- il y a 3 mois
Si, au départ, l'être humain se servait des étoiles pour s'orienter, l'humanité peut compter aujourd'hui sur les progrès de la science pour mesurer la Terre au millimètre près. Satellites, caméras ou drones : les dernières avancées technologiques permettent aux scientifiques d'explorer les moindres recoins de notre planète. Ils peuvent ainsi déterminer la superficie des océans, des volcans ou même de l'atmosphère. Les chercheurs marchent cependant sur une corde raide, tiraillés entre leur désir de recueillir de plus en plus d'informations et la volonté des populations de divulguer le moins de données personnelles possible.
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00:00:02Notre Terre, un monde fascinant et vulnérable.
00:00:08Depuis toujours, nous cherchons à connaître les dimensions de notre planète, afin d'y trouver notre chemin.
00:00:17Dans l'Antiquité, des savants mesuraient déjà le monde.
00:00:21Leurs méthodes étaient rudimentaires, mais donnaient des résultats extraordinaires.
00:00:26De nos jours, les technologies satellites les plus avancées ont permis de cartographier quasiment jusqu'au moindre mètre carré du
00:00:34globe.
00:00:35Et comme autrefois, le savoir c'est le pouvoir.
00:00:39Quiconque dispose de données précises sur la Terre, possède un énorme avantage.
00:00:44Aux quatre coins du globe, des scientifiques sont à pied d'œuvre afin de poursuivre ce voyage d'exploration entamé
00:00:51il y a bien longtemps par l'humanité.
00:00:53Et l'arpentage de la Terre prend une importance toujours croissante dans notre quotidien.
00:01:09Sous-titrage Société Radio-Canada
00:01:34Voici la ligne la plus célèbre du monde, le méridien origine à Greenwich.
00:01:39Il constitue l'axe de référence pour toutes les longitudes de la planète et indique la date et l'heure
00:01:44dans le monde entier.
00:01:45Lorsqu'il est minuit à Greenwich, une nouvelle journée mondiale débute.
00:01:50C'est en 1884 qu'on décida de faire passer cette ligne par ici.
00:01:54Durant des siècles, Londres fut la capitale d'un empire mondial et l'histoire de l'arpentage de la Terre
00:02:01ne serait rien sans elle.
00:02:04C'est depuis la célèbre métropole sur la Tamise que l'Empire britannique envoie ses chercheurs à l'aventure pour
00:02:11explorer tous les continents.
00:02:12Au fil des siècles, ils amassent des connaissances scientifiques qu'ils vont analyser et classer.
00:02:39Pas étonnant que l'une des plus grandes manufactures de globes terrestres au monde se situe à Londres.
00:02:47Ce lieu fascinant reflète l'enthousiasme des gens pour ces objets.
00:02:52Il s'agit d'exemplaires uniques fabriqués à la main.
00:02:56Une merveille.
00:02:57Chaque fois que je vois un globe, je repense à ce fameux Noël de 1968.
00:03:02J'avais alors 8 ans et la télévision diffusait des images incroyables de la Terre vue de l'espace.
00:03:08Elles nous étaient envoyées par les astronautes d'Apollo 8, accompagnées d'un message biblique.
00:03:18Pour tous les gens de l'Empire de l'Empire, l'Apollo 8 a un message que nous voulons vous
00:03:25donner.
00:03:27En l'endroit, Dieu créait l'Empire et l'Empire.
00:03:31Et l'Empire était sans forme, et croyant, et l'esprit de l'Empire.
00:03:38Et l'Empire de l'Empire a misé sur la base de l'eau.
00:03:42Et Dieu a dit, « Laissez-il y avoir de lumière. »
00:03:46Et il y a eu de lumière.
00:03:51C'est la mécanique du ciel qui a permis à nos ancêtres de s'orienter.
00:03:58Pour preuve, l'une des découvertes archéologiques les plus importantes faites en Allemagne, le disque de Nebra.
00:04:06Cette plaque de bronze, vieille de 3600 ans, est recouverte d'une représentation en or du Soleil, d'un croissant
00:04:13de lune ainsi que de 30 étoiles, dont 7 sont regroupées.
00:04:16Il s'agit de l'Ama des Pléiades, visible à l'œil nu dans le ciel.
00:04:21Cet instrument permet de calculer la date des solstices d'hiver et d'été à partir de la position du
00:04:27Soleil.
00:04:28Il fonctionne comme un calendrier, et revêtait une importance capitale pour les paysans lorsqu'il s'agissait de déterminer le
00:04:35moment des semences et des récoltes.
00:04:40Grâce au disque de Nebra, on sait que l'homme disposait de connaissances astronomiques dès le début de l'âge
00:04:46de bronze.
00:04:55Un simple paysan se repérait sans doute davantage à la croissance des chatons de saule qu'aux constellations.
00:05:04Ce trésor de cinq livres, constitué d'or, de cuivre et d'étain, il s'agit ici d'une simple
00:05:09réplique, appartenait très certainement à un personnage influent de la noblesse.
00:05:13Les nobles tenaient les astronomes et leurs connaissances en grande estime.
00:05:17Ils leur demandaient souvent leur avis au moment de prendre une décision importante, surtout quand leur pouvoir était en jeu.
00:05:23A l'époque, on cherchait donc la sécurité en levant les yeux vers les étoiles.
00:05:28De nos jours, nous contrôlons la planète entière depuis là-haut.
00:05:34La conquête spatiale a révolutionné nos vies.
00:05:37Que ce soit au moyen de nos smartphones, de nos GPS ou de nos ordinateurs,
00:05:42les collecteurs de données de l'espace façonnent notre quotidien.
00:05:46Plus de mille satellites tournent autour de la Terre et mesurent notre monde au centimètre près.
00:05:58A Oberpfaffenhofen, près de Munich, des scientifiques du Centre aérospatial allemand travaillent sur un projet ambitieux.
00:06:05Une carte du monde en trois dimensions.
00:06:10Stefan Desch est responsable du traitement des données collectées dans l'espace.
00:06:15Les chercheurs veulent savoir à quoi ressemble notre planète dans ses moindres détails.
00:06:20Nom de la mission, Tandem X.
00:06:26Deux satellites se déplacent de manière quasi parallèle dans l'espace.
00:06:30Ce duo est indispensable si l'on veut pouvoir prendre des mesures précises de la Terre en 3D.
00:06:36A l'instar d'une paire d'yeux, les satellites doivent scanner simultanément un même point précis avec leurs ondes
00:06:42radars.
00:06:45On obtient ainsi une toute nouvelle vision de notre planète, comme le montrent ces images des Alpes de Kitzbühel.
00:06:52Ce programme d'arpentage n'en est encore qu'à ses débuts.
00:06:55Les chercheurs extraient sans cesse de nouvelles informations des données fournies par les deux satellites.
00:07:03Les satellites d'observation présentent un avantage inestimable.
00:07:07Ils offrent à notre regard l'intégralité de la planète.
00:07:12Alors que les anciens géomètres se rendaient à tel ou tel endroit de manière ponctuelle pour décrire, mesurer et cartographier
00:07:19très précisément la surface terrestre,
00:07:22les satellites, eux, effectuent des mesures tout autour de la Terre en permanence.
00:07:27Leurs images nous permettent ainsi de cartographier les changements que connaît la planète.
00:07:32Les objectifs de cette collecte de données ne sont bien entendu pas tous d'ordre scientifique.
00:07:38Le consortium international Airbus Defence and Space co-finance le programme
00:07:43et a le droit de vendre les images aux architectes aéroportuaires, aux constructeurs de routes ainsi qu'au service du
00:07:50cadastre.
00:07:52Ce matériel de premier choix suscite également la convoitise des stratèges militaires.
00:07:57Le ministère de la Défense allemand a dû débourser la modique somme de 360 millions d'euros pour y avoir
00:08:03accès.
00:08:04Ces données servent de support à des opérations militaires et doivent être utilisées conjointement avec des États amis.
00:08:12Elles permettent, à l'instar de ces images du quartier de la gare centrale de Berlin,
00:08:16de révéler des villes entières, des régions montagneuses inaccessibles ou des gorges isolées.
00:08:23De leur côté, les scientifiques concentrent leurs analyses sur les données ayant trait à l'évolution des glaciers,
00:08:30des zones forestières et des volcans.
00:08:33Ils en tirent des conclusions sur les transformations que subit la planète, souvent dues à l'action humaine.
00:08:41Nous devons gérer les ressources terrestres de manière durable.
00:08:45Or, actuellement, nous consommons l'équivalent de trois planètes par an.
00:08:50À ce rythme, on peut aisément s'imaginer que d'ici 10, 15 ou 50 ans,
00:08:55les conditions de vie de nos descendants seront radicalement différentes de celles que nous connaissons aujourd'hui.
00:09:02Nous avons donc besoin de fournir aux décideurs des informations fiables
00:09:05qui leur permettent de mettre en place des mesures durables en connaissance de cause.
00:09:09Et à cet égard, l'observation de la Terre joue un rôle fondamental.
00:09:16Le centre aérospatial allemand met déjà au point les prochaines générations de satellites.
00:09:21Les chercheurs ont recours à l'une des stations de mesures les plus modernes d'Europe.
00:09:27Cette salle spécialement protégée des ondes parasites permet d'effectuer des mesures avec la plus haute précision.
00:09:33Le succès ou l'échec d'une mission dépend de la qualité du signal de l'antenne.
00:09:39Né au Brésil, Alberto Moreira a déjà développé avec son équipe la mission nommée Tandem X.
00:09:46Si cette mission satellite unique au monde a révolutionné l'arpentage de la Terre,
00:09:51l'avenir a maintenant pour nom Tandem L.
00:09:58L'arpentage de la Terre ne prendra jamais fin.
00:10:01Grâce à Tandem L, nous pouvons mesurer les déformations de la surface terrestre au millimètre près.
00:10:07C'est utile pour mieux comprendre les séismes et pour planifier la construction d'infrastructures.
00:10:13Quand l'homme surexploite les nappes phréatiques, la surface terrestre peut s'affaisser de plusieurs centimètres.
00:10:19Tandem L va nous permettre de mesurer cela avec une précision encore jamais atteinte.
00:10:28De tout temps, les hommes ont eu envie de mesurer la Terre.
00:10:32Dès l'Antiquité, ils ont cherché à cartographier leur environnement.
00:10:36Comme dans le Wadi Amamat, une vallée sèche située à l'est d'une île.
00:10:40C'est ici, vers 1155 avant Jésus-Christ, qu'a été établie la plus vieille carte du monde.
00:10:47Cette vallée regorgeait de précieuses ressources minières qui ont permis aux pharaons d'asseoir leur pouvoir
00:10:53en érigeant les temples de la ville voisine de Luxor et en les ornant de statues.
00:11:03Commandée par Ramsès IV, cette carte avait pour but de répertorier avec précision
00:11:08les gisements de la vallée en or et en graauvac.
00:11:13Cette variété de grès très spéciale est en effet idéale pour la construction de temples ou de palais.
00:11:22Le transport des blocs de pierre et de l'or s'effectuait sur une importante route commerciale
00:11:27qui traversait la vallée et reliait la mer Rouge à la ville de Luxor, sur le Nil.
00:11:33Cette carte de la région, unique en son genre, a été exécutée sur un papyrus par un scribe
00:11:39sous forme de plan schématique.
00:11:41La route principale, figurée en couleur claire, suit le cours de la vallée.
00:11:47Les parties sombres qui l'abordent représentent les montagnes renfermant les gisements de graauvac.
00:11:53Les zones rougeâtres indiquent ceux de granit.
00:11:56Les gisements d'or ainsi que les carrières sont également signalés.
00:12:01Le papyrus minier de Turin a survécu plus de 3000 ans
00:12:05et constitue la carte géologique la plus vieille du monde.
00:12:11Dans l'Égypte ancienne, on s'orientait donc déjà avec des cartes,
00:12:15comme nous le faisons aujourd'hui avec celles qu'on trouve ici apparues bien plus tard,
00:12:19plus petites mais plus précises.
00:12:24Étonnamment, aucune carte de la Grèce antique n'est parvenue jusqu'à nous.
00:12:28Par contre, les hommes de l'époque nous ont décrit avec précision leur vision du monde.
00:12:33Ils ne l'observaient pas sous un biais précis, mais dans une perspective globale.
00:12:38Ils cherchaient des explications, non plus auprès des dieux, mais directement dans la nature.
00:12:44Aristote et Eratosthènes ont fini par révolutionner l'image de la Terre
00:12:48et une étape décisive a été franchie dans la capitale mondiale de la science de l'époque, Alexandria.
00:12:57Au cours des siècles qui précèdent la naissance du Christ,
00:13:00la ville portuaire, située sur la côte égyptienne,
00:13:03est le centre intellectuel du monde antique
00:13:05et compte des scientifiques encore célèbres aujourd'hui.
00:13:10Dans la fameuse bibliothèque de la métropole du Savoir,
00:13:14se rencontrent d'éminents chercheurs de différentes disciplines.
00:13:18Parmi eux, un grec du nom d'Eratosthènes,
00:13:21qui dirigera ce temple de la connaissance durant de nombreuses années.
00:13:25En plus d'être géographe, astronome et philosophe émérite,
00:13:29ce savant universel est également professeur
00:13:32et enseigne à ses élèves que la Terre est ronde.
00:13:38Un siècle et demi plus tôt,
00:13:40Aristote a déjà trouvé la preuve que la Terre n'était pas un disque, mais un globe.
00:13:45Eratosthènes a lu ses écrits et transmet ce savoir à ses élèves.
00:13:54Il les emmène sur la côte.
00:13:59Pour leur prouver que la Terre est bien ronde,
00:14:02Eratosthènes commence par leur demander d'observer longuement un bateau qui prend le large.
00:14:20Au début, les étudiants voient l'embarcation dans son ensemble.
00:14:25Puis sa taille diminue au fur et à mesure qu'elle approche de l'horizon.
00:14:31Peu après, ils n'aperçoivent plus au-dessus de la mer que le drapeau au sommet du mât.
00:14:39Une seule conclusion s'impose.
00:14:42La surface de la Terre doit être incurvée.
00:14:48Mais Eratosthènes ne s'en tient pas à une seule preuve.
00:14:55Le savant met en place un dispositif expérimental simple.
00:15:00Il recrée devant ses élèves le phénomène d'une éclipse totale de Lune
00:15:04qui se produit lorsque la Terre se retrouve exactement entre le Soleil et le satellite terrestre.
00:15:18La Terre projette alors son ombre sur la Lune.
00:15:21C'est ainsi qu'en son temps, Aristote avait déjà déduit que la Terre devait être ronde.
00:15:30Mais de quelle taille ce globe est-il ?
00:15:33Eratosthènes réfléchit à la question durant des années.
00:15:36D'attentives observations de la nature vont finir par le mener.
00:15:40sur la bonne voie.
00:15:43Au cours d'un séjour dans la ville de Sienne, l'actuel Aswan,
00:15:47il fait une observation décisive un 21 juin.
00:15:53Il constate qu'en ce jour de solstice d'été,
00:15:56le reflet complet du Soleil est visible à la surface de l'eau d'un puits extrêmement profond.
00:16:02Il en déduit que l'astre solaire doit être parfaitement perpendiculaire à la Terre,
00:16:07c'est-à-dire à son zénith.
00:16:10Après avoir combiné cette observation avec d'autres et avoir effectué des calculs complexes,
00:16:16le savant estime la circonférence de la Terre à 250 000 stades, soit environ 39 375 km.
00:16:23Un résultat incroyable quand on sait qu'en réalité, elle en mesure 40 075 à l'équateur.
00:16:30De nos jours, ces images prises depuis l'espace ne cessent de nous ouvrir de nouvelles perspectives sur le monde
00:16:36et influencent notre représentation de la planète qui nous a vu naître.
00:16:40Au regard de ces vidéos, la prédominance des océans sur les continents est indubitable.
00:16:46Bien que les masses continentales aient été quasiment intégralement mesurées,
00:16:50les océans, par contre, restent encore d'immenses régions méconnues.
00:16:55Seule une infime partie des planchers océaniques a été explorée.
00:17:01Pour étudier les grands fonds, les satellites ne sont d'aucune utilité.
00:17:06Des bateaux d'expédition doivent naviguer au large durant des semaines
00:17:09pour permettre aux explorateurs de descendre au fond des mers.
00:17:13Il s'agit de régions à peine accessibles à l'homme, et même hostiles à la vie.
00:17:19On ne peut y accéder qu'à l'aide de sous-marins spéciaux et de robots télécommandés.
00:17:26Les scientifiques de l'Institut Géomar à Kiel sont à la pointe de la recherche en eau profonde en Europe.
00:17:34Les planchers marins regorgent de ressources naturelles précieuses,
00:17:37comme le pétrole, le gaz naturel, l'or et l'argent.
00:17:41Mais avant d'exploiter ces dernières, il faut procéder à une cartographie détaillée
00:17:46et en trois dimensions de ces régions sous-marines,
00:17:49ainsi que l'exige l'autorité internationale des fonds marins.
00:17:53Il est indispensable d'évaluer les conséquences écologiques de l'exploitation
00:17:58et d'assurer une extraction des matières premières respectueuses de l'environnement.
00:18:04La recherche en eau profonde est fastidieuse et de fait très coûteuse,
00:18:08ce qui met un frein à la course à l'exploitation des fonds marins.
00:18:14Aux quatre coins du globe, des chercheurs tentent donc de mettre au point de nouvelles techniques
00:18:18permettant d'arpenter les planchers marins à moindre coût.
00:18:25Les scientifiques de la société Fraunhofer, à Karlsruhe, testent un prototype.
00:18:34Ils procèdent aux derniers ajustements.
00:18:38Avec son équipe, Gunnar Brink a mis au point un drone sous-marin autonome
00:18:43qui devrait révolutionner la cartographie des fonds marins.
00:18:47Équipé d'appareils de mesure de pointe, l'engin est sur le point de prendre du service en haute mer.
00:18:58Notre appareil est plus abordable, plus compact et plus maniable que les engins actuellement sur le marché.
00:19:05Nous voulons que nos véhicules autonomes facilitent la cartographie et l'exploration du monde sous-marin.
00:19:16Le projet audacieux de ces chercheurs semble tout droit sorti d'un roman de science-fiction.
00:19:21La pièce maîtresse de leur invention, ce drone autonome qui mesure deux bons mètres de long et pèse 300 kilos.
00:19:32C'est un catamaran, lui aussi autonome, qui sera chargé de le larguer en mer au large des côtes atlantiques
00:19:39espagnoles.
00:19:44Là, le drone devra plonger jusqu'à 4000 mètres de profondeur
00:19:49et prendre les mesures du fond marin à l'aide d'un sonar, kilomètre carré par kilomètre carré.
00:19:55Les données collectées permettront ensuite d'établir une carte précise en trois dimensions.
00:20:02Le drone communique par onde sonore avec le catamaran, qui fonctionne comme un satellite.
00:20:07Ce dispositif permet d'éviter que les deux engins autonomes ne perdent contact en haute mer.
00:20:19Quand le drone remonte à la surface, le catamaran le capture pour le ramener à terre.
00:20:28Mais ceci vaut en théorie.
00:20:31Afin d'augmenter l'interaction entre le drone et le catamaran,
00:20:34les deux engins vont d'abord être testés séparément.
00:20:41Les scientifiques ont programmé le logiciel de telle sorte qu'ils pilotent le catamaran tout seul.
00:20:46Un premier pas sur la longue voie qui mènera à l'arpentage autonome des fonds marins.
00:20:55A long terme, l'objectif est de connaître enfin cette planète.
00:20:59L'océan Pacifique pourrait contenir à lui seul l'intégralité de la surface émergée des continents.
00:21:04On a dépensé des fortunes pour cartographier la Lune, Mars et Vénus.
00:21:08Et encore, pas en totalité.
00:21:10Alors que les deux tiers de notre planète nous sont quasiment inconnus.
00:21:14Ce qui rend ce projet excitant, c'est qu'on résout un problème qui va tout simplement changer le monde.
00:21:20Mais avant d'en arriver là, il va d'abord falloir s'assurer que le catamaran est bel et bien
00:21:25autonome.
00:21:27Gunnar Brink attend ce moment avec impatience depuis longtemps.
00:21:34Le drone doit lui aussi faire ses preuves, au cours d'un premier test dans le redoutable Atlantique.
00:21:41Il n'est pas encore question de plonger.
00:21:43Pour l'heure, il va déjà devoir suivre des trajectoires en surface de manière autonome.
00:21:52Comme dirigé par une main invisible, le catamaran se met en route.
00:21:57L'ordinateur est à la barre.
00:21:59Le long travail de développement porte ses fruits.
00:22:02Le catamaran réussit l'épreuve.
00:22:06Il n'en va pas de même pour le drone, qui devient soudain incontrôlable et n'obéit plus à aucun
00:22:12ordre.
00:22:13Une fois déjà, les chercheurs ont vu l'un de leurs prototypes leur échapper.
00:22:17Et 200 000 euros sombrer avec lui.
00:22:26Mais cette fois-ci, ils ont de la chance.
00:22:31Les scientifiques engagés dans la course à l'arpentage des mers viennent de franchir une étape importante.
00:22:42Quiconque connaîtra l'emplacement des ressources naturelles du sol marin jouira d'un avantage certain.
00:22:48Le savoir, c'est le pouvoir, comme les Romains le savaient déjà.
00:22:52Construire un rempart comme le mur de Londres pour protéger leur ville était déjà une prouesse.
00:22:57Mais avoir une vue d'ensemble de l'Empire tout entier, connaître le temps nécessaire pour aller d'un point
00:23:02A à un point B,
00:23:03ainsi que les distances à parcourir, voilà qui représentait un défi de taille.
00:23:08Pour le surmonter, les Romains disposaient d'instruments comme cette groma,
00:23:12qui faisait partie de l'équipement standard d'un géomètre de l'Antiquité.
00:23:16Elle permettait de déterminer des angles droits très précis,
00:23:20ce qui était crucial pour la construction de leur camp militaire et le tracé de leur route.
00:23:28A partir du IIIe siècle avant Jésus-Christ,
00:23:31les Romains commencent à tracer dans leur empire un réseau de routes pavées.
00:23:36Au départ, ces voies sont destinées à l'armée.
00:23:38Elles servent au déploiement et au ravitaillement des troupes
00:23:41qui ont pour mission d'agrandir l'Empire et d'en assurer la sécurité.
00:23:46Si les Romains veulent préserver leur pouvoir,
00:23:48un réseau routier opérationnel leur est indispensable.
00:23:55Les grandes voies romaines sont suffisamment larges
00:23:58pour permettre aux légionnaires de marcher en formation sur six rangs.
00:24:05Elles jouent un rôle décisif pour la livraison des messages
00:24:08que les coursiers à cheval acheminent ainsi rapidement.
00:24:12A son apogée, le réseau de voies pavées s'étendra sur environ 80 000 kilomètres.
00:24:21Au fil du temps, la nécessité militaire de construire des routes diminue quelque peu.
00:24:27Les empereurs garantissent la stabilité de l'Empire
00:24:30et les routes contribuent désormais à l'essor du commerce.
00:24:37Les cartes originales des Romains n'ont pas été conservées.
00:24:40Seule une copie datant du Moyen-Âge existe encore.
00:24:44La table de Pöitinger représente l'ensemble du réseau routier romain
00:24:49autour des 3e et 4e siècles.
00:24:52Elle s'étend des îles britanniques jusqu'aux Indes
00:24:54en passant par le bassin méditerranéen.
00:24:57Au centre de cette longue carte de 6 mètres 80 se trouve Rome.
00:25:02Le réseau routier figuré ici relie entre autres des villes allemandes
00:25:07comme Trèves, Bingen ou Mayence.
00:25:09Cependant, la carte ne tient pas compte de la réalité géographique.
00:25:13Elle constitue davantage une démonstration de la puissance romaine.
00:25:18Le système de géopositionnement par satellite ou GPS
00:25:22que nous utilisons au quotidien est lui aussi une affaire de pouvoir.
00:25:27Développé dans les années 1970 par le ministère de la Défense américain
00:25:31à des fins militaires, il nous guide jusqu'à aujourd'hui
00:25:35dans les moindres recoins de la planète.
00:25:37Cependant, les États-Unis sont à tout moment en mesure
00:25:40de dégrader artificiellement, voire de couper tout bonnement le signal.
00:25:45Une position de force dont les pays européens ont voulu s'émanciper.
00:25:50Sous la direction de l'Agence spatiale européenne,
00:25:53ils ont créé leur propre système de géolocalisation, Galiléo.
00:25:58Il s'agit du premier système de navigation par satellite
00:26:01sous contrôle civil au monde.
00:26:04Il comptera 30 satellites d'ici à 2020,
00:26:08date à laquelle il devrait être pleinement opérationnel.
00:26:12Dans les années à venir, les systèmes de navigation
00:26:15vont être de plus en plus présents dans nos vies,
00:26:18notamment avec les voitures autonomes dirigées par satellite.
00:26:22Les ordinateurs commettent moins d'erreurs que des conducteurs humains,
00:26:26ce qui devrait augmenter la sécurité sur les routes.
00:26:29Dans le monde entier, des ingénieurs testent déjà des véhicules de ce genre.
00:26:39Et ils voient l'avenir en grand.
00:26:41Une flotte entière de véhicules interconnectés
00:26:44devrait bientôt être mise en circulation
00:26:47et contribuer à éradiquer les accidents de la route.
00:26:50Les données satellites s'insinuent toujours davantage dans notre quotidien.
00:26:58Quand je pense que chacun de nos pas peut être observé depuis l'espace
00:27:02et que nous sommes surveillés au quotidien,
00:27:04ça me fait parfois un peu peur.
00:27:06Mais je me dis aussi que je suis en bonne compagnie.
00:27:09Ah, on est arrivé.
00:27:13De tout temps, le contrôle a été un instrument de pouvoir prisé.
00:27:18Au Moyen-Âge, c'était les hommes d'église,
00:27:21comme ceux de la célèbre abbaye de Westminster de Londres derrière moi,
00:27:24qui voulaient garder leurs brebis sous leurs roulettes.
00:27:27Mais au-delà de ça,
00:27:29ces hommes imposaient également leur vision du monde.
00:27:36Dans la société très hiérarchisée du Moyen-Âge,
00:27:40l'église occupe une position aussi puissante que celle de la noblesse.
00:27:44Le clergé a pour rôle de renforcer le niveau moral de ses ouailles,
00:27:47afin de garantir le salut de leur âme.
00:27:53Paysans et citadins ordinaires représentent 90% de la population.
00:27:58Ils se résignent à leurs conditions de vie difficiles.
00:28:01Souvent présentés par l'église comme procédant d'une volonté divine.
00:28:05A l'époque, rares sont ceux qui savent lire et écrire.
00:28:09L'église exerce un quasi-monopole sur l'éducation.
00:28:15Des écoles et universités voient le jour.
00:28:18On y enseigne les savoirs de l'époque,
00:28:21qui doivent néanmoins rester conformes à ce qui est écrit dans la Bible.
00:28:25Parallèlement, les monastères demeurent des centres du savoir.
00:28:30En 1830, dans le couvent des Bénédictines d'Ebstorf,
00:28:34près de Lunebourg en Basse-Saxe,
00:28:36une mapamundi élaborée refait surface.
00:28:39Une découverte sensationnelle.
00:28:41Cette carte médiévale remonte au XIIIe siècle
00:28:44et présente des caractéristiques typiques de l'époque.
00:28:48Elle est orientée non pas vers le nord, mais vers l'est,
00:28:51où l'on suppose alors que se trouve le paradis.
00:28:53Et bien sûr, le Christ trône au-dessus de tout.
00:28:58Son auteur représente la Terre sous forme d'un disque
00:29:00que se partagent les trois continents connus à l'époque,
00:29:03à savoir l'Afrique, l'Asie et l'Europe.
00:29:08Au milieu se trouve Jérusalem,
00:29:10un repère central de l'histoire du salut.
00:29:15La carte est émaillée de motifs bibliques,
00:29:18comme la tour de Babel
00:29:20ou encore l'arche de Noé.
00:29:24Au Moyen-Âge, on considère encore les catastrophes naturelles
00:29:28comme des fléaux divins.
00:29:32De nos jours, les scientifiques tentent d'expliquer
00:29:35les puissants phénomènes naturels
00:29:37et de prévenir les catastrophes
00:29:38en procédant à des mesures précises.
00:29:41Et il existe peu d'endroits
00:29:42où le spectacle des forces de la nature
00:29:44soit plus impressionnant
00:29:46que sur la péninsule russe du Kamtschatka.
00:29:49C'est justement là que se rend Thomas Walter.
00:29:52Le volcanologue travaille depuis des années
00:29:55dans cette région explosive
00:29:56où s'alignent plus de 200 volcans,
00:29:59dont une trentaine en activité.
00:30:02Un terrain de jeu idéal
00:30:03pour l'équipe de chercheurs Germano-Russe
00:30:05qui effectue des mesures
00:30:07et collecte des données
00:30:08afin de mieux comprendre
00:30:09ce qui se passe à l'intérieur des volcans.
00:30:14Les scientifiques parviennent à leur camp de base,
00:30:17amis hauteurs du volcan,
00:30:19au cœur de l'un des coins les plus reculés
00:30:21et inhospitaliers de la planète.
00:30:26Thomas Walter a déjà dirigé
00:30:27plusieurs expéditions au Kamtschatka.
00:30:30A chaque fois, il a pu observer
00:30:31les profondes transformations
00:30:33subies par les volcans
00:30:34et avec eux la Terre
00:30:36à la suite d'une éruption.
00:30:41Nous avons bien sûr besoin
00:30:42d'un peu de chance et de flair
00:30:43en ce qui concerne l'activité d'un volcan.
00:30:45Mais le Bézimiani fait partie
00:30:47des plus actifs.
00:30:50En 2017, comme tous les signes indiquaient
00:30:52qu'il poursuivait son activité,
00:30:54mes collègues et moi avons sorti
00:30:56nos sismomètres.
00:30:57Et nous avons aussi effectué
00:30:58plusieurs survols avec des caméras infrarouges.
00:31:02Et maintenant, nous aimerions mesurer
00:31:04les changements survenus depuis.
00:31:10Direction le bord du cratère du Bézimiani
00:31:12à 2882 mètres d'altitude.
00:31:15Comme les autres volcans du Kamtschatka,
00:31:18celui-ci est situé
00:31:19sur un point chaud géologique.
00:31:21La région est considérée
00:31:22comme le cœur de la ceinture de feu
00:31:24du Pacifique.
00:31:26Avec une puissance incommensurable,
00:31:28la plaque pacifique glisse
00:31:30sous celle d'Orotz.
00:31:31Ce mouvement de subduction
00:31:33qui peut atteindre jusqu'à 8 cm par an
00:31:36est le deuxième plus rapide
00:31:38de la planète.
00:31:40Conséquence, le magma remonte
00:31:42continuellement à travers
00:31:43le manteau terrestre.
00:31:45En 1955, il en est monté
00:31:47un peu trop au Bézimiani.
00:31:50Ce qui a donné lieu
00:31:52à l'une des éruptions volcaniques
00:31:53les plus violentes du XXe siècle.
00:31:55L'explosion a fait voler en éclats
00:31:57le sommet, réduisant la taille
00:31:59du volcan d'environ 200 mètres.
00:32:01Le nuage de cendres s'est élevé
00:32:03à une quarantaine de kilomètres.
00:32:07Depuis, la montagne de feu
00:32:09n'a cessé d'être en activité.
00:32:11Durant un an,
00:32:13les géologues ont installé
00:32:14des instruments de mesure sismique
00:32:15et des caméras
00:32:16afin d'effectuer des observations
00:32:18sur le long terme.
00:32:27Les chercheurs espèrent
00:32:28que les appareils fonctionnent encore,
00:32:30malgré l'activité du volcan.
00:32:42La chance leur a-t-elle souri.
00:32:47Les instruments semblent intacts.
00:32:53Les scientifiques analyseront
00:32:55les données plus tard.
00:32:56Ils espèrent en tirer
00:32:58de nouvelles connaissances
00:32:59sur la structure interne du volcan.
00:33:01Et pas uniquement
00:33:02pour des raisons scientifiques.
00:33:10Ces volcans représentent
00:33:12un gros risque pour l'aviation.
00:33:14Le Kamchatka est en effet situé
00:33:16sous un important couloir aérien
00:33:18entre l'Amérique et l'Asie.
00:33:20Être en mesure de prévoir
00:33:21les éruptions avec davantage
00:33:23de précision pourrait permettre
00:33:25de réduire significativement
00:33:27les risques pour le trafic en vol.
00:33:29Mais pour les scientifiques,
00:33:31du moins,
00:33:31l'activité permanente du volcan
00:33:33reste une aubaine.
00:33:36Ils utilisent une caméra thermique
00:33:38afin de voir ce qui se passe
00:33:39dans le cratère.
00:33:41Les prises de vue font apparaître
00:33:42à certains endroits des fumeroles,
00:33:44d'où s'échappe de la vapeur
00:33:46d'eau bouillante ou des gaz.
00:33:48Elle pourrait être le signe avant-coureur
00:33:49d'une nouvelle éruption.
00:33:54Thomas Walter gravie le Bézimiani
00:33:56depuis trois bonnes heures.
00:33:58Temps nécessaire pour en atteindre
00:34:00le cratère.
00:34:01L'expédition n'est pas sans risque.
00:34:05Ces volcans sont totalement imprévisibles.
00:34:08C'est pourquoi il est crucial
00:34:09de détecter les signes annonciateurs
00:34:11d'une éruption.
00:34:14Sur ce type de volcans,
00:34:15c'est très compliqué.
00:34:16L'essentiel de l'activité a lieu
00:34:18dans une petite zone du sommet
00:34:19et le cratère mesure 200 mètres de diamètre.
00:34:23Cette zone reste inaccessible pour nous.
00:34:25Alors nous avons recours
00:34:26à de nouvelles méthodes,
00:34:27notamment les drones
00:34:28qui ont révolutionné notre travail.
00:34:32Les chercheurs ont équipé
00:34:34leurs drones de caméras spéciales.
00:34:36Elles vont leur permettre
00:34:37de mesurer le volcan au centimètre près
00:34:39et de constater les éventuels
00:34:41changements depuis la dernière
00:34:42campagne de mesure.
00:34:47Les caméras prennent plusieurs
00:34:49centaines de clichés du dôme de lave
00:34:51qui s'est formé à l'intérieur
00:34:52de la gorge du cratère.
00:34:54Ce dôme est la partie
00:34:55la plus dangereuse du volcan.
00:34:57Les chercheurs veulent collecter
00:34:59le plus de renseignements
00:35:00possible sur sa nature.
00:35:03À partir des prises de vue,
00:35:05ils créent un modèle de surface
00:35:06afin de visualiser jusqu'aux
00:35:08plus petites parcelles du cratère.
00:35:10Ces images livrent des informations
00:35:12importantes sur la prochaine zone
00:35:14du volcan susceptible d'exploser.
00:35:18Il n'existe aucune autre région
00:35:20dans le monde où l'on peut voir
00:35:21des volcans formant de tels dômes
00:35:23et surtout les étudier
00:35:24en toute tranquillité.
00:35:26Les données que nous collectons ici
00:35:28sont d'une qualité exceptionnelle
00:35:29car aucune usine
00:35:31ni aucune circulation
00:35:32sur une route voisine
00:35:33ne viennent perturber nos relevés.
00:35:37Les volcans métamorphosent
00:35:38continuellement l'aspect de la Terre.
00:35:41Ils mettent les chercheurs
00:35:42au défi de parvenir un jour
00:35:44à mesurer et cartographier
00:35:45de manière définitive
00:35:46notre planète.
00:35:49Mesurer les volcans
00:35:50et prévoir leur activité,
00:35:52voilà qui était inconcevable
00:35:53pour les savants du Moyen-Âge.
00:35:55C'est pourtant à cette époque
00:35:56qu'apparaît une invention
00:35:57qui fait faire un bond
00:35:58à l'arpentage du monde.
00:35:59C'est la boussole sèche
00:36:01dont l'aiguille magnétique
00:36:02indique systématiquement
00:36:04l'axe nord-sud.
00:36:05Mais il ne faut pas oublier
00:36:06que dès le IIIe siècle
00:36:07avant Jésus-Christ,
00:36:08les Chinois avaient inventé
00:36:09la boussole humide.
00:36:12Cependant,
00:36:12l'aiguille magnétique
00:36:13flottait sur de l'eau,
00:36:14ce qui la rendait difficile
00:36:15d'utilisation pour les marins.
00:36:18Pourquoi la boussole
00:36:19était-elle si prisée
00:36:20au Moyen-Âge ?
00:36:22Une fois encore,
00:36:23pour une question d'argent.
00:36:25Le commerce prenait son essor
00:36:26et tout devait aller plus vite.
00:36:27Celui qui connaissait
00:36:28les routes maritimes
00:36:29les plus courtes,
00:36:30décroché davantage de commandes
00:36:32que ses concurrents.
00:36:38La Méditerranée est alors
00:36:39la plaque tournante
00:36:40du commerce européen.
00:36:42Gênes et Venise
00:36:43deviennent des centres
00:36:44du commerce maritime
00:36:45avec les ports du Levant,
00:36:46de Grèce, de Chypre
00:36:48et de Turquie.
00:36:54C'est dans ce contexte
00:36:56que sont créés
00:36:56les portulants.
00:36:57Des cartes indiquant
00:36:58la route vers ces ports.
00:37:00Une véritable innovation
00:37:01par rapport au mapamundi
00:37:03d'influence religieuse.
00:37:06Au XIVe siècle,
00:37:08Mallorque devient
00:37:09l'épicentre
00:37:10de ce nouvel art cartographique.
00:37:12À l'époque,
00:37:13l'île est à la croisée
00:37:14des routes commerciales.
00:37:16Cette situation idéale
00:37:17va faire de Palma
00:37:19le centre névralgique
00:37:20de la communication mondiale.
00:37:22Dans les pâturages
00:37:23autour de la ville,
00:37:24on élève des moutons
00:37:25et des chèvres
00:37:26qui constituent
00:37:27une source inépuisable
00:37:28de peau
00:37:29pour les cartographes.
00:37:31Ce matériau s'avère
00:37:32en effet idéal
00:37:33pour fabriquer des parchemins
00:37:34à la voie imperméable
00:37:35et facile à enrouler
00:37:37pour le voyage.
00:37:41L'un des plus célèbres
00:37:43cartographes de Palma
00:37:44de Mallorque
00:37:45se nomme
00:37:45Abraham Cresquès.
00:37:47Dans son petit atelier,
00:37:49il fabrique
00:37:50des cartes
00:37:51très spéciales.
00:37:52Ces portulants
00:37:53se démarquent
00:37:54par la richesse
00:37:54de leurs détails.
00:37:56Cresquès
00:37:57a une belle carrière
00:37:58devant lui.
00:38:01La particularité
00:38:02des portulants
00:38:03réside dans le réseau
00:38:04de lignes
00:38:05aux fins maillages
00:38:06dont ils se composent.
00:38:07Se déployant
00:38:08à partir du centre
00:38:09d'une rose des vents,
00:38:11ces lignes
00:38:11couvrent l'intégralité
00:38:13du document.
00:38:15Ces cartes
00:38:16permettent aux marins
00:38:17de naviguer
00:38:18le long des côtes
00:38:19ainsi qu'au large.
00:38:20Elles indiquent également
00:38:21les hauts fonds,
00:38:22les baies,
00:38:23les récifs
00:38:24et les ports.
00:38:30Elles peuvent être lues
00:38:31dans tous les sens.
00:38:33Il suffit
00:38:34à l'utilisateur
00:38:34de les tourner
00:38:35dans celui
00:38:36qui correspond le mieux
00:38:37à la destination
00:38:38qu'ils cherchent
00:38:39à atteindre.
00:38:41À Palma de Mallorque,
00:38:43ces cartes
00:38:43sont très demandées.
00:38:46En 1354,
00:38:47un décret
00:38:48du roi Pierre IV
00:38:49d'Aragon
00:38:50impose à chaque navire
00:38:51de disposer
00:38:52d'au moins
00:38:52deux portulants
00:38:53à son bord.
00:38:55Cresquès répond
00:38:56à ses gros besoins
00:38:56avec l'aide
00:38:57de son fils
00:38:58Yehuda.
00:38:59Les portulants
00:39:00qui sortent
00:39:01de leur atelier
00:39:01passent alors
00:39:02pour les meilleurs
00:39:03et les plus précieux
00:39:04au monde.
00:39:05Aux yeux
00:39:06des capitaines
00:39:06de l'époque,
00:39:08ils constituent
00:39:08littéralement
00:39:09un symbole
00:39:09de statut social.
00:39:14Vers 1370,
00:39:15le roi
00:39:16commande à Cresquès
00:39:17une carte
00:39:17qui va bien
00:39:18au-delà
00:39:18des portulants
00:39:19ordinaires.
00:39:20Elle doit
00:39:21représenter
00:39:22le monde
00:39:22tel qu'on le connaît
00:39:23à l'époque,
00:39:24de l'Atlantique
00:39:25à l'Ouest
00:39:25jusqu'à la Chine
00:39:26à l'Est.
00:39:32L'Atlas catalan,
00:39:33tel est son nom,
00:39:34se caractérise
00:39:36par son foisonnement
00:39:37de détails
00:39:37et par la maîtrise
00:39:38à nul autre pareil
00:39:39de Cresquès
00:39:40dans l'art
00:39:41de dessiner
00:39:42une rose des vents.
00:39:43En l'espace
00:39:44de cinq ans,
00:39:45le père et son fils
00:39:46produisent en tout
00:39:47six parchemins.
00:39:49Lorsque le cartographe
00:39:51remet sa commande
00:39:51à l'émissaire
00:39:52du roi
00:39:52en 1375,
00:39:54il en connaît
00:39:55la valeur.
00:39:56Il se surnomme
00:39:57lui-même fièrement
00:39:58le maître
00:39:59des cartes
00:39:59du monde
00:40:00et des boussoles.
00:40:05L'Atlas catalan
00:40:06l'a rendu
00:40:07immortel.
00:40:08Aujourd'hui encore,
00:40:10ce document
00:40:10est considéré
00:40:11comme une œuvre
00:40:12clé
00:40:12de la cartographie.
00:40:15Comme on peut
00:40:16le constater ici,
00:40:17à la Mapp House
00:40:18de Londres,
00:40:19les connaissances
00:40:20de l'époque
00:40:20sur le monde
00:40:21étaient représentées
00:40:22sous forme
00:40:22de cartes planes
00:40:23mais aussi sphériques.
00:40:25Et cette fascination
00:40:26pour les globes terrestres
00:40:27ne s'est pas démentie
00:40:28depuis.
00:40:30Voici le plus vieux globe
00:40:32terrestre du monde.
00:40:33Ce n'est bien entendu
00:40:34qu'une réplique.
00:40:36L'original a été fabriqué
00:40:37en 1492
00:40:38sous la direction
00:40:40du marchand de tissus
00:40:41et marin allemand
00:40:42Martin Beheim.
00:40:44Il représente
00:40:45ce que l'on savait
00:40:46alors de la Terre
00:40:47ou du moins
00:40:48ce que l'on pensait
00:40:49en savoir.
00:40:53On pensait par exemple
00:40:54que l'Eurasie
00:40:55s'étendait
00:40:56sur 234 degrés
00:40:57de longitude.
00:40:59En réalité,
00:41:01l'Europe et l'Asie
00:41:02s'étendent
00:41:03sur seulement
00:41:03181 degrés
00:41:05et sont donc
00:41:05bien trop larges.
00:41:08La Méditerranée
00:41:09est bien trop étirée.
00:41:11Et l'Atlantique évidemment
00:41:12bien trop étroit.
00:41:14C'est justement
00:41:16cette étroitesse
00:41:17qui va faire croire
00:41:18tout au long
00:41:18de sa vie
00:41:19à Christophe Colomb
00:41:20qu'en 1492
00:41:21il a découvert
00:41:22la route des Indes.
00:41:25À l'époque,
00:41:27les deux puissances
00:41:28maritimes
00:41:28que sont l'Espagne
00:41:29et le Portugal
00:41:30rivalisent entre elles
00:41:31dans la course
00:41:32aux richesses
00:41:32de ce monde.
00:41:33Elle va conduire
00:41:34toujours plus
00:41:35d'explorateurs
00:41:36audacieux
00:41:36à se lancer
00:41:37dans des eaux inconnues,
00:41:39au premier rang
00:41:39desquels
00:41:40Christophe Colomb.
00:41:41Au nom des rois espagnols,
00:41:43il appareille
00:41:44le 3 août 1492
00:41:46avec pour objectif
00:41:48de rallier
00:41:48les Indes.
00:41:49Sa mission,
00:41:50assurer l'emprise
00:41:51de l'Espagne
00:41:52sur la route commerciale
00:41:53vers l'Asie
00:41:54et accéder ainsi
00:41:55au trésor
00:41:56des îlots épices.
00:42:02Lorsqu'il touche
00:42:03en fin terre
00:42:04le 12 octobre
00:42:05de la même année,
00:42:06il croit être
00:42:07parvenu à destination.
00:42:08Il est convaincu
00:42:10d'avoir atteint
00:42:10les îles asiatiques.
00:42:15Jusqu'à sa mort,
00:42:17il ne démordra pas
00:42:18de l'idée
00:42:18qu'il a ouvert
00:42:19la route occidentale
00:42:20vers l'Asie.
00:42:21Jamais il ne se doutera
00:42:22qu'en réalité,
00:42:23il ait découvert
00:42:24un nouveau continent.
00:42:30L'un de ses contemporains
00:42:31possède quant à lui
00:42:32une conscience aiguë
00:42:33de sa mission.
00:42:34C'est Amerigo Vespucci.
00:42:40Aux alentours de 1500,
00:42:42ce navigateur florentin
00:42:44vogue à de nombreuses reprises
00:42:46le long des côtes
00:42:47d'Amérique du Sud.
00:42:48Et il sait très bien
00:42:49vendre les observations
00:42:51qu'il y fait.
00:42:54Dans son livre
00:42:55Mundus Novus,
00:42:56il décrit de manière
00:42:58très vivante
00:42:58ce nouveau monde,
00:43:00cet immense continent inconnu.
00:43:02Il y évoque également
00:43:03la culture des autochtones,
00:43:05décrit leur vie amoureuse
00:43:07et leur mœur cannibale.
00:43:12Le livre de Vespucci
00:43:13est également connu
00:43:14des savants
00:43:15d'une petite imprimerie
00:43:16de Saint-Dié-des-Vosges.
00:43:18En 1507,
00:43:20le cartographe
00:43:21Martin Waldseemuller
00:43:22et l'un de ses collègues
00:43:23s'attellent à une carte du monde.
00:43:26C'est le début
00:43:27d'une histoire
00:43:28à rebondissement
00:43:29qui va durer des siècles.
00:43:32Pour la première fois
00:43:33dans l'histoire
00:43:33de la cartographie,
00:43:35le nouveau monde
00:43:36est représenté
00:43:37comme un continent à part.
00:43:39En l'honneur
00:43:39d'Amerigo Vespucci,
00:43:41on lui donne
00:43:42le nom d'Amérique.
00:43:43Ce planisphère
00:43:44fait voler en éclat
00:43:45la vision du monde médiéval
00:43:47et inaugure
00:43:48une nouvelle ère
00:43:49dans le domaine
00:43:50de la géographie.
00:43:54500 ans
00:43:55après sa publication,
00:43:57cette map-monde
00:43:58va faire la fierté
00:43:59de l'une des bibliothèques
00:44:00les plus renommées
00:44:01du monde.
00:44:03Le dernier exemplaire
00:44:05qui en subsiste
00:44:06est conservé
00:44:06comme un trésor
00:44:07à la bibliothèque
00:44:08du Congrès de Washington.
00:44:13De nombreux Américains
00:44:14considèrent cette carte
00:44:16comme l'acte
00:44:17de baptême
00:44:17de leur pays.
00:44:191000 exemplaires
00:44:19étaient en circulation
00:44:20à une époque.
00:44:22Pendant longtemps,
00:44:23on a pensé
00:44:24que tous avaient été perdus.
00:44:28À tort,
00:44:30l'un d'eux
00:44:31avait survécu
00:44:32au château de Volfeck
00:44:33en Haute-Souab.
00:44:38C'est par le plus grand
00:44:40des hasards
00:44:40qu'il est redécouvert
00:44:41en 1901.
00:44:45Personne ne connaît
00:44:46mieux l'histoire
00:44:46de la map-monde
00:44:47de Waldseemuller
00:44:48que Berndsmeyer,
00:44:50le directeur
00:44:50des collections
00:44:51d'art princière
00:44:52du château.
00:44:55La légendaire carte
00:44:56se cachait
00:44:57dans un gros ouvrage
00:44:58comme celui-ci.
00:45:00La découverte
00:45:01fait sensation.
00:45:08Lorsque la map-monde
00:45:09de Martin Waldseemuller
00:45:10est arrivée
00:45:11à Volfeck
00:45:11au milieu
00:45:12du XVIIe siècle,
00:45:13l'exemplaire
00:45:14n'a pas été inventorié.
00:45:16On l'a déposé
00:45:17sur une étagère
00:45:18et il n'en a plus bougé.
00:45:20Là,
00:45:21la carte était protégée
00:45:22et personne ne l'a feuilletée,
00:45:24ce qui a permis
00:45:25à cet exemplaire
00:45:26vieux de trois siècles
00:45:27de survivre autant.
00:45:31Le château a conservé
00:45:32une copie
00:45:33de la carte originale
00:45:34de Waldseemuller.
00:45:41Berndtmeyer
00:45:41reste fasciné
00:45:42de voir que le monde
00:45:43y est représenté
00:45:44quasiment tel
00:45:45que nous le connaissons
00:45:46aujourd'hui.
00:45:50Sur le planisphère
00:45:51de près de 3 mètres carrés,
00:45:53la forme des continents
00:45:54déjà connus
00:45:55jusqu'alors,
00:45:56l'Asie,
00:45:57l'Afrique
00:45:57et l'Europe
00:45:58est relativement fidèle
00:45:59à la réalité.
00:46:02En revanche,
00:46:03reproduire le nouveau continent
00:46:05est totalement inédit.
00:46:06Les contours exacts
00:46:08de l'Amérique
00:46:08sont encore inconnus
00:46:10du cartographe,
00:46:11qui la représentent
00:46:12donc sous forme
00:46:13d'une longue bande étroite.
00:46:15Il convoque
00:46:16comme père spirituel
00:46:17de son œuvre
00:46:18le savant grec
00:46:19Claude Ptolémée,
00:46:20ainsi que le navigateur
00:46:22Amerigo Vespucci,
00:46:24dont il donne
00:46:25le nom au continent.
00:46:29Dès sa découverte
00:46:30au château de Wolfèque,
00:46:32la carte suscite
00:46:33un vif intérêt.
00:46:37Durant des décennies,
00:46:38les États-Unis
00:46:39ont essayé
00:46:40de récupérer
00:46:40le planisphère
00:46:41de Waldseemuller.
00:46:42Mais il n'y parvenait pas
00:46:44car il figurait
00:46:44sur la liste
00:46:45du patrimoine
00:46:46culturel allemand
00:46:47protégé.
00:46:49Il leur aura fallu
00:46:50attendre le chancelier
00:46:51Gerhard Schröder
00:46:52pour obtenir
00:46:53l'autorisation
00:46:54de transfert.
00:46:56Je l'ai personnellement
00:46:57acheminé aux États-Unis
00:46:58dans une petite valise noire.
00:47:00Et ce jour
00:47:01où j'ai pu apporter
00:47:02à Washington
00:47:02l'acte de naissance
00:47:04de l'Amérique
00:47:04restera à jamais
00:47:05gravé dans ma mémoire.
00:47:10Les États-Unis
00:47:11ont déboursé
00:47:12la somme
00:47:12de 10 millions de dollars
00:47:13pour cette map-monde.
00:47:15Il s'agit
00:47:15de l'œuvre cartographique
00:47:17la plus chère
00:47:17au monde à ce jour.
00:47:22Aujourd'hui,
00:47:23l'arpentage du monde
00:47:24a fait d'incroyables progrès.
00:47:26On mesure
00:47:27non seulement
00:47:28des continents
00:47:28ou des pays,
00:47:29mais également
00:47:30des processus
00:47:31et des changements
00:47:32que l'on peut observer
00:47:33partout sur la planète.
00:47:36Nous prenons maintenant
00:47:37des mesures
00:47:38de l'atmosphère,
00:47:39cette couche d'air
00:47:40qui enveloppe la Terre.
00:47:42C'est justement
00:47:43la mission
00:47:43d'un projet
00:47:44de haute technologie
00:47:45au fin fond
00:47:46de la forêt tropicale
00:47:48brésilienne.
00:47:51La forêt amazonienne
00:47:53est le poumon vert
00:47:54de notre planète.
00:47:55Il s'agit
00:47:56de la plus vaste région
00:47:57sylvestre tropicale
00:47:59d'un seul tenant
00:47:59qui existe au monde.
00:48:01Elle recouvre
00:48:02huit fois et demi
00:48:03la surface de la France.
00:48:05Les scientifiques
00:48:06supposent que la forêt
00:48:07joue un rôle clé
00:48:08dans le climat mondial,
00:48:09celui de plus grand
00:48:10stocker de gaz
00:48:11à effet de serre.
00:48:15Deux chercheurs allemands,
00:48:17Christopher Polker
00:48:18et Florian Ditas,
00:48:20se trouvent
00:48:20sur un affluent
00:48:21de l'Amazone.
00:48:22Pour le compte
00:48:23de l'institut
00:48:24Max Planck
00:48:24de Mayence,
00:48:25ils se rendent
00:48:26à une station
00:48:27de mesure unique
00:48:28au monde
00:48:28en plein cœur
00:48:29de la jungle.
00:48:33Avec ses 325 mètres
00:48:35de haut,
00:48:36la tour Atto
00:48:37est la plus haute
00:48:38tour climatologique
00:48:39du monde.
00:48:40Elle dépasse même
00:48:41la tour Eiffel
00:48:42d'un mètre,
00:48:43une plateforme idéale
00:48:44pour effectuer
00:48:45des mesures.
00:48:51Les chercheurs
00:48:52s'enfoncent
00:48:53au plus profond
00:48:53de la forêt amazonienne
00:48:55dont ils veulent étudier
00:48:56l'influence
00:48:57sur l'atmosphère.
00:48:58Le trajet leur donne
00:49:00un avant-goût
00:49:00des semaines à venir
00:49:01au milieu
00:49:02de la forêt primaire.
00:49:13Atto,
00:49:14pour Amazon
00:49:15Tall Tower Observatory,
00:49:17est un projet
00:49:18germano-brésilien.
00:49:20Loin de toute
00:49:21interférence humaine,
00:49:22il est ici possible
00:49:24d'étudier
00:49:24l'atmosphère
00:49:25en profondeur.
00:49:33Les logements
00:49:34sont spartiates,
00:49:35mais pas de quoi
00:49:36entamer
00:49:36l'entrain
00:49:37des scientifiques.
00:49:43Je me réjouis
00:49:44à chaque fois
00:49:44de venir ici.
00:49:46C'est presque
00:49:46devenu une seconde maison.
00:49:48Ce site de recherche
00:49:49a cela de fascinant
00:49:50qu'on se retrouve
00:49:51devant cette infrastructure
00:49:52moderne unique au monde
00:49:53avec sa tour vertigineuse
00:49:55et sa technologie
00:49:56de mesure élaborée
00:49:57alors qu'on est perdu
00:49:58au fin fond
00:49:59de la forêt primaire.
00:50:03Effectuer des recherches
00:50:04dans un endroit
00:50:05du monde si reculé
00:50:06est un véritable privilège.
00:50:09Et voir cette tour
00:50:10surgir au milieu
00:50:11de nulle part
00:50:12impressionne toujours.
00:50:18Elle va servir
00:50:19de base aux scientifiques
00:50:20de Mayence
00:50:21qui veulent y installer
00:50:22leurs instruments.
00:50:23Il leur faut d'abord
00:50:25comprendre
00:50:25ce qui se joue
00:50:26réellement
00:50:27dans le bassin amazonien
00:50:28avant de pouvoir
00:50:30tirer des conclusions
00:50:31concrètes
00:50:31sur l'influence
00:50:32de la forêt tropicale
00:50:33sur le climat mondial.
00:50:36Leur recherche
00:50:37se concentre
00:50:38sur des corps
00:50:38extrêmement petits
00:50:40mais d'une importance
00:50:41cruciale,
00:50:42les aérosols.
00:50:43Ces micro-particules
00:50:45à peine visibles
00:50:46sont présentes
00:50:47partout dans l'air.
00:50:48Certaines sont
00:50:49purement naturelles
00:50:50comme les pollens
00:50:51ou les grains de sable.
00:50:52D'autres
00:50:52sont dus
00:50:53à l'activité humaine
00:50:54comme la suie
00:50:55ou les particules fines.
00:50:57Les aérosols
00:50:58remplissent une fonction
00:50:59essentielle,
00:51:01stimuler la formation
00:51:02de nuages.
00:51:03Ils fournissent
00:51:04une surface
00:51:05sur laquelle
00:51:05l'eau peut se condenser.
00:51:08Première étape
00:51:08à la formation
00:51:09de gouttelettes
00:51:10puis de précipitations.
00:51:17L'Amazonie
00:51:18est un écosystème
00:51:19unique
00:51:19et très complexe
00:51:20dont nous savons
00:51:21encore assez peu
00:51:21de choses.
00:51:22Nous cherchons donc
00:51:23à comprendre
00:51:24comment il fonctionne,
00:51:25quel rôle il joue
00:51:26dans le climat mondial
00:51:27et comment les changements
00:51:28de ce dernier
00:51:29l'affectent à leur tour.
00:51:32Une mission
00:51:33de longue haleine.
00:51:35L'ambitieux projet
00:51:36de recherche
00:51:37dans la forêt
00:51:37tropicale brésilienne
00:51:39doit s'étaler
00:51:39sur des décennies.
00:51:41Ces mesures
00:51:42sur le long terme
00:51:43devraient fournir
00:51:44des données fiables
00:51:45et ainsi permettre
00:51:46de mieux comprendre
00:51:47ce fragile écosystème.
00:52:02Le lendemain matin.
00:52:04Aujourd'hui,
00:52:05les scientifiques
00:52:06montent à 320 mètres
00:52:07d'altitude
00:52:08pour installer
00:52:09leur instrument
00:52:09le plus important
00:52:10un spectromètre
00:52:12à aérosol.
00:52:15Au cours des 20
00:52:17à 30 prochaines années,
00:52:19ils devraient récolter
00:52:20en continu
00:52:20des données
00:52:21sur la dispersion
00:52:22des aérosols
00:52:23dans l'atmosphère
00:52:23au-dessus
00:52:24de la forêt amazonienne.
00:52:33Nous sommes épuisés
00:52:34mais heureux
00:52:35de pouvoir enfin
00:52:36installer nos appareils
00:52:37de mesure
00:52:37sur cette plateforme
00:52:38afin d'analyser
00:52:39la qualité de l'air
00:52:40au fil des saisons.
00:52:42Durant celle des pluies,
00:52:43l'atmosphère est très propre
00:52:44et relativement préservée
00:52:45de l'influence humaine.
00:52:46Ce qui est très intéressant
00:52:47pour nous
00:52:48car cela nous donne
00:52:49une idée
00:52:49de ce qu'elle était
00:52:50à l'air pré-industriel.
00:52:52Durant la saison sèche,
00:52:53en revanche,
00:52:53l'atmosphère est plutôt sale
00:52:55en raison des nombreux
00:52:56feux de déforestation.
00:52:57Donc nous étudions
00:52:58le contraste
00:52:59entre les deux saisons
00:53:00afin d'évaluer
00:53:01l'impact humain
00:53:01sur cette région.
00:53:04Le bassin amazonien
00:53:06est un laboratoire
00:53:07à ciel ouvert
00:53:08pour les scientifiques
00:53:09et ce site
00:53:10n'a pas été choisi
00:53:11au hasard.
00:53:12Il est particulièrement
00:53:14aisé d'y étudier
00:53:15l'atmosphère
00:53:16car il se trouve
00:53:17à 150 km
00:53:18de Manaos,
00:53:19loin de toute civilisation.
00:53:21La recherche au sujet
00:53:22de l'influence
00:53:23des nuages
00:53:24sur le climat mondial
00:53:25n'en est encore
00:53:26qu'à ses débuts.
00:53:27On sait que les nuages
00:53:28peuvent refroidir
00:53:29l'atmosphère
00:53:30mais aussi la réchauffer.
00:53:32Des questions centrales
00:53:33demeurent cependant.
00:53:35Quand se forme-t-il ?
00:53:36Quand se dissipe-t-il ?
00:53:37Quand apporte-t-il
00:53:39de la pluie ?
00:53:40La forêt tropicale
00:53:41dispose d'une végétation
00:53:42luxuriante
00:53:43et d'une impressionnante
00:53:45couverture nuageuse
00:53:46qui évite à notre planète
00:53:47de se réchauffer
00:53:48encore davantage.
00:53:50Toutes les données
00:53:50récoltées sont compilées
00:53:52dans les laboratoires
00:53:53au pied de la tour.
00:53:54Chaque jour,
00:53:55elles sont envoyées
00:53:56par satellite à Mayence.
00:53:58Là, les scientifiques
00:53:58peuvent alors procéder
00:53:59à des modélisations
00:54:00de l'atmosphère.
00:54:07Nous espérons que nos recherches
00:54:08contribueront à améliorer
00:54:10nos modèles climatiques
00:54:11et nous aideront
00:54:12à mieux comprendre
00:54:12le climat mondial.
00:54:14Nous aimerions également
00:54:15contribuer à la protection
00:54:16de cet écosystème unique
00:54:18en fournissant des données
00:54:19qui permettront aux politiques
00:54:20de prendre des décisions fortes.
00:54:23En ce début de 21e siècle,
00:54:26l'épuisement de notre planète
00:54:28est une préoccupation majeure.
00:54:29Des données fiables
00:54:31concernant l'influence humaine
00:54:33sur l'environnement
00:54:34pourraient permettre
00:54:35d'engager des changements
00:54:36bénéfiques pour la Terre.
00:54:39La forêt amazonienne
00:54:40est bien loin de nous,
00:54:41mais le changement climatique,
00:54:42lui, est à nos portes.
00:54:44Et si aujourd'hui,
00:54:45le projet ATO
00:54:46consiste à mesurer l'atmosphère,
00:54:48au 16e siècle,
00:54:50l'arpentage de la planète
00:54:51soulevait des problèmes
00:54:52et des considérations
00:54:53bien plus terre à terre.
00:54:56Et pour en parler,
00:54:58quel meilleur endroit
00:54:59que la British Library,
00:55:01l'une des plus importantes
00:55:03bibliothèques de recherche au monde.
00:55:05On trouve ici des cartes
00:55:07du monde très anciennes,
00:55:08antérieures à la découverte
00:55:09de l'Amérique.
00:55:10Ces cartes sont magnifiques,
00:55:13mais fausses.
00:55:16Les cartographes de l'époque
00:55:17se heurtaient à une difficulté.
00:55:19comment transposer un globe
00:55:21comme celui-ci
00:55:21sur une carte comme celle-là.
00:55:25Résoudre ce problème
00:55:26constituerait une véritable avancée,
00:55:28surtout pour les marins.
00:55:29Car quand j'effectue
00:55:30un trajet sur la Terre,
00:55:32je me déplace toujours
00:55:33en arc de cercle
00:55:34en raison de la courbure du globe.
00:55:36Pour naviguer,
00:55:37j'ai besoin de lignes
00:55:39et pour les dessiner,
00:55:40d'une carte.
00:55:43Tout le problème est là
00:55:44et c'est en Allemagne
00:55:46qu'il va être résolu.
00:55:50En 1568,
00:55:51personne ne se doute encore
00:55:53que la ville de Duisbourg
00:55:54va bientôt être indissociable
00:55:56du nom de l'un
00:55:57des plus grands cartographes.
00:55:59Gerhard Kremer,
00:56:01dit Mercator.
00:56:02Ce partisan de Martin Luther
00:56:04a fui sa Flandre natale
00:56:06où il était victime
00:56:07de persécutions.
00:56:09Ici,
00:56:10il peut se concentrer
00:56:11pleinement sur son travail.
00:56:13Depuis des années,
00:56:15il poursuit un projet ambitieux,
00:56:17réaliser une carte du monde
00:56:19adaptée aux besoins des marins.
00:56:21A l'époque,
00:56:23les navigateurs
00:56:23s'aventurent toujours
00:56:24plus loin sur les océans.
00:56:26Cependant,
00:56:27aucune carte
00:56:28ne leur permet
00:56:29de naviguer en haute mer
00:56:30de manière sûre.
00:56:31De nombreux capitaines
00:56:33se perdent en chemin
00:56:34et ne parviennent
00:56:35jamais à destination.
00:56:37Mercator se met donc
00:56:39en quête d'une solution
00:56:40et il a une idée lumineuse.
00:56:43A force d'innombrables
00:56:44calculs et tâtonnements,
00:56:46il parvient finalement
00:56:47à mettre en œuvre
00:56:48ce que l'on appellera
00:56:49la projection de Mercator,
00:56:51à savoir la transposition
00:56:53d'un globe en trois dimensions
00:56:54sur une carte bidimensionnelle.
00:56:57Pour ce faire,
00:56:58il forme un cylindre
00:56:59avec une feuille
00:57:00et le dispose autour du globe
00:57:02de manière tangente
00:57:03à l'équateur.
00:57:04Tous les points du globe
00:57:05sont reportés sur le papier
00:57:06à partir d'un centre
00:57:08de projection imaginaire
00:57:09situé au milieu de la Terre.
00:57:12Lorsqu'on déroule la feuille,
00:57:14apparaît alors
00:57:14une carte bidimensionnelle.
00:57:16La projection est conforme,
00:57:17c'est-à-dire qu'elle conserve
00:57:18les angles droits
00:57:19au point de croisement
00:57:20entre longitude et latitude.
00:57:22En revanche,
00:57:23elle fausse les proportions.
00:57:25Ainsi, le Groenland
00:57:26semble presque aussi vaste
00:57:28que l'Afrique.
00:57:31En 1569,
00:57:33un jalon est posé
00:57:34dans l'histoire
00:57:35de l'arpentage de la Terre
00:57:36lorsque Mercator
00:57:37présente enfin publiquement
00:57:39sa map-monde.
00:57:42Elle lui vaudra
00:57:43une renommée mondiale.
00:57:45La projection de Mercator
00:57:47présente en effet
00:57:48un avantage considérable.
00:57:50Pour la première fois,
00:57:51les marins sont en mesure
00:57:53de calculer le bon cap
00:57:54en fonction d'angles constants.
00:57:59Mercator était un véritable génie
00:58:01et il a mis au point
00:58:02une invention révolutionnaire.
00:58:04Nos planisphères actuelles
00:58:06ressemblent tous
00:58:07à ceux qu'il a réalisés
00:58:08à l'époque.
00:58:09Et voici l'original
00:58:10de son Atlas de l'Europe
00:58:12datant de 1570
00:58:13que je suis autorisé
00:58:15à feuilleter.
00:58:17La projection de Mercator
00:58:19ne correspond toutefois
00:58:20pas exactement
00:58:21à la réalité
00:58:22car dans beaucoup
00:58:23de régions,
00:58:23les proportions
00:58:24sont assez déformées.
00:58:26Nous nous y sommes
00:58:27néanmoins habitués
00:58:27depuis longtemps.
00:58:29Pour voir la Terre
00:58:30dans ses véritables proportions,
00:58:32il faut aller dans l'espace
00:58:33et la contempler
00:58:35dans sa globalité.
00:58:36C'est là qu'intervient
00:58:37le programme d'observation
00:58:39de la Terre
00:58:39appelé Copernicus.
00:58:43Il se compose
00:58:44de toute une flotte
00:58:45de satellites
00:58:46dont le but
00:58:47est de mesurer
00:58:47la planète
00:58:48sous divers angles.
00:58:49Et ce n'est pas sans raison
00:58:50qu'il porte le nom
00:58:51de sentinelle
00:58:52car il surveille
00:58:53beaucoup de choses.
00:58:55Chacune de ces sentinelles
00:58:57dispose de ses propres
00:58:58instruments de mesure
00:58:59à bord.
00:59:03Elles observent
00:59:04par exemple
00:59:04l'avancée
00:59:05ou le recul
00:59:05des glaces
00:59:06aux pôles.
00:59:07Elles enregistrent
00:59:08aussi les éruptions
00:59:09volcaniques,
00:59:10les glissements
00:59:11de terrain
00:59:11ou encore
00:59:12les inondations.
00:59:13Elles permettent
00:59:14également
00:59:14de documenter
00:59:15avec précision
00:59:16les modifications
00:59:17que connaissent
00:59:18la surface terrestre
00:59:19et la végétation.
00:59:23Ces satellites
00:59:24fournissent
00:59:25des informations
00:59:26sur la croissance
00:59:26des plantes
00:59:27et sur leur état
00:59:28de santé.
00:59:29Pour l'agriculture,
00:59:31cela représente
00:59:31un avantage inestimable.
00:59:33L'utilisation
00:59:34d'engrais
00:59:35et d'eau
00:59:35peut ainsi
00:59:36être beaucoup
00:59:37plus ciblée.
00:59:42Voici un terrain
00:59:43d'expérimentation
00:59:45agricole
00:59:45de l'Institut
00:59:46Julius Kuhn
00:59:47à Brunswick.
00:59:54Holger Lilienthal
00:59:55recueille lui aussi
00:59:56des données,
00:59:56mais sur le plancher
00:59:57des vaches.
01:00:02Si le chercheur
01:00:03désire par exemple
01:00:04connaître la biomasse
01:00:06du champ de maïs,
01:00:07il va devoir mesurer
01:00:08des feuilles au hasard
01:00:09à l'aide
01:00:09d'un spectromètre
01:00:10de terrain.
01:00:11Ces données
01:00:12seront ensuite
01:00:13comparées
01:00:13avec celles
01:00:14des satellites
01:00:14afin d'obtenir
01:00:16des résultats fiables.
01:00:23Nous sommes désormais
01:00:24capables
01:00:24de détecter
01:00:25très rapidement
01:00:26des disparités
01:00:26de croissance.
01:00:28En Afrique
01:00:28ou en Asie
01:00:29par exemple,
01:00:30si quelque chose
01:00:31ne pousse pas
01:00:31comme on l'espérait,
01:00:32nous pouvons immédiatement
01:00:34prendre les mesures
01:00:35d'aide
01:00:35qui s'imposent.
01:00:36Les données
01:00:37recueillies
01:00:38par les satellites
01:00:38sentinelles
01:00:39du programme
01:00:39Copernicus
01:00:40sont donc utiles
01:00:42pour la sécurité
01:00:42alimentaire mondiale.
01:00:44En les analysant,
01:00:46les chercheurs
01:00:47comme Holger Lilienthal
01:00:48sont à même
01:00:48de suivre
01:00:49l'évolution
01:00:49des cultures
01:00:50à la trace.
01:00:52Une avancée
01:00:53majeure
01:00:53pour les scientifiques
01:00:54mais aussi
01:00:55pour les agriculteurs.
01:01:02Ces satellites
01:01:03nous offrent
01:01:04de nouvelles perspectives
01:01:05pour la recherche.
01:01:07Désormais,
01:01:07nous serons enfin
01:01:08en mesure
01:01:09de suivre
01:01:09la croissance
01:01:10de la végétation.
01:01:12Nous pourrons voir
01:01:12ce qui change,
01:01:13notamment si la pousse
01:01:14démarre plus tôt
01:01:15ou si la récolte
01:01:16est plus tardive.
01:01:17Cela nous permettra
01:01:18de donner des conseils
01:01:19aux agriculteurs
01:01:20afin qu'ils s'adaptent
01:01:21aux changements climatiques
01:01:22comme semer
01:01:23plus tôt par exemple.
01:01:26Les sentinelles
01:01:28de l'ESSA
01:01:28surveillent non seulement
01:01:29les surfaces terrestres
01:01:30de notre planète
01:01:31mais aussi
01:01:32les océans.
01:01:34Leur principale mission
01:01:35consiste à mesurer
01:01:36avec précision
01:01:37le niveau de la mer.
01:01:39Les premiers résultats
01:01:40indiquent
01:01:40une indéniable
01:01:41montée des eaux
01:01:42de 3 mm par an.
01:01:49La surveillance
01:01:50du trafic maritime
01:01:51est-elle aussi
01:01:52entrée dans une nouvelle ère ?
01:01:54Malgré les nombreuses
01:01:55interdictions,
01:01:56les océans
01:01:57continuent d'être
01:01:58utilisés partout
01:01:59dans le monde
01:01:59comme une décharge
01:02:00illégale.
01:02:02Les 40 000 navires
01:02:03de commerce
01:02:03qui sillonnent
01:02:04les mers du globe
01:02:05rejettent dans les eaux
01:02:06des polluants
01:02:07de toutes sortes
01:02:08comme des eaux
01:02:09souillées d'hydrocarbures
01:02:10ou des déchets plastiques.
01:02:14Aujourd'hui,
01:02:15on n'imagine plus
01:02:16naviguer autour du monde
01:02:17sans GPS
01:02:18ni technologie satellite.
01:02:20Une telle avancée,
01:02:22les navigateurs
01:02:23en rêvaient
01:02:23depuis longtemps.
01:02:25Jusqu'au 18e siècle,
01:02:26ils éprouvaient
01:02:27de grandes difficultés
01:02:28à déterminer
01:02:29la position exacte
01:02:30de leur navire
01:02:31car ils ne disposaient
01:02:33pas d'horloge précise.
01:02:39Le temps est en effet
01:02:40crucial dans le calcul
01:02:42d'une longitude.
01:02:43Un capitaine
01:02:44qui quitte l'Angleterre
01:02:45en direction de l'ouest
01:02:46pour traverser l'Atlantique
01:02:48doit à tout moment
01:02:49connaître l'heure exacte
01:02:50du méridien de Greenwich.
01:02:52Là où il est,
01:02:53il peut savoir
01:02:54qu'il est midi
01:02:55lorsque le soleil
01:02:56est à son zénith.
01:02:57Il lui suffit alors
01:02:58de calculer la différence
01:03:00entre 7 heures
01:03:01et celle de Greenwich,
01:03:02en l'occurrence 3 heures
01:03:04pour déterminer
01:03:05avec précision
01:03:06sa longitude.
01:03:07A chaque heure
01:03:08de décalage horaire
01:03:09correspondent 15 degrés
01:03:10de longitude.
01:03:11Dans notre exemple,
01:03:12le bateau se trouve donc
01:03:14sur le 45e degré
01:03:15de longitude ouest.
01:03:17Tout cela semble
01:03:18bien simple en théorie,
01:03:20mais un gros problème
01:03:22subsistait.
01:03:23Tout bonnement
01:03:24parce que jusqu'au 18e siècle,
01:03:25les montres
01:03:26qui indiquent l'heure
01:03:27de manière fiable
01:03:27par vents et marées
01:03:28n'existaient pas encore.
01:03:30Ainsi, certains navires
01:03:32déviaient de leurs courses,
01:03:33fonçaient sur des récifs
01:03:34et sombrés.
01:03:36C'est pour cette raison
01:03:37qu'en 1714,
01:03:38le Parlement britannique
01:03:39a offert la faramineuse
01:03:41somme de 20 000 livres
01:03:42à quiconque viendrait
01:03:43à bout de ce problème.
01:03:47De quoi motivait
01:03:49le charpentier
01:03:49John Harrison
01:03:50qui toute sa vie
01:03:51a eu un faible
01:03:51pour les horloges.
01:03:54C'est ici,
01:03:55au musée du Royal Greenwich Observatory
01:03:58que l'on peut admirer
01:03:59son chronomètre de marine.
01:04:01Voici ses premiers chronomètres.
01:04:03De véritables
01:04:03masses d'ondes,
01:04:04tout sauf pratiques.
01:04:06Sans relâche,
01:04:07Harrison les retouches
01:04:08et les retouchent encore.
01:04:09Il parvient finalement
01:04:10à fabriquer une horloge
01:04:11qui indique l'heure
01:04:12avec précision
01:04:13et ce,
01:04:14même en haute mer.
01:04:16Le H4
01:04:17est l'une des plus grandes
01:04:18inventions de tous les temps.
01:04:20Ce chronomètre marin,
01:04:21quasiment en format de poche,
01:04:23permet de déterminer
01:04:24l'heure au niveau
01:04:25du méridien de Greenwich
01:04:26depuis n'importe où.
01:04:29Le problème du calcul
01:04:31des longitudes en mer
01:04:32est enfin résolu.
01:04:33L'ère des découvertes
01:04:35bat son plein.
01:04:36Et pourtant,
01:04:37sur tous les continents,
01:04:38d'énormes zones
01:04:39restent encore
01:04:40et toujours terra incognita.
01:04:42Les chercheurs et géomètres
01:04:43ne pénètrent que
01:04:44très lentement
01:04:45à l'intérieur des terres.
01:04:46Les savannes d'Afrique,
01:04:49les déserts d'Australie,
01:04:52les déserts d'Amérique,
01:04:56où les immenses étendues
01:04:58de la Sibérie
01:04:59restent encore à découvrir.
01:05:03Ce n'est qu'à la fin
01:05:05du XVIIIe siècle
01:05:06que l'exploration,
01:05:08l'arpentage
01:05:08et la cartographie
01:05:09de ces zones vierges
01:05:10sur les cartes
01:05:11prend véritablement
01:05:12son essor.
01:05:13Ainsi débute
01:05:14l'ère des explorateurs
01:05:16à vocation scientifique,
01:05:17au premier plan
01:05:18desquels
01:05:19Alexander von Humboldt,
01:05:21ce savant universel,
01:05:23considère qu'il n'existe
01:05:24aucune séparation nette
01:05:25entre les différentes
01:05:26disciplines scientifiques.
01:05:27Il cherche à comprendre
01:05:29et étudier le monde
01:05:30dans sa globalité.
01:05:31En 1799,
01:05:33il embarque pour un voyage
01:05:35de recherche de cinq ans
01:05:36en Amérique du Sud.
01:05:37Dans ses bagages,
01:05:39Humboldt emporte
01:05:4040 des instruments
01:05:41de mesure
01:05:41les plus modernes
01:05:42de son époque.
01:05:43Télescope,
01:05:44électromètre,
01:05:46thermomètre,
01:05:47sextant.
01:05:48L'infatigable chercheur
01:05:50mesure tout ce qui se présente
01:05:51à lui au cours
01:05:52de son expédition.
01:05:53Il couche aussi scrupuleusement
01:05:55toutes ses observations
01:05:56sur papier.
01:05:58Avec l'aide
01:05:59du botaniste français
01:06:00Aimé Bonplan,
01:06:01il étudie
01:06:02les plantes exotiques
01:06:03du continent.
01:06:06En observant
01:06:07une éclipse de lune,
01:06:08il parvient à calculer
01:06:09l'heure précise
01:06:10de l'endroit
01:06:11où il se trouve,
01:06:12à savoir la ville
01:06:13de Coumana
01:06:13dans l'actuelle Venezuela.
01:06:16Il lui est ainsi possible
01:06:17d'en déterminer
01:06:18la longitude
01:06:19et donc sa position exacte
01:06:21sur le continent.
01:06:23Humboldt fait également
01:06:24une surprenante découverte.
01:06:26Coumana se situe
01:06:2756 kilomètres
01:06:28plus au nord
01:06:29qu'on ne le pensait
01:06:30jusqu'alors.
01:06:31Grâce à ses observations,
01:06:33les cartes
01:06:33peuvent être corrigées.
01:06:41Son voyage
01:06:42de trois mois
01:06:43sur Lorénoch
01:06:44revêt une importance
01:06:45centrale
01:06:45dans son expédition.
01:06:47Comme souvent,
01:06:48Humboldt fait appel
01:06:49à différentes mesures
01:06:50géographiques
01:06:51pour fabriquer
01:06:52ses cartes.
01:06:56En 1800,
01:06:58il réalise
01:06:58une esquisse
01:06:59de toute la région
01:07:00de Lorénoch.
01:07:01Sa carte représente
01:07:02le cours
01:07:03du quatrième
01:07:03plus gros système
01:07:04fluvial
01:07:05de la planète.
01:07:06sans oublier
01:07:07les arêtes montagneuses
01:07:08qui l'environnent.
01:07:10Humboldt en arrive
01:07:11à une conclusion
01:07:11scientifique prometteuse.
01:07:13Partout,
01:07:14la composition du sol
01:07:15et le cours
01:07:16des rivières
01:07:17sont régis
01:07:17par des lois
01:07:18cohérentes
01:07:19et uniformes.
01:07:23Cette vision globale
01:07:24du monde
01:07:25fait de Humboldt
01:07:26un homme en avance
01:07:27sur son temps
01:07:28et influence
01:07:29notre compréhension
01:07:30actuelle de la nature
01:07:31et de l'interaction
01:07:32de tout ce qui la compose.
01:07:34De par sa méthode
01:07:35de travail,
01:07:36il est l'un des fondateurs
01:07:38des sciences naturelles
01:07:38modernes.
01:07:44L'ancienne zone
01:07:45de recherche
01:07:46de Humboldt
01:07:47se situe au nord-est
01:07:48de l'imposante
01:07:49cordillère des Andes.
01:07:50Ses montagnes
01:07:51sont également affectées
01:07:52par le réchauffement
01:07:53climatique.
01:07:54Alors les arpenteurs
01:07:56modernes
01:07:56entrent en scène.
01:07:59Christopher Schneider
01:08:00est géographe
01:08:01à l'université
01:08:02Humboldt
01:08:03de Berlin.
01:08:04Avec une équipe
01:08:05internationale
01:08:06de chercheurs,
01:08:07il est venu effectuer
01:08:08des mesures
01:08:08dans la partie montagneuse
01:08:09de la Patagonie
01:08:10sur le glacier gris.
01:08:15Long de près
01:08:16de 20 kilomètres,
01:08:17le gris est l'un
01:08:18des plus gros glaciers
01:08:19de la région.
01:08:20Il fait partie
01:08:21du gigantesque bouclier
01:08:23de glace
01:08:23qui recouvre
01:08:24la partie méridionale
01:08:25des Andes
01:08:26et dont la taille
01:08:27se réduit
01:08:27comme peau de chagrin.
01:08:34Le champ de glace
01:08:35du sud
01:08:36de la Patagonie
01:08:36est un vestige
01:08:38de la dernière glaciation.
01:08:40Il y a 14 000 ans,
01:08:41il était nettement
01:08:42plus imposant
01:08:43qu'aujourd'hui.
01:08:44Bien qu'il fonde
01:08:45en permanence,
01:08:46il compte encore
01:08:47parmi les plus grandes
01:08:48surfaces glacées
01:08:49du monde.
01:08:52Cette calotte
01:08:53glaciaire
01:08:54recouvre
01:08:54près de 22 000
01:08:55kilomètres carrés,
01:08:5611 fois la surface
01:08:58de tous les glaciers
01:08:59alpins réunis.
01:09:08Les glaciers
01:09:09sont les témoins
01:09:10du climat de la planète.
01:09:12Les chercheurs
01:09:13veulent observer
01:09:13leur dynamique
01:09:14et participer ainsi
01:09:15à l'évaluation
01:09:16du changement
01:09:17climatique global.
01:09:18Pour ce faire,
01:09:20il est essentiel
01:09:21de contrôler
01:09:22et mesurer
01:09:23régulièrement
01:09:23le glacier.
01:09:30Il s'agit
01:09:32de comprendre
01:09:32comment le climat
01:09:34et le glacier
01:09:34gris interagissent,
01:09:36comment les changements
01:09:37climatiques
01:09:37affectent le bilan
01:09:38de masse du glacier.
01:09:40Alors nous serons
01:09:41plus à même
01:09:42de savoir
01:09:42dans quelle mesure
01:09:43l'ensemble
01:09:44de la calotte
01:09:44glaciaire du sud
01:09:45de la Patagonie
01:09:47contribue
01:09:47à la montée
01:09:48du niveau
01:09:48de la mer.
01:09:52Pour connaître
01:09:53le niveau
01:09:53de réduction
01:09:54de la taille
01:09:54du glacier,
01:09:56les chercheurs
01:09:56y enfoncent
01:09:57ces tiges,
01:09:58une méthode simple
01:09:59mais qui a fait
01:09:59ses preuves
01:10:00partout dans le monde.
01:10:01Une fois mesuré
01:10:02avec précision
01:10:03la partie
01:10:03qui dépasse
01:10:04de la glace,
01:10:05il sera aisé
01:10:06de calculer
01:10:07la baisse
01:10:07de niveau
01:10:07lors de futures
01:10:08mesures de contrôle.
01:10:11Ces dernières années,
01:10:13le glacier
01:10:14a perdu 6 mètres
01:10:14de hauteur
01:10:15par an
01:10:15au niveau
01:10:16de sa langue.
01:10:20Les tiges
01:10:21permettent
01:10:21également
01:10:22de déterminer
01:10:22la vitesse
01:10:23à laquelle
01:10:23la glace
01:10:24se déplace
01:10:25vers le front
01:10:25du glacier.
01:10:27Leur position
01:10:27est contrôlée
01:10:28et enregistrée
01:10:28en continu
01:10:29par GPS.
01:10:36Pour compléter
01:10:37le dispositif
01:10:38de mesure,
01:10:39les scientifiques
01:10:40ont installé
01:10:40un appareil
01:10:41photographique
01:10:42qui prend
01:10:42un cliché
01:10:43du front
01:10:43du glacier
01:10:44toutes les deux heures.
01:10:45un processus
01:10:47de longue haleine.
01:10:55Ces images
01:10:56des chercheurs
01:10:57de l'université
01:10:57Humboldt
01:10:58montrent
01:10:59dans quelle proportion
01:11:00le glacier
01:11:01velle dans la mer.
01:11:03Chaque jour,
01:11:04la glace avance
01:11:05de 3 mètres 50,
01:11:06soit 1,3 kilomètre
01:11:08par an.
01:11:09Tout cela
01:11:10permet également
01:11:10de calculer
01:11:11si le glacier
01:11:12perd de la masse
01:11:12et en quelle quantité.
01:11:17Je crois
01:11:18que l'heure
01:11:18fatidique approche
01:11:19et qu'il est temps
01:11:20d'agir.
01:11:21Nous n'avons plus
01:11:22une minute à perdre
01:11:23pour adapter
01:11:24notre civilisation
01:11:25au changement climatique,
01:11:26c'est-à-dire
01:11:27pour réduire
01:11:28nos émissions.
01:11:31Ces glaciers
01:11:32illustrent parfaitement
01:11:33la vitesse
01:11:33à laquelle
01:11:34la Terre
01:11:34peut changer
01:11:35lorsque l'être humain
01:11:36dépasse les limites.
01:11:39Et le glacier
01:11:41gris
01:11:41n'est qu'un
01:11:42des nombreux glaciers
01:11:43en train de fondre
01:11:44sur notre planète.
01:11:51Hier comme aujourd'hui,
01:11:53l'arpentage
01:11:54de la Terre
01:11:54est non seulement
01:11:55une question de science,
01:11:56mais avant tout
01:11:57de pouvoir.
01:11:58À la fin du XVIIe siècle,
01:12:00par exemple,
01:12:01Louis XIV,
01:12:02désireux de connaître
01:12:03l'étendue réelle
01:12:04de son territoire,
01:12:05a fait mesurer
01:12:06la France.
01:12:09Les résultats
01:12:10que le grand géomètre
01:12:11Cassini
01:12:12lui a présentés
01:12:13n'ont pas dû lui plaire,
01:12:15car d'après
01:12:16ces mesures,
01:12:17la France
01:12:19était bien plus petite
01:12:21que le roi
01:12:24ne le pensait.
01:12:27Les méthodes
01:12:29d'arpentage
01:12:29n'ont pas fondamentalement
01:12:30changé au cours
01:12:31des derniers siècles,
01:12:32mais les instruments,
01:12:33eux, ont évolué.
01:12:36De nos jours,
01:12:37on peut mesurer,
01:12:38je n'irai pas jusqu'à dire
01:12:39en un éclair,
01:12:40mais relativement rapidement,
01:12:42la surface
01:12:42de Hyde Park.
01:12:46Lorsqu'au début
01:12:47du XIXe siècle,
01:12:49les Anglais
01:12:50ont commencé
01:12:51à mesurer
01:12:51l'étendue
01:12:52de leur colonie indienne,
01:12:54un sous-continent
01:12:55tout entier,
01:12:58on utilisait encore
01:12:59un véritable géant.
01:13:03un théodolite.
01:13:05Malgré ses 500 kilos,
01:13:07l'instrument est alors
01:13:08à la pointe
01:13:09de la technologie.
01:13:10Il constitue
01:13:11la clé du succès
01:13:12de la grande triangulation
01:13:14des Indes.
01:13:15Ce projet pharaonique,
01:13:17initié par
01:13:18William Lampton,
01:13:19est repris en 1823
01:13:21par l'arpenteur
01:13:22George Everest.
01:13:25S'étant distingué
01:13:26dans l'équipe
01:13:27de Lampton,
01:13:28Everest se voit
01:13:29promu au rang
01:13:30d'arpenteur général
01:13:31des Indes
01:13:32à la mort
01:13:33de ce dernier.
01:13:36Le théodolite
01:13:38est l'élément central
01:13:39des opérations
01:13:39d'arpentage.
01:13:41Sans cet instrument
01:13:42de mesure scientifique,
01:13:43impossible de cartographier
01:13:45l'immense territoire
01:13:46des Indes.
01:13:47Grâce à lui,
01:13:48Everest peut viser
01:13:49des points très distants
01:13:50et mesurer
01:13:51des angles précis.
01:13:52deux choses fondamentales
01:13:54dans la procédure
01:13:55de triangulation.
01:13:59D'abord,
01:14:00on mesure
01:14:01la distance exacte
01:14:02entre deux points
01:14:03de mesure définis
01:14:04à l'avance,
01:14:04afin de connaître
01:14:05la longueur
01:14:06de cette ligne
01:14:06de référence.
01:14:08On part ensuite
01:14:09de ces deux points
01:14:10pour en cibler
01:14:11un troisième
01:14:12avec le théodolite.
01:14:13Puis,
01:14:14on enchaîne
01:14:15les triangles.
01:14:16À partir de ces triangles
01:14:18et de formules
01:14:19mathématiques,
01:14:20les géomètres
01:14:20de l'époque
01:14:21peuvent alors calculer
01:14:22avec précision
01:14:23l'immense surface
01:14:24des Indes.
01:14:27Dès 1802,
01:14:29les Britanniques
01:14:29déploient des efforts
01:14:30intenses
01:14:31pour prendre
01:14:31les mesures
01:14:32de leur colonie.
01:14:34Afin de gagner du temps,
01:14:36ils vont même
01:14:36jusqu'à installer
01:14:37leur station de mesure
01:14:38directement sur
01:14:39des temples sacrés,
01:14:40ce qui déplait
01:14:41aux Indous.
01:14:43les Britanniques
01:14:44doivent également
01:14:45affronter
01:14:45des problèmes
01:14:46de santé.
01:14:47Dans la jungle
01:14:48tropicale,
01:14:49ils contractent
01:14:50de nombreuses
01:14:51maladies infectieuses.
01:14:52George Everest
01:14:53n'y échappe pas.
01:14:55Pour lui,
01:14:55ce sera la malaria.
01:14:57C'est presque
01:14:58un miracle
01:14:58qu'il survive
01:14:59et puisse poursuivre
01:15:00ses travaux
01:15:01d'arpentage.
01:15:02Dans la jungle,
01:15:04il a vu
01:15:04la mort de près.
01:15:11Everest organise
01:15:12délibérément
01:15:13les opérations
01:15:13d'arpentage
01:15:14durant les mois
01:15:15de la mousson.
01:15:16La visibilité
01:15:17y est meilleure
01:15:18pour apercevoir
01:15:19les tours de mesure
01:15:20car la pluie
01:15:21nettoie l'atmosphère
01:15:22poussiéreuse
01:15:23qui règne
01:15:23durant la saison sèche.
01:15:26L'audacieux géomètre
01:15:28sait pertinemment
01:15:29que le risque
01:15:30de malaria
01:15:30est accru
01:15:31durant la saison
01:15:32des pluies.
01:15:33Il va payer cher
01:15:34sa témérite.
01:15:36Lui et nombre
01:15:37de ses hommes
01:15:37attrapent une forte fièvre.
01:15:39Ils doivent cesser
01:15:40leurs travaux
01:15:41sur le champ.
01:15:42L'expédition
01:15:43tourne au fiasco.
01:15:51George Everest
01:15:52ne reviendra
01:15:53aux Indes
01:15:53que trois ans plus tard.
01:15:55En pleine santé
01:15:57et ayant recouvré
01:15:58toutes ses forces,
01:15:59il reprend son projet
01:16:00d'arpentage.
01:16:05Mais pour l'ambitieux chercheur,
01:16:07les travaux
01:16:08n'avancent pas
01:16:09assez vite.
01:16:09Le sous-continent
01:16:11indien
01:16:11est tout simplement
01:16:12trop vaste
01:16:13pour obtenir
01:16:14des résultats rapides.
01:16:15Afin d'accélérer
01:16:16la manœuvre,
01:16:18Everest fait installer
01:16:19des tours de mesure
01:16:19à des distances
01:16:20accrues.
01:16:25Néanmoins,
01:16:26cette idée
01:16:27pose un nouveau problème.
01:16:29Aucun instrument
01:16:30ne parvient
01:16:31à repérer
01:16:31la tour
01:16:32qui l'a fait élever
01:16:32à 72 kilomètres
01:16:34de la précédente.
01:16:36Everest espère
01:16:37pouvoir contourner
01:16:38cette difficulté
01:16:39avec un stratagème
01:16:40aussi simple
01:16:41qu'ingénieux.
01:16:46Il ordonne
01:16:47à son assistant
01:16:48d'allumer
01:16:49au sommet de la tour
01:16:50un feu
01:16:50qui devrait être visible
01:16:52à des kilomètres
01:16:53à la ronde.
01:17:00Effectivement,
01:17:01au crépuscule,
01:17:03l'arpenteur général
01:17:04parvient enfin
01:17:05à cibler
01:17:05un minuscule point lumineux
01:17:07dans le lointain
01:17:08avec son théodolite.
01:17:18Georges Everest
01:17:19a apporté
01:17:20une amélioration
01:17:21cruciale
01:17:21à la méthode
01:17:22de triangulation
01:17:23de l'époque.
01:17:24Dès lors,
01:17:25les mesures
01:17:26pourront être
01:17:27prises en soirée
01:17:28durant la saison sèche.
01:17:42Cette grande victoire
01:17:43bénéficiera également
01:17:44à ses successeurs
01:17:46qui vont ainsi
01:17:47mesurer
01:17:47jusqu'à l'Himalaya.
01:17:49D'après leurs calculs,
01:17:50le plus haut pic
01:17:51s'élève
01:17:52à 8840 mètres,
01:17:54soit seulement
01:17:558 mètres de moins
01:17:56que la réalité.
01:17:56en l'honneur
01:17:58du célèbre géomètre
01:17:59des Indes,
01:18:00le sommet
01:18:00est baptisé
01:18:01Mont Everest.
01:18:04Après la mesure
01:18:05de l'Himalaya,
01:18:06l'exploration
01:18:07des pôles
01:18:08constitue
01:18:09la dernière
01:18:09grande mission
01:18:10des arpenteurs.
01:18:14Les explorateurs
01:18:16et les chercheurs
01:18:16ne s'aventurent
01:18:17dans les déserts
01:18:18de glace infinie
01:18:19des régions polaires
01:18:20qu'au seuil
01:18:20du XXe siècle.
01:18:22Norvégiens
01:18:23et Britanniques
01:18:24se livrent alors
01:18:25une course acharnée
01:18:26pour atteindre
01:18:27le pôle sud,
01:18:28une véritable
01:18:29démonstration
01:18:30de force.
01:18:36C'est finalement
01:18:37le chercheur
01:18:38norvégien
01:18:39Roald Amundsen
01:18:40qui sera
01:18:41le premier homme
01:18:42à y parvenir
01:18:43le 14 décembre
01:18:441911
01:18:45avec quatre
01:18:46de ses compagnons.
01:18:48Pour marquer
01:18:49son triomphe,
01:18:50il y plante
01:18:51le drapeau norvégien.
01:18:57Cette vision
01:18:58a dû être
01:18:58un crève-cœur
01:18:59pour son adversaire
01:19:00britannique
01:19:01Robert Falcon Scott
01:19:02qui n'atteint
01:19:03le pôle sud
01:19:04à bout de force
01:19:05que 34 jours
01:19:07plus tard.
01:19:08Sur le chemin
01:19:09du retour,
01:19:10lui et ses quatre
01:19:10compagnons
01:19:11paieront de leur vie
01:19:12leur expédition.
01:19:22Tout comme
01:19:23les régions polaires,
01:19:24les zones désertiques
01:19:26de notre planète
01:19:27n'ont cessé
01:19:27de changer
01:19:28de physionomie
01:19:28tout au long
01:19:29de l'histoire
01:19:29de la Terre.
01:19:40L'eau joue
01:19:41un rôle décisif
01:19:42dans ces changements
01:19:43et en ces temps
01:19:44de réchauffement
01:19:45climatique global,
01:19:47il est intéressant
01:19:48de se pencher
01:19:49sur la situation
01:19:49de cet élément
01:19:50vital
01:19:51dans les régions
01:19:52désertiques.
01:19:54Kai Hartmann
01:19:55et Frank Riedel
01:19:56étudient un lac
01:19:58préhistorique
01:19:58asséché depuis
01:19:59plusieurs milliers
01:20:00d'années.
01:20:02Nous nous trouvons
01:20:03dans le nord
01:20:04du Kalaari,
01:20:05le pays sans eau.
01:20:08Des indices
01:20:09indiquent cependant
01:20:09que les hommes
01:20:10de l'âge de pierre
01:20:11évoluaient dans
01:20:11un environnement
01:20:12totalement différent
01:20:13et riches en eau.
01:20:17il faut faire preuve
01:20:18d'un peu
01:20:19d'imagination
01:20:19pour se représenter
01:20:20un lac
01:20:21dans cette région
01:20:22aride.
01:20:25Soumise
01:20:25à l'intense
01:20:26rayonnement solaire,
01:20:27l'eau du Kalaari
01:20:28s'évapore très rapidement.
01:20:30Si les précipitations
01:20:31ne viennent pas
01:20:32compenser l'évaporation,
01:20:33un plan d'eau
01:20:34disparaît relativement
01:20:36rapidement.
01:20:37C'est ce qui est arrivé
01:20:38au lac Tzodilo,
01:20:39qui se serait asséché
01:20:40il y a environ
01:20:4120 000 ans.
01:20:45Les scientifiques
01:20:46veulent le reconstituer
01:20:47et le mesurer
01:20:49afin de comprendre
01:20:50la dynamique aquatique
01:20:51de cette partie
01:20:52du Kalaari.
01:20:54Où se situait
01:20:55le rivage ?
01:20:56Quel était
01:20:57le niveau de l'eau
01:20:58et quels affluents
01:20:59ont alimenté le lac ?
01:21:01Telles sont
01:21:01les principales questions
01:21:02auxquelles
01:21:03ils devront répondre.
01:21:05Pour obtenir
01:21:07des données fiables
01:21:07sur la zone,
01:21:09rien de tel
01:21:09que la géolocalisation
01:21:11par satellite.
01:21:13Les scientifiques
01:21:14berlinois
01:21:14comparent les informations
01:21:16récoltées
01:21:16avec les images
01:21:17satellites de la région.
01:21:19Une méthode
01:21:20de mesure moderne
01:21:21avec une aide
01:21:22venue de l'espace.
01:21:26Les mesures
01:21:27effectuées
01:21:27nous permettent
01:21:28de reconstituer
01:21:29très précisément
01:21:29l'étendue
01:21:30et la profondeur
01:21:31qu'a eu ce lac.
01:21:33Nous pouvons ainsi
01:21:34générer une modélisation
01:21:35afin de voir
01:21:36quelle quantité
01:21:36d'eau il contenait
01:21:37et combien de précipitations
01:21:39étaient nécessaires
01:21:40afin qu'ils conservent
01:21:41sa taille.
01:21:44La région
01:21:45était autrefois
01:21:46peuplée,
01:21:47comme le prouve
01:21:47l'histoire des Sannes,
01:21:49l'un des plus anciens
01:21:50peuples d'Afrique
01:21:51qui vit ici
01:21:52depuis plusieurs dizaines
01:21:54de milliers d'années.
01:22:01Avec leurs collègues
01:22:02de l'Université internationale
01:22:04des sciences et technologies
01:22:05du Botswana,
01:22:06les chercheurs
01:22:07installent des géophones.
01:22:12Ces instruments
01:22:13vont les renseigner
01:22:13sur les couches géologiques
01:22:15du sous-sol
01:22:15de l'ancien lac.
01:22:16Pour commencer,
01:22:17les scientifiques
01:22:18se servent
01:22:18de cet appareil
01:22:19qui fonctionne
01:22:20un peu comme
01:22:20un marteau-piqueur
01:22:21pour propager
01:22:22des ondes de choc
01:22:23dans la Terre.
01:22:24Ensuite,
01:22:25les géophones
01:22:26captent ces dernières
01:22:27qui leur permettent
01:22:28de déterminer
01:22:29la densité du terrain.
01:22:31Ils fournissent
01:22:31des informations
01:22:32sur la profondeur
01:22:33et la structure
01:22:33du lac préhistorique.
01:22:36Afin de découvrir
01:22:37les différentes phases
01:22:38par lesquelles
01:22:39le lac Tzodilo
01:22:40est passé
01:22:40au fil des millénaires,
01:22:42les chercheurs
01:22:42doivent pénétrer
01:22:43à l'intérieur même
01:22:44de son ancien plancher.
01:22:46Kai Hartmann
01:22:47se sert d'une scie circulaire
01:22:48pour découper
01:22:50des échantillons
01:22:50de couches
01:22:51de sédiments.
01:22:52Il espère
01:22:53que l'analyse du sol
01:22:54apportera des renseignements
01:22:56sur la datation
01:22:57de la dernière période sèche
01:22:58qui permettront
01:22:59à leur tour
01:23:00de mieux comprendre
01:23:01le climat d'aujourd'hui.
01:23:11En l'état actuel
01:23:12des recherches,
01:23:13on suppose
01:23:14que les premiers bassins
01:23:15permanents au pied
01:23:16du mont Tzodilo
01:23:17se sont formés
01:23:18il y a environ
01:23:1840 000 ans.
01:23:20Le climat était alors
01:23:21beaucoup plus humide
01:23:22qu'aujourd'hui
01:23:23et ses plans d'eau
01:23:24n'ont cessé
01:23:25de s'agrandir.
01:23:26Ce grand lac
01:23:27d'environ 30 km²
01:23:29a permis
01:23:30à de nombreuses
01:23:30formes de vie
01:23:31de se développer.
01:23:36Les fossiles
01:23:37constituent également
01:23:38un maillon important
01:23:39de la chaîne de preuve
01:23:40des recherches actuelles.
01:23:42Kai Hartmann
01:23:43examine soigneusement
01:23:44les sédiments
01:23:45en quête
01:23:46de restes
01:23:46d'êtres vivants.
01:23:49Gastéropodes
01:23:49et crustacés microscopiques
01:23:51nous renseignent
01:23:52sur la salinité,
01:23:54la profondeur,
01:23:55la température
01:23:55et la teneur
01:23:56en éléments nutritifs
01:23:58de l'eau.
01:23:59Information à partir
01:24:00desquelles
01:24:00il est possible
01:24:01de déduire
01:24:02les ressources
01:24:02qu'offrait autrefois
01:24:03le lac.
01:24:05Grâce à l'analyse
01:24:06des pollens,
01:24:07on peut tirer
01:24:07des conclusions
01:24:08sur la végétation
01:24:09qui, à son tour,
01:24:10permet d'estimer
01:24:11les niveaux de précipitation
01:24:13et de température.
01:24:14Mais au-delà
01:24:15des résultats
01:24:16de ces recherches locales,
01:24:17les scientifiques
01:24:18veulent mieux comprendre
01:24:19la dynamique
01:24:21de notre planète
01:24:22tout entière
01:24:23et en l'occurrence
01:24:23le changement climatique
01:24:25global.
01:24:28Tous les habitants
01:24:29de la Terre
01:24:29sont concernés
01:24:30par le réchauffement
01:24:31climatique,
01:24:32mais à des degrés divers.
01:24:33Pour poser un diagnostic
01:24:35sur l'avenir,
01:24:36nous devons d'abord
01:24:37comprendre le passé.
01:24:39Il n'y a qu'ainsi
01:24:40que nous pourrons donner
01:24:41aux habitants
01:24:41de la planète
01:24:42un pronostic
01:24:43non pas abstrait
01:24:44mais très concret
01:24:45sur l'avenir
01:24:46qui pourrait les attendre.
01:24:50à chacune
01:24:51de leurs expéditions
01:24:52de recherche
01:24:53dans le Kalahari,
01:24:54Kai Hartman
01:24:55et Frank Riedel
01:24:56persent un peu plus
01:24:57le mystère
01:24:57qui entoure
01:24:58ce lac préhistorique.
01:25:00Mais ils vont encore
01:25:01devoir effectuer
01:25:02de nombreuses mesures
01:25:03pour reconstituer
01:25:04sa genèse.
01:25:06Depuis la plus haute antiquité,
01:25:08l'homme a mesuré
01:25:09la Terre.
01:25:10Mais aucun progrès
01:25:11technologique
01:25:12n'a autant changé
01:25:13nos vies
01:25:13que le saut
01:25:14dans l'espace.
01:25:15Les signaux
01:25:16des satellites
01:25:17nous indiquent
01:25:17aujourd'hui
01:25:18notre route au sol
01:25:19pour le meilleur
01:25:21et pour le pire
01:25:22car le pouvoir
01:25:23des collecteurs
01:25:24de données
01:25:24a aussi de quoi
01:25:26nous faire peur.
01:25:32Voici notre Terre nourricière,
01:25:34la planète
01:25:34sur laquelle nous vivons
01:25:35et qui nous fait vivre.
01:25:37Quel objet fascinant !
01:25:38Et nous nous montrons
01:25:39très présomptueux
01:25:40à vouloir la contrôler
01:25:41que ce soit
01:25:42pour éviter
01:25:42les catastrophes naturelles
01:25:43ou pour dominer autrui.
01:25:45Nous devrions pourtant
01:25:47nous montrer
01:25:47humbles et respectueux
01:25:48devant cette merveille
01:25:49de la nature.
01:25:51Car plus nous en apprenons
01:25:52sur elle,
01:25:53plus il est de notre devoir
01:25:54de prendre soin
01:25:55de cette planète bleue.
01:25:56de cette planète bleue.
01:26:25Merci d'avoir regardé cette vidéo !
01:26:26de cette planète bleue.
01:26:27Merci d'avoir regardé cette vidéo !