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  • il y a 10 heures
Après sa condamnation, Marine Le Pen a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle et son pourvoi en cassation. Brice Teinturier, directeur délégué d'Ipsos-BVA, estime "qu'il y a une forme de relativisation de la gravité des faits" par certains électeurs. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h15/l-invite-de-7h15-du-mercredi-08-juillet-2026-2349188

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Transcription
00:00Brice Tinturier, politologue, directeur délégué d'Ipsos France, on a coutume de dire que les électeurs du RN s'en
00:08fichent,
00:09que les condamnations n'ont aucun effet sur leur intention de voter pour le RN à la présidentielle.
00:14Est-ce que c'est si clair que ça à l'écoute de ce reportage ?
00:17Écoutez, dans l'immense majorité des cas, c'est vrai pour le socle, donc le socle des électeurs de Marine
00:22Le Pen ou de Jordan Bardella.
00:23Il est plutôt, je pense, dans le soulagement, dans l'idée non seulement qu'il a sa candidate, on va
00:29dire, naturelle, mais les deux.
00:30Ce qu'a très bien expliqué aussi Marine Le Pen hier soir.
00:33C'est un ticket.
00:34C'est un ticket, il sera Premier ministre.
00:36Maintenant, la question n'est quand même pas totalement innocente, parce qu'il faut élargir.
00:40Pour gagner la présidentielle, il faut aller au-delà du socle électorale.
00:42Il faut aller au-delà des 33-34% que nous mesurons pour le premier tour.
00:47Et là, malgré tout, l'idée d'une candidate condamnée, même si le pourvoi en cassation suspend cette condamnation,
00:53est quand même une espèce de tâche, quelque chose qui peut jouer,
00:57et dont ses adversaires vont évidemment jouer beaucoup durant la campagne.
01:01Vous voyez, c'est ambivalent.
01:03Le socle, ça glisse.
01:04L'élargissement, c'est autre chose.
01:06Une candidate condamnée qui plus est pour détournement de fonds publics,
01:09pour avoir détourné l'argent public, l'argent des Français,
01:13alors qu'elle a construit toute sa carrière politique sur la probité.
01:16Oui, mais vous voyez ce qui était très frappant, moi, je trouve, hier soir dans sa déclaration,
01:21c'est qu'elle a réaffirmé tous les ingrédients d'un populisme souverainiste
01:26quand elle dit « c'est le peuple, en dernier recours, qui jugera ».
01:30Et ça, c'est un argument qui peut fonctionner, je pense, auprès d'une très large couronne d'électeurs.
01:36Très bien, la justice a fait ça.
01:37Elle fait un recours, elle le dit elle-même, autorisé par la justice.
01:41Et cet argument fondamentalement populiste,
01:44qui est que le peuple a toujours in fine raison,
01:47y compris par rapport à la justice ou y compris en droit.
01:49C'est ce que dit aussi la justice, il faut laisser la liberté de choix aux électeurs.
01:53C'est ce qui dit la justice, il y a un débat sur est-ce que dans la décision ça
01:57a pesé,
01:58mais malgré tout cet argument-là, je pense que c'est un argument fort auprès des Français.
02:02Et que la deuxième chose, c'est que la gravité des faits,
02:07certes elle est condamnée, mais je pense que pour les Français,
02:10bon, c'est quelque chose qui est relativisé malgré tout.
02:13Parce qu'il s'agit de fonds publics qui ont été attribués ici plutôt que là,
02:18je pense, je subodore qu'il y a une forme de relativisation de la gravité des faits eux-mêmes.
02:22Malgré tout, et vous l'avez dit, ces adversaires vont tous en jouer.
02:26Est-ce que c'est tenable sur la durée de faire une campagne dans ces conditions,
02:29avec au-dessus de la tête la décision à venir de la cour de cassation
02:33et l'éventualité du bracelet électronique ?
02:36Ce sera bien évidemment difficile, mais la réponse, on l'a déjà vue hier soir,
02:40ça sera la justice donne la possibilité d'un pourvoi en cassation qui efface le jugement,
02:45je ne suis pas condamné.
02:47C'est ce que va dire Marine Le Pen, ce qu'elle répète depuis longtemps.
02:50Mais elle pourrait l'être définitivement avant la fin de la campagne.
02:53Absolument, et du coup, il y a là un vrai pari,
02:56mais aussi une vraie difficulté, je pense, au moment du rendu de la cour de cassation,
03:01on sera probablement à quelques jours du dépôt des candidatures
03:05qui se fait à partir de début mars, avec les 500 signatures et le dépôt des candidatures.
03:10Donc une décision de la cour de cassation qui viendrait bloquer Marine Le Pen à ce moment-là,
03:15ce serait là pour le coup à nouveau un petit séisme politique.
03:18Vous dites Paris, alors séisme politique, on verra le calendrier,
03:22la cour de cassation a dit qu'elle essaierait de rendre sa décision,
03:26en tout cas de s'emparer du dossier fin 2026, début 2027 en effet.
03:30Vous parliez de Paris, Brice Tinturier, est-ce qu'il va vous paraître trop risqué ?
03:34On l'a entendu aussi dans le reportage d'Erwann Chassin,
03:37les électeurs s'étaient fait à l'idée d'une candidature de Jordan Bardella ?
03:41Oui, et dans nos enquêtes, on voyait très clairement que Jordan Bardella
03:44avait deux, trois points de plus que Marine Le Pen.
03:47Maintenant, au-delà de ces indicateurs,
03:49moi j'ai toujours insisté sur d'autres éléments plus qualitatifs, on va dire.
03:54Quand vous fouillez l'image de Marine Le Pen et de Jordan Bardella,
03:57sur la stature présidentielle, elle était devant, devant lui,
04:01et nettement devant lui, chez les plus de 70 ans,
04:04qui constituent un électorat important,
04:06c'est le plafond de verre du Rassemblement National.
04:07Qu'il faut aller conquérir pour gagner.
04:09Absolument.
04:09Sur les enjeux internationaux,
04:11là aussi vous aviez une différence de six points en faveur de Marine Le Pen.
04:14Sur la crédibilité.
04:15Sur la crédibilité et les enjeux internationaux
04:19qui pèsent aujourd'hui dans les décisions électorales,
04:22eh bien c'est quelque chose d'important.
04:25Et là, Jordan Bardella, véritablement, c'était son point faible.
04:28Et puis le troisième élément, c'est qu'elle a été candidate.
04:31Qu'elle sait ce que c'est qu'une campagne présidentielle ?
04:33Moi, je la trouve de plus en plus mature.
04:36Elle connaît le rythme, elle connaît le tempo.
04:39Elle a les mots, me semble-t-il, assez justes pour son électorat.
04:42Donc c'est une candidate redoutable.
04:45Il y avait des incertitudes sur Jordan Bardella.
04:47Tout le monde s'interrogeait.
04:48Et lors d'une campagne présidentielle, qu'est-ce que ça va donner ?
04:51Là, on revient à quelque chose dont on sait qu'il est solide.
04:54Avec ses forces et ses faiblesses, les deux sont complémentaires.
04:57Petit avantage pour Bardella.
04:58Mais sur la stature, encore une fois, et les enjeux internationaux,
05:02c'est bien elle qui est la plus convaincue.
05:04Avec une quatrième campagne, en effet, qui commence donc pour Marine Le Pen.
05:08Mais à l'arrivée, et ce sera le mot de la fin, Brice Tinturier,
05:11est-ce qu'on ne peut pas se dire que cette décision de la justice
05:14de respecter la liberté de choix des électeurs
05:16n'embarrasse pas plus qu'autre chose le Rassemblement national ?
05:20C'est le scénario intermédiaire qui, peut-être, n'avait pas été suffisamment envisagé.
05:23Non, je ne crois pas.
05:24Je pense qu'il y a évidemment la question de la condamnation,
05:27évidemment la question des affaires, qui va rester en apesanteur.
05:30Mais que là, il faut bien l'intégrer.
05:32On est sur une nouvelle étape.
05:33On est sur une étape où Marine Le Pen est la candidate du RN
05:37et va continuer à dire que le recours fait qu'elle est innocente.
05:40Qu'aujourd'hui, à date, son recours lui permet de ne pas être condamné
05:44et de se présenter en étant innocent.
05:46Et on continue largement, évidemment, d'évoquer cette condamnation
05:48et cette décision de se présenter à l'élection présidentielle
05:51dans cette matinale sur France Inter
05:53avec un prochain invité dans 20 minutes.
05:54Ce sera maître Rodolphe Bosslu, l'avocat de Marine Le Pen.
05:58Merci Brice Tinturier, directeur général délégué d'Ipsos BVA.
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