32:26Ils s'intéressent
32:27à la dissuasion
32:27nucléaire française,
32:29évoquent une dissuasion
32:30européenne
32:31et voudraient que la France
32:32manifeste une volonté
32:34plus appuyée
32:34de protéger l'Europe.
32:43Pour les Pays-Bas
32:44et la Pologne,
32:45en particulier,
32:46la question est urgente.
32:48La confiance envers
32:49les États-Unis
32:49est érodée.
32:53Est-ce que l'OTAN
32:57est vraiment prête
32:58en cas d'attaque
32:59militaire russe
33:00de grande ampleur
33:01sur la Pologne
33:02ou les États baltes ?
33:06Le discours des Français
33:08a changé,
33:09mais pas forcément
33:12leur point de vue
33:13sur leur propre
33:14arsenal nucléaire.
33:19Je ne les vois pas
33:21stationner durablement
33:22des armes en Pologne.
33:33C'est l'autre pays nucléaire
33:36en Europe.
33:37Depuis la fin
33:38des années 1950,
33:39le Royaume-Uni
33:40a opté pour une stratégie
33:41différente de la France
33:42et choisit d'adosser
33:43sa défense
33:44à la puissance américaine.
33:46Il compte
33:47quatre sous-marins nucléaires
33:48lanceurs d'engin
33:50stationnés en Écosse.
33:53Ils se relaient
33:54eux aussi en patrouille.
33:56Après deux mois en mer,
33:57les membres d'un équipage
33:58sont aujourd'hui
33:59accueillis par leurs proches
34:00et par le Premier ministre.
34:09Chacun de ces sous-marins
34:11est équipé de 16 missiles
34:12Mersol balistique stratégique
34:14Trident.
34:15Leur puissance explosive
34:17représente plus de 20 fois
34:18celle de la bombe
34:19d'Hiroshima.
34:25Nous entretenons des liens
34:26étroits avec les Etats-Unis
34:28pour la mise au point
34:28et l'entretien du matériel
34:30et des systèmes utilisés
34:32pour notre dissuasion nucléaire.
34:36Nous sommes notamment
34:38dépendants des Etats-Unis
34:39pour le stockage,
34:40la maintenance
34:41et la production
34:42des missiles tridents.
34:46En effet, le Royaume-Uni
34:48ne fabrique pas lui-même
34:50ses têtes nucléaires.
34:52Dans cette vaste structure
34:53de recherche
34:54à 80 km de Londres,
34:56des ingénieurs
34:56travaillent à la modernisation
34:58des ogives.
35:03Il y a toutefois une condition.
35:06En vertu de nos accords,
35:08certains composants,
35:09certaines parties de ces ogives
35:10sont importés des Etats-Unis.
35:13Nous avons donc une relation
35:15très imbriquée.
35:20L'influence américaine
35:22sur le programme nucléaire britannique
35:24pose problème.
35:25Pour l'instant,
35:26tout se passe bien
35:27et c'est une façon
35:28d'ancrer encore plus
35:29la présence américaine
35:31dans la dissuasion en Europe.
35:34Mais imaginons
35:36un scénario catastrophe.
35:38Un jour,
35:39peut-être que les Etats-Unis
35:40quitteront l'OTAN
35:41ou que les Européens,
35:42voire pire,
35:43les Russes,
35:44ne jugeront plus
35:45les garanties américaines crédibles.
35:49Quelle sera alors
35:50la marge de manœuvre
35:51du Royaume-Uni
35:51pour mobiliser
35:53son arsenal nucléaire
35:54au nom de ses alliés européens ?
36:00On peut adopter
36:01une approche paranoïaque
36:02et c'est nécessaire
36:04aujourd'hui en matière nucléaire.
36:07Si j'étais
36:07le Premier ministre britannique,
36:09je me serais rendu à Paris
36:10quelques fois ces dernières années
36:12pour tâter le terrain,
36:13histoire de savoir
36:14si la France
36:15pourrait mettre
36:15au point des missiles
36:16compatibles
36:17avec les tubes
36:17l'enstorpi
36:18des sous-marins britanniques.
36:24Le Royaume-Uni
36:25a entrepris
36:26de renforcer
36:26sa dissuasion
36:27en commandant
36:28des avions américains
36:29F-35
36:30dans le cadre
36:30du partage nucléaire
36:31au sein de l'OTAN.
36:33Les Etats-Unis
36:34comptent par ailleurs
36:35déployer des armes nucléaires
36:36sur le territoire britannique.
36:57Dès lors,
36:58on s'interroge un peu partout
36:59en Europe.
37:00La France et le Royaume-Uni
37:02pourraient-ils assumer
37:03une plus grande part
37:03de la défense nucléaire
37:05et muscler leur arsenal commun
37:07de façon à créer
37:08une dissuasion nucléaire européenne.
37:15Le Royaume-Uni
37:16et la France
37:17disposent d'une expertise
37:18technique considérable
37:19en matière d'armement nucléaire
37:21avec un bataillon
37:22de scientifiques
37:23et d'ingénieurs spécialisés.
37:27Moyennant une volonté politique,
37:29ils auraient sans doute
37:30les moyens de constituer
37:31un nouvel arsenal
37:32en mutualisant intelligemment
37:34leurs ressources.
37:38À l'été 2025,
37:40un sommet bilatéral
37:41réunit Emmanuel Macron
37:42et Keir Starmer
37:43en Angleterre.
37:49L'accord signé
37:50à l'issue de ce sommet
37:51vient resserrer
37:52la coopération
37:53entre les deux états
37:54membres nucléaires,
37:55y compris vis-à-vis de l'Europe.
37:56This morning,
37:59we signed
37:59the Northwood Declaration,
38:02confirming
38:02for the first time
38:04that we are coordinating
38:06our independent
38:07nuclear deterrents.
38:09From today,
38:11our adversaries
38:12will know
38:12that any extreme threat
38:14to this continent
38:15would prompt
38:16a response
38:17from our two nations.
38:19There is no greater demonstration
38:21of the importance
38:23of this relationship.
38:25Nos deux pays
38:26restent indépendants,
38:29souverains,
38:30mais nous nous donnons
38:31les moyens,
38:32lorsque nécessaire,
38:34d'oeuvrer ensemble
38:35à la mesure
38:35de l'environnement
38:36nettement plus menaçant
38:37qui est devenu le nôtre.
38:43Nous avons en Europe
38:45deux états dotés
38:45de l'arme nucléaire
38:46qui sont prêts
38:47à coopérer
38:48plus activement,
38:49peut-être même
38:50à coordonner
38:51l'usage de leur arsenal
38:52si la situation
38:53l'exige.
38:56Je crois que cela
38:57envoie un signal fort,
38:58à la fois à nos adversaires
39:00et à nos alliés.
39:13Un groupe de pilotage
39:15nucléaire franco-britannique
39:16a vu le jour
39:17pour orchestrer
39:18ces activités communes.
39:20Et fin 2025,
39:21pour la première fois,
39:22des responsables britanniques
39:24ont assisté
39:24à l'exercice nucléaire
39:25français POCARE.
39:28Mais quelle est
39:29la crédibilité dissuasive
39:30de ce nouvel attelage
39:31vis-à-vis de la Russie ?
39:35Si on agrégait
39:36les armements
39:37nucléaires britanniques
39:38et français,
39:39on obtiendrait
39:40un arsenal
39:40beaucoup plus modeste
39:41que celui des Russes.
39:46Mais la taille
39:47ne fait pas tout.
39:48L'objectif est surtout
39:49de convaincre la Russie
39:51que oui,
39:52l'Europe montera au créneau
39:53et se défendra
39:53s'il le faut
39:54en recourant
39:55à l'arme atomique.
40:02Or,
40:02actuellement,
40:03on a du mal
40:04à croire
40:04que les Britanniques
40:05ou les Français
40:05sont prêts
40:06à s'embarquer
40:07dans un conflit nucléaire.
40:09C'est-à-dire,
40:10concrètement,
40:12à prendre le risque
40:13de frappes nucléaires
40:14russes dévastatrices
40:15sur leur territoire.
40:21En mars 2026,
40:24Emmanuel Macron
40:24prononce un discours
40:25à Brest
40:26sur la doctrine
40:27nucléaire française.
40:34J'ai ordonné
40:36d'augmenter
40:37le nombre
40:39de têtes nucléaires
40:41de notre arsenal
40:44pour couper court
40:45à toute spéculation.
40:47Nous ne communiquerons
40:49plus sur les chiffres.
40:51Le chef de l'État
40:52ne s'arrête pas là.
40:54Il annonce
40:54une évolution majeure
40:55de la doctrine nucléaire
40:56française.
40:57Le lancement
40:58d'une coopération
40:59stratégique rapprochée
41:00avec les autres
41:01pays européens.
41:02Un rehaussement
41:03de notre arsenal
41:06sera un âge
41:07d'armes nucléaires.
41:10Les premières étapes
41:11de la coopération
41:12commenceront
41:13dès cette année
41:14et pourront inclure
41:16des visites
41:16de sites stratégiques
41:17et des exercices conjoints.
41:20Et au-delà
41:21de nos partenaires
41:23et amis britanniques
41:24et allemands
41:24déjà évoqués,
41:26la Pologne,
41:27les Pays-Bas,
41:28la Belgique,
41:30la Grèce,
41:31la Suède
41:32et le Danemark
41:33s'y joindront.
41:45D'importants contingents
41:47de l'OTAN
41:47sont stationnés
41:48en Pologne
41:48et dans les Pays-Baltes
41:49à proximité
41:50des frontières russes.
41:54À l'heure actuelle,
41:56les États européens
41:57investissent massivement
41:58dans l'armement conventionnel.
42:00Leur espoir
42:01dissuader ainsi
42:02la Russie
42:03de s'en prendre
42:03à un territoire
42:04de l'OTAN.
42:10On peut se demander
42:13comment tout ça
42:14peut s'articuler
42:15dans le temps.
42:15À quel moment
42:16M. Poutine
42:17pourrait avoir cette idée ?
42:20On parle beaucoup
42:21des Pays-Baltes,
42:22bien sûr.
42:22Et c'est le moment
42:23de demander
42:24est-ce que vous voulez
42:25risquer une guerre nucléaire
42:26pour eux ?
42:27Selon moi,
42:28le danger restera
42:29très élevé
42:30jusqu'en 2029,
42:31c'est-à-dire jusqu'à la fin
42:32du mandat de M. Trump,
42:33parce qu'il va nous laisser
42:34tomber,
42:35ce qui entraînera
42:35des fractures politiques.
42:37Quand on aura perdu
42:38le soutien des États-Unis,
42:39il s'agira de savoir
42:40qui est vraiment prêt
42:41à aider le pays agressé,
42:42quel qu'il soit.
42:47Sans l'appui
42:48d'une puissance nucléaire,
42:49de simples armes conventionnelles
42:51ne suffiront sans doute
42:52pas à arrêter Moscou.
42:54Emmanuel Macron propose
42:56d'associer étroitement
42:57la dissuasion nucléaire
42:58de la France
42:59aux moyens conventionnels
43:00de ses voisins européens.
43:03Un exercice commun
43:04franco-allemand
43:05est d'ores et déjà annoncé.
43:07L'initiative est habile,
43:09mais apportera-t-elle
43:10le surcroît
43:10de crédibilité nécessaire ?
43:16Quoi qu'il en soit,
43:18le président rappelle
43:19que la décision
43:19d'engager le feu nucléaire
43:21restera exclusivement
43:23entre les mains
43:24du chef de l'État français.
43:26La France
43:27assumera donc
43:29toujours seule,
43:30en intégrant
43:31à sa réflexion
43:32les intérêts
43:33de nos alliés,
43:34le franchissement
43:35délibéré
43:36du seuil nucléaire.
43:40En France,
43:41l'extrême droite
43:42et notamment
43:43le Rassemblement national
43:44est opposé
43:45à cette européanisation
43:46de la dissuasion nucléaire.
43:48Un sujet sensible
43:50à l'approche
43:50de l'élection présidentielle
43:51de 2027.
43:55Marine Le Pen
43:56a été très claire.
43:57Pour elle,
43:58le dispositif nucléaire français
43:59est une incarnation
44:00de la souveraineté française.
44:02Et celle-ci est indivisible.
44:04On n'y touche pas,
44:05point final.
44:07Autrement dit,
44:07en cas d'alternance politique,
44:09ce projet sera abandonné.
44:10Faut vrai.
44:14Donc c'est pour ça
44:14que moi je leur dis
44:15en fait,
44:16il faut agir
44:16le plus vite possible.
44:18C'est-à-dire que,
44:19à mon sens,
44:20ce sera plus compliqué
44:21pour un ou une présidente
44:23d'extrême droite
44:23de revenir
44:24sur ce qui a déjà été fait.
44:26Et donc si aujourd'hui
44:28on met des mécanismes
44:29en place
44:29d'exercices nucléaires
44:31conjoints
44:32de dialogues très formalisés,
44:34de traités,
44:35ce genre de choses,
44:37et bien en ce cas-là,
44:37en fait,
44:37ça sera plus difficile
44:38de revenir sur ces choses-là.
44:41La Pologne
44:42est directement concernée
44:44par ces débats.
44:45Ici,
44:45la guerre est toute proche.
44:47Les drones,
44:48avions et missiles russes
44:49font partie du quotidien.
45:01membres de l'OTAN,
45:02le pays demande
45:03depuis longtemps
45:04à être intégré
45:05au dispositif
45:06de partage nucléaire,
45:07mais sans succès.
45:09Il serait prêt
45:09à accueillir
45:10des armes atomiques américaines
45:11sur son territoire.
45:15La question de savoir
45:16si une frappe nucléaire
45:17sur la Pologne
45:18est à craindre
45:19et dans quel cas de figure
45:20alimente beaucoup
45:22les conversations
45:22en Pologne.
45:25La Russie joue
45:26un petit jeu psychologique
45:27avec nous.
45:28Attention,
45:28on peut vous envoyer
45:29l'arme atomique.
45:30pour le coup d'aggrave.
45:37Ils sont faits
45:38pour qu'il y a de l'agriculture.
45:40Les nupes webcels sont faits
45:42pour qu'il y a de l'agriculture
45:43et qu'il y a de l'agriculture
45:44sur une non-imaginable
45:46scale.
45:47Mais en un monde
45:48plein d'afflètes
45:49et avec l'increusement
45:50la paix de l'atmosphère
45:52des stats
45:52et d'autocrate
45:53peut-être
45:54les nupes
45:54les nupes
45:55les plus
45:56c'est
45:56la déterrite
45:57contre
46:00Le débat sur la dissuasion nucléaire s'invite à la télévision polonaise.
46:04On y échange des chiffres, des infos, des arguments pour et contre.
46:08Plus de 40% des Polonais sont aujourd'hui favorables à ce que leur pays produise son propre arsenal nucléaire.
46:20Si on a ces discussions, c'est parce qu'on se dit que la Russie n'aurait pas osé attaquer
46:26une Ukraine dotée de l'arme atomique.
46:30C'est pourquoi il y a eu, et il y a encore aujourd'hui, de nombreuses voix dans la population
46:35pour appeler au développement d'un arsenal nucléaire polonais.
46:43Le président polonais, Karol Nawrotski, s'est lui aussi exprimé sur le sujet, notamment à la télévision.
47:12Et la Pologne n'est pas un cas isolé.
47:14Dans de nombreux pays d'Europe, par exemple en Allemagne, le débat sur l'acquisition d'armes nucléaires est relancé.
47:21Quelles pourraient en être les conséquences ?
47:25A mes yeux, se doter de la bombe serait un contresens, une décision dangereuse et fondamentalement anti-européenne.
47:36La construction d'une dissuasion nucléaire nationale dans un souci de sécurité renforcée conduirait en réalité à accroître l'insécurité.
47:46Ce serait décréter au reste de l'Europe, je m'en fiche de vous.
47:49Je sors de cette communauté d'État et je vais gérer ma propre sécurité au niveau national.
47:57Stockholm, Institut international de recherche sur la paix.
48:01Ici, des scientifiques du monde entier travaillent sur les questions d'armement et de sécurité.
48:08L'annuaire du CIPRI vient chaque année présenter leurs analyses.
48:12Un constat s'impose, l'idée d'un armement nucléaire national séduit de plus en plus.
48:20Au Proche-Orient ou en Corée du Sud, on voit aussi grandir ce débat, malheureusement.
48:27Un nombre croissant de pays se trouve confrontés à de tels enjeux de sécurité
48:31que la seule solution à leurs yeux est de se constituer un arsenal nucléaire.
48:38Mais il faut se poser la question sérieusement.
48:40Est-ce que ça déboucherait sur une plus grande sécurité
48:44ou au contraire sur un monde encore plus incertain qu'aujourd'hui ?
48:49Tous les États qui envisagent aujourd'hui de sauter le pas
48:52ont signé le traité de 1968 sur la non-prolifération.
48:57C'est le dernier instrument de contrôle du nucléaire militaire encore en vigueur.
49:01Les autres accords signés après la guerre froide ont été vidés de leur substance.
49:08Ce qui est déconcertant dans le débat actuel, c'est la légèreté avec laquelle on parle d'armement nucléaire.
49:16Selon la tournure qu'elle prendrait, une guerre atomique pourrait entraîner purement et simplement la fin de l'humanité.
49:22Et je crois que c'est une perspective qu'il ne faut jamais perdre de vue.
49:27En Europe, on réfléchit à l'éventualité d'un programme d'armement commun.
49:33Même dans les pays scandinaves, traditionnellement peu favorables au nucléaire militaire,
49:38l'idée d'une bombe nordique fait son chemin.
49:43L'Europe dispose certainement de l'expertise technique nécessaire pour bâtir un arsenal nucléaire.
49:53Financièrement, il serait bien sûr beaucoup plus avantageux que plusieurs pays fassent cause commune
49:58pour se doter d'une forme d'eurodissuasion.
50:02Mais quelle serait la crédibilité de cette capacité ?
50:06Et qui aurait le dernier mot pour autoriser son utilisation ?
50:12Je m'interroge. Je fais un peu de provocation, mais les Européens sont incapables de lever des impôts ensemble.
50:19Ce serait étonnant qu'ils arrivent à développer une bombe atomique et à fixer une doctrine d'engagement.
50:30Alors, quel est l'avenir de la dissuasion nucléaire en Europe ?
50:36À l'heure actuelle, je pense qu'il faut tout faire pour que les Américains restent impliqués dans le partage
50:41nucléaire.
50:45De toutes les mauvaises options qui s'offrent à l'Europe,
50:49le développement des contributions britanniques et françaises est encore la plus acceptable.
50:54L'évolution des défenses de nos compétiteurs, l'émergence de puissances régionales.
51:01Il faut se réjouir des propositions de la France et les approfondir.
51:06Tester tout ce qui est possible.
51:08C'est le moment pour les Européens de se montrer inventifs.
51:19La Russie et l'Occident sont aujourd'hui ennemis, c'est un fait.
51:24Mais il est peut-être possible de gérer ensemble cette inimitié, de façon à empêcher l'escalade.
51:30Les deux camps ont intérêt à survivre à cette séquence et à éviter qu'elle dégénère en guerre atomique.
51:39Face à ces défis, l'avènement d'une nouvelle architecture de sécurité propre à l'Europe reste une perspective de
51:45long terme.
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