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  • il y a 10 heures
Les clefs d'une vie de Chantal Thomas

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##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2026-04-15##

Catégorie

Personnes
Transcription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
00:03Sud Radio, les clés d'une vie, celle de mon invité.
00:06Vous avez grandi au bord de la mer avant d'entreprendre une montagne d'études
00:10qui vous ont conduit à un sommet, celui de l'immortalité.
00:14Vous évoquez dans votre nouveau livre des femmes hautes en couleurs, mais sur fond azur.
00:19Bonjour Chantal Thomas.
00:20Bonjour Jacques Pessis.
00:21Alors vous êtes romancière, vous avez été professeure, vous êtes académicienne,
00:26la dixième femme à l'académie et ce livre, Femmes sur fond azur,
00:30qu'on évoquera tout à l'heure aux éditions du Seuil,
00:32qui est un livre sur six femmes étonnantes.
00:35Mais le principe des clés d'une vie, c'est d'évoquer votre parcours.
00:39Et votre parcours, il est chargé, donc j'ai trouvé quatre dates pour évoquer justement ce parcours.
00:45Première date, 31 décembre 2010.
00:48Vous êtes à Kyoto et une chanson très célèbre au Japon pourrait évoquer le décor qui vous entoure.
01:00Tombe la neige qui a été en tête du hit parade au Japon pendant 72 semaines,
01:04à tel point qu'on croit que c'est une chanson folklorique.
01:07C'est fou, hein ?
01:09Et c'est vrai que la neige à Kyoto, c'est un détail très important dans votre parcours.
01:14Oui, la neige, de toute façon, c'est un détail très important parce que je l'ai découverte tard,
01:20à 10 ans, à Arcachon, où pendant un hiver exceptionnel, la ville était sous la neige.
01:27Et pour moi, la neige, c'est associé à mon père, avec qui j'allais faire du ski.
01:34Et c'est ce souvenir à Kyoto, quand j'ai vu la neige, qui m'est revenu très très fortement.
01:42Oui, et qui vous a presque permis de vivre votre deuil pour la première fois de votre père, qui est
01:47mort très jeune.
01:48Oui, mon père est mort à 42 ans et j'ai eu beaucoup de mal ensuite à retourner skier,
01:56mais je l'ai fait parce que le plaisir de skier, la vitesse et le sentiment de fraîcheur et qu
02:06'on est inaccessible
02:07fait partie de comment traverser un deuil.
02:10Et puis, vous skiez à l'époque dans les Pyrénées, je crois, dans la Poudreuse.
02:15Les bons jours dans la Poudreuse, les moins bons jours sur la Tollée, glacée, c'est moins bien.
02:22Alors, votre père, Chantal Thomas, parlait peu, et notamment, il a été un résistant aéros pendant la guerre,
02:29et ça, il ne nous en parlait jamais.
02:31Oui, alors là, je pense que c'est une chose banale chez les hommes de sa génération, le silence.
02:37C'est vrai que nos parents ne parlaient pas de la guerre, ils l'avaient vécue, et elle n'était
02:42pas encore entrée dans l'histoire.
02:44Oui.
02:44Mais ça, ça vous a marqué parce qu'il a quand même fait partie d'un réseau de résistance.
02:48Vous l'avez découvert peut-être après, non, même pas ?
02:50Non. Bon, je le savais, il l'a dit, mais moi-même, je n'ai pas enquêté du tout là
02:57-dessus, c'est vrai.
02:58Il y avait un contraste entre le silence de mon père et le sens du récit de mon grand-père,
03:04qui, sur la guerre de 14-18, était intarissable.
03:07Oui, et qui en parlait, il avait même, je crois, sauvé son frère dans des conditions très particulières.
03:14Oui, oui.
03:15Je crois que son frère n'avait pas déserté, mais presque ?
03:18Oui, son frère était saisi de panique, et c'est mon grand-père, donc Félix, qui l'a sauvé, parce
03:26que lui-même était très héroïque.
03:28Alors, il se trouve que la seule chose qui intéressait votre père, je crois, Chantal Thomas,
03:33c'était non pas la pêche aux informations, mais la pêche tout court dans le bassin d'Arcachon.
03:37Oui, je ne sais pas si c'est vraiment la seule chose qui l'intéressait, mais en tous les cas,
03:41c'est avec la montagne,
03:44l'autre versant de lui auquel je participais.
03:48Donc, les deux étaient liés au silence et à la nature, et je crois que ça a beaucoup compté pour
03:56ma formation,
03:56parce que je suis quelqu'un qui adore parler, mais dans l'écriture, je rejoins cette source de silence.
04:05Il se trouve aussi que dans le bassin d'Arcachon, quelqu'un qui aimait beaucoup se baigner, c'est Toulouse
04:09-Dautrec, je ne sais pas si vous le savez.
04:10Si, bien sûr.
04:11Il passait son temps dans l'eau.
04:13Oui, et même il se baignait nu, au grand scandale des plaisanciers de cette époque.
04:19Oui, et après il a vu des femmes un peu déshabillées, mais du côté de Montmartre, c'était autre chose.
04:25Alors, vous êtes née à Lyon, mais vous avez grandi à Arcachon.
04:28Absolument, oui. Donc, pour moi, ma ville d'origine sensuelle, mémorable, c'est Arcachon, même si Lyon m'est très
04:37cher.
04:38Et je crois que le quartier où vous avez grandi, c'est le quartier de la ville d'automne.
04:41Oui, alors c'est d'abord la ville d'hiver, chez mes grands-parents, et ensuite, avec mes parents, la
04:48ville d'automne,
04:48qui est beaucoup moins... celle qui est célèbre, c'est la ville d'hiver.
04:52Bien sûr. Mais la ville d'automne, en fait, elle a connu une grande activité économique, je crois, dans les
04:57années 50,
04:58et que ça s'est un peu tassé.
05:00Oui, la ville d'automne, elle était liée au port.
05:02Donc, elle était liée à toute cette activité de pêcheurs, des bateaux allés jusqu'à Terre-Neuve,
05:06et ça s'est complètement disparu.
05:08Alors, vos jeunes années, c'est le bassin d'Arcachon, c'est les dunes du Pila.
05:13Exactement.
05:14Ça, vous avez passé des moments fabuleux, des moments inoubliables.
05:18Oui, alors c'est aussi quelque chose qui est déjà préfiguré le Japon.
05:22Parce que c'est un paysage très abstrait, avec cette dune blanche, très science-fiction, d'une certaine façon,
05:32quelques pins, et puis la surface de l'eau miroitante.
05:36Donc, quand je suis arrivée au Japon, quand j'ai vu les gravures, j'ai eu le sentiment d'une
05:41reconnaissance.
05:42Les dunes du Pila, d'après la légende, se sont réformées il y a 4000 ans,
05:46grâce à l'érosion des reliefs du massif central et des Pyrénées.
05:50Ah bon ?
05:51C'est ce qu'on raconte, oui.
05:52Ah bon ?
05:52Et donc, cette érosion aurait entraîné dans les fleuves l'eau qui a fait les dunes du Pila.
05:59Ah, je crois que c'était un géant qui avait déposé un tas de sable.
06:02Oui, c'est une autre légende.
06:04Alors, je crois qu'il y a aussi le Cap Ferré.
06:06Le Cap Ferré qui était aussi... mais ça, c'est plus chic.
06:09Le Cap Ferré, c'est autre chose.
06:12Oui.
06:14Mais ça, ça vous intéressez moins parce qu'il y avait un côté beaucoup moins nature.
06:19Oui, ça m'intéresse toujours.
06:21Arcachon et le Cap Ferré.
06:22Mais le Cap Ferré, on y allait plus rarement, on y allait en bateau.
06:26Alors, il y a aussi le lycée, le lycée Grand Terre à Arcachon.
06:29Je crois que vous avez fait vos études.
06:31Ce lycée a été créé en 1939 parce que le proviseur du lycée voulait mettre à l'abri les élèves
06:37à l'heure de la guerre.
06:38Il a donc repris des maisons, des villas, une annexe et il a fait son lycée.
06:43Vous ne saviez pas ?
06:44Non, vous m'apprenez des choses.
06:47Et je crois que ce lycée, l'école pour vous, Chantal Thomas, c'était l'ennui.
06:53Non, pas du tout.
06:54Il y avait des interdits qui vous ennuient.
06:57Au départ, ça ne vous intéressait pas.
06:59Au départ, quand je suis passée de la plage à l'école, petite, c'est vrai que je n'ai
07:05pas du tout apprécié le transfert.
07:08Parce que la discipline m'était assez insupportable.
07:12Mais quand je suis arrivée au lycée, au départ, je comprenais très peu.
07:17Mais progressivement, j'ai compris de mieux en mieux.
07:21Et non, ça m'a passionné.
07:23Mais ça a été très progressif.
07:25Alors je crois que l'internat, ça s'est passé à Bordeaux, en particulier.
07:30Bordeaux qui rappelle une chanson.
07:38Il en a gardé une certaine manière.
07:41Les quatre barbeaux, les rivaux des frères Jacques, avaient chanté le Duc de Bordeaux.
07:44Je ne sais pas si vous connaissez cette chanson.
07:45C'est une chanson qui a connu son heure de gloire à Bordeaux dans les années 50.
07:49Non, je ne connais pas.
07:51Et c'est vrai que Bordeaux, pour vous, ça n'inspire pas forcément le vin.
07:54C'est plutôt l'architecture de la ville dont vous êtes tombée amoureuse.
07:57Oui, c'est en plusieurs étapes.
07:59Bordeaux, d'Arcachetan, aller à la ville, c'était aller à Bordeaux.
08:03Donc ça m'a paru comme...
08:05Elle a été ma première grande ville.
08:07Et quand j'ai été étudiante, j'ai passé beaucoup de temps à parcourir les rues, les quais.
08:14Et c'est comme ça que je me suis approchée, sans savoir, de l'harmonie du XVIIIe siècle.
08:20Oui, car les rues, les façades évoquent ce XVIIIe siècle.
08:23Mais ils ont été construits en grande partie au XVIIIe siècle.
08:26Et c'est le maréchal de Richelieu qui deviendra plus tard le héros d'un de mes romans historiques.
08:33Mais c'est vrai, j'ai pensé le XVIIIe siècle par l'architecture, en écoutant la musique, et plus tardivement
08:41par la littérature.
08:43Alors au départ, c'est la philosophie, je crois, à Bordeaux, à l'université.
08:47Oui, oui, j'ai commencé la philosophie à Bordeaux et j'ai continué après à Aix-en-Provence.
08:53Oui, avec une spécialisation dans l'art, je crois.
08:57En effet, comme je me sentais assez mal en philosophie, parce que c'était un peu sec pour moi,
09:03j'ai fait mon DES sur Rousseau et Le Corbusier, parce qu'à ce moment-là, j'étais à Aix
09:09-en-Provence et j'avais été étonnée, disons.
09:12Et ensuite, je suis arrivée à Paris et par Roland Barthes, j'ai pu rejoindre ce que j'aime vraiment,
09:18qui est la littérature.
09:19Bien sûr, mais déjà, l'art, c'était quelque chose d'important pour vous, d'abord par la découverte de
09:24la ville de Bordeaux.
09:25Et puis Le Corbusier, on a oublié que c'est lui qui a inventé l'unité d'habitation avec les
09:31équipements collectifs dans chaque immeuble.
09:33Oui.
09:34C'est un personnage totalement oublié aujourd'hui, alors qu'il a fait beaucoup pour l'architecture.
09:38Oui, mais si on va à la Cité radieuse, par exemple, c'est très étonnant l'impression d'être dans
09:45un bateau, de miroitement, les couloirs sont très mystérieux.
09:49Il y a toute une atmosphère surréelle qui colle mal avec l'idée qu'on a presque répressive de Le
09:58Corbusier.
09:59C'était un grand novateur.
10:01Et pourquoi Rousseau et Le Corbusier ?
10:03Parce que tous les deux se sont appuyés sur l'idée de nature.
10:07Et tous les deux ont pris la nature, non pas comme un ensemble de sensations chavirantes, mais comme des modèles
10:15à respecter.
10:16Donc c'était intellectuel.
10:18Et finalement, c'était être en avance sur son temps en respectant la nature à l'époque.
10:22Oui, absolument.
10:24Et la nature, ça a toujours fait partie de vos passions, de votre raison de vivre.
10:28Alors, j'ai grandi.
10:30Moi, j'ai le sentiment d'avoir été formée par la plage, par la mer, par les marais, beaucoup plus
10:36que par un enseignement parental.
10:39Moi, je me sens complètement redevable de ça.
10:43Et en appartenance au bord de l'eau, au changement de saison, c'est pourquoi le Japon m'a été
10:51si cher.
10:51Je crois profondément au changement de saison, au retour des saisons, beaucoup plus qu'aux agendas jour après jour.
11:00Ça, ça m'est assez indifférent, il faut bien le dire.
11:02Oui, mais vous croyez vraiment à la nature et à notre sentiment plutôt qu'à la bureaucratie, en quelque sens.
11:07Exactement.
11:08Parfait.
11:08Alors, autre date importante dans votre parcours que vous n'avez sans doute pas oublié, le 7 novembre 2002.
11:14A tout de suite sur Sud Radio avec Chantal Thomas.
11:16Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
11:19Sud Radio, les clés d'une vie, mon invité Chantal Thomas.
11:23Nous parlerons tout à l'heure de ce livre « Femmes sur fond azur » aux éditions du Seuil.
11:27On a évoqué vos débuts à Arcachon, vos études, vos longues études.
11:30Et le 7 novembre 2002, c'était un tournant, car c'est ce jour-là que vous recevez le prix
11:35Femina pour les adieux à la reine.
11:38Vous vous souvenez de ce jour-là ?
11:39Ah oui, très en détail.
11:42Je me souviens de la voix de l'attaché de presse qui m'a dit « Vous l'avez, le
11:46prix ».
11:47Et ensuite, je me suis précipité aux éditions du Seuil.
11:51Et il se trouvait que ce jour-là, justement, quelqu'un avait balancé une cigarette dans une corbeille à papier
11:58et il y avait un incendie qui commençait.
12:01Voilà.
12:02Mais c'était une surprise pour vous d'avoir le prix Femina ?
12:04Ça ne peut pas l'être complètement, puisqu'il y a les semaines qui précèdent.
12:07Et vos titres, votre nom, j'étais sur différentes listes de prix.
12:13Donc ce n'était pas complètement une surprise.
12:14Ce qui était une surprise, c'est au départ, avant le prix Femina.
12:20Alors, il se trouve que ce livre, « Les adieux à la reine »,
12:23ce sont les trois derniers jours de liberté de Marie-Antoinette avant la prise de la Bastille.
12:28Ce livre a été traduit dans une vingtaine de langues.
12:30Et il se trouve que le nom de Marie-Antoinette est connu encore dans le monde entier.
12:35Oui.
12:37Alors, le nom de Marie-Antoinette a connu des fortunes diverses,
12:41puisqu'elle a longtemps été pensée comme l'autrichienne,
12:46celle qui mérite d'être guillotinée.
12:48Ensuite, surtout à travers le film de Coppola,
12:51« Comme une égérie de la mode ».
12:53Donc, je pense au très beau roman de François Chardin-Nagor,
12:56« La chambre », où ce qu'on lit, ou ce qu'on découvre,
13:02c'est l'incroyable souffrance d'une mère.
13:04Donc, le personnage de Marie-Antoinette,
13:08c'est une sorte d'éventail de possibles visions d'une femme.
13:13Et en même temps, votre livre est sorti.
13:16Il y avait beaucoup de livres sur Marie-Antoinette
13:17et c'est le vôtre qui a obtenu le prix.
13:21Alors, il faut dire qu'à ce moment-là, j'étais chercheuse au CNRS
13:26et je travaillais sur la presse ancienne.
13:30Et je me suis appuyée pour écrire ces trois journées à Versailles.
13:36D'abord sur le fait qu'il y avait eu énormément de livres sur la Révolution.
13:40C'était après 1889, 1989.
13:45Et rien sur qu'est-ce qui se passait à Versailles à ce moment-là.
13:49Puisqu'on a du mal à réveiller le roi, il n'y croit pas.
13:53Il pense que c'est une révolte et on lui dit, cire, c'est une révolution.
13:56Donc, mon point de départ, c'est aussi une espèce de degré zéro de l'information.
14:02Et comme je me sentais, c'était mon premier roman,
14:05je me sentais, je ne me serais jamais senti,
14:09je n'aurais jamais eu l'arrogance de me mettre à la place de Marie-Antoinette.
14:12Ni même d'aborder directement Marie-Antoinette.
14:15Donc, j'ai choisi un personnage, la lectrice adjointe,
14:18qui est celle qui raconte l'histoire.
14:20Celle où, là où je me sens très bien, je me sens la lectrice adjointe.
14:24Mais en même temps, ce sont des recherches immenses pour trouver tous ces détails.
14:28Ah oui, mais c'était précédé par un long travail dans les archives,
14:35donc dans la presse.
14:36Et surtout, j'ai beaucoup utilisé les mémoires.
14:39Des mémoires d'anciens valets de chambre,
14:42des mémoires de contemporains, de la reine.
14:46Mais je crois en plus qu'il y a un doctorat de troisième cycle que vous avez fait
14:50sur le personnage de Marie-Antoinette dans les pamphlets.
14:52Oui, mais c'est un livre.
14:54Donc, c'est ça qui précédait.
14:56Et pendant des mois, des mois, j'avais lu des horreurs sur Marie-Antoinette
15:00à travers ses pamphlets qui visaient à l'assassiner.
15:04Et je me suis dit tout d'un coup, mais au fond, elle, quelle elle était ?
15:08Qui était-elle ?
15:10Alors, on sait aussi maintenant que c'était une musicienne.
15:13Guy Breton a beaucoup écrit sur elle et sur sa musique.
15:17Et je ne sais pas si vous le savez, mais il y a une chanson
15:19qui est inspirée d'une phrase de Marie-Antoinette.
15:22C'est-à-dire qu'un jour, elle reçoit Benjamin Franklin,
15:25qui est aux Etats-Unis,
15:26et il s'inquiète pour l'avenir des Etats-Unis.
15:29Et elle lui lance une formule qui va devenir un chant révolutionnaire.
15:38La légende assure qu'elle a dit à Benjamin Franklin
15:41« Ah, ça ira, ça ira ! »
15:42et que c'est comme ça qu'est né le chant révolutionnaire.
15:45On peut dire que c'est un retournement de situation.
15:47Exactement, oui.
15:48Alors, il se trouve que Marie-Antoinette a été aussi beaucoup jouée au cinéma,
15:53beaucoup jouée au théâtre aussi.
15:55Je ne sais pas si vous vous souvenez du spectacle de Robert Rossen
15:58où on devait voter à la fin sur
16:01« Faut-il acquitter ou tuer Marie-Antoinette ? »
16:03Oui, je me souviens de ça.
16:04C'était un grand spectacle.
16:06Oui, oui.
16:06Et le public votait pour la mort ou pour la vie de Marie-Antoinette ?
16:10Oui, je me souviens de cette histoire.
16:12Je me souviens plus, finalement, s'ils votaient pour la vie, j'imagine.
16:15Oui, ça dépendait des jours,
16:16mais un jour, il y a deux Suisses qui arrivent,
16:18il y avait une boule blanche et une boule noire à prendre,
16:20et les Suisses arrivent vers le bureau de Robert Rossen,
16:23ils disent « On ne peut pas voter, on est Suisse ! »
16:25C'est extraordinaire !
16:26Alors, il se trouve que votre découverte de la langue française,
16:29justement, c'est quand même beaucoup plus tôt
16:32avec le Marquis de Sade, avec l'histoire de Juliette.
16:35Ça vous a marqué, ça aussi ?
16:36Oui, ça m'a marqué.
16:38D'abord parce que j'étais, à ce moment-là,
16:40j'étais pensionnaire, oui, à Bordeaux.
16:44J'étais amoureuse,
16:45et c'est mon petit ami qui m'a offert l'histoire de Juliette
16:49dans la très belle édition, peau vert, noire et or.
16:54Et il m'a offert ça dans la petite chapelle
16:58qui faisait partie du pensionnat.
17:00Et c'était quand même un livre assez dur,
17:03parce que je crois que Juliette est une infomane
17:06et une crimine à la morale,
17:08ça lui vaut le succès et le bonheur,
17:10et ça a valu la prison au Marquis de Sade.
17:13Oui.
17:16C'est assez compliqué le Marquis de Sade,
17:19parce que Sade avait une vraie philosophie.
17:25Et le personnage n'est pas vraiment le héros libertin de ses textes,
17:31il faut séparer.
17:32Exactement.
17:33Et lui-même a écrit,
17:34il ne coule pas de sang des phrases qu'on écrit.
17:39Donc, c'est...
17:41Et ça vous a marqué,
17:43parce que ça vous a donné une approche de la littérature
17:45tout à fait différente de celle que vous imaginiez ?
17:48Ah ben ça, oui.
17:49Oui.
17:50Oui, j'étais en Hippocagne,
17:52je sortais du lycée,
17:54on ne nous fait pas vraiment lire de très près
17:57Justine et Juliette.
17:58En même temps, oui,
17:59mais il y avait une langue,
17:59la langue française,
18:00et là vous avez remarqué,
18:02Chantal Commer,
18:03la lucidité,
18:07la limpidité de la langue française.
18:09Oui,
18:11parce qu'elle est précisément utilisée
18:15pour développer des thèses et des situations
18:20qui n'ont rien de classique.
18:22Donc, c'est le jeu entre les deux
18:24que je continue de trouver extraordinaire.
18:28Alors, le Marquis de Sade avait un château,
18:30et aujourd'hui, Pierre Cardin l'a réhabilité.
18:33Et avant lui,
18:34quelqu'un avait essayé,
18:35je ne sais pas si vous le savez,
18:35c'est Marchelle Julien,
18:36qui avait essayé,
18:38par passion pour son œuvre,
18:39de réhabiliter le château du Marquis de Sade,
18:41et il n'y est pas parvenu financièrement.
18:43Ah, je ne savais pas du tout ça.
18:46Alors, justement,
18:47votre doctorat d'État,
18:48ça va être autour du Marquis de Sade.
18:49Oui,
18:50et je l'écris avec Roland Barthes.
18:54Alors, Roland Barthes,
18:55c'est aussi,
18:56c'est un critique littéraire
18:57qui a aussi fait beaucoup pour la langue française.
19:00C'était une rencontre importante dans vos études.
19:02Ah oui,
19:02ça a été vraiment une rencontre décisive,
19:05parce que c'était aussi la première fois
19:07que je rencontrais,
19:08comme professeur,
19:09un écrivain.
19:10Quelqu'un qui était en train d'écrire,
19:12et quelqu'un qui était dans l'incertitude,
19:16et dans le mouvement,
19:18et dans la pensée avancée,
19:20changée,
19:21était variable,
19:22alors qu'en général,
19:23comme vous savez,
19:24les cours,
19:24ils sont faits à partir d'un savoir acquis.
19:26Oui,
19:26et là,
19:27ça vous a marqué,
19:28ça vous a même projeté vers l'avenir.
19:30Ah ben oui,
19:31mais ça m'a...
19:32Je pense aussi qu'en écrivant,
19:34j'avais le sentiment d'écrire pour lui.
19:36Donc,
19:37pour la première fois,
19:37j'avais un lecteur.
19:39Et en même temps,
19:40la littérature vous a tellement marqué
19:41que vous êtes ensuite devenue enseignante,
19:44notamment aux Etats-Unis.
19:45Alors,
19:46j'ai choisi les Etats-Unis
19:48sans idée d'enseignement,
19:50mais une fois sur place,
19:51j'ai trouvé à donner des cours.
19:54Oui,
19:54je crois que vous avez été à New York,
19:56à Princeton,
19:56dans l'Arizona,
19:57un peu partout.
19:58Pourquoi les Etats-Unis,
19:59Chantal Thomas ?
20:00Alors,
20:00j'étais allée,
20:01en revenant du Pérou,
20:02avec une amie,
20:03on a passé deux jours à New York,
20:08et on a été,
20:09j'ai été éblouie.
20:10Et je me suis dit,
20:11un jour,
20:12je retournerai.
20:13Parce que c'était,
20:14d'abord,
20:14c'était le plein été,
20:15il y avait cette chaleur un peu,
20:17un peu de,
20:18quand on est dans une serre chaude,
20:21et j'ai trouvé ça extraordinaire.
20:23Et puis,
20:24j'ai vu bouger les gens
20:26comme je ne les voyais pas bouger à New York.
20:28Il y avait un grand décalage,
20:30en ce moment-là,
20:30dans le comportement
20:32entre les Français et les Américains,
20:33en particulier.
20:34Les gens étaient en short,
20:36à moitié nus,
20:38sur Washington Square,
20:39il y avait les chanteurs.
20:41J'ai trouvé ça fabuleux,
20:42et dès que j'ai soutenu ma thèse,
20:45donc,
20:45sur l'histoire de Juliette,
20:49j'avais mon billet dans ma poche,
20:51je suis partie le lendemain à New York.
20:52Oui,
20:52vous avez toujours beaucoup voyagé.
20:54Ah oui,
20:55c'est ma vocation première.
20:58Je pensais que je serais voyageuse.
21:01Et alors,
21:01il y a une chose à Princeton,
21:02d'après mes renseignements,
21:04vous avez été invitée
21:05en tant qu'ancien membre
21:06du Conseil des Humanités.
21:09Oui.
21:10C'est quoi ça,
21:11c'est...
21:11C'est une bourse.
21:12Une bourse ?
21:13Oui,
21:13mais en même temps,
21:14être invitée à Princeton
21:15pour une Française,
21:16ce n'est pas si courant,
21:17Chantal Thomas.
21:19Je ne sais pas,
21:20franchement.
21:21Alors,
21:21il se trouve que,
21:21je ne sais pas si vous le savez,
21:22mais il y a quelqu'un de très célèbre
21:23qui a reçu un titre
21:25de docteur honoris causa
21:26de la science à Princeton,
21:28c'est Albert Einstein.
21:29Ah ben oui,
21:30bien sûr.
21:30Oui,
21:30oui.
21:32Et vous avez un jour décidé
21:33qu'il fallait revenir en France.
21:35Oui,
21:36ça s'est fait en plusieurs étapes
21:37parce que je revenais en France
21:39régulièrement,
21:39puisque c'était...
21:41J'avais surtout des postes
21:43de visiting professeur,
21:45donc ça c'est pour un semestre.
21:46Oui.
21:47Donc je revenais en France régulièrement.
21:49Et puis,
21:49quand la question s'est posée,
21:51quand j'étais en Arizona justement,
21:52de rester ou pas,
21:54parce qu'il y avait un poste
21:55et je me sentais liée
21:57avec ce pays,
21:58finalement j'ai choisi de rentrer.
22:01précisément pour la langue
22:03et pour un sentiment de bien-être
22:06qui tient à Paris,
22:08parce que Paris peut faire aussi
22:10l'effet d'un très grand jardin
22:12et puis on peut retourner aux Etats-Unis
22:15quand on veut.
22:16Mais ça a été fondamentalement
22:18le fait que je ne peux pas écrire
22:20dans une langue étrangère.
22:21Je n'étais pas forcée,
22:22donc.
22:23Et la preuve,
22:25la défense de la langue française
22:26vous l'avez exercée,
22:27il y a une date très importante,
22:29c'est le 16 juin 2022.
22:31A tout de suite sur Sud Radio
22:32avec Chantal Thomas.
22:34Sud Radio,
22:35les clés d'une vie,
22:36Jacques Pessis.
22:37Sud Radio,
22:37les clés d'une vie,
22:38mon invité Chantal Thomas,
22:40ce livre,
22:41Femmes sur fond azur,
22:42au seuil,
22:42on en parle dans quelques instants,
22:44mais j'en reviens au 16 juin 2022.
22:47Vous n'avez pas oublié cette date,
22:47je suppose ?
22:48Non,
22:49aucune des dates
22:49que vous avez mentionnées,
22:51je ne les avais pas oubliées.
22:52Voilà,
22:53ce jour-là,
22:53vous êtes reçue à l'Académie française
22:54et c'est quand même
22:56l'une des consécrations
22:57de votre parcours.
22:58Oui,
22:59absolument,
23:00surtout quand
23:03je me rends compte
23:05à quel point
23:07la langue,
23:08à quel point
23:09écrire
23:10et à quel point
23:11l'attention
23:11à tout ce qu'il y a
23:13de riche
23:14et de vibrant
23:15dans la langue française
23:16m'importe.
23:18Alors,
23:18je crois que vous avez présenté
23:19votre candidature
23:20en novembre 2020.
23:21Vous avez été élue
23:22au premier tour
23:23le 28 janvier 2021.
23:25Comment est venu
23:25ce projet,
23:26cette aventure ?
23:28Je n'y ai pas pensé
23:30pendant très très longtemps
23:31et un jour,
23:33j'ai rencontré à Blois
23:35Hélène Carrère-Dancos.
23:37on a pris le même taxi
23:38et elle m'a assez enchantée,
23:41je dois dire.
23:41On a parlé du bonheur
23:43et sa vivacité
23:45et sa justesse
23:46m'ont vraiment plu.
23:48Donc,
23:49j'ai commencé comme ça
23:50à penser un peu
23:51à l'Académie française.
23:52Puis après,
23:53j'ai oublié.
23:54Et puis,
23:57je crois que c'est vraiment
23:59le fauteuil
24:01de Jean Dormeson
24:02qui m'a réellement motivée.
24:05Le fauteuil.
24:07Parce que j'ai trouvé
24:09que faire son éloge
24:14avait un sens,
24:16un grand sens pour moi
24:17et une grande signification.
24:19et j'avais l'impression
24:20de mettre mes pas
24:23dans les pas
24:23de quelqu'un
24:24qui était du côté
24:25de l'allégresse
24:26et de beaucoup de choses
24:27que j'adore
24:28qui est la musique,
24:30l'optimisme
24:31du 18e siècle
24:32et aussi
24:33un rapport à l'histoire.
24:35Une manière
24:35de raconter l'histoire
24:38légère
24:38et dans l'évidence
24:39et dans l'émotion.
24:41Alors justement,
24:42Jean Dormeson,
24:43on va écouter sa voix.
24:44J'ai compris assez vite,
24:46je vous assure,
24:47que vouloir être
24:49heureux seul
24:49est une folie.
24:51Vous avez le droit.
24:52Cette voix est reconnaissable
24:53entre mille,
24:54elle a été imitée
24:54par tous,
24:55à commencer par Laurent Gérard.
24:57Il avait une voix
24:57très particulière.
24:59Moi, je me souviens
24:59de ma première rencontre
25:00avec lui.
25:01Il venait de quitter
25:02la direction du Figaro.
25:03Il m'a reçu
25:04dans son hôtel particulier.
25:05Il avait une robe
25:06de chambre de soie
25:06dans son grand bureau
25:07avec tous ses livres.
25:08Et il m'a dit
25:09je n'ai jamais été
25:10aussi heureux
25:11de quitter des fonctions.
25:12Désormais,
25:13je le travaillerai seul.
25:14Et c'est ce qu'il a fait.
25:15Car il n'était pas fait
25:15pour être directeur
25:16mais écrivain.
25:17Oui,
25:18et surtout,
25:19je crois qu'il aimait
25:20suivre sa fantaisie.
25:22Alors,
25:22ce qui est étonnant aussi,
25:23c'est que le jour
25:24où vous prononcez
25:24son éloge,
25:25puisque c'est la tradition,
25:26c'est le jour
25:27de son 97e anniversaire.
25:29c'était bouleversant.
25:31Exactement.
25:32Et au fur et à mesure
25:33que je parlais,
25:36que je m'approchais
25:37au fond de l'être
25:38qu'il avait été,
25:40j'ai senti
25:41sa présence.
25:42C'est très curieux.
25:43C'était un moment,
25:45oui,
25:45c'était un moment unique
25:47pour moi.
25:48Car vous ne l'aviez pas rencontré,
25:49vous aviez échangé,
25:49je crois,
25:50des courriers,
25:51des cartes.
25:51Oui,
25:52c'était juste
25:53par correspondance.
25:54Comment ?
25:54Dans quelles circonstances ?
25:55J'aimais lui envoyer
25:58mes livres
25:58et lui,
25:59semble-t-il,
26:00aimer répondre.
26:01Et c'est parce qu'on avait
26:02des héros
26:05ou des livres,
26:07des lectures
26:08proches quand même.
26:09Tout ce qui touchait,
26:10par exemple,
26:10au Prince de Ligne
26:12ou au Salonnière.
26:13Donc j'aimais lui envoyer
26:14ses livres
26:15parce que je savais
26:15que ça faisait partie
26:16de son univers.
26:17Et il n'a jamais cherché
26:18à vous rencontrer
26:20réciproquement ?
26:21Non.
26:23Il y a l'habit,
26:24l'habit et l'épée,
26:25là aussi,
26:25vous avez fait quelque chose
26:26de très particulier.
26:28Alors,
26:29oui,
26:29l'habit,
26:29c'est un habit Chanel.
26:30Pour moi,
26:31c'était la première fois
26:31que j'entrais
26:32dans un lieu
26:33de haute couture.
26:34Et ça aussi,
26:34c'était une aventure
26:36comme Alice
26:38au Pays des Merveilles.
26:39toute l'histoire
26:40était extraordinaire
26:42pour moi
26:42dans la mesure
26:42où je ne l'avais pas
26:43beaucoup pensé avant
26:44et même très peu.
26:46Et donc,
26:47c'est un habit magnifique.
26:49Moi,
26:50j'aime beaucoup le théâtre
26:50donc j'ai le sentiment
26:51à chaque fois
26:52de revêtir
26:53un habit de théâtre
26:54avec des broderies
26:56splendides
26:57et même une petite
26:58libellule cachée
26:59parmi les fleurs.
27:00C'est très poétique,
27:02tout cela.
27:02Il y a l'épée.
27:03Et l'épée
27:05puisque rien n'était prévu,
27:06c'est comme ça
27:07que Jean Dormesson
27:09a pu faire élire
27:10une femme,
27:12Marguerite Ursenard,
27:13parce que dans le règlement même,
27:15rien n'était prévu.
27:16Donc,
27:16il n'y avait pas
27:17d'interdiction
27:18d'élire une femme.
27:20C'était simplement
27:21non pensé
27:22ce qui lui a permis
27:24cela.
27:24Et c'est pareil
27:26pour l'épée.
27:27Il n'est pas spécifié
27:28qu'on doit absolument
27:29avoir une épée.
27:30Donc,
27:31j'ai choisi
27:32un éventail.
27:33Pourquoi ?
27:35D'abord parce que
27:36j'adore le Japon
27:36et ensuite parce que
27:38c'est un objet
27:40très léger
27:42et qui a suscité
27:45mille variations
27:46esthétiques
27:47puisque les grands pintes
27:48ont illustré
27:51des éventails.
27:52Et aussi,
27:54c'est quelque chose
27:55qui allège
27:57le poids
27:58de la cérémonie,
27:59le poids
27:59d'une cérémonie.
28:01Il se trouve aussi
28:02que Marguerite
28:03Toursana
28:03a été la première
28:04femme élue.
28:05Elle n'a jamais
28:06siégée ensuite
28:07puisqu'elle est repartie
28:07dans son île.
28:08Mais elle écrivait
28:09des mots
28:10à l'encre verte
28:11toujours.
28:11Je ne sais pas
28:11si vous le savez.
28:13On reconnaissait
28:14une lettre
28:14de Marguerite Duras
28:15parce qu'il y avait
28:16de l'encre verte
28:17et elle veillait
28:17à ce qu'il n'y ait
28:18jamais la moindre
28:18faute d'orthographe.
28:20L'encre verte,
28:21je ne savais pas.
28:22Alors que
28:23Colette,
28:23c'était l'encre bleue.
28:24Exactement.
28:27Daniel Afferriere
28:28vous reçoit
28:28et il évoque
28:29tout de suite
28:29dans son discours
28:31votre rapport
28:31avec l'eau,
28:32avec la natation.
28:33Ça,
28:33c'était aussi
28:34très important pour vous.
28:35alors le discours
28:35de Daniel Afferriere
28:37était merveilleux.
28:38Il a commencé
28:38par dire
28:39que j'étais
28:39absolument amorale.
28:43Ça commence bien.
28:44Ce qui est vrai.
28:46Et il a évoqué
28:48mon rapport
28:48à la natation
28:50parce que
28:50c'est mon lieu
28:52originel
28:53comme tout le monde
28:54mais je l'ai
28:56extériorisé
28:57disons
28:57dans l'océan
28:59puis
28:59en Méditerranée
29:01et
29:04ça va avec
29:05l'éventail.
29:06C'est une activité
29:08du côté
29:08de l'apesanteur
29:10on tourne le dos
29:12au monde
29:13aux soucis
29:14et une force
29:16prend soin de vous
29:18et en plus
29:19c'est dans
29:20une beauté
29:21la sensation
29:23l'observance
29:24d'une beauté
29:25exceptionnelle
29:25puisqu'on a juste
29:26l'eau
29:27et la mer.
29:28Il se trouve aussi
29:29qu'il y a eu
29:31des piscines
29:31je ne sais pas si vous le savez
29:32mais les premières piscines
29:33à Paris
29:34c'était dans la Seine
29:35des petits morceaux de bois
29:36on appelait ça
29:38les bains à quatre sous
29:39et il y a un monsieur
29:40qui s'appelle
29:41Joseph Oller
29:41qui a créé
29:42le Moulin Rouge
29:42et l'Olympia
29:43et qui a créé
29:44la première piscine à Paris
29:45la piscine
29:46qui était
29:46rue Rochechoir
29:48et le vendredi
29:49était réservé
29:50aux femmes
29:51uniquement
29:51Ah
29:52ça c'est une belle initiative
29:53voilà
29:53parce qu'effectivement
29:54un seul jour par semaine
29:57après elle vient
29:58les autres jours
29:58mais
29:59les femmes seules
30:00le vendredi
30:01et c'est vrai que ça aussi
30:02c'est quelque chose
30:03qui vous a beaucoup touché
30:05vous avez non pas
30:06une pionnière
30:06mais une des premières
30:07à défendre
30:08l'idée de la femme
30:10qui soit l'égal de l'homme
30:11et oui
30:12mais en natation
30:13par exemple
30:13c'est très très visible
30:14puisque les femmes
30:15ont mis beaucoup de temps
30:16à pouvoir nager
30:17c'est à partir de 1920
30:191930
30:20disons
30:20jusque là
30:21elles étaient complètement
30:22embarrassées
30:23par les longues robes
30:24les interdits
30:25je parle des femmes
30:26dans nos sociétés
30:27bien sûr
30:28parce que pour le reste du monde
30:29la plupart des femmes
30:30ne se baignent pas
30:31ne nagent pas
30:32et ça
30:33ça a été aussi
30:34un déclic important
30:35parce que
30:35les progrès
30:37faits en un siècle
30:37depuis ce temps
30:38où on n'a pas le droit
30:40de nager
30:41sont immenses
30:42ils sont immenses
30:43parce que ça implique aussi
30:45d'autres démarches
30:47la manière dont
30:47les femmes
30:48peuvent sortir
30:49dans la rue
30:49peuvent
30:50on continue
30:51de ne pas pouvoir
30:52vraiment sortir
30:52la nuit
30:53parce que
30:54les menaces
30:55sont réelles
30:57et
30:57il y a une sorte
30:58d'inquiétude
30:59sortir très tard
31:01la nuit
31:01traverser une ville
31:02à pied
31:02ça continue
31:03d'être une chose
31:04pas très facile
31:06mais le monde
31:08s'est ouvert
31:09et puis dans votre discours
31:11justement à l'académie
31:12il y a également
31:13l'éloge du bâtiment
31:15c'était une chose
31:16très rare à l'académie
31:16vous avez dit
31:17combien ce lieu
31:18était merveilleux
31:19ah oui
31:19et ça je continue
31:20à chaque fois que j'y vais
31:21d'être
31:21dans l'euphorie
31:22juste de traverser
31:24la cour
31:24juste les pavés
31:25ou en passant
31:27le petit pont des arts
31:28de voir la coupole
31:32briller
31:33dans
31:34c'est tellement beau
31:35et je pense
31:37parce que
31:38pour moi
31:39c'est très particulier
31:40puisque j'ai écrit
31:41sur l'infante
31:42qui épouse le petit Louis XV
31:44en 1721
31:46et de l'autre
31:47face à l'académie
31:48il y a le jardin de l'infante
31:49donc je passe
31:51du jardin de l'infante
31:52à l'académie
31:53et j'ai l'impression
31:54que c'est aussi
31:54un trajet intérieur
31:55et ça
31:56réellement
31:57c'est enchanteur
31:58vous êtes je crois
32:00la dixième femme
32:00à être entrée
32:01alors qu'il y a eu
32:02726 hommes
32:03oui
32:04et ça vient de
32:06l'académie a été fondée
32:07en 1734
32:08je crois
32:09par Richelieu
32:10et c'était pour réunir
32:11un petit groupe d'hommes
32:13fous de littérature
32:14et pour que
32:16ces esprits extravagants
32:18ne mettent pas en péril
32:20l'autorité
32:20oui
32:21là c'est plus l'autorité
32:22qui compte
32:22c'est la langue française
32:23car vous faites partie
32:24de celles et ceux
32:24qui défendent la langue française
32:26Chantal Thomas
32:26qui est menacée
32:28oui en fait
32:29tout est menacé
32:30depuis le départ
32:32mais la langue française
32:33particulièrement aujourd'hui
32:34c'est-à-dire qu'au lycée
32:36ou au collège
32:37on fait beaucoup plus
32:37de fautes en français
32:39en langue française
32:39que jadis
32:40oui je pense
32:42oui oui oui
32:43et ça
32:44je pense aussi
32:44qu'il y a la question
32:45de l'anglicisme
32:46donc il y a
32:47la question de
32:50quelle part d'étrangeté
32:51une langue peut absorber
32:52sans perdre son essence
32:55ou bien
32:55en quoi c'est enrichissant
32:57c'est un problème de dosage
32:59en même temps
33:00vous avez été enseignante
33:01vous avez beaucoup
33:02fait pour la langue française
33:04en enseignant
33:04et là vous êtes passée
33:06du côté de la littérature
33:07avec l'écriture
33:08les deux
33:08c'était pas facile
33:09à mener de front
33:14l'enseignement
33:16en même temps
33:17ça s'est combiné
33:18dans la mesure
33:19où j'ai enseigné
33:21des romans historiques
33:22et que j'adore
33:23les romans historiques
33:24donc c'est
33:26par moments
33:27ça se rend compte
33:27par moments
33:28c'est divergent
33:28je dirais
33:29les romans
33:30vous ont conduit au cinéma
33:31puisque votre premier livre
33:32a été adapté
33:32et qu'ensuite
33:33vous êtes mis
33:34à scénariser les films
33:35exactement
33:36le premier livre
33:39Les Adieux à la Rême
33:40a été adopté
33:41par Benoît Jacot
33:42et puis
33:42L'échange des princesses
33:44par Marc Dugain
33:45et avec Marc Dugain
33:46on a écrit
33:47le scénario ensemble
33:48c'est très différent
33:49l'écriture d'un scénario
33:50et l'écriture
33:51d'un livre
33:52très différent
33:53très différent
33:54et d'ailleurs
33:55pour ça
33:57c'est très complémentaire
33:58entre Marc Dugain
33:59et moi
33:59parce que lui
34:00est extrêmement rapide
34:01il va droit
34:02à ce qui dans une situation
34:04a de l'impact
34:05et moi
34:06j'étais plutôt
34:09dans le détail
34:11de la situation
34:11et donc
34:14les deux
34:14rapidité
34:15et savoir
34:16ça a donné ce film
34:17qui est
34:18très émouvant
34:19me semble-t-il
34:20Et puis Versailles
34:21aussi c'est un souvenir
34:22d'enfance je crois
34:22car votre oncle
34:23vous emmenait à Versailles
34:24Chantelle Thomas
34:25Alors Versailles
34:26bon
34:26ma mère est née
34:27à Versailles
34:28elle est née
34:29rue Saint-Adélaïde
34:31et
34:32donc mes grands-parents
34:33habitaient Versailles
34:34et Versailles
34:36c'est
34:37une mémoire
34:38en plusieurs couches
34:39et après
34:41mon oncle
34:42et ma tante
34:42m'amenaient à Versailles
34:44à tous les séjours
34:45que je faisais à Versailles
34:46mais c'est des personnages
34:48très sinistres
34:49et
34:50elle en particulier
34:52elle était vraiment
34:53muette
34:54et
34:55triste
34:56et elle m'amenait à Versailles
34:57à chaque séjour
34:58et c'était un cauchemar
35:00et je me suis demandé
35:01si j'avais pas eu envie
35:03d'écrire ce livre
35:04ou en tout cas
35:05de savoir un maximum
35:06sur Versailles
35:07que maintenant j'adore
35:09pour
35:10compenser
35:11le poids
35:12de corvées
35:13qu'étaient ces promenades
35:14avec ma tante
35:14et puis il y a un personnage
35:15qui a compté
35:16dans votre parcours aussi
35:17c'est un metteur en scène
35:18argentin très célèbre
35:19Alfredo Arias
35:20mais oui
35:21avec qui je vais déjeuner
35:22après-demain
35:24et c'est une personne
35:26merveilleuse
35:26et c'est lui qui m'a
35:29il m'a ouvert
35:30le chemin du théâtre
35:33et
35:33aussi du comique
35:35et
35:38les possibilités
35:39de métamorphose
35:40du théâtre
35:41c'est-à-dire
35:42c'est-à-dire
35:48la liberté du théâtre
35:49c'est-à-dire
35:50par exemple
35:51à un moment
35:52je me demandais
35:52est-ce que
35:53est-ce que ce personnage
35:56est-ce qu'il peut apparaître
35:58à quel moment
35:58il doit apparaître
35:59dans un roman
36:00je me demandais
36:00etc
36:01il m'a dit
36:01mais au théâtre
36:03il n'y a pas de question
36:04quelqu'un qui est très jeune
36:06peut être joué
36:07par quelqu'un
36:07qui a 80 ans
36:09un mort
36:10se promène
36:11comme il veut
36:11sur la scène
36:13le théâtre
36:14est vraiment
36:14comme quand on est enfant
36:16le lieu
36:17où on peut
36:18représenter
36:18et s'imaginer
36:19les choses
36:19les plus contradictoires
36:21et donc tout ça
36:22vous passionne
36:22toutes ces activités
36:23vous passionnent
36:24en même temps
36:24bien sûr
36:25et après
36:25je suis allée en Argentine
36:27jouer la pièce
36:28qui s'appelait
36:29le palais de la reine
36:29et qui est l'histoire
36:30d'une femme
36:32qui ne croit pas
36:34en un gâteau des rois
36:35mais dedans
36:35il y a un petit cactus
36:37je revenais d'Arizona
36:38il faut dire
36:39et elle est liée
36:41d'une manière
36:42possessive
36:44et terrible
36:45à son fils
36:46qui est un fils aimant
36:48mais un brin débile
36:49que jouait
36:50Alfredo Arias
36:52c'est dire
36:52vos activités
36:53c'est le palais
36:53de la reine
36:54tout ça
36:55est très varié
36:56et ce qui est varié
36:57aussi
36:57ce sont les personnages
36:58qui sont dans ce livre
36:59qu'on va évoquer
37:00à travers la date
37:00du 6 mars 2026
37:02à tout de suite
37:03sur Sud Radio
37:03avec Chantal Thomas
37:05Sud Radio
37:06les clés d'une vie
37:07Jacques Pessis
37:08Sud Radio
37:09les clés d'une vie
37:09celle de mon invité
37:10Chantal Thomas
37:11on a évoqué
37:12on a évoqué
37:12votre long parcours
37:13le préfet féminin
37:14à l'académie française
37:15vos débuts
37:16à Arcachon
37:17vos études
37:17et puis
37:186 mars 2026
37:19un livre de plus
37:20un nouveau livre
37:21femmes sur fond azur
37:23alors ce sont
37:24six portraits
37:24de femmes célèbres
37:25ou oubliées
37:25qui ont des points communs
37:27c'est leur arrivée
37:28sur la côte d'azur
37:29pourquoi ce livre
37:30Chantal Thomas
37:31Alors le point de départ
37:32c'est une proposition
37:33du journal Le Monde
37:34qui avait une série d'été
37:35et qui m'a donné
37:36carte blanche
37:37c'était en 2024
37:38et j'ai pensé
37:39ces six femmes
37:41parce que j'étais moi-même
37:42à Nice
37:43à ce moment-là
37:43et que j'habite
37:44en rebord d'un parc
37:46qui appartenait
37:47à une très célèbre
37:48soprano
37:49de 1900
37:51de la belle époque
37:52donc à partir
37:53de ce parc
37:54d'elles
37:55d'autres personnages
37:58sont apparus
37:59comme se faisant
38:00signes les unes aux autres
38:01la reine Victoria
38:03une jeune ukrainienne
38:05Marie Bashkirsev
38:06une écrivaine
38:08néo-zélandaise
38:10Catherine Mansfield
38:11enfin Colette
38:12et ma mère
38:14Alors il se trouve
38:15que tous ces personnages
38:16sont en point commun
38:17c'est-à-dire que la Riviera
38:18a bouleversé leur destin
38:20Oui
38:20elles ont toutes
38:21un point commun
38:22d'arriver là
38:25après avoir perdu
38:28ou être dans
38:30dans un manque
38:32ou dans une souffrance
38:33je pense
38:34pour beaucoup
38:34c'était la tuberculose
38:35donc le soleil
38:38elles attendent du soleil
38:40quelque chose
38:40la guérison
38:42un allègement
38:44de la douleur
38:45ou tout simplement
38:46la révélation
38:47de la beauté
38:48des fleurs
38:50des parfums
38:50du bien-être aussi
38:52oui ce sont toutes
38:53des femmes
38:54du 19e siècle
38:55au départ
38:55toutes
38:56toutes
38:56sauf ma mère
38:59toutes sont nées
38:59au 19e siècle
39:00oui
39:01Colette comprise
39:02puisqu'elle est née
39:03en 1870
39:041873
39:05ce qui est quand même
39:07extraordinaire je trouve
39:07alors bien sûr
39:09vous décrivez
39:09comme vous décrivez
39:10chaque fois dans un livre
39:11le maximum de choses
39:12vous décrivez
39:14la promenade des Anglais
39:15qui n'a rien à voir
39:16avec celle d'aujourd'hui
39:17Chantal
39:17non mais toute la ville
39:18a été complètement
39:20métamorphosée
39:20mais la promenade des Anglais
39:22c'était d'abord
39:23un endroit où
39:25un endroit où habitaient
39:26les Anglais
39:27et ils se promenaient
39:28le matin
39:29là en robe de chambre
39:30ensemble
39:31mais plus tard
39:32dans la journée
39:32la promenade des Anglais
39:34s'animait
39:36et c'est une époque
39:37où il y a très peu
39:38de villas
39:39le long de l'eau
39:40chaque villa
39:41est un petit bijou
39:42et la légende raconte
39:44que ces Anglais
39:45ont été pris
39:46de sympathie
39:46pour les Niçois
39:47qui avaient eu
39:48un hiver rude
39:49et de mauvaise récolte
39:49et en 1820
39:50ils ont financé
39:52la construction
39:53de la promenade
39:53des Anglais
39:54en engageant
39:55des chômeurs
39:56pour réaliser les travaux
39:57c'est la légende
39:58ah bon
39:58c'est une légende sympathique
40:00alors il y avait aussi
40:01le port aujourd'hui
40:02dans le port de Nice
40:03par exemple
40:04il y a des yachts
40:05à l'époque
40:06c'était pas ça du tout
40:07ah bah non
40:07c'était un port
40:08de commerce
40:09et c'était un port
40:12où s'importait
40:13énormément
40:14le bois
40:15le charbon
40:16et
40:19où s'exportait
40:20en particulier
40:21l'huile
40:22d'olive
40:23alors j'en reviens
40:24à ces personnages
40:25car aussi
40:25elles ont tout
40:26un autre point commun
40:27qui est d'ailleurs
40:27un point commun
40:28avec vous
40:28c'est de tenir
40:29une sorte de journal intime
40:31alors oui
40:31presque toutes
40:32ça m'a frappée
40:33mais je pense que c'était
40:34très lié
40:37à une éducation
40:38répressive
40:39et le journal
40:42aussi bien pour
40:43la reine Victoria
40:44qui commence son journal
40:45à l'âge de 12 ou 13 ans
40:46que pour Catherine Masfield
40:48ou que Marie-Bashkircev
40:50elle le commence
40:50quasiment enfant
40:51à 12-13 ans
40:52et le journal
40:54est vraiment
40:54leur confident
40:55c'est là où
40:56elles se permettent
40:57d'exprimer
40:58leur désir
40:59leur déception
41:00et de
41:02oui de se retrouver
41:03elles-mêmes
41:04sans
41:06sans
41:08sans regard
41:09qui les juge
41:10un journal
41:11qui n'est plus intime
41:12puisqu'on a pu
41:13le lire ensuite
41:14oui mais alors
41:14à ce moment-là
41:15elles sont au-delà
41:16de ce souci
41:19alors il se trouve aussi
41:20que
41:21vous avez tenu
41:22et vous tenez régulièrement
41:23un journal intime
41:24je crois que sur des petits carnets
41:25oui alors
41:26pour moi le journal
41:27c'est
41:27par exemple
41:29Virginia Woolf aussi
41:31tenait un journal
41:31et elle précise bien
41:33que c'est un journal
41:33pas pour
41:35dire ce qu'elle n'avait
41:37pas le droit de dire
41:37mais comme une sorte
41:39d'exercice d'écriture
41:40comment on fait des gammes
41:41ça c'est intéressant aussi
41:42et moi je le tiens
41:44plutôt comme repère
41:45pour ma mémoire
41:46même je le tiens
41:47vraiment pour ça
41:48comment prendre des photographies
41:49il y a un top 10
41:50des journaux intimes
41:52les plus insolites
41:52et le numéro 1
41:54c'est celui-ci
41:55je suis une enfant
41:56et je ne veux pas grandir
41:57journal aide-moi
41:59c'est magnifique
42:00c'est très joli
42:01alors il se trouve aussi
42:03que votre livre
42:04Chantal Thomas
42:05c'est une façon
42:05de raconter
42:06l'histoire de la femme
42:08de son rapport au corps
42:09à ses aspirations
42:11oui j'ai
42:12j'ai aimé écrire
42:13d'abord pour le monde
42:15donc c'était
42:15très peu
42:16c'était une demi-page
42:17et je croyais
42:19que c'était terminé
42:19et puis je me suis aperçu
42:21que j'avais envie
42:21de continuer
42:22j'avais envie de continuer
42:23de marcher dans la ville
42:25en allant sur les lieux
42:28où elles avaient habité
42:29toutes
42:29par exemple
42:30l'hôtel Regina
42:32pour la reine Victoria
42:33ou bien
42:34la villa Isola Bella
42:36pour Catherine
42:37Minceville
42:38à Menton
42:38et en les lisant
42:41en les imaginant
42:42et en regardant des tableaux aussi
42:46il m'est apparu évident
42:48que ce qui se dénoue
42:49ce qui se délasse
42:50entre les premières arrivées
42:53sur la côte
42:54vers 1800
42:55et les femmes modernes
42:59les femmes non contemporaines
43:00c'est d'abord le corset
43:03et à partir de là
43:04toute une souplesse
43:07est rendue possible
43:08et avec la souplesse
43:10avec les mouvements
43:11la nudité
43:13puisque une grande partie
43:15des femmes
43:16dont je parle
43:16connaissent la côte d'Azur
43:17que l'hiver
43:18c'est le temps
43:19de l'hiver
43:20de la riviera
43:21pour les hivernants
43:22et c'est simplement
43:23vers 1920
43:241930
43:25que la riviera
43:27devient un lieu
43:28estival
43:29et si on songe maintenant
43:31entre des représentations
43:33des femmes
43:33sous la belle époque
43:34avec leur voilette
43:36leur chapeau
43:38leur ombrelle
43:40et une femme
43:41une jeune femme
43:43maintenant marchant
43:44sur la promenade des anglais
43:45on voit très bien
43:46l'incroyable
43:48des mesures
43:49de l'écart
43:51c'est formidable
43:52c'est
43:53au fur et à mesure
43:54des métamorphoses
43:55de notre corps
43:56d'autres personnalités
43:58apparaissent
43:58d'autres libertés
44:01et puis il y a le fait
44:02d'être une femme
44:02d'être une artiste
44:03pour une femme
44:04c'était mal vu
44:05à l'époque
44:06oui
44:07mais c'était aussi
44:09il y a des dates précises
44:10par exemple
44:11jusqu'en 1924
44:12une femme ne peut pas
44:14accéder à un baccalauréat
44:15égal pour un homme
44:16pour une femme
44:16il y a des choses
44:17quand Marie-Bashkircef
44:19veut devenir
44:22artiste peintre
44:23alors qu'elle était
44:24vraiment très très douée
44:25elle ne peut pas entrer
44:26à l'Académie des Mozarts
44:28elle entre
44:28à l'Académie Julian
44:30donc il y a
44:31il y a des repères
44:32précis
44:33des interdits
44:34précis
44:35alors vous évoquez
44:36donc effectivement
44:36Sophie Cruvelli
44:38qui a été une
44:39cantatrice célèbre
44:40c'était la classe
44:40de l'époque
44:41en quelque sorte
44:42totalement oubliée
44:43aujourd'hui
44:43mais qui a eu
44:44une carrière extraordinaire
44:45oui
44:45elle est oubliée
44:46en partie aussi
44:46parce qu'il n'y avait
44:47pas d'enregistrement
44:48oui
44:48donc c'est juste
44:49par les
44:51les journaux contemporains
44:52ou des mémoires
44:53de mélomanes
44:55qu'on la connaît
44:56mais elle est connue
44:57à Nice
44:58sous le nom
44:58de Vicomtesse Vigier
44:59puisqu'elle épouse
45:01à l'âge de 30 ans
45:02le Vicomte Vigier
45:03qui était richissime
45:04et qui va
45:06faire construire pour elle
45:07une villa
45:08qui s'appelait
45:09la Villa Vénitienne
45:10qui était construite
45:11sur le modèle
45:11de la Cade d'Oro
45:12de Vénise
45:13et c'est une sorte
45:15d'hommage
45:15à ses triomphes
45:16à la Fénice
45:17c'est pour vous dire aussi
45:19le luxe
45:21le luxe
45:22oui le luxe
45:23et je prends l'exemple
45:24de la reine Victoria
45:25quand elle arrivait
45:26à Nice
45:27d'abord il y avait
45:28un convoi invraisemblable
45:29et je crois
45:29qu'elle débarquait
45:30à l'hôtel
45:31avec 70 chambres
45:32pour ses domestiques
45:33exactement
45:34son entourage
45:35c'est fou
45:36ah oui
45:36mais elle venait
45:37avec son mobilier
45:40il y avait
45:41deux trains
45:42successifs
45:43qui amenaient
45:44tout
45:44de Londres
45:45et il y avait
45:46non seulement
45:46mais il y avait
45:47aussi ses chevaux
45:49elle venait
45:50pour quelque temps
45:50elle venait
45:51trois mois
45:52trois mois
45:53elle venait
45:53pour se soigner aussi
45:54pour prendre le soleil
45:56oui
45:58tout le monde
45:59venait
45:59avec l'idée
46:00que juste
46:01il faut aussi
46:02imaginer
46:02de quel enfer
46:03les gens
46:04s'extrayaient
46:05ce que représentait
46:06Londres
46:07à cette époque
46:08c'est-à-dire
46:08le smog
46:10les maladies
46:12pulmonaires
46:13l'absence
46:14de chauffage
46:18arriver sur la côte
46:19c'était beaucoup plus
46:20que maintenant
46:21une stupeur
46:22et puis
46:23il y avait aussi
46:24la haute société
46:25il y avait des fêtes
46:26qu'on ne peut pas
46:26imaginer aujourd'hui
46:27Chantal Thomas
46:28non
46:29alors
46:30c'est le phénomène
46:33de la belle époque
46:34qui est entre deux guerres
46:36et après quoi
46:37il y aura la césure
46:38définitive
46:39de la première guerre mondiale
46:42mais effectivement
46:44le luxe était total
46:45on ne mesurait pas
46:46les dépenses
46:47tout était possible
46:48bon
46:49c'est-à-dire
46:49tout était possible
46:50pour certains
46:51oui
46:51c'est-à-dire
46:52pour les personnes
46:53qui fréquentent
46:54la reine d'Angleterre
46:55ou Sophie Cruvelli
46:58ou Marie-Bashkircef
46:59tout est possible
47:00dans la mesure
47:01où ils ont une fortune
47:02qui n'a rien à voir
47:03avec la fortune moyenne
47:07de leurs contemporains
47:08et Colette
47:10justement
47:10Colette vous a marqué
47:11je crois d'abord
47:11parce que Claudine à l'école
47:13est un livre
47:13qui vous a beaucoup inspiré
47:15ah oui
47:16Claudine à l'école
47:17c'est vraiment mon livre
47:18et je l'ai lu
47:20au même âge
47:20que Claudine
47:22alors que j'allais
47:23toujours à l'école
47:25et
47:27elle m'a libérée
47:29elle m'a libérée
47:30de la fausse honte
47:33et aussi
47:34de cette idée
47:36que ce que je vivais
47:37n'était pas intéressant
47:39Claudine à l'école
47:40vous fait comprendre
47:41que l'espace
47:43dans lequel on vit
47:43enfant ou adolescente
47:45a son existence
47:47en soi
47:47et
47:48a sa valeur
47:49et que
47:50tout ce qui s'y passe
47:51tous les
47:52les fou rires
47:53les
47:54les
47:54le jeu
47:55entre les
47:56les filles
47:57tout ça
47:59vaut
47:59autant
48:00que le monde
48:01des adultes
48:02et moi j'ai toujours été
48:03du côté du monde
48:04que j'habite vraiment
48:05c'est à dire que j'étais
48:06vraiment du côté des enfants
48:07du côté de l'adolescence
48:09et que le monde
48:10des adultes
48:11je l'ai
48:11je le regardais
48:12de loin
48:13parce que
48:14bon
48:15j'en dépendais
48:16mais voilà
48:16et Colette
48:17effectivement
48:18s'est installée
48:19à Saint-Tropez
48:19à la Traille Muscat
48:20une maison à l'époque
48:21où c'était un petit port de pêche
48:23et ça a été vraiment
48:24l'un des grands bonheurs
48:25de sa longue vie
48:26oui
48:26elle a 55 ans
48:29je crois
48:29quand elle
48:29s'installe là
48:31elle a fait un parcours
48:34plein de
48:35hauts et de bas
48:36elle a été
48:37successivement mariée
48:38à cette espèce
48:39de chef d'entreprise
48:40littéraire
48:41qui était Willy
48:42ensuite
48:43de Jouvenel
48:45et
48:45elle va rencontrer
48:47son troisième mari
48:48Maurice Goudeké
48:49et
48:50en même temps
48:52que c'est son dernier amour
48:53c'est aussi
48:54la révélation du sud
48:55et elle dit
48:56il n'est de voyage
48:57que vers le sud
48:58et elle a
48:59la révélation
49:00d'un lieu parfait
49:01avec la Traille Muscat
49:03c'est à dire que
49:04le matin
49:04elle
49:05elle traîne
49:06elle va nager
49:07elle s'occupe du jardin
49:09après elle fait un très bon déjeuner
49:10parce qu'elle était extrêmement gastronome
49:13comme vous savez
49:13et elle se met à écrire
49:15vers le coup de deux heures
49:17deux trois heures
49:17et elle écrit
49:19ce livre magnifique
49:20qui est vraiment le début
49:22d'une nouvelle vie
49:23et d'une nouvelle femme
49:24qui est
49:25la naissance du jour
49:26et puis
49:27Jackie
49:28votre mère
49:29est présente
49:29dans ce livre
49:30pourquoi ?
49:31alors elle est présente
49:32disons à l'origine
49:34parce que
49:35il lui est arrivé
49:37à elle aussi
49:38et à elle d'abord
49:40après une rupture
49:43dans sa vie
49:45qui était
49:45la mort de mon père
49:47se retrouvant
49:48veuve jeune
49:50à 42 ans
49:51de décider
49:53de vivre ailleurs
49:54et différemment
49:55et donc elle s'installe
49:56à Menton d'abord
49:57et elle est métamorphosée
49:59par ce changement
50:00parce qu'il faut dire aussi
50:01que sa passion profonde
50:03c'était nager
50:04donc
50:05elle choisit
50:06je crois
50:06un lieu
50:07où on peut nager
50:07plus longtemps
50:08et c'est vrai
50:10que toutes ces femmes
50:10ont un point commun
50:11c'est-à-dire que
50:12la Riviera
50:12les a aidées
50:13non pas à survivre
50:14mais à vivre
50:15oui
50:16oui
50:18c'était
50:19plus facile
50:20et
50:21c'était aussi survivre
50:22pour
50:23je pense
50:24à cette écrivaine
50:25extraordinaire
50:28Catherine Mansfield
50:30c'était comme
50:31un délai
50:34face à la mort
50:35qui était accordé
50:38et ce livre
50:39finalement
50:39ça vous a replongé
50:41dans un midi
50:41que vous connaissez bien
50:42et dans un bain
50:44justement
50:44que vous connaissez
50:45parfaitement
50:45exactement
50:46et en l'écrivant
50:48j'ai eu l'impression
50:50c'est une manière
50:51de continuer
50:51un journal de nage
50:53mais
50:53dans l'histoire
50:54et
50:56dans les couleurs
50:58en tout cas
50:59ces pages
51:00justement
51:01écrites
51:01en hommage
51:02à la natation
51:02vous voudront
51:03j'espère
51:03de la part
51:04des lectrices
51:04et des lecteurs
51:05des vagues
51:06d'applaudissements
51:07ça s'appelle
51:08Femmes sur fond azur
51:09c'est chez Seuil
51:11c'est Chantal Thomas
51:12qui l'écrit
51:12il y aura d'autres livres
51:13vous n'allez pas en rester là
51:14oh bah non
51:15j'ai aucune raison
51:17d'en rester là
51:17exactement
51:18et bah continuez ainsi
51:19et vous serez toujours
51:20la bienvenue dans
51:21les clés d'une vie
51:21merci beaucoup
51:22merci les clés d'une vie
51:24c'est terminé pour aujourd'hui
51:25on se retrouve bientôt
51:26restez fidèles
51:27à l'écoute de Sud Radio
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