00:00Je me suis fait tirer dessus, on était en filature sur des criminels de guerre.
00:03On savait qu'il y avait un gofas qui devait remonter d'Espagne.
00:06Contre sens, sur le viaduc, sur l'autoroute.
00:08Est-ce que tu as déjà eu peur de mourir, toi ?
00:10Tu dis que le stress est venu après, parfois tu te refais des interventions, tu y penses après ?
00:16Non, pas trop.
00:16Pas trop ?
00:17Non, non, en fait, on en parle entre nous.
00:21Moi, je sais que j'arrive à le gérer comme ça.
00:24On fait des debriefings, on en parle entre nous.
00:26Et puis, on se dit, tiens, est-ce qu'on l'a bien fait ? Est-ce qu'on l
00:30'a mal fait ? Est-ce qu'on aurait pu faire autrement ?
00:33Mais il faut en parler, il faut quand même en parler.
00:36Moi, j'ai fait plusieurs opérations où c'est arrivé, où je me suis fait tirer dessus.
00:40Et à chaque fois, on en a parlé.
00:41Est-ce que le pare-balle a arrêté la balle ou tu t'avais vraiment tiré dessus ?
00:45En fait...
00:45Tu as été blessé ?
00:46Non, non, pas du tout.
00:47C'était en Bosnie, où on était en filature sur des criminels de guerre.
00:53Et là, la Bosnie, c'est un pays qui est constamment en guerre.
00:56Donc, ce sont des guerriers, en fait.
00:59Et nous, on a fait plusieurs semaines de filature.
01:02Et à un moment donné, on s'est posté, on s'est arrêté.
01:06On était trois avec nos voitures devant, dans un champ.
01:12Mais c'est un endroit qu'on ne connaissait pas et on n'aurait pas dû s'arrêter là.
01:15Parce que là, il y a des personnes qui sont arrivées et qui nous ont tiré dessus avec la calche
01:18Nikov.
01:19Donc, il y avait deux tireurs.
01:21Et là, moi, j'ai eu de la chance.
01:25Il y a une balle qui est rentrée dans la porte arrière de ma voiture et qui est venue s
01:29'arrêter dans le fauteuil.
01:30J'ai eu un bleu dans le dos, mais j'ai eu que ça.
01:32J'ai eu une autre balle qui est venue et qui s'est figée dans le nez man de ma
01:36voiture.
01:37Et puis, il y en a une qui avait percé mon réservoir de voiture.
01:39Donc, j'ai pris...
01:40Mais je n'ai pas été blessé.
01:41C'est passé autour de moi, en fait.
01:42Incroyable.
01:42C'était le jour de la Sainte Geneviève.
01:45C'était le 4 janvier.
01:46Tu prénoms de ta maman.
01:47Donc, la Sainte Patronne de la Gendarmerie.
01:49Est-ce que tu as déjà été blessé ?
01:52Non, pas par balle.
01:54Pas par balle, donc tu as été blessé ?
01:56Oui, oui, j'ai eu des blessures.
01:57Je me suis fait mal.
01:58Je me suis fait des entorses.
02:00Je me suis fait sur...
02:00Mais rien de grave.
02:03Quand on travaille au GIGN, ce qui est incroyable et ce que j'entends de ce que vous faites tous,
02:08c'est que vous êtes prêts à mourir en mission.
02:11Vous êtes prêts à mourir sur le terrain.
02:14Dis-moi, c'est notre métier.
02:16Nous, on ne veut pas mourir sur le terrain.
02:18Évidemment.
02:18On ne veut pas.
02:19Mais après, si le métier fait qu'il faut intervenir et ça arrive, c'est le métier qui veut ça.
02:30On est entraînés pour ne pas que ça arrive.
02:32Mais bon, il y a toujours des aléas et on a des morts, pas souvent heureusement,
02:38mais on a des morts en mission ou en entraînement.
02:42Ça arrive de temps en temps.
02:43Est-ce que tu as déjà eu peur de mourir, toi ?
02:45Non, pas...
02:46Non, non, c'est vrai.
02:47Quand tu es sur une intervention, quand tu es en phase d'observation, de recherche,
02:51j'imagine qu'on a une telle concentration que tu n'y penses pas, en fait.
02:55Oui, c'est ce que je disais tout à l'heure pour les fracouachistes.
02:57C'est ça, c'est que quand on est dans l'opération, on est tellement pris,
03:01on est dans une bulle, la bulle de l'opération,
03:04où il y a tellement de choses à gérer qu'on n'a pas le temps de réfléchir à ça.
03:07C'est après qu'on se dit, là, ce n'est encore pas passé loin,
03:11comme en Bosnie, ce n'est pas passé loin.
03:15Mais c'est passé.
03:16Donc, on en discute, comme je disais tout à l'heure.
03:19On se dit, tiens, ce qui a été, ce qui n'a pas été,
03:20qu'est-ce qu'on aurait dû faire, on n'aurait pas dû faire.
03:22Et on en discute plusieurs fois, des fois.
03:26Et ça passe, du moins.
03:29Je ne me réveille pas, je n'ai pas de cauchemar la nuit.
03:30Oui, c'est ça.
03:31Est-ce qu'au sein du GGN, c'est accepté aussi, entre collègues,
03:34de dire, là, ça m'a marqué, là, pour moi, c'est difficile ?
03:37Ah, bien sûr.
03:37Ça, c'est accepté.
03:38Oui, on a le droit, oui, tout à fait.
03:40Et puis, quand il arrive à un coup dur,
03:44du moins, ce ne serait pas normal de dire, non, mais il ne s'est rien passé.
03:48Bien sûr que c'est passé quelque chose.
03:49Il y a certaines personnes qui ont besoin d'aller voir une psychologue
03:53pour en parler et ça passe.
03:54Il y en a d'autres, comme je disais, on en parle entre nous.
03:58Donc, chacun fait comme il veut et on ne juge pas les gens.
04:01Il vient au contraire, il ne faut pas les juger.
04:04Pour qu'ils passent au-delà, il faut qu'ils aillent voir les personnes
04:08et en parler.
04:09Est-ce qu'il y a d'autres affaires qui t'ont marquées ?
04:11Tu m'as parlé de l'affaire du viaduc de Mio.
04:13Oui.
04:14Ça, c'est quand même une grosse affaire.
04:17Après, oui, c'était une affaire de filature sur un « go fast ».
04:25Moi, pendant 15 jours, j'étais chef de groupe sur tout ce qui était la filature.
04:31Donc, on savait qu'il y avait un « go fast » qui devait remonter d'Espagne.
04:37Donc, il devait remonter de l'Espagne, passer par le viaduc de Mio.
04:40On en avait déduit par rapport aux surveillances qu'on avait faites les 15 jours précédents.
04:45Donc, on avait vu les personnes, les malfaiteurs qui faisaient des reconnaissances
04:50sur des stations essence pour voir.
04:52Et le jour où ils sont remontés, on avait tendu un piège au bout du viaduc de Mio.
05:01C'est quoi le piège ?
05:03Il y avait la force d'intervention qui était au bout du viaduc de Mio et qui devait les interpeller
05:07au moment où ils passaient.
05:10Je ne sais pas pourquoi, mais ils ont senti quelque chose.
05:15Donc, les deux voitures, il y avait une ouvreuse.
05:17Ce qu'on appelle une ouvreuse, c'est la voiture qui est en amont et qui dit à la voiture
05:22qui porte la marchandise
05:23s'ils peuvent venir ou pas et s'il y a des forces de l'ordre.
05:28Donc, l'ouvreuse a fait demi-tour, la voiture porteuse a fait demi-tour.
05:32Attends, tu dis ça sur l'autoroute ?
05:33Oui, sur le viaduc de Mio.
05:34Sur le viaduc, donc contre sens, sur le viaduc, sur l'autoroute, juste pour imaginer quand même.
05:39Oui, donc ils ont fait tout le viaduc de Mio contre sens.
05:42Ils ont croisé l'équipe d'intervention qui était là pour faire le bouchon arrière, pour les arrêter à l
05:48'arrière.
05:48Donc, ils les ont croisés.
05:49Et donc, nous, on était restés.
05:51Donc, quand on fait ces opérations-là, généralement, on met des 38 tonnes pour empêcher les gens qui n'ont
05:58rien à voir avec l'affaire
05:58de rentrer dans la NAS pour ne pas qu'il y ait de blessés et pour ne pas qu'il
06:02y ait une autre voiture qui soit au milieu de l'intervention.
06:06Et donc, les trois 38 tonnes, ils ont empêché la voiture de passer.
06:10Donc, elle est venue s'encastrer dans le 38 tonnes.
06:11Donc, pour comprendre, ils font demi-tour.
06:14Face à eux, trois immenses camions qui bloquent tout, évidemment, pour empêcher les civils d'être blessés.
06:20La voiture fonce et elle va essayer de passer sur le côté.
06:26Et un 38 tonnes...
06:27Le 38 tonnes, il l'empêche de passer.
06:28...lui barre le passage.
06:29De toute façon, le 38 tonnes, à un moment donné, ça a été son travail.
06:33Là, il faut réagir dans l'action.
06:35Donc, l'ordre a été donné aux gens des 38 tonnes de dire qu'ils ne passent pas.
06:38Pourquoi ? Parce que déjà, bon, ils allaient s'enfuir.
06:41Mais ça, à la limite, ils s'enfuient.
06:43Ce n'est pas que ce n'est pas grave.
06:45Mais derrière, il y avait des personnes, des civils dans leur voiture.
06:50Ils roulaient à 180 km heure.
06:52Ils seraient allés taper dans une autre voiture.
06:55Ils auraient fait des morts.
06:56Donc, il ne fallait pas qu'ils passent, en fait.
06:58Donc, ils ne sont pas passés.
07:00Ils n'ont pas été blessés.
07:01Pourtant, ils ont tapé à très haute vitesse.
07:04Et ils se sont enfus de part et d'autre du du duque de Millau.
07:07Donc, quand tu passeras, tu regarderas à droite et à gauche.
07:10Et donc, on est allé les chercher en bas et en haut.
07:14On leur a couru après pour aller les chercher.
07:17Tu parlais de mission à l'étranger.
07:19Tu en as fait sept ou huit, je crois, à l'étranger.
07:21Pourquoi le GIGN va intervenir à l'étranger, parfois ?
07:25En Afghanistan, il a fallu protéger l'émissaire de l'ONU, l'Aqdar Brahimi, qui avait été chargé d'aller
07:33remettre le gouvernement Karzaï en place.
07:35Donc là, le gouvernement français avait proposé à l'ONU de fournir la protection.
07:43Donc, j'ai fait aussi d'autres protections.
07:45Je suis parti en protection aussi dans d'autres pays comme en Irak.
07:50Je suis parti en Algérie, dans plusieurs pays.
07:52Ça, c'était pour la partie protection.
07:54Je suis allé aussi à l'étranger pour faire de l'observation sur rayon.
07:57C'est exactement aussi.
07:59Donc, on en a parlé tout à l'heure pour la Bosnie, les criminels de guerre.
08:02Et je suis parti aussi dans des pays du nord de l'Afrique pour aller faire de l'observation sur
08:09rayon pour des affaires de drogue.
08:13C'est un bateau qui devait ramener des stupéfiants.
08:18Donc, on y a été.
08:19On est rentré dans le pays.
08:22Bon, on est rentré dans le pays avec l'accord.
08:25Du moins, les autorités étaient au courant.
08:27Oui, ça se passe en accord.
08:28On n'est pas une unité d'espionnage.
08:31On est rentré avec l'accord du pays.
08:33Et après, par contre, dans le port, il a fallu étudier le port.
08:37Il a fallu étudier toute la sécurité du port.
08:41Parce que dans ces pays, il y a beaucoup de sécurité dans les ports.
08:44Comme il y a des bateaux qui coûtent très cher.
08:46Donc, on a étudié la sécurité du port.
08:48On était cinq.
08:50La sécurité du port pendant quatre jours et toutes les nuits pour voir comment ça se passait.
08:56Et à la quatrième nuit, j'ai tenté, j'ai mis l'équipe autour du port pour prévenir.
09:07Et je suis allé sous le bateau pour voir comment c'était fait.
09:09Tu as plongé ?
09:10Non, non, le bateau était sur cale.
09:14Donc, je suis allé sous le bateau pour voir comment c'était fait.
09:17Et c'est à ce moment-là, il y a un gardien qu'on n'avait pas décelé pendant les
09:20quatre jours
09:20qui est sorti et qui est arrivé dans le port.
09:24Et je suis resté un quart d'heure allongé sous le bateau.
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