- il y a 2 jours
Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre socialiste sous François Hollande, confirme sa volonté d'être candidat à l'élection présidentielle de 2027. Il se présente comme "un républicain de gauche". Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mardi-19-mai-2026-5608620
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00:00Et dans le grand entretien, nous recevons donc ce matin un ancien Premier ministre,
00:05ancien ministre de l'Intérieur et peut-être futur candidat à l'élection présidentielle.
00:10Vos questions et réactions chers auditeurs au 01, 45, 24, 7000 et sur l'application Radio France.
00:17Et bonjour Bernard Cazeneuve.
00:19Bonjour.
00:19Merci d'être avec nous ce matin au micro d'Inter.
00:22On va tenter de vous cerner politiquement au sein d'une gauche qui se morcelle à moins d'un an
00:28de la présidentielle.
00:28Quel chemin proposez-vous ? Quelle est votre ligne sur les sujets d'actualité comme le prix des carburants par
00:35exemple
00:35et sur les grands sujets qui agitent le débat public, le déficit, les retraites, l'immigration ?
00:41Mais d'abord Bernard Cazeneuve, il y a trois semaines au Figaro, vous avez dit être prêt pour 2027.
00:46Est-ce que vous pouvez être plus clair ce matin et nous dire si nous avons en face de nous
00:50un candidat à la présidentielle ?
00:52Il y a un temps pour tout.
00:54Et le temps auquel nous sommes confrontés, le temps du développement des projets, des idées, de la confrontation des points
01:02de vue.
01:03Donc je me suis préparé et j'ai préparé un projet, je le rendrai public dans quelques semaines.
01:09Et ce projet fera partie du débat public dans la perspective des élections présidentielles.
01:13C'est quand même autour du projet que la campagne présidentielle doit se dérouler.
01:17Et on verra en fonction de la manière dont ce projet est reçu, on verra en fonction de ce qui
01:22se passera à gauche.
01:23Donc il y a encore dans la Cazeneuve quelque chose qui pourrait vous empêcher d'être candidat ?
01:28Non, ma détermination à être dans le débat est totale.
01:32Ma volonté d'être candidat est pleine et entière.
01:35Mais on n'est pas candidat pour soi-même.
01:37On est quand même dans une situation particulière.
01:39En France, ça ne vous a pas échappé.
01:41Un contexte international extrêmement grave.
01:43Un morcellement du paysage politique qui peut emmener à une confrontation au second tour de l'élection présidentielle
01:49entre LFI et le Rassemblement National.
01:52Donc on ne se projette pas dans un moment politique comme celui auquel nous sommes confrontés
01:56avec la seule préoccupation de son destin ou de soi-même.
01:59Sinon, c'est qu'on est dépourvu de sagesse.
02:01La détermination...
02:01Est-ce que vous avez le désir d'être président de la République, Bernard Cazeneuve ?
02:05Mais bien entendu que j'en ai le désir.
02:07Sinon, je ne ferai pas ce que je fais ce matin.
02:10Et je ne ferai pas tout ce que j'ai fait au cours des dernières semaines.
02:12Mais il s'avère que nous sommes dans un paysage politique tellement déraisonnable
02:16que dès lors que vous avez la préoccupation du pays
02:19et la volonté de le servir en tenant compte des risques qui se présentent à lui,
02:24c'est-à-dire que dès lors que vous êtes déterminé à être sage,
02:27alors vous n'êtes pas déterminé à être président de la République.
02:29Mais moi, je considère que nous sommes dans une période où on ne peut pas être président de la République
02:33si on n'est pas animé d'une certaine sagesse.
02:34Parce que Bernard Cazeneuve, vous savez, ceux qui vous veulent du mal,
02:37parfois ils disent, Bernard Cazeneuve, à force d'être au-dessus de la mêlée,
02:40à force de ne pas vouloir se mêler d'affaires partisanes,
02:42en fait, il reste en retrait, il reste en surplomb et il ne plonge jamais dans la campagne.
02:46Vous allez donner tort à ceux qui vous reprochent cela ?
02:48Parce que vous pensez que les Français sont séduits par les manœuvres de ceux qui passent leur temps dans les
02:54affaires partisanes ?
02:55Vous pensez que ceux qui manœuvrent en permanence, godis, s'occupent des affaires des appareils,
03:03recueillent une audience absolument déterminante qui leur donne une chance d'atteindre le but
03:08et de sortir le pays de l'affaissement auquel il est confronté ? Je ne le crois pas.
03:12Donc, il est vrai que je ne m'intéresse pas à ce qui se passe dans les appareils
03:16dès lors que ce qui se passe dans les appareils nous donne le spectacle que l'on voit.
03:20Mais ce n'est pas d'ailleurs, pour moi, une manière de me désintéresser de ce qu'est le sort
03:25de la gauche
03:26ni de ce qu'est l'avenir de ma famille politique.
03:28C'est une manière de refuser ce que j'appellerais, de façon triviale, pour que tout le monde comprenne bien,
03:33la tambouille.
03:34Alors, pour qu'on comprenne bien, et pour les Français qui pourraient vous avoir oubliés,
03:39puisque vous avez été ministre de l'Intérieur, puis Premier ministre de François Hollande, c'était il y a dix
03:44ans...
03:44Mais les Français ne m'ont pas oublié. Vous savez, quand je me prenne dans la rue, ils me reconnaissent
03:47et ils parlent.
03:47Comment vous vous définissez politiquement, aujourd'hui ?
03:50Je me définis comme un républicain de gauche, comme un social-démocrate,
03:53qui pense qu'il faut de la clarté à l'égard des dégagismes d'extrême droite et d'extrême gauche,
04:00que l'on ne peut pas soumettre le pays à la pression qui exercent des dégagismes
04:04sur les institutions, sur la société, en cherchant à tout prix à la fracturer,
04:08et qu'il faut, pour essayer de faire en sorte que ce risque soit évité,
04:13présenter au pays un projet qui soit imprégné de l'esprit de crédibilité et de responsabilité.
04:18Et je propose, pour être très concret, parce qu'on ne va pas passer notre temps à parler de ce
04:22qui se passe dans les appareils,
04:23mais parler de ce qui intéresse le pays, c'est-à-dire des propositions.
04:26Moi, je souhaite que le projet soit structuré autour de quatre axes simples,
04:30et qui correspondent, me semble-t-il, ces quatre axes, aux préoccupations des Français.
04:35D'abord, les Français n'aiment pas le désordre.
04:37Ils ne veulent pas que sur la question de l'ordre républicain, que sur la question des valeurs,
04:42que sur l'idée qu'ils ont de leur propre pays, qui est articulée au refus du communautarisme,
04:47à l'attachement à la laïcité, à l'universalisme français,
04:50ceux qui s'apprêtent à exercer la responsabilité du pays, et la main qui tremble.
04:54Ils ne veulent pas non plus, d'ailleurs, que pour conquérir des clientèles électorales,
04:58on abandonne tous ces principes sur le bord du chemin.
05:00On entend que vous ayez quatre axes, et on va, là encore, les détailler,
05:03mais simplement pour rester sur la question que vous posez, Florence, sur l'espace politique que vous occupez.
05:08Si vous êtes un républicain de gauche, c'est l'expression que vous utilisez,
05:11il s'avère que sur ce créneau-là, ça ne vous a pas échappé que vous n'êtes pas exactement
05:13seul.
05:14Il y a Raphaël Glucksmann, qui est celui qui, quand on regarde les sondages, est le mieux placé.
05:17Vous avez François Hollande, qui fait tout pour se retrouver dans une position qui lui permettrait d'être candidat.
05:22Qu'est-ce qui vous distingue de ces deux personnalités ?
05:26Si vous pensez la même chose, votre candidature n'a pas grande utilité.
05:31Mais j'ai pris des positions très différentes au cours des derniers mois, ça ne vous a pas échappé.
05:36Lorsqu'il s'est agi, en 2022, d'enteriner l'alliance avec la France Insoumise,
05:43j'ai pris une position très nette.
05:44Je suis sorti du Parti Socialiste.
05:46Qui l'a fait ?
05:48À l'époque, oui, mais aujourd'hui, Raphaël Glucksmann et François Hollande sont plus clairs sur leur refus d'une
05:52alliance avec la France Insoumise.
05:53Lorsqu'en 2024, le nouveau Front Populaire a été constitué,
05:58j'ai dit que l'orientation autour duquel il avait été constitué, que cette alliance était funeste.
06:02À l'époque, beaucoup de commentateurs, peut-être y en a-t-il d'ailleurs dans cette radio,
06:07disaient « mais c'est le seul qui n'a rien compris ».
06:08Aujourd'hui, tout le monde est sur cette ligne.
06:12Donc, j'ai pris des positions très nettes, j'ai été constant, je n'ai pas gaudillé,
06:16je n'ai pas cherché sur ces sujets qui étaient fondamentaux pour l'avenir de la gauche
06:20et surtout pour l'avenir de la France à tergiverser.
06:23Et donc, j'ai pris des positions nettes.
06:24Mais Raphaël Glucksmann et François Hollande disent la même chose d'aujourd'hui, Bernard Casen.
06:27D'accord, donc ils se sont ralliés à mes positions.
06:29Donc, au motif qu'ils se sont ralliés à mes positions et que j'avais...
06:31D'accord, donc en fait, c'est eux qui sont sur votre ligne.
06:33Que j'avais eu à l'époque une ligne claire qui a fini par convaincre tout le monde,
06:38il faudrait que je sois celui qui se retire.
06:40Ben non, j'ai pris des positions claires, je l'ai défendue avec constance.
06:44La constance en politique a quelque chose à voir avec la cohérence et le courage.
06:49Et par conséquent, j'estime qu'il est tout à fait normal,
06:52dans le contexte où nous nous trouvons, que je puisse participer au débat.
06:55D'ailleurs, je constate que ces questions que vous me posez à moi-même,
06:57vous ne les posez pas aux autres lorsqu'ils viennent à cette antenne.
07:00Vous ne leur posez pas la question de savoir s'ils sont déterminés ou pas,
07:05ou s'ils sont retirés ou pas, ce motif que je suis candidat.
07:08Tout le monde, dans cet espace, a la possibilité d'exprimer ce à quoi il croit.
07:12Et dès lors qu'il exprime ce à quoi il croit,
07:15d'essayer de convaincre les Français de ce que je vais m'employer à faire.
07:17Bernard Cazeneuve, vous avez envie, tous les trois, de cette fonction suprême,
07:21que vous ne souhaitez pas de primaire, tous les trois non plus.
07:25Comment est-ce que vous allez vous départager ?
07:27Mais il n'y aura pas à la fin trois candidats.
07:30Et d'ailleurs, le paysage à gauche va bouger d'ici la fin de l'année.
07:34Ce qui compte, c'est d'essayer de faire en sorte, par les positions qu'on prend,
07:37que le paysage évolue dans la bonne direction.
07:40Et que l'audience que l'on aura en raison de la clarté de ce que l'on exprimera...
07:44Donc c'est quoi ? C'est les sondages qui vont décider ?
07:45Ce sont les sondages, bien entendu les sondages auront leur rôle,
07:48mais c'est aussi la dynamique qui pourra se créer autour de ce que chacun exprimera.
07:52Et à ce moment-là, on verra où est la sagesse.
07:55Et donc, on verra où est la sagesse que vous revendiquez, Bernard Cazeneuve.
07:58Pour essayer de comprendre votre positionnement, on va prendre quelques thématiques d'actualité
08:02et qui vont notamment nous dire des propositions que vous pourriez porter.
08:05Sur l'économie d'abord, c'est une des principales, si ce n'est la principale préoccupation des Français,
08:10la question du pouvoir d'achat, notamment le prix des carburants
08:12qui a atteint son plus haut niveau depuis le début de la crise énergétique.
08:15Face à cela, vous avez un gouvernement qui s'apprête jeudi à annoncer de nouvelles aides ciblées.
08:21Vous avez de l'autre côté les socialistes qui, eux, appellent à taxer ce qu'ils appellent les super profits,
08:25en ciblant notamment l'entreprise totale. Qui a raison ?
08:29Il y a trois propositions sur la table.
08:31Il y a une première proposition qui est celle du Rassemblement National, la TVA réduite à 5,5.
08:37Cette proposition, elle ne vole pas sur le plan juridique,
08:40puisqu'elle n'est pas conforme aux directives européennes.
08:43Il y a une liste de produits qui peuvent bénéficier d'une TVA à taux réduit, le carburant n'y
08:48figure pas.
08:48Certains pays européens ont obtenu des dérogations pour baisser les taxes sur le carburant.
08:52Et Marine Le Pen, elle-même, en 2024, a reconnu que cette proposition ne volait pas.
08:57Si nous nous engagions dans cette voie-là, nous conduirions les Français à consommer davantage d'énergie carbonée,
09:06ce qui n'est pas quand même les objectifs que nous poursuivons sur le plan environnemental.
09:09Troisièmement, ça coûte 17 milliards d'euros dans un contexte où les finances publiques sont totalement effondrées.
09:15Et quatrièmement, ça repose sur une analyse de ce qu'est l'évolution des recettes liées à les TVA fausses,
09:20puisque la TVA est adossée à la fois sur le prix et le volume,
09:23et que si la TVA augmente en raison de l'augmentation des prix,
09:27l'effet volume augmente...
09:28C'est une mauvaise idée.
09:30Il y a le blocage des prix proposés par LFI, vous pouvez en parler.
09:34Le blocage des prix proposés par LFI, ça a déjà été essayé au Venezuela et à Cuba,
09:39ça a conduit à une pénurie considérable.
09:42Et si nous mettions en place cette mesure,
09:44ceux qui nous vendent du pétrole n'auraient plus de raison de nous en vendre.
09:47Et les raffineries, on avait 20 raffineries il y a quelques années, il n'y en a plus que 6,
09:51nous n'aurions plus aucune activité pétrolière en France,
09:54nous aurions accéléré la désindustrialisation.
09:56Donc il faut mettre en place des mesures ciblées.
09:58Quelles sont les mesures que nous pouvons mettre en place ?
10:01D'accord, mais à condition que ces mesures ne soient pas au moins le mois,
10:05et qu'elles soient lisibles dès à présent,
10:07et qu'elles s'inscrivent dans la durée dès lors qu'il y a une augmentation durable des prix de
10:11l'énergie.
10:11Dès lors que le plein d'essence se fait dans des conditions où le litre est au-dessus de 2
10:18euros,
10:18et qu'il y a des familles qui sont dans l'impossibilité d'accéder aux transports en commun
10:23parce qu'elles sont dans des zones qui sont éloignées de ces transports en commun,
10:27soit parce que le véhicule est le moyen de travail de ces familles,
10:31il faut qu'on puisse les accompagner, les aider.
10:33Le chèque carburant doit être mis en place,
10:35ce qui permettrait dès lors que l'on est au-dessus de 2 euros,
10:38de compenser la hausse, de le faire durablement,
10:41de le faire pour les familles qui sont les plus modestes,
10:44de le faire pour les familles dont les enfants sont handicapés,
10:47de le faire pour les gros rouleurs.
10:49Et cette mesure doit s'inscrire dans la durée.
10:52Et ce qui est fait aujourd'hui par le gouvernement avec d'autres mesures qui vont être annoncées,
10:55juste sur votre ancienne famille politique qui dit qu'il faut taxer les super-profits.
10:58Est-ce que là encore, le républicain de gauche, je reprends votre expression que vous êtes,
11:02avalise cette idée d'aller taxer ce qu'ils appellent les super-profits ?
11:05J'avalise toute proposition qui est sérieuse, crédible,
11:08et qui est susceptible d'être mis en...
11:10Je vais expliquer pourquoi cette proposition n'est pas sérieuse.
11:12Parce que la plupart des compagnies pétrolières font leur activité en dehors du territoire national
11:17et n'extraient pas le pétrole, enfin extraient le pétrole mais ne le possèdent pas.
11:23Et donc les compagnies pétrolières, et notamment Total, a une activité à l'international.
11:28Elle est taxée déjà à hauteur de 40% pour cette activité à l'international
11:33par les pays dans lesquels le pétrole est extrait.
11:37Et par ailleurs, le résultat Total est un résultat consolidé.
11:40Nous pourrions par conséquent taxer simplement l'activité développée en France.
11:45Or, l'activité développée en France est celle des raffineries.
11:49Et par conséquent, nous taxerions, si nous faisions cela,
11:52l'activité qui est la seule activité industrielle qui demeure en France
11:57et dont nous avons intérêt au maintien dans un contexte où le pays se désindustrialise.
12:02Donc, nous n'avons pas de pétrole.
12:04Nous avons des idées notamment de taxation.
12:07Ces idées de taxation ne nous permettront pas d'avoir du pétrole ni aux Français de faire le plein,
12:12mais elles pourraient conduire à la perte de ce que nous avons encore,
12:16c'est-à-dire une activité pétrolière et d'industrie.
12:18Quand on vous écoute parler de fiscalité,
12:21je me suis notamment retenu cette phrase dans les colonnes du Figaro,
12:22vous dites que la priorité doit être à l'innovation plutôt qu'à la taxation.
12:26Ce qui, au fond, veut dire que la fiscalité n'est pas un bon levier de politique économique.
12:29Non, non, non, je n'ai pas dit ça.
12:31La priorité doit être à l'innovation plutôt qu'à la taxation.
12:33Comprenez, Bernard Cazeneuve, que quand on a en face de nous un ancien Premier ministre de François Hollande
12:36qui a nettement augmenté les impôts, du moins dans la première partie de son quinquennat,
12:40qu'on se dise, alors, il y a quelque chose qui a changé.
12:43Bernard Cazeneuve, il ne pense plus la même chose.
12:45Il y a eu pendant le quinquennat de François Hollande.
12:48Il faut rendre hommage à François Hollande pour cela,
12:49parce que c'est une orientation de politique économique et de politique fiscale
12:53qui a permis de diminuer sensiblement le chômage
12:57et de relancer une politique industrielle à travers une politique fiscale,
13:01à travers la banque publique d'investissement,
13:04qui a permis d'obtenir des résultats,
13:07et des résultats qui sont désormais reconnus par tous,
13:09alors que cette politique, à l'époque, était très souvent critiquée.
13:13Et cette politique fiscale a consisté à baisser les impôts de production,
13:18à diminuer un certain nombre de charges qui pésaient sur l'appareil productif français.
13:22Pourquoi ? Parce que vous avez encore aujourd'hui
13:26à peu près 150 milliards d'euros de charges qui pèsent sur les entreprises françaises
13:31et qui ne pèsent pas sur les entreprises européennes.
13:33Par conséquent, si l'on souhaite pouvoir répartir à des fins de justice sociale,
13:38il faut produire.
13:39Et tout ce qui est de nature à empêcher la production,
13:43à obérer la production dans un contexte
13:45où la compétitivité de l'économie française est quand même très dégradée
13:49par rapport à celle d'autres pays européens,
13:51doit être évitée.
13:52Ça ne signifie pas pour autant que les impôts
13:55qui permettent d'atteindre la justice sociale
13:58et d'atteindre la justice fiscale
14:00doivent être écartés du débat.
14:01Je dis simplement que dès lors qu'on fait des propositions,
14:04il faut que ces propositions volent,
14:05il faut qu'elles atteignent leurs objectifs
14:07et celles dont vous me parliez sur la taxation des super-profits
14:10n'atteignent pas ces objectifs pour les raisons que je viens d'indiquer.
14:13Bernard Cazeneuve, il faut qu'on dise un mot des retraites
14:15puisque tous les candidats et futurs candidats
14:17vont devoir se prononcer et donner leurs objectifs en la matière.
14:21On a le bloc central qui évoque la possibilité
14:23de supprimer la référence à l'âge légal
14:25pour introduire une dose de capitalisation au Parti Socialiste.
14:29On veut le retour de la retraite à 62 ans.
14:33Qu'est-ce que vous voyez, vous ?
14:35Est-ce qu'il faut assumer, selon vous,
14:38de dire qu'il va falloir travailler plus longtemps ?
14:40Moi, je pense qu'il n'y a pas possibilité de sauver le système de retraite
14:45et de rééquilibrer les comptes du système de retraite
14:48compte tenu de l'ampleur des déficits qui pèsent sur les comptes sociaux
14:52et qui font peser une menace très lourde sur l'État-providence
14:55sans allonger la durée de cotisation.
14:57On peut allonger la durée de cotisation,
14:59il serait responsable de le faire sans toucher à l'âge légal.
15:05Et par ailleurs, il faut introduire dans le dispositif la souplesse.
15:08C'est-à-dire qu'il faut que ceux qui ont travaillé tôt
15:12dans les métiers les plus pénibles,
15:13je pense par exemple aux salariés des chantiers de construction navale
15:16que j'ai bien connus à Cherbourg
15:18et qui, à 57 ans, les poumons bourrés d'amiante
15:21ont une espérance de vie bien plus réduite
15:23que d'autres qui sont dans d'autres activités,
15:25puissent être garantis de partir très tôt.
15:28Parce que c'est normal et c'est juste
15:30que l'on garantisse pour ces salariés
15:32un départ en retraite beaucoup plus tôt que les autres.
15:35Et ça peut être 62 ans,
15:36ça peut même éventuellement être moins pour ces salariés.
15:38Mais il faut en revanche offrir la possibilité
15:41à tous ceux qui sont dans des métiers moins pénibles
15:44et qui souhaitent travailler plus longtemps
15:45de le faire pour que leur cotisation,
15:48dès lors qu'ils travaillent plus longtemps,
15:49puisse permettre de financer la retraite
15:51de ceux qui doivent partir tôt.
15:52C'est ça la justice.
15:53Juste avant de parler d'ordre
15:55et de la question de l'immigration qui fracture la gauche,
15:57simplement sur la question de l'économie
15:59et de votre positionnement.
16:01Si je résume, il faut faire des aides ciblées,
16:04ce qui ressemble à peu près à ce que fait le gouvernement,
16:05il ne faut pas taxer les super profits de total,
16:07il faut travailler plus longtemps sur la retraite.
16:10Simplement, Bernard Cazeneuve,
16:11là encore, qu'est-ce que vous répondez
16:12à ceux qui expliquent sur toutes ces mesures-là ?
16:15En fait, Bernard Cazeneuve, il ressemble davantage
16:16en termes de propositions politiques
16:18à ce que peuvent dire ce qu'on appelle
16:20le bloc central, les macronistes,
16:21plutôt que les sociodémocrates ou la gauche.
16:23Qu'est-ce que vous répondez à cette critique-là ?
16:24D'abord, moi, je ne suis pas du tout sur la politique,
16:27en soutien à la politique qui a été menée
16:28par Emmanuel Macron depuis dix ans.
16:32Moi, je ne crois pas du tout que la libération
16:35des contraintes qui pèsent sur l'offre
16:36par la magie du ruissellement face à la justice sociale,
16:39je ne crois pas ça du tout.
16:40Je pense que si nous voulons répartir,
16:42si nous voulons sauver les services publics,
16:44si nous voulons financer les grands services publics
16:46dont la nation a besoin,
16:47l'éducation, la défense pour assurer notre souveraineté,
16:51la santé, dont les Français ont le sentiment
16:54qu'elle a perdu beaucoup de ses moyens,
16:57il faut que l'on produise.
16:59Et par conséquent, on ne peut pas à la fois
17:00vouloir la répartition, la justice sociale
17:03et la justice fiscale,
17:04et plomber la production
17:06par des taxes supplémentaires et des impôts
17:09qui pèsent sur la production,
17:10c'est-à-dire avant même que l'entreprise n'ait produite,
17:12sans obéir très fortement la compétitivité
17:15de l'économie.
17:16Donc, moi, je ne suis pas
17:18dans cette philosophie libérale
17:20qui consiste à dire
17:22allégeons toutes les contraintes
17:23qui pèsent sur l'offre
17:24par le ruissellement, l'égalité sociale,
17:27en résultera.
17:28Je pense qu'il faut
17:29l'efficacité économique,
17:31c'est-à-dire des impôts
17:32qui ne grèvent pas la production
17:35et qui permettent en même temps
17:37d'atteindre l'objectif de la justice sociale,
17:39c'est-à-dire par exemple
17:39lutter contre l'optimisation fiscale
17:42dans les holdings,
17:43et notamment les holdings familiales,
17:44ce qui signifie une révision du trail,
17:46et d'autre part,
17:48créer des conditions
17:49pour que tout cela permette
17:51d'encourager les services publics,
17:55de développer dans l'éducation
17:57des politiques qui permettent
17:58de réussir l'égalité des chances,
18:00parce que le ruissellement
18:01ne va pas sans politique publique puissante.
18:03Voilà, il y a une différence
18:04entre ce que je préconise
18:05et ce que je préconise la droite.
18:07Sur la question de l'immigration,
18:08Bernard Cazeneuve,
18:09les propos de François Ruffin
18:10qui se disait hostile
18:11à l'immigration de travail
18:12ont suscité le débat,
18:14vous avez cette position,
18:15vous avez de l'autre côté
18:15du champ politique Bruno Retailleau
18:17qui lui dit
18:18qu'il faut mettre l'Espagne
18:19au banc des nations européennes
18:21à la suite de la décision
18:22du gouvernement espagnol
18:23de régulariser
18:24un demi-million
18:25de travailleurs étrangers.
18:27Là encore,
18:28la politique
18:28d'un républicain de gauche
18:30sur l'immigration.
18:31Et nous l'avons menée
18:31cette politique
18:33il y a de cinq ans.
18:34Oui, mais là encore,
18:35c'était il y a dix ans,
18:36les situations n'étaient pas
18:37les mêmes,
18:37peut-être que le rapport
18:39de la société française
18:39à l'immigration
18:40n'était pas le même.
18:40Une politique que vous mèneriez ?
18:42Non, non, monsieur Demel,
18:43la situation était plus grave
18:44qu'elle ne l'est aujourd'hui.
18:45Nous avons subi
18:46entre 2015 et 2017
18:48l'arrivée de 2,5 millions
18:51de migrants
18:51sur le territoire européen.
18:52A-t-on vécu ça
18:53au cours des dix dernières années ?
18:54Au moment où j'étais en charge
18:56de la politique migratoire
18:57dans le gouvernement
18:58de Manuel Valls
19:00et à l'époque où François Hollande
19:02était président de la République,
19:03la pression migratoire
19:04était beaucoup plus forte
19:05qu'elle n'existe aujourd'hui.
19:06Qu'est-ce que nous avons fait ?
19:08Nous avons accueilli dignement
19:09ceux qui devaient l'être
19:10et qui relevaient de l'asile en France.
19:12Nous avons créé 570 centres
19:13d'accueil et d'orientation
19:15pour pouvoir évacuer
19:16la jungle de Calais
19:17et l'escouade de Paris
19:19où il y avait plusieurs dizaines
19:20de milliers de migrants
19:21sans l'intervention
19:22d'une force de l'ordre
19:23en mettant ceux
19:24qui devaient l'être
19:25dans le dispositif national d'asile.
19:27Nous avons reconduit
19:31à la frontière
19:31tous ceux qui devaient l'être
19:34parce qu'ils ne relevaient pas
19:35de l'asile en France
19:36et nous l'avons fait
19:37en entretenant
19:38avec des pays
19:39comme l'Algérie
19:39ou le Maroc
19:40des relations
19:42extrêmement continues
19:43et fermes
19:44pour que les laissés-passés
19:45consulaires
19:45soient délivrés.
19:47Donc nous avons mené
19:47une politique
19:48qui a consisté
19:49à garantir l'accueil
19:50de ceux qui devaient l'être
19:51la reconduite
19:52à la frontière
19:53de ceux qui n'avaient
19:53pas vocation
19:54à être accueillis
19:55dans une relation
19:56avec les pays
19:57de provenance
19:58qui devaient délivrer
19:59les laissés-passés consulaires
20:00qui étaient une relation
20:01apaisée.
20:02Donc nous avons mené
20:03cette politique
20:04et cette politique
20:05elle a donné
20:05beaucoup plus de résultats
20:07que celle qui se fait
20:08sous les caméras
20:09à travers des déclarations
20:11unilatérales
20:12et brutales
20:12qui détériorent
20:13la relation que nous avons
20:14avec les pays de provenance
20:15avec lesquels
20:16nous devrions avoir
20:17une relation diplomatique
20:18apaisée.
20:19Donc nous avons mené
20:20une politique différente
20:21et elle a donné
20:21d'autres résultats.
20:23Eh bien je propose
20:23que cette politique
20:24soit celle
20:25de la France.
20:26Pour terminer
20:26cet entretien
20:27Bernard Cazeneuve
20:28je voudrais vous faire part
20:29du ressenti
20:30d'un certain nombre
20:31d'auditeurs
20:32qui auraient tous
20:34envie de vous poser
20:34la même question
20:35ou en tout cas
20:35qui font tous
20:36cette même observation
20:37trop d'égo
20:37trop de candidats
20:38et peu de travail collectif
20:40pour construire
20:41un programme commun
20:42quand les hommes
20:43et femmes de politique
20:44de gauche
20:44vont-ils arrêter
20:45de multiplier
20:45les candidatures
20:47quel intérêt
20:48y a-t-il à mener
20:48un combat
20:49qui s'achèvera
20:49au mieux à 2%
20:50de suffrage
20:51ça c'est Paul
20:52qui nous dit ça
20:52et on a René
20:53qui nous demande
20:54comment ne pas rejouer
20:55les élections perdues
20:56de Lionel Jospin
20:57vous comprenez que ça pose
20:57un problème
20:58cet émiettement
20:59cette division
21:00à gauche
21:02l'émiettement et la division
21:03est partout
21:04à part
21:05dans les deux blocs
21:06dégagistes
21:06la division
21:07est partout
21:09si vous voulez
21:10mettre fin à la division
21:11il faut que vous ayez
21:12un projet
21:13un discours
21:14une volonté
21:14de rassemblement
21:15des français
21:16mais ça tout le monde
21:17a un projet
21:17un discours
21:18une volonté
21:18de rassemblement
21:19des français
21:19oui mais il faut
21:20que ce discours
21:20soit responsable
21:21crédible
21:21et corresponde
21:22aux défis
21:23auxquels le pays
21:23est confronté
21:24on ne peut pas
21:25mener campagne
21:26avec le discours
21:27du père Noël
21:28et mener ensuite
21:29la politique
21:29du père Fouettard
21:30ça on l'a déjà fait
21:32notamment à gauche
21:33et ça a beaucoup déçu
21:34donc moi je suis
21:36convaincu
21:37qu'un rassemblement large
21:38peut se faire
21:39à condition que
21:40le discours
21:41soit imprégné
21:42de l'esprit
21:43de responsabilité
21:44que les propositions
21:45qui seront formulées
21:47soient crédibles
21:48que l'on ne promette rien
21:49qu'on ne sache
21:50pouvoir tenir
21:51et que cette campagne
21:53permette de développer
21:54l'idée de la France
21:55dans laquelle
21:56les français se reprennent
21:56en prenant d'un mot
21:57le risque de laisser
21:58le champ libre
21:59à un Jean-Luc Mélenchon
22:00qui lui dit
22:00chez nous tout est carré
22:01il y a un candidat
22:02il y a une ligne
22:03et on est en campagne
22:03là où dans votre espace
22:04vous êtes plusieurs
22:06oui tout est carré
22:07mais toutes les propositions
22:08sont tordues
22:09et donc il va falloir
22:10le démontrer
22:11parce que si
22:12ces propositions tordues
22:14dans ce parti
22:15très monolithique
22:16et carré
22:16qui est un chef
22:17incontesté
22:18devait recueillir
22:20un écho
22:20qui conduit
22:21ces propositions
22:22à être mis en oeuvre
22:23le pays s'effondreur
22:24merci Bernard Cazeneuve
22:25d'avoir été au micro
22:26de France Inter
22:27ce matin
22:28la revue de presse
22:29à suivre
22:29c'est à suivre
22:29ouf
22:29c'est à suivre
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