- il y a 2 heures
Les composants chimiques des PFAS envahissent notre quotidien malgré une toxicité qui menace autant notre santé que notre environnement. Un documentaire essentiel sur un scandale au long cours, mêlant la rapacité meurtrière des firmes et l’aveuglement des États.
Sapeur-pompier en Seine-Maritime, Laure Moriot a survécu à un cancer. Mais autour d’elle, nombre de ses collègues n’ont pas eu cette chance. Parmi les dangers qui menacent une profession classée en 2022 comme cancérogène, les mousses anti-incendie sont particulièrement suspectées : elles contiennent des PFAS, ces molécules de synthèse toxiques, créées dans les années 1940 pour le projet "Manhattan", la bombe atomique américaine. Résistant à des températures extrêmes, les “substances per- et polyfluoroalkylées” ont vite attiré les industriels, qui ont compris le profit qu’ils pouvaient en tirer et les ont rendues omniprésentes dans notre quotidien depuis plus de soixante-dix ans. Incorporés dans nos joggings, serviettes hygiéniques, cartons de pizzas, jouets de bain, téléphones, ordinateurs et bien d’autres objets, les PFAS (prononcé “Pifasse”) nous facilitent la vie. Des études indépendantes ont pourtant prouvé depuis les années 2000 la dangerosité de ce que l’on appelle “polluants éternels” : rejetés dans l’environnement, ils sont invisibles et indestructibles. Désormais, les PFAS sont partout : dans les sols de nos jardins, dans l’eau que nous buvons, dans l’air que nous respirons et donc dans le sang de tous les êtres vivants sur Terre. Une bombe à retardement, amorcée par des firmes qui en connaissent depuis longtemps le potentiel destructeur...
Une société malade
Excepté les industriels qui les produisent, tout le monde l’admet : les PFAS nous mènent à un désastre sanitaire et environnemental. Ce film se fait le témoin d’une prise de conscience collective émergente. Il part à la rencontre de ceux qui résistent aux polluants éternels et luttent contre l’impunité de leurs producteurs. En Belgique, France, Italie, Allemagne ou aux États-Unis, les habitants, souvent contaminés, se regroupent, des collectifs se forment, des procès commencent à se tenir et à se gagner. Donnant la parole à de nombreux militants, avocats ou experts internationaux, ce documentaire de Stenka Quillet pose en creux la question du fonctionnement de notre société et de la responsabilité, voire de la complicité, des pouvoirs publics avec des firmes, telles les fabricants historiques 3M ou Dupont de Nemours. Si des avancées législatives, pénales ou scientifiques font naître l’espoir d'une mise au pas de l’industrie chimique, les poisons qu’elle nous a déjà légués demeureront à jamais dans notre environnement…
Sapeur-pompier en Seine-Maritime, Laure Moriot a survécu à un cancer. Mais autour d’elle, nombre de ses collègues n’ont pas eu cette chance. Parmi les dangers qui menacent une profession classée en 2022 comme cancérogène, les mousses anti-incendie sont particulièrement suspectées : elles contiennent des PFAS, ces molécules de synthèse toxiques, créées dans les années 1940 pour le projet "Manhattan", la bombe atomique américaine. Résistant à des températures extrêmes, les “substances per- et polyfluoroalkylées” ont vite attiré les industriels, qui ont compris le profit qu’ils pouvaient en tirer et les ont rendues omniprésentes dans notre quotidien depuis plus de soixante-dix ans. Incorporés dans nos joggings, serviettes hygiéniques, cartons de pizzas, jouets de bain, téléphones, ordinateurs et bien d’autres objets, les PFAS (prononcé “Pifasse”) nous facilitent la vie. Des études indépendantes ont pourtant prouvé depuis les années 2000 la dangerosité de ce que l’on appelle “polluants éternels” : rejetés dans l’environnement, ils sont invisibles et indestructibles. Désormais, les PFAS sont partout : dans les sols de nos jardins, dans l’eau que nous buvons, dans l’air que nous respirons et donc dans le sang de tous les êtres vivants sur Terre. Une bombe à retardement, amorcée par des firmes qui en connaissent depuis longtemps le potentiel destructeur...
Une société malade
Excepté les industriels qui les produisent, tout le monde l’admet : les PFAS nous mènent à un désastre sanitaire et environnemental. Ce film se fait le témoin d’une prise de conscience collective émergente. Il part à la rencontre de ceux qui résistent aux polluants éternels et luttent contre l’impunité de leurs producteurs. En Belgique, France, Italie, Allemagne ou aux États-Unis, les habitants, souvent contaminés, se regroupent, des collectifs se forment, des procès commencent à se tenir et à se gagner. Donnant la parole à de nombreux militants, avocats ou experts internationaux, ce documentaire de Stenka Quillet pose en creux la question du fonctionnement de notre société et de la responsabilité, voire de la complicité, des pouvoirs publics avec des firmes, telles les fabricants historiques 3M ou Dupont de Nemours. Si des avancées législatives, pénales ou scientifiques font naître l’espoir d'une mise au pas de l’industrie chimique, les poisons qu’elle nous a déjà légués demeureront à jamais dans notre environnement…
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00:01:00les pifaces. Je suis un sapeur-pompier professionnel en Seine-Maritime. J'ai été
00:01:09des années à partir dans les camions incendies sans savoir que finalement j'y
00:01:15laissais des plumes. J'ai été touchée il y a quatre ans par une maladie
00:01:26endocrinienne que j'ai pas réussi à stabiliser et en fin d'année dernière par le
00:01:30développement d'un cancer. Et de là en fait j'ai commencé à me renseigner sur
00:01:38qu'est-ce que c'était que les pifaces, pourquoi on appelait ça des polluants éternels.
00:01:42Est-ce qu'il y a possibilité de me protéger ?
00:02:01Comme l'Or Morio, dans le monde entier, des citoyens découvrent qu'ils ont été sans
00:02:07le savoir contaminés par les pifaces. Ces molécules hors du commun arrivaient dans
00:02:12nos vies il y a 70 ans. Désormais, les pifaces sont partout, dans les sols de nos jardins,
00:02:22dans l'eau que nous buvons, dans l'air que nous respirons, et donc dans nos organismes.
00:02:28Des plantes aux ours polaires, pas un être vivant n'y échappe.
00:02:34Je fais partie d'un groupe appelé les maménopifaces. Nous avons découvert qu'ils se sont retrouvés
00:02:39dans le sang de nos enfants et dans le nôtre. L'industrie chimique savait que ces produits
00:02:45étaient toxiques et maintenant des enfants en meurent.
00:02:48Il y a eu un sentiment de culpabilité. Chaque kilo que j'ai produit se retrouve désormais
00:02:53dans la nature.
00:02:54On a tous des pifaces dans le sang. Il n'y a pas aujourd'hui plus un seul être humain
00:02:58qui n'a pas de pifaces dans le sang.
00:03:01Il y en aura de plus en plus dans l'eau. On ne peut pas les éliminer. Ça va devenir
00:03:07un
00:03:07résidu permanent de notre ère industrielle pour les générations futures.
00:03:14J'espère que je verrai l'interdiction des pifaces et que les gens seront en meilleure
00:03:19santé. Mais je sais aussi que le combat sera long et difficile.
00:03:23C'est une bombe à retardement. Comment nous en débarrasser ? Comment affronter ce problème ?
00:03:36Envers, premier port pétrochimique d'Europe. Deux millions d'habitants et une banlieue
00:03:42ultra-polluée. C'est ici qu'a éclaté le premier gros scandale européen sur les pifaces.
00:03:53Lové entre les serres de tomates et l'autoroute à quatre voies, la coquette ville de Zwaindrecht
00:04:00a longtemps ignoré un voisin encombrant. L'usine locale du géant américain 3M,
00:04:07le pionnier de la production de pifaces.
00:04:24Nous avons emménagé ici, à Zwaindrecht, il y a 12 ans. Nous avons construit notre maison
00:04:29nous-mêmes. Caroline est architecte. Elle a longtemps travaillé là-dessus. Donc nous avons vraiment
00:04:38pu avoir la maison dont nous rêvions, avec une très belle vue sur les champs et les
00:04:43bois derrière. Donc oui, pour nous, c'était génial. Et à ce moment-là, nous n'étions
00:04:51pas inquiets que l'usine soit si proche.
00:04:55En fait, on ne s'en préoccupait pas vraiment. On se disait, on n'est plus dans les années
00:05:0060. Désormais, l'industrie est quand même soucieuse du développement durable, de la santé
00:05:05et de l'environnement. Et puis, il y a des pouvoirs publics qui vont nous protéger.
00:05:09Il y a des réglementations, des contrôles stricts.
00:05:15À moins d'un kilomètre de leur cocon familial, l'usine 3M a fabriqué des pifaces pendant
00:05:20près de 50 ans.
00:05:24Les pifaces, c'est quoi ? Je n'en avais jamais entendu parler. C'est à ce moment-là
00:05:30que je me suis demandé, mais qu'est-ce que c'est ?
00:05:35Pifaces, c'est le nom générique donné à une immense famille de substances chimiques
00:05:40aux propriétés presque miraculeuses.
00:05:48Elles ont été créées par l'Homme à la fin des années 30. Avant de connaître
00:05:52un destin hors normes, de la bombe nucléaire jusqu'au rouge à lèvres waterproof, elles
00:05:59ont révolutionné le monde moderne.
00:06:06A Stockholm, un chercheur est l'un des premiers à les avoir étudiés. Pour lui, les pifaces
00:06:12sont exceptionnels à bien des égards.
00:06:18« J'ai eu la chance d'être impliqué très tôt dans la recherche sur les pifaces.
00:06:25Pour moi, c'était passionnant car ils se comportent vraiment différemment de tout
00:06:28ce que j'avais étudié jusqu'alors.
00:06:33Les pifaces ont des propriétés uniques et c'est pour cette raison qu'on les a utilisées. »
00:06:40Les pifaces ont la particularité de résister à tout, à l'huile, au feu, à l'eau.
00:06:47Deux molécules en particulier ont connu un succès monstre, le PFOS et le PFOA.
00:06:54Ils sont au cœur de deux produits révolutionnaires fabriqués par 3M.
00:06:58Les mousses anti-incendie et l'imperméabilisant Scotchgard.
00:07:11Et le PFOA empêche aussi la nourriture de coller dans les poils au téflon.
00:07:19C'est un autre géant américain, Dupont, qui les a inventés.
00:07:26Ventés partout, les pifaces sont devenus les compagnons en Gore-Tex de nos jogging sous la pluie.
00:07:31La substance qui prolonge l'espérance de vie des cartons de pizza,
00:07:36protège les jouets de bain contre les immersions prolongées
00:07:40et défend nos téléphones et nos ordinateurs de la surchauffe.
00:07:44Comme on les aimait, on leur a ouvert la porte de notre intimité.
00:07:48Alors les maquillages se sont arrêtés de couler, les caries ont été repoussées.
00:07:55Aujourd'hui, les pifaces sont partout.
00:07:58De la serviette hygiénique, aux batteries, de la transition écologique.
00:08:10Mais dans les années 2000, des études indépendantes sonnent l'alerte.
00:08:14Le PFOS et le PFOA sont dangereux pour la santé.
00:08:19Au fil du temps, nous avons appris à découvrir leurs dangers.
00:08:22Il se trouve qu'ils sont toxiques à bien des égards.
00:08:26L'un d'eux est l'immunotoxicité.
00:08:28Un chercheur danois a démontré que certains vaccins pour enfants étaient moins efficaces
00:08:33en cas d'exposition élevée au PFAS.
00:08:37L'autre toxicité, qui est aussi préoccupante,
00:08:40c'est qu'ils peuvent provoquer certains types de cancers,
00:08:42dont ceux des testicules et du rein.
00:08:48Rejetés dans l'environnement, ils peuvent persister, invisibles, pendant des siècles.
00:08:54Et le monde découvre que la substance miracle a contaminé la planète
00:08:58jusque dans ses recoins les plus inaccessibles.
00:09:05Il peut pleuvoir des PFAS en Antarctique, en Arctique, n'importe où,
00:09:09parce qu'ils voyagent dans les airs mais aussi dans l'eau.
00:09:13Une fois libérés dans l'environnement, rien ne prouve qu'ils se dégradent.
00:09:17Ils y perdurent simplement.
00:09:19C'est pour ça qu'on les appelle les polluants éternels.
00:09:21Ils subsistent dans l'environnement pendant au moins des siècles.
00:09:28Les PFAS coulent désormais dans le sang de tous les êtres vivants sur terre
00:09:33et nous menacent comme une bombe à retardement.
00:09:37À Zweindrecht, pendant 30 ans,
00:09:39les cheminées de 3M ont émis des PFAS dans l'environnement
00:09:43et l'usine a lourdement contaminé la rivière voisine, le Palinbeck.
00:09:49Les PFAS ont percolé dans la terre,
00:09:51jusqu'à polluer les jardins à 15 km à la ronde.
00:09:56Les habitants ne l'apprennent qu'en juin 2021.
00:10:00Ça a été un choc quand, en juin, on a appris aux infos
00:10:03qu'il y avait beaucoup de pollution aux PFAS,
00:10:06particulièrement aux PFAS, ici, chez nous.
00:10:09Quel impact cela va-t-il avoir sur moi, sur ma famille,
00:10:12sur mes enfants, sur Caroline ?
00:10:17Nous vivons dans ce qu'on appelle la zone 1A,
00:10:20là où la pollution est la plus forte.
00:10:28Thomas Gordon est journaliste et chercheur en environnement.
00:10:31C'est lui qui a révélé ce scandale.
00:10:35En 2021, j'ai reçu par le biais de mes contacts
00:10:39des documents sur la pollution de l'usine 3M.
00:10:42Et il s'est avéré qu'elle était considérable.
00:10:45La pollution chimique s'était propagée bien au-delà de l'usine.
00:10:53Quand j'ai commencé à lire les documents,
00:10:56je n'arrivais pas à croire les chiffres,
00:10:57car ils indiquaient une forte concentration de PFAS
00:11:00dans les eaux souterraines.
00:11:05Au départ, j'ai pensé qu'il y avait une erreur dans la virgule,
00:11:09car la contamination était des milliers de fois supérieure
00:11:12à ce à quoi je m'attendais.
00:11:14Puis j'ai réalisé que ce n'était pas une erreur.
00:11:19D'après ces documents, 3M savait dès 2001
00:11:22que des polluants éternels s'étaient infiltrés dans le sol.
00:11:26Les autorités régionales flamandes
00:11:28l'apprennent de façon certaine en 2017,
00:11:30mais n'en informe pas la population.
00:11:34Les révélations de Thomas Gordon font scandale.
00:11:37Le Parlement flamand lance une commission d'enquête
00:11:40sur les responsabilités de 3M et interroge plusieurs politiciens.
00:11:45Parmi eux, Bart de Weaver, alors bourgmestre d'Anvers,
00:11:50et président de la N-VA, le parti nationaliste flamand.
00:11:54On a discuté avec les gens qui sont obligés
00:11:56pour ces choses-là.
00:11:58Mais je peux vous dire,
00:11:59à ce moment-là,
00:12:01qu'il n'y a pas de risque humain,
00:12:03que c'est l'idée dont je suis allé dans mon cas.
00:12:07Et encore, je trouvais mieux
00:12:09communiquer.
00:12:14Bart de Weaver est ensuite devenu premier ministre de la Belgique.
00:12:18Il n'a pas répondu à nos questions.
00:12:21Aucun responsable politique n'a été inquiété après le scandale.
00:12:25Thomas Gordon persiste.
00:12:27D'après ses documents, les autorités savaient
00:12:30qu'elles avaient les moyens de protéger la population,
00:12:34mais n'ont rien fait.
00:12:36Je trouve ça incroyable
00:12:38qu'une entreprise puisse se liguer avec les autorités
00:12:41pour dissimuler une pollution chimique très grave,
00:12:44enfreindre la loi,
00:12:46créer des décharges illégales
00:12:47et que personne ne fasse l'objet de poursuites pénales.
00:12:52En 2021,
00:12:54des échantillons sanguins sont prélevés sur près de 800 riverains.
00:12:58Ils contiennent tous du PFOS
00:13:01et pour l'immense majorité,
00:13:02dans des proportions dangereuses pour la santé.
00:13:07A l'époque, Caroline affiche un taux de PFOS
00:13:10trois fois plus élevé que la norme sanitaire.
00:13:14Je ne m'attendais pas à avoir une telle concentration dans le sang.
00:13:18Pourtant, cette contamination était déjà connue,
00:13:20et notamment par l'entreprise 3M.
00:13:22Dans les années 70,
00:13:243M avait fait des tests sur des singes
00:13:26qui sont morts au bout de deux jours,
00:13:28et elle a simplement arrêté ces tests.
00:13:30donc elle le savait depuis tout ce temps.
00:13:35Caroline continue de se tester régulièrement.
00:13:38Elle est devenue la sentinelle de sa famille.
00:14:03En juillet 2022, 3M s'est engagée à dépolluer les sols,
00:14:08en remplaçant la terre des jardins de la zone 1.
00:14:16Tu sais, quand ils commenceront à saignir nos jardins,
00:14:19ils devront venir avec de grosses machines,
00:14:22et ils construiront un énorme pont là-bas.
00:14:26Les camions passeront par là,
00:14:28et puis toute une rue va être construite ici,
00:14:30pour que les camions puissent accéder à notre jardin.
00:14:40La seule façon d'éliminer les risques ici,
00:14:44c'est d'éliminer la pollution,
00:14:46c'est-à-dire d'enlever la terre jusqu'à 70 cm de profondeur,
00:14:49et de la remplacer par de la nouvelle terre.
00:14:52C'est un chantier gigantesque.
00:14:57Caroline et Yeroun ont accepté ces sacrifices.
00:15:00Mais au printemps 2025,
00:15:02les travaux accusent déjà un an et demi de retard.
00:15:20Dès les premières alertes sur les PIFAS en Europe,
00:15:22une journaliste du quotidien Le Monde, Stéphane Aurel,
00:15:26se lance dans une mission délicate,
00:15:29évaluer l'ampleur de la pollution à l'échelle européenne.
00:15:33J'ai coordonné deux projets collaboratifs internationaux
00:15:37sur la question des PIFAS.
00:15:39Le point de départ du projet,
00:15:40c'était d'arriver à localiser les usines de production de PIFAS en Europe.
00:15:46Pour ce projet collectif,
00:15:48nommé Forever Lobbying Project,
00:15:5030 journalistes européens vont réaliser une carte qui va marquer les esprits.
00:15:55Elle répertorie les lieux de production des PIFAS
00:15:57et les zones polluées sur tout le continent.
00:16:01On cherchait une vingtaine d'usines et on a fini avec 45 000 points sur une carte.
00:16:06On s'est dit, waouh, on tient quelque chose d'énorme en fait.
00:16:09Personne n'avait la moindre idée de la gravité de cette pollution.
00:16:14Les sources de contamination majeures sont les usines de fabrication de PIFAS,
00:16:18parce qu'ils sont des épicentres énormes de contamination des sols, des eaux, de l'air, etc.
00:16:24En Europe, vingt usines ont produit des PIFAS.
00:16:27En Allemagne, leader chimique européen,
00:16:31près des grands ports internationaux, en Belgique et aux Pays-Bas,
00:16:34mais aussi en France et en Italie.
00:16:36On retrouve les mêmes multinationales.
00:16:393M, Dupont renommé Quémour et Solvay.
00:16:44Ensuite, il y a trois catégories de sites qui contaminent l'environnement.
00:16:50C'est un certain nombre d'activités industrielles,
00:16:52par exemple les papeteries pour fabrication de papier pour les aliments, par exemple.
00:16:57Et ensuite, il y a les sites de traitement des déchets.
00:17:00Ça va des déchets ménagers à l'incinérateur.
00:17:03Puisque nos objets contiennent des PIFAS, nos déchets aussi, les concentrent.
00:17:09Et la troisième grande catégorie, c'est les sites qui utilisent
00:17:12ou qui ont utilisé des mousses anti-incendie.
00:17:16Le travail de Stéphane Aurel et de son équipe du Forever Lobbying Project
00:17:21est devenu une référence mondiale.
00:17:25Désormais, plus personne ne peut ignorer l'urgence de la situation.
00:17:29Aucun pays n'est épargné.
00:17:31On ne peut pas supprimer les PIFAS qu'on a émis dans l'environnement.
00:17:36Donc, même si on dépollue, on est obligé de vivre, en fait, de mourir avec cette pollution.
00:17:50Ce que nous n'avions certainement jamais imaginé, c'est que les PIFAS se retrouveraient dans notre nourriture.
00:17:57A Rastatt, en Allemagne, le long du Rhin, des terres agricoles ont été souillées par les polluants éternels
00:18:04et pendant des années, personne ne s'en est rendu compte.
00:18:12Au début, j'ai été un peu choquée de voir qu'une si grande partie du district où j'habite
00:18:17avait été polluée.
00:18:21Dans la région de Rastatt, environ 1100 hectares sont contaminés par des PIFAS.
00:18:30Et afin de maintenir la production agricole sur ces terres, on a mis en place un suivi pré-récolte.
00:18:39Cela signifie qu'environ 14 jours avant la récolte, on se rend spécifiquement sur ces terrains contaminés et on prélève
00:18:47un échantillon.
00:18:51La pollution a engendré des centaines de milliers d'euros de pertes pour les agriculteurs.
00:18:57Comment les PIFAS ont-ils pu s'infiltrer dans des terres aussi précieuses pour l'alimentation ?
00:19:11Cela a probablement commencé au début des années 2000.
00:19:15Un négociant en compost de la région récupérait les bouts de papier de 14 usines différentes.
00:19:22Il s'agissait de boue recyclée, mais aussi provenant d'entreprises qui utilisaient du PIFAS comme liant.
00:19:30A l'époque, il n'y avait pas d'analyse car on n'avait pas encore identifié le problème.
00:19:34Ainsi, pendant très longtemps, le marchand a mélangé le tout avec son compost
00:19:37et l'a distribué aux agriculteurs qui l'épandaient dans les champs sans que personne ne le remarque.
00:19:52Résultat, plus de 100 000 tonnes ont été déversées sur les terres agricoles.
00:19:56Cela a sûrement commencé encore plus tôt.
00:19:58Or, ce n'est qu'en 2012, lorsque les services municipaux de Rastatt,
00:20:02chargés de l'approvisionnement en eau potable, l'ont découvert par hasard,
00:20:06que l'on a vraiment mesuré la concentration dans les nappes phréatiques.
00:20:10Et c'est là que tout a commencé.
00:20:14Très vite, un monsieur PIFAS est nommé par les autorités locales pour trouver des solutions.
00:20:23Je travaille depuis 2015 à la sous-préfecture de Rastatt, au service PIFAS.
00:20:32Ce service a été spécialement créé pour gérer cette situation difficile et les dommages importants qu'elle a causés.
00:20:42Et également pour coordonner les nombreuses demandes et encadrer les échanges.
00:20:51Le jaune indique une contamination modérée et le rouge une contamination élevée.
00:20:59C'est un patchwork ?
00:21:01Oui, c'est un véritable patchwork.
00:21:05Vous pouvez voir ici, par exemple, que des zones fortement contaminées sont juste à côté de zones qui ne le
00:21:12sont pas,
00:21:13ou de zones moyennement impactées.
00:21:20Il a donc fallu s'adapter et Rastatt est devenu l'un des laboratoires européens des solutions face au PIFAS.
00:21:31Avec tous ces hectares de terres agricoles contaminées, comment savoir si on ne s'empoisonne pas en mangeant les produits
00:21:38locaux ?
00:21:40La biologiste Mélanie Zoska analyse les céréales récoltées le matin pour autoriser ou non les agriculteurs à vendre leurs récoltes.
00:21:51Nous avons prélevé des échantillons d'avoine aujourd'hui.
00:21:53Elles absorbent certes des PIFAS, mais pas autant que d'autres cultures.
00:22:04Les agriculteurs renoncent par exemple à cultiver le blé ou le soja,
00:22:10tout simplement parce qu'ils risquent de dépasser les valeurs limites,
00:22:14ce qui les empêcherait de commercialiser leurs produits alimentaires.
00:22:27« Salut ! »
00:22:29« Bonjour ! »
00:22:31« J'ai un échantillon d'avoine pour l'analyse PIFAS. »
00:22:34« Merci, je vais l'envoyer directement au labo. Ça va prendre une dizaine de jours, comme d'habitude. »
00:22:38« Ok, super, merci. »
00:22:42Les PIFAS présents dans les terres se sont aussi propagés jusque dans les nappes phréatiques.
00:22:47« L'équivalent de 46 ans de consommation d'eau du district de Rastatt est désormais contaminé. »
00:22:56« Il a donc fallu dépolluer l'eau potable. »
00:23:00Les usines de traitement de l'eau ont été adaptées aux PIFAS.
00:23:03La bonne nouvelle, c'est qu'il existe un produit qui permet de les filtrer, le charbon actif.
00:23:11« Dans ce nouveau hall, il y a des filtres à charbon actifs pour éliminer les PIFAS, que l'on
00:23:18retrouve désormais partout dans l'eau. »
00:23:23« Des visites sont organisées régulièrement pour les riverains dans un souci de transparence. »
00:23:30« Le charbon actif, tout le monde peut en prendre dans ses mains. »
00:23:38« Si vous l'observez au microscope, vous verrez sa structure poreuse. »
00:23:43« Cela signifie que ce charbon absorbe presque entièrement les polluants. »
00:23:50« À votre avis, avec l'ensemble de ce charbon, soit 250 tonnes, ce qui fait beaucoup de camions, combien
00:23:57de PIFAS pensez-vous pouvoir extraire ? »
00:24:01« Quelqu'un dans cette salle peut-il faire une estimation ? »
00:24:07« Un kilo. »
00:24:09« Un kilo, exactement. »
00:24:12« En deux ou trois ans, un kilo de PIFAS a été retiré à Raontal avec 250 tonnes de charbon
00:24:19actif. »
00:24:22« Ça correspond à quoi ? »
00:24:23« À un morceau de sucre dans le lac de Constance. »
00:24:26« Mais quand on cite ce chiffre, on se rend compte de l'ampleur de la tâche dans laquelle on
00:24:30s'est lancé. »
00:24:34À Rastatt, pour financer ce procédé, la facture d'eau des riverains a été multipliée par deux.
00:24:40« Pour un résultat faible, face à l'ampleur du problème. »
00:24:47« Pour bien faire, il faudrait s'attaquer à l'origine de la contamination et retirer les terres polluées. »
00:24:53« Sous ces bâches blanches, quelques centaines de mètres cubes de terre au PIFAS attendent d'être enfouis dans des
00:24:59sarcophages de béton. »
00:25:01« Mais ce n'est qu'une infime partie du sol contaminé. »
00:25:04« Contrairement au jardin belge, il sera impossible d'excaver la totalité des 1 100 hectares de terre concernée. »
00:25:13« Les décharges, ça coûte cher. »
00:25:16« Et donc ça pose une question importante. »
00:25:19« L'agriculteur propriétaire du terrain ? Le fournisseur de compost ? »
00:25:25« Les papeteries qui ne se sont jamais manifestées ? »
00:25:27« Cette question est toujours en suspens. »
00:25:29« Et puis il faudrait remplacer de tellement grandes quantités de terre végétale qu'il faudrait aller la chercher ailleurs.
00:25:35»
00:25:35« J'ai entendu dire qu'un tel remplacement coûterait 5 milliards d'euros. »
00:25:44« Les PIFAS infiltrées dans les terres de Rastatt progressent lentement vers le Rhin. »
00:25:51« Elles rejoignent d'autres polluants éternels rejetés par les industries allemandes ou françaises le long du fleuve, »
00:25:56« menaçant les habitants jusqu'à la mer du Nord. »
00:26:14Si l'Europe vient seulement de se rendre compte de la catastrophe,
00:26:18de l'autre côté de l'Atlantique,
00:26:20un avocat avait pourtant lancé l'alerte à la fin du XXe siècle.
00:26:27« Sans Robert Bilotte, nous ne serions peut-être pas au courant du scandale des PIFAS. »
00:26:34« L'avocat est devenu une référence partout dans le monde. »
00:26:41« Quand on se penche sur l'histoire des PIFAS,
00:26:43ce qu'on découvre, c'est une dissimulation pendant des décennies de la menace qu'il représente. »
00:26:51« Nous étions loin d'imaginer à l'époque que ce produit dont personne n'avait jamais entendu parler avait
00:26:58contaminé l'eau potable partout dans le monde
00:27:00et qu'il s'était propagé dans le sang de presque tous les êtres vivants de la planète. »
00:27:09« Quand j'ai réalisé cela, c'était extrêmement angoissant. »
00:27:14L'alerte commence en 1998. Un fermier débarque dans le bureau de Robert Bilotte.
00:27:22Wilbert Nantes lui demande d'élucider un mystère.
00:27:25Un mal étrange a décimé son troupeau de vaches.
00:27:35Le fermier pense que l'usine voisine Dupont en est responsable.
00:27:40Depuis les années 50, la marque fabrique du téflon, l'anti-adhésif des poils qui n'attachent pas.
00:27:49Robert Bilotte demande par voie de justice les études confidentielles que l'industriel a réalisées sur la toxicité de ces
00:27:55pifaces.
00:27:58« Nous avons été submergés de documents. Et je pense qu'ils se disaient « Ok, on va leur donner
00:28:04tellement d'informations que personne ne prendra le temps de tout consulter. »
00:28:10« Eh bien, je dois être un peu atypique, car j'aime examiner des documents. Je me suis donc plongé
00:28:16dans chacun d'entre eux et j'ai rassemblé toutes les pièces. »
00:28:26Au début des années 60, ils ont commencé à s'inquiéter.
00:28:30« Bon, on est sur le point de lancer téflon sur le marché mondial. Mais que va-t-il se
00:28:34passer si le PFOA qu'on utilise pour fabriquer le téflon se répand partout ? Qu'arrivera-t-il aux
00:28:40êtres vivants ? »
00:28:41Les scientifiques de Dupont ont donc entamé des recherches et ont fini par tester le produit chimique sur des rats,
00:28:48des souris, des cochons d'Inde, des lapins, des chiens,
00:28:51et finalement même sur des singes qui tombaient raides morts après avoir été exposés aux produits chimiques.
00:28:57Ils se sont alors dit « Mais si ce produit pénètre dans le sang et l'organisme des gens, et
00:29:02il reste, c'est une bombe à retardement. »
00:29:06« Pourtant, j'ai constaté que Dupont n'avait fourni aucune de ces informations à notre gouvernement. Personne n'a
00:29:12été informé de ce qui se passait.
00:29:16Malheureusement, ce scandale n'a pas eu le même retentissement ailleurs dans le monde. »
00:29:23L'alerte de Robert Bilotte sur les PIFAS aura mis 25 ans à émerger en Europe.
00:29:28Grâce à lui, le PFOA vient tout juste d'être interdit sur notre continent et a été officiellement classé cancérogène.
00:29:38Mais à peine avons-nous compris les dangers du PFOA, qu'un autre polluant éternel jusque-là passé sous les
00:29:44radars,
00:29:45commence à être détecté dans notre environnement, le TFA.
00:29:50Il entre dans la composition de certains médicaments et de pesticides.
00:29:54Les scientifiques qu'il étudie voient en lui une nouvelle bombe sanitaire, pire encore que les premiers polluants éternels.
00:30:04L'un des épicentres de pollution à ce nouveau PIFAS se trouve en France, dans le Gard.
00:30:12« La petite commune gardoise de Salindre est sous la loupe du monde entier ce mardi.
00:30:16Des analyses indépendantes sur l'eau des rivières alentours font apparaître un taux record de TFA, un polluant éternel.
00:30:24L'usine Solvay est montrée du doigt. »
00:30:32Fin 2023, des bénévoles de Génération Futur, une association de protection de l'environnement, font des prélèvements.
00:30:41L'usine déverse ses déchets dans une petite rivière, qui se jette ensuite dans le Gard.
00:30:47« Nous allons mettre en évidence, à la sortie des analyses, des taux de concentration très élevés, particulièrement sur le
00:30:54TFA.
00:30:55Et on va également mettre en évidence qu'à 20 kilomètres en aval du lieu de rejet de l'entreprise,
00:31:03on va encore retrouver ces substances. »
00:31:07En Europe, au moment de ces révélations, cinq pays surveillent le TFA, la Belgique, le Danemark, le Luxembourg, l'Italie
00:31:16et les Pays-Bas,
00:31:17qui préconisent la limite la plus stricte, 2,2 microgrammes par litre.
00:31:26Les prélèvements de Génération Futur révèlent sur certains lieux des concentrations cinq fois supérieures, à la limite modèle des Pays
00:31:33-Bas.
00:31:35« Là, on peut se dire, oui, il y a quand même un gros problème.
00:31:38Il faut savoir que ces substances, on ne sait pas les éliminer une fois qu'elles sont quelque part.
00:31:44Donc là, elles sont dans l'eau, dans l'environnement, elles sont dans l'eau potable, l'eau que l
00:31:49'on boit.
00:31:50Voilà pourquoi on peut s'inquiéter à ce moment-là, on s'inquiète aussi de leur dangerosité.
00:32:03À Salindre, la vie des 3600 habitants est intimement liée à l'histoire de la chimie.
00:32:09L'usine est adossée au village depuis 170 ans.
00:32:12Elle produit du TFA depuis 1982.
00:32:16La multinationale belge Solvay l'a rachetée en 2011.
00:32:20Les révélations de Génération Futur sonnent comme une trahison.
00:32:25L'usine nous a fait vivre toute ma famille.
00:32:28Mes deux grands-pères ont travaillé à la usine, mes oncles, mon père, moi, ben voilà.
00:32:38Quand j'étais gamin, tout appartenait à l'usine, à Salindre.
00:32:40Le stade, les terrains de tennis, la piscine, tout appartenait à l'usine.
00:32:46C'est pour ça que se dire que peut-être cette même usine nous a empoisonné, ça fait quand même
00:32:51mal au cœur.
00:33:00Sofiane a lui aussi travaillé chez Solvay pendant 12 ans.
00:33:05Comme Jean-Pierre, il produisait du TFA.
00:33:09À l'annonce de la pollution, il est stupéfait.
00:33:12Personne ici ne savait que le produit était toxique.
00:33:16Il y a eu un sentiment de culpabilité, une sorte de complicité malgré nous.
00:33:22Parce que c'est nous qu'on a fabriqué cette molécule.
00:33:26Moi, j'ai fabriqué du TFA et chaque kilo que j'ai produit se retrouve désormais dans la nature.
00:33:33Ça a été assez choquant pour nous, surtout que nous, on nous présentait ces molécules comme modernes et inoffensives.
00:33:42On était au courant de la quantité de TFA qu'on rejetait.
00:33:46On se disait, c'est pas dangereux vu qu'on est toujours dans les normes.
00:33:49On a pollué l'environnement en respectant la loi.
00:33:55Pendant des décennies, les pouvoirs publics locaux n'ont pas réglementé les rejets de TFA.
00:34:00De timides normes sont apparues en 2017.
00:34:05L'industriel a donc pu rejeter des déchets contenant du TFA dans la rivière sans trop de contraintes.
00:34:12Dans ses communications à l'international, Solvay se targue d'améliorer notre quotidien.
00:34:33Mais à Salindre, on est loin de la modernité et de la perfection de ses clips.
00:34:39Des fuites inquiétantes sont régulièrement filmées par les employés.
00:34:45Il y a des vidéos qui ont circulé où on voit des nuages de fumée en train de se former.
00:34:50Ça montre que les bacs ne sont pas étanches.
00:34:52Et c'est au moment où il y a des réactions trop importantes dans les bacs, que la fumée ressort.
00:34:57On a été contaminés à notre insu.
00:35:06Mais souvent, on détecte une fuite comme ça.
00:35:08Ça sent, ça fuit.
00:35:09Mais c'est trop tard, on l'a respiré.
00:35:11Quand on fait ça pendant des années, peut-être bien qu'à la fin, sur l'organisme, ça compte.
00:35:25Quelques mois après le rapport des générations futures, notre direction nous apprend que le TFA va être reclassifié.
00:35:32En l'occurrence, reprotoxique catégorie 2.
00:35:36Reprotoxique catégorie 2, cela signifie que le produit est suspecté d'être dangereux pour la fertilité et les bébés dans
00:35:42le ventre de leur mère.
00:35:46Après ces révélations, la préfecture du Gard abaisse drastiquement les normes de rejet.
00:35:52Trois mois plus tard, la direction de Solvay annonce la fermeture de l'usine, officiellement pour des raisons économiques.
00:35:59Avec un plan de licenciement pour 61 salariés.
00:36:03C'est allé très vite, entre le moment où on a appris que c'était dangereux et le moment où
00:36:08on a fermé.
00:36:09C'est encore une fois une sorte de double peine.
00:36:12D'un point de vue sanitaire, on va continuer en ayant l'espoir de ne pas tomber malade à cause
00:36:19d'un travail qu'on a fait dans le passé.
00:36:31Jean-Pierre, lui, a dû arrêter de travailler il y a deux ans.
00:36:35Il a développé une maladie rare des reins qui a failli l'emporter.
00:36:39C'est une maladie qui ne se guérit pas.
00:36:41Donc j'ai un traitement à vie, un régime à vie, je suis refusé à vie.
00:36:45Et ça peut s'attaquer au cœur, c'est une maladie qu'il faut surveiller parce qu'elle peut s
00:36:49'attaquer à pas mal d'organes.
00:36:55Après, faire le lien avec l'épiphase, je ne sais pas, mais je me pose la question en tout cas.
00:37:07La pollution de Solvay n'est pas circonscrite au périmètre de l'usine et à ses employés.
00:37:14Questions et inquiétudes ont franchi ces grilles depuis bien longtemps.
00:37:19Je m'appelle Marc Lemaire, j'ai 49 ans, j'ai deux enfants, Tom et Linaud.
00:37:25Je suis séparé de leur mère depuis trois ans.
00:37:28Et je suis atteint d'un cancer du cerveau.
00:37:37Je travaille à dix kilomètres de l'usine de Salindre et depuis mon bureau, je vois la cheminée.
00:37:42Et je vois cette cheminée qui rejette des fumées jaunes très souvent.
00:37:48Et je me suis toujours dit, tiens, qu'est-ce qu'ils produisent dans cette usine-là ?
00:37:51Et puis quand j'ai appris que c'était l'usine Solvay qui produisait l'épiphase, je me suis dit,
00:37:57effectivement, je suis exposé.
00:37:59Je me suis dit, tiens, il y a peut-être une corrélation.
00:38:02Un rapport récent de Santé publique France révèle qu'il existe aux alentours de Salindre une surincidence de glioblastome,
00:38:10ce cancer du cerveau très agressif dont souffre Marc.
00:38:16Ici, il y a trois fois plus de cas que dans le reste de la France.
00:38:20C'est tombé sur moi, pas de chance.
00:38:25Mais au fond de moi, je n'ai pas changé grand-chose dans ma vie.
00:38:29J'ai un rapport à la mort qui est particulier, c'est-à-dire que ça ne me pose pas
00:38:34de problème de mourir.
00:38:36Mais le problème, c'est que j'ai des enfants.
00:38:38Là, c'était fini ou pas ?
00:38:40Non, j'ai fait, n'apprenons qu'à mourir, à nous-mêmes, ne demandes qu'à mieux, qu'à toi
00:38:50si je t'aimais.
00:38:51Je suis un papa de plus en plus poule, un papa poule, parce que j'ai envie de profiter.
00:39:00Je ne sais pas combien de temps je vais rester là.
00:39:14J'ai envie de les accompagner jusqu'à ce qu'ils soient indépendants dans leur vie et qu'ils soient
00:39:21épanouis avant de leur désormoir.
00:39:29À Salindre, Marc est l'un des rares survivants à ce cancer.
00:39:33Il se bat depuis un an et demi contre cette tumeur, alors que l'espérance de vie moyenne est de
00:39:3814 mois.
00:39:46Régulièrement, on fait des réunions publiques pour dire à la population qu'est-ce qu'il en est.
00:39:55Je suis quand même un témoin privilégié du fait que je suis atteint d'une maladie.
00:40:01Et je peux témoigner, tant que je suis là, je peux témoigner de ça.
00:40:05Ce qui est assez important, vu que la plupart des gens décèdent assez vite de ces maladies-là.
00:40:13Si moi je ne me positionne pas là, qui le fera ?
00:40:18On parle beaucoup aujourd'hui des PFAS et du TFA, c'est parce que l'opinion publique est inquiète.
00:40:23Et donc c'est grâce à nous tous, finalement, collectivement, qu'on arrivera à faire changer les choses.
00:40:28Je vais aujourd'hui vous parler du glioblastome.
00:40:31C'est une tumeur qui est agressive, diffuse.
00:40:34Le glioblastome pourrait être comparé à une méduse, si vous voulez,
00:40:37quand il y a des genres de filaments qui vont venir infiltrer le cerveau
00:40:41et qui vont rendre sa rémunération quasiment impossible.
00:40:45Donc à ce jour, le glioblastome est toujours une maladie incurable.
00:40:50On s'est aperçu que des personnes proches de l'usine ont été atteintes de cette tumeur.
00:40:55Au début, il y avait trois personnes qui m'ont appelé.
00:40:58Trois familles qui étaient atteintes de ce glioblastome.
00:41:01Et puis au fur et à mesure qu'on a cherché, on est passé de 3 à 16 personnes
00:41:06qui étaient atteintes, voire qui étaient déjà décédées de ça.
00:41:10On ne connaît pas les facteurs déclenchants.
00:41:12De plus en plus, on s'oriente quand même sur des facteurs environnementaux.
00:41:15Et c'est vrai que quand on voit les cas qu'il y a sur Saint-Landre et Rousson,
00:41:18on peut se poser la question du lien avec le TFA ou d'autres molécules qui auraient été produites précédemment
00:41:24au niveau de l'usine.
00:41:26Je pense à Marc qui est au fond.
00:41:28Voilà qui se va.
00:41:30Il y a beaucoup d'avancées.
00:41:31Ok, il faut s'accrocher et on en viendra à vous.
00:41:35Je lui ai dit mon témoignage aujourd'hui à Guillaume, qui nous a écouté lundi.
00:41:44Il avait 43 ans.
00:41:46Il s'est beaucoup battu pour faire avancer la recherche.
00:41:51Et je suis obligée de penser à lui ce soir.
00:41:52Merci.
00:41:54Merci.
00:42:03On est tous contaminés.
00:42:04Et c'est pour ça que nos revendications en tant que salariés et en tant que riverains vont converger.
00:42:10Donc voilà une revendication qu'on devrait avoir en commun, qu'on doit apporter à nos élus.
00:42:14Ça doit être la possibilité de savoir à quel point on a été contaminés.
00:42:17On a essayé de demander aux pouvoirs publics qu'ils fassent leur travail, qui est de protéger la population.
00:42:24Mais pour l'instant, on est sans réponse ou des refus.
00:42:27On se met un bandeau sur les yeux.
00:42:29Parce que le voir, ce serait de voir le traiter.
00:42:32Et de voir le traiter, apparemment, ça coûterait des milliards.
00:42:40Si en France, les autorités locales évitent de commenter la pollution,
00:42:44en Norvège, un scientifique essaye d'alerter le monde.
00:42:47sur le danger à venir.
00:42:52Hans Peter Harp est l'un des experts mondiaux du TFA.
00:42:57Pour lui, Salindre symbolise notre ignorance coupable face à ce poison.
00:43:05La population de Salindre a été exposée à un des taux de TFA les plus élevés que je connaisse.
00:43:11Il existe désormais des preuves indiquant qu'ils pourraient être reprotoxiques.
00:43:16Car des scientifiques ont exposé des lapins au TFA et leurs petits ont eu des malformations aux yeux.
00:43:24Je pense donc qu'il est très important de voir s'il y a eu des effets sur la santé
00:43:29de la population locale.
00:43:32Et cela nécessiterait des études.
00:43:36Solvay avait connaissance de ces risques de reprotoxicité sur les lapins dès 2021.
00:43:41Et l'industrie avait déjà mené des études sur les rats en 2010, d'après l'ONG Pagne Europe.
00:43:47L'histoire de l'usine de Salindre, c'est un peu l'archétype de comment se déroulent les scandales de
00:43:54pollution industrielle.
00:43:55Pourquoi est-ce qu'on continue à faire confiance à ces industriels pour fournir des données de toxicité aux autorités,
00:44:01sur leurs propres produits, alors qu'on finit toujours par savoir que depuis des décennies, ils savaient qu'elles posaient
00:44:08problème.
00:44:09Solvay a répondu à notre demande d'interview par un mail, dans lequel la multinationale semble minimiser les dangers du
00:44:16TFA.
00:44:18Selon les données scientifiques disponibles, le TFA ne s'accumule pas dans l'organisme humain, chez les mammifères ou dans
00:44:24la faune aquatique.
00:44:26Et il n'est pas classé comme substance cancérogène.
00:44:32Affirmer que le TFA ne pose pas de problème parce qu'il n'est pas bioaccumulable,
00:44:37Je n'y crois pas.
00:44:39L'arsenic, par exemple, est un métal qui ne s'accumule pas dans notre organisme,
00:44:43mais qui se révèle toxique quand il se trouve dans l'eau que nous buvons.
00:44:47Il est donc ridicule d'affirmer que le TFA n'est pas préoccupant parce qu'il n'est pas bioaccumulable.
00:44:56Les scientifiques indépendants évaluent l'impact de ce polluant éternel avec des décennies de retard.
00:45:03Ce qui est évident, c'est que pour l'instant, on ne fait rien pour empêcher l'accumulation fulgurante de
00:45:08cette molécule synthétique,
00:45:10alors qu'on n'a même pas eu le temps d'en évaluer correctement les risques.
00:45:17Le taux de TFA augmente dans le sang de la population à un point très alarmant.
00:45:23Et cela va durer encore plusieurs générations.
00:45:27Donc nos enfants auront, à l'âge adulte, des concentrations plus élevées de TFA que nous.
00:45:32Et si rien n'est fait, ce seront nos petits-enfants.
00:45:35Ce que je crains, c'est que lorsque nous aurons les données, lorsque nous connaîtrons les risques, le mal soit
00:45:40déjà fait.
00:45:44Avec le TFA, l'histoire des pifaces se répète, comme si nous n'avions rien appris.
00:45:52Dans la baie de San Francisco, Berkeley attire le gotha des chercheurs en écologie.
00:45:58Greta Goldman est une juriste américaine.
00:46:01Elle a longtemps conseillé les institutions européennes.
00:46:05Elle consacre désormais sa retraite à la recherche de solutions face aux pifaces.
00:46:10Pour marquer les esprits, elle a décidé d'estimer leurs coûts réels sur notre système de santé.
00:46:19Les chiffres qu'on a obtenus et qui concernaient l'espace économique européen, soit 520 millions de personnes,
00:46:25montraient que l'impact des pifaces sur les dépenses de santé représentait entre 52 et 84 milliards d'euros chaque
00:46:33année.
00:46:40Ces chiffres étaient si élevés que je me rappelle avoir été anxieuse au moment des publiés.
00:46:45Mais en même temps, nous savions que l'exposition aux pifaces continuait et augmentait
00:46:50et que notre estimation était en dessous de la réalité.
00:46:52Mais il s'agissait là de la toute première estimation des coûts en termes de santé.
00:47:01Stéphane Aurel et le groupe du Forever Lobbying Project ont décidé de prolonger ce travail sur le coût de la
00:47:07dépollution.
00:47:09On a contacté deux chercheurs pour calculer combien ça coûterait de dépolluer l'Europe en désignant des sites prioritaires,
00:47:16parce qu'on ne peut pas tout dépolluer.
00:47:18On est arrivé à la somme de 100 milliards d'euros par an, si rien n'est fait, et un
00:47:23total de 2000 milliards sur 20 ans.
00:47:26On n'a pas les moyens de payer une telle pollution.
00:47:35Alors comment payer cette facture ?
00:47:40Aux Etats-Unis, depuis bientôt 20 ans, les procès se multiplient contre les industriels pollueurs
00:47:46pour les obliger à financer la dépollution.
00:47:53Laurie Swanson est la première à avoir osé les affronter.
00:47:59Le Minnesota, où j'ai été procureure générale, constitue le point de départ de cette contamination environnementale mondiale.
00:48:06Tout a commencé ici, chez nous, quand 3M a acheté le brevet d'épiphase dans les années 40, après la
00:48:12Seconde Guerre mondiale.
00:48:373M, c'est cette multinationale qui a pollué les sols en Belgique.
00:48:41Ici, à l'est de Minneapolis, où vivent près de 200 000 personnes, la société possède une usine de production
00:48:48d'épiphase.
00:48:50Elle s'est débarrassée pendant des décennies de ses déchets industriels dans des décharges situés à proximité des habitations, polluant
00:48:58les lacs et l'eau potable.
00:49:03J'ai lancé une procédure judiciaire en 2010.
00:49:06C'était la première contre l'épiphase lancée par un gouvernement d'État.
00:49:09Ce fut la plus conflictuelle, la plus agressive, la plus longue, la plus désagréable à laquelle j'ai jamais participé.
00:49:18La procédure dure huit ans.
00:49:21Des centaines de témoins sont entendus.
00:49:23Des millions de pages de documents sortent de l'ombre.
00:49:273M ne lâche rien.
00:49:313M s'est battue bec et ongle du début jusqu'à la fin.
00:49:35Elle menait une stratégie de retard, de déni, de contournement, de refus de responsabilité.
00:49:41Elle s'en prenait à nos témoins experts.
00:49:44Elle m'attaquait personnellement dans le cadre du procès.
00:49:47Je suis plus qu'heureuse d'encaisser ces coûts dans le cadre de mon travail.
00:49:52Mais le fait de s'attaquer à moi, ça montre à quel genre d'entreprise on a affaire.
00:50:01Le jour de l'ouverture du procès, 3M propose à la procureure Laurie Swanson une transaction financière
00:50:07au profit de l'État du Minnesota contre un règlement du litige.
00:50:27L'idée était d'utiliser l'argent pour assainir l'eau potable.
00:50:32Nous avons également rendu publiques nos pièces à conviction, afin qu'elles soient accessibles à tous.
00:50:37Et aujourd'hui, les avocats, les gens et les agences du monde entier les utilisent.
00:50:41Tout cela a été très important pour garantir la transparence.
00:50:47Suite à la publication de ces documents, 3M a fait face à une avalanche de procès aux États-Unis
00:50:53pour lesquels elle a dû débourser près de 12 milliards de dollars.
00:51:04Sept ans après la victoire contre 3M, les millions destinés à l'assainissement de l'eau ont presque entièrement été
00:51:10dépensés.
00:51:11Mais la pollution persiste.
00:51:14Le lac Elmau affiche toujours un taux record de Pifas.
00:51:18Et il est désormais interdit à la baignade et à la pêche.
00:51:21C'est calme ici, non ?
00:51:24Super calme.
00:51:25Les autres lacs du Minnesota sont pris d'assaut pour l'ouverture de la pêche.
00:51:29Ici, c'est plutôt mort.
00:51:33Avona Stark dirige une ONG spécialisée dans la protection de l'eau potable.
00:51:40Dans ce lac, des prélèvements ont révélé que les poissons sont saturés de Pifas.
00:51:48Ça me brise le cœur.
00:51:49C'est un très beau lac, mais c'est un des lacs les plus contaminés de l'État.
00:52:05Les gens se baignent.
00:52:06Ils ne suivent pas toujours les règles.
00:52:08C'est à leurs risques et périls.
00:52:14Cette zone est touchée par la pollution au Pifas de 3M.
00:52:17Donc c'est l'un des lacs les plus pollués à cause des sites de décharge.
00:52:21Les eaux souterraines remontent jusqu'à la surface du lac.
00:52:24C'est pour ça qu'on est ici, pour faire de la prévention.
00:52:28Si vous cherchez sur Internet Clean Water Action Minnesota,
00:52:31vous trouverez mes coordonnées.
00:52:33Je pourrais vous envoyer toutes les infos.
00:52:38Le lac est relié aux nappes phréatiques du voisinage.
00:52:41Mais le dépollué coûterait trop cher.
00:52:44Il contamine donc l'eau potable dans un cycle sans fin.
00:52:49Il n'y aura jamais assez d'argent.
00:52:51Donc il faut arrêter de produire des Pifas pour que la décontamination ait un sens.
00:52:55Nous devons arrêter de jeter des Pifas et des produits qui en contiennent dans les décharges,
00:53:00et donc dans notre corps, pour que ça serve à quelque chose de dépollué.
00:53:04Sinon, on ne fait que contaminer et nettoyer, contaminer et nettoyer encore.
00:53:09Et la facture est trop salée.
00:53:10On ne peut pas se le permettre.
00:53:13Pour trouver une solution durable, Avona Stark s'est donc lancée dans une bataille inédite.
00:53:18Faire voter une loi interdisant les Pifas.
00:53:24A l'est de Minneapolis, vit la communauté la plus impactée par la pollution.
00:53:30Aux abords de ces zones résidentielles, plusieurs décharges ont servi de dépôt aux déchets de 3M.
00:53:37Ici, les enfants ont presque trois fois plus de risques de mourir d'un cancer,
00:53:42d'après le rapport scientifique d'un expert du procès contre 3M.
00:53:47Pour porter son projet de loi, Avona veut donner un visage à ces enfants victimes d'épiphas.
00:54:02Elle a entendu parler d'Amarah, une jeune femme atteinte d'un cancer du foie.
00:54:18A l'automne 2022, elle décide d'entrer en contact avec elle.
00:54:25J'ai appelé la maman d'Amarah et jamais je n'oublierai cette conversation.
00:54:30J'en ai la chair de poule rien que d'y penser.
00:54:32C'était juste une maman qui en appelle une autre et je lui ai dit
00:54:35« Salut, je m'appelle Avona et je veux combattre les Pifas.
00:54:39J'ai entendu parler d'Amarah, pourriez-vous nous aider ? »
00:54:47Et je me souviens juste avoir dû lui dire
00:54:51« Eh bien, Amara, Amara est en soins palliatifs et elle est mourante.
00:54:57Je ne sais pas, je vais devoir vérifier avec elle.
00:55:02Ma mère a donc demandé à Amara.
00:55:03Et ça a été un oui catégorique.
00:55:05Je veux témoigner et je vais consacrer toute mon énergie à ça.
00:55:08C'est ce que je veux faire. »
00:55:14C'était une telle leçon d'humilité
00:55:19et une expérience déchirante de savoir que cette jeune femme
00:55:22arrivait au terme de sa vie,
00:55:24mais qu'elle voulait nous aider.
00:55:31Amara était charmante.
00:55:34C'était une enfant adorable.
00:55:35Elle se soucia du bien-être des gens.
00:55:38Ce qui ressortait vraiment chez elle, c'était son empathie,
00:55:42mêlée à une ténacité pour n'importe quel sujet qui l'intéressait.
00:55:46Si quelque chose avait de l'importance à ses yeux,
00:55:48elle ne l'abandonnait pas.
00:55:52Amara se met donc à travailler avec Avona.
00:55:55Cela fait six ans qu'elle se bat contre son cancer du foie.
00:55:59Elle soupçonne que sa maladie est en lien avec l'épiface.
00:56:02Elle a été scolarisée au lycée Tartan,
00:56:04juste à côté d'une des décharges de 3M.
00:56:09Au lycée, quand un élève allait boire à la fontaine à eau,
00:56:12les autres élèves blaguaient en disant
00:56:14« Eh, bois pas l'eau cancérigène de 3M ! »
00:56:19Plus de 20 élèves ont été diagnostiqués d'un cancer
00:56:22entre 2001 et 2018.
00:56:25Et Amara était l'une d'entre eux.
00:56:30Quand Amara apprend que son cancer est incurable
00:56:32et entre en soins palliatifs,
00:56:34Nora, sa petite sœur, n'a que 16 ans.
00:56:37But the anger is over now
00:56:40and you were found once again
00:56:44The girl I thought I had lost
00:56:47is the girl that you have always been
00:56:51I can feel your love
00:56:53and I can't help myself
00:56:56hold it in
00:56:57I know somehow
00:57:00that love wins
00:57:09Malgré ses souffrances, Amara monte à la tribune pour convaincre les parlementaires d'interdire l'épiface.
00:57:44Elle n'était pas là pour jouer, ni pour s'amuser. Elle voulait que les gens sachent que c'était
00:57:52une vraie dure à cuire, une badass.
00:58:27Elle savait qu'il était trop tard pour elle, mais elle voulait s'assurer que j'allais vivre en sécurité.
00:58:33Même si elle, elle allait mourir. Elle faisait donc son possible pour rendre le monde plus sûr pour moi, ses
00:58:40amis et les gens de notre communauté.
00:59:02De voir cette belle jeune femme, talentueuse, créative, athlétique, solaire,
00:59:07se battre alors qu'elle était en train de mourir à cause de l'eau qu'elle avait bu, ça
00:59:12a eu un essai incroyable.
00:59:17La loi est votée le 24 avril 2024.
00:59:34Onze catégories de produits contenant des PIFAS sont interdits de vente dans le Minnesota, et notamment ceux destinés aux bébés
00:59:41et aux enfants de moins de 12 ans.
00:59:49Amara n'aura pas vécu cette victoire.
00:59:51Elle meurt le 14 avril, quelques jours avant le vote de la loi et l'avant-veille de ses 21
00:59:57ans.
01:00:09Je voudrais porter un toast à Amara et à sa badass de petite sœur.
01:00:15Santé.
01:00:17Santé.
01:00:18L'héritage qu'elle nous laisse est sa tenacité.
01:00:22Dire la vérité aux puissants, c'est ce qu'elle voulait.
01:00:25Même quand c'est effrayant et difficile de dire ce qu'on pense tout bas, il faut le crier.
01:00:29Nous l'avons dit aussi fort que possible.
01:00:32Nous l'avons répété maintes et maintes fois.
01:00:35L'industrie chimique savait que ses produits étaient toxiques.
01:00:38Et maintenant des enfants en meurent.
01:00:41Ça ne devrait pas être le cas.
01:00:42Voilà son héritage.
01:00:47Comment éviter que d'autres enfants, ailleurs dans le monde, soient exposés à ces pifaces dangereux ?
01:00:55En Europe, pour protéger les citoyens, il faudrait aussi une loi sur les polluants éternels.
01:01:02Cinq États membres ont soumis à la Commission européenne un projet de restriction des pifaces.
01:01:07Mais à peine présenté, il fait l'objet d'un lobbying intense.
01:01:14Vicky Kahn travaille pour Corporate Europe Observatory, une ONG qui scrute les lobbies.
01:01:20Elle a publié un rapport qui montre leur influence auprès de la Commission européenne sur le dossier pifaces.
01:01:28Lorsque nous avons publié notre rapport, nous avons constaté que l'industrie avait lancé une énorme campagne pour tenter de
01:01:35défendre les pifaces.
01:01:38Des sommes colossales ont été dépensées dans cette opération.
01:01:44Je pense donc qu'il existe un risque réel que l'industrie ait toute l'attention de la Commission
01:01:49et que les voix des populations touchées, de la société civile et des scientifiques indépendants soient noyées dans ce lobbying
01:01:57massif des entreprises.
01:02:03Fin 2024, la Suédoise Jessica Roswal est nommée commissaire à l'environnement.
01:02:08Elle hérite du cadeau empoisonné des pifaces.
01:02:12Pour montrer son implication sur le dossier, elle accepte d'être testée par une ONG.
01:02:35Deux semaines plus tard, Jessica Roswal apprend qu'elle a six pifaces dans le sang, dont trois réputés dangereux pour
01:02:41la santé.
01:02:42Ça me préoccupe. J'ai publié mes résultats sur les réseaux sociaux.
01:02:48J'en ai discuté à la maison, j'ai deux enfants adultes et un petit enfant.
01:02:53Dans tout ce que je fais, je pense à mon petit enfant.
01:02:55Je fais ça pour la planète sur laquelle on vit, mais aussi pour l'avenir.
01:03:02Ce test va-t-il rendre la commissaire plus méfiante à l'égard du lobbying de l'industrie, révélé par
01:03:07Corporate Europe Observatory ?
01:03:10D'après Vicky Khan, les lobbies joutent un double jeu.
01:03:13Accepter l'interdiction des pifaces dans les produits directement achetés par les consommateurs,
01:03:18les vestes de pluie, le maquillage, les emballages alimentaires,
01:03:22pour mieux les sauver dans les marchés les plus lucratifs,
01:03:25comme l'armement, le secteur médical ou le numérique.
01:03:31En ce moment, à Bruxelles, la compétitivité est au cœur de toutes les décisions.
01:03:37Et donc, malheureusement, la bataille contre les pifaces se joue sur cet argument,
01:03:42plutôt que sur ce que ça devrait vraiment être,
01:03:45à savoir la santé des citoyens européens.
01:03:52La commissaire a beau être sensibilisée au danger des pifaces,
01:03:55elle semble en phase avec les arguments de l'industrie.
01:04:01Nous savons que nous avons besoin des pifaces dans de nombreux produits,
01:04:05dans le domaine de la santé, par exemple,
01:04:08dans les hôpitaux lors des opérations,
01:04:10ou dans les inhalateurs.
01:04:12Nous avons aussi besoin des pifaces dans le domaine numérique,
01:04:15dans la transition écologique,
01:04:16dans le développement de l'industrie de la défense.
01:04:19On en a besoin dans de nombreux domaines.
01:04:22Donc, une interdiction totale des pifaces, de mon point de vue,
01:04:25ce serait très compliqué.
01:04:29Le projet défendu par l'industrie ne réglerait pas le problème.
01:04:33Seuls 20% de la pollution aux pifaces disparaîtrait.
01:04:41Alors, depuis San Francisco,
01:04:43Greta Goldman coordonne un groupe de réflexion
01:04:46dédié à une question cruciale.
01:04:48« Dans quels produits les pifaces sont-ils vraiment indispensables ? »
01:04:53Elle propose de faire le tri.
01:04:57« L'industrie chimique dit toujours
01:04:59« nos produits sont essentiels, vous devez les utiliser ».
01:05:02Mais les critères pour les utiliser doivent être stricts.
01:05:05Les pifaces doivent être essentiels pour la santé
01:05:07et pour la sécurité.
01:05:09Et aujourd'hui, dans certaines applications,
01:05:11nous n'avons pas d'autre choix.
01:05:13J'ai un pacemaker.
01:05:14Je sais que mon pacemaker est probablement recouvert de pifaces.
01:05:18Donc, j'ai des pifaces dans le corps.
01:05:20Mais je ne vais pas abandonner mon pacemaker pour autant.
01:05:23Je pense qu'on réussira à trouver une alternative efficace un jour.
01:05:30L'autre idée de Greta Goldman,
01:05:32c'est de répertorier toutes les alternatives.
01:05:35Et contrairement à ce que voudrait nous faire croire l'industrie,
01:05:38il en existe dans tous les domaines.
01:05:42A Stockholm, Jan Kuzins en a dressé la liste.
01:05:46« Nous sommes déjà en train de remplacer les pifaces par d'autres substances.
01:05:54Certaines sociétés produisent des batteries sans pifaces
01:05:57qui fonctionnent très bien.
01:06:00Bien sûr, les entreprises ne veulent pas changer s'elles ne sont pas obligées,
01:06:04car ça leur coûte de l'argent d'investir dans d'autres solutions.
01:06:07Mais les compagnies d'assurance et les investisseurs
01:06:10regardent tous désormais de plus près les pifaces.
01:06:13Ils les considèrent comme un problème majeur,
01:06:15car ils voient bien les coûts énormes que cela engendre.
01:06:18Et ça pourrait être, d'après moi, un gros facteur de changement.
01:06:28Dans un produit utilisé dans le monde entier,
01:06:31l'industrie a pu trouver des alternatives.
01:06:34Les mousses anti-incendies.
01:06:51Dans les années 2000,
01:06:53les chercheurs se rendent compte qu'elles sont responsables
01:06:56d'une contamination qui touche la planète entière.
01:06:59Quand on utilise ces mousses pour éteindre un camion qui a pris feu,
01:07:03par exemple, sur l'autoroute, parce qu'il transportait des produits chimiques,
01:07:06ces mousses, on ne va pas les ramasser à la balayette.
01:07:09On les laisse s'infiltrer dans les terres,
01:07:12et ça descend jusqu'aux nappes.
01:07:14Mais ça, un accident, c'est une chose.
01:07:17Mais il y a des sites où on utilise ces mousses quasiment quotidiennement.
01:07:21Donc c'est les aéroports,
01:07:23les sites d'entraînement à la lutte anti-incendie,
01:07:25et certaines casernes.
01:07:27Et donc ça fait énormément de lieux.
01:07:28Il y a beaucoup de hotspots de pollution en Europe
01:07:32qui sont dus aux mousses anti-incendie.
01:07:36Ceux qui ont eu le plus recours à ces produits gorgés de pifas sans le savoir
01:07:40vont être les premiers à s'en débarrasser.
01:07:43En 2022, la profession de sapeur-pompier est reconnue cancérogène
01:07:48par l'Organisation mondiale de la santé,
01:07:51au même titre que des produits comme le tabac ou l'amiante.
01:07:54Leur Morio, la sapeur-pompier de Seine-Maritime,
01:07:57a elle-même survécu à un cancer.
01:07:59Mais autour d'elle,
01:08:01beaucoup de collègues n'ont pas eu cette chance.
01:08:04Il y a encore quelques mois,
01:08:06en Seine-Maritime,
01:08:07on a un collègue qui a été enterré,
01:08:10qui est mort d'un cancer,
01:08:12qui l'a emporté en quelques mois de temps.
01:08:14Forcément, on s'interroge sur
01:08:17est-ce que finalement,
01:08:18je vais continuer à être sapeur-pompier ?
01:08:20L'Or forme ses futurs collègues au feu
01:08:23et depuis 5 ans,
01:08:24elle fait changer les pratiques et les mentalités
01:08:26pour limiter leur exposition.
01:08:29On s'est rendu compte que nous,
01:08:30sapeur-pompier,
01:08:31on a une exposition,
01:08:33une surexposition,
01:08:34en fait, à cette problématique-là.
01:08:36Et aujourd'hui, le CIS-76 a fait le choix
01:08:39de remplacer ces mousses pour vous protéger.
01:08:42Donc aujourd'hui,
01:08:42les mousses que vous utiliserez dans l'opérationnel,
01:08:45elles ne contiennent plus ces produits.
01:08:47L'objectif, c'est de limiter le risque
01:08:50pour les sapeurs-pompiers de façon générale
01:08:52pour vous amener plus loin dans votre vie.
01:08:58Les pompiers partout dans le monde
01:09:00réclament depuis plusieurs années
01:09:01le retrait des pifaces dangereux dans les mousses.
01:09:04Et le département où travaille l'Or Moriot
01:09:06a pris les devants.
01:09:10À l'heure actuelle,
01:09:12on n'a quasiment plus aucune mousse
01:09:15contenant des pifaces
01:09:17en Seine-Maritime.
01:09:22Je pense à mon fils.
01:09:24Je me dis que peut-être mon fils,
01:09:26je ne sais pas,
01:09:27il aura peut-être envie
01:09:27de devenir sapeur-pompier.
01:09:29Et forcément,
01:09:31encore plus que moi,
01:09:32je n'ai pas envie
01:09:33qu'il soit exposé à tout ça.
01:09:35Donc, moi,
01:09:36je serais peut-être fière
01:09:36de me dire que j'ai participé
01:09:38au fait de limiter ce problème
01:09:41parce qu'on sait qu'il est complexe
01:09:45du fait qu'il porte bien son nom
01:09:47pour le moment éternel.
01:09:49Le mal est déjà fait,
01:09:51mais ce n'est pas pour autant
01:09:53qu'il faut continuer à en faire
01:09:55à la même échelle
01:09:56et qu'il ne faut pas essayer
01:09:58de limiter les risques.
01:10:00En 2025,
01:10:02l'Europe a voté
01:10:03une interdiction progressive
01:10:04des pifaces
01:10:05dans les mousses anti-incendie.
01:10:07C'est bien la preuve
01:10:08que pour un produit
01:10:09aussi indispensable
01:10:10à notre sécurité,
01:10:11les alternatives
01:10:12peuvent être soutenues
01:10:14par une volonté politique.
01:10:17En Belgique,
01:10:19à Zwaindrecht,
01:10:20à l'été 2025,
01:10:22les travaux de dépollution
01:10:24des jardins
01:10:24n'ont toujours pas commencé.
01:10:28Yeroun et son voisin Jonas
01:10:29sont devenus militants
01:10:30malgré eux.
01:10:32Ils comptent ce jour-là
01:10:34sur un événement inespéré
01:10:35pour faire avancer leur cause,
01:10:37la visite de la commissaire européenne
01:10:39chargée des pifaces.
01:10:42La remise en état complète
01:10:43de la zone 1A
01:10:44devrait prendre au moins 5 ans,
01:10:46mais nous supposons
01:10:47que ça va prendre
01:10:47un peu plus de temps.
01:10:49Pour vous donner une idée,
01:10:50il va falloir retirer
01:10:514,4 millions de tonnes de terre
01:10:53et en ramener l'équivalent.
01:10:54Ça représente environ
01:10:5673 000 éléphants.
01:11:02Je suis allée à Zwaindrecht
01:11:04parce que je voulais voir
01:11:05de mes propres yeux
01:11:06une zone sensible
01:11:07de contamination au piface.
01:11:10Je voulais en savoir plus
01:11:12sur cet endroit.
01:11:13J'ai rencontré
01:11:14beaucoup de personnes
01:11:15très déterminées
01:11:16à décontaminer la zone.
01:11:21Un autre aspect
01:11:22mérite certainement
01:11:22d'être mentionné.
01:11:24maintenant que vous connaissez
01:11:25toutes ces histoires
01:11:26d'éléphants et de camions.
01:11:28C'est le coût
01:11:28de la remise en état.
01:11:30Pour 3M,
01:11:31ça va probablement coûter
01:11:32des centaines de millions,
01:11:33voire des milliards.
01:11:35Après les révélations,
01:11:373M s'était engagé
01:11:38à financer la dépollution
01:11:39à hauteur de 571 millions d'euros.
01:11:42Mais l'industriel
01:11:43a déjà plus de deux ans
01:11:44de retard.
01:11:46J'ai donc compris
01:11:47que nous,
01:11:48les décideurs politiques,
01:11:49nous devons prendre
01:11:50cela au sérieux.
01:11:51Il s'agit autant
01:11:52de décontaminer
01:11:53que d'empêcher
01:11:54que cela se reproduise.
01:11:58Pour Yeroun,
01:11:59la solution serait
01:12:01de faire payer
01:12:01les industriels
01:12:02avant même
01:12:03qu'ils ne polluent.
01:12:05Bonjour,
01:12:06je m'appelle Yeroun.
01:12:06Bonjour.
01:12:07J'habite juste à côté,
01:12:08là-bas.
01:12:09Vraiment ?
01:12:09Depuis combien de temps
01:12:10vous êtes là ?
01:12:12Nous vivons ici
01:12:13depuis maintenant 12 ans.
01:12:15Nous nous demandons
01:12:16si nous allons déménager
01:12:17ou pas.
01:12:18C'est une question
01:12:20que nous nous posons
01:12:21chaque jour.
01:12:24L'une des solutions
01:12:25pourrait être
01:12:25que les entreprises
01:12:26payent pour les déchets
01:12:27qu'elles rejettent.
01:12:30Ça permettrait
01:12:31d'alimenter un fonds
01:12:32qui pourrait financer
01:12:33la décontamination.
01:12:37Ça relève plutôt
01:12:38de la compétence
01:12:39des États membres
01:12:40et certainement
01:12:40de la région.
01:12:41Mais je comprends
01:12:42votre point de vue.
01:12:43La commissaire
01:12:44renvoie Yeroun
01:12:45vers les autorités
01:12:46flamandes et belges.
01:12:47Elle ne semble pas
01:12:48avoir le pouvoir
01:12:49de faire accélérer
01:12:50les travaux.
01:12:53Quelques semaines
01:12:54plus tard,
01:12:55la région flamande
01:12:56organise une réunion
01:12:57avec 3M.
01:12:59La rencontre
01:13:00va commencer
01:13:00dans quelques instants.
01:13:02Les participants
01:13:03passent en revue
01:13:03les questions cruciales.
01:13:08Peut-être que nous
01:13:09devrions également
01:13:10vérifier ce qui est
01:13:11convenu dans l'accord
01:13:12de décontamination
01:13:13afin de nous assurer
01:13:16que le calendrier
01:13:16est correct.
01:13:20Caroline représente
01:13:21les riverains.
01:13:22Son objectif,
01:13:23obtenir un calendrier
01:13:25de la dépollution.
01:13:29dans la soirée,
01:13:30Caroline et Jonas
01:13:31ressortent d'épité.
01:13:343M a annoncé
01:13:35un nouveau report
01:13:36des travaux.
01:13:40C'était incroyablement frustrant.
01:13:42C'était incroyablement frustrant.
01:13:43J'espérais encore
01:13:44un tout petit peu
01:13:45que 3M nous donnerait
01:13:46une vue d'ensemble
01:13:46claire
01:13:47et un planning précis.
01:13:51Je pensais
01:13:52qu'on allait se coordonner.
01:13:56comment ça se fait
01:13:58qu'il y ait 6 mois
01:13:58de retard.
01:14:04C'est comme si le gouvernement
01:14:07disposait de trop peu
01:14:08d'outils
01:14:08et de moyens
01:14:09pour contrôler
01:14:09ces entreprises
01:14:10et les forcer
01:14:11à respecter
01:14:12leurs obligations.
01:14:15Si aucune sanction
01:14:17n'est prévue,
01:14:18ça revient simplement
01:14:19à donner carte blanche
01:14:20à ces entreprises
01:14:21pour faire
01:14:22ce qu'elles veulent.
01:14:25Et dans le cas
01:14:26de 3M,
01:14:27cela signifie
01:14:28tout reporter
01:14:29autant que possible
01:14:30et ne pas être
01:14:31vraiment transparent.
01:14:33C'est ce qu'on a
01:14:34encore constaté
01:14:35aujourd'hui.
01:14:40En tout,
01:14:41les travaux
01:14:42de dépollution
01:14:42auront pris
01:14:43au moins
01:14:43trois ans
01:14:44de retard.
01:14:45Nous avons voulu
01:14:46savoir pourquoi.
01:14:47La multinationale
01:14:48nous a répondu
01:14:49par un mail
01:14:49laconique.
01:14:51En étroite concertation
01:14:53avec les différentes
01:14:54parties prenantes,
01:14:55y compris
01:14:55les autorités compétentes,
01:14:583M Belgique
01:14:58poursuit ses actions
01:14:59correctives
01:15:00sur son site
01:15:00du port d'Anvers
01:15:01et dans ses environs.
01:15:04En Belgique,
01:15:063M semble jouer
01:15:07la montre,
01:15:07comme elle l'avait fait
01:15:08lors du procès
01:15:09du Minnesota.
01:15:12elle vient pourtant
01:15:13d'arrêter
01:15:13la production
01:15:14de pifaces.
01:15:16Ses concurrents
01:15:17continuent,
01:15:17eux,
01:15:17d'en produire.
01:15:24Alors,
01:15:25comment mettre
01:15:25au pied du mur
01:15:26ces multinationales
01:15:27qui ont produit
01:15:28des pifaces
01:15:29en connaissant
01:15:30les risques
01:15:30qu'elles nous faisaient
01:15:31courir ?
01:15:32Les informations
01:15:33révélées par Robert
01:15:34Bilotte
01:15:34pourraient bien
01:15:35finalement porter
01:15:36leurs fruits
01:15:36de ce côté-ci
01:15:37de l'Atlantique.
01:15:39Pour l'avocat lanceur
01:15:40d'alerte,
01:15:41la collaboration
01:15:42internationale
01:15:43est l'une des clés.
01:15:46On trouve les mêmes
01:15:48produits chimiques
01:15:48partout dans le monde.
01:15:50Il est extrêmement
01:15:51important que les gens
01:15:53partagent ces informations
01:15:54et tirent des leçons
01:15:55de ces expériences.
01:15:58On y travaille énormément
01:15:59comme en Italie,
01:16:00près de Venise,
01:16:01où dans l'eau
01:16:02que boivent
01:16:03des centaines
01:16:03de milliers de gens,
01:16:05vous avez le même
01:16:06produit,
01:16:06le PFOA.
01:16:17En Italie,
01:16:18à 70 kilomètres
01:16:19de Venise,
01:16:20une petite ville
01:16:21est au centre
01:16:22de l'attention
01:16:23de toutes les victimes
01:16:24des pifaces.
01:16:27Un groupe de mamans
01:16:29a décidé d'assigner
01:16:30en justice
01:16:31l'usine locale
01:16:32de production
01:16:32de pifaces.
01:16:34Ce procès pénal
01:16:35est une première mondiale.
01:16:42Je m'appelle
01:16:45Christina Collin
01:16:46et je fais partie
01:16:47d'un groupe
01:16:47appelé
01:16:48les Mamé-Nopifaces.
01:16:50Nous avons choisi
01:16:50ce nom
01:16:51parce qu'en 2017,
01:16:52nous avons découvert
01:16:54que nous étions victimes
01:16:55d'une contamination
01:16:55par des substances chimiques,
01:16:57les pifaces.
01:16:59Nous avons découvert
01:17:00qu'ils se sont retrouvés
01:17:01dans le sang
01:17:02de nos enfants
01:17:02et dans le nôtre.
01:17:08Je me rappelle
01:17:09que quand j'ai vu
01:17:10que j'avais un taux élevé,
01:17:11j'ai dit
01:17:12« Regarde ça ! »
01:17:14Mais cela m'a davantage
01:17:15frappée
01:17:16quand j'ai vu
01:17:16celui de mes enfants
01:17:18car nos enfants
01:17:19passent avant tout.
01:17:20Donc le taux de 75
01:17:22de Lorenzo
01:17:23et celui de 85
01:17:24de Camilla
01:17:25m'ont beaucoup plus affectée
01:17:26que les taux de 150
01:17:28qu'on présentait,
01:17:29mon mari et moi.
01:17:30Ce n'est pas la même chose.
01:17:34Les enfants de Christina
01:17:35ont un taux de PFOA
01:17:37dix fois trop élevé
01:17:38d'après la valeur
01:17:39de référence italienne.
01:17:41Leur santé est en danger.
01:17:44Les maméno-pifas
01:17:46sont nés, je pense,
01:17:47de la colère
01:17:48qui nous envahissait
01:17:49toutes à ce moment-là
01:17:50et aussi du manque
01:17:51de réponses.
01:17:55Les maméno-pifas
01:17:57portent des t-shirts
01:17:58avec le prénom
01:17:59de leurs enfants
01:18:00et les taux anormaux
01:18:01de pifas dans leur sang.
01:18:03Elles sont bientôt 60.
01:18:05Une vierge mari
01:18:06symbolise leur combat.
01:18:09Elle multiplie
01:18:11les manifestations,
01:18:11parfois jusqu'à Bruxelles,
01:18:13jusqu'à porter l'affaire
01:18:15devant les tribunaux.
01:18:22Quand les maméno-pifas
01:18:24sont venus me voir,
01:18:25j'ai tout de suite compris
01:18:26qu'il s'agissait
01:18:27d'un événement
01:18:28très important.
01:18:30Et cela m'a tout de suite
01:18:32beaucoup touché.
01:18:37En juin 2025,
01:18:38au tribunal pénal
01:18:40de Vicence,
01:18:40le procès s'ouvre
01:18:42s'ouvre enfin.
01:18:43Il est scruté
01:18:43par le monde entier.
01:18:46Quinze dirigeants
01:18:46d'une usine locale,
01:18:47Miteni,
01:18:48sont inculpés
01:18:49pour empoisonnement
01:18:50des eaux destinées
01:18:51à la consommation humaine
01:18:52et catastrophes
01:18:53environnementales.
01:18:55Ils risquent la prison.
01:18:57« C'est le premier procès pénal
01:19:00non seulement en Europe,
01:19:01mais je crois aussi
01:19:02dans le monde.
01:19:03Car aux Etats-Unis,
01:19:05des procès ont été intentés
01:19:06pour obtenir
01:19:07une indemnisation civile.
01:19:09De ce point de vue,
01:19:10il s'agit donc
01:19:11d'un procès important
01:19:12sur le plan européen
01:19:13et mondial.
01:19:21L'usine Miteni
01:19:23a produit
01:19:24des pifaces
01:19:24pour le compte
01:19:25des grandes multinationales.
01:19:30Miteni a longtemps
01:19:31figuré
01:19:31parmi les trois premiers
01:19:32producteurs mondiaux
01:19:34de ces substances.
01:19:37Elle était certes petite,
01:19:39mais sa capacité
01:19:40de production
01:19:41et sa flexibilité
01:19:42en faisaient
01:19:43un concurrent de taille.
01:19:45Elle était assise
01:19:46à la table
01:19:46des grandes multinationales.
01:19:51Miteni entretenait
01:19:52des relations étroites
01:19:53avec Solvay et Dupont.
01:19:57Les multinationales,
01:19:58rattrapées par des procès
01:19:59aux Etats-Unis,
01:20:00se tournent alors
01:20:01vers l'usine italienne.
01:20:03Un témoin essentiel
01:20:05est appelé à la barre
01:20:06pour préciser ses liens.
01:20:08L'intervention
01:20:09de Robert Bilotte
01:20:09va être décisive.
01:20:12Dupont n'utilisait pas
01:20:14du PFOA seulement
01:20:15à Parkersburg
01:20:16en Virginie Occidentale.
01:20:17Elle avait des usines
01:20:19partenaires
01:20:19dans d'autres pays
01:20:20qui faisaient
01:20:20la même chose.
01:20:24C'est un schéma
01:20:25qui se répète
01:20:26où les entreprises disent
01:20:27nous n'en fabriquerons plus
01:20:29ici,
01:20:30à cet endroit précis.
01:20:32Mais la production
01:20:34se déplace
01:20:35vers d'autres régions
01:20:36considérées
01:20:37comme moins restrictives.
01:20:41La Miteni
01:20:43a confirmé
01:20:44et addirittura
01:20:45avrait aussi
01:20:46incrémenté
01:20:47les productions
01:20:48de PFOA.
01:20:51Robert Bilotte
01:20:52a témoigné
01:20:53que lors de ces réunions,
01:20:543M avait déclaré
01:20:55que ses chercheurs
01:20:56avaient décrété
01:20:57que les substances
01:20:58étaient trop dangereuses
01:20:59et que la production
01:21:00de PFOA
01:21:01et de PFOS
01:21:02devaient être suspendues.
01:21:04Et lors de ces réunions,
01:21:06Miteni a dit
01:21:07ne vous inquiétez pas,
01:21:08nous pourrons continuer
01:21:09à augmenter la production.
01:21:13Parmi les accusés,
01:21:15Luigi Guaraccino,
01:21:16le principal dirigeant italien
01:21:18de Miteni.
01:21:19Je suis venu
01:21:20surtout à dire
01:21:21que qui a opéré
01:21:23pour le bien
01:21:23de la société
01:21:24ne sait pas.
01:21:25Elle se judique
01:21:26innocente.
01:21:27Absolument.
01:21:46La cour d'assises
01:21:47de Vicence
01:21:47au nom du peuple italien
01:21:49et en vertu
01:21:50des articles 533
01:21:51à 535
01:21:52du code de procédure pénale
01:21:53reconnaît
01:21:54Guaraccino Luigi
01:21:55coupable
01:21:56des infractions
01:21:56visées
01:21:57par les chefs
01:21:57d'accusation
01:21:58A, B et F
01:21:59et condamne
01:22:01Guaraccino Luigi
01:22:02à une peine
01:22:03de 17 ans de prison.
01:22:20Luigi Guaraccino
01:22:21est reconnu coupable
01:22:22comme les autres dirigeants
01:22:23et condamné
01:22:24à la plus lourde peine,
01:22:2517 ans de prison.
01:22:29à la plus lourde dunque.
01:22:32Parlezal,
01:22:32il
01:22:32à la plus lourde
01:22:34à la plus lourde
01:22:34pour la prénale
01:22:34pour la présence
01:22:35et en venir
01:22:37à la plus lourde
01:22:39et on va
01:22:39à la plus lourde
01:22:43pour la présence
01:22:43et en lourde
01:22:44on va
01:22:44à la plus lourde
01:22:44et en lourde
01:23:09Je n'aurais pas cru.
01:23:1117 ans pour Guaracchino.
01:23:13Je suis vraiment contente pour toi.
01:23:15Ne pleure pas.
01:23:16Ça a été vraiment courageuse.
01:23:18Non, non, c'est notre victoire à toutes.
01:23:20Nous toutes.
01:23:21Toutes ensemble.
01:23:26L'avocat de l'industriel quitte le tribunal en attribuant la victoire des Maménopifas à leur prière.
01:23:34Ça leur a bien servi de prier la Vierge, hein ?
01:24:03Je sais qu'il existe malheureusement d'autres cas comme le nôtre.
01:24:06En Europe et dans le monde.
01:24:09Je peux donc dire que notre histoire montre que rien n'est impossible et qu'on n'est jamais trop
01:24:13petit pour faire quelque chose.
01:24:19Le message, c'est qu'on ne peut plus faire ce qu'on veut.
01:24:22Qu'on ne peut pas seulement penser au profit, mais qu'il faut aussi prendre en compte la protection de
01:24:26l'environnement et de la santé.
01:24:28La santé des personnes passe avant le profit.
01:24:33Luigi Guaracino a fait appel, mais ce procès inédit pourrait faire école en Europe.
01:24:40Cela risque de prendre des années alors qu'il y a urgence à sortir de notre dépendance aux polluants éternelles.
01:24:49Dans certains pays, comme la France ou le Danemark, des lois commencent à bannir certains pifaces et exigent des compensations
01:24:56de la part des industriels.
01:24:58Mais pour les spécialistes qui traquent les pifaces depuis plusieurs années, il n'y a qu'une solution.
01:25:03Entre le moment où les autorités ont été alertées sur les pifaces au début des années 2000 et une peut
01:25:09-être interdiction des pifaces en Europe, il sera écoulé à quasiment un demi-siècle.
01:25:13Est-ce que c'est vraiment raisonnable d'attendre un demi-siècle pour interdire des substances aussi dangereuses ?
01:25:22C'est pourquoi nous luttons pour mettre fin à l'utilisation des pifaces et à leur production.
01:25:29Pour nous assurer que nos enfants ne soient pas affectés par les pifaces présents dans leur corps, nous devons en
01:25:35finir avec ces polluants éternelles.
01:25:38C'est la seule solution.
01:25:43Dans 200 ans, nous regarderons en arrière, les pifaces seront un marqueur du 21e siècle.
01:25:49Et nous nous dirons, regardez ces fous qui utilisaient ces produits chimiques qui sont toujours présents dans notre environnement aujourd
01:25:55'hui.
01:25:56Ce sera un symbole de nos erreurs du passé.
01:26:01Il s'agit véritablement d'un problème mondial, car ces produits chimiques ne respectent pas les frontières nationales.
01:26:07Donc s'il y a une urgence demandant un effort collectif, c'est bien celle des pifaces.
01:26:14Je constate une volonté de changement et des progrès.
01:26:18Je ne perds donc pas espoir.
01:26:20Nous n'avons pas le choix.
01:26:21C'est une responsabilité qui nous incombe et nous devons agir.
01:26:28En attendant que la production de pifaces soit interdite, des scientifiques partout sur la planète s'activent pour trouver des
01:26:35solutions de dépollution.
01:26:38A Zwaindrecht, en Belgique, la pollution de 3M a atteint la réserve naturelle située aux abords de l'usine.
01:26:46Ce havre de paix est devenu le lieu d'une expérience pionnière de décontamination avec l'aide de la nature.
01:26:53Une équipe de chercheurs internationaux, dont le biologiste Robin Lasters,
01:26:58s'intéresse ici à une plante très commune qui pourrait nous aider à capturer ces poisons.
01:27:05Voilà Yeroun, on est arrivé au roseau.
01:27:08C'est plantes qui absorbent très bien l'épiface du sol.
01:27:13Lors de l'expérience, on coupe un roseau et ensuite on le pyrolyse.
01:27:18Et pendant la combustion, une matière appelée biochar est produite.
01:27:23C'est une sorte de charbon de bois qui, dans le sol, agit comme une éponge qui fixe et immobilise
01:27:29l'épiface.
01:27:36Des tests ont déjà été effectués en Norvège.
01:27:39On a constaté que 1% de biochar dans le sol empêche 99% de la dispersion des pifaces dans
01:27:45l'eau du sol.
01:27:50Oui, c'est formidable qu'on recherche des techniques en lien avec la nature.
01:27:55La nature est souvent très créative.
01:27:57Et si on y regarde de plus près, on y trouve des solutions beaucoup plus durables
01:28:02et parfois même beaucoup plus efficaces que celles que nous, humains, pouvons imaginer.
01:28:45Sous-titrage Société Radio-Canada
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