- il y a 17 heures
Ce mardi 28 avril, dans sa chronique USA Today, John Plassard, associé et responsable de la stratégie d’investissement de Cité Gestion, s'est penché sur la fin de la série haussière pour les semi-conducteurs, la stratégie "Sell in May", la saison des publications battant son plein, la probable posture attentiste de la Fed, l'inquiétude grandissante à propos du détroit de Malacca, ainsi que les objectifs de revenus manqués pour OpenAI selon le WSJ. Cette chronique est à voir ou écouter du lundi au vendredi dans l'émission BFM Bourse présentée par Antoine Larigaudrie sur BFM Business.
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00:00On parle de l'ouverture à Wall Street et on est assez maussade aussi.
00:05Moins 0,47% pour le S&P 500, c'est surtout le Nasdaq qui tangue, à moins 1,12.
00:11Et plus 0,36% pour le Dow Jones, les valeurs industrielles qui reprennent un petit peu l'ascendant,
00:16la volatilité qui continue de monter du côté des 19 points sur l'indice VIX.
00:20John Plassard, cité gestion, bonjour John.
00:23Bonjour Antoine.
00:24Et puis alors, on a sonné l'alarme partout, attention le SOX, l'indice de la bourse de Philadelphie,
00:33j'insiste, il est coté à la bourse de Philadelphie, cet indice spécialisé dans les semi-conducteurs,
00:38met fin à une série de 18 hausses consécutives.
00:42Alors forcément là, les analystes sont consternés, etc.
00:46Bon, est-ce que c'est grave docteur, ou est-ce que, bon, on peut parler de saine consolidation,
00:51comme on dit sur les marchés ?
00:52Oui, j'irais plutôt sur la saine consolidation, mais d'abord, il faut rappeler que les 18 séances de hausse,
00:58évidemment, c'est un record historique.
00:59On n'avait jamais eu ça, un momentum, évidemment, qui est tiré par l'intelligence artificielle,
01:05par l'enthousiasme autour de tout ce qui se passe, comme des valeurs comme Nvidia, Broadcom et AMD, bien évidemment.
01:12Mais après une telle progression, vous l'avez dit Antoine, il faut prendre des profits,
01:17on commence à regarder les valorisations et on devient un tout petit peu plus nerveux.
01:22Pourquoi ? Parce que, eh bien, cette semaine, et vous en avez parlé hier,
01:27eh bien demain soir, on a notamment la publication de plusieurs sociétés,
01:31les grandes capitalisations et Apple, jeudi soir,
01:35qui fait qu'il y a un sentiment du fait qu'il faut prendre quelques profits.
01:41Alors, évidemment, la fin de cette série ne signifie pas nécessairement un retournement de tendance,
01:49mais, selon moi, vraiment une prise de profit en attendant d'avoir et de voir un peu plus clair,
01:56parce qu'il y a quand même pas mal d'interrogations, notamment sur le niveau monétaire aussi,
02:00puis évidemment géopolitique.
02:02Évidemment, bien sûr.
02:03Le mois de mai arrive,
02:05« Selling men go away », est-ce que le dicton se vérifie ?
02:10Qu'est-ce que disent les statistiques, là, en ce moment ?
02:14Écoutez, normalement, effectivement, on dit qu'il faut vendre en mai et puis racheter en octobre.
02:20Alors, il y a une raison, il y a des raisons historiques.
02:23Normalement, on dit qu'il y a un peu moins d'investissements qui sont faits après le mois de mai,
02:29il y a des volumes qui sont plus faibles en été, il y a des prises de profit, on en
02:33parlait,
02:34et puis aussi le fait qu'on voit que les rendements entre mai et octobre, selon les statistiques,
02:40sont plus faibles qu'entre octobre et avril.
02:44Mais, mais, mais, il y a un grand mais, c'est le cas de le dire.
02:48Eh bien, si on regarde ces dix dernières années,
02:51eh bien, la moyenne du S&P 500 entre le mois de mai et le mois d'octobre, c'est
02:57d'environ 7 %.
02:58Et on a eu neuf années positives sur dix.
03:03Et je ne vous le refais pas, Antoine, la seule année qui était négative,
03:07c'était bien évidemment 2022, où tout était négatif.
03:11Alors, évidemment, on est dans des situations où on a même des années excessives
03:16durant mai et octobre, où on a eu, par exemple, en 2024,
03:21on a eu plus 13 % durant cette période, plus 23 % en 2025 durant cette période.
03:28Donc, ça illustre évidemment que cet adage boursier, eh bien, n'est pas réellement investissable.
03:35Mais, cette année, et je suis obligé de le dire, Antoine,
03:38avec toutes les incertitudes dont on vient de parler,
03:42avec la géopolitique, la politique monétaire,
03:45les résultats des entreprises et potentiellement les prises de profits,
03:48eh bien, potentiellement, le début du mois de mai pourrait être un peu grisemine.
03:52Bon, on va vérifier ça.
03:55En attendant de parler du gros sujet du jour aussi,
03:57parce qu'on est en pleine semaine de Banque Centrale,
03:59il y a la fête demain soir, il y a quand même deux résultats là qu'on retient.
04:03Alors, deux bonnes vieilles valeurs traditionnelles américaines qui donnent le ton.
04:07On a Coca-Cola et on a General Motors.
04:11Mon Dieu, General Motors, non seulement vend toujours des voitures,
04:14à savoir, on a un acteur de l'automobile qui dégage des profits,
04:18alors très sensiblement supérieurs aux attentes,
04:22ce qui, dans le contexte, paraît presque un petit peu inconséquent.
04:26Alors, est-ce qu'il y a un trick, est-ce qu'il y a une petite astuce dans ces
04:30chiffres ?
04:30Est-ce que les perspectives sont toujours aussi maussades ?
04:33Que nous dit General Motors ?
04:35Alors, vous l'avez dit, les ventes en hausse et les bénéfices ajustés sont nettement en hausse.
04:41Donc ça, ça veut dire que c'est assez sain, entre guillemets,
04:44surtout pour un secteur comme le secteur automobile.
04:46Mais, lorsqu'on regarde et lorsqu'on gratte un peu ces chiffres,
04:50vous avez General Motors qui remonte ses perspectives annuelles de 500 millions de dollars.
04:55Alors, la raison, c'est quoi ?
04:57C'est la fameuse, et plus personne n'en parle,
05:00décision en février dernier de la Cour suprême
05:03d'annuler les droits de douane imposés par le président Trump.
05:08On s'en souvient.
05:08Mais, on a quand même une dynamique opérationnelle qui est solide,
05:14malgré un environnement macroéconomique qui est tendu.
05:17Et ce qui est encore plus intéressant, c'est que, malgré le prix du baril,
05:21vous savez, le gallon a dépassé en moyenne les 4 dollars aux États-Unis,
05:25eh bien, on voit que ce sont les véhicules, les SUV et les pick-up
05:30qui ont le plus de marge, eh bien, dont les ventes explosent littéralement.
05:34Donc, les Américains, malgré un prix du baril, malgré un prix de l'essence qui est tellement élevé,
05:40ils continuent d'acheter des grosses voitures avec des grosses marges,
05:43et évidemment, ça bénéficie à General Motors.
05:46Oui, ça, effectivement, ça paraît étonnant,
05:49mais c'est un indicateur assez parlant sur l'état d'esprit du consommateur américain.
05:53Les résultats de Coca, vous avez eu le temps de regarder un petit peu ?
05:58Oui, le message est aussi intéressant.
06:02Bon, il est complètement différent de General Motors, évidemment.
06:05Croissance organique de 10 %, ça dépasse les attentes.
06:08Et ça nous prouve qu'ils ont un fameux pouvoir de fixation des prix.
06:14Vous savez, le pricing power, on en parlait beaucoup durant la crise du Covid,
06:18et pourtant, on est dans un environnement inflationniste.
06:21Et qu'est-ce qu'ils ont fait, Coca ?
06:23Ils ont monté leur prix et ils ont baissé la taille de leur canette.
06:28Et ça a marché aux États-Unis, en tout cas.
06:31Donc, c'est assez intéressant de regarder qu'il y a toujours des gens qui veulent purement du Coca et
06:37pas d'eau de soda.
06:38Et puis, effectivement, ça paraît bizarre, je peux vous dire, Antoine,
06:42mais Coca-Cola se dirige et a opté pour un virage un tout petit peu plus sain,
06:49qui commence à payer leurs appareils bizarres pour Coca-Cola,
06:52mais ils ont des gammes qui sont sans sucre, allégées,
06:56qui continuent à attirer de l'attraction des consommateurs.
07:03Et puis, finalement, dernière chose, il faut surveiller le nouveau patron qui arrive,
07:06Eric Brown, à la tête du groupe, en remplacement de James Kinsey.
07:11Et ce nouveau dirigeant va passer dans une nouvelle phase stratégique
07:18et notamment maîtriser le système d'embouteillage et la distribution,
07:22ce qui est vraiment le nerf de la guerre pour ce type d'acteur.
07:25Et puis, on retient que c'est un acteur assez actif de la fameuse shrinkflation,
07:30c'est-à-dire qu'on ne change pas les prix, mais on réduit un petit peu la quantité qu
07:33'il y a dans les canettes.
07:34Et même, on les monte.
07:35Et voilà, on les monte.
07:36Donc, là, c'est la double shrinkflation.
07:39Donc, la Fed, rendue de décision demain soir, les gouverneurs ont commencé à se réunir aujourd'hui.
07:44Bon, qu'est-ce qu'il faut attendre ?
07:46C'est vrai qu'on spécule un petit peu.
07:50On avait aussi la Banque du Japon ce matin qui nous donnait quelques indications par rapport à ça.
07:55Est-ce qu'on peut en déduire éventuellement l'état d'esprit des gouverneurs de la Fed en ce moment
07:59?
07:59Oui, clairement.
08:01La Banque du Japon, elle a été plus faucon, plus au quiche qu'attendu.
08:06Normalement, évidemment, c'est un animal à part, je dirais, le Japon.
08:10Et là, ils ont décidé de faire le statu quo, donc ne pas bouger les taux.
08:14Mais vous avez plusieurs membres qui auraient voulu qu'on monte déjà les taux.
08:20Donc, on va être potentiellement dans cette situation.
08:22Alors, évidemment, il ne va rien se passer demain au niveau des taux.
08:25Mais rappelons-le, ce sera théoriquement la dernière séance pour Jérôme Powell
08:32qui va passer normalement toujours le flambeau à Kevin Walsh.
08:37Et donc, ici, potentiellement, vous avez des acteurs aux États-Unis
08:41qui disent qu'il pourrait être un peu plus libéré, libéré dans sa parole
08:46et potentiellement dans ses commentaires qu'il pourrait apporter sur la crise au Moyen-Orient.
08:53Pourquoi pas sur le président ?
08:55Il ne le dira pas, évidemment, directement.
08:58Mais surtout sur l'inflation et puis la croissance.
09:01Je rappelle quand même qu'on attend les chiffres de la croissance ce jeudi
09:05et qu'aux États-Unis pour le premier trimestre,
09:07et que ces chiffres devront être aux abords de 2%.
09:10Donc, on va voir si ces attentes, si le consensus est bien positionné
09:14et potentiellement voir un Jérôme Powell libéré, délivré.
09:21Vous ne l'avez pas chanté, celle-là, John. Je suis étonné.
09:25Je n'ai pas osé.
09:26Non, mais ce n'est pas grave.
09:28Attendez.
09:30Détroit d'Hormuz, évidemment, on en parle matin, midi et soir.
09:33Détroit de Babel-Mandeb aussi, ça va un petit peu ensemble.
09:37C'est le Détroit sur la même rouge en face de Djibouti.
09:41Détroit de Malacca.
09:43Voilà un nouveau sujet qui pourrait crisper un petit peu tout le monde
09:46du côté, cette fois, de l'Asie.
09:48Qu'est-ce qui se passe, John, du côté du Détroit de Malacca ?
09:52Alors, il faut rappeler le Détroit de Malacca,
09:54c'est situé en Asie du Sud-Est
09:56et c'est une artère majeure et vitale pour l'économie mondiale.
10:01Pourquoi ?
10:02Parce que ce Détroit dont personne ne parle,
10:05vous venez de le dire, Antoine,
10:06concentre plus de 20% du commerce maritime mondial
10:11et voit passer plus de 100 000 navires par année.
10:15C'est aussi un enjeu énergétique majeur
10:18puisque vous avez 23 millions de barils de pétrole par jour
10:22qui transitent pour les économies asiatiques,
10:25donc évidemment la Chine, le Japon, la Corée, etc.
10:29Et évidemment, lorsque vous êtes dépendant d'un Détroit comme celui-là,
10:33eh bien, on fait attention.
10:34On fait attention à quoi ?
10:35À la piraterie, on fait attention.
10:37Le fait qu'il soit extrêmement étroit, 2,7 km, ça paraît grand,
10:40mais c'est très petit pour un Détroit.
10:43Et puis, on peut avoir, à cause d'un accident,
10:46eh bien, ce Détroit qui est perturbé.
10:48Donc, faire attention parce que tout le monde,
10:50vous l'avez dit, parle du Détroit d'Hormuz,
10:52mais potentiellement, le Détroit de Malacca,
10:54il faut retenir ce nom,
10:56pourrait devenir, on ne l'espère pas,
10:58mais pourrait devenir un risque stratégique majeur,
11:02notamment pour la Chine,
11:04qui dépend tellement des exportations d'énergie.
11:06Effectivement, et c'est vrai que le Détroit de Malacca
11:08est d'un rare endroit particulièrement dangereux
11:11du côté de la piraterie.
11:12Et on se souvient, même au siècle dernier,
11:15que beaucoup de navires se faisaient rançonner à cet endroit-là.
11:19Selon le Wall Street Journal,
11:21OpenAI n'atteint pas ses objectifs
11:23en matière de chiffre d'affaires et d'utilisateurs.
11:26On entend énormément de choses autour d'OpenAI en ce moment.
11:30Là, je regardais sur CNBC avant de descendre pour l'émission,
11:33c'était « crackles widen ».
11:36En gros, il y a des failles dans le modèle économique
11:39qui commencent à vraiment devenir gênantes.
11:42Ça devient un peu embêtant,
11:44alors que l'entrée en bourse quand même se prépare.
11:47Est-ce qu'il y a des inquiétudes de fond
11:49du côté des investisseurs américains
11:51autour d'OpenAI ?
11:53Alors, la réponse,
11:55je n'ose pas le dire à haute voix,
11:57mais la réponse est oui.
11:59On rappelle quand même qu'ils ont fait un tour de table
12:01pour plus de 120 milliards de dollars.
12:03On rappelle quand même qu'OpenAI a fait des promesses
12:07d'investissement de plusieurs centaines de milliards de dollars.
12:12Et effectivement,
12:13alors c'est le Wall Street journal qui le relève,
12:17mais OpenAI n'aurait pas atteint ses cibles internes
12:20en matière de chiffre d'affaires et d'utilisateurs,
12:22notamment le fameux objectif dont on avait parlé ensemble,
12:25qui était extrêmement ambitieux,
12:27d'avoir un milliard d'utilisateurs actifs hebdomadaires
12:31pour le fameux ChatGPT.
12:33Et puis, en face de ça, qu'est-ce qu'on a ?
12:36On a des acteurs comme Anthropic,
12:37Cloud, on a des acteurs comme Google,
12:40Gemini, et on a DeepSeek.
12:42Alors, DeepSeek, vous allez me dire,
12:44c'est un vieux modèle.
12:44Mais non, DeepSeek,
12:46ils viennent de lancer un nouveau modèle
12:47qui est absolument performant
12:50et dont le prix pour ceux qui prennent la version payante
12:54est totalement en dessous de tous les autres modèles.
12:58Donc, on voit qu'il y a même une guerre des prix
13:01dans cette intelligence générative.
13:04Et effectivement, avec près de 1 500 dollars
13:08d'engagement potentiel en infrastructures
13:10sur les data centers, sur les GPU, etc.,
13:14des acteurs de la tech,
13:16la question centrale devient celle
13:19et la capacité de générer de l'argent,
13:23d'avoir un investissement,
13:25mais surtout le retour sur investissement.
13:27Et effectivement, le marché n'aime pas tellement,
13:30et c'est peut-être aussi une des raisons pour laquelle
13:32le secteur des semi-conducteurs souffre aujourd'hui en bourse aux États-Unis.
13:37Oui, effectivement, mais même en Europe,
13:40on a Soitec, d'ailleurs, qui signe la plus forte baisse du SBF 120.
13:46Notamment, un petit mot des titres dont on a parlé avec vous, John,
13:48pour ce point sur l'ouverture de Wall Street.
13:50Coca-Cola, qui est très bien accueilli après ses résultats,
13:52le titre gagne 5,9%.
13:54C'est un petit peu plus laborieux pour General Motors,
13:57même si les chiffres, encore une fois, étaient étonnants
13:59pour un acteur de l'industrie automobile.
14:01Et puis, vous nous rappeliez que,
14:04malgré la cherté du galon d'essence,
14:07les Américains se ruent toujours sur l'ISUV,
14:09les grosses voitures, etc.,
14:10et que business as usual dans l'automobile américaine.
14:13Merci infiniment, John Plassard.
14:15Cité, gestion.
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