- il y a 3 mois
Les clefs d'une vie - Karine Silla
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##LES_CLEFS_D_UNE_VIE-2025-10-22##
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PersonnesTranscription
00:00Sud Radio, les clés d'une vie, Jacques Pessis.
00:03Les clés d'une vie, celle de mon invité.
00:05Vous rêviez de devenir danseuse étoile,
00:07vous en avez fait briller d'autres, celle du cinéma,
00:10qui vous a permis de créer votre petite famille du spectacle.
00:13Dans votre nouveau roman, 20 ans,
00:15vous plongez dans l'univers des prisons,
00:17sans pour autant perdre votre liberté de parole,
00:20bien au contraire.
00:21Bonjour Karine Silla.
00:22Bonjour.
00:23Alors ce roman 20 ans qui est publié aux éditions de l'Observatoire,
00:27on va en parler tout à l'heure,
00:28parce que c'est un roman passionnant et passionné,
00:30mais le principe des clés d'une vie,
00:31c'est de raconter votre parcours à travers des dates clés.
00:34Et la première que j'ai trouvée, c'est le 22 janvier 1988,
00:38c'est la sortie de votre premier long métrage,
00:40Sanguine, le premier film de Christian François.
00:43Et c'est vrai que Christian François a fait son chemin depuis,
00:45puisqu'il a tourné SœurTherese.com
00:48et Plus belle la vie pendant 10 ans.
00:50Vous vous souvenez de ce premier film ?
00:51Non, mon premier film c'est Jean Gallemot.
00:53Mais Sanguine était après ?
00:55Après.
00:55Donc du coup, voilà, c'est mon premier film.
00:58Et oui, en fait, je me souviens surtout de toutes les expériences humaines, en fait.
01:03Donc du coup, à partir du moment que je partage un moment de travail avec les gens,
01:08je m'en souviens.
01:09Vous aviez un petit rôle dans ce film,
01:11il y avait Mathieu Carrière, Clémentine Sellerier,
01:13c'était un tout petit rôle ?
01:14Oui, c'était un petit rôle.
01:15Mais bon, c'était un rôle.
01:17En même temps, le décor, c'était celui de la propriété d'un attaché culturel,
01:21je crois, au Portugal.
01:23Et finalement, ce monde des attachés culturels, de la culture,
01:26où des diplomates vous n'étaient pas inconnus,
01:28puisque votre père est devenu diplomate,
01:30après avoir été professeur de sociologie, je crois.
01:32Oui, voilà, il était professeur, docteur en sociologie.
01:35Et ensuite, il est rentré dans le monde de la diplomatie,
01:38après qu'on ait quitté le Canada,
01:39et en fait, au moment où on est parti au Burkina Faso.
01:42Oui, parce que vous avez beaucoup voyagé.
01:44Il se trouve qu'il a ensuite travaillé aux Nations Unies, je crois.
01:48Voilà, il a travaillé aux Nations Unies, je devais avoir 12 ans,
01:51donc il est allé au siège à New York.
01:53Donc on a quitté le Mali pour aller s'installer à New York.
01:55Et une histoire extraordinaire à New York,
01:57c'est que lorsque Khrouchev est venu et a frappé avec sa chaussure,
01:59c'est une histoire que tout le monde connaît,
02:01eh bien, le président de la séance avait un marteau.
02:04Il a tapé tellement fort qu'il a cassé ce marteau
02:06pour la première fois dans l'histoire des Nations Unies.
02:08C'est quand même une chose étonnante.
02:10C'était le rêve de mon père, d'ailleurs, que je sois aux Nations Unies
02:12et que je sois interprète, en fait,
02:16parce que j'avais vraiment cette facilité de passer comme ça
02:20de l'anglais au français et d'avoir une...
02:24Voilà, j'arrivais à anticiper très très bien
02:26les cycles de langage des gens.
02:28Donc il rêvait que je sois aux Nations Unies.
02:31Ça ne vous tentait pas, Karine Silla ?
02:32Non, mais tellement pas.
02:33En fait, le problème, c'est...
02:34Voilà, je crois que quand on est artiste, on est artiste.
02:36Exactement. Mais ces langues, vous les aviez apprises comme ça, instinctivement ?
02:40Non, en fait, j'ai grandi dans les deux.
02:42D'ailleurs, je parle anglais avec mes enfants,
02:44je parle anglais avec mes neveux-nières.
02:46L'anglais est vraiment une langue dominante chez nous.
02:48Alors, ce qui est étonnant, c'est que votre père, effectivement,
02:50vient de ce pays-là et votre mère est bretonne.
02:53Ça n'a rien à voir.
02:54Oui, mon père est sénégalais, ma mère est bretonne,
02:57mon père est sénégalais musulman,
02:59est noir et musulman,
03:00et ma mère est blanche, catholique et bretonne.
03:03Ils se sont rencontrés comment ?
03:04Donc j'ai forcément un destin qui ne s'occupe que de la réconciliation,
03:08l'obsession de la réconciliation.
03:10Et ils se sont rencontrés à Paris.
03:14Voilà, mon père avait entendu parler de ma mère
03:16comme étant la seule toubabe, la seule blanche
03:19qui pouvait manger un kilo de riz.
03:21C'est extraordinaire.
03:22Elle était kinésie, je crois.
03:24Elle était kinésitaire un peu, trop, oui.
03:25C'est extraordinaire.
03:26C'est totalement improbable comme rencontre.
03:28Ça pourrait être le sujet d'un film.
03:30Voilà.
03:31Et en fait, elle avait d'ailleurs...
03:32En fait, elle a rencontré mon père,
03:35mon premier père, en fait, mon père, mon père biologique,
03:38dans les années 50 au Club Saint-Germain,
03:40qui, en fait, dansait le bebop,
03:42était une des premières personnes à avoir introduit le bebop en France.
03:45Donc elle vient de toute époque,
03:47de Miles Davis, de tout ça,
03:49parce qu'elle était kiné, mais elle était danseuse aussi.
03:51Et elle était danseuse de bebop.
03:53D'où, d'ailleurs, votre envie de devenir un jour danseuse étoile, peut-être ?
03:56Je ne sais pas.
03:57Peut-être...
03:57Voilà, peut-être de l'idée de me rapprocher
04:01d'un père que je n'avais pas connu.
04:03Il se trouve aussi que le problème, à l'époque,
04:05c'était le métissage,
04:06qui n'était pas aussi courant qu'aujourd'hui, Karine Silla.
04:08Oui, en fait, le métissage,
04:12qui, pour moi, en tout cas,
04:14est la place au monde que je préfère,
04:17parce que je suis un être profondément non-violent,
04:22et profondément, justement,
04:24dans l'envie de réconciliation,
04:29ce dont je parlais tout à l'heure.
04:31Et donc, du coup, c'est merveilleux
04:32d'être la fille d'un homme noir et d'une femme blanche.
04:35Mais à l'époque, ce n'était pas aussi bien vu qu'aujourd'hui.
04:38Ce n'est pas aussi normal qu'aujourd'hui.
04:39Ce n'est jamais bien vu.
04:41Excusez-moi, mais le racisme n'a pas disparu.
04:44Rien ne disparaît.
04:45Donc, du coup, voilà,
04:46après, ma mère était cette petite blanche
04:49qui est arrivée au Sénégal après l'indépendance.
04:52Et, en fait, il y avait énormément de racisme
04:54de la part du milieu français
04:56qui ne l'acceptait pas.
04:58Donc, elle a toujours...
04:59Moi, j'ai, par exemple,
05:00on va au Sénégal tout le temps.
05:01J'ai des grosses attaches au Sénégal.
05:03Mes enfants sont tous baptisés là-bas.
05:04Et, en fait, tous mes amis d'enfance
05:07sont vraiment Sénégalais.
05:08Moi, je suis née à Dakar
05:09et je suis vraiment, voilà,
05:11très proche aussi de ma culture sénégalaise.
05:14Et il y a un point commun
05:15entre la rencontre de vos parents,
05:17une bretonne et un Sénégalais,
05:19et la femme de cet homme
05:21dont vous allez reconnaître la voix.
05:23...année après année,
05:26en confrontant la théorie...
05:29Léopold Senghor.
05:29Senghor.
05:30Senghor qui a épousé en seconde noce
05:32Colette une femme qui vivait en Normandie
05:34juste à côté de chez Yul Bruner.
05:36Donc, il a passé sa vie en Normandie
05:38et là, ça n'a pas posé de problème.
05:40Non.
05:40Et puis, Senghor, en fait,
05:42la seule chose qu'on lui a pardonné
05:44à un moment donné,
05:44quand il...
05:45parce qu'il a quand même fait des pactes
05:47qu'on paye encore aujourd'hui
05:48avec le général de Gaulle,
05:50mais il y a une chose, en fait,
05:51qu'on a pardonné à Senghor,
05:53c'est que c'était un véritable homme de culture
05:55qui était vraiment amoureux de la France
05:57par la culture.
06:00Et grâce à Senghor,
06:01il a quand même mis le socle de la démocratie
06:03grâce à la culture.
06:05C'est quelqu'un qui avait beaucoup investi
06:06sur l'architecture, la danse, la littérature,
06:09la poésie.
06:10Et donc, c'est un immense poète
06:12et homme de lettres.
06:14Et d'ailleurs, on lit aujourd'hui ses livres
06:16et ses poésies
06:17qui continuent à toucher un large public.
06:19Alors, vos jeunes années,
06:20c'est des voyages permanents.
06:21Le Tchad, le Gabon, le Mali, le Canada
06:24à cause de vos parents.
06:27Oui, voilà, on a quitté le Sénégal
06:29pour aller au Brésil.
06:30Avant, tout mon père a fait sa thèse.
06:32Mais c'est vrai, j'ai changé 13 fois d'école.
06:35On a beaucoup bougé.
06:36J'ai fait plusieurs systèmes scolaires.
06:40Ce n'est pas facile pour se faire des amis ?
06:42Ah ben si, au contraire,
06:43parce qu'on se rend compte
06:44qu'en fait, mon père m'a dit un jour
06:47quand je pleurais
06:48pour se quitter mes copines canadiennes
06:50pour aller au Burkina,
06:50mais tu vas voir, Karine,
06:51les gens sont partout pareils.
06:53Et en fait,
06:54donc du coup, d'abord,
06:55ça nous apprend,
06:57je pense,
06:57ça développe la faculté d'adaptation.
07:00Et la faculté d'adaptation,
07:02c'est pour moi l'intelligence
07:04qui est importante
07:05et une ouverture comme ça
07:08sur le monde.
07:09Et aussi, c'est l'écriture.
07:11C'est le début de l'écriture
07:12parce qu'on écrit des lettres.
07:14On n'est pas...
07:15À l'époque,
07:15on n'a pas les réseaux sociaux,
07:16on n'a pas les téléphones.
07:17Et donc, pour pouvoir garder
07:19des correspondances,
07:20on écrit.
07:21Et c'est à travers
07:22ces correspondances
07:23et ces manques
07:23que je deviens,
07:26que je développe,
07:26en tout cas,
07:27mon rapport à l'écriture.
07:28Et puis,
07:28un lieu très important
07:29dans vos jeunes années,
07:31c'est Fougères,
07:31pendant les vacances d'été,
07:33chez vos grands-parents.
07:34Voilà,
07:34chez mon grand-père
07:35qui était marchand de chaussures.
07:38Et voilà,
07:39c'est vrai,
07:39au tout début,
07:40je quitte le Sénégal
07:41sur le bateau.
07:42J'arrive à Marseille.
07:43Il vient nous chercher
07:44avec son camion
07:45et on descend en Bretagne.
07:46Donc,
07:46c'était des très très longs voyages.
07:48Et il y a ce grand-père
07:50fantasque,
07:51résistant pendant la guerre,
07:53sur son mur.
07:54Il y a la baïonnette
07:54avec laquelle il a tué l'Allemand.
07:56Et voilà.
07:57Et donc,
07:57il nous raconte
07:58toutes ces histoires
07:59de guerre
08:01qui rentrent aussi
08:02dans notre imaginaire.
08:04Et je me rends compte
08:04à quel point
08:05je suis la fille aussi
08:07d'une maman
08:09qui est à 12 ans
08:10à la fin de la guerre.
08:10Et donc,
08:11du coup,
08:11ça va déterminer aussi
08:12beaucoup
08:13tout ce que je fais,
08:15toutes mes œuvres,
08:16la place des femmes
08:17dans mes œuvres.
08:19D'ailleurs,
08:19à Fougère,
08:20il y a quelqu'un
08:20qui a été célèbre,
08:21c'est Juliette Drouet,
08:22la maîtresse de Victor Hugo
08:23pendant 50 ans
08:24qui est née à Fougère.
08:25Oui, c'est ça.
08:26Alors,
08:26il y a aussi vos fous rires
08:28parce que je crois
08:29qu'avec votre sœur
08:30et vos deux frères,
08:31ce qui vous caractérise
08:33de Karine Silas
08:33ce sont les fous rires
08:34et même des imitations.
08:36Oui,
08:36en fait,
08:37j'ai toujours
08:37en fait,
08:38j'ai toujours cet air
08:39un peu grave
08:39et un peu sérieux
08:40mais en fait,
08:42voilà,
08:42j'adore la comédie
08:43et je ne perds jamais
08:44le moment pour rire
08:45et je pense que,
08:46d'ailleurs,
08:47c'est une phrase,
08:48une des phrases
08:48dans mon roman,
08:49on pardonne beaucoup trop
08:50aux gens qui nous font rire.
08:51Oui.
08:53La lecture est importante
08:54aussi dans vos jeunes années,
08:55vous avez beaucoup lu.
08:56Ah,
08:57pas seulement dans mes jeunes années,
08:58je suis obsédée
08:59de la lecture,
09:00j'écris même,
09:01je lis même en marchant,
09:03je lis tous les jours,
09:04c'est pressé vraiment,
09:05c'est ma religion,
09:06ma passion,
09:07c'est vraiment la vie,
09:10je la vois,
09:11je la vis à travers aussi
09:12la lecture.
09:13Vous utilisez absolument
09:14tout du classique
09:15au contemporain,
09:16tout ce qui vous tombe
09:17sous les yeux.
09:17Voilà,
09:17et puis beaucoup aussi
09:19les auteurs étrangers,
09:21les japonais,
09:22les russes,
09:23les danois,
09:24la littérature américaine,
09:26anglaise, française,
09:26vraiment,
09:27en plus j'ai appris vraiment
09:28à perfectionner mon français
09:30à travers les livres
09:31parce que vraiment,
09:32à la base,
09:33je suis vraiment très anglophone.
09:34Oui,
09:35et en même temps,
09:35j'en reviens à ce côté
09:36danseuse étoile,
09:37vous auriez rêvé
09:38d'être une danseuse étoile,
09:39mais il y a eu un accident
09:40qui a tout fichu en l'air.
09:42Oui,
09:42voilà,
09:42j'ai eu un accident au genou
09:43qui est venu interrompre
09:45mon rêve,
09:48en tout cas,
09:48de danse
09:49que j'ai gardé très fort
09:50parce que je continue
09:51beaucoup à aller voir
09:52les spectacles,
09:52j'ai eu notamment
09:53ce magnifique spectacle
09:54à l'Opéra de Paris
09:54qui s'appellerait
09:55de carpet
09:55par un chorégraphe israélien
09:57magnifique
09:58et même quand je mets en scène,
10:00j'ai vraiment plutôt
10:01eu des idées
10:03de chorégraphe.
10:05Il se trouve aussi
10:06que vous partez à New York
10:07où vous allez devenir mannequin
10:08pour gagner votre vie
10:09sans imaginer
10:10que ça peut déboucher
10:11sur autre chose,
10:12Karine Silla.
10:13En fait,
10:14être mannequin,
10:14c'est un coup du destin.
10:15C'est vraiment,
10:16je descends du Minsk of Theater
10:17et je venais d'apprendre
10:19que je m'étais vraiment
10:21très mal aux genoux
10:22et je descends les escaliers
10:22et je tombe sur Stephen Meisel,
10:24grand photographe de mode,
10:26toujours actuel d'ailleurs,
10:28et en fait,
10:29qui me demande
10:30si je suis mannequin
10:31et donc du coup,
10:32en fait,
10:32je suis devenue mannequin
10:33comme ça,
10:34grâce à lui
10:35qui m'a envoyé
10:35au Vogue Américain
10:36la semaine d'après
10:38et donc vraiment,
10:39c'est pas du tout un choix,
10:40c'était vraiment
10:41comme ça,
10:42c'est arrivé comme ça.
10:43Mais le destin
10:44a été quand même
10:44très sympa
10:45avec tout ça.
10:46Il y a eu les metteurs en scène
10:47qui vous ont repéré aussi
10:48d'ailleurs grâce
10:49à ce mannequinat.
10:50Oui,
10:51voilà,
10:52en fait,
10:52c'est comme ça
10:52que je fais mon premier film
10:53que je fais Jean Galmo.
10:54En fait,
10:55j'étais partie,
10:56c'est un directeur de casting
10:57de mode
10:58qui m'avait envoyé là
10:59et puis le cinéma
11:00me correspondait plus
11:01parce que j'avais
11:02ce rapport au texte
11:04et voilà.
11:06Jean Galmo,
11:07justement,
11:07on va reparler
11:08dans quelques instants
11:09à travers une date,
11:10le 26 décembre 1997.
11:13A tout de suite
11:14sur Sud Radio
11:14avec Karine Silla.
11:16Sud Radio,
11:17les clés d'une vie,
11:18Jacques Pessis.
11:18Sud Radio,
11:19les clés d'une vie,
11:20mon invité Karine Silla,
11:22nous parlerons tout à l'heure
11:23de ce nouveau roman
11:2420 ans aux éditions
11:26de l'Observatoire.
11:27On en revient
11:27avec votre parcours,
11:28vos jeunes années au Sénégal
11:30et dans divers pays.
11:31Et puis,
11:32j'ai repéré
11:32le 26 décembre 1997,
11:35la première télévision
11:36en France
11:37où vous êtes archivée
11:38à l'INA.
11:39C'est un reportage
11:40à l'Institut du Monde Arabe
11:41à l'occasion justement
11:42de la sortie
11:42de Jean Galmo Aventurier.
11:44Oui.
11:44Et vous vous souvenez
11:45de ce reportage ?
11:46Non,
11:47je ne me souviens pas
11:47du reportage.
11:49Je me souviens bien
11:49du film,
11:50bien évidemment,
11:51qui était une expérience
11:52en Guyane,
11:53comme ça,
11:54où j'étais allée
11:54même en avance,
11:56où j'avais fait
11:57une expérience
11:57où je suis restée
11:58un mois
11:58sur un placard
11:59avec les chercheurs d'or.
12:01Comment ça s'est passé ?
12:02Comment vous avez été engagée ?
12:03C'est un casting ?
12:04En fait,
12:05oui,
12:05je suis tombée
12:06sur une directrice
12:06de casting,
12:07en fait,
12:07qui m'a vue,
12:08qui était une directrice
12:09de casting de mode
12:10et qui a parlé de moi,
12:11une directrice de casting
12:12du cinéma.
12:13Et Jean Gallemot,
12:14à l'époque,
12:15était un personnage
12:15incroyable,
12:16qui a eu un destin incroyable,
12:17mais totalement méconnu en France.
12:18Vous ne le connaissiez même pas.
12:20Oui,
12:20non,
12:20je ne connaissais pas.
12:21En fait,
12:21je crois qu'il a été
12:23homme d'affaires,
12:24député en Guyane,
12:25et il a été un des premiers soutiens
12:26du capitaine Dreyfus,
12:28et lui aussi a été victime
12:29d'une erreur judiciaire.
12:30Il s'est retrouvé en prison,
12:31on parlera de votre livre
12:33tout à l'heure,
12:33à cause d'une quantité
12:34de roms
12:35tout à fait suspectes,
12:36vous voyez ?
12:36Oui,
12:37en fait,
12:37oui.
12:37Et c'est vrai que
12:39dans ce reportage,
12:40on vous voit
12:40faire du jogging,
12:42car vous êtes aussi
12:43une passionnée de sport.
12:44En fait,
12:45c'est parce que
12:46je suis une insomniaque,
12:48et donc du coup,
12:48je dois toujours,
12:50puis en fait,
12:50l'idée de faire
12:52quelque chose
12:52avec mon corps
12:53les soulage
12:54et libère l'esprit,
12:55parce que j'ai en fait,
12:57je suis une penseuse
12:58obsessionnelle,
12:59donc du coup,
12:59ça me permet
13:00d'arrêter la machine.
13:02Et ce film en Guyane,
13:03c'est une expérience
13:04que vous n'avez pas oubliée ?
13:06Non,
13:06c'est une expérience
13:06que je n'ai pas oubliée,
13:08déjà pour les voyages,
13:10c'est la première fois
13:11que je découvrais
13:11les forêts amazoniennes,
13:13et puis j'ai une très belle relation
13:16avec Christophe Malavoie,
13:17et puis la jeune actrice
13:19dans le film aussi,
13:21Belinda,
13:21avec qui on est toujours
13:22amis aujourd'hui.
13:23Et puis,
13:24vous évoquez dans ce reportage
13:25« Jamais seule avec toi »,
13:26qui est un court-métrage
13:27un peu méconnu
13:29de Valérie Blier.
13:30Oui,
13:30voilà,
13:30que j'ai dû tourner
13:31en 1996,
13:33quelque chose comme ça,
13:34or que Galmo
13:35date de 88,
13:37c'est ça ?
13:37C'est ça, oui.
13:38Voilà.
13:38Donc du coup,
13:40oui,
13:40voilà,
13:40que j'ai fait
13:41avec Didier Bénurot,
13:44à l'époque,
13:44qui était l'acteur
13:45avec qui je partageais
13:46l'affiche.
13:47Oui,
13:47qui était au départ,
13:48qui a démarré
13:48dans le théâtre de Bouvard,
13:49qui a ensuite travaillé
13:50avec Muriel Robin
13:51avec une pièce
13:52« Maman,
13:53ou donne-moi ton linge
13:54où je fais une machine »,
13:55c'était aussi,
13:55c'est un personnage
13:56très particulier aussi.
13:57Oui,
13:57très particulier,
14:00et puis drôle.
14:01voilà,
14:03et puis j'étais très contente,
14:04voilà,
14:04j'aime bien,
14:05moi j'adore faire
14:06les courts-métrages,
14:06j'adore faire
14:08les premiers films
14:09et travailler avec
14:10vraiment les débuts
14:12et les prémices
14:12d'une réalisatrice
14:13ou d'un réalisateur.
14:15Et effectivement,
14:16vous avez beaucoup,
14:16beaucoup travaillé
14:17avec des jeunes réalisateurs,
14:19c'est une volontaire
14:20ou c'est le destin ?
14:22J'adore les jeunes,
14:23j'ai une passion
14:23pour la jeunesse.
14:25Et à les Etats-Unis,
14:26vous auriez pu rester
14:27aux Etats-Unis
14:28pour revenir en France ?
14:30Écoutez,
14:30j'en ai toujours
14:31plus depuis quelques mois,
14:34mais en fait,
14:35ma fille habite New York,
14:37mes enfants y sont beaucoup,
14:38j'ai des amis d'enfance là-bas,
14:40des amis que j'ai toujours gardés
14:42et qui ont des amis très proches.
14:44Je n'ai pas fait ma vie
14:45aux Etats-Unis
14:46parce que,
14:46voilà,
14:47j'ai eu,
14:48en fait,
14:48quand j'ai rencontré
14:49le père de ma fille,
14:50il était à New York
14:51et donc j'étais à New York,
14:53j'habitais toujours à New York
14:54et en fait,
14:55comme j'ai eu une fille
14:56et son père était française,
14:57je suis restée française
14:58en France
14:59pour qu'elle puisse être
15:01à côté de son père.
15:02Oui,
15:02mais vous auriez pu faire
15:03une carrière aux Etats-Unis
15:04comme comédienne
15:05ou autre chose ?
15:07Carrière,
15:08je ne sais pas
15:08parce que j'ai du mal,
15:10moi je ne suis pas du tout
15:10quelqu'un d'une carriériste,
15:12je suis quelqu'un,
15:12c'est le destin,
15:13moi je suis toujours là
15:15où le destin m'entraîne.
15:16Alors il se trouve aussi
15:18que ça...
15:19C'est pas fini,
15:19là je viens d'écrire
15:21d'ailleurs mon premier film
15:23en anglais
15:24qui va sortir
15:24le 26 novembre
15:26qui s'appelle
15:26Hell in Paradise
15:28qui est basé
15:28sur un fait
15:29un fait divers
15:31d'une jeune fille
15:33qui se retrouve
15:34comme ça
15:34piégée
15:35dans un pays
15:37pour avoir
15:37par erreur judiciaire
15:39et qui va...
15:41Voilà,
15:41c'est un midnight express
15:42un peu pour une femme.
15:43C'est un gros travail
15:44ça aussi
15:45d'écriture
15:45et de réalisation ?
15:46Non,
15:46je ne l'ai pas réalisé,
15:47je l'ai écrit.
15:48Celle qui l'a réalisé
15:49c'est Leïla Sy
15:50qui a fait
15:50Les banlieusards.
15:52Alors ça effectivement
15:52c'est votre vie
15:53au cinéma
15:54mais il y a aussi
15:55la télévision
15:56avec ce feuilleton.
16:02Les cordiers
16:03jugés flics,
16:04ça a marqué
16:04votre carrière ça
16:05Karine Silla ?
16:06Je pense à Pierre Mondi,
16:08je pense à Charlotte
16:08Ballandré.
16:10Voilà,
16:11en fait c'est
16:11des longues années
16:12avec des personnes,
16:14il y a Bruno Madinier
16:14aussi mais là voilà
16:15j'ai une pensée
16:17pour ceux
16:17qui ont traversé
16:18la frontière
16:19mais c'est vrai
16:20que c'était vraiment
16:21une équipe formidable,
16:22c'était des acteurs
16:23et des copartenaires
16:25formidables.
16:26Et il se trouve
16:27que vous étiez
16:27je crois la greffière
16:28de Pierre Mondi
16:29donc...
16:30Non,
16:30de Bruno Madinier.
16:31De Bruno Madinier
16:31mais comment vous êtes
16:33arrivée là-dedans ?
16:33C'est un casting aussi ?
16:35C'est un casting
16:36en fait aussi
16:37et voilà,
16:39c'est un casting.
16:40Ça a duré 5 ans
16:41quand même ?
16:42Un peu plus je crois.
16:435 saisons,
16:44oui.
16:44Mais vous avez eu envie
16:46de partir un jour ?
16:48Écoutez,
16:49non mais j'étais partie
16:50sur d'autres aventures
16:51et puis voilà,
16:53et puis à un moment donné
16:54je voulais que le rôle
16:55évolue un peu plus.
16:58Voilà,
16:58donc j'avais autre chose,
16:59je suis partie
17:00sur d'autres choses,
17:01sur du cinéma.
17:02Je crois que vous étiez
17:03arrivée dès le pilote
17:04de la série.
17:05Oui,
17:05j'étais là depuis le pilote.
17:06Et vous ne pensiez
17:07que ça durerait 5 ans ?
17:08Non.
17:09Jamais.
17:11C'est quand même
17:11quelque chose
17:12de très particulier
17:12qui vous a rendu
17:13très populaire
17:13parce que c'était
17:14très suivi à la télévision.
17:16C'est vrai,
17:16on m'arrête toujours
17:17dans la rue.
17:18Encore ?
17:18Oui.
17:19Ah, Amélie, Amélie, Amélie.
17:20Et vous connaissiez
17:21ce monde des juges
17:22ou pour vous mettre
17:23dans le rôle
17:24d'une greffière,
17:25vous avez travaillé ?
17:26Oui, après moi
17:27je suis un peu
17:27une obsessionnelle
17:28et puis j'ai toujours été
17:29assez passionnée
17:32par les procès,
17:33par tout ce qui est juridique.
17:35Je pense que
17:35dans un de mes fantasmes
17:37j'aurais aimé
17:37aussi,
17:38j'aurais pu être avocate.
17:40D'ailleurs deux fois
17:40j'ai eu affaire à la justice
17:41et je me suis défendue
17:42toute seule.
17:42J'étais trop contente
17:43de pouvoir faire un dossier,
17:45de pouvoir plaider.
17:46J'étais trop contente.
17:47Il faut encore connaître
17:48la façon de faire un dossier.
17:49Ah oui, mais bon.
17:50Vous débrouillez.
17:51Ce n'était pas des dossiers
17:51très compliqués
17:52donc je m'en suis sortie
17:53très bien.
17:54Et Pierre Mondi,
17:55vous en conservez
17:55bien sûr un souvenir heureux.
17:57Quel homme gentil,
17:57quel professionnel.
17:58Pierre Mondi ?
17:59Oui.
17:59Ah oui, c'est un homme délicieux,
18:04respectueux.
18:05Et qui savait tout faire.
18:07Aussi bien jouer
18:08que mettre en scène.
18:09Et passionné de jazz,
18:10il a eu la plus grande collection
18:12de disques de jazz en France.
18:13Je ne sais pas si vous l'avez vu
18:14un jour chez lui.
18:15Non, mais je me souvenais
18:16qu'il était passionné de jazz.
18:18Et puis,
18:19il a un point commun avec vous
18:21parce qu'il a tourné
18:22dans un feuilleton
18:22que vous auriez pu tourner
18:24en un temps.
18:32Karine Silla, je suis sûr
18:32que ce feuilleton n'oublie rien.
18:33C'est l'âge heureux.
18:35L'âge heureux,
18:36c'est en 1966,
18:37un feuilleton qui a donné
18:38à des millions de filles
18:40l'envie d'être dans ses étoiles.
18:41Ah bon ?
18:42Et Pierre Mondi
18:42était le directeur de l'opéra
18:44à l'époque.
18:45Et Delphine Desieux,
18:46une jeune comédienne,
18:47était un petit rat de l'opéra
18:49qui montait sur le poids de l'opéra
18:50ce qui était interdit.
18:51Et ce feuilleton a été
18:52le plus grand succès,
18:53c'était Odèle Joyeux
18:54qui l'avait écrit,
18:55de l'histoire de la télévision
18:56des années 60.
18:57Ah bon ?
18:57Et c'est une dans ses étoiles.
18:58Et c'est vrai que l'opéra
19:00vous a tenté ?
19:02Non, c'est pas l'opéra
19:03qui m'a tenté
19:03parce que j'étais aux Etats-Unis.
19:05Moi, en fait,
19:05je suis arrivée vraiment,
19:06j'ai commencé à vivre en France,
19:07j'avais 23 ans.
19:08Donc vraiment,
19:09moi, ce qui me tentait,
19:10c'était vraiment
19:11de rentrer chez Alvin Eli.
19:13La compagnie américaine.
19:15Oui, qui était
19:16la plus grande compagnie
19:17d'Américaines.
19:18Voilà.
19:18Et j'ai reçu une...
19:19Et d'ailleurs,
19:20j'avais fait des stages pour eux,
19:21j'avais une bourse à l'école.
19:22Donc vraiment,
19:23c'était vraiment l'idée,
19:24c'était de rentrer dans la compagnie.
19:25Vous le regrettez encore aujourd'hui ?
19:27Non, parce que je ne suis pas
19:29une personne qui a des regrets,
19:30en fait.
19:31Je vais toujours au bout
19:32de ce que je peux faire,
19:33en fait.
19:34Voilà.
19:34Et puis des fois,
19:35je suis assez...
19:38Je ne suis pas fataliste,
19:41mais moi, je suis vraiment...
19:43J'ai énormément de force
19:44pour me battre
19:45pour les choses
19:46que je peux changer.
19:48Mais quand les choses,
19:49elles sont inchangeables,
19:50j'ai une grande sagesse
19:51pour les accepter.
19:52Mais il faut se remettre
19:53en question en permanence ?
19:56Non, ce n'est pas
19:57se remettre en question.
19:59C'est...
20:00Voilà, on est comme ça
20:01sur un bateau,
20:02puis un phare dans la nuit,
20:03puis on le redirige,
20:04on redirige le bateau.
20:05Mais après,
20:06l'idée qui m'obsède,
20:08c'est de raconter des histoires.
20:09Je les ai toujours racontées.
20:11Il se trouve qu'à travers la danse,
20:12on les raconte avec le corps.
20:13C'est l'idée de la compagnie aussi.
20:15C'est l'idée de la scène.
20:19Voilà.
20:19Donc je reste quand même
20:20dans quelque chose
20:21qui est dans une narration.
20:23Puis j'emmène la danse
20:24dans ce que je fabrique.
20:25Par exemple,
20:25le dernier documentaire
20:27que j'ai réalisé,
20:28j'ai filmé
20:30beaucoup de danse.
20:32C'est vraiment au moment
20:32du défilé de mode
20:34de Chanel à Dakar.
20:36Voilà.
20:36Et le défilé de mode,
20:37d'ailleurs,
20:37je crois que Chanel,
20:39une de vos filles,
20:40a défilé aussi
20:41et que ça a été
20:42une grande surprise pour vous
20:43et un grand bonheur.
20:44Non, ça n'a pas été
20:44une surprise
20:45parce que ma fille
20:46était en contrat avec Chanel.
20:47Oui.
20:47Et donc du coup,
20:49ce qui a été merveilleux,
20:50c'est de savoir
20:50qu'elle défilait à Dakar.
20:52Donc c'était le défilé
20:53de Dakar surtout
20:54qui a été vraiment
20:56d'abord une grande réussite.
20:59Et voilà,
20:59j'étais ravie.
21:00Et symboliquement,
21:00familialement,
21:01c'était important pour vous ?
21:02Symboliquement,
21:03en tout cas,
21:04ça faisait plaisir.
21:05On a toujours
21:05la bonne occasion
21:06de réunir toute la famille
21:07à Dakar
21:07et d'avoir nos amis,
21:09notre famille sur place.
21:11Alors ça,
21:12effectivement,
21:13la famille,
21:14c'est important
21:14et on va justement
21:15en reparler
21:16à travers la date
21:17du 1er juin 2011.
21:18A tout de suite
21:19sur Sud Radio
21:19avec Karine Silla.
21:21Sud Radio,
21:22les clés d'une vie,
21:23Jacques Pessis.
21:24Sud Radio,
21:25les clés d'une vie,
21:26mon invité Karine Silla.
21:27Nous parlons tout à l'heure
21:28de ce roman étonnant
21:29et passionnant
21:3020 ans aux éditions
21:31de l'Observatoire,
21:32votre cinquième roman.
21:34On a évoqué
21:34votre parcours
21:35et vos débuts.
21:36Et puis,
21:36j'ai trouvé
21:36une date importante.
21:38Le 1er juin 2011
21:40sort un film de famille.
21:42C'est toute cette vie
21:42que tu construis
21:43autour de moi.
21:43On dirait des murs de prison.
21:46Je pense que j'ai bassiné
21:47mes parents
21:47pour monter à Paris.
21:48Je vis dans un monde
21:49plus petit que la vie.
21:50Un baiser papillon.
21:51Et ça,
21:51c'est un film
21:52qui a marqué
21:53votre carrière
21:53et votre vie.
21:54C'est la voix
21:54de Cécile de France.
21:55Exactement.
21:56Et c'est vrai
21:57que ce film,
21:59pour vous,
22:00vous êtes battu
22:00pour que ce film existe ?
22:02Moi,
22:02j'ai l'impression
22:03que tout ce que je fais
22:03dans ma vie
22:04est une bataille.
22:05En fait,
22:05c'est vrai.
22:06Il y a vraiment
22:06des gens
22:07qui ont un parcours
22:08où, je ne sais pas,
22:09ils racontent leur vie,
22:10ils marchent dans la rue
22:10et puis il leur arrive
22:11des choses,
22:11ils font un truc
22:12et tout d'un coup,
22:13alors que moi,
22:14franchement,
22:14la vie est une bataille
22:16mais je les gagne souvent.
22:18Et donc,
22:19du coup,
22:19j'aime me batailler.
22:22Et donc,
22:22du coup,
22:23oui,
22:23ce film,
22:24ça a été vraiment
22:25comme celui
22:26que je réalise
22:27en ce moment.
22:29À chaque fois,
22:30je suis seule
22:30dans le bateau
22:31et j'ai l'impression
22:32d'être,
22:34je ne sais pas,
22:35une mythomane
22:36qui fait avancer
22:37des projets
22:37qui n'existent pas encore
22:39mais à force
22:39de les manifester,
22:40ça se passe.
22:41Il faut se battre
22:42pour ça.
22:42Il faut se battre.
22:43Et le baiser papillon,
22:44je crois,
22:44Karine Silak,
22:45c'est un baiser
22:46qu'on donne aux enfants
22:48sur la joue
22:49comme un pillon.
22:51Voilà,
22:52avec les cils.
22:53Et c'est aussi
22:54le papillon
22:56qui butine,
22:56qui passe d'une vie
22:57à l'autre.
22:58C'est aussi un symbole.
22:59Voilà,
22:59et puis la vie éphémère
23:00avec la vie qui passe
23:02comme c'est
23:02l'histoire
23:04d'une maman
23:04qui va quitter
23:06cette terre
23:07parce qu'elle a
23:08un cancer
23:09et qu'elle a
23:09deux petites filles
23:10à qui,
23:12voilà,
23:12c'est la séparation
23:13en fait
23:14des gens qui s'aiment.
23:15Et une infirmière
23:17va la soutenir
23:17et une autre femme aussi.
23:19Mais alors,
23:20comment est venue
23:20l'idée de ce film ?
23:21Pourquoi ce film
23:22au départ ?
23:23Parce qu'il a marqué aussi ?
23:24En fait,
23:25ça prend toujours
23:25racine
23:26dans quelque chose
23:27que j'ai vécu.
23:30Et donc,
23:30du coup,
23:31j'ai une amie
23:32très proche
23:33qui était comme
23:34une figure maternelle
23:35qui est morte
23:36un peu avant
23:37ses 50 ans
23:38d'un cancer.
23:40Et en fait,
23:41c'est parti vraiment,
23:42le point de départ
23:43est parti de là.
23:44Et puis,
23:45les personnages
23:46sont venus
23:47à un moment donné
23:47se greffer
23:48sur cette histoire centrale.
23:50en plus,
23:52réaliser un film
23:52après l'avoir écrit,
23:54c'était la première fois,
23:55ce n'est pas évident aussi.
23:56C'est un nouveau combat.
23:57Oui,
23:58mais en fait,
23:59moi,
24:00je parlais de danse
24:01tout à l'heure
24:02et en fait,
24:03la mise en scène
24:03ressemble aussi
24:04à la chorégraphie.
24:06Et voilà,
24:07et puis j'avais,
24:08j'adore les gens,
24:09j'adore les humains,
24:11j'ai fait beaucoup
24:12d'ateliers,
24:13beaucoup de programmes
24:16de réinsertion
24:17dans les prisons
24:18et donc du coup,
24:19dès que je suis confrontée
24:20aux humains
24:21et puis aussi
24:22diriger les acteurs,
24:24c'est quelque chose
24:25qui me passionne
24:26et qui me fascine.
24:27C'est vraiment ça,
24:27je rentre par la mise en scène,
24:29vraiment par le biais
24:30de la chorégraphie
24:31et par le biais
24:32du travail
24:33avec les acteurs.
24:34Moins par la technique,
24:35moins par tout ça.
24:37Oui,
24:37en même temps,
24:38vous avez observé
24:39mais vous n'avez jamais
24:40véritablement appris
24:40la mise en scène.
24:43Oui,
24:43voilà,
24:44j'ai appris la chorégraphie.
24:45Donc du coup,
24:46c'est quelque chose
24:46de similaire
24:47après les objectifs.
24:50Après,
24:51je suis une obsessionnelle
24:52de cinéma.
24:53J'ai vu,
24:54je crois que j'ai une grande,
24:55quand même,
24:55une bonne culture
24:56cinématographique.
24:58Je continue à aller au cinéma
24:59trois,
24:59quatre fois par semaine.
25:01Je suis passionnée.
25:04De toute façon,
25:04je suis une autodidacte.
25:06Je n'ai pas fait non plus
25:07d'école de lettres
25:08et j'ai appris à écrire
25:11à travers la littérature.
25:12Oui,
25:13en lisant beaucoup.
25:14Si j'étais une musicienne,
25:15je ferais du jazz
25:16plutôt que les conservatoires.
25:18Au palier de danse,
25:18justement,
25:19je crois que vous avez
25:19tourné une scène
25:20à l'opéra,
25:21ce qui ne semblait pas
25:21possible au départ.
25:23Oui,
25:23en fait,
25:23j'ai tourné une scène,
25:24non,
25:24pas à l'opéra,
25:25mais à l'école de danse
25:26de l'opéra.
25:27Et en fait,
25:27c'est vrai qu'au début,
25:28nous ont dit,
25:29non,
25:29on ne peut pas tourner
25:30une fiction.
25:31Et puis moi,
25:31c'était impossible
25:32que ça ne se passe pas.
25:33Donc,
25:34j'ai pris mon RER,
25:35je suis allée
25:35aux portes ouvertes
25:36et j'ai rencontré
25:37Brigitte Lefebvre
25:38et je pense qu'elle m'a regardée,
25:39elle m'a dit,
25:40je pense qu'elle a senti
25:42que c'était crucial
25:44et important
25:45que je puisse tourner là
25:46et donc,
25:47elle m'a donné
25:47la permission
25:47de le faire.
25:48Il faut une drôle
25:49de force de persuasion,
25:50Karine Silla ?
25:51Je suis très persuasive.
25:52Vraiment,
25:52parce que,
25:53en fait,
25:53ce que je fais
25:54quand je débute une oeuvre,
25:56ça devient vraiment
25:57une question de vie
25:57ou de mort.
26:00C'est impossible.
26:01La preuve,
26:02ce film était au départ
26:03très difficile
26:04à monter financièrement.
26:05On ne voulait pas
26:06des comédiennes
26:07que vous proposez
26:07et vous vous êtes battue.
26:10Oui,
26:11non,
26:12vraiment,
26:12c'est pas...
26:13En fait,
26:13je me suis battue
26:14parce que c'était...
26:15Voilà,
26:15c'était...
26:16Mais bon,
26:17c'est bien de se battre
26:18pour ces projets.
26:19Oui.
26:19Là,
26:19le film que je...
26:20Voilà,
26:20c'est comme le film
26:21que je vais faire.
26:22En fait,
26:22c'est que ça devient
26:23tellement vital
26:24que la force vitale
26:26du film
26:26nous aide à faire le film,
26:28nous aide à faire le projet.
26:29Et puis,
26:29vous savez,
26:29ce que vous voulez,
26:30vous vouliez telle comédienne,
26:31vous vouliez Cécile de France
26:32et quelques autres,
26:33il n'était pas question
26:34de changer d'avis.
26:37Mais on ne m'a pas donné de...
26:39On ne m'a pas empêché
26:40de prendre mes comédiennes.
26:41Donc,
26:41je ne sais pas d'où ça.
26:42Vous savez,
26:42il y a beaucoup de légendes,
26:43des légendes urbaines.
26:44Oui.
26:45Mais ça,
26:46c'est peut-être ça.
26:46Peut-être que tu fais partie
26:47de la légende,
26:48mais non.
26:48Les légendes permettent aussi
26:50de connaître autrement
26:51les personnages.
26:51Alors,
26:52je sais aussi
26:52que c'était entre drame et comédie.
26:54Vous avez pensé
26:55chaque phrase du dialogue.
26:56Ça a été un gros,
26:57gros travail.
26:59Oui.
27:00Après,
27:01oui,
27:01je pensais...
27:02En fait,
27:03voilà,
27:03après tout ce que je fais,
27:04moi,
27:05je suis une travailleuse.
27:06Donc,
27:07voilà,
27:08je travaillais.
27:09Oui,
27:10mais ce n'est pas si simple
27:11de peser chaque phrase
27:12d'un dialogue
27:12quand on a écrit un scénario.
27:15Tout peut basculer.
27:16Oui,
27:16mais en même temps,
27:17je discute beaucoup
27:19après en répétition
27:20avec mes comédiens.
27:21Et donc,
27:22c'est une fois
27:22qu'on essaye
27:23de plus ou moins posée.
27:24Mais je ne suis pas
27:26psychorigide
27:26du dialogue non plus.
27:29Et puis,
27:29je sais aussi
27:30que vous avez été
27:31influencée dans ce scénario
27:32par Médecins du Monde
27:33pour lequel vous avez
27:34aussi travaillé,
27:35je crois,
27:35Karine Silla.
27:36En fait,
27:36je n'ai pas travaillé
27:37pour Médecins du Monde,
27:38mais j'ai...
27:40En fait,
27:40à un moment donné,
27:41il y avait des camions
27:41qui allaient rue Mira
27:43et qui étaient
27:44des camions ambulatoires.
27:45C'était au moment
27:46de la prévention,
27:47qui faisaient de la prévention
27:48pour le sida.
27:49Et donc,
27:50voilà,
27:51j'étais volontaire
27:52dans ces camions.
27:53Et pourquoi ?
27:55J'ai toujours fait
27:55quelque chose
27:56d'humanitaire.
27:57J'ai ma mère
27:58qui faisait de l'humanitaire,
28:00donc qui a travaillé,
28:00qui a pas mal
28:01de missions
28:02pour l'OMS.
28:04Et j'ai toujours...
28:05Ça a toujours fait partie
28:06de ma vie
28:06depuis que je suis adulte.
28:08Il se trouve aussi
28:09que ce film
28:10évoque la mort
28:11et dans votre culture,
28:13la mort n'est pas
28:14un problème,
28:14Karine Silla.
28:16C'est douloureux,
28:17mais ça fait...
28:19Il y a une acceptation
28:20de la mort.
28:21il y a...
28:22En fait,
28:22on a une...
28:24Même c'est aussi
28:25la vieillesse,
28:26en fait,
28:27on accepte
28:28les différents stades
28:29de la vie
28:29et voilà.
28:32Et donc,
28:32du coup,
28:33la mort est quelque chose
28:34de ritualisé
28:35qui est très différente
28:36qu'en Occident.
28:38Il se trouve
28:39que tous ces souvenirs,
28:40vous les avez accumulés
28:40car vous avez
28:41une caractéristique
28:42assez rare.
28:43Vous êtes hypermnésique.
28:44Oui,
28:45malheureusement.
28:46C'est-à-dire ?
28:46Heureusement,
28:47parfois aussi.
28:48En fait,
28:48j'ai une hypermnésie
28:49qui peut aller
28:50pour des choses absolument...
28:52Tout ce qu'on me raconte,
28:53je m'en rappelle.
28:54Tout ce que...
28:56Mais après,
28:56ça pouvait passer
28:57à un moment donné,
28:57je me rappelais
28:58de chaque plaque
28:59d'immatriculation
29:00qui roulait devant moi.
29:03Voilà,
29:03j'ai une mémoire.
29:06Si on m'a lu une lettre
29:07quand j'étais enfant,
29:08j'ai encore des fragments
29:10de la lettre
29:10que je peux réciter.
29:11Donc du coup,
29:12en fait,
29:13les gens qui sont
29:13autour de moi,
29:15voilà,
29:15ils me prennent un peu pour...
29:17Voilà,
29:17je suis une hypermésique.
29:18Ça a toujours été le cas.
29:19Mais c'est merveilleux
29:19pour quand on écrit
29:20parce qu'en fait,
29:21c'est comme une...
29:22Voilà,
29:23on a une espèce
29:24de palette de peinture
29:26avec des peintures infinies
29:28et on se souvient toujours
29:29d'éléments
29:30qui nous aident à écrire.
29:32Mais c'est venu comme ça ?
29:33Vous avez découvert enfant ?
29:34Je pense que
29:35je voulais me souvenir
29:37de mon père
29:39qui est parti
29:40et je voulais absolument...
29:42Et c'est en fait,
29:43je suis une hypermésique
29:44et en fait,
29:44le seul visage que j'ai oublié,
29:45c'est celui de mon père.
29:47C'est fou, hein ?
29:47Ouais.
29:48Et donc du coup,
29:48je voulais vraiment
29:49faire en sorte
29:50de ne rien oublier.
29:52Je pense que j'ai la volonté.
29:53D'ailleurs,
29:53tous les tests qu'on fait
29:55pour se souvenir
29:56de certaines choses,
29:56de la mémoire,
29:58c'est à un moment donné
29:58de prendre un temps
29:59et de faire des connexions.
30:01Et donc du coup,
30:02en fait,
30:02c'est quelque chose
30:03que je fais depuis que je suis enfant
30:04de manière très naturelle.
30:06C'est très important pour moi
30:07d'imprimer le monde
30:08et de comprendre
30:09quel est le sens de mon existence.
30:11Mais c'est un avantage,
30:12mais pourquoi c'est un inconvénient ?
30:13Parce qu'en fait,
30:14il y a des choses que...
30:15En fait,
30:15si vous me racontez quelque chose
30:17et que vous allez me raconter
30:18quelque chose
30:19que ce matin,
30:19vous êtes allé au marché
30:20et que vous avez acheté
30:21des endives
30:21pour faire des endives
30:24au four pour votre mère,
30:26ce n'est pas d'une importance capitale.
30:28Mais moi,
30:29je m'en souviens.
30:30D'accord.
30:31Alors je crois
30:31que je me suis un peu renseigné.
30:32Le record en la matière,
30:33c'est un journaliste russe
30:35qui ne prenait jamais de notes
30:36et il était capable
30:37de mémoriser des listes
30:38de 170 mots
30:39et de les restituer
30:41sans faute
30:41quelques années plus tard.
30:43Ah oui.
30:43C'est un record.
30:44Oui.
30:45Homologué par le livre des records.
30:47Alors il se trouve aussi
30:47que dans ce film,
30:48il y a vos enfants
30:49qui ont tourné.
30:51Ça,
30:51c'était aussi un événement.
30:52C'était vraiment
30:53le film de famille.
30:53Oui,
30:55en fait,
30:55moi j'ai un ami
30:56qui nous appelle
30:57la famille Grusse
30:58parce que c'est vrai
30:59que mes nièces,
31:01mes enfants,
31:03tous mes enfants sont artistes,
31:04tous mes neveux et nièces
31:05sont artistes.
31:08On aime travailler.
31:09J'aime travailler en famille.
31:10J'aime travailler
31:11avec les gens que j'aime.
31:13J'aime...
31:14Voilà,
31:15c'est quelque chose
31:16qui fait du sens pour moi.
31:18Alors ça,
31:19c'est le cinéma
31:19mais il y a aussi l'écriture.
31:20Les romans,
31:21ça a commencé
31:22avec Monsieur est mort.
31:23Alors ça,
31:23c'est une autre activité
31:24qui est née
31:24au milieu de tout ça.
31:26En fait,
31:26pour moi,
31:26j'ai toujours voulu
31:27écrire des romans
31:28mais la littérature,
31:30c'était un peu
31:30comme un sanctuaire.
31:31C'était vraiment
31:32un endroit
31:32dans lequel
31:34il était difficile
31:35de rentrer.
31:36C'est compliqué
31:36quand on a lu
31:37en plus très jeune
31:39énormément
31:39de classiques,
31:41de grands livres
31:42et donc on se dit
31:43est-ce que c'est nécessaire
31:45que je rapporte
31:46une autre pierre
31:46à l'édifice
31:47et puis après,
31:48un jour,
31:48le roman s'est imposé
31:50puis il s'est dit
31:50il est arrivé au bon moment
31:51parce que moi,
31:52j'ai besoin de recul
31:53et donc je suis arrivée
31:55c'était un âge,
31:56c'était le bon âge
31:56pour écrire un roman.
31:58Et les deux premiers romans,
31:59je crois que
31:59Monsieur est mort
32:00et Autour du soleil,
32:01c'était sur des secrets
32:02de famille,
32:03des traumatismes.
32:04C'est un univers
32:05que vous avez exploré
32:05au départ ?
32:07Tout le temps,
32:07en fait,
32:08parce qu'il y a
32:08des secrets de famille
32:09dans tous mes livres.
32:10Il y en a dans
32:10L'absente de Noël,
32:11il y en a dans ce livre-là
32:13aussi où le jeune romain
32:15porte un secret douloureux,
32:18familial.
32:20Et oui,
32:21le secret fait partie
32:22de mon ADN
32:24en tout cas
32:24et de mon imaginaire.
32:26Et puis,
32:27j'ai remarqué
32:27un point commun
32:28entre les titres
32:29des deux premiers romans.
32:30Chacun des titres,
32:31c'est une chanson
32:31d'Aznavour
32:32ou d'Arthur H.
32:33Ça, c'est un hasard.
32:34Ah oui,
32:35Aznavour a écrit
32:36Monsieur est mort
32:36et Arthur H.
32:37H. a écrit
32:38Autour du soleil.
32:38Ah, je ne savais pas.
32:39C'est assez étonnant.
32:41Et puis,
32:41il y a eu un troisième roman
32:42et un quatrième.
32:44Le sujet n'a aucun rapport
32:46avec cette chanson.
32:46Et j'ai crié,
32:49crié,
32:51Aline,
32:53pour qu'elle revienne.
32:53Là aussi,
32:54il y a un secret
32:54qu'on a dévoilé
32:55il y a peu de temps.
32:56En fait,
32:56l'Aline qui a donné
32:58l'idée à Christophe,
32:59c'était l'assistante
33:00de son dentiste.
33:01Ah bon ?
33:02D'accord.
33:02C'est vrai qu'Aline,
33:03c'est vraiment...
33:04Elle a existé,
33:06votre Aline.
33:06C'est autre chose.
33:07Ah oui,
33:07complètement.
33:08C'est un personnage historique,
33:09reine de Casamance
33:10à 19 ans,
33:11qui a entraîné
33:12son peuple
33:12dans la résistance.
33:14C'est une non-violente,
33:16comme tous mes héros
33:17dans ma vie.
33:18Mandela,
33:19Martin Luther King,
33:20la sœur Emmanuel,
33:21la mère Thérésa.
33:22C'est vraiment...
33:22Moi,
33:23je suis vraiment
33:24une fanatique
33:26de la non-violence
33:29et vraiment
33:29d'essayer
33:30de mettre
33:30de la paix
33:31dans le monde.
33:32Et Aline était
33:32du haut de ses 19 ans
33:34et de ses 20 ans
33:35quelqu'un
33:36qui a entraîné
33:37les gens
33:37dans la résistance
33:38mais vraiment
33:38dans la non-violence
33:39et ça me fascine.
33:40Personnage totalement
33:41méconnu en France
33:42à l'époque ?
33:43Méconnu en France,
33:45complètement dans la...
33:47Voilà,
33:47et puis c'est un personnage
33:49qui, moi,
33:49je voyais à chaque fois
33:50qu'on nous parle
33:51justement de
33:51ces grands résistants.
33:54On parle toujours
33:55de Mandela
33:55et de Martin Luther King,
33:58de Malcolm X
33:59mais en fait,
33:59on parle très peu de femmes
34:01et voilà.
34:02Et donc,
34:02c'était important pour moi
34:03de mettre en lumière
34:05et en roman
34:05le parcours exceptionnel
34:07et extraordinaire
34:08de cette jeune héroïne
34:09qui vient...
34:10D'ailleurs,
34:10le livre a été vendu
34:11au Brésil
34:12et le livre
34:13va devenir aussi
34:14un roman graphique,
34:15une bande dessinée.
34:16Je suis très contente.
34:17Et elle a été une pionnière,
34:18je crois,
34:19de la tentative
34:20d'égalité homme-femme.
34:22Non,
34:22c'est pas une pionnière
34:23parce qu'elle vient
34:24d'un peuple
34:26qui s'appelle
34:27les Diolas
34:27et les Diolas
34:28ont comme caractéristiques
34:31de ce...
34:32Ils ont une société
34:33totalement égalitaire.
34:35Et en fait,
34:35ce qui a mis
34:35le désordre
34:36dans tout ça,
34:38c'est bien sûr
34:38la colonisation française
34:39avec le catholicisme
34:40parce qu'on dit
34:41que c'est l'islam
34:41qui a foutu le bordel
34:42mais...
34:43C'est autre chose.
34:44Voilà.
34:44Et donc du coup,
34:46elle va,
34:46c'est le christianisme
34:47qui va venir
34:48et tout ça,
34:49voilà,
34:50bousculer
34:51toutes ces traditions
34:52pendant le colonialisme
34:54et c'est vraiment,
34:54vraiment propre
34:55au peuple Diolas.
34:57Chaque roman
34:57que vous écrivez,
34:58c'est un travail
34:59de fourmis
34:59en documentation
35:00mais la légende
35:01prétend que vous avez peur
35:02des fourmis.
35:02C'est vrai ou c'est faux ?
35:03Pas du tout,
35:04j'adore les insectes.
35:05C'est ma passion,
35:05les insectes.
35:07J'adore les insectes.
35:08Eh bien moi,
35:09j'adore votre nouveau livre
35:10dont on va parler
35:10avec une autre date,
35:12le 20 août 2025.
35:13A tout de suite
35:14sur Sud Radio
35:14avec Karine Silla.
35:16Sud Radio,
35:16les clés d'une vie,
35:18Jacques Pessis.
35:18Sud Radio,
35:19les clés d'une vie,
35:20mon invité,
35:21Karine Silla.
35:22On a évoqué
35:22votre parcours
35:23entre vos livres,
35:25vos films,
35:26votre jeunesse,
35:27la passion de la danse
35:28et le 20 août 2025
35:30est sorti un roman
35:31qui s'appelle
35:3220 ans
35:32aux éditions d'Observatoire
35:34et le titre
35:35est à double sens
35:36parce que 20 ans,
35:37c'est l'âge
35:37de votre héroïne
35:38et 20 ans,
35:39c'est 20 ans de prison
35:39qu'elle va vivre.
35:40Comment est née
35:41cette idée au départ ?
35:43Elle est née
35:43d'un fil d'hiver,
35:46d'un fil d'hiver
35:47qui m'avait marqué
35:48dans les années 90
35:49et en fait,
35:51quand j'ai commencé
35:52à aller dans les prisons
35:54pour les programmes
35:55de réinsertion,
35:56j'ai rencontré aussi
35:57une jeune femme
35:58qui avait vécu
36:00quelque chose de similaire
36:01avec qui j'ai tissé
36:02une amitié
36:03et en fait,
36:04je me suis rendu compte
36:05en fait des chiffres
36:06que seulement
36:06la population carcérale,
36:08c'était 3% de femmes
36:09et que dans ces femmes-là,
36:11la grande majorité,
36:12leur crime était lié
36:13à un homme.
36:13Donc ce qui m'intéressait,
36:14c'était l'amour,
36:16la mort,
36:17la complication,
36:18voilà,
36:18et ce rapport
36:19en fait
36:19de créer
36:20d'amour
36:21des femmes
36:22qui tombent amoureuses
36:23des bad boys,
36:24des jeunes filles
36:24qui tombent amoureuses
36:25des bad boys.
36:26Oui,
36:26ce qui est assez fréquent
36:27d'ailleurs.
36:27C'est le sujet
36:28de mon livre.
36:29Je me souviens
36:30d'avoir interviewé une
36:31et elle était amoureuse
36:32d'un bad boy
36:33parce que son père
36:34était un bad boy.
36:36Donc ça s'était transmis
36:37de père en fille.
36:38Mais vous savez,
36:38c'est une grande majorité
36:39des petites filles.
36:40En général,
36:41elles tombent toujours
36:42un peu séduites
36:42par le cancre dans la classe,
36:44par celui qui monte
36:45sur la table
36:46et moins par le petit
36:48premier de la classe
36:49avec les lunettes devant.
36:50Il y a quelque chose
36:51de romanesque.
36:52Il y a quelque chose
36:53qui tout d'un coup
36:54ça devient des héros,
36:55des incompris
36:56et la petite fille,
36:57la femme en nous
36:58a envie de consoler
37:00cette tragédie enfantine.
37:01Il y a quelque chose
37:02qui se met en place
37:03de protéger
37:06ces jeunes garçons.
37:09Voilà.
37:09Et votre héroïne Jeanne,
37:11donc au départ
37:12une étudiante
37:12qui a tout pour réussir
37:14et qui va plonger
37:15à cause d'un bad boy
37:17dont elle tombe amoureuse.
37:18Voilà,
37:18elle fait une sortie de route
37:19or qu'elle ne vient pas du tout
37:22du milieu du crime.
37:23Elle n'a aucune chose
37:25sur le papier
37:25qui la prédispose
37:27à se retrouver
37:28dans la cavale
37:28dans laquelle
37:29elle va se trouver.
37:30Et en fait,
37:31ce que je trouve intéressant
37:31c'est qu'elle est,
37:32voilà,
37:32c'est une jeune fille
37:33comme tout le monde
37:34et plusieurs fois
37:36dans les prisons,
37:37en fait,
37:37on pense que c'est un endroit
37:38où on n'aurait pas pu
37:39se retrouver
37:39et en fait,
37:40compte,
37:41voilà,
37:42en fait,
37:43le destin peut aussi
37:44nous tomber dessus
37:45et voilà,
37:47donc ça m'intéressait
37:48de parler
37:50de quelqu'un de...
37:51Oui,
37:52mais c'est une descente
37:52aux enfers
37:53dont elle ne peut pas
37:54s'échapper au départ.
37:56Oui,
37:56c'est un tourbillon.
37:57C'est en fait,
37:57voilà,
37:58en plus elle a 20 ans
37:59donc son âge
38:01vient mettre une emphase
38:03et vient comme un accélérateur
38:05et comme à 20 ans
38:08c'est là où on est
38:08on est tellement
38:10il y a quelque chose
38:14dans la fougue,
38:15c'est un miracle
38:16de survivre à ces 20 ans.
38:18C'est le moment
38:18où on est
38:19le plus...
38:21Donc du coup,
38:23cet amour
38:24qui arrive
38:25justement
38:26dans cet âge
38:28où on est à la fois
38:29le plus fort
38:30et le plus fragile,
38:31ça a été comme
38:34un accélérateur
38:35sur
38:36la vie
38:38malheureuse
38:40de Jeanne.
38:42Jeanne qui rencontre
38:42donc Tristan
38:43qui se drogue en plus
38:44et donc elle va se retrouver
38:45au cœur d'un braquage.
38:47Oui,
38:47en fait il se drogue,
38:48il utilise la drogue
38:49d'une manière
38:50très ponctuelle.
38:51C'est l'héroïne
38:52qui vit avec quelqu'un.
38:53En fait,
38:54ce n'est pas l'héroïne
38:54la narratrice
38:56qui vit avec quelqu'un
38:57qui est héroïnomane
38:58mais elle
38:58en fait
38:59vit avec ce
39:01bad boy
39:03et elle est entraînée
39:04où elle est
39:05où elle n'arrive pas
39:07à dire non.
39:08Et en fait,
39:09j'ai rencontré
39:09plusieurs femmes
39:10qui avaient été
39:14retrouvées
39:15dans cette situation
39:16et qui au moment
39:17des faits
39:19ou des crimes
39:21se sont retrouvées
39:22à ne pas bouger
39:23et se sont retrouvées
39:24dans un état
39:25de sidération
39:25et qui se sont retrouvées
39:27à prendre des peines
39:28de complicité
39:29qui sont
39:30beaucoup trop importantes
39:32colossales
39:32et c'est aussi
39:33quelque chose
39:34dont je voulais parler
39:36et que je voulais dénoncer
39:37c'est la place
39:38des femmes en prison
39:39avec ces peines
39:40beaucoup trop longues
39:41sur ces peines
39:42de complicité.
39:43Ça,
39:43on n'en parle jamais
39:44effectivement,
39:44il y a ce braquage
39:45qui se termine
39:46tragiquement
39:46et vous allez la suivre
39:48en prison.
39:49Aller dans les prisons,
39:51comment l'idée est venue
39:52et pourquoi vous l'avez fait
39:53au départ,
39:53Karine Silla ?
39:54En fait,
39:55c'est un hasard
39:55parce que justement
39:56j'étais dans ces camions
39:57de médecins du monde
39:58et en fait,
40:00j'ai rencontré
40:01un médecin
40:03qui allait
40:04et j'ai commencé
40:06à vouloir aller
40:07faire ces ateliers
40:08de parole.
40:08En fait,
40:09ils trouvaient
40:10que j'avais une facilité
40:11face au désarroi humain
40:15et que voilà,
40:16donc j'ai commencé
40:16comme ça
40:17et puis après,
40:17j'ai fait une formation
40:18pour accompagner des enfants
40:20dont les parents
40:21étaient incarcérés
40:22et après voilà,
40:23donc du coup,
40:24le besoin
40:26d'aller
40:27à la rencontre.
40:28En fait,
40:29j'ai rencontré
40:30en fait à la fois
40:30c'est un endroit
40:31terrible
40:32et à la fois
40:33c'est un endroit
40:34de rencontre
40:36et de...
40:37Voilà,
40:38moi j'ai rencontré
40:39des gens aussi
40:40formidables,
40:41des assistants sociaux,
40:42des gens qui viennent
40:43travailler comme ça
40:45sur les programmes
40:45de réinsertion
40:46et j'ai,
40:47voilà,
40:47j'ai été très enrichie
40:49aussi par toutes ces années-là.
40:51Oui,
40:51parce que ce qui est important
40:52pour vous,
40:53c'est la réinsertion
40:54plus que ce qui s'est passé avant.
40:55Ah oui,
40:55moi ce qui m'intéresse
40:56c'est la réinsertion.
40:58D'ailleurs,
40:58quand je vois
40:59qu'on...
41:00Là,
41:00on vient de mettre en place
41:01une prison
41:02pour les hommes
41:02les plus dangereux de France,
41:04les 100 personnes
41:05les plus dangereuses de France,
41:06moi ce que je ne comprends pas
41:06c'est pourquoi on n'isole pas
41:08les primo-délinquants.
41:10Pourquoi est-ce qu'on n'essaye pas
41:11de rendre...
41:12de les rendre meilleurs,
41:13de faire un travail
41:14pédagogique
41:15sur les primo-délinquants
41:17et de créer
41:19la première prison
41:20vers quelque chose
41:21de réinsertion possible.
41:23Parce que quand on voit
41:23les crimes horribles
41:25qui sont commis,
41:26c'est très très très souvent
41:27des multirécidivistes.
41:29Donc il y a forcément
41:30un échec
41:30du passage en prison.
41:32Alors il y a aussi
41:33un personnage très important
41:34dans votre livre
41:35et c'est le psychologue.
41:37Car le psychologue
41:37a une importance considérable
41:39en prison.
41:40Oui,
41:40la psychologue
41:41qui a une...
41:43Mais c'est...
41:43Moi le personnage
41:44qui est très important aussi
41:45c'est le directeur de prison.
41:46Le directeur de la prison.
41:48Voilà,
41:49qui est un hommage
41:50au directeur
41:50de la prison
41:51de Rennes.
41:53Et voilà,
41:54j'ai rencontré comme ça
41:55sur mon passage
41:55des gens
41:56qui m'ont éclairé
41:57sur le terrain
41:58et voilà,
41:59que je garde en mémoire
42:00et qui ont ressurgi
42:01comme ça
42:02à l'écriture de ce livre.
42:03Et en même temps,
42:04vous les avez rencontrés,
42:05mais ce sont des moments forts
42:06et des moments douloureux.
42:08Et même quand on n'est pas
42:08hypermnésique,
42:09on ne les oublie pas.
42:11Oui,
42:11en fait,
42:11ils sont...
42:12Mais dans mon hypernésie,
42:14en fait,
42:14ils se sont quand même
42:15enfouis quelque part
42:15parce que c'était...
42:17Ce n'est pas quelque chose
42:18où on va se coucher le soir
42:19et on ressasse sans arrêt
42:21ce qu'on vient de vivre
42:22un jour après l'autre.
42:25Surtout qu'on est responsable
42:26d'emmener de l'espoir,
42:28de regarder vers la sortie
42:30parce que ce qui est important,
42:31c'est qu'est-ce qu'on va...
42:32L'après.
42:32Donc voilà.
42:35Donc c'était la première fois,
42:36en fait,
42:37que je me suis surprise,
42:40en fait,
42:41pendant le courant
42:42de cette écriture,
42:43de laisser ressurgir
42:45comme ça
42:45tous les souvenirs
42:47très précis
42:48que j'avais vécu
42:50dans toutes ces années
42:51dans les prisons.
42:52Oui,
42:52et dans les prisons
42:53et même,
42:54vous l'avez dit un jour,
42:55je crois que vous auriez pu,
42:56vous aussi,
42:56vous retrouver en prison.
42:58Oui,
42:58après un mauvais tour du destin,
43:00un manque de chance.
43:02Parce que voilà,
43:03moi j'ai été aussi
43:04amoureuse d'un bad boy
43:06et puis,
43:07il y a un moment donné
43:08où on se retrouve
43:09dans des situations
43:10où on ne peut pas faire
43:11autre chose
43:12que d'être complice
43:14d'une situation.
43:15Mais qu'est-ce qu'on va faire
43:16à 20 ans ?
43:17On va aller le dénoncer ?
43:19On va aller...
43:19Comment en fait ça se passe ?
43:22Donc en fait,
43:22du coup,
43:23j'ai eu de la chance
43:24et voilà,
43:25le destin m'a épargné
43:26cet accident
43:29qui aurait pu être...
43:30J'aurais eu
43:32une toute autre vie.
43:33Oui,
43:33et d'autres n'ont pas échappé
43:34effectivement à la prison
43:36et on sent à la fois
43:37l'espoir et le désespoir
43:39des femmes que vous rencontrez,
43:40que vous évoquez
43:41autour de Jeanne
43:42dans la prison.
43:43Oui,
43:44parce que c'est un lieu,
43:46c'est un lieu pour personne,
43:47la prison,
43:48je ne le souhaite à personne.
43:49Les prisons d'hommes aussi
43:50sont terribles,
43:51mais chez les hommes,
43:52il y a quelque chose
43:53d'un tout petit peu
43:55moins terrible.
43:56c'est qu'il y a
43:57un culte au corps,
43:59un culte à la...
44:01Il y a quelque chose
44:02en fait qui se met en place
44:03dans les prisons
44:06et puis les hommes
44:07ont beaucoup plus de visites,
44:10les femmes sont beaucoup plus isolées.
44:12Et donc,
44:13pour faire un parallélisme
44:14sur le rapport au corps,
44:16les femmes,
44:16quand elles sont incarcérées,
44:17tout ce qui est soins
44:18de notre personne,
44:20les coiffeurs,
44:21le rapport aux règles,
44:22le rapport à tout ça,
44:23en fait,
44:23ce n'est pas du tout
44:25une écologie faite
44:26pour la femme.
44:28Elles arrivent,
44:28des fois,
44:28elles sont enceintes,
44:29elles doivent accoucher en prison,
44:31elles vont avoir des enfants
44:32qu'elles vont laisser partir.
44:33Donc,
44:33il y a tout un rapport
44:34autour de la femme en prison
44:35qui est un rapport
44:36totalement barbare.
44:38Elles sont beaucoup moins visitées
44:40parce que,
44:41comme les femmes
44:42ont cette chose
44:43de dévotion
44:44avec leurs hommes,
44:45leurs pères,
44:46leurs fils
44:47en prison,
44:49elles viennent
44:49beaucoup plus facilement
44:50au parloir.
44:52Et voilà,
44:52alors que les femmes,
44:53une femme en prison
44:53c'est la honte.
44:54Et donc,
44:55elles se retrouvent
44:55dans un double isolement.
44:57Et c'est vraiment
44:58quelque chose
44:59que j'ai constaté
44:59et que je trouve terrible.
45:00Et on n'en parle jamais
45:02à part dans votre roman.
45:03On n'en parle vraiment
45:04pas assez.
45:06Et les premières prisons,
45:07je me souviens,
45:08pour femmes,
45:08c'est Napoléon III
45:09qui a construit
45:10une maison centrale
45:11en 1860.
45:13Il y avait 4882 femmes
45:15dans 8 maisons centrales
45:17en France
45:17à cette époque-là.
45:18Ça a beaucoup changé depuis,
45:19ça a beaucoup évolué.
45:21Je ne sais pas si ça a évolué,
45:22mais je pense que les pourcentages
45:23n'ont pas changé.
45:23Je pense que la population carcérale,
45:25je crois que c'est 5% en France
45:26de femmes,
45:273% dans le monde.
45:29Donc,
45:29ça veut dire que
45:30malgré les années
45:32et les siècles qui passent,
45:34les femmes ne sont pas,
45:35ne feront partie vraiment
45:37de la toute petite fange
45:38de criminels
45:39dans le monde.
45:41En même temps,
45:41on sent à travers ce roman,
45:42Karine Silla,
45:43que vous observez,
45:44vous racontez,
45:46mais vous ne prenez pas
45:47forcément position.
45:47C'est à la justice
45:48de prendre position.
45:49C'est toujours...
45:51Oui,
45:51et puis moi,
45:52j'ai en fait,
45:52mon rôle dans la société,
45:55mon rôle en tant qu'artiste,
45:56c'est de penser,
45:57de continuer à penser.
45:58Donc,
45:58si je commence à avoir
45:59des positions,
46:01j'en ai,
46:02quelques-unes,
46:03mais je pense toujours
46:05à ce moment,
46:06cette phrase de Marguerite Duras
46:08dans La vie matérielle
46:09qui dit,
46:09vraiment,
46:10je pense certaines choses
46:11certains jours,
46:13sur,
46:13voilà,
46:14certaines fois,
46:14et elle dit,
46:16c'est certainement,
46:16elle dit,
46:17j'ai échappé à la pensée totalitaire,
46:19j'ai évité ce fléau.
46:20Et c'est un peu ça,
46:21en fait,
46:21c'est que je m'empêche
46:23d'avoir ma pensée
46:25qui s'arrête.
46:27Donc,
46:27j'ai besoin
46:28de continuer
46:29à me confronter,
46:32voilà,
46:33à cheminer
46:33avec ma pensée.
46:35Et donc,
46:35j'essaye de me faire moins,
46:36pas de mur,
46:37en fait,
46:37comme ça,
46:38qui ferait obstruction
46:40à la pensée.
46:41Et on suit,
46:41donc,
46:41votre héroïne
46:42pendant les 20 ans
46:43de prison
46:43qu'elle va prendre,
46:44jusqu'à la fin,
46:45jusqu'à l'heure du bilan
46:46et de son examen de conscience,
46:48ça n'a pas dû être facile
46:49à écrire
46:49parce que
46:50quand on voit
46:51la vie de ces femmes,
46:52on la vit intérieurement
46:53quand on l'écrit.
46:55Oui.
46:56Mais bon,
46:57ce qui est plus difficile,
46:58c'est pour ceux
46:58qui sont incarcérés.
47:00Oui.
47:00Moi,
47:00je suis dehors,
47:01donc je ne fais qu'écrire.
47:02Et en fait,
47:04franchement,
47:04il ne s'agit vraiment pas
47:05ni de moi
47:06ni de ce que je ressens.
47:07En fait,
47:07les gens souvent me disaient
47:08mais ça doit être quand même
47:09très difficile
47:09d'aller en prison.
47:11Moi,
47:11je ne peux pas.
47:12quand on cherchait des volontaires
47:13pour la fête des pères,
47:14la fête des mères,
47:15pour venir nous aider.
47:17Ils nous disaient oui
47:17et puis après,
47:18ils nous disaient non
47:18mais là,
47:19c'est trop difficile pour moi,
47:20je ne pourrais pas supporter.
47:21Mais en fait,
47:21ce n'est pas eux que ça arrive.
47:22Donc,
47:23je comprends bien
47:23qu'ils ne peuvent pas supporter
47:24mais à un moment donné,
47:25il faut penser à ceux
47:25qui vivent les épreuves.
47:27Et puis,
47:27il y a une chose
47:28qui me paraît évidente,
47:29les femmes en prison
47:30sont déconnectées
47:32de la réalité du monde
47:33alors que les hommes
47:34le sont moins.
47:34Mais ce n'est pas
47:35qu'elles sont déconnectées
47:36du monde extérieur
47:37parce que le monde extérieur
47:38vient moins à elles.
47:39C'est ce que je parlais
47:40par rapport aux visites.
47:42Tandis que le fait
47:43d'avoir un lien
47:44avec l'extérieur,
47:45c'est pour ça d'ailleurs
47:46que je faisais vraiment
47:47beaucoup ces accompagnements
47:49d'enfants
47:50pour qu'elles puissent avoir
47:51un lien toutes les semaines
47:52avec leur enfant
47:53pendant une heure
47:54parce qu'en fait,
47:55c'est vraiment ce problème
47:56de l'isolation,
47:58pardon,
47:59de l'isolement
48:00des femmes en prison
48:03qui est beaucoup plus important
48:04que celui des hommes.
48:05Oui, et moi je me souviens
48:06dans les années 70,
48:07il y avait un sondage
48:08sur les hommes en prison,
48:09ils voulaient voir
48:10deux personnes,
48:10Raymond Deveau
48:11et Johnny Hallyday
48:12qui sont allées
48:12d'ailleurs dans les prisons
48:13faire leurs numéros
48:14et chanter.
48:15Les femmes n'ont jamais
48:16fait ce genre de demande.
48:18Ça, je ne sais pas.
48:20Alors, le livre est dédié
48:21à Valéria,
48:22votre meilleure amie
48:23avec qui vous avez fait
48:24aussi les 400 coups
48:25et là aussi,
48:26c'est pas...
48:27Vous avez prévu
48:29de dédier à Valéria,
48:30c'est volontaire,
48:31c'est une envie.
48:31Non, oui.
48:32C'est ma très très grande amie,
48:34on a une relation
48:35de sororité,
48:37une relation fraternelle.
48:39Après, ce n'est pas
48:40ma meilleure.
48:41En fait, je trouve ça
48:42très cruel de mettre des...
48:44Voilà, j'ai des amis
48:45aussi d'enfants,
48:46j'ai des amis, voilà.
48:47Mais avec Valéria,
48:48on a été confrontés
48:49tout de suite.
48:50On a essayé ensemble
48:51d'ailleurs de sauver
48:52ce jeune garçon.
48:55On a échoué parce qu'il...
48:55On a vu 20 ans, oui.
48:56Voilà, il en a échoué
48:57parce qu'il est mort
48:58à 27 ans.
48:59Et très très vite,
49:00plus tard,
49:02j'étais enceinte d'Oroxane,
49:03donc elle était là.
49:05Et on a toujours été
49:05dans un rapport,
49:07son frère est tombé malade,
49:08on a tout de suite été
49:08dans un rapport
49:09de vie et de mort,
49:10Valéria et moi.
49:11Et donc, on a un destin
49:12assez particulier
49:14qui a créé
49:15une amitié profonde,
49:17très profonde.
49:18Et voilà,
49:19je sais qu'elle fera
49:19toujours partie
49:20de ma vie.
49:21Je suis la marraine de sa fille,
49:22elle est la marraine de mon fils.
49:23Voilà.
49:24En tout cas,
49:25elle est très présente aussi
49:26en filigrane dans ce livre.
49:2820 ans,
49:29aux issues de l'Observatoire,
49:30que je recommande
49:31à celles et ceux
49:31qui nous écoutent,
49:32parce que c'est un moment
49:33d'émotion
49:33et on apprend plein de choses
49:35et j'espère que ça aura
49:37une suite
49:37dans la vie quotidienne
49:38de ces prisonnières,
49:39Karine Sillard.
49:40Je l'espère aussi.
49:42Merci.
49:42Les Clésines du Vie
49:43c'est terminé pour aujourd'hui.
49:44On se retrouve bientôt.
49:46Restez fidèles
49:46à l'écoute de Sud Radio.
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