00:007h49 sur Inter, Benjamin Duhamel, vous recevez le premier secrétaire du Parti Socialiste.
00:06Bonjour Olivier Faure.
00:07Bonjour Benjamin Duhamel.
00:08Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:10Alors que l'on s'approche enfin du dénouement de ce jour sans fin budgétaire,
00:14le Premier ministre qui va recourir aujourd'hui au 49.3 pour que le volet recette de ce budget soit adopté,
00:19vous aviez fixé deux conditions pour ne pas censurer le gouvernement.
00:221. Transparence sur la copie finale.
00:242. Que les économies ne soient pas faites, je cite, sur le dos des Français.
00:273. Question simple, est-ce que pour vous ces deux conditions sont remplies ?
00:31Est-ce que vous nous dites ce matin, on ne censurera pas, les socialistes ne censureront pas le gouvernement ?
00:36Bon, on n'a pas encore vu la copie finale, mais de ce que je comprends, de ce que nous dit le Premier ministre,
00:41effectivement, ces conditions seront remplies.
00:44Donc vous ne censurerez pas le gouvernement ?
00:45Donc nous ne censurerons pas le gouvernement, ça va être la question posée ce matin au groupe parlementaire,
00:50mais effectivement, c'est ce que je plaiderai auprès d'eux.
00:53Donc grâce à vous, Sébastien Lecornu va pouvoir se maintenir.
00:56L'étape d'après, c'est quoi ? C'est faire partie de la majorité, rentrer au gouvernement ?
00:59En fait, c'est vous le nouveau Premier ministre, non Olivier Faure ?
01:02Vous êtes sympa, mais enfin, la réalité, c'est que je ne le suis pas et que ce budget n'est pas le mien.
01:07Simplement, vous connaissez la situation, nous n'avons pas de majorité absolue pour quiconque depuis la dissolution.
01:13Et je ne vais pas reprendre l'édito de Patrick Cohen pour expliquer ce qui se passe,
01:19mais enfin, la réalité, c'est ça, c'est que quand personne n'a de majorité, il faut un changement culturel.
01:24Ce changement culturel, c'est d'accepter de négocier, y compris avec des gens qui vous font face.
01:29Moi, je ne suis pas devenu macroniste, le Premier ministre n'est pas devenu socialiste,
01:34mais il y avait la nécessité, pour les uns et pour les autres, de composer avec une majorité
01:39qui n'est pas celle...
01:40Donc, quand la France insoumise dit que vous êtes devenu la béquille du macronisme, il s'est fait ?
01:44Les mêmes mots que Marine Le Pen, ce qui quand même relève d'une forme de convergence sur la forme au moins...
01:51Que Marine Tondelier pense de naïveté, vous conserverez ?
01:54La naïveté, c'est de penser qu'on peut, par le biais d'une dissolution,
02:00arriver à obtenir une majorité de gauche dans 20 jours.
02:02Moi, ce que je crois, c'est que les Français ont fait un choix il y a un an et demi.
02:06Ils n'ont donné de majorité à personne et ils nous ont dit au fond, débrouillez-vous avec ça.
02:11Eh bien, on se débrouille avec ça et donc on cherche à obtenir le maximum.
02:14Et ce que je dis ce matin aux Françaises et aux Français, c'est qu'il y a un parti qui s'est montré utile dans la période,
02:19c'est le Parti Socialiste qui a accepté, sur la loi de financement de la Sécreté Sociale et sur le budget de l'État,
02:25de faire avancer un certain nombre d'idées qui protègent et qui changent la vie des Français.
02:28Et on va parler du fond dans un instant, juste avant, sur le 49.3.
02:31Je voudrais, Olivier Faure, vous citer les grands auteurs, ouvrez les guillemets.
02:35L'abandon du 49.3, c'est une revendication que nous avons posée depuis longtemps
02:38et qui correspond à une évolution de la pratique constitutionnelle
02:41qui permet que le Parlement, et lui seul, aura le dernier mot.
02:44Est-ce que vous savez qui a dit ça ?
02:45Ça aurait pu être moi.
02:46Eh bien, c'est vous, Olivier Faure.
02:47Le 3 octobre 2025.
02:49Quand pendant des années, on a assimilé le 49.3 à un passage en force,
02:53quand on a vanté, je cite, la recherche du compromis contre la pensée paresseuse.
02:57Et là, on fait comme si de rien n'était.
02:58Et donc, engager sa responsabilité, utiliser le 49.3, ça passe.
03:02C'est bien pour ça que je vous ai parlé de changement culturel.
03:05Ce qui s'est passé, c'est qu'il y a des gens qui ont préféré,
03:07depuis le mois de décembre, même avant,
03:10appeler à l'usage du 49.3 pour éviter d'avoir à se poser la question de savoir
03:13quels compromis ils devaient faire pour permettre à un budget de passer.
03:17Quand vous avez une foultitude de groupes parlementaires
03:20qui vont jusqu'à refuser même le dialogue,
03:22qui ne veulent même pas continuer à dialoguer avec le gouvernement,
03:25comment voulez-vous qu'on a un compromis ?
03:27Est-ce qu'il n'y a pas un sujet de crédibilité de la parole publique ?
03:29Quand pendant plusieurs mois, vous fixez comme préalable à la discussion l'abandon du 49.3,
03:33et là, on est au mois de janvier,
03:35pour qu'il y ait un budget, vous dites,
03:36bon, écoutez, finalement, on passe ça par pertes et profits.
03:38Mais bien sûr qu'il y a un problème de crédibilité, évidemment.
03:42Qui vous concerne aussi.
03:43Mais qui concerne tout le monde, toute la classe politique.
03:45Parce qu'y compris ceux qui vous disent
03:47et qui vont dénoncer le 49.3 maintenant.
03:49Ce sont ceux qui, précisément, ont poussé au 49.3.
03:51Quand vous ne négociez pas, quand vous refusez même de dialoguer,
03:55ça forcément, vous savez très bien ce qu'il se passera à la fin.
03:58Vous savez très bien que ça se passera par un 49.3.
04:00Et vous y contribuez, et ensuite, vous le dénoncez.
04:03C'est le problème des postures.
04:05Et il y a trop de gens aujourd'hui qui sont dans la posture.
04:07Ce que nous avons refusé, nous, c'est d'être dans la posture.
04:09Et de chercher des solutions, là où d'autres entretiennent des illusions.
04:12C'est ça la grande différence entre les uns et les autres aujourd'hui.
04:14Prenons deux points précis de ce budget, Olivier Faure.
04:17D'abord, sur la fiscalité.
04:18Il y aura bien une surtaxe de 8 milliards d'euros pour les grandes entreprises,
04:20comme c'était le cas dans le budget 2025.
04:22C'est 300 grands groupes qui sont concernés.
04:24Je voudrais vous lire ce que dit ce patron français de la tech cité dans Le Parisien.
04:28Il va payer 100 millions d'euros avec cette surtaxe.
04:31Voilà ce qu'il dit.
04:31Ça correspond à 10 ans de budget de recherche dans le quantique.
04:36Quand vous dites, on ne veut pas que des économies soient faites sur le dos des Français.
04:40Les grandes entreprises, ce ne sont pas des Français qui travaillent,
04:43des sous-traitants qui sont impactés par ces augmentations d'impôts ?
04:46Non, mais on parle là d'une surtaxe sur des entreprises.
04:48300 entreprises, les plus grandes de France.
04:51En gros, si on devait aller vite, le CAC 40.
04:54300, c'est plus que le CAC 40.
04:56Oui, d'accord.
04:56Mais enfin, essentiellement, des entreprises qui ont le niveau du CAC 40,
04:59qu'elles soient cotées ou pas.
05:01Et vous avez là, en fait, des gens qui se sont distribués.
05:03L'an passé, plus de 100 milliards d'euros de dividendes et de rachats d'actions.
05:07Vous pensez qu'on ne peut pas prendre 8 milliards ?
05:09Vous pensez que c'est forcément sur les autres qu'il faut piocher ?
05:11Je vois ce matin les éditoriaux dans la presse économique.
05:13Donc, ça n'a pas d'impact sur les Français qui travaillent dans ces entreprises,
05:16sur les sous-traitants qui dépendent de ces grandes entreprises.
05:19Je vais finir ma phrase.
05:21Il y a des gens qui nous disent qu'il aurait mieux valu
05:22multiplier par deux les franchises médicales.
05:25Il aurait mieux valu faire en sorte que les personnes de retraite
05:27ne soient pas réindexées sur l'inflation.
05:29Il aurait mieux valu...
05:29Mais moi, je prétends le contraire.
05:31Je dis que même les entreprises, si elles veulent un jour à nouveau gagner de l'argent,
05:35il faut aussi que les Français puissent consommer.
05:38Et ça, ce n'est pas possible de continuer à avoir un discours
05:41qui est celui qu'on connaît depuis trop longtemps,
05:43d'une politique de l'offre exclusive
05:44qui a mené le pays là où on sait,
05:47c'est-à-dire à plus de 3 000 milliards de dettes.
05:49Autre mesure, Olivier Faure, que vous avez obtenue,
05:51ce sont les repas à 1 euro pour tous les étudiants.
05:54Aujourd'hui, les repas à 1 euro,
05:55c'est pour les étudiants boursiers,
05:57les étudiants précaires,
05:58qui, même s'ils ne sont pas boursiers,
06:00peuvent demander à en bénéficier.
06:02Cette nouvelle mesure, elle coûte 90 millions d'euros.
06:04Donc là, encore, si je résume, Olivier Faure,
06:06grâce à vous, un étudiant dont les parents paient l'impôt sur la fortune immobilière
06:09va pouvoir payer son repas à 1 euro.
06:11Est-ce que c'est vraiment ça, une conquête de gauche ?
06:13Mais vous avez été étudiant.
06:15Oui.
06:16Voilà.
06:16Et je ne suis pas sûr que j'avais besoin,
06:18dans le cas d'espèce,
06:18de payer un repas à 1 euro.
06:20Et je doute, je vais vous dire une chose,
06:21je doute vraiment
06:22qu'un enfant qui a un papa milliardaire
06:26mange un repas pour 1 euro.
06:29Voilà.
06:29Je pense que ça n'est absolument...
06:31Ceux qui peuvent se payer autre chose que le repas à 1 euro
06:33iront se payer autre chose qu'un repas à 1 euro.
06:35Arrêtons de nous faire prendre les vessies pour des lanternes.
06:38Ce n'est pas des vessies pour des lanternes, Olivier Faure.
06:40C'est dans un moment où il faut faire des économies.
06:42Est-ce que, quand on est de gauche et vous laisse,
06:45on ne choisit pas ces combats entre ceux qui en ont besoin et les autres ?
06:49Non, mais est-ce que vous trouvez normal que dans les rues de Paris,
06:51vous ayez des queues devant les soupes populaires
06:53avec des étudiants qui viennent parce qu'ils ne peuvent pas manger ?
06:56Moi, je crois qu'effectivement, le mieux qu'on puisse faire,
06:58c'est de dire que ces étudiants-là pourront désormais manger pour 1 euro.
07:02Olivier Faure, pardonnez-moi.
07:03Ceux qui vont à la soupe populaire, aujourd'hui,
07:05bénéficient déjà de ces repas à 1 euro dans le Crous.
07:07Non, la preuve, c'est que vous avez des étudiants
07:09qui sont toujours devant les soupes populaires.
07:10J'ai été faire des queues avec eux.
07:12J'ai été discuter avec eux.
07:14Et je vois bien de quelle population il s'agit.
07:16De gens qui sont parfois juste au-dessus du niveau des bourses.
07:19Soit des gens qui ont redoublé et qui n'ont plus accès à leur bourse.
07:22Et qui donc n'ont pas, aujourd'hui, la possibilité de manger à leur faim, normalement.
07:26Si vous voulez, demain, un pays qui soit un pays prospère,
07:29qui puisse continuer à être parmi les premiers dans la compétition internationale,
07:32vous avez besoin d'étudiants qui étudient dans de bonnes conditions.
07:35Pas des gens qui se posent chaque jour la question de savoir comment ils mangeront le soir.
07:38Donc oui, je prétends que cette mesure est une bonne mesure.
07:41Donc, universelle, une aide pour tous les étudiants,
07:44quel que soit le revenu de leurs parents et quel que soit leur revenu.
07:46Bien sûr.
07:46Mais la réalité, c'est que vous savez très bien
07:48que ceux qui, les enfants de M. Arnaud, n'iront pas manger au crousse à un euro.
07:53Ça, c'est ce que vous dites, vous.
07:55Eh bien, écoutez, ils sont si peu nombreux
07:57que de toute façon, ce n'est pas eux qui coûteront le plus cher.
07:59Merci beaucoup, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti Soliste.
08:01Merci à vous.
08:02Qui donc annonce ce matin que les députés socialistes ne censureront pas le gouvernement.
08:05Et merci, Benjamin Duhamel.
08:07On se retrouve tout à l'heure pour le grand entretien.
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