00:01Avec en plateau Laurent Calvé, responsable de la gestion obligataire de TKO Capital.
00:05Bonjour Laurent, merci de m'accompagner ce matin, de nous accompagner dans Good Morning Market.
00:10Oui, il y a beaucoup de choses dans le sens où il y a à nouveau des inquiétudes sur le
00:14crédit privé aux Etats-Unis.
00:15On l'a vu ces dernières heures avec KKR et puis surtout un marché obligataire, en tout cas sur la
00:21partie souveraine.
00:23Vous avez des taux longs qui reviennent sur des plus hauts, c'était le cas cette nuit au Japon,
00:28sur des plus hauts de 1997, plus haut de juin dernier pour le 10 ans américain hier soir,
00:32quand le 10 ans français par exemple a 3,7%.
00:34Des inquiétudes sur le crédit privé et puis des inquiétudes également par rapport à cette inflation,
00:39on l'a vu hier aux Etats-Unis, et le marché qui anticipe des hausses de taux de la part
00:43de la Banque centrale, en tout cas en Europe.
00:46Tout à fait, alors on voit des poches de stress, d'inquiétudes sur la dette privée,
00:52mais ça concerne surtout des petites entreprises qui sont très concentrées, moins diversifiées,
00:58qui affichent des caractéristiques de fin de cycle sur certains secteurs,
01:01avec des investisseurs qui ont sans doute été moins regardants sur les conditions de financement,
01:06dans une sorte de course à l'échalote, course au rendement,
01:10en prenant peut-être quelques raccourcis dans l'analyse financière.
01:12Donc stress, inquiétude, oui,
01:15mais à ce stade, on parlera plutôt de cas idiosyncratiques plutôt qu'une contagion généralisée,
01:22et encore moins d'une contagion à l'obligataire européen, au haut rendement, au high yield,
01:28qui même s'il est plus risqué que l'investment grade,
01:31se compose quand même d'entreprises de taille plus significative,
01:34avec une plus grande diversification en termes de produits, de marchés, de géographie.
01:39Le high yield, qui a un niveau de notation inférieur au investment grade,
01:44avec bien sûr un rendement qui est supérieur,
01:47puisque forcément il y a un risque qui est plus important.
01:50Comment aujourd'hui évolue cette classe d'actifs,
01:53depuis le mois de mars, depuis le conflit en Iran ?
01:56Alors, pour l'instant, le conflit en Iran a assez peu de conséquences
02:00sur le bilan des entreprises européennes.
02:02Le marché qui est toujours dans l'anticipation voit aujourd'hui un risque d'inflation,
02:05et donc forcément met cela dans les prix.
02:07Oui. Alors, depuis mars, on a un vrai stress test.
02:11C'est-à-dire que le marché a pricé un choc inflationniste et géopolitique brutal.
02:16Ce qui est intéressant de voir, c'est qu'il n'y a pas eu d'emballement durable
02:20sur le crédit high yield européen, puisque depuis fin mars,
02:23les primes de risque se sont vraiment détendues.
02:25On est passé de 330, 340 points de base à 270,
02:29donc on est revenu au niveau pré-conflit.
02:31Donc on a eu de la volatilité,
02:33mais le portage et la demande pour la classe d'actifs
02:37a permis au marché de réabsorber une bonne partie du choc.
02:39Donc on est sur un test de nervosité,
02:41mais on n'est pas sur un changement de régime.
02:44Et effectivement, comme vous l'avez dit,
02:46le marché a souffert des taux souverains,
02:49qui sont orientés à la hausse,
02:53avec un aplatissement des cours.
02:55C'est-à-dire que les taux courts sont montés plus fortement que les taux longs,
02:58puisqu'on a des anticipations de politique monétaire plus restrictives.
03:02Le marché a aussi souffert d'incertitudes macroéconomiques,
03:05mais la jambe crédit, elle, a été plutôt très ordonnée.
03:09Avec des entreprises qui ont publié leurs résultats du premier trimestre,
03:12on en parle tous les jours dans cette émission.
03:14Pour l'instant, en dehors de quelques compagnies aériennes,
03:18certains secteurs qui sont vraiment touchés par cette crise en Iran
03:22et par la remontée des cours du pétrole.
03:24Est-ce que vous avez revu un petit peu vos scénarios pour vos portefeuilles ?
03:28Alors nous, on est un petit peu en décalé sur le crédit,
03:31en high yield, par rapport au marché actions.
03:33On est en plein encore dans les publications du premier trimestre.
03:37Et je précise que quand on est un investisseur crédit,
03:39on ne regarde pas tant les perspectives de croissance,
03:42mais plutôt la résilience des marges et du cash flow.
03:45Et sous cet angle-là,
03:46les sociétés ont fait preuve d'une bonne discipline
03:50en termes de réduction des coûts et de gestion bilancielle.
03:53Donc s'ils ont hors secteur,
03:54qui sont très consommateurs en énergie,
03:56qui sont exposés au commerce mondial
03:58ou à la disruption technologique,
04:00les bilans se tiennent plutôt bien
04:02et les taux de défauts sont contenus.
04:04Maintenant, pour 2026-2026,
04:06nous voyons plutôt un environnement de croissance molle
04:10avec toujours des défauts qui restent contenus.
04:12Donc un marché plutôt de sélection qu'un marché de panique.
04:16Le marché anticipe pour l'instant
04:172 à 3 hausses de taux de la part de la BCE.
04:20Bon, espérons qu'il n'y ait pas 3 hausses de taux.
04:23Si c'est le cas, aujourd'hui,
04:23il faut se placer sur le marché obligataire,
04:25profiter de ce pricing,
04:27de ces anticipations de 3 hausses de taux
04:28dans l'espoir qu'elles n'arrivent pas.
04:30Alors effectivement,
04:31le marché, je pense,
04:34a repricé très rapidement
04:36un scénario très au quiche,
04:38puisqu'on est passé d'une demi-baisse de taux
04:40pour 2026 avant le conflit
04:43à maintenant plus de 3 hausses de taux
04:45pour cette année.
04:46Alors c'est un scénario qui est possible,
04:48mais je pense que si on doit être surpris,
04:50on doit plutôt être surpris d'un côté dovish,
04:52c'est-à-dire pas de hausses,
04:53voire des hausses,
04:54mais moins que ce qui est actuellement anticipé.
04:57Je pense qu'on ne sera pas surpris
04:58par une banque centrale
04:59qui va monter les taux 4, 5 ou 6 fois.
05:02Étant donné le régime d'inflation
05:03qui prévalait en Europe avant le conflit,
05:06qui était à la cible,
05:06voire légèrement en dessous,
05:08je pense que la BCE peut se permettre
05:11d'attendre un petit peu
05:12avant d'augmenter les taux.
05:13Et puis si le conflit,
05:15le choc énergétique n'est pas temporaire,
05:17mais qui vient vraiment casser la croissance,
05:19est-ce que la Banque centrale européenne
05:20va vraiment augmenter ses taux drastiquement
05:22dans un contexte de récession ?
05:24On fait souvent le parallèle
05:25avec 2022, choc énergétique,
05:28montée des taux,
05:29Banque centrale qui resserre
05:31leur politique monétaire,
05:32mais il faut bien se rappeler
05:33que le régime d'inflation en 2022
05:35était bien différent de celui
05:36qu'il était au début de 2026,
05:38puisqu'on était quasiment
05:39à 11% de l'inflation,
05:40donc il fallait faire quelque chose.
05:42Et dans ce contexte-là,
05:43se placer effectivement
05:44sur l'obligataire
05:47est attractif,
05:48puisqu'on est à 5,5 de rendement
05:50sur le high yield européen.
05:51On a des bilans qui tiennent bien,
05:53des taux de défauts qui sont contenus,
05:54une demande forte pour le crédit,
05:57une volatilité assez faible,
05:59avec cette option
05:59que si la Banque centrale européenne
06:02n'augmente pas ses taux
06:04ou les augmente moins
06:04que ce qu'attend le marché,
06:06les anticipations de hausse
06:08vont se dégonfler,
06:08les taux courts devraient baisser,
06:10ce qui devrait avoir
06:11un effet bénéfique
06:12sur le prix des obligations.
06:13Très clair.
06:14Merci beaucoup, Laurent Calvé,
06:15pour ce focus
06:16sur le marché obligataire du crédit
06:18et en plus particulièrement
06:19sur la classe d'actifs du AI.
06:21Je rappelle que vous êtes responsable
06:22de la gestion obligataire
06:24de Tikeo Capital.
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