- il y a 6 mois
Le 4 août 2020, en pleine crise sanitaire liée à la COVID-19, les services de sécurité incendie sont appelés au port de Beyrouth vers 18 h pour éteindre un feu qui s’est déclaré dans un entrepôt. S'ensuit une énorme explosion dont le souffle est ressenti à des dizaines de kilomètres à la ronde, provoquant l'effondrement de nombreux bâtiments. Le bilan est catastrophique : 16 bateaux dans le port ont coulé, 215 personnes sont mortes, 6500, blessées, et 300 000 se retrouvent à la rue. L’hôpital Saint-Georges est si dévasté que les médecins doivent traiter les personnes blessées dans la rue et doivent fermer les portes de l’hôpital quelques jours plus tard.
Année de production: 2022
Pays: Royaume-Uni
Réalisation: Andrea Vogt, Paul Russell
Année de production: 2022
Pays: Royaume-Uni
Réalisation: Andrea Vogt, Paul Russell
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ÉducationTranscription
00:00Beyrouth, au Liban.
00:04Le 4 août 2020 est une journée étouffante dans cette ancestrale ville méditerranéenne de 2,2 millions d'habitants.
00:13La nation subit sa pire crise depuis la fin de la longue guerre civile qu'elle a connue entre 1975 et 1990.
00:21En l'absence de réformes économiques de la part du nouveau gouvernement, la livre libanaise s'effondre et les denrées périssables disparaissent des rayons des magasins, tandis que la pandémie de la Covid-19 se répand dans le pays.
00:38La journée touche à sa fin quand un incendie se déclare dans un entrepôt du port.
00:45J'ai vécu la guerre au Liban et ce son a été différent.
00:48Ma première réaction a donc été de bondir pour essayer de me cacher.
00:54Mais je n'ai pas eu le temps d'atteindre un endroit où je pourrais être en sécurité avant que la deuxième explosion ait retentie.
01:01Et c'est là que tout le verre nous a atteints.
01:04Je ne sais pas, comme des balles, mais de verre.
01:07L'explosion du 4 août 2020 est si massive qu'elle est entendue à Chypre et est enregistrée aux Etats-Unis comme un tremblement de terre.
01:21La ville sinistrée est sous le choc et abasourdie, avec plus de 200 morts et des milliers de blessés et de sans-abri.
01:29En ce 4 août 2020,
01:49Beyrouth, capitale du Liban, se redresse au sortir de la première vague de coronavirus.
02:05Les habitants et les entreprises de la zone autour du port entendent le bruit de l'incendie et de la première explosion.
02:11Ronny Mettakaf et Danny Abissab discutent sur le balcon de son appartement.
02:24Nous avons littéralement vu la première explosion dans cette direction.
02:30Et j'ai vu la fumée arriver sur nous très rapidement.
02:35Et j'ai su que cela annonçait quelque chose de pire.
02:39Je me tenais un peu à l'écart de lui et je l'ai attrapé par la chemise en lui disant « Il faut rentrer à l'intérieur ».
02:46Et je me suis retournée en pensant qu'il me suivait.
02:50Mais j'ai juste eu le temps de franchir le seuil pour rentrer et la deuxième explosion s'est produite.
02:57J'ai descendu vers le port pour voir la mer, parce que ça me détend toujours de voir la mer.
03:03Et je vois une immense fumée du côté du port.
03:06Je dis « Tiens, c'est quoi ça ? Rentrons chez nous, rentre à la maison ma petite ».
03:12Je rentre chez moi à la maison et chemin faisant, j'arrive, c'était 6 heures, moins quelque chose.
03:20J'arrive à la hauteur de la maison du palais de Linda-sur-Socque.
03:24Et puis j'entends des avions.
03:27Je me dis « Tiens, c'est bizarre, j'ouvre la fenêtre, la fenêtre de ma voiture ».
03:29Et j'entends un bruit épouvantable et ma voiture s'est mise à aller dans tous les sens.
03:34« Bon, bon, bon, bon, bon ».
03:35Et puis subitement, ça s'est arrêté.
03:39Je dis « Bon, ça s'est arrêté et tous mes airbags se sont déclenchés ».
03:43Très rapidement après la seconde explosion, un mur de fumée fonçait vers moi à une vitesse telle que même si j'avais voulu rentrer, il m'aurait été impossible d'y arriver à temps.
03:57Je me souviens que j'ai dû dire quelque chose comme « Oh merde ».
04:03Et je me suis retourné et j'ai commencé à me diriger vers la porte pour entrer.
04:06Mais tout a été propulsé.
04:10Et moi avec.
04:14Beyrouth.
04:15Une grande ville vient d'être frappée par la plus grande explosion d'origine humaine depuis Hiroshima et Nagasaki.
04:24Comment cela a-t-il pu se produire ?
04:27Le Liban est un pays méditerranéen connu pour sa joie de vivre.
04:32Bien qu'il ait souffert de la guerre civile, de l'occupation israélienne, de la tutelle syrienne et d'assassinats politiques,
04:41il est resté une oasis relative de paix et de progrès au milieu d'un Moyen-Orient troublé.
04:46Pourtant, un an avant l'explosion meurtrière,
04:56une crise financière due à un manque de liquidité et à un défaut de paiement de la dette souveraine
05:01a fait plonger son économie.
05:04Des milliers de personnes se sont retrouvées dans la misère,
05:07dans un pays déjà durement touché par l'afflux de millions de réfugiés syriens.
05:11La population a réagi et le gouvernement est tombé.
05:20Maya Shams Ibrahim Shah est la fondatrice de Beth El Baraka,
05:24une organisation non gouvernementale qui aide les personnes en difficulté financière.
05:30De nombreuses écoles ont été détruites, de nombreux parents ont perdu leur emploi.
05:35Nous sommes confrontés à une récession économique très grave.
05:38Un énorme système de Ponzi s'est malheureusement développé au sein de la Banque centrale
05:43et la population libanaise a aujourd'hui perdu ses devises étrangères.
05:47Les salaires sont encore payés à 1 500 livres libanaises pour 88 centimes d'euros,
05:52alors que sur le marché noir, c'est 9 000 livres libanaises pour 88 centimes d'euros.
05:57Donc vous pouvez imaginer que les salaires d'aujourd'hui
05:59ne peuvent plus couvrir vos besoins quotidiens en nourriture.
06:03Donc vous pouvez oublier l'éducation scolaire pour vos enfants.
06:06En fait, il y a de nombreuses mafias qui contrôlent le pays.
06:11Pas une seule, elles sont partout.
06:14La corruption est partout.
06:18C'est plutôt un conglomérat des mafias qui vit sur le pays et qui le gouverne.
06:23Alors même si vous vouliez changer les choses, vous ne le pourriez pas.
06:26Voici le port de Beyrouth, le port le plus actif de toute la Méditerranée orientale.
06:36La porte d'entrée du Moyen-Orient.
06:39L'année précédant l'explosion, il traitait annuellement 1,2 million de conteneurs standards.
06:44Comme beaucoup de ports, c'est aussi une plaque tournante du commerce illégal et de la corruption.
06:58Le feu se déclare peu après 17h40, heure locale.
07:02Les pompiers sont appelés à 17h54.
07:09Le peloton 5 de la caserne de pompiers la plus proche se rend sur les lieux.
07:16Il est dirigé par Charbel Karam et comprend non seulement son beau-frère,
07:22mais aussi Sahar Fares, une ambulancière de 27 ans qui devait se marier en 2021.
07:28Si vous voyez Sahar dans son uniforme, vous verrez qu'elle est délicate, un ange.
07:46Et c'était un ange descendu sur terre, même quand elle portait sa tenue de travail.
07:52Elle avait le courage de cent hommes.
07:56Sahar a suivi un cours de formation.
07:59Qui est l'un des plus difficiles qui existe.
08:01Comme je l'ai déjà dit, elle était plus courageuse que moi.
08:04Elle n'avait peur de rien.
08:06Il y a des vidéos de son régiment qui les montrent en train d'être soulevées par des treuils.
08:11Et elles ne semblent pas le moins du monde effrayées.
08:15Sur ces images, nous voyons ce que les pompiers du peloton 5 voient alors dans les derniers moments de leur vie.
08:21Sur cette photo, nous les voyons qui tentent désespérément de pénétrer dans l'entrepôt,
08:27déjà engloutis par la fumée et les flammes.
08:29Le chef des pompiers, Michel Elmour, se trouvait à la caserne lorsqu'il a entendu le bruit d'une explosion.
08:41Le 4 août, nous avons reçu un appel des forces de sécurité nous informant qu'un incendie s'était déclaré dans le port.
08:50Au même moment, nous recevions des appels d'habitants qui se trouvaient dans la rue.
08:58Tous nous disaient qu'il y avait beaucoup de fumée.
09:01La 7e division qui était de service ce jour-là a reçu l'information immédiatement.
09:08Elle n'a pas faibli.
09:10Sahar a envoyé un message vidéo pour dire au revoir.
09:14Elle était assise sur le siège avant de l'ambulance et m'a fait un signe de la main.
09:18Je lui ai demandé ce qui se passait et elle m'a fait comprendre par geste qu'elle m'appellerait plus tard.
09:24Lorsqu'elle est arrivée au port, elle m'a rappelé par vidéo et m'a montré l'entrepôt qui brûlait.
09:29Je lui ai demandé pourquoi tu n'as pas ton masque et elle m'a répondu je l'ai chérie.
09:35Regarde cette fumée ! Non, non, non, non, c'est dingue !
09:39Oh, et les flammes ! Regarde ça !
09:427 minutes plus tard, il y a une explosion qui souffle la partie sud de l'entrepôt en feu.
09:48Je l'ai rappelé à 18h07.
09:57Mais elle ne me regardait pas, car elle regardait le ciel en tenant son téléphone.
10:03Et je lui ai demandé si quelque chose n'allait pas.
10:06Et j'ai crié « Sahar, réponds-moi ! »
10:09Elle regardait dans le téléphone et j'ai dit « Si quelque chose ne va pas, cours, cours ! »
10:14J'ai vu qu'elle ne courait pas vite et qu'elle secouait la tête.
10:18Elle avait peur.
10:21Cinq ou six secondes plus tard, j'ai entendu cette explosion.
10:23Un stock secret de nitrate d'ammonium en voie de détérioration vient d'exploser.
10:31Dévastant l'est de Beyrouth.
10:33La ville a connu une destruction à grande échelle lors de la guerre civile dans les années 1980.
10:39Il y a eu des milliers de morts.
10:42Finalement, la paix a pu être négociée entre la population musulmane, de plus en plus importante, et les élites chrétiennes.
10:49Mais cette zone de Guerci est due à l'explosion d'une énorme cargaison de nitrate d'ammonium,
10:59arrivée par bateau et supposément destinée à une usine d'explosifs dans le lointain Mozambique.
11:08Pourquoi cette cargaison de nitrate d'ammonium était stockée depuis tout ce temps dans le port de Beyrouth ?
11:15Le cargo s'était arrêté à Beyrouth pour prendre une cargaison supplémentaire devant payer son passage par le canal de Suez.
11:27Le port très fréquenté de Beyrouth est situé près du centre d'affaires et des commerces de la ville très peuplée de Djemézé.
11:37C'est là que le cargo MV Rosus, appartenant à un armateur russe, a accosté le 21 novembre 2013.
11:45Firas Atoumi, journaliste d'investigation, a démêlé les fils des opérations louches concernant la cargaison mortelle.
11:58Cette histoire, c'est comme un millefeuille, pour chaque personne, pour chaque entité.
12:04Il y a toujours, à chaque étape, une entreprise derrière une entreprise, une personne derrière une personne.
12:13Est-ce que ce n'est qu'une succession de coïncidences ?
12:17J'ai des doutes.
12:18Vraiment.
12:19Qui est le propriétaire du cargo ? Et où allait-il ?
12:24Ce sont deux questions en préambule à l'enquête du journaliste.
12:27Le navire marchand appartient au russe Igor Gréchouchkine.
12:31Mais celui-ci affirme qu'il l'a simplement loué à son propriétaire initial,
12:35le magna chypriote grec du transport maritime Charambolos Manoli.
12:39Il lui aurait fourni le cargo et ses certificats de navigabilité délivrés en Moldavie.
12:44Pour les autorités libanaises, Igor Gréchouchkine était le véritable propriétaire.
12:51Mais nous avons découvert que six ou sept mois avant l'envoi de la cargaison concernée,
12:58Igor avait décidé d'exploiter le navire marchand.
13:01Ce qui est étrange, c'est que c'est le nom d'Igor qui est apparu sur les documents.
13:06Alors que pour tout le monde, c'est Charambolos Manoli qui en avait toujours été le propriétaire.
13:11Comme le montrent les notes de Firas Atoumi sur le procès,
13:17Igor Gréchouchkine se déclare en faillite alors que le cargo est à quai.
13:21Et selon le capitaine, les écoutilles ont été endommagées,
13:25rendant le navire marchand inapte à la navigation.
13:27Le capitaine est nerveux quant à l'état général du MV Rosus et la dangerosité de sa cargaison.
13:36Mais il est coincé à bord de ce tas de rouilles, bloquées à Beyrouth, peut-être pas par hasard.
13:41Si quelqu'un a payé la somme de presque 350 ou 450 000 euros pour acheter cette cargaison de nitrate d'ammonium,
13:52est-il logique qu'il n'ait pas eu, qu'il n'ait pas gardé à l'esprit,
13:56qu'il avait besoin d'un peu d'argent pour passer le canal de Suez et continuer jusqu'au Mozambique ?
14:02C'est comme, par exemple, voyager d'ici aux États-Unis
14:07et se rappeler ensuite qu'on n'a pas assez d'argent pour aller de l'aéroport à l'hôtel en taxi.
14:13Vous ne pouvez pas financer la grande partie et oublier la petite partie.
14:17C'est illogique.
14:20La cargaison mortelle est déchargée dans l'entrepôt 12.
14:25Il s'élevait autrefois devant les silos à grains,
14:27à l'endroit de ce crataire de 40 mètres de profondeur qui démontre la force de l'explosion.
14:32Une certaine lettre a été envoyée aux tribunaux, ici, au Liban,
14:42par quelqu'un du port, ou quelqu'un en charge du port,
14:46disant « Donnez-nous l'autorisation de retirer le nitrate d'ammonium du cargo
14:51parce qu'il peut couler à tout moment.
14:54Il est inapte à la navigation. »
14:56Donc, cette personne a obtenu l'autorisation d'un juge.
14:59Je ne sais pas si le juge connaissait le danger de ce matériau ou non.
15:05La lettre a été écrite de manière à lui faire croire que le vrai danger
15:08était que le nitrate d'ammonium reste à bord.
15:11Il a cru ce qui était porté dans la lettre
15:13et a approuvé le retrait du nitrate d'ammonium du navire.
15:17La cargaison a été placée dans l'entrepôt numéro 12.
15:20Dans son enquête, Firas Atoumi a découvert que les douanes portuaires
15:26ont envoyé pas moins de cinq lettres à leur ministère
15:29pour demander des directives concernant la cargaison,
15:33sans aucune réponse.
15:35En 2017, une experte à qui il avait été demandé
15:40de contrôler l'entrepôt et le nombre de sacs de nitrate d'ammonium
15:46a déclaré que, dans ce qui était stocké ou utilisable,
15:53le nitrate d'ammonium représentait moins de 900 tonnes.
15:57Comment presque 2000 tonnes ont-elles pu s'envoler ?
16:02Personnellement, je n'ai pas de réponse.
16:05Mais bien sûr, cela n'a pas pu se faire
16:07sans que des personnes clés du port,
16:09et peut-être en dehors du port,
16:12ne soient au courant.
16:15Ni le courtier, ni le client
16:17ne tentent de récupérer la précieuse cargaison.
16:20L'armée libanaise refuse de la prendre en charge.
16:25Elle dort dans l'entrepôt numéro 12.
16:27Véritable bombe à retardement.
16:30Silencieuse. Mortelle.
16:32L'autorité, qui est la première responsable
16:35devant les autres autorités,
16:36je peux vous dire que c'est l'armée,
16:39dans ce cas précis.
16:40Parce qu'il s'agit d'un matériau sensible,
16:43d'un matériau explosif.
16:45Et il est clair dans la loi,
16:47dans la loi libanaise,
16:48qu'un tel matériau,
16:50qui arrive au Liban pour une raison ou une autre,
16:52en particulier parce qu'il n'était pas destiné à y rester,
16:56il était censé naître qu'en transit,
16:58mais pour une raison ou une autre,
16:59il a été saisi et conservé au Liban.
17:01L'armée aurait dû en prendre la responsabilité.
17:04Mais c'est un tout,
17:06parce que tout le monde aurait pu faire mieux.
17:09Le contenu de l'entrepôt
17:10inquiète particulièrement le capitaine Joseph Nadaf.
17:15Il envoie plusieurs rapports
17:17aux plus hautes autorités
17:18dans l'année précédant l'explosion.
17:21Ironiquement, après l'explosion,
17:24il est arrêté pour avoir prétendument approuvé
17:26le stockage d'explosifs dans le port,
17:28et ce, des années avant qu'il n'y soit employé.
17:31Il affirme que ces accusations sont fausses
17:35et qu'au lieu d'être salué comme un lanceur d'alerte,
17:38on fait de lui un bouc émissaire.
17:41Alim Nadaf est son oncle.
17:43L'agence pour la sécurité de l'État
17:50a choisi le capitaine Joseph Nadaf
17:54pour prendre la tête de l'autorité portuaire
17:57en 2019.
18:03Il avait pour mission de lutter contre la corruption.
18:05Un jour, aux environs du mois d'octobre,
18:11en tout cas avant la fin de l'année 2019,
18:15quelqu'un a parlé au capitaine Nadaf
18:18du nitrate d'ammonium stocké dans l'entrepôt 12.
18:24Il a fait enquêter sur la saisie.
18:26L'effectif sous les ordres du capitaine Nadaf
18:28n'était que de 10 soldats.
18:29Un seul pouvait être dédié à l'enquête.
18:35À côté des sacs en voie de décomposition
18:38se trouvent d'autres matériaux
18:39extrêmement inflammables.
18:42Des boîtes de feu d'artifice,
18:44du phosphate d'ammonium,
18:46des pneus.
18:52Ce n'est qu'une question de temps
18:53avant que ce mélange meurtrier n'explose.
18:56À l'issue de l'investigation,
19:04il envoie son premier rapport
19:05le 6 décembre 2019,
19:08soit 8 mois avant l'explosion.
19:12Il y indique qu'il y a du nitrate d'ammonium
19:14stocké dans l'entrepôt 12
19:15et fait part de sa dangerosité.
19:20Il peut être volé pour fabriquer des explosifs
19:22ou s'il prend feu,
19:24il pourrait détruire le port de Beyrouth.
19:28Et là,
19:30on est environ 8 mois
19:31avant l'explosion
19:32dans le port de Beyrouth.
19:40L'incendie de l'entrepôt
19:42commence à l'extrémité nord
19:44et change de couleur
19:45passant du blanc au noir.
19:47Un crépitement est ensuite suivi
19:49d'une première explosion.
19:54Quelle que soit la raison
19:56de la détonation du nitrate d'ammonium,
19:59la deuxième explosion
20:00de couleur rouge
20:01fait voler des débris
20:02et crée une vague de chaleur
20:05qui aspire l'oxygène
20:06de l'atmosphère environnante
20:07et soudain,
20:09libère une onde de choc
20:11un peu à la manière
20:12d'une bombe atomique.
20:13Habituellement,
20:17à cette heure de l'après-midi,
20:19nous sommes tous dans nos chambres
20:20pour nous préparer.
20:21Dieu nous préserve
20:22concernant tout ce qui pourrait se produire
20:25pendant la garde de nuit.
20:28Tous les pompiers
20:28se sont précipités vers les véhicules
20:30et je suis descendu
20:32pour m'assurer qu'ils étaient prêts,
20:33qu'ils étaient tous en tenue
20:35et qu'ils pouvaient partir.
20:37C'est alors qu'est survenue l'explosion
20:38qui nous a tous frappés si fort
20:40qu'elle a fait tomber des murs
20:42et que des morceaux de métal
20:43et de verre
20:44ont été projetés
20:45au centre de la pièce.
20:46Si les gars avaient été
20:47dans leur chambre,
20:48ils auraient certainement été touchés
20:49par l'onde de choc
20:50qui a suivi l'explosion.
21:00L'explosion produit l'équivalent
21:02de 1,1 kilotonne de TNT,
21:06soit la plus grande explosion
21:07non nucléaire de tous les temps.
21:10Elle est enregistrée
21:12comme un séisme de 4,3
21:13sur l'échelle de Richter
21:15en Jordanie.
21:16Elle est entendue
21:17jusqu'à Chypre.
21:24L'incendie initial
21:26qui a déclenché
21:27le feu d'artifice
21:28est si spectaculaire
21:30qu'il attire
21:30de nombreuses personnes
21:31aux fenêtres
21:32d'où elle filme l'événement.
21:36La première explosion
21:37a donc été enregistrée
21:39par des dizaines de spectateurs
21:40sur leur téléphone portable.
21:43Même chose
21:44pour leur réaction de panique
21:45lorsque l'énorme onde de choc
21:47brise leurs fenêtres,
21:48retourne les voitures
21:49et détruit leur maison
21:51faisant des centaines de morts.
21:53sur cette image
22:03satellite de la NASA,
22:05chaque pixel
22:06représente
22:0630 mètres carrés.
22:09Plus le rouge est foncé,
22:11plus les dégâts
22:11sont importants.
22:14Le cœur du quartier chrétien
22:15est le plus durement touché.
22:16La voiture d'André Fatal
22:21a été détruite.
22:24Et j'ai commencé
22:25à marcher dans la rue
22:26en regardant hébété
22:27ce qu'il y avait
22:28autour de moi.
22:29Et je vois arriver
22:30dans le sens inverse
22:31une malheureuse mariée
22:33dans sa belle robe.
22:36Elle avait tenu sa jupe
22:37comme ça
22:38et elle courait
22:38comme une folle
22:39toute seule
22:40avec tous les débris
22:41autour d'elle.
22:42entre-temps,
22:44j'ai vu un oiseau mort
22:45sur le trottoir.
22:46Je me suis dit
22:46« Ah, le pauvre oiseau,
22:47il est mort de l'explosion ! »
22:48Alors que je savais
22:49que j'allais mourir
22:50dans un instant,
22:50j'ai vu l'oiseau,
22:51je l'ai photographié.
22:53Puis j'ai vu cette mariée
22:54alors que je pensais
22:55que j'allais encore mourir
22:57parce que la seconde explosion
22:58allait venir.
22:59Je l'ai photographié.
23:02Cathy Chamy
23:03travaille dans le domaine
23:04des médias.
23:07Ce jour-là,
23:08j'étais à Beyrouth,
23:09j'étais chez le coiffeur
23:10et je me faisais laver les cheveux
23:12quand, soudain,
23:14j'ai entendu
23:14une énorme explosion.
23:17J'ai vécu la guerre au Liban
23:19et ce bruit était différent.
23:20Ma première réaction
23:23a été de me lever
23:24et de me cacher.
23:27Mais je n'ai pas eu le temps
23:28d'atteindre un endroit
23:29où je pourrais être en sécurité
23:30car la deuxième explosion
23:32a retenti.
23:33C'est là que tout le verre
23:35nous est tombé dessus,
23:37comme, je ne sais pas,
23:38comme des balles de verre.
23:40J'ai pensé à ce moment-là
23:41que c'était peut-être
23:42des avions de guerre israéliens
23:43qui nous bombardaient
23:45parce que c'était trop fort,
23:46trop bruyant.
23:47Je n'ai jamais entendu
23:48quelque chose d'aussi fort.
23:50La douleur était
23:52vraiment très forte,
23:54mais vous ne comprenez pas,
23:56c'est comme si vous n'aviez
23:57pas le temps de l'assimiler.
24:00J'étais à quatre pattes
24:01et j'entendais Danny crier
24:04« Où es-tu ? »
24:06Très vite,
24:07elle est arrivée.
24:08Elle a vu que j'étais
24:09vraiment blessé.
24:13Elle a dû le voir.
24:14Je ne sais pas,
24:15je ne voyais rien
24:15de ce qui se passait.
24:17Il y avait beaucoup de sang,
24:19ça coulait énormément.
24:21Avec une serviette humide,
24:22elle a voulu nettoyer un peu,
24:23mais la douleur
24:24était vraiment trop forte.
24:31Surplombant le port,
24:32l'hôpital Saint-Georges
24:33a pris l'explosion de front.
24:39Ces images terrifiantes,
24:42enregistrées par les caméras
24:43de vidéosurveillance
24:44de l'hôpital Saint-Georges,
24:46expliquent le nombre
24:47élevé de victimes.
24:50L'onde de choc
24:51brise les fenêtres
24:52et arrache tout ce qui est
24:54fixé au mur, au plafond.
24:57Georges Cortas
24:58est gastro-entérologue.
25:00Ce jour-là,
25:00il travaillait tard.
25:02Nous avons entendu
25:05la première explosion
25:06vers 18h07.
25:07Et j'ai pensé
25:09que c'était un avion
25:10qui passait,
25:12car nous avons
25:13beaucoup d'avions israéliens
25:14qui passent
25:15au-dessus du Liban.
25:19J'ai donc dit
25:19« C'est probablement
25:21un avion israélien ».
25:22Et la deuxième chose
25:24que j'ai entendue,
25:26c'est l'explosion
25:27dans mon bureau.
25:27je ne suis pas sûr
25:32de ce qui s'est passé
25:33après l'explosion.
25:35Je crois que j'ai été
25:36renversé.
25:37Et j'ai des photos
25:38montrant ce qui s'est passé.
25:40Mon patient aussi
25:41a été assommé.
25:44Ensuite,
25:44ce dont je me rappelle,
25:47c'est d'être réveillé
25:47par un de mes amis,
25:49un chirurgien.
25:51En fait,
25:52mon patient
25:52s'était réveillé
25:53et avait appelé
25:55à l'aide.
25:56Dieu merci.
26:01Miraculeusement,
26:02Pamela Zénoun,
26:03une infirmière pédiatrique
26:05de 26 ans,
26:06a sauvé
26:07trois nouveaux-nés
26:07en couveuse.
26:10J'étais assise ici
26:13avec les bébés,
26:14j'étais à mon poste,
26:15j'avais fini ma ronde
26:15et je parlais à ma mère
26:17au téléphone
26:17pour lui dire
26:18que ma journée
26:18se passait très bien.
26:20Et il y a eu
26:21l'explosion.
26:22Tout s'est effondré,
26:23le plafond est tombé,
26:25je suis restée assommée
26:26pendant quelques secondes
26:27puis je me suis réveillée
26:28et j'ai vérifié
26:29que j'étais OK,
26:30que je pouvais bouger
26:31mes mains et mes jambes.
26:33Ensuite,
26:33j'ai pensé aux bébés.
26:35Ils étaient dans cette pièce
26:36et dans la suivante.
26:37Il y avait cinq bébés.
26:38J'ai pu en prendre trois.
26:40Les infirmières
26:41qui étaient avec moi
26:41ont pu en récupérer
26:42deux autres
26:43pour les donner aux internes
26:44car ils étaient gravement blessés.
26:47Je suis descendue
26:47avec les miens
26:48par les escaliers
26:49pour les mettre en sécurité.
26:50Les pompiers
26:53et les ambulanciers
26:54sont rapidement débordés.
26:56Un scénario
26:57cauchemardesque
26:58est en train
26:59de se dérouler.
27:00Un énorme incendie
27:01fait rage
27:02dans la zone portuaire
27:03tandis que des civils
27:04paniqués
27:05dans les rues
27:06et les appartements
27:06appellent les services
27:08d'urgence.
27:09Je suis partie
27:09de cet hôpital
27:10pour aller jusqu'à
27:11deux autres hôpitaux
27:12où je n'ai pas pu être
27:13prise en charge
27:13parce que ces hôpitaux
27:14étaient également en ruines.
27:16J'ai donc dû marcher
27:17environ cinq kilomètres
27:18pour atteindre
27:18un autre hôpital
27:19avec ces trois bébés
27:20que j'ai enfin pu faire
27:21réhospitaliser.
27:24Elle ne les a jamais lâchés
27:26pendant cette marche
27:26de plus de cinq kilomètres
27:28dans des rues
27:28où le chaos règne.
27:29J'avais une coupure ici
27:33à cause du verre
27:34une coupure ici
27:35et une coupure ici
27:36dans le dos
27:37et je saignais
27:38et je saignais
27:39partout de la tête.
27:43J'avais du sang
27:44partout sur le corps.
27:47Les rues sont couvertes
27:49de verre
27:49bloquées par des débris.
27:52L'accès aux hôpitaux
27:53est presque impossible
27:54pour les blessés.
27:56C'est le chaos.
27:59Nous avons fini
28:03par y aller à pied
28:04même si j'étais convaincue
28:05que c'était une bombe
28:06qui était tombée
28:07sur mon immeuble.
28:09Donc, dans ma tête,
28:10j'avais juste à prendre
28:11mes clés et la voiture.
28:13Je portais des tongs
28:15à ce moment-là
28:15et je ne sais pas,
28:16ne me demandez pas pourquoi,
28:18mais j'ai pris le temps
28:18de mettre des baskets.
28:20Dieu merci.
28:22Parce que j'étais convaincue
28:24que dans les dix minutes,
28:25nous arriverions aux urgences
28:27avec ma voiture
28:27ou la sienne.
28:28Mais en descendant,
28:32nous avons vu
28:33que c'était le chaos
28:33partout.
28:36Encore sous le choc,
28:37nous ne pouvions pas
28:38vraiment comprendre
28:39ou absorber
28:40l'ampleur de la chose.
28:42Ça dépassait l'entendement.
28:44Dans la salle
28:45des urgences
28:45de l'Hôtel Dieu,
28:46il devait y avoir
28:47500 personnes,
28:49des gens dans tous les coins
28:50en train de saigner.
28:52Il n'y avait que 45 minutes
28:53que l'explosion
28:54avait eu lieu.
28:54J'ai été reconnue
28:58par cette infirmière.
29:00Elle m'a dit
29:00« Docteur Cortas,
29:02vous avez besoin d'aide. »
29:05Elle a pris une chaise roulante,
29:07m'a fait asseoir dedans
29:08et m'a emmenée
29:10jusqu'au médecin des urgences
29:11et en trois secondes,
29:12il a décidé de mon entrée
29:13en salle d'opération.
29:14Je saignais,
29:17mais je m'en fichais.
29:18Je savais que j'allais
29:19m'en sortir.
29:20Je me suis assurée
29:21que mes enfants allaient bien
29:22et j'ai conduit
29:23jusqu'à la maison de ma sœur
29:24qui n'était pas très loin
29:25de l'endroit où je me trouvais
29:26lorsque la bombe a explosé.
29:29Mais je roulais sur du verre.
29:31C'était comme un tapis de verre,
29:33du verre brisé partout.
29:35La voiture n'avançait pas correctement,
29:38mais ça allait.
29:39Je suis arrivée là-bas
29:42et mon fils était arrivé
29:43juste avant moi.
29:44Et quand je suis arrivée,
29:47j'ai vu qu'il descendait
29:48la femme de ménage.
29:49Mon fils l'avait emmenée
29:51dans une couverture.
29:52Il l'a portée
29:52parce qu'il n'y avait pas d'ambulance,
29:54pas d'ascenseur, rien.
29:56Huit étages à descendre à pied.
29:57Ils l'ont mise
29:58dans la première voiture
29:59qui s'est arrêtée
30:00et ma sœur et elle
30:01sont allées à l'hôpital.
30:03Nous avons trouvé de l'aide
30:06tout le long du chemin.
30:07C'était vraiment le moment
30:08le plus émouvant
30:09de cette soirée.
30:12Quand on a découvert
30:13que le premier hôpital
30:14était hors d'état,
30:16nous avons pensé
30:17à un autre,
30:17à deux kilomètres de là.
30:20Évidemment,
30:20dans mon état,
30:21ce n'était pas facile.
30:23On a pris une rue parallèle,
30:25mais il y avait
30:26un embouteillage
30:27vers l'endroit
30:27où nous voulions aller.
30:31Alors,
30:31ce type à mobilette,
30:34probablement un livreur,
30:36est arrivé vers nous
30:37et il a dit
30:39« Montez ! »
30:39et il nous a conduits
30:41en zigzaguant
30:42parmi les débris
30:43jusqu'au deuxième hôpital.
30:45Ils sont allés
30:47à l'hôpital le plus proche,
30:48c'était l'hôpital Rizouk.
30:51Je les ai suivis
30:52dans ma voiture
30:53et quand je suis arrivée
30:55là-bas,
30:56ce que j'ai vu
30:56dans l'hôpital,
30:57c'était quelque chose
30:59d'incommensurable.
31:00vous ne pouvez pas oublier
31:02l'odeur du sang,
31:03les gens sur le sol,
31:05allongés par terre,
31:06saignants.
31:10Les urgences étaient,
31:12je ne sais pas,
31:12c'était le chaos.
31:14Du sang partout.
31:16Même les personnes mortes
31:17étaient à terre.
31:18Des blessures horribles,
31:20pas des petites blessures.
31:22Mais en même temps,
31:24le personnel de l'hôpital
31:25était très efficace.
31:27L'ami de mon fils
31:29était avec moi
31:30et il saignait.
31:32Alors une infirmière
31:33est venue et a dit
31:34« Nous allons te faire
31:35des points de suture ».
31:36Et c'était comme
31:36une agrafeuse.
31:37Premier soin,
31:38soin d'urgence.
31:40Finalement,
31:40on a pris la route
31:41de la montagne
31:42et arrivé à un moment donné,
31:44je regardais comme ça,
31:46on m'appelle,
31:46on me dit « Tu sais,
31:50elle n'a pas survécu ».
31:54C'est comme si
31:55elle avait eu,
31:56elle,
31:56elle avait concentré sur elle
31:59toute la violence
32:00de cette explosion
32:02parmi les membres
32:03de la famille.
32:03C'est elle qui avait tout eu.
32:04Nous, on n'a rien eu,
32:05quasiment rien eu.
32:06Elle l'a eu,
32:07mais elle l'a eu
32:07dans sa maison.
32:09Elle habite en face du port,
32:11juste en face.
32:12Elle a été
32:13emportée littéralement
32:15par une porte.
32:17Ensuite,
32:18elle est tombée sur un meuble.
32:19Enfin,
32:19je ne veux pas raconter
32:20les détails,
32:20c'est trop éprouvant,
32:22mais bon,
32:23maigre consolation,
32:24figurez-vous,
32:25elle est morte sur le coup.
32:26Vous vous rendez compte
32:27à quel point nous sommes arrivés,
32:29nous les Libanais,
32:30de dire « Quelle chance,
32:31elle est morte sur le coup ».
32:32Elle ne s'est pas vue mourir,
32:34elle n'a pas souffert,
32:35mais c'est une aberration.
32:37La femme de ménage,
32:40c'était la dame
32:40qui s'était occupée
32:41de mon père.
32:44Il nous a quittés
32:45neuf mois
32:45avant l'explosion.
32:48Mais
32:48elle a voulu rester
32:53un an de plus
32:54parce qu'elle devait
32:55payer la scolarité
32:56de sa fille.
32:58Elle nous a dit
32:59« J'aimerais rester
33:00un an de plus
33:01avec vous ».
33:03Et elle a travaillé
33:03pour mes soeurs
33:04et moi.
33:05Elle allait
33:05de l'une à l'autre.
33:08Malheureusement,
33:09trois jours
33:10après l'explosion,
33:11comme elle était
33:12très gravement blessée,
33:14elle est décédée
33:15des suites
33:15de ses multiples blessures
33:16à la tête
33:17et au corps.
33:23Le nombre
33:24de victimes
33:24augmente
33:25d'heure en heure.
33:27Il dépasse vite
33:28les 200 morts
33:29et les 6500 personnes
33:30blessées.
33:31Les infrastructures
33:33de la ville
33:33sont dévastées.
33:35La caserne
33:35de pompiers
33:36d'où est parti
33:36le Cloton 5
33:37est également détruite.
33:42Les hôpitaux
33:43et les commissariats
33:44de police
33:45doivent être évacués.
33:47C'est la catastrophe
33:48finale pour cette nation
33:49déjà en crise.
33:53300 000 personnes
33:54se retrouvent
33:54sans abri.
33:55Mais comment
33:59le nitrate
34:00d'ammonium
34:01a-t-il explosé ?
34:03La cause
34:04exacte
34:04de l'incendie
34:05qui a ensuite
34:06déclenché
34:06l'explosion
34:07n'est toujours
34:07pas éclaircie.
34:09Mais les premières
34:10images montrent
34:11de la fumée
34:11s'échappant
34:12de l'entrepôt.
34:15Des témoins
34:16ont déclaré
34:16avoir entendu
34:17des sons étranges
34:18près de la zone,
34:19alimentant les soupçons
34:20d'une possible
34:21frappe de missiles
34:22ou de drones.
34:25Ces images
34:28montrent
34:28ce que voient
34:29les pompiers.
34:32Des effets
34:33pyrotechniques
34:33dans l'entrepôt 12.
34:36Ils vivent
34:37alors
34:37leur dernier moment.
34:4230 secondes
34:43après le feu
34:44d'artifice,
34:45le nitrate
34:46d'ammonium
34:47implose.
34:47La réaction chimique
34:56implique la décomposition
34:57rapide du nitrate
34:58d'ammonium
34:59avec sa vapeur rouge
35:00caractéristique
35:01en gaz
35:02dont les vapeurs
35:03se développent
35:04en très peu de temps.
35:06Ceci libère
35:06une énergie,
35:07une onde de choc
35:08qui est immense.
35:10Quand on a vécu
35:12la guerre,
35:14on a toujours peur
35:15que quelque chose
35:16arrive.
35:19Des avions
35:20nous ont bombardés
35:21quand j'étais plus jeune,
35:23durant la première
35:24guerre israélienne
35:24en 1982.
35:27On a connu
35:28les combats de rue
35:29de la guerre civile.
35:31On en a été témoins.
35:33Il y a eu
35:33les voitures piégées.
35:34Pour moi,
35:35le plus effrayant,
35:36c'est la voiture piégée
35:37parce qu'on ne sait pas.
35:39On peut être n'importe où
35:40et une voiture piégée
35:42explose
35:42et on peut mourir.
35:44Cette explosion
35:45qu'on a subie,
35:46la dernière,
35:47c'était comme
35:48un millier de voitures
35:49piégées
35:49sautant en même temps.
35:55Le drame se déroule
35:56en moins de 20 minutes.
35:58Depuis la détection
35:59de l'incendie
36:00jusqu'à l'onde de choc
36:01dévastatrice.
36:04L'explosion
36:04est totalement inattendue
36:06pour l'ensemble
36:07de la population
36:08de Beyrouth.
36:09Pourtant,
36:10quelqu'un devait être
36:11au courant
36:11de cette menace mortelle.
36:17On ne saura peut-être
36:18jamais
36:18qui est responsable
36:19de l'explosion
36:20d'un énorme stock
36:21de nitrate d'ammonium
36:22dans le bord de Beyrouth
36:23le 4 août 2020.
36:26Cependant,
36:28les soupçons
36:28pèsent sur les gouvernements
36:30libanais successifs.
36:33En 2020,
36:35Hassan Diab,
36:35le nouveau premier ministre,
36:37et le président
36:38Michel Aoun
36:39ont reçu
36:40des avertissements
36:40de la direction générale
36:42de la sûreté de l'État
36:43sur l'état de l'explosif.
36:46En juillet 2020,
36:48le Conseil suprême
36:50de défense
36:50a envoyé son rapport
36:51au ministre des travaux publics,
36:53Michel Najard.
36:56Rien n'a été fait.
36:57Mais l'inefficacité
37:00ne suffit peut-être pas
37:01à expliquer la catastrophe.
37:06Dans sa longue enquête,
37:08le journaliste
37:09Firas Atoumi
37:10a analysé
37:11l'accord initial
37:12entre l'usine
37:13d'explosifs du Mozambique
37:14et les producteurs
37:16de nitrate d'ammonium
37:17de Géorgie.
37:18Lorsque j'ai parlé
37:21à l'usine du Mozambique,
37:22leurs réponses
37:24ne m'ont pas convaincu.
37:26Ils m'ont dit
37:27qu'ils n'avaient rien à voir
37:28avec la cargaison.
37:30Ils venaient de commander
37:312750 tonnes
37:32de nitrate d'ammonium
37:34à une société
37:35appelée Savarro.
37:37C'est tout ce que nous savons.
37:39Je les ai questionnés,
37:40quelle est cette société ?
37:42Savez-vous avec qui vous traitiez ?
37:43Qui était la personne
37:44que vous appeliez ?
37:45Avez-vous des emails ?
37:46Ils ont refusé
37:48de donner
37:49toutes ces informations.
37:51Donc la présence
37:52d'une société intermédiaire,
37:54avant même de savoir
37:55si c'est une société écran,
37:56a soulevé des points
37:57d'interrogation
37:58dans mon approche
37:59de cette histoire.
38:00Pourquoi une usine,
38:01une grande usine
38:02au Mozambique,
38:03traiterait-elle
38:04avec une autre usine
38:05par le biais
38:05d'une société intermédiaire ?
38:07La proximité
38:09de l'une des plus longues
38:10guerres contemporaines
38:11et l'embargo
38:12sur les armes imposées
38:13au régime syrien
38:14ont peut-être incité
38:16les amis de la Syrie
38:17à se procurer
38:18une partie du puissant explosif
38:20pour l'utiliser
38:21sous forme de bombes.
38:23Mais jusqu'à présent,
38:25aucun lien
38:26entre les explosifs
38:27et les groupes terroristes
38:28ou le Hezbollah
38:29n'a été prouvé
38:30devant les tribunaux.
38:32J'ai essayé
38:33de trouver
38:33toutes les sociétés
38:34écrans
38:34qui étaient enregistrées
38:36en 2013
38:37à la même adresse
38:38que Savaro.
38:40Il y en avait
38:41environ 70
38:42à l'époque.
38:44Toutes n'étaient
38:44que des sociétés
38:45écrans
38:45comme Savaro,
38:47sans activité réelle,
38:49sans personne
38:49fournissant
38:50une réelle activité
38:51commerciale.
38:52À leur tête,
38:53juste des hommes
38:54de paille,
38:55des prêtes-noms.
38:55La seule société
38:58que j'ai trouvée
38:59partageant
38:59la même adresse
39:00que Savaro
39:01avec une réelle
39:02activité commerciale
39:03était une société
39:04appelée ESCO.
39:05ESCO Engineering
39:06and Construction.
39:08Cette entreprise
39:09était détenue
39:09par George Aswani
39:11à l'époque.
39:12Et George Aswani
39:13est un homme
39:13d'affaires syrien
39:14qui a été sanctionné
39:15en 2014
39:15pour avoir essayé
39:17d'aider le régime syrien.
39:20Une accusation
39:20portée par les Américains.
39:21La propriété
39:24du cargo
39:25était opaque,
39:26détenue
39:26par des hommes
39:27de paille,
39:28achetée
39:28par une banque
39:29liée étroitement
39:30à des hommes
39:30d'affaires syriens
39:31qui font maintenant
39:32l'objet
39:33d'une enquête
39:33du FBI.
39:36Ils étaient tous
39:37deux gros clients
39:38d'une banque
39:39appelée FBME
39:40qui a été sanctionnée
39:42plus tard
39:42par les Américains
39:43pour blanchiment
39:44d'argent.
39:45OK ?
39:46Dans cette banque
39:47où ils avaient
39:48beaucoup de comptes
39:49où ils avaient
39:50l'habitude
39:50de faire
39:51beaucoup
39:51de mouvements
39:52bancaires,
39:53ils transféraient
39:55de l'argent
39:55tout le temps
39:56de la Fédération
39:57de Russie
39:57vers la Grande-Bretagne
39:59et de la Grande-Bretagne
40:00vers Chypre.
40:02Cette banque
40:04est la même
40:05que celle
40:05qui a donné
40:06à Charambolos Manoli,
40:09probablement
40:09le véritable
40:10propriétaire
40:11du Rezou,
40:12même si au début
40:13il a été dit
40:14que le propriétaire
40:15était juste un Russe
40:16appelé Igor
40:16Gréchouchkine,
40:18alors qu'en fait
40:19il semble
40:19qu'Igor était seulement
40:20l'opérateur du cargo
40:21et que Charambolos
40:23en était le véritable
40:24propriétaire.
40:25Charambolos Manoli ?
40:27Oui, Charambolos Manoli
40:28a obtenu un prêt mystérieux
40:30de la FBME
40:31fin 2011,
40:32soit un an,
40:33un an et demi
40:34avant l'expédition.
40:37Ces affaires
40:38d'argent sale
40:39ont conduit
40:40à l'explosion
40:41qui a tué
40:41plus de 200 personnes,
40:43blessées
40:446500 victimes,
40:46détruits
40:4670 000 maisons
40:48et bâtiments,
40:50laissées
40:50300 000 personnes
40:52sans-abri
40:52et envoyées
40:54par le fond
40:546 navires.
40:56Près d'un an
40:57après la tragédie,
40:58les oublis
40:59voulus ou non
41:00et les obstacles
41:01à l'enquête
41:01font craindre
41:02que la vérité
41:03ne soit jamais
41:04totalement révélée,
41:05malgré les courageux
41:07efforts des journalistes
41:08d'investigation.
41:09Nous avons beaucoup
41:14d'amis
41:14qui ont subi
41:15des traumatismes
41:16physiques,
41:16des amis de mes enfants
41:18qui ont été
41:19gravement blessés,
41:22deux proches
41:23sont morts.
41:25Vous savez,
41:27cette bombe,
41:27même si elle ne m'a
41:28pas touchée directement,
41:30elle a forcément
41:31touché un proche
41:32ou une connaissance.
41:35Notre quartier
41:36est un cercle
41:36très fermé,
41:37chaque Libanais
41:38qui y vivent
41:39au moment
41:39de cette explosion
41:40connaissait quelqu'un
41:41qui a été
41:42grièvement blessé
41:43ou qui a perdu
41:44sa maison
41:45ou qui est décédé.
41:48C'est un melting pot
41:49d'émotions.
41:50Bien sûr,
41:51beaucoup de colère
41:53parce que
41:54pendant la guerre civile,
41:57malheureusement,
41:58aucun des politiciens
41:59et des chefs de guerre
42:00n'a été puni,
42:01peut-être juste un.
42:03Mais à bien des niveaux,
42:05il y avait tellement
42:06de gens qui devaient
42:06aller en prison.
42:07Juste que pour nous,
42:09en tant que peuple,
42:10puissions tourner la page.
42:12Aucun d'entre eux
42:13n'est allé en prison
42:13sauf un.
42:16Et puis maintenant,
42:17quand vous regardez
42:17cet événement
42:18qui s'est produit,
42:20tout d'abord,
42:21les mêmes personnes
42:21qui ont causé
42:22la guerre civile
42:23sont les mêmes
42:24responsables
42:24de cette explosion.
42:26Ce sont toujours
42:27les mêmes,
42:27les mêmes fichus noms.
42:30Les mêmes.
42:31Je veux dire
42:32que je peux vous citer
42:33des noms
42:33de 1975,
42:3582,
42:3685,
42:3788,
42:3789.
42:39Ce sont les personnes
42:40qui sont responsables
42:41de l'explosion
42:42de 2020.
42:44C'est incroyable.
42:47Une fois de plus,
42:49les Libanais
42:49reconstruisent
42:50après une tragédie
42:51immortelle.
42:54C'est peut-être
42:54l'heure
42:54la plus sombre
42:55du Liban,
42:57mais il y a
42:57de l'espoir
42:58sous les décombres.
42:58Des centaines
43:01de jeunes Libanais
43:02sont revenus
43:02à Beyrouth
43:03ou ont décidé
43:04de rester
43:05au lieu de partir
43:06à l'étranger
43:06pour nettoyer
43:08une fois de plus
43:09et commencer
43:10à reconstruire
43:11un nouvel avenir
43:12plus prometteur
43:13pour une ville
43:14obligée de renaître
43:16une fois de plus
43:17de ses cendres.
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