- il y a 4 mois
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Aujourd'hui, dans « Les 4V », Gilles Bornstein revient sur les questions qui font l’actualité avec le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray.
Aujourd'hui, dans « Les 4V », Gilles Bornstein revient sur les questions qui font l’actualité avec le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray.
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00:03Bonjour Edouard Geffray, le procès du meurtrier d'Agnès Lassalle s'ouvre aujourd'hui à Pau,
00:09qu'est-ce que le ministre dit aux profs qui parfois craignent, ont peur d'aller travailler le matin ?
00:16Je leur dis d'abord l'unité de l'institution, en l'occurrence l'unité autour de la famille de
00:22Mme Lassalle et de M. Voirin, vous vous souvenez comme moi de ce drame il y a trois ans qui
00:26avait
00:27bouleversé la communauté éducative, plus que jamais la communauté éducative est unie.
00:32Vous savez, je le dis souvent, mais l'éducation nationale c'est comme un corps et si vous touchez
00:36une partie, vous avez tout le corps qui réagit. Et je leur dis aussi évidemment qu'on se bat
00:42collectivement pour faire reculer la violence. Vous savez qu'on fait énormément de contrôles
00:45aux abords des établissements pour détecter les armes blanches. On en a fait 20 500 en un an quand
00:50même. On a retrouvé pas loin de 1 000 armes blanches, un peu moins 800.
00:561 000 couteaux ?
00:57800 armes blanches, oui. Couteaux, cutters, etc. En un an, sur 20 500 contrôles. 20 500 opérations de contrôle.
01:04Donc c'est plusieurs centaines de milliers de lycéens et de collégiens.
01:081 000 sur 1 000, c'est quand même beaucoup.
01:09Ça fait beaucoup, oui. 800 sur 20 000, ça fait beaucoup. Je suis d'accord avec vous. Et donc tout
01:13l'enjeu pour nous, c'est de multiplier les contrôles et puis bien sûr de travailler aussi
01:16sur l'éducation. Parce que le premier problème, c'est quand même que le couteau ne sorte pas de la
01:20maison. Et donc c'est de travailler avec les familles, avec les parents, avec les élèves,
01:25pour bannir cette espèce de pratique totalement inacceptable qui fait que certains jeunes
01:29aujourd'hui se promènent armés.
01:31Vous avez marqué l'opinion il y a quelques jours en annonçant une vague sismique. C'est votre terme de
01:36réduction du nombre d'élèves. 1,7 million en moins en dix ans, dont 900 000 en primaire. Moins d
01:45'élèves,
01:45moins de classes. Je suppose combien de classes vont-elles fermer à la rentrée prochaine ?
01:50Alors à la rentrée prochaine, on ne sait pas encore puisque c'est actuellement en cours de
01:53définition dans les départements. Moi je voudrais revenir sur deux choses. La première d'abord c'est
01:59qu'il est temps que nous sortions collectivement du déni démographique. Ça fait dix ans que notre
02:04démographie baisse. On est parti pour au moins dix ans. Vous l'avez dit, c'est 1,7 million d
02:10'élèves.
02:10Alors il faut juste rapporter ça au nombre d'élèves, c'est-à-dire c'est quand même 14%
02:12d'élèves en moins, en l'espace de dix ans qui vont nous arriver.
02:14Qu'est-ce que vous voulez dire sortir du déni ?
02:16Je pense que pendant très longtemps en fait on s'est dit, oh bah non mais c'est pas grave,
02:20ça va revenir, c'est pour plus tard, etc. Et maintenant il faut qu'on ait une vision à l
02:22'entendre.
02:22Le Président de la République a décrété le réarmement démographique, ça ne se décrète pas ?
02:28Peu importe, mais ce qu'il faut surtout, c'est qu'on ait une vision à long terme. Parce que
02:30moi, si vous voulez, les enfants qui sont jugés en maternelle, ils vont passer le bac dans 15 ans.
02:34Oui.
02:35Et quand ils vont passer le bac, il y aura 25% d'élèves en moins à passer le bac
02:38avec eux. C'est ça que ça veut dire. Et donc ce qu'il faut maintenant, une fois qu'on
02:42sait ça, et moi j'ai donc fait faire cette étude à dix ans pour que tout le monde ait
02:44les mêmes éléments,
02:46il faut qu'on travaille ensemble pour en faire à la fois une opportunité et puis en même temps en
02:49tirer les conséquences. Parce que quand vous n'avez plus d'enfants dans certains endroits, il faut en tirer les
02:52conséquences. Donc on lance les travaux avec une méthode aussi un peu différente.
02:56C'est-à-dire qu'on va partir vraiment du terrain et de la projection de ce que doit être
03:00la carte scolaire pour construire derrière tous nos schémas, si je puis dire, en termes d'emploi, en termes de
03:04budget, etc.
03:04Donc voilà, il faut un peu changer de braquet si on veut faire face à la situation.
03:08Et ça veut dire quoi ? Il y aura des suppressions de classes ? Il n'y en aura pas
03:11? Il y aura des profonds moins ?
03:12Il y a, pour cette année, dans le public, il y a 3200 suppressions de postes à la rentrée scolaire.
03:19Si on avait dû suivre la démographie, si on avait suivi la démographie, on aurait dû en supprimer 9000.
03:28On n'a pas fait ça, on a supprimé 3000 parce qu'il faut tenir compte de ce qui se
03:32passe.
03:32Donc à partir de là, vous avez des ouvertures de classes, des fermetures de classes, mais enfin ça vous donne
03:35à peu près le ratio du nombre de classes qu'ils peuvent fermer.
03:37Mais tous les ans, des élèves se retrouvent sans prof devant eux à la rentrée, et puis même ceux qui
03:41ont des profs, les remplacements, ça fonctionne mal.
03:43Je suis sûr qu'il y a des gens qui nous écoutent ce matin, qui se demandent, qui savent que
03:46le prof de je ne sais quoi n'est pas là,
03:48et qui se demandent s'il y aura un remplaçant ce matin devant leurs enfants.
03:51Est-ce qu'on ne peut pas profiter de cette baisse de la démographie pour améliorer ces taux de remplacement
03:55qui ne fonctionnent pas bien ?
03:57Si, alors c'est l'un des enjeux. C'est pour ça d'ailleurs qu'on ne reprend pas toute
03:59la démographie, qu'on ne suit pas la démographie.
04:00Si on la suivait, on ne changerait rien. On ne la suit pas, on réduit le nombre d'élèves par
04:03classe d'abord, il faut quand même le rappeler.
04:05Et puis, aujourd'hui effectivement, on travaille sur l'emplacement. Simplement, il n'y a pas d'effet de vaste
04:09communiquant entre les deux.
04:11Ça c'est compliqué à comprendre.
04:12Je vous donne juste un exemple. On a aujourd'hui des toutes petites structures scolaires dans certains endroits.
04:16Moi j'ai des collèges à moins de 60 élèves quand même.
04:19Pour tout un collège ?
04:20Pour tout un collège. J'ai une centaine de collèges en France qui font entre 50 et 60 élèves.
04:25Ça veut dire qu'il y a une classe par niveau.
04:26Ils ont vocation à fermer ceux-là ?
04:28On essaie de les protéger au maximum.
04:31Dans certains endroits, les collectivités font le choix de les fermer.
04:33Mais on essaie de les préserver parce que ça correspond à un tissu important, etc.
04:36Si mon professeur de physique, si j'ai un professeur de physique dans ce collège,
04:39il est professeur potentiellement en deux voire trois collèges.
04:41Parce que du coup, pour faire tout son service, il faut qu'il soit sur trois établissements.
04:44Quand vous cherchez un remplaçant, il faut trouver un remplaçant qui puisse intervenir sur les trois collèges.
04:48Et vous voyez bien que géographiquement, c'est plus tôt.
04:50C'est pour ça qu'il faut un peu repenser les choses.
04:52Parce qu'au lieu de subir chaque année en se disant, qu'est-ce qu'on va faire l'année
04:55prochaine ?
04:55Il faut en réalité repenser un peu tout le système.
04:58Sébastien Lecornu, j'imagine, vous a écrit ou va vous écrire sa petite bafouille pour le budget 2027.
05:03Il va falloir trouver une trentaine de milliards d'euros.
05:07Est-ce que l'éducation nationale va devoir participer à cet effort collectif de réduction des dépenses ?
05:13De toute façon, je crois qu'il y a un moment où, quand on est dans une situation budgétaire contrainte,
05:17tout le monde doit se poser la question de savoir comment ils contribuent.
05:19Ça, c'est normal.
05:20Après, pour moi, tout l'enjeu, si vous voulez, c'est une fois encore de partir des besoins du terrain
05:25pour arriver au nombre de postes nécessaires.
05:28Non, mais je dis ça parce que c'est important, si vous voulez.
05:29Ça fait quand même pas mal de temps.
05:30Il y a des besoins, il y en a.
05:31Oui, mais ça fait pas mal de temps qu'en France, quand on pense le budget,
05:34on a une discussion à Paris au sommet.
05:36D'accord.
05:37Et après, on dit aux académies et aux écoles et aux établissements,
05:39voilà le nombre de postes que vous avez cette année.
05:40Vous m'avez sous-entendu.
05:42Oui, on va devoir faire un effort.
05:43Et moi, je fais l'inverse.
05:45C'est un peu nouveau cette année.
05:46Je pars des départements.
05:48Je leur dis, dites-moi ce dont vous avez besoin pour bien faire la rentrée 2027.
05:51et après, je vais être dans le budget.
05:53Et après, il y aura des discussions.
05:54L'Assemblée hier a voté une augmentation de la loi de programmation militaire,
05:57une trentaine de milliards d'euros, dont 8 milliards dès l'année prochaine.
06:00Donc, dans le budget de l'État, l'armée passe avant l'école.
06:04Alors, juste, l'éducation, je vous rappelle,
06:06est le premier budget civil de l'État en France.
06:07Et son budget a augmenté de 30% depuis 2017.
06:11On va dire qu'on est tout à fait, si je puis dire, à la roue ou à la remarque
06:16du reste du budget.
06:17Plus pour l'armée, qu'on ne trouve pas pour l'école.
06:19Alors, d'abord, vous n'avez pas échappé qu'il y a quelques menaces extérieures
06:22qui justifient peut-être qu'on fasse un effort.
06:25Voilà.
06:26Je crois que c'est quand même l'intérêt des Français.
06:28Tout comme, d'ailleurs, l'éducation est aussi l'intérêt des Français.
06:31Je rappelle juste, parce que tout le monde l'a oublié,
06:32que cette année, le budget national est un des seuls budgets
06:35dont les montants ont encore augmenté.
06:38Donc, on continue à faire l'effort.
06:40Qu'il y ait des efforts à faire en même temps sur la défense, c'est normal.
06:42Qu'il y en ait sur l'éducation, tout le monde est pour aussi.
06:44Après les révélations de violences dans le périscolaire,
06:47vous avez mis en place un protocole de signalement.
06:50Comment ça fonctionne ?
06:52Alors, très concrètement, il faut savoir, peut-être avant de vous répondre,
06:54que l'école est le premier signaleur de France.
06:56C'est-à-dire que je fais 80 000 informations préoccupantes
06:59ou signalement au programme public chaque année en France, l'école.
07:04Simplement, il n'y avait pas de trame commune, si vous voulez.
07:07Il n'y avait pas de guide, finalement, pour le faire.
07:09Donc, ce que j'ai fait, c'est que j'ai envoyé un petit guide à tous les personnels
07:13pour dire, voilà, comment repérer d'abord, comment détecter.
07:16Donc, il y a des éléments qui permettent de détecter les comportements des enfants, etc.,
07:19qui laissent penser qu'il y a un problème.
07:20Et ensuite, comment signaler les faits, à la fois au procureur, aux services sociaux, etc.
07:26Donc, c'est assez simple, en réalité, à faire, mais il se trouve que ça n'existait pas.
07:29Mais signaler, c'est agir quand les choses sont arrivées.
07:33Est-ce que ce n'est pas prévenir ? Comment on prévient ?
07:37En fait, il y a toute la chaîne.
07:38D'abord, prévenir, c'est empêcher que des personnels qui auraient eu des comportements
07:44inqualifiables puissent entrer en système.
07:46Aujourd'hui, on a un système de contrôle à l'entrée dans l'éducation nationale
07:49qui fait qu'on contrôle les fichiers.
07:51Le casier judiciaire, ce qu'on appelle les fichiers des auteurs d'infrastions sexuelles, etc.
07:55Donc, aujourd'hui, on a une barrière à l'entrée, si je peux dire.
07:58Après ça, le risque, c'est qu'une personne qui n'aurait aucun antécédent
08:02puisse avoir un comportement criminel au cours de sa vie,
08:0510 ans, 20 ans, 30 ans après avoir pris ses fonctions.
08:08Dans ce cas-là, la règle, pour moi, elle est très simple.
08:10Et on est en train de prendre, enfin, on va proposer un article de loi dans ce sens.
08:14C'est de dire, c'est de faire ce qu'on appelle une liste noire.
08:17C'est-à-dire, un agent que j'aurais écarté, moi,
08:19pour des raisons de comportement inappropriés avec des élèves,
08:21et qui n'aurait pas été condamné pénalement,
08:23parce que vous savez que ce n'est pas toujours la même chose,
08:25eh bien, ne pourra plus être repris à l'éducation nationale.
08:26Compris.
08:27Voilà.
08:27Donc, il faut, pour être clair, fermer les portes et les fenêtres pour se protéger.
08:31Et puis, à l'intérieur aussi, il faut éduquer les élèves,
08:33il faut éduquer les enfants,
08:34il faut apprendre à accueillir la parole des enfants.
08:36Ce n'est pas évident.
08:38Et il faut leur apprendre à dire quand il y a des choses qui ne vont pas.
08:40Merci infiniment, Édouard Geffray, invité dès qu'entre vous.
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