00:01Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Patrick Roger.
00:06Il est 7h13, c'est à la une, avec ce mouvement de grève des surveillants pénitentiaires.
00:12Ils bloquent les grilles dans beaucoup d'endroits.
00:15Nous sommes avec Cyril Jacquet, secrétaire national de l'UFA Punsa Justice,
00:20à Perpignan notamment, où il y a une surpopulation de 256%.
00:26C'est le cas dans beaucoup de prisons.
00:30Cyril Jacquet, bonjour.
00:33Bonjour.
00:33Bonjour, merci d'être avec nous.
00:35Je le disais, surpopulation à Perpignan, comme dans beaucoup d'autres endroits.
00:40Votre mouvement a commencé ce matin à 6h, c'est ça ?
00:44C'est ça, c'est un mouvement qui est lancé à l'appel de la Fédération,
00:47donc un mouvement national, qui a commencé sur l'ensemble des établissements du territoire ce matin à 6h.
00:546h, pourquoi ? Qu'est-ce que vous réclamez ?
00:56J'ai vu que c'était des postes supplémentaires un peu partout,
01:01parce qu'il y a cette surpopulation et que vous avez du mal vous-même à y faire face.
01:07C'est ça, on a une surpopulation carcérale.
01:08Aujourd'hui, on est à 88 400 détenus en France.
01:11On a l'ensemble des établissements qui est surpeuplé et on a de moins en moins de personnel.
01:16On a une campagne de mobilité qui vient d'ouvrir et cette campagne de mobilité n'ouvre pas le nombre
01:20de postes
01:21que les établissements attendent sur la direction interrégionale de Toulouse.
01:24Il manque par exemple 250 personnels de surveillance et sur cette campagne de mobilité, on n'a ouvert que 11
01:29postes.
01:30Oui. Ce n'est pas suffisant, ce que vous dites.
01:34Ah ben non, on ouvre 11 postes alors qu'il y a 250 emplois vacants que de personnels de surveillance.
01:39Si on prend tout corps et tout grade confondus, on est à plus de 400 personnels sur la direction interrégionale
01:43de Toulouse
01:44et on est à plus de 4000 postes vacants dans l'administration au niveau national.
01:47Oui, parce que racontez-nous ce qui se passe à l'intérieur des prisons sur cette surpopulation.
01:52Ça veut dire qu'il y a des détenus qui sont beaucoup trop nombreux en cellules,
01:57il y en a qui dorment sur des matelas posés à même le sol et ça renforce les tensions.
02:05C'est ça, aujourd'hui vous avez presque 7000 matelas au sol sur le territoire.
02:10Forcément, quand on ouvre une cellule qui a un détenu ou quand il y en a trois et dont un
02:15qui dort par terre,
02:16les tensions ne sont pas les mêmes et ces tensions, les personnels la subissent au quotidien.
02:20Donc les conditions de détention des détenus, forcément, ont un impact sur les personnels.
02:24Oui, c'est ça.
02:25C'est-à-dire, alors, quel impact ça se traduit comment, Cyril Jacquet ?
02:29Vous pouvez imaginer les tensions quand trois personnes vivent dans une cellule de 9 mètres carrés,
02:34surtout quand il y en a un qui dort par terre, on a des établissements où les cellules ne sont
02:38pas très grandes
02:39et il y a des détenus qui dorment à moitié sous le lit d'autres personnes.
02:42Donc forcément, ça exacerbe les tensions et c'est les surveillants qui, derrière,
02:46servent de punching ball pour évacuer la tension des détenus.
02:49Oui, et puis j'ai vu, il y a des endroits, des prisons qui sont aujourd'hui survolés par énormément
02:55de drones
02:56pour faire des livraisons en tout genre.
02:59Et ça, vous avez du mal à y faire face.
03:03Alors, on a eu du mal à y faire face, effectivement.
03:05L'État a du mal à y faire face.
03:06On a sécurisé Condé et Vendin puisque c'était très médiatisé.
03:12Effectivement, à Perpignan, ce week-end, il y a encore eu un drone en pleine journée,
03:15une livraison par drone en pleine journée.
03:16Ils n'ont plus peur de rien.
03:18On fait des fouilles XXL.
03:20Deux jours après, tout ce qu'on a sorti est déjà rentré par drone, effectivement.
03:24Et on est dans la capacité aujourd'hui de les brouiller.
03:26On n'y arrive pas.
03:27On essaye, l'État essaye, mais on n'y arrive pas.
03:29Mais alors, c'est de votre ressort, ça ?
03:32Surveillant ?
03:33Ou alors, est-ce qu'il y a d'autres moyens techniques qui sont engagés ?
03:36Parce que c'est vrai que j'ai vu, pour certaines prisons,
03:39c'est assez incroyable, évidemment,
03:41le nombre de drones qui survolent ces prisons
03:43pour apporter un peu de tout.
03:47Bien sûr, des téléphones portables, etc.
03:50Et puis d'autres livraisons.
03:55Qu'est-ce que vous pouvez faire face à ça ?
03:58Alors, on ne va pas rentrer dans les spécificités du brouillage.
04:00Mais effectivement, c'est des brouilleurs.
04:02Donc, nous, il n'y a pas d'action humaine, si vous voulez.
04:04C'est des brouilleurs.
04:05Mais effectivement, tant que c'est des kebabs
04:08et des téléphones portables qui sont livrés,
04:10j'ai envie de dire que ça peut presque être rigolo.
04:12Ce qui rentre par l'air, on ne peut pas le contrôler.
04:15Ça peut être des couteaux.
04:16On a retrouvé des couteaux en détention.
04:17Et demain, ça sera potentiellement une arme.
04:19Oui, c'est ça.
04:19Bon, ce n'est pas la première fois que vous lancez un tel mouvement,
04:22Cyril Jaquet, dans toutes les prisons.
04:24Et vous avez l'impression de ne pas être entendu ?
04:29Ou alors, est-ce que vous avez quand même parfois des réponses,
04:32mais qui ne vont pas suffisamment loin ?
04:35On a l'impression qu'il y a des échéances politiques qui arrivent,
04:37qu'on fait beaucoup d'effets médiatiques.
04:39Et que derrière, sur le terrain,
04:41les annonces que font les ministres ou l'ADAP,
04:44sur le terrain, les copains ne le voient pas du tout.
04:47Il n'y a rien qui arrive sur le terrain.
04:49Les collègues sont en souffrance depuis des années,
04:50comme vous le dites.
04:51Ce n'est pas le premier mouvement qu'on fait.
04:52Malheureusement, ce ne sera pas le dernier.
04:54Non, ça ne va pas assez vite.
04:55Oui.
04:56En quelques mots, le mouvement qui a commencé ce matin à 6 heures,
05:00il va jusqu'à quand ?
05:01Est-ce que vous êtes fixé une date butoir ?
05:06Non, nous, on n'a pas de date butoir.
05:07On a une direction générale de l'administration pénitentiaire
05:10qui potentiellement peut encore nous faire des propositions.
05:12On n'a pas de date butoir.
05:13Par contre, on a des exigences.
05:15Oui.
05:15Les exigences ?
05:16Le mouvement est reconductible et on fera ce qu'on a à faire.
05:19Mais d'un mot encore, les auditeurs peuvent s'interroger.
05:24C'est-à-dire que si vous avez votre mouvement de grève,
05:29ce mouvement de blocage,
05:32ça se traduit comment ?
05:33Les prisons sont encore surveillées tout de même, Cyril Jacquet ?
05:37On a le personnel du service de nuit à Minima qui est resté dedans.
05:41On travaille en toute intelligence.
05:43On laisse rentrer des personnels médicaux, des personnels de direction.
05:46Et bien entendu, s'il devait y avoir un incident à l'intérieur d'un établissement,
05:50on prendrait nos responsabilités et on ferait rentrer le personnel.
05:53Mais c'est vrai que là, les prisons françaises sont tourno-ralenties.
05:58Il ne se passe rien du tout.
05:59Mais on assurera bien sûr la sécurité et des détenus et des personnels si nécessaire.
06:02C'est les entrées et sorties qui sont paralysées, en quelque sorte, c'est ça ?
06:06C'est ça.
06:07Merci beaucoup, Cyril Jacquet, d'avoir été avec nous,
06:09secrétaire nationale de l'UFA Punsa Justice.
06:12Je rappelle votre mouvement qui a commencé ce matin à 6 heures,
06:16parce que les prisons françaises comptent près de 90 000 détenus,
06:2087 000 pour 63 000 places au total, évidemment.
06:25Merci d'avoir été avec nous ce matin sur Sud Radio.
Commentaires